Merci à XDrayXMioneX et Sarah MAES pour leurs reviews qui m'ont motivée à poster ce nouveau chapitre.
N'hésitez pas à me dire si je continue, je posterai la suite en conséquence.
La cinquième fois que Drago Malfoy vit Hermione Granger, presque un an de plus était passé et il l'avait évitée avec succès tout ce temps. Il avait eu des nouvelles par le biais de sa mère qui la rencontrait encore parfois pour gérer le suivi de sa remise en liberté. Mais il l'avait fuie efficacement : elle provoquait en lui bien trop de culpabilité. Il ne put néanmoins pas se défiler lorsque sa mère lui ordonna de la représenter à un événement caritatif en l'honneur des orphelins de guerre. Les Malfoy avaient passé l'année à distribuer leur fortune dans diverses associations de reconstruction post-guerre.
Cette année avait cependant suffi à rendre à Drago un peu de son assurance, et il parvint à ne pas s'enfuir lorsqu'il vit Granger faire son entrée et saluer les gens qu'elle connaissait. Il resta dans un coin de la pièce, discutant poliment avec les quelques sorciers importants qui venaient lui parler. Il garda cependant un œil sur Granger, il était difficile de la manquer à vrai dire. Elle était vêtue d'une jolie robe mauve qui voletait autour d'elle à chaque fois qu'elle riait un peu fort aux plaisanteries de ses interlocuteurs. Son visage s'illuminait à chaque personne reconnue qui venait l'embrasser ou la féliciter, et tous semblaient fascinés par elle, comme des papillons par la lumière d'une bougie. Drago ne put s'empêcher lui-même de suivre sa trajectoire des yeux, mais il resta résolument vissé dans son coin.
Il finit par être distrait par Blaise Zabini qui vint le saluer et il se sentit soulagé d'avoir soudain affaire à quelqu'un de connu. Il chassa la brunette de son esprit et reprit une coupe de champagne.
Zabini finit par s'éloigner après avoir promis de passer boire un café au manoir bientôt, et Drago fut soulagé à l'idée de retrouver un semblant de sociabilité. Zabini et lui n'avaient jamais été de grands amis, mais ils avaient toujours été cordiaux et respectueux l'un de l'autre. Alors l'idée de le fréquenter quelques fois apportait un sentiment rassurant : c'était familier et contrôlable. Tout ce dont il avait besoin après des années de doute et de réclusion.
Drago jeta un coup d'œil à la foule et salua de loin quelques personnes qui levèrent leurs coupes de champagne dans sa direction. Il se surprit malgré lui à chercher Granger des yeux. Quand enfin il la repéra, elle riait encore et il s'étonna de trouver cette image agréable, presque familière dans ce monde dont il se sentait exclu. Il se fustigea mentalement. Il avait passé sept ans de sa vie à la mépriser, puis les trois dernières années à être incapable d'articuler plus de trois mots dans l'ordre en sa présence. Et voilà que maintenant elle faisait partie de ses repères dans ce monde ? Il devait être proche de la folie.
Granger dut sentir son regard car elle tourna soudain la tête dans sa direction. Drago fut tenté de transplaner loin d'ici mais se fit violence. Il en avait marre de baisser la tête et tourner les talons. Cette fois, il allait camper sur ses positions aussi longtemps que possible.
Il sentit cependant ses genoux fléchir légèrement quand il réalisa que Granger venait vers lui. Il s'arma d'autant d'orgueil qu'il lui restait et attrapa une autre coupe de champagne pour se donner contenance.
-Malfoy, salua-t-elle en levant sa coupe vers lui.
-Granger, répondit-il avec pour une fois plus de voix.
Il trinqua avec elle et ils burent chacun une gorgée silencieusement.
-Comment va ta mère ? S'enquit finalement la jeune femme.
Vraiment ? Elle voulait discuter de tout et rien avec lui ? Il pesta mentalement mais parvint à répondre, malgré lui.
-Bien.
Un mot. Il avait été capable d'un mot. Il désespérait de retrouver son panache un jour... Mais après tout, personne n'avait précisé qu'il était obligé de faire des phrases.
-J'en déduis que lui conseiller de se lancer dans les événements caritatifs était une bonne idée, déclara Granger avec nonchalance, avant de boire une autre gorgée de champagne.
-Pardon ? S'indigna Malfoy – oubliant sa retenue habituelle.
Granger parut surprise par son ton soudain vindicatif et haussa un sourcil sceptique. Drago comprit qu'elle s'attendait à ce qu'il l'insulte, comme avant. La pensée même qu'elle pouvait encore l'associer à l'idiot qu'il avait été le révolta et il perdit à nouveau toute possibilité de parler.
-Ta mère est une femme mondaine, reprit finalement Granger. Elle a besoin de s'entourer de gens puissants, et elle sait naviguer au milieu des sphères les plus riches du monde des sorciers. Pour lui permettre de retrouver un semblant de stabilité, il me paraissait logique d'utiliser l'angle de la charité. C'est un monde qu'elle maîtrise.
Drago avait beau reconnaître qu'elle n'avait pas tord, il ne décolérait pas. Il en oubliait enfin sa retenue en la présence de Granger, au diable l'humilité.
-Donc la raison pour laquelle je m'ennuie fortement à faire semblant d'être intéressé par des gens rasoirs plusieurs fois par semaine depuis des mois, c'est toi ? Ces conneries me coûtent une fortune !
Granger le dévisagea, surprise. Il supposa qu'elle ne l'avait pas entendu articuler une phrase complète en trois ans, il y avait de quoi être étonné. Au moins l'agressivité était familière, et c'est ce qu'elle sembla penser lorsqu'elle reprit la parole :
-Je commençais à me demander si la guerre avait laissé des séquelles mentales, se moqua-t-elle. Ça faisait longtemps que je n'avais pas entendu ce ton querelleur venant de toi.
Il voulut s'indigner mais il était lui-même surpris qu'elle n'ait pas pris offense.
-Allez Malfoy, reprit-elle avec un léger sourire. Ne t'arrête pas en si bon chemin, tu étais sur le point de m'insulter, n'est-ce pas ?
Trois ans. Il avait passé trois ans à se poser des questions et se morfondre sur la personne détestable qu'il avait été. Il avait regretté souvent avec amertume d'avoir été si dur et méchant avec Granger, alors même que, d'un point de vue pragmatique, elle avait sauvé la vie de sa mère. Il avait passé les trois dernières années à baisser la tête, incapable de prononcer plus de quelques mots, cruellement conscient qu'il ne les avait que trop usés pour dire des immondices. Et voilà qu'en quelques instants, Hermione Granger lui avait donné envie d'oublier toute rédemption et d'exploser pour l'insulter profusément. Il ouvrit la bouche, prêt à détoner, mais il croisa le regard de la brunette et se dégonfla instantanément.
Elle avait perdu la lueur amusée qui l'avait mis hors de lui quelques instants plus tôt, elle semblait soudain moins lumineuse, plus triste et fermée. Et Malfoy reconnut immédiatement cette expression : c'était celle qu'elle avait arboré en sa présence pendant sept ans. Il sentit un haut-le-cœur le gagner et baissa les yeux. Trois ans n'étaient pas suffisant pour que Granger oublie qu'il avait été sa principale source de tourment à Poudlard, et cette réalisation le rendait immensément triste. Quelle chance avait-il d'obtenir rédemption un jour si même le temps ne guérissait pas ces maux-là ?
-Je ne veux pas me disputer avec toi, déclara-t-il soudain d'un ton las. Trouve quelqu'un d'autre pour te divertir, Granger, je vais prendre l'air.
Elle parut choquée par sa réponse mais il ne s'attarda pas. Il finit sa coupe de champagne d'une traite et tourna les talons.
Drago repéra Zabini dans les jardins, l'ex-Serpentard fumait une cigarette, un verre de whisky-pur-feu à la main. Il fit signe à Drago de le rejoindre et le jeune homme s'exécuta. Il accepta même le paquet de cigarettes tendu. Toute distraction était bienvenue. Zabini lui offrit exactement ce dont il avait besoin : des conversations sans but et vides d'importance.
…
Lorsqu'il retrouva le manoir Malfoy le soir-même, Drago laissa le soulagement du calme l'envahir. Il avait survécu à une soirée de mondanités de plus, et il se sentait de plus en plus à l'aise dans le monde extérieur. C'étaient deux petites victoires, et il s'autorisa de brèves félicitations mentales avant de rejoindre sa chambre.
Sa satisfaction personnelle disparut dès lors qu'il se glissa dans son lit. Il ne put s'empêcher plus longtemps de penser à Granger et comment il avait failli perdre le contrôle de lui-même. Il n'aurait su expliquer pourquoi ni comment, mais Granger avait la capacité intemporelle de le mettre sur les nerfs. Même désormais qu'il n'était plus habité par des préjugés idiots et méchants, même maintenant qu'il lui devait un minimum de reconnaissance pour l'aide qu'elle lui avait apporté.
Il s'endormit sans avoir pu atteindre de conclusion satisfaisante quant à son attitude vis-à-vis de Granger, mais il avait à l'esprit l'image lumineuse de la jeune sorcière.
Et sa robe mauve voletait autour d'elle à chaque fois qu'elle riait un peu fort.
Teaser pour la sixième fois :
« Il fouillait la foule du regard depuis un moment quand il trouva enfin Granger. Il n'aimait pas l'idée qu'il la cherchait un peu à chaque fois qu'il était forcé d'assister aux soirées de sa mère, il aimait encore moins la légère déception qui le gagnait chaque fois qu'il ne la trouvait pas. »
