Chute libre


Un mardi soir, Emma se trouvait chez sa voisine et amie Tink. Celle-ci lui avait proposé de passer la soirée avec elle, ne s'étant pas vue depuis un certain temps. Connaissant Tink, elle avait facilement deviné qu'elle avait un service à lui demander… Après avoir évoqué de vieux souvenirs de leur visite des bars lesbiens de la ville, elle amena assez rapidement le sujet sur la table.

– Tu vois il y a deux mois, j'ai commencé un nouveau travail. Il est super, j'aime bien, mais le boss est parfois exigeant et aujourd'hui… il m'a fait une requête assez spéciale que je peux pas vraiment refuser… Il souhaite que je lui trouve une femme qui accepterait un rendez-vous avec une autre femme.

– Quoi ? Depuis quand est-ce que ça se fait comme demande au travail ?

Son amie haussa les épaules avec un air désemparé.

– J'en sais pas plus. Mais si tu y vas, tu pourras en découvrir davantage, tenta de l'encourager Tink avec peu de conviction.

– C'est un genre de blind date ?

– C'est ça !

– C'est pour y faire quoi ?

– Il m'a expliqué que ce serait juste pour discuter et s'amuser. Il aimerait seulement que la personne rencontre du monde, voire plus… Tu sais comment ça peut être compliqué de rencontrer d'autres femmes qui aiment les femmes quand on n'en connait pas une seule.

– C'est pas faux… Mais c'est quand même un peu étrange son histoire, non ? remarqua Emma avec un air méfiant.

– Peut-être un peu ! Mais il est réglo, je lui fais confiance. Il m'a précisé qu'elle ne décevrait pas.

Emma plissa les yeux et dévisagea Tink.

– Et pourquoi tu veux que ce soit moi ?

– Tu es la seule de mes amies qui accepterait un rendez-vous avec une femme et qui n'est pas mon ex… S'il te plaît, dis oui ! Il va me faire passer une sale semaine si je lui trouve personne !

– D'ailleurs, toi tu ne peux pas y aller ?

– Mon patron pense que je ne lui plairais pas… Mais comme je connais les bonnes personnes, il s'est adressé à moi pour la dénicher.

– Donc moi je suis plus adaptée ?

– Tu ferais tomber n'importe quelle femme dans tes bras…

Emma devinait que Tink essayait de la flatter pour l'influencer. Elle leva les yeux au ciel et croisa les bras.

– Et qu'est-ce que j'y gagne ?

– Ma reconnaissance ultime et je te rendrai n'importe quel service en retour !

Après quelques hésitations de la part d'Emma et quelques arguments de Tink, la blonde accepta en regrettant rapidement après. Son amie avait touché son honneur en répliquant qu'elle ne faisait jamais de rencontres et qu'elle consacrait trop de temps à ses études. Elle n'avait pas envie de lui donner raison en refusant.

Emma enregistra l'adresse du lieu de rendez-vous avec distraction, se demandant dans quoi elle venait de mettre les pieds.

– Comment est-ce que je vais la reconnaître ?

– Elle sera assise seule à la table tout au fond du bar.

Emma grimaça et rangea son téléphone où elle avait noté les informations. Il ne restait que cinq jours avant le fameux soir. Pendant ce temps là, elle disposerait de bien des moments pour se poser des dizaines de questions…

– Fais pas cette tête ! Je suis sûre que t'aimeras ! Et puis ça te fait quelqu'un à ramener chez toi pour chauffer tes draps l'espace d'une nuit !

– Tink, je ramène pas d'inconnu chez moi ! répliqua Emma avec un air outré. Je te préviens, si ça me plait pas, c'est toi qui paieras pour mon temps perdu. En plus des verres !

Tink grimaça à son tour, mais acquiesça, prête à affronter le diable.

– Tu dois être au bar The Hold Up samedi à vingt heures précisément !

Emma soupira avant de hausser les épaules, elle n'était pas du genre à rechercher l'âme sœur, mais elle ne refusait pas un peu d'amusement. Elle n'était pas pour autant quelqu'un de très sociable malgré les apparences. Elle préférait le calme et détestait se trouver au milieu d'un groupe.

Elle restait incertaine que rencontrer ainsi quelqu'un dont elle ne connaissait rien lui plairait.

Après réflexion, elle regrettait d'avoir accepté de rendre ce service… Elle ne voulait pas revenir sur ses mots et abandonner sa vieille amie, mais elle pensait qu'elle aurait dû s'abstenir. La seule raison pour laquelle elle se résignait à y aller était que l'endroit du rendez-vous s'avérait familier. C'était proche de chez elle, et c'était le bar qualifié le plus tranquille de tout Boston, bien qu'il soit apprécié uniquement par une fourchette précise de clients. Emma aimait beaucoup l'adresse et savait qu'elle n'y craindrait rien et qu'elle pouvait même y passer un bon moment.

Le samedi soir, Emma arriva avec quatre minutes de retard au The Hold Up. Bien évidemment, un événement aussi particulier que celui-ci n'aura jamais raison de ses mauvaises habitudes…

Elle se trouvait devant la porte, tendue, dans une petite robe noire en dentelle qui laissait apparaître un décolleté qui pourrait servir de distraction pour son manque de ponctualité. Elle expira profondément et entra, prête à vivre des heures bien désagréables d'après son imagination.

Elle commanda immédiatement un léger verre et comme indiqué, Emma se dirigea à la table au fond du bar. Mais elle se figea et son cerveau réclama un moment pour que ce qu'elle voyait se transforme en information qui atteigne le centre de gestion des informations. Le mécanisme fut si compliqué qu'elle ne sut comment se comporter pendant quelques instants.

Un peu machinalement, elle poursuivit sa marche et son rendez-vous finit par lever les yeux vers elle. Sans surprise, elle se raidit à son tour.

– Mademoiselle Swan ? parvint-elle à articuler sous le coup de la stupéfaction.

Elle venait de parler si bas qu'Emma faillit ne pas l'entendre sous la légère musique d'ambiance.

– Madame Mills, souffla l'étudiante encore étourdie en s'asseyant face à elle.

Durant un instant, les deux femmes se dévorèrent du regard en essayant de comprendre précisément ce qu'il se passait. Lorsque Emma se pencha au-dessus de la table, la professeure retrouva ses esprits et se tint immédiatement sur la défensive.

– Qu'est-ce que vous faites là ?

Elle devinait la terrible réponse, mais elle n'arrivait pas à l'admettre. Elle voulait la confirmation.

– Je crois que vous le savez. The Hold Up, à 20 heures, table du fond.

Le bar se trouvait être presque vide, elles n'y voyaient qu'un homme assis au comptoir à quelques mètres, deux femmes à l'opposé de leur position et un groupe de jeune qui paraissait fêter un grand événement. La professeure était installée à la place adressée. Il ne pouvait pas y avoir de doute.

– Je crois bien que c'est avec vous que j'ai rendez-vous.

Madame Mills sembla se pétrifier, comme si son cerveau venait de lui provoquer un arrêt dans le temps. Elle n'avait jamais vu son visage aussi expressif : stupéfait, perdu et finalement honteux.

On déposa une boisson sur la table sans que les deux femmes la remarquent vraiment. Elles étaient bien trop concentrées à se dévorer du regard.

– Vous m'avez piégé ? articula Regina au bout de plusieurs secondes. C'est vous qui avez fait en sorte d'avoir rendez-vous avec moi ?

– Non, je ne savais pas. Je suis aussi surprise que vous.

Regina ne put répondre, elle se sentait trop déconcertée par le hasard des circonstances. Elle crut un instant que Mademoiselle Swan s'amuserait à jouer l'innocente, mais elle la jugea plutôt sincère.

Emma attrapa alors sa boisson et la sirota sans la lâcher du regard, réalisant que sa professeure était là devant elle, et qu'elle cherchait une femme pour une raison précise : elle les aimait. Elle aimait les femmes.

Alors qu'elle était encore légèrement sonnée de stupéfaction, ce n'est qu'à ce moment qu'elle remarqua la tenue dans laquelle elle se présentait. C'était contraire à tout ce qu'elle l'avait déjà vue porter, bien qu'elle l'eût auparavant observé dans des dizaines de robes. Celle-ci était en satin rouge moulant avec de toutes fines bretelles. Elle fut déçue de ne pouvoir apercevoir le reste sous la table, puis elle discerna son regard noir de fureur braqué sur elle.

Regina essayait de dissimuler sa honte du mieux possible avec sa colère. C'était l'une des rares fois dans sa vie où elle voulait sortir un peu de sa zone de confort interminablement respectée, profiter un minimum… Elle désirait simplement vivre comme une personne ordinaire, et elle arrivait à se coincer dans une position plus que délicate…

Elle n'avait jamais prévu avoir de relation avec un étudiant et elle n'avait même jamais pensé qu'il s'agirait en vérité d'une femme… Rien que son comportement avec eux exprimait cela.

Pourtant voilà qu'elle se retrouvait dans une situation trop explicite, face à la seule étudiante qui l'attirait. Elle était tombée sur l'unique femme qu'il lui fallait éviter dans toute cette ville.

Rencontrer n'importe quel autre étudiant aurait été si peu marquant tant elle serait partie en un clin d'œil. Mais face à elle, son corps et son cerveau mijotèrent ensemble pour la faire rester à sa place. Un vrai cauchemar…

En regardant Mademoiselle Swan dans les yeux, Regina se calma. Ils ne lui communiquaient que de la sincérité et de la bienveillance.

– Vous portez une très jolie robe, murmura Emma. Elle vous met vraiment bien en valeur.

Une bouffée de chaleur saisit la professeure par surprise. Elle se pencha un peu plus au-dessus de la table pour ne pas se laisser intimider et serra les poings.

– Qu'est-ce que vous êtes en train de faire ?

Regina ne manquait pas d'assurance dans sa question, mais peut-être qu'elle aurait d'abord dû poser cette question à elle-même.

Elle ignorait clairement comment agir, et sous le choc de l'arrivée, elle ne pensait toujours pas à partir. Quelque chose la poussait à rester.

– Vous savez ce que je suis en train de faire.

– Je ne vais pas coucher avec vous.

– Non, je n'ai pas dit ça...

– Vos yeux me le disent. Vous n'êtes pas insensible.

Emma se redressa et avança légèrement ses avant-bras sur la table. Regina croisa son regard et y observa une certaine chaleur. Sans savoir vraiment pourquoi, elle relâcha la pression dans ses doigts.

– Vous n'avez aucune idée de ce dont j'ai réellement envie.

Les yeux emplis de luxure révélèrent suffisamment à Regina.

Les mouvements et les mots d'Emma n'étaient plus dirigés en accord avec sa raison. Ce qu'elle voyait suffisait à lui indiquer qu'elle avançait dans la bonne direction. Écoutant le souffle intermittent de sa professeure, l'étudiante repensait à leurs récentes interactions.

Regina craignait de céder. Elle tentait tout pour le cacher, mais elle ne parierait pas sur la suite des événements. L'attention de cette femme créait des éclairs de frissons dans tout son corps.

Emma remarqua son état et essaya de la convaincre avec un regard et un sourire aguicheur. Elle se réjouissait de voir Madame Mills aussi absorbée et déroutée.

Regina rassembla une grande volonté de résister et réussit à fermer les yeux pour penser à autre chose.

Il était temps que cette blonde durement provocatrice et délicieuse cesse son petit jeu.

Alors après une profonde inspiration, Regina s'opposa à elle en lui cachant son trouble du mieux qu'elle était capable.

– Mademoiselle Swan, vous ne pouvez pas faire ça, on ne peut pas faire ça, et vous savez très bien pourquoi, décréta fermement la professeure.

La seconde qui suivit, elle installa une grande distance entre leurs deux corps et la regarda comme un toxique qui s'approchait trop près. Elle resta immobile, ne trahissant plus aucune émotion, ou du moins, elle l'espérait. Elle évitait soigneusement de poser les yeux sur la blonde pour lui permettre de retrouver entièrement ses esprits. Regina ne possédait pas la sérénité pour insister et clarifier ses pensées pour la convaincre. Cela sembla suffire, ce qui l'étonna profondément.

Emma comprit que Madame Mills était catégorique, alors elle se leva et remit sa veste sans jamais lâcher la professeure du regard. Elle marcha quelques mètres jusqu'au comptoir où elle déposa les billets correspondants à sa boisson, avant de s'attarder un instant. Elle effectua seulement deux grands pas pour revenir près de leur table, se retrouvant juste à côté de Madame Mills. Elle se baissa vers elle sans qu'elle bouge, puis elle plaça un bout de papier devant elle. Elle tourna la tête pour la regarder, ne laissant qu'une vingtaine de centimètres entre leurs deux visages.

– Au cas où vous changeriez d'avis, annonça-t-elle ensuite, attirant l'attention de sa professeure par la même occasion.

Elle l'ignora la seconde d'après, alors bredouille, Emma planta ses mains dans ses poches et quitta le bar sans un au revoir.

Regina se laissa s'enfoncer dans son siège, et l'esprit tourmenté par le doute et la confusion, elle commanda un verre du plus fort alcool disponible. Elle jeta un rapide coup d'œil curieux au petit papier et soupira en voyant le numéro de téléphone.

Sur le chemin du retour, Emma doutait de ne pas avoir dépassé les bornes. Emportée par son attirance, elle avait oublié qu'elle parlait à une professeure de Storybrooke, à sa professeure. Si cette dernière rapportait son comportement à l'impitoyable directeur, une montagne de soucis pouvait lui tomber sur la tête, en particulier parce qu'elle était une proie facile. Pour ne rien simplifier, elle savait Madame Mills capable d'agir habilement contre elle… même si elle devait admettre qu'à certains moments, Emma avait plutôt eu l'impression qu'elle s'était retrouvée très loin de son statut de professeure.

Mais en y pensant franchement, elle ne comprenait pas vraiment pourquoi elle avait refusé ce moment en sa compagnie…

Comme tout le monde, Emma savait que des liaisons entre le personnel de Storybrooke et des étudiants se tenaient, et cela n'avait rien de récent ni d'indécent. Elle n'avait pas entendu les échos les plus sains de ces fréquentations — pas étonnant considérant les professeurs concernés — mais elles réussissaient à se faire assez discrètes.

Emma avait eu un tout nouvel aperçu de sa professeure ce soir-là, et elle n'était pas sûre qu'il disparaisse un jour de sa mémoire. Alors au contraire de ces histoires, elle voulait seulement s'amuser un peu sans réfléchir en vivant des expériences excitantes avec une des seules personnes qui l'attirait vraiment.

Un peu de la même manière, de nombreux duos avaient germé par le biais de l'école. Ce n'était un secret pour personne que Storybrooke fourmillait de rapports sexuels. Ils permettaient à tous de relâcher l'ensemble de la pression imposée. Et Emma avait le sentiment que Madame Mills aurait bien besoin de libérer la pression…

Peut-être qu'aussi, elle avait manqué de lui expliquer qu'elle pouvait lui faire confiance, étant donné qu'elle plaçait si peu de sa foi en la majorité des étudiants… Emma ne pouvait pas vraiment s'en vouloir d'avoir oublié cette précision, le choc avait empêché toute réflexion pertinente…

Une fois rentrée chez elle, Emma se coucha sans attendre, en dépit que son corps soit encore trop éveillé pour dormir.

Elle se retourna plusieurs fois dans son lit sans arriver à se vider la tête. Tout son cerveau était concentré à ressasser la scène de son entrée dans le bar à sa sortie. Tout était allé si vite…

Et puis quelle idée de lui avoir confié son numéro en fin de compte… C'était si improbable qu'elle reçoive un quelconque signe un jour, mais elle l'espérait tellement qu'elle n'avait pas pu s'empêcher de lui donner un moyen de la joindre.

Elle n'avait pas d'hésitation : elle avait cette envie dangereuse de coucher avec sa professeure…

Lorsque l'idée d'appeler la seule personne qu'elle considérait comme sa famille pour parler de son aventure lui vint soudainement à l'esprit, elle se résolut à l'abandonner. Ruby était connue pour lancer toute sorte de rumeurs dans leur promotion. Et si elle lui racontait tout à distance, elle savait qu'elle ne comprendrait pas de quel genre de secret il s'agissait.

Elle devinait bien facilement que la professeure, qui refusait déjà un quelconque contact, verrait rouge si l'intégralité de Storybrooke se retrouvait au courant de ses occupations privées… Alors Emma sentait que si elle souhaitait espérer quelque chose avec elle, elle devait se taire comme une tombe. Et Ruby n'était pas réputée pour garder la bouche fermée.

Cependant elles partageaient tout depuis qu'elles se connaissaient, Emma doutait de pouvoir et de vouloir préserver ça pour elle très longtemps.

De son côté, Regina resta un moment au The Hold Up. Elle était aussi excitée qu'inquiète de cette rencontre. Elle était certaine que si Mademoiselle Swan avait insisté quelques secondes de plus, elle aurait pu lui sauter à la gorge en un instant…

Le lendemain matin dès neuf heures, la professeure s'empara de son téléphone avec toute la colère qu'elle avait emmagasinée. Son léger mal de tête n'aidant en rien, aussitôt que son interlocuteur décrocha, Regina se déchaîna.

– Espèce d'enfoirée ! Je parie que tu l'as fait exprès !

– Oh oh ! Regina Mills ! La dernière fois que tu as parlé comme ça, on t'avait obligé de porter un déguisement de Teletubies devant toute notre promotion ! Je reconnais que tu avais une bonne raison à l'époque, mais aujourd'hui je n'ai rien fait ! Qu'est-ce qui a pu si mal se passer à ton rendez-vous ?

– Tu m'as fait retrouver une étudiante de Storybrooke ! J'espère que tu t'es bien amusé avec ta petite farce parce que maintenant je peux te promettre que tu vas souffrir…

– Oh mince, sérieusement ?

– Il va falloir plus que ça pour me convaincre que tu n'y es pour rien !

– J'en avais aucune idée Regina, j'aurais dû me renseigner… C'était une de tes étudiantes ? Tu la connaissais ?

– Hum… oui… marmonna Regina en se souvenant de l'air espiègle de mademoiselle Swan.

– Regina ? s'interrogea son interlocuteur comme s'il devinait sa rêverie. Elle était comment ?

Le ton de son ami s'avérait hésitant. Il savait que poser cette question démarrait un jeu dangereux. Elle ramena immédiatement Regina à sa colère.

– Et tout ce que tu trouves à me dire, c'est me demander comment elle était ? Je t'ai fait confiance quand tu m'as proposé de rencontrer une inconnue pour me changer les idées ! Et quand tu m'as promis que tu ferais en sorte de me présenter la femme qui a de grandes chances de me plaire !

– J'ai vu une photo d'elle. Ne détourne pas le sujet, je sais qu'elle est ton type Regina.

Regina maugréa dans son coin, il n'écoutait rien…

– T'as pas entendu ? Il y a un souci bien plus important que ça ! C'est mon é-tu-diante !

– Toi aussi tu étais étudiante il y a seulement quatre ans.

– C'est un bébé ! Elle doit avoir à peine vingt ans !

– Un des critères précisait qu'elle devait avoir au moins vingt-quatre ans. Elle n'est pas aussi jeune que tu le crois. Et physiquement, elle fait clairement plus que vingt ans, je te pense assez intelligente pour l'avoir constaté, déclara Samdi d'une voix sans appel. Je te ferais aussi remarquer que tu n'as pas démenti le fait qu'elle est à ton goût. Est-ce que de ton côté tu peux me dire si tu avais l'air de lui plaire ?

Regina ricana à l'entente de cette question. Elle n'aimait vraiment pas le ton de son ami et hésitait à couper court l'appel.

– Je vais prendre ça pour un oui, en conclut-il, n'obtenant pas de réponse explicite. Je t'avais avertie, tu es trop exigeante.

– Je ne suis jamais exigeante, je souhaite seulement ce que je mérite.

– Très bien, mais réfléchis à ce que tu désires réellement. Réfléchis-y honnêtement et tu trouveras ton plaisir.

Regina ne répliqua pas et Samdi devina facilement ce qu'il risquait.

– Mais je reconnais que je te dois des excuses. Cette idée de te faire rencontrer des gens ne pouvait que mal tourner…

– Je n'aurais jamais dû accepter… soupira longuement Regina en fixant le plafond.

Pendant le reste de l'appel téléphonique, Samdi tenta de lui faire relativiser la situation.

Quand elle raccrocha, Regina se massa les tempes. Pourquoi à présent Mademoiselle Swan hantait ses conversations et ses pensées ?

Samdi avait raison après tout, Regina la désirait.

Ce serait plutôt ce qu'elle crierait haut et fort si elle n'était pas aussi têtue.

Le son de sa voix chaude, son corps dans cette petite robe, son regard indécent… il n'avait suffi de rien pour qu'en l'espace de quelques secondes des idées germent dans son cerveau, comme un puissant virus qui la faisait disjoncter littéralement.

Et ce n'était vraiment pas pour lui plaire.

Regina ne pouvait pas se résoudre à toucher une étudiante alors qu'elle avait toujours agi avec distance avec tous ces derniers.

Elle s'était avérée à la limite de commettre l'irréparable, et si Mademoiselle Swan l'avait deviné et ne comptait pas renoncer, Regina doutait de pouvoir résister à une autre de ses tentatives.

Il y avait peu de chance que l'étudiante l'oublie et passe à autre chose comme Regina l'espérait… Elle soupirait longuement lorsqu'elle y pensait. Elle avait reconnu le désir dans les yeux de son étudiante, l'envie irrésistible d'aller plus loin et de franchir le point de non-retour…

Regina récoltait peut-être ce qu'elle avait semé, elle avait un peu joué avec le feu, elle devait l'avouer.

Elle allait devoir faire face à Mademoiselle Swan maintenant, car elle ne pouvait pas la laisser s'approcher d'elle. Et pour ça, elle allait devoir oublier sur le champ tout ce qu'elle avait pu voir, entendre ou sentir.