Cartes en main sur un terrain miné


Bien droite derrière son bureau, Regina observait chaque étudiant qui entrait dans sa salle de cours. Elle en cherchait une en particulier, celle qu'elle n'oublierait pas de sitôt.

Le week-end s'était terminé si vite mais elle était déterminée à faire face à Mademoiselle Swan. Lorsqu'elle l'aperçut pénétrer la pièce, bavardant, elle prit parfaitement prestance. Elle clama son nom de son ton le plus ferme.

Regina fut agacée lorsqu'elle vit un petit air enjoué apparaitre sur le visage de la blonde. L'étudiante s'avança, et en quelques pas, elle se retrouva proche de Regina, voire trop…

– Oui Madame Mills ? répondit-elle en penchant doucement la tête sur le côté.

Il n'y avait plus aucun doute, Mademoiselle Swan jouait la carte de la provocation avec ses yeux pétillants de malice et sa lèvre pincée. L'état d'esprit de Regina empira sans qu'elle puisse faire quoi que ce soit.

– Vous gardez pour vous de ce qu'il s'est passé samedi soir, personne doit être au courant, déclara-t-elle tout bas pour ne pas attirer l'attention. Est-ce bien clair ?

Regina fut presque déstabilisée lorsque Mademoiselle Swan ne broncha pas face à sa froideur et sa fermeté. Cependant elle réussit à cacher ses émotions à la blonde.

– On ne peut mieux faire.

Le souffle chaud de Mademoiselle Swan la fit frémir et fit remonter des souvenirs enfouis de la soirée du samedi précédent. L'étudiante s'éloigna avant qu'elle ne puisse dire quoique ce soit de plus.

Regina jura intérieurement. Elle n'avait aucune idée de ce que Mademoiselle Swan avait en tête. C'était rare que cela lui arrive avec quelqu'un et la professeure se sentit mal à l'aise que cela survienne avec une étudiante.

Il allait falloir qu'elle ait une discussion très sérieuse avec elle pour clarifier la situation…

Regina lança le cours après avoir rassemblé son courage. Après quelques minutes, cela s'avéra une véritable torture, elle n'avait jamais vu Mademoiselle Swan la scruter d'une manière si intense…

Et lorsque son regard avait le malheur de s'attarder plus d'une seconde sur cette femme assise dans les premiers rangs, cette dernière affichait un fin sourire provocant qui faisait effet. En apercevant toute cette comédie, Regina se sentit terriblement manipulée.

À côté d'Emma, Ruby observait le manège qui se déroulait devant elle. Elle connaissait le penchant de son amie pour leur professeure, mais jamais elle n'avait remarqué autant de concentration sur elle. Toute la matinée, la blonde avait été distraite et en voyant la tournure de ce cours, Ruby devina que quelque chose s'était passé.

– Emma ?

– Ouais ?

– Tu pourrais écrire sur ton front que tu as un faible pour elle, ce serait même pas plus explicite que tout ton cinéma.

– De quoi ? Un faible pour qui ?

Ruby lui précisa discrètement du regard la professeure et Emma se redressa sur son siège avec malaise.

– C'est pas un faible, c'est juste de la curiosité.

– Bien sûr, lui répondit Ruby en soupirant.

La blonde jeta plusieurs coups d'œil interrogateurs à Ruby sans vraiment deviner ce qu'elle pensait. Emma la connaissait depuis de nombreuses années et Ruby arrivait toujours à la surprendre.

– En fait, faut que je t'avoue un truc…

– Mademoiselle Swan ! l'interrompit la professeure.

Emma releva immédiatement la tête et remarqua que la professeure s'était considérablement rapprochée de sa position sans qu'elle y prête attention.

– Vous êtes priée de ne pas parler tant que je n'ai pas fini. Il va sans dire que vos babillages sont moins importants que mes propos.

Son ton ne laissait place à aucune discussion et son regard ne semblait exprimer qu'un unique ordre : elle devait se taire, et pas seulement maintenant. Elle pourrait presque incarner la figure ultime de l'autorité jusque dans l'inclinaison de son menton.

Emma haussa les épaules en direction de Ruby et se concentra un peu mieux sur le cours. Cependant son amie ne put en faire autant.

– Remarque, elle a pas détaillé en un monologue ce qu'était le kakapo et pourquoi c'était un perroquet surnommé idiot pour finir par dire qu'il serait ton animal fétiche… Exactement comme elle l'a fait la dernière fois… constata Ruby en chuchotant.

Emma pouffa doucement de rire.

– Elle avait même comparé une fille à une méduse, car comme elle, je cite « la bouche de cette espèce est aussi son cul ce qui expliquerait pourquoi beaucoup de merde en sort »…

– Elle a vraiment un truc pour les animaux ! gloussa Ruby.

Emma ne réagit pas. Le comportement de la professeure envers elle ne l'étonnait pas vraiment, depuis leur rencontre, elle bénéficiait d'un traitement spécial.

Quand quelques minutes plus tard, elle se dirigea vers la sortie, sa route fut coupée par Madame Mills qui l'interpella d'une voix sèche traduisant son impatience. Elle prit son inspiration et se tourna face à elle.

Dès qu'elles furent isolées, la professeure n'osait plus la regarder dans les yeux, visiblement gênée qu'elles se retrouvent à nouveau seules.

Regina changea vite d'état d'esprit en se souvenant ce qu'elle avait surpris la blonde à dire à sa voisine quelques minutes plus tôt. Elle ne pouvait pas laisser son étudiante la mener en bateau plus longtemps.

– J'aimerais que cela soit clair. Tout d'abord, vos oreilles semblent bouchées alors je vais vous le répéter. Ne parlez à personne de ce qu'il s'est passé samedi soir, articula formellement Regina en reprenant peu à peu confiance. Venons en maintenant à votre attitude. Votre manière d'attirer mon attention est ridicule, même pathétique.

– C'est vous qui le dites, marmonna Emma en croisant les bras.

Regina leva les yeux au ciel. Qu'est-ce que cette femme était exaspérante !

– Ne jouez pas avec moi, Mademoiselle Swan, ou vous risquerez très rapidement de vous bruler. Sachez que j'ai des façons très efficaces de vous rappeler que je suis votre professeure dans cette école. Je ne suis pas une fille que vous avez trouvée dans un bar miteux auquel tous les étudiants se rendent chaque week-end avec la seule pensée de satisfaire leur libido d'adolescents !

Ce n'était clairement pas elle qui était ridicule, mais sa professeure…

Emma laissa tout de même quelques secondes à la brune pour respirer avant de lui répondre. Elle s'avança d'un pas et essaya de se montrer plus sérieuse. Elle n'arrivera à rien si elle se mettait dans tous ses états…

– Madame Mills, avec tout le respect que je vous dois, je dois vous dire que vous avez réellement besoin de vous détendre.

– Et vous voulez que je le fasse avec vous, c'est ça ? ironisa la professeure avec son humour noir qui la caractérisait si bien.

Les deux femmes se toisèrent du regard en silence. Emma n'arrivait pas exactement à suivre ses pensées, mais elle devinait que derrière ses réparties, elle était troublée. Alors Emma tenta le tout pour le tout.

– Sérieusement, je sais que vous cherchez la compagnie d'une femme. Je vous ai offert la mienne en oubliant de préciser que vous pouviez me faire confiance. Je ne vais pas déclarer à tout Storybrooke que vous aimez les femmes. Je vais rien dire à propos de vous, car ça m'avancerait à rien. Je n'ai aucune raison de vous faire souffrir. Et s'il vous plait, ne croyez pas que je suis le genre de personne à vouloir passer du temps avec des gens que je connais à peine… C'est la première fois, je vous assure qu'avant je n'en ai jamais eu envie et…

Emma s'interrompit, elle trouvait des difficultés à dénicher les bons mots sans en dire trop. Elle n'avait jamais été douée avec les mots et ne savait toujours pas ce que la professeure avait réellement en tête, malgré qu'elle semblait en bonne voie car elle ne l'avait pas coupé.

– Je ne suis pas celle que vous pensez, continua doucement la blonde. J'aimerais plutôt vous proposer de profiter de ce qu'on pourrait s'offrir mutuellement. C'est tout simple. Je ne vous demande même rien en retour si c'est quelque chose qui vous gêne. Vous n'avez aucune obligation, aucun engagement avec moi. Juste du plaisir.

– Vous croyez vraiment que je suis le genre de professeur qui couche avec ses étudiants ?

La brune semblait toujours sur la défensive mais quelque chose semblait se produire en elle.

– Hey, c'est pas quelque chose de mauvais ! Vous n'avez pas à avoir honte d'être attiré par une étudiante.

– Faites très attention à ce que vous insinuez, Mademoiselle Swan.

Le ton de la professeure qui montait dans les graves fit frissonner l'étudiante.

– Je vous conseille de prendre le temps de réfléchir à ce que je vous ai dit…

– Je ne veux pas entendre un seul mot de plus sortir de votre bouche, l'arrêta la professeure. C'est compris ? Vous avez intérêt à ne pas me décevoir.

Dépassée, Emma se redressa le dos bien droit et fusilla la femme du regard. Elle s'était montrée assez patiente jusqu'ici. Elle avait cru si fort qu'elles pourraient communiquer, elle semblait si naïve…

– Aye Aye Capitaine ! répliqua-t-elle pour la provoquer davantage.

La blonde tourna les talons et sortit de la salle sans que Regina puisse déduire si elle se sentait froissée ou finalement indifférente de sa réponse. En réalité après sa dernière répartie, elle s'était attendue à ce que Mademoiselle Swan riposte encore et toujours telle une tête de mule, jusqu'à ce que… elle ne savait quoi en vérité. Mais elle avait rapidement abandonné comme si leur conversation s'avérait sans importance… Son caractère effronté semblait différent de celui des autres étudiants.

Mais Regina avait ce gout amer dans la bouche… C'était comme si quelque chose lui échappait…

Ce sentiment empira lorsqu'elle se mit à douter de plus en plus fort que Mademoiselle Swan garde sa langue. Et malheureusement, elle ne pourrait pas sanctionner son étudiante dans leur situation sans en dévoiler trop sur sa vie privée et cela la rendait davantage frustrée. Regina expira longuement en relâchant toute la pression, espérant en même temps faire disparaitre son problème prénommé Emma Swan.

En apercevant Ruby à la sortie de Storybrooke, Emma se mordit la lèvre d'angoisse. Elle avait complètement oublié qu'elles avaient prévu un peu de sport après leurs cours…

– Ça va ? lui demanda distraitement son amie en se mettant en route près d'elle.

Comme d'habitude, Ruby semblait cerner la tension présente dans son corps rien qu'avec un court regard.

Emma observa un moment son amie du coin de l'œil sans trouver quoi dire. Elle voulait tellement parler de Madame Mills pendant des heures avec elle… exprimer toutes ses émotions du samedi soir et imaginer la suite des évènements avec elle… Elle avait vraiment besoin de conseils, et elle savait qu'elle pouvait faire confiance à Ruby pour garder un secret si important.

Mais la professeure avait été bien assez claire.

– Ouais, nickel, répondit Emma, la voix traduisant sa fatigue.

Ruby n'ajouta rien et les deux amies entrèrent dans la salle de sport de Storybrooke. Elles aimaient profiter de temps en temps de cet accès accordé à tous les étudiants de l'école.

Après un échauffement, elles commencèrent par le tapis de course. Ruby l'observa mettre une vitesse plus élevée que ce qu'elles avaient l'habitude.

– T'es sûre de toi Usain Bolt ?

– Cherche pas, j'ai de l'énergie à dépenser.

– Je vois ça.

Après un regard inquiet, Ruby passa à autre chose. Elle connaissait ce genre de journée où Emma n'était pas très bavarde et savait qu'elle préférait plutôt l'écouter.

Cependant, Emma était à peine à l'écoute.

Elle avait l'impression que la professeure se moquait d'elle. Elle aurait dû s'attendre à ce type de réaction venant d'elle, après tout, elle n'avait pas la réputation d'un ange. Mais elle n'avait pas imaginé que la brune lui en ferait voir de toutes les couleurs après lui avoir laissé un aperçu de son attirance pour elle, comme si elle n'avait jamais été autre chose qu'une simple étudiante inconnue dans son cours…

Emma voulait la revoir dans un cadre exceptionnel. Elle n'allait pas oublier leurs conversations et tout le reste de sitôt. À vrai dire, Emma se demandait même comment elle pourrait encore regarder sa professeure sans se rappeler ce fameux soir…

Après cette terrible altercation, elle avait bien plus envie de découvrir un peu mieux cette femme. Mais les menaces de Madame Mills étaient réelles et bien qu'Emma la détestait à présent, elle allait devoir se plier à ses exigences.

C'était étonnant la façon dont il avait suffi d'une petite malheureuse rencontre pour que du jour au lendemain tant de choses soient révélées et que tout change entre elles.

Et si le destin les avait menés jusque-là, cela voudrait peut-être dire qu'elle pouvait convaincre sa professeure de suivre son désir afin qu'il puisse enfin se passer quelque chose entre elles ?

Ouais, non… C'est n'importe quoi le destin de toute façon…

Surchargée de pensées, Emma augmenta la vitesse pour évacuer son mélange de colère et de déception.

Elle resta sur le tapis de course un bon moment, et n'entendit même pas lorsque Ruby lui glissa quelques mots pour lui signifier qu'elle bougeait. Voyant le manque de réaction de son amie, Ruby soupira et conclut qu'elle ne pouvait pas l'aider plus pour l'instant. Elle comprenait qu'il y avait quelque chose qui la travaillait, mais cela ne paraissait pas la blesser. Elle savait que parfois, Emma pouvait tourner un sujet dans tous les sens avant de venir lui en parler dès qu'elle se sentait prête.

Les jours suivants, plus le temps défilait, plus Emma abandonnait l'idée de vivre un moment charnel avec la professeure. C'était tellement débile, cette femme lui montrait sans arrêt la muraille de Chine qu'elle avait installée entre elles… Elle ne pouvait pas perdre davantage son temps.

De son côté, Regina put remarquer que Mademoiselle Swan semblait garder sa langue : aucune rumeur sur elle ne lui était parvenue. C'était une première preuve qu'elle pouvait avoir confiance qu'elle ne s'attendait pas à voir… Elle avait été angoissée sans cesse ces derniers jours à ce sujet. Et d'un côté, elle en était aussi curieuse. Elle avait obtenu la preuve que Mademoiselle Swan n'était pas comme le reste des étudiants.

Cela laissait donc place à l'imagination.

Les mots qu'elle lui avait dits lors de leurs précédentes conversations vivaient en elle. Étant donné qu'elle ne semblait pas se moquer d'elle, sa proposition se révélait… plutôt alléchante. Si elle avait réussi à la surprendre une fois, elle avait des chances de pouvoir encore le faire une dizaine d'autre, lui démontrant à quel point Regina avait tort sur elle.

L'attention de l'étudiante depuis le fameux soir n'avait pas réellement réduit. Elle était toujours là, à lui adresser un petit regard perçant. Et Regina ne pouvait plus s'empêcher d'avouer qu'avoir une attention si originale était finalement… assez plaisant.

Durant une fin de journée, Emma se retrouva avec quelques-uns de ses amis, dans le café La Détente du campus de Storybrooke. Ils n'y allaient pas souvent en raison des tarifs élevés, mais c'était vraiment un espace confortable, un authentique café cosy.

À ce même café, Regina savourait tranquillement sa soirée, installée dans un petit sofa en cuir aux côtés de sa plus proche collègue à Storybrooke. Elles discutaient de tout et de rien depuis un bon moment déjà lorsque Regina distingua quelques mètres plus loin une chevelure blonde qu'elle connaissait assez bien maintenant. Elle reconnut Emma Swan en quelques secondes et sentit le stress monter en elle. Regina était venue profiter d'un temps de détente avec une amie et voilà qu'un de ses plus préoccupants soucis pointait le bout de son nez…

Regina s'agita sur le canapé, mal à l'aise à l'idée que son étudiante la découvre. Elle espérait naïvement qu'être accompagnée réduirait les chances qu'on la remarque…

Les minutes suivantes, la présence de cette femme occupa une grande partie de sa concentration.

Malgré qu'elle se trouvait à un angle discret du café, que des barrières végétales barraient la vue et que Mademoiselle Swan restait de dos, Regina savait qu'à tout moment elles pouvaient les apercevoir.

– Regina ? Tu m'écoutes ? intervint Mary-Margaret.

– Oui, excuse-moi… C'est seulement qu'il y a une certaine étudiante que je n'apprécie particulièrement pas qui vient d'arriver.

– Ah oui ? Qui est-ce ?

– Personne d'intéressant.

– Jamais la présence d'un étudiant ne t'a perturbé pourtant, remarqua sa collègue très curieuse.

– Est-ce qu'on peut reprendre où on en était ?

La discussion poursuivit son cours, mais Regina n'écoutait que d'une oreille.

Rapidement, le regard de Regina dériva sur la silhouette de la blonde. Elle était ravissante en cette dernière soirée chaude de l'année…

Plusieurs fois ensuite, elle se surprit à l'observer furtivement, mais sans finesse. Regina n'arrivait pas à la sortir de sa tête. Au bout d'un long moment, un énorme panneau STOP apparut de nulle part dans son cerveau, elle n'en pouvait plus d'être toujours attirée par cette femme malgré ce qu'elle croyait.

Emma lâcha sa paille de stupeur quand elle remarqua sa professeure. Elle se remit vite à siroter tranquillement son cocktail en retournant la tête vers ses trois amis. C'était connu que certains professeurs aimaient profiter eux aussi de cet endroit, mais elle ne s'était pas du tout attendue à croiser Madame Mills ici.

Emma essaya de l'ignorer, mais lorsqu'elle lui jeta discrètement un coup d'œil, elle l'aperçut faire de même avec elle. Elle la vit détourner immédiatement le regard avec un air gêné. Cela fit rougir la blonde qui s'étonna de ce comportement.

Cette dernière sembla par la suite se tenir à carreau, Emma se détendit dans son siège.

– Je crois que je vais me prendre un autre truc, quelqu'un veut commander autre chose ? lâcha Killian au bout de quelques minutes.

Chacun lui indiqua ses choix et il partit seul en direction du comptoir.

– Et si tu l'accompagnais pour l'aider à porter, Emma ? intervint Ruby avec un air insistant.

Le regard d'Emma dévia sur Belle auprès de Ruby et revint sur cette dernière. Elle ne fut pas certaine de savoir ce qui lui prenait, mais elle se leva et rejoignit Killian. Celui-ci lui offrit un malin sourire, visiblement satisfait de sa présence à ses côtés.

Puis Emma réalisa bien vite qu'elle s'était considérablement rapprochée du petit espace tranquille qu'occupaient la professeure et sa collègue. Elle se trouvait à un seul mètre du canapé où elles étaient installées. Elle rougit en regardant Madame Mills de dos qui semblait légèrement tendue.

Avec des idées bien claires, Emma se pencha et posa la main sur le rebord du sofa pour s'y appuyer. Et durant quelques minutes, elle discuta avec Killian et ne bougea pas d'un pouce, laissant doucement marquer sa présence dans l'esprit de sa professeure.

Regina essaya de se concentrer sur les mots de Mary-Margaret et leur signification une fois alignées, mais cela s'avérait compliqué. La main, le corps de l'étudiante à quelques centimètres de son visage lui faisait relever faiblement son odeur délicieuse si féminine. Regina se mordillait la lèvre en devinant la chaleur de cette main et du reste de son corps.

Mademoiselle Swan avait le droit de faire ce que bon lui semblait, rien ne dépassait vraiment la raison en cet instant, mais elle savait que rien n'était dû au hasard. Cette dernière idée rendait Regina nerveuse. Voulant à tout prix cacher ce sentiment, elle devint de plus en plus tendue dans son siège. Plus elle assistait à cette scène, plus elle devenait certaine que la blonde cherchait seulement à la déstabiliser.

Et elle la découvrait incroyablement forte à ce jeu.

Regina évita de réagir, de montrer ses émotions pour ne pas avertir Mary-Margaret et attendit que l'étudiante s'éloigne.

Malheureusement, au bout de quelques instants, elle frissonna en imaginant ce que procurerait cette main et sa jumelle parcourant son corps, la chaleur des mains se propageant en elle… Regina se redressa un peu brusquement et serra les cuisses.

Ce fut ce moment que choisit le serveur pour donner les boissons aux deux amis. Elle observa la blonde murmurer quelques mots à celui qui l'accompagnait avant qu'ils ne s'éloignent tous les deux.

Regina ne put s'empêcher de soupirer de soulagement lorsque son étudiante se retrouva enfin hors de vue.

– Ça va ? lui demanda Mary-Margaret en fronçant les sourcils.

– Oui. Désolée… marmonna Regina en regardant en l'air.

– L'étudiante te gêne toujours ?

– Oui. C'est idiot, je sais. Je ne devrais pas me prendre la tête avec une étudiante comme ça.

– Quel est le souci alors ?

– Elle est tellement… Énervante et frustrante… marmotta Regina avant de soupirer de lassitude. C'est le genre de personne qui te fait douter de toi, tu vois ?

– Je crois…

– Désolée, j'imagine que je suis vraiment perturbée aujourd'hui, je ne me reconnais plus beaucoup… J'ai des pensées que je n'aurai jamais considéré avoir un jour que je ne comprends pas vraiment…

– Peut-être que tu devrais prendre le temps de connaitre la nouvelle Regina alors. Et l'écouter.

– Tu n'as pas tort, mais… et si la femme que je deviens se trompait ?

– Tu ne pourras pas le deviner avant d'avoir essayé. Et si elle se trompe, ce dont je doute, je ne pense pas que ce soit si grave. Tout le monde a droit à une erreur Regina. C'est aussi simple que ça.

Regina la remercia rapidement pour ses conseils et son amie changea de sujet. Cela ne déplut pas à Regina qui put se relaxer un minimum.

Toujours au comptoir à quelques mètres de là, Emma prit du temps à réagir au serveur qui lui passait le reste de leur commande. Elle avait entendu la conversation et bien qu'elle n'aurait pas dû, elle n'allait rien oublier.

Quand Emma fut de retour à sa place auprès de ses amis, elle scruta discrètement la professeure pour enfin apercevoir son visage. Celle-ci n'avait pas tardé à la regarder en retour et Emma ne sut quoi penser de cet air imperturbable. Emma s'occupa de son verre puis elle se reconcentra rapidement sur le sujet de discussion.

Regina jura plusieurs fois intérieurement, puis au bout de quelques minutes son supplice prit fin. Sa collègue lui annonça qu'elle devait filer, car son mari venait de la prévenir que leur fils était malade. Plus rien ne la retenait ici à présent.

Quelques minutes plus tard, Regina suivit son amie vers la sortie en sentant clairement le regard pesant de Mademoiselle Swan sur elle. Regina évita soigneusement de le croiser, et l'atmosphère tendue autour d'elle changea seulement lorsqu'elle fut hors du champ de vision de la blonde.

Peu de temps après, les quatre étudiants quittèrent le café à leur tour. Killian et Belle partirent de leur côté et Emma marcha sur le parking en compagnie de Ruby.

– Tu sais que Killian m'a encore parlé de toi avant que t'arrives tout à l'heure ? s'exclama Ruby avec cet air qui la caractérisait si bien.

– Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

– Oh pas grand-chose… Seulement qu'il espérait pouvoir passer plus de temps avec toi. Ça fait bientôt six mois qu'il cherche ton attention et toi tu remarques rien, rit Ruby avec quand même compassion pour son ami.

– C'est vrai Ruby… Je pensais trop à… je sais pas trop… Mais parlons un peu de toi maintenant, reprit vite Emma pour observer Ruby bégayer à son tour. Belle te plait beaucoup, non ?

Ruby lui lança un regard furtif puis elle haussa les épaules.

– Tu m'as viré pour passer un moment en tête à tête avec elle alors tu échapperas pas à mes questions !

– Disons qu'elle m'intéresse… Ça fait seulement quelques fois que je la vois, je tâte le terrain.

– Et tu tâtes le terrain comment plus précisément ?

– Je tâte le terrain sérieusement…

La réponse de son amie fit immédiatement apparaitre un sourire sur le visage d'Emma.

– Elle a l'air d'une super fille, c'est cool que Killian te l'ait présenté. J'espère que t'auras bientôt l'occasion de passer plus de temps avec elle.

Emma était tellement heureuse que Ruby envisage de se rapprocher sérieusement de quelqu'un. Depuis toujours, elles s'isolaient entre elles. Leurs uniques excuses étaient que peu de personnes semblaient les comprendre et qu'elles avaient déjà la mauvaise habitude d'être seules. Elles détestaient ça, mais elles avaient tout de même du mal à travailler pour changer cette solitude.

Ainsi lorsqu'elle quitta sa vieille amie pour monter dans sa voiture, un sourire sincère restait collé sur son visage.

De son côté, elle n'était pas vraiment prête à faire confiance dans une relation si intime et sérieuse, mais elle débordait de joie à l'idée que Ruby l'envisageait.

Mais une fois rentrée chez elle, Emma fut de nouveau prise dans ses pensées concernant sa professeure. Elle passa sa soirée à ressasser ces moments au café, réfléchissant à ce qu'elle pouvait en conclure.

La professeure semblait presque incompréhensible, elle était encore plus sensible que ce qu'Emma avait pu imaginer. Après cette expérience, elle avait envie de continuer sur ce chemin, même si en poursuivant de la sorte, elle risquait le pire.

Regina se sentit démunie en rentrant chez elle. Elle avait l'impression que chaque fois qu'elle voyait cette femme, elle finissait par ressentir encore plus d'attirance. Elle ne pouvait rien y changer, Regina la trouvait particulièrement captivante.

Mais suivant sa conversation avec son amie, son état d'esprit était différent des derniers jours vis-à-vis d'elle. Elle s'était constamment fait confiance pour accomplir ce qu'il fallait jusque-là, ce n'était pas le moment de modifier cette habitude.

Malgré ça, ce soir-là, au moment de s'endormir, Regina maudit Emma Swan pour tout ce qui se produisait.