L'art de se donner en spectacle
C'est avec un désir de retrouver rapidement leur tension sexuelle que Regina partit en direction de leur lieu de rendez-vous. Elle avait bien fait de garder l'accès à Helios pour quelques temps…
Elle fut la première à arriver mais n'attendit pas longtemps avant qu'on toque et qu'elle ouvre à l'étudiante.
La professeure se positionna bien droite au milieu de la salle, croisa les bras et toisa durement la blonde qui se débarrassa de sa veste et son sac près de l'entrée.
– Je sens qu'on est encore mal parties ce soir… marmonna Emma en s'approchant.
– Vous avez déjà oublié ? Je vous avais dit rien à l'extérieur ! Je ne veux pas vous voir en dehors du cadre habituel ou uniquement si je vous le propose !
– Je sais.
– Qu'est-ce que vous faisiez là-bas alors ? Et ne me dites pas que c'était une coïncidence !
– C'est pour me dire ça que vous m'avez demandé de venir ici ? Si j'avais su, j'aurais économisé de l'essence…
Regina soupira longuement, l'étudiante l'exaspérait toujours autant.
Cette dernière s'écarta face à cette réaction. Puis elle planta les mains dans ses poches et se dirigea tranquillement vers la sortie, comme si plus rien ne l'attendait dans cette pièce.
Cela attira l'attention de la professeure qui se rappela qu'en effet, elle ne lui avait pas vraiment demandé de la rejoindre pour la disputer.
– Mademoiselle Swan, restez.
– Serais-je bien traité si je restais ?
Regina leva les yeux au ciel, redoublant de patience.
– J'essaierais…
Emma revint alors auprès d'elle malgré qu'elle n'était pas convaincue.
– Embrassez-moi, continua Regina qui la dévisageait avec envie.
Elle s'approcha dès lors une nouvelle fois jusqu'à ne laisser que quelques centimètres entre elles.
– Vous avez oublié quelque chose.
– Quoi donc ?
– La politesse n'est pas une option.
– S'il vous plait.
Emma ne la fit pas attendre plus longtemps, bien que d'un côté, elle le désirait fort. Elle l'embrassa sans timidité et passa aux choses sérieuses sans plus de détour.
Regina ne regretta pas sa patience et ne fut pas déçue des minutes qui suivirent. Elles ne prononcèrent plus un seul mot pendant toute une demi-heure.
Emma avait l'impression que chaque fois qu'elles se taisaient dans cette chambre, elles entraient dans un nouvel univers et elles devenaient juste des corps aimantés l'un à l'autre.
La précédente conversation leur sembla lointaine après quelques minutes, Emma se laissa très vite emporter par la fougue de la professeure.
Aux alentours de vingt et une heures, s'écartant d'elle pour qu'elle puisse respirer un peu, Emma se leva. Elle avait une idée en tête depuis un moment qui ne la lâchait pas et elle en avait l'estomac retourné.
Elle se mit au bout du lit en face d'elle et se retrouva en sous-vêtements en quelques mouvements. Elle n'était pas sûre de ce qu'elle préparait mais elle comptait aller jusqu'au bout.
L'étudiante sourit quand elle aperçut l'autre femme se relever avec un air intrigué. Elle crut qu'elle allait s'approcher mais elle ne fit que la dévisager sans trop de gêne, comme lors des dernières fois qu'elle s'était dévoilée à elle.
Elle se contorsionna pour enlever son soutien-gorge bien qu'elle préférait que la brune s'en occupe à sa place. Emma aperçut ses joues virer au rouge pétant lorsqu'elle passa ses mains sur ses seins.
– Venez…
Mais elle ne bougea pas malgré qu'elle se trouvait incontestablement obnubilée par ce qu'elle voyait.
Emma ne la lâcha pas des yeux et s'avança un peu plus au centre du grand lit en se mordant la lèvre inférieure. La professeure avait l'air d'analyser chacun de ses gestes, elle n'eut pas besoin d'en savoir plus pour deviner qu'elle progressait dans la bonne direction.
– Touchez-moi Madame Mills.
Emma eut du mal à s'entendre. Elle rougit avec gêne puis elle croisa son regard. Gardant ce contact visuel troublant, elle n'attendit pas plus longtemps avant de passer sa main sur ses cuisses. Elle la vit immédiatement baisser les yeux sur sa main.
Quand bien même l'autre femme ne la touchait pas, Emma sentait l'excitation contrôler de tous ses gestes. Elle savait que la professeure n'était pas une personne facile, mais sa patience avait ses limites… Elle pencha la tête et l'implora du regard de s'avancer. Elle en vint même à la supplier intérieurement, espérant ainsi lui transmettre un message psychique, ou elle ne savait trop quoi… Se devinant ridicule, elle l'appela plusieurs fois en soupirant.
– S'il vous plait, approchez… murmura Emma en interceptant à nouveau son regard.
Croyant qu'elle allait à présent réagir, Emma arrêta tout mouvement. Après cette soirée, elle avait sacrément envie que Madame Mills prenne les devants et cela se faisait ressentir entre ses jambes.
C'était vraiment compliqué de résister à attraper sa main et à la faufiler jusqu'à son intimité pour enfin prendre son pied… Mais Emma voulait qu'elle vienne d'elle-même.
Mais au bout de presque une minute entière, Emma se résolut. Peut-être avait-elle besoin qu'elle commence pour qu'elle remplace les doigts par les siens…
Elle écarta davantage les jambes et essaya de changer d'angle pour l'attirer. Elle glissa ses doigts sur sa vulve et vit l'air un peu hagard que la brune adopta, avec la bouche entrouverte et les yeux qui ne savaient plus cligner.
Emma peinait à garder le contrôle sur ses gestes. Elle devait lutter, le but n'était pas de présenter une scène érotique en se donnant un orgasme devant son regard fiévreux.
Mais elle eut du mal à se retenir, alors pour ne pas regretter après coup, elle s'arrêta totalement.
Avec le dernier brin d'espoir qui lui restait, elle tendit la main devant elle vers la professeure qui ne réalisait toujours pas le moindre mouvement ou disait un seul mot.
Emma sentait qu'elle n'allait nulle part, elle commençait à comprendre que la jeune femme ne comptait pas agir et que ce qu'elle tentait était inutile.
Elle lui laissa tout de même quelques secondes avant de se sortir du lit à grands pas.
– Je sais que j'ai dit que vous êtes obligée de rien mais…
La frustration la prit à la gorge et bloqua ses paroles dès qu'elle posa un pied au sol. Elle devina rapidement le regard de Madame Mills toujours fixé sur elle.
– Mademoiselle Swan, prononça la professeure sur un ton entre autoritaire et inquiet.
Sa première idée fut de quitter la pièce au plus vite et sans ajouter quoi que ce soit.
La brune ne s'y opposa pas, mais peu importe ce qu'elle en pensait, elle s'en fichait royalement à présent. Elle lui tourna le dos en se rhabillant en quatrième vitesse, sans attendre la suite.
De toute manière, celle-ci ne vint pas, Regina chercha ses mots en vain.
Emma put à nouveau respirer uniquement quand elle claqua la porte derrière elle. Elle put alors ravaler amèrement sa déception et sa frustration.
Depuis un bon moment, Regina gardait la bouche entrouverte tellement elle était troublée. Dès qu'elle fut seule, elle se laissa tomber entièrement sur le lit avec un soupir.
Que venait-il au juste de se passer ?
Les réponses à cette question se bousculaient. Elle s'habilla dans un silence lourd. Bien qu'un peu étrange au début, se revêtir en compagnie de l'autre femme les dernières fois avait eu un côté plaisant qui manquait.
Emma rentra chez elle en s'étant rarement sentie aussi ridicule. Elle avait pratiquement supplié sa professeure de la faire jouir mais elle n'avait même pas voulu l'approcher… Elle ne savait pas vraiment comment se sentir vis-à-vis de son inaction, si ce n'est que ridicule.
Elle aurait d'abord pensé que lui accorder dix pour cent du plaisir qu'elle lui avait offert ce soir n'était pas grand-chose, mais il semblerait que si… Madame Mills ne souhaitait pas lui donner de son attention. Durant tous les autres moments, elle avait exaucé le moindre de ses désirs, Emma avait écouté minutieusement son corps… pour ne pas être spécialement remerciée pour ses loyaux services.
Elle n'aurait pas cru que les princesses de l'oreiller existaient vraiment. Mais après réflexions, si Emma devait leur mettre une tête, ce serait toujours celle de la professeure qu'elle imaginerait…
Elle devait certainement ne représenter qu'un objet sexuel qui n'avait que pour seul but de la satisfaire… C'était presque répugnant.
Bon sang, elle ne lui avait quand même pas demandé la Lune… Non, sa requête ne se révélait pas si monstrueuse après tout ce qu'il s'était passé dans cette chambre et à Storybrooke. Ce n'était pas comme si le regard de Madame Mills ne lui avait pas déjà évoqué la manière dont elle voulait la toucher…
Elle était loin de pouvoir dire qu'elles se connaissaient intimement mais Emma croyait qu'une sorte de confiance avait commencé à s'installer entre elles…
Le lendemain, le premier jour des examens, Emma partit à Storybrooke avec peu d'envie. Elle était impatiente de profiter des quelques jours de repos lors de la fin d'année, ses uniques vraies vacances durant l'année.
La journée défila à toute vitesse, si vite qu'Emma n'eut pas vraiment le temps de penser à sa précédente soirée avec sa professeure, et c'était mieux ainsi.
En début d'après midi, Regina se dirigea vers le dernier groupe d'étudiants dont elle allait s'occuper le reste de la journée. Elle savait très bien que Mademoiselle Swan s'y trouvait. Elle avait pensé à elle une partie de la nuit et cela s'était poursuivi lors de la matinée.
La brune la repéra assez rapidement. Elle gardait la tête baissée pendant que le couloir se remplissait autour d'eux. Elle n'était qu'à quelques mètres mais elle semblait invisible.
– À quoi tu penses ? entendit soudainement Emma.
La jeune femme sursauta en percevant Ruby à ses côtés, elle ne l'avait pas sentie arriver. Elle avait ce regard inquiet qu'elle n'aimait pas du tout voir sur elle.
– Pas grand-chose.
– T'as l'air différente ces derniers temps Emma.
La blonde l'ignora alors Ruby se rapprocha encore.
– Parle-moi.
– J'ai…
Emma ne continua pas sa phrase lorsqu'elle aperçut Killian se glisser jusqu'à elles.
– Désolé je vous dérange ? Emma, je voulais te parler seul à seul.
Leur ami tourné entièrement vers elle ignorait royalement Ruby.
– Maintenant ?
Killian s'approcha considérablement d'Emma et prit cet air charmeur et passionné qu'elle n'avait jamais vu sur lui.
– Ouais. Ou après l'examen. J'aimerais qu'on parle un peu de nous deux.
– Killian, l'appela Ruby dans son dos.
Mais encore une fois, leur ami n'eut d'yeux que pour Emma. Il glissa sa main près de son poignet, et encore hésitant, il ne fit que le frôler.
– Tu veux bien ? insista-t-il en voyant qu'elle restait muette.
Si la blonde était tendue avant son arrivée, à présent elle apparaissait plus raide qu'un poteau électrique. Et si on collait trop un poteau électrique… c'était provoquer le danger.
– Putain mais lâche-moi ! cria Emma en s'écartant d'un coup.
Elle cogna derrière elle une fille qui se retourna et la fusilla du regard. Elle ne fut pas la seule à la dévisager mais tous l'ignorèrent après trois petites secondes.
– Emma, tenta de reprendre Killian pour la calmer.
Il tendit un bras vers elle mais la blonde barra brusquement sa route avec son poignet et se fraya un chemin parmi la foule d'étudiants.
Désorienté, Killian hésita à la poursuivre. Ruby l'en empêcha en plaquant sa main contre son épaule avant de lui adresser un regard qui l'interrompit net.
– Quand je disais « tente ta chance », je voulais dire réfléchis-y au lieu de foncer tête baissée !
Quand elle l'avait vu plus tôt dans la journée avec toute cette confiance en lui, elle avait su qu'elle aurait dû l'arrêter…
Ruby ne perdit pas une seconde avant de suivre son amie. Cette dernière arriva près d'une sortie mais un corps vint lui barrer la route.
Madame Mills se tenait devant elle d'un air hautain et froid, d'une manière aussi détachée, Emma ne put se calmer et fusilla la brune du regard.
– Quoi ? s'emporta Emma avec un ton plus violent qu'elle ne l'aurait voulu.
Elle se sentait toujours ridicule et honteuse de la veille et couvrit ses émotions avec toute sa rancœur.
Regina avait remarqué ce qu'il s'était passé, et elle n'avait pas eu besoin d'entendre la conversation pour deviner à quel point l'étudiante était tendue.
La jeune femme la contourna et sortit à grands pas. La brune la poursuivit, rapidement rattrapée par Ruby.
– Mademoiselle Swan ! cria Regina en essayant de se montrer encore plus en colère qu'elle l'était déjà.
Emma voulut se retourner et l'affronter mais ce n'était vraiment pas le bon moment.
Regina s'était rarement sentie aussi mal à l'aise. Elle tremblait presque de peur à l'idée de faire face à la blonde, mais elle ne pouvait pas négliger son rôle de professeure de Storybrooke. Cette femme restait son étudiante et son irrespect ne devait pas être ignoré… bien que finalement il était assez justifié.
Ruby n'avait jamais vu son amie parler ainsi à un professeur en trois ans à Storybrooke, ni même à n'importe qui d'autre.
– Excusez-la… glissa-t-elle à Madame Mills avant de lui passer devant.
– Elle ne perd rien pour attendre, gronda-t-elle avant de prendre une direction différente.
Dès qu'elle trouva un coin plus ou moins calme, Emma profita d'une grande inspiration d'air frais.
– Dis-moi tu as besoin de quoi, s'inquiéta Ruby en s'approchant doucement.
– Rien, je vais bien. J'ai juste envie de respirer un peu.
– Ça ira mieux, mais seulement un moment. Tu es sur les nerfs Emma et tu te sentiras mieux uniquement si tu partages tes émotions avec moi.
Ruby lui semblait si sérieuse à ce moment-là, cela méritait d'y réfléchir plus attentivement.
– On en parlera plus tard, maintenant n'est vraiment pas le bon moment.
Elle en voulait à la professeure, mais il n'y avait pas que ça. Elle était encore frustrée de ne pas être allée plus loin. Leurs rencontres se révélaient si intenses qu'elle n'avait pas pris le temps de réaliser à quel point elle désirait que Madame Mills la touche.
Emma ne se sentait pas du tout prête à discuter avec Ruby. Peut-être qu'elle avait besoin de temps afin d'y voir plus clair…
– Je crois que tu as sérieusement énervé Mills, lâcha Ruby sur ce qu'elle considéra comme le pire instant.
– J'en ai tellement rien à faire de Mills là maintenant… ricana Emma.
Ruby fronça les sourcils mais n'ajouta rien, la blonde ne sembla pas vouloir parler davantage et elle lui accordait que ce n'était vraiment pas le bon moment.
Emma doutait que son amie d'une nature très curieuse en reste là indéfiniment, surtout si elle remarquait d'autres comportements aussi louches qu'il y a quelques minutes plus tôt. Les deux femmes se reposèrent quelques minutes ainsi, appréciant toutes les deux la brise fraîche sur leur visage tendu.
Quelques heures plus tard, le dernier examen de ce semestre se terminait sans embûches et les courtes vacances de fin d'année le suivirent.
Un après-midi, Emma avait décidé de pratiquer un peu de sport avec Ruby lorsque celle-ci lui parla du Nouvel An qu'elle voulait fêter chez elle.
– Tu seras là ? On sera six ou sept, pas plus. En plus c'est la première vraie soirée que j'ai avec Belle, j'aurais besoin de toi pour assurer mes arrières.
Emma accepta avec l'espoir de passer un bon moment. Voir du monde, s'amuser — surtout avec Ruby — ne pouvait que lui faire du bien…
Le soir du Nouvel An, elle se retrouva assise seule sur le canapé de Ruby peu après vingt-deux heures. Elle avait accordé quelques instants à son amie en compagnie de Belle, mais le regretta amèrement lorsque Killian apparut près d'elle. Il la salua avec un sourire gêné et sans même le regarder, Emma lui répondit. Elle ne lui avait pas parlé depuis le premier jour d'examen et n'avait toujours pas envie de le faire. Pourtant il se tenait devant elle et ne semblait pas vouloir la lâcher.
– Tu es magnifique dans cette combi, dit-il toujours aussi gêné en détaillant rapidement du regard sa combinaison verte.
Emma ne sut quoi répondre, alors elle osa au moins croiser son regard. Son ami en profita pour lui présenter une petite boite qu'il cachait dans son dos.
– C'est un cadeau pour me faire pardonner de la dernière fois. J'ai été un peu lourd.
Prise au dépourvu, Emma attrapa le joli paquet. Pendant que Killian s'asseyait près d'elle, elle ouvrit sans attendre et découvrit un assez simple bracelet avec un pendentif en forme de cygne.
– Il est magnifique, commenta Emma en l'observant.
– C'est vrai, mais tu mérites encore mieux.
La blonde croisa le regard de son ami et crut qu'il deviendrait arrogant ou qu'il garderait un comportement séducteur, mais il semblait seulement la scruter sincèrement. Alors en quelques secondes, elle le pardonna pour la plus grande joie du brun. Durant les minutes qui s'écoulèrent, Killian ne la lâcha pas et Emma fut rassurée de voir que son attitude envers elle s'était nettement améliorée.
Quelques heures plus tard, alors que la nouvelle année débutait dans un instant, Belle était assise contre le mur sur le modeste balcon de l'appartement. Elle frissonna quand elle sentit une fine couverture se déposer sur ses épaules. Elle regarda ensuite Ruby prendre la place près d'elle.
– Tu avais la chair de poule, se justifia son amie avec un petit sourire gêné.
Belle sourit pour la remercier et se tourna vers le ciel étoilé qu'elle admirait avant son arrivée. Ruby fut heureuse de pouvoir apprécier ces dernières minutes de l'année avec elle.
Ruby pivota vers Belle pour lui faire part de sa pensée mais oublia tout lorsqu'elle réalisa qu'elle la fixait avec un regard impressionnant. Elle n'eut pas le temps de comprendre ce qu'il se passait que les lèvres de Belle se trouvaient sur les siennes.
Elle se recula presque immédiatement, et ne voulut soudain plus la voir.
– Bonne année… marmonna Belle avec les joues rosies.
– Bonne année à toi aussi, sourit Ruby en remarquant que les autres à l'intérieur se souhaitaient aussi une bonne année.
Après un instant, Belle se tourna vers l'intérieur puis se retourna vers elle et ses yeux lui évoquèrent à présent toute autre chose.
– Oh non, Anna a cette expression qui veut dire « sauve-moi, Killian est trop collant »… Excuse-moi, je dois aller lui porter secours.
Elle posa sa main sur son genou avant de se lever, lui provoquant un frisson, puis elle installa la couverture sur ses épaules. Sans un mot de plus, elle rejoignit son amie proche, laissant Ruby qui eut bien besoin d'un instant.
Dans l'immense et vide maison de ses parents, Regina s'ennuyait. Comme chaque année, elle célébrait les fêtes de fin d'année chez eux. Elle avait hésité à rester pour le Nouvel An, elle s'était dit qu'elle pourrait sortir s'amuser un peu à cette réception qu'une connaissance organisait. Elle n'avait jamais vécu le changement d'année sans ses parents et à présent elle imaginait souvent qu'elle manquait peut-être quelque chose.
Mais elle avait vite éloigné cette idée de ses pensées.
Regina avait finalement passé la journée suivante chez ses parents, elle n'avait pas très envie de retourner à la réalité.
Et ce soir-là, l'ambiance restait aussi chaleureuse que cela puisse l'être chez les Mills, mais la professeure ne se sentait pas à l'aise. À dire vrai, elle se retrouvait sans arrêt plongée dans ses pensées et ses souvenirs. Un en particulier la tourmentait : celui d'une jeune femme blonde nue comme un ver se masturbant tellement sensuellement que Regina en avait oublié comment parler…
Elle ne fut pas épargnée le premier jour de l'année, malgré ses résolutions, elle pensa de nouveau à elle.
Cette femme était si… épuisante et reposante à la fois. Et cela ne changerait pas.
Peu de temps avant le diner, son père remarqua que sa fille demeurait étrangement silencieuse depuis quelques heures. Elle n'avait jamais été une grande bavarde comme le reste de la famille, elle semblait simplement ailleurs.
– Je vais mettre la table. Regina, peux-tu m'aider ? intervint Henry alors que la conversation s'éternisait.
Regina leva la tête, sortant de ses pensées pour regarder son père. Il insista, alors elle ne contesta pas et le suivit.
– Il y a quelque chose qui te fait de la peine ? Quelqu'un ? lui demanda-t-il une fois qu'ils furent seuls.
– Je ne vois pas de quoi tu veux parler.
– Tu es distraite depuis que tu es arrivée, et tu l'es encore plus ce soir. Tu ne dis pas un mot et tu es rêveuse comme tu ne l'as rarement été.
La jeune femme continua de sortir la vaisselle en silence en évitant de regarder son père.
– Cela faisait longtemps que tu n'avais pas été aussi perturbé par un souci personnel. Tu sais que ta mère va finir par s'en rendre compte. Tu sais qu'à partir de là, elle fera en sorte de se retrouver impliquée.
– Qu'est-ce que tu essaies de me dire ?
– Prends ta vie en main avant que ta mère ne le fasse. Prends tes propres décisions, fais tes propres choix. Et surtout, suis ton instinct.
– Et si mon instinct m'indiquait que je dois faire quelque chose immédiatement ?
– Tu es adulte, tu as le droit de faire ce que tu veux, quand tu veux.
– Je ne crois pas que ce soit aussi simple que ça, marmonna Regina après avoir levé les yeux au ciel discrètement.
– Va faire ce que tu as envie de faire. Je trouverai une excuse pour ta mère, je sais qu'elle n'aimera pas ça, mais il y aura bien des moments où tu voudras faire ce qu'il te plaira.
C'était rare que son père lui parle ainsi. Regina ne se souvenait pas de la dernière fois. Il la laissa abasourdie au milieu de la pièce, et pendant quelques secondes elle se sentit totalement perdue.
Puis elle se décida.
Lorsque Emma lut sur son téléphone le message qu'elle n'aurait jamais pensé recevoir, elle faillit s'étouffer en buvant. Voilà qu'à présent Madame Mills lui demandait de la voir à Helios le premier soir de l'année sans se gêner…
Emma avait tout sauf envie de se retrouver face à elle, alors pour ce qui était de coucher avec elle… elle pouvait rêver.
Et Emma ne comptait pas attendre une seule seconde de plus pour le lui faire clairement comprendre. Elle appela directement le numéro et ne put retenir sa colère dès que l'on décrocha.
– Vous vous prenez pour qui ? Je croyais que c'était clair que je n'ai plus envie de vous voir ! Est-ce que j'ai besoin de vous l'écrire sur le front pour que vous l'enregistriez chaque matin en vous regardant dans le miroir ou vous pouvez me prouver que vous n'êtes pas aussi débile que ça ? À mon avis vous allez avoir du mal alors…
– Fermez là Mademoiselle Swan !
Emma s'arrêta net.
Ce ne fut pas son ordre agressif qui la perturba vraiment, mais sa voix hésitante et ébranlée teintée de son autorité habituelle. Elle ne trouva pas quoi dire et apprécia l'instant de silence en acceptant à contrecœur de bien vouloir la laisser parler.
Regina ne sut plus quoi dire. Elle avait cru que quoi qu'elle dise, rien ne l'arrêterait dans sa lancée. Mais voilà que le silence avait pris sa place et qu'il ne l'avait jamais autant gênée.
– Est-ce trop vous demander de me respecter ? J'en ai assez de votre comportement ! Maintenant vous allez vous taire et ramener vos petites fesses immédiatement pour que je vous fasse jouir d'une manière dont vous vous souviendrez longtemps !
La respiration d'Emma se coupa d'un coup. Elle avait souvent souhaité entendre ce genre de mot de sa bouche mais elle ne l'avait jamais considéré possible. Son corps se mit à picoter sans qu'elle se sente capable de prononcer un mot.
– Je vous laisse jusqu'à vingt heures pour venir, déclara plus calmement Regina.
La professeure raccrocha en ne parvenant pas à déterminer si elle l'avait convaincu.
Elle aima croire que non, que cette soirée se révélerait banale et qu'elle ne reverrait plus cette femme en dehors du cadre habituel de son travail. Ce serait tellement plus facile.
Mais pour avoir le fin mot de l'histoire, elle devait partir immédiatement.
