Hey tout le monde !

Du coup, voici ma troisième fic, bien que l'univers soit totalement différent de ce sur quoi j'ai écris précédemment. Récemment, j'ai eu un élan d'intérêt (c'est un doux euphémisme présenté comme ça) pour le personnage de Thresh, raison pour laquelle je me lance avec cette nouvelle histoire. Bien entendu, j'ai essayé d'être cohérente avec les informations et ce que l'on sait de l'histoire de League of Legends sur les différents personnages, toutefois, n'hésitez pas à me faire des retours, si vous avez des remarques :) Dans tous les cas, je vous souhaite une très bonne lecture !

Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas.

Avertissement sur le contenu : Attention ce chapitre (et l'histoire en général) contient des scènes violentes assez détaillées. Je vous laisse juge de votre volonté de lire en connaissance de cause :)


Le prix de la folie

Chapitre 1:

Le tintement métallique des chaînes résonnaient à travers les corridors. C'était le signal : celui de son arrivée, de la délicieuse souffrance à venir et des cries d'agonie. Des lambeaux de chair éparpillés, des organes arrachés de carcasses encore sanguinolentes et ce sang ... Partout, recouvrant les murs, le sol, l'infime tas de viande informe qui fut naguère une personne. A cet instant, même l'air semblait avoir cette teinte carmin, malgré le contraste verdâtre qu'imposaient les lieux.

Avait-il pensé personne ? Cette notion le fit sourire. Le concept d'humanité n'avait de sens à ses yeux, il n'y avait que des objets, dont on disposait à sa guise. Des hurlements à apprécier. Des âmes à tourmenter sans relâche, pour l'éternité. Cette réflexion déclencha une funeste hilarité. Toutefois, il ne put s'empêcher de penser à celle, que le gamin lui avait reprise. Cette ridicule et misérable âme, dont le Garde aux chaînes avait pris un malin plaisir à persécuter, lui infligeant la longue descente en enfer de son mari qu'il lui avait maintes fois scénarisée. A dire vrai, lors de leur dernier affrontement, le spectre avait pu constater, qu'il s'agissait davantage d'une réalité. Son adversaire n'était plus que l'ombre de lui-même, en regard de leur première rencontre. Il vouait à Thresh une haine sans limite, viscérale. En vérité, ce dernier avait déjà été ciblé de cette façon par nombre de ses victimes. Cependant, au fur et à mesure, cette furie se transformait en désespoir et c'est à ce moment précis, au précipice entre démence et frénésie, qu'il pouvait presque entendre le bruit de la dislocation de leur volonté, à travers leurs cris de désolation. Ce son si doux, et cet instant si précieux, l'apparition ne s'en laissait pas. C'est pourquoi, savoir que cette fille devrait vivre avec la déchéance de celui qu'elle aimait, jour après jour, le comblait particulièrement. Elle, qui avait tant lutté ; elle allait pouvoir admirer la splendide factualité de la folie de son amant. Quelle ironie ! Néanmoins, nulle technique ne fut plus efficace que la réalité. Thresh repensa à son expression, une fois libérée, enlaçant son mari. Son conjoint ne l'avait pas noté, mais lui s'en était délecté, après être remonté de sa chute, poussé par les âmes qu'il avait faites siennes. Chagrin, peur, et surtout, douleur. Cela avait d'ailleurs été une des motivations à laisser «s'échapper» le binôme : la certitude que la souffrance serait plus grande ainsi.

Toutefois, le tortionnaire devait admettre que ce travail, mériterait d'être achevé. Il était même curieux de savoir si Lucian présenterait une résistance aussi farouche que Senna. Cela pourrait s'avérer être extrêmement divertissant, même extatique, d'observer l'achèvement ultime de son labeur les concernant. De plus, l'ancien garde des artefacts aimait le travail bien fait. Ses victimes pouvaient témoigner de sa méticulosité en la matière. Que ce soit un corps ou une âme, rien ne devait être épargné, du moindre centimètre de peau au dernier souvenir enfoui.

Thresh entendait d'ailleurs les braillements de sa prochaine suppliciée retentir dans une des innombrables pièces, que recelait les ruines macabres, dans lesquelles l'esprit avait établi son antre. Il prit un instant pour savourer la peur que l'imagination de sa simple présence procurait à l'objet de son avidité. Le geôlier bascula son crâne légèrement en arrière, marquant une pause dans sa funèbre démarche, afin de profiter pleinement de cette jouissance. Rapidement, les hurlements redoublèrent, seuls échos dans le silence pesant du lieu. Puis, le spectre reprit sa marche vers le plaisir, le seul qu'il avait trouvé pendant sa vie et après sa mort : la souffrance d'autrui à travers leur annihilation.

Entrant dans la pièce, il vit une femme assez jeune recroquevillée, quelques haillons en guise de vêtements. Ses cheveux bruns étaient en bataille, tandis que d'innombrables ecchymoses ornaient son corps ça et là. Le spectre l'avait arrachée au corps aimant et immobile de sa défunte mère, dont la tête pourrissait dans un coin de la pièce, alors que l'âme de cette dernière avait déjà été engloutie dans sa lanterne.

- Hum ... qu'avons nous là ? Dit-il en s'approchant, sa lanterne parant le corps de sa prisonnière d'une teinte olivâtre.

Aucune réponse. Seuls des gémissements étouffés et des tremblements lui parvinrent.

- Tu sais, je pense que ta mère serait remontée que tu ne saches répondre avec politesse. D'ailleurs (Il s'éloigna pour ramasser le morceau de cadavre, avant de revenir devant sa proie.), que dirait-elle à ton avis?

Le spectre saisit de force le menton de la fille, l'obligeant à regarder le visage de celle qui lui avait donnée la vie, déformé par la putréfaction. Des sillons de larmes se dessinèrent sur les joues entachées de boue et de crasse de l'humaine, tandis que ses yeux s'agrandirent, avant de se clore avec force.

- Regarde ou je te découpe les paupières, de sorte à ce que tu ne rates rien du spectacle de sa décomposition, menaça calmement l'apparition.

La jeune femme s'exécuta à contrecœur. Ses paupières s'ouvrirent doucement, hésitantes, avant que l'image de la triste réalité ne se reflètent sur elles. Thresh assistait à une lutte insidieuse dans ses orbes verts, entre la peur de sa propre mort et la révolte pour le sort de sa génitrice. C'est à ce moment, que la partie commençait vraiment. Soit son jouet s'avérait être divertissant et résistait, soit il se laissait engloutir, tel le déchet qu'il était. Quelque soit le choix, le résultat serait le même, mais pas le plaisir que le kidnappeur en retirerait. C'est pourquoi, un individu combatif s'avérait davantage réjouissant. De plus, par la suite, leur rappeler l'avilissement auquel ils avaient eux-même cédé, était un des ultimes chef d'œuvre de cet art du tourment. Quelque part, cela pointait l'inutilité de la lutte et la faiblesse innée de ces créatures, leurs destins ne pouvant s'extraire des ténèbres. La vie ne finissait-elle pas dans un néant aberrant ? A moins que ce ne soit la vie elle-même qui soit ainsi ? Un chaos insensé dont l'absurdité de la lumière, n'a d'extravagant que le déni de sa propre noirceur. Le spectre s'appliquait à démontrer cet état de fait à travers chacun de ses actes. Car, peut-on prétendre à autre chose qu'à la folie, pour que de la terre, jaillissent des monticules de cadavres, en quête de vengeance? Le plus bel exemple était celui-là même qui avait arraché l'âme de sa femme à ses crochets.

Décidément, l'idée de le tourmenter faisait son chemin.

Toutefois, pour le moment, le tortionnaire avait des affaires plus pressantes à gérer et un désir à assouvir.

- Et, si on commençait ... déclara t'-il en frottant son crochet contre le visage de la fille.

- Non, je vous en prie ! Je ne vous ai rien fait ...

Le geôlier déposa la tête du cadavre, jouxtant son artefact grouillant d'âme, tandis qu'il souleva de sa hauteur la prisonnière par la gorge. Cette dernière s'accrocha tant bien que mal à la main de son ravisseur, tandis que ses pieds s'agitaient au fur et à mesure que l'hypoxie se faisait sentir.

- Mais moi si, déclara-t'-il, en plantant son arme de part en part du bras gauche de sa victime, de façon à ce que son membre ne puisse se déplier.

Du sang coula de la plaie, alors qu'un cri de douleur étouffé résonna. L'agitation de ses membres inférieurs fut de plus en plus brusque, stéréotypique des réflexes lors d'un étranglement. Le ravisseur relâcha soudainement la pression. La fille tomba maladroitement sur ses pieds, qui lâchèrent sous le coup du déséquilibre. Elle se rattrapa alors sur ses bras, remuant légèrement le crochet, liant la partie distale et proximale de son bras. La prisonnière grimaça avant de redresser son regard larmoyant vers son bourreau.

- Pourquoi ? Murmura-t'elle

- Faut-il vraiment un mobile ? Toutefois, cela m'intéresse, quelle raison serait suffisante pour justifier tes tourments et ta mort, d'après toi ? Interrogea l'apparition, un ton imprégné d'une fascination malsaine.

La brune écarquilla les yeux, comme si la réalité de l'imminence de son décès n'était encore, jusqu'à cet instant, qu'une éventualité.

- Tu ne réponds pas ? Peut-être que l'air de cette cellule embrume ton esprit. Sortons !

Sans plus attendre, Thresh se recula, récupérant sa dangereuse veilleuse, pour emmener à sa suite la chaîne le reliant à sa prisonnière. Il tira d'un coup sec pour la forcer à le suivre, tandis que cette dernière demeurait encore au sol, lui arrachant un geignement. Rapidement devant la prise qu'exerçait l'apparition, sa captive lui emboîta le pas, maintenant tout de même une distance aussi grande que possible entre eux. Le binôme sortit du cachot improvisé. Alors que le garde aux chaînes avançait d'un pas tranquille et assuré, en maître des lieux, la jeune femme effleurait le sol, comme si elle essayait de limiter tout contact avec cet endroit. Il faut dire que le site avait de quoi effrayer les plus aguerris. Jadis, place forte de multiples secrets et objets maléfiques dont le spectre avait eu la responsabilité ; il n'en demeurait pas moins, que ce lieu avait aussi connu la lumière du jour, se réfléchissant sur son impeccable structure. Aujourd'hui, entouré de cette brume omniprésente, on était à même de croire que la noirceur avait toujours été reine.

Par ailleurs, ce brouillard était à l'origine de la venue de cette mortelle sur l'île. Ce dernier s'étendait et progressait selon les périodes de l'année. Parfois, il arrivait que les petits archipels aux alentours se retrouvent submergés. C'est pourquoi, les peuples résidant encore sur ce territoire, essayaient tant bien que mal de se prémunir en allumant régulièrement des balises tout au tour des Îles obscures, afin de ralentir, voire de contenir, le sombre nuage et les promesses de mort et de souffrance qu'il contenait. Tout comme beaucoup de ses prédécesseurs, ce fut lors d'un raid que Thresh avait ravi sa captive, seule survivante du massacre provoqué par ses bons soins.

Ce ne fut ni par pitié, ni par bienveillance, que le ravisseur n'arracha pas directement son âme. Premièrement, l'apparition ne les commettait en actes que pour mieux tromper et engendrer une douleur davantage intense, par la suite. En effet, la crédulité et la cupidité de certains avaient quelque chose captivant. Même après la levée du masque, le déni était souvent plus fort que de considérer la véracité de la réalité. C'est ainsi que beaucoup d'âmes avaient trouvé le chemin de leur emprisonnement éternel. Plusieurs fois, Thresh était parvenu à convaincre des marins que la seule solution pour survivre à l'épais brouillard et au naufrage prochain de leur navire, était de débarquer, promettant richesse et fortune, au travers des traits d'une des âmes que recelait sa lanterne.

Deuxièmement, sa curiosité ne connaissait, elle, pas de limite. Là où beaucoup avait succombé à la magie que recelait la brume, l'humaine opposait une résistance. Plusieurs raisons pouvaient en être à l'origine à sa connaissance, et il avait hâte de découvrir la réponse. A première vue, elle ne savait pas se battre, de ce fait, catalyser son âme pour la protéger et se défendre, semblait exclu. Toutefois, le Garde aux chaînes réservait son jugement : une analyse trop brusque de la situation était toujours synonyme de risques inutiles. Objectivement, cette alternative demeurait essentiellement une option pour son attrait. En effet, il serait amusant de la voir se battre vainement, même si le spectre aspirait à autre chose. Une exception. Une découverte. Un extase. Celui engendré par un frisson mêlé au plaisir malsain de disséquer la nouveauté de l'inconnu.

Thresh sentit un frémissement dans le rythme régulier qu'avaient adopté ces dernières depuis quelques minutes, le sortant de ses aspirations. Jetant imperceptiblement un coup d'œil par dessus son épaule, il vit sa captive tenter de déplacer le crochet aussi discrètement que possible. Pensait-elle réellement pouvoir réussir à s'enfuir? A moins, qu'elle ne tentait de réduire un temps soit peu, la douleur qui devait lui labourer le bras en ce moment. Fuir et mourir ou vivre et souffrir, intéressant dilemme. Une idée lui vint, pendant qu'ils arpentaient un vaste hall, dont le centre donnait vue sur le sol à plusieurs dizaines de mètres en dessous, vestige intemporel de la grandeur de ce lieu.

- As-tu réfléchi à ma question ? Commença le spectre d'une voix grave, le pas toujours constant.

- Je ... La volonté de vivre n'est-elle, elle-même, une raison suffisante ? Déclara la mortelle d'un timbre dénué de doute.

Le spectre s'arrêta face au précipice, avant de se retourner.

- Même si elle devient la cause de ta mort?

Elle sourcilla, ne semblant comprendre où son interlocuteur voulait en venir. Le tortionnaire s'approcha lentement, de quelques pas, tandis qu'elle se maintenait, stoïque.

- Par exemple, si je te délestais de ceci, (Il secoua légèrement la chaîne qui les reliait.), penses-tu que ta volonté de vivre te sauverait et te permettrait de t'enfuir.

- Vous me rattraperiez avant même que je ne trouve un moyen de quitter ce bâtiment, dit-elle avec une neutralité et une impassibilité digne d'un stratège.

- Très bien. Imaginons maintenant, que cette chaîne représente cette volonté qui semble t'habiter. A quel point, penses-tu t'accrocher à elle?

- De toutes mes forces ! S'exclama la prisonnière.

- Intéressant. Tu me permets que je juge par moi-même de la sincérité de tes paroles, annonça le fantôme, d'une jovialité dénuée de toute innocence.

Au même moment, le tortionnaire tira avec force sur son instrument fétiche, obligeant la jeune fille à franchir les deux mètres qui la séparaient encore du vide. Un cri de surprise retentit, puis le grincement des chaînons s'entrechoquant avant de se tendre suivit. Un hurlement résonna. Thresh sentit le poids de la jeune fille se balancer au bout de la lame courbée et profita pleinement de l'écho des maux de sa victime, que l'endroit lui renvoyait. La retenant d'une chute mortelle, il était incontestablement et ironiquement la clef de sa survie, chose qui l'amusa particulièrement. Puis, s'approchant du rebord, le ravisseur regarda en contrebas, admirant le magnifique spectacle dont il était le maître. Son crochet avait totalement démis l'épaule de la jeune fille, tandis que la prise retenant la vie de la brune était engluée de sang. Toutefois, le bruit ne fut pas, le seul plaisir de cette scène. Après quelques secondes à gémir, il croisa le regard si déterminé de l'otage, en totale contraste avec celui qu'elle affichait dans sa cellule. C'est ainsi, certains sont d'autant plus vivants aux porte de la mort. Encore un paradoxe dont le spectre aimait se délecter.

Elle commença tout d'abord par se hisser sur cette épaule meurtrie, forçant sur les muscles et les tendons qui ne s'étaient pas encore déchirés, avant de pouvoir attraper la chaîne de l'autre main. Puis, l'humaine souleva son poids d'un bras, avant de transmettre le sombre lien de sa survie à son autre côté blessé, afin de pouvoir réitérer l'opération, le temps de prendre une prise plus haute de son côté valide. Thresh se surprit à contempler la vivacité avec laquelle sa carcasse se mouvait encore, malgré sa situation. Un instant sa main invalide sembla ne plus pouvoir répondre durant l'ascension. Dans un élan, l'infirme attrapa la chaîne avec la seule chose à sa disposition : ses dents. Un râle de rage retentit, alors que la fille continuait, utilisant sa mâchoire comme prise pour son avancée. Décidément, son jouet semblait plus solide qu'il n'y paraissait à première vue, ravissant l'observateur. Lorsque sa prisonnière, parvint au dernier centimètre la séparant du rebord, l'apparition dû refréner l'envie de la repousser, et qu'elle s'attelle à sa tâche jusqu'à mourir d'épuisement ou d'hémorragie. Toutefois, bien que ce désir fut quasiment inarrêtable, il choisit de s'écarter légèrement, alors que la captive roulait sur le dos, le souffle erratique.

- J'ai réussi, parvint-elle à articuler entre deux expirations, alors qu'elle tentait difficilement de s'asseoir.

- En effet, constata sobrement l'apparition.

Le geôlier sentait comme une lueur de défi dans le ton de sa voix, du moins au premier abord.

- Vous allez me laisser partir, maintenant?

- Ah je vois. C'est donc à cela que tu pensais, suspendue dans le vide. (Son timbre laissa sous -entendre sa déception.) Tu imaginais, sans doute, qu'il s'agissait d'un marché ? Demanda-t'-il rhétoriquement, d'une inflexion enjouée devant tant de naïveté ou de déni, cela restait encore à définir. Les humains sont des êtres fascinants ...

- Je vous ai prouvé que ma volonté de vivre était suffisante. J'ai réussi votre épreuve, je l'ai remportée, geignit-t'-elle plaintivement, comme si la réponse précédente n'avait eu aucun impact sur son cheminement de pensée.

Soudainement son jouet avait moins d'attrait, quand il se révélait d'autant d'imperfections que la stupidité en faisant partie.

- Effectivement, nous jouons à jeu, mais ta survie n'est pas le prix à obtenir, expliqua-t'-il directement.

- Et quel est-il, alors ? Demanda l'asservie, visiblement perdue.

- Le temps, déclara simplement Thresh, comme s'il s'agissait d'une évidence.

- Si ma mort est certaine, je n'ai qu'à me jeter de cette hauteur, afin d'arrêter votre passe-temps stupide.

- En effet, tu pourrais. Le choix t'appartient (Du moins, en apparence se retint-il de dire). Toutefois, différer l'heure de ton décès revient à pouvoir identifier la configuration de ce site, afin d'avoir une chance de t'enfuir. N'est-ce pas ce que tu souhaites ?

- Si je parviens à survivre assez longtemps, vous me laisserez partir? Questionna-t'-elle, toujours avec cette voix empreinte d'espoir.

- Non, mais tu pourras tenter ta chance avec plus de réussite qu'à l'heure actuelle, répliqua avec logique son interlocuteur.

- Très bien, concéda-t'-elle.

Une utopie. Voilà, ce que le spectre lui faisait miroiter, dans le dessein de se divertir, encore, à ses dépends. En réalité, elle ne pourrait jamais sortir d'ici. Sa mort était certaine depuis le jour de son rapt. Néanmoins, lui laisser cette douce illusion pour mieux la briser de ses mains, relevait de son art du tourment et, de ce fait, en faisait un divertissement extrêmement plaisant.

En revanche, pour que la partie soit amusante, il lui faut comprendre que le compte à rebours ne durerait pas éternellement. Il serait embêtant que son jouet finisse par succomber à la magie noire des lieux, avant d'avoir tenté quoi que ce soit. De ce point de vue, Thresh l'obligerait à se dépasser, quitte à ce que sa prisonnière lui donne tout ce qu'elle avait, pour essayer une vaine tentative de fuite. D'un autre côté, stratégiquement, le Garde aux chaînes ne pouvait pas lui expliquer les choses de cette façon, sans risquer de compromettre son envie de vivre. A dire vrai, l'humaine devait cette attention particulière à la curiosité qu'elle avait su instiguer en lui. Cependant, cela n'était pas synonyme d'une absence de souffrance.

Sa prisonnière le scrutait, attendant son prochain mouvement. Thresh s'accroupit en face d'elle et posa une main sur son crochet.

- Bien, voyons jusqu'où cette volonté te conduira, déclara-t'-il posément d'un timbre grave.

D'un coup sec, l'apparition retira la lame, faisant gicler de l'hémoglobine sur le sol. Comme on pouvait s'y attendre, une artère avait été abîmée durant les précédentes minutes. La fille, paniquée, posa sa main sur la blessure. Puis, voyant que le sang continuait de se répandre en quantité sur sa main, elle chercha frénétiquement des yeux quelque chose pouvant l'aider, avant de poser son regard sur les haillons qui recouvraient son frêle corps. La brune déchira rapidement un morceau de tissu, en s'aidant de ses dents et de son bras valide, avant de disposer ce dernier en dessous de l'épaule et au dessus des plaies. Puis, la jeune fille serra du mieux qu'elle put. A la suite de cette opération, le spectre commenta :

- Penses-tu que ce garrot est suffisamment serré pour empêcher ton sang de se déverser ?

- Je pense oui, répliqua-t'elle en sourcillant, visiblement interloqué par la remarque de son vis-à-vis.

- Ce n'est pas le cas. Je vais te le prouver, rétorqua l'apparition d'une inflexion sadique.

L'instant d'après, le Garde aux chaînes posa sa main sur celle de l'infirme, l'immobilisant au sol. D'un coup, il trancha son auriculaire avec sa lame courbe, comme s'il s'agissait d'un morceau de nourriture, sans la moindre hésitation. D'abord sidérée, la fille hurla. Puis, la mortelle baissa la tête, se mordant les lèvres et fermant avec force ses paupières, en polypnée.

- Néanmoins, tu apprendras que réfléchir par toi-même te coûtera moins cher, que si je t'explique les choses. Sinon, ce ne serait pas à toi, que tu devrais ta survie.

Rouvrant les yeux, la fille parut noter les quelques gouttes qui perlaient de son moignon et décida de resserrer davantage la ligature sur son bras, disposant de la même méthode que précédemment. Cette fois, l'hémoglobine cessa de se répandre et elle releva son visage, le teint blafard. Arrachant un autre morceau de tissu, l'otage le disposa sur son autre plaie, l'entourant.

«Bien, il semble qu'elle retienne les choses rapidement avec un peu de pratique.» Thresh se redressa ; il eut l'agréable surprise de voir sa pensée confirmée par les gestes de la brune : elle l'imita, avant de le suivre docilement. Tandis que le spectre la guidait au travers du bâtiment, jusqu'à ce qui lui servait de cachot, il étudia discrètement sa prisonnière. Elle observait avec attention le chemin emprunté et le lieu les entourant, contrairement à l'aller. Parfait, le spectacle n'en serait que d'autant plus divertissant.

L'espoir contre le temps : lequel engendrerait la blessure qui lui sera fatale ?


Merci d'avoir lue :) A bientôt !