Aujourd'hui, le soleil s'est levé derrière d'épaisses couches de nuages. À travers la brume qui couvre les champs vallonnés, tu as cru apercevoir la silhouette d'un dragon ou même d'un Fléreur. À être trop rêveur, tu imagines des créatures où il n'y en a pas. Tu dessines derrière tes paupières closes, l'arrondi des collines, le vent qui les effleure et les frappe comme un ressac, comme une onde. Tu dessines les courbes d'un Norvégien à crête, d'un Boutefeu chinois ou d'un Opalœil des antipodes, je n'en sais rien. J'ai toujours eu de la difficulté à te décoder, à te comprendre et parfois à t'aimer. Deux frères et pourtant, l'opposé l'un de l'autre.

Je brise le silence qui nous entoure. La brise s'est levée, mais cela ne te dérange pas. Tu restes là, les yeux clos et l'air paisible. Il n'y a que l'air frais et la nature qui te donnent cet air. La sensation de liberté qui t'anime, mon frère. Elle est indescriptible.

— Presque une semaine. Tu es encore ici. Où comptes-tu aller, par la suite ?

— Je n'ai pas décidé. En France ou peut-être la Roumanie. Il est temps que je me pose et que je pense à mon futur.

Tu n'as pas réfléchi à ton prochain départ. Depuis que tu as mis pied à terre, tu me rebats les oreilles avec ton désir d'aventure. Tu veux remplir ta valise de mille et une potions pour prendre soin des animaux en détresse. Tu parles de t'installer et pourtant, tu en es incapable. Souvent, je me demande si ce n'est pas pour fuir ta propre existence. Pour échapper à ta solitude. J'ai sans cesse eu de la difficulté à te déchiffrer, toi, mon frère. Un lien de sang nous relie. Cependant, j'ai l'impression de côtoyer un étranger. Tu as trente ans, Charlie. Parfois, j'ai le sentiment que tu es moins âgé que cela. Tu agis avec une telle désinvolture.

Tu marches de village en village. Tu transplanes de ville en ville. Tu prends un Portoloin ou un bateau de continent en continent. Tu vogues de contrée en contrée. Tu laisses le vent et ta liberté te dicter tes déplacements. N'aimes-tu pas notre mère patrie ? N'aimes-tu pas les paysages que nous offre le Royaume-Uni ? Tu sembles tout détester et te voilà à contempler ce qu'elle nous donne. Tu as les yeux à demi-fermés, mais je sais que tu t'imprègnes de tout ce qui se passe autour. Tu entends jusqu'au bruit du vent qui frissonne et hurle entre les branches des arbres.

— Pourquoi ne viens-tu pas travailler à Gringotts, avec moi ? Tu aurais un emploi stable et moins dangereux.

Tu ouvres finalement les yeux, mais sans me regarder. Je sais, nous avons eu cette conversation des milliers de fois. Elle se termine toujours de la même façon. Tu n'as pas envie de devenir un robot. Tu n'as pas l'ambition d'une vie monotone. Tu veux être libre de tous mouvements. Tu ne souhaites pas être sous les ordres de quelqu'un, encore moins sous les miens. Pourtant, tu aurais fait et ferais un bon briseur de sorts.

- Non. J'aime ma liberté.

— Après l'Irlande…

— Ne parle pas de l'Irlande.

— Tu devras répondre de tes actes bientôt. Tu as libéré une dragonne…

— Elle souffrait ! Elle était loin des siens ! Elle servait d'attraction, personne ne lui donnait de l'amour et elle avait besoin de mon aide.

— Si tu m'écoutes et que tu fais ce que je te dis, il n'y aura pas de répercussions. Tu as mis notre secret en danger et ta vie aussi.

— William.

Tu me lances un regard d'avertissement. Lorsque tu utilises mon prénom complet, je sais que je vais trop loin. Je te pousse dans tes retranchements. Bientôt, tu vas te lever et partir. Tu disparaîtras pendant quelque temps, en Espagne, en Russie ou même en Chine, je n'en sais rien. Tu es si près, mais si loin à la fois. De toi, je ne connais que très peu de choses. Excepté ta passion et ton attraction pour les créatures magiques. Surtout les plus dangereuses. Tu ressembles tant à notre père. Sauf que lui, il ne risque pas sa vie tous les jours. Il maîtrise ses limites. Je crois. Il travaille avec des objets moldus et non avec des dragons.

Mais tu sais, Charlie, un jour, tu devras cesser de fuir. Tu auras un avenir, même s'il ne sera pas rempli d'enfants. Tu devras poser ta valise et expérimenter la vraie vie. Tu ne pourras pas toujours éviter la réalité. Tu devras l'affronter et accepter les contacts avec les autres. Tu devras arrêter d'être si récalcitrant.

— Charlot… Je ne veux que ton bien.

— J'ai trente ans, Bill. Je peux prendre soin de moi, comme un grand garçon.

Tu jettes un regard vers le paysage. Les nuages se dispersent pour laisser place au soleil. Le ciel se teint de mille couleurs. Plus il apparaît et plus, dans tes yeux, brille cette lueur de liberté. Tu penses déjà à un Magyar à pointes, un Pansedefer ukrainien ou même à un Vert gallois.

Je sais que tu vas partir bientôt, mon frère. Pas seulement à cause de mes paroles, mais aussi parce que ton indépendance te manque. Tu as quelques endroits en tête, où tu sauveras des dragonnes en détresse.

— Reviens à la maison… N'oublie pas.

Tu te braques à l'avance à l'idée de recevoir une étreinte de ma part. Malhabilement et de mauvaise foi, tu y réagis. Un dernier signe de tête et tu as disparu, en un clignement de paupières.

Si près, mais si loin à la fois. L'aventure t'appelle et toi, tu y réponds. Tu n'aimes pas avoir pied à terre. Tu préfères dire que le monde entier est ta maison. Autant le côté Moldu que le côté Sorcier. Tu ne fais aucune différence.

Charlie, j'ai l'impression d'avoir un étranger à mes flancs, chaque fois que je te vois. Pourtant, je sais que je pourrais te comprendre. Si je prenais le temps de le faire. Mais vois-tu, j'aime bien ce côté mystérieux qui t'entoure. Parce que malgré nos différends, tu restes mon petit frère. Celui qui cachait des créatures à Poudlard. Celui qui pleurait en découvrant un animal blessé. Celui qui détestait les contacts humains. Encore aujourd'hui, cela n'a pas changé.

Vous demeurez inaccessibles. Ta liberté qui t'anime et toi.