Aotsuki n'avait pas l'esprit tranquille. Il revenait voir son patient dès qu'il en avait l'occasion. Il prépara également son matériel pour la césarienne et tout le nécessaire pour le petit. Il y avait énormément à faire et le pauvre n'aurait pas un début de vie très agréable mais au moins il vivrait. Entre les injections, le respirateur, les électrocardiogrammes... La liste était longue. Il attendit ainsi pendant au moins six heures. Il voulu aller voir Kaneki une dernière fois avant de s'allonger une heure, histoire de pouvoir le veiller toute la nuit.
Comme les 14 fois précédentes, il entra dans la chambre, vérifia ses signes vitaux et ceux de l'enfant avant de prendre sa température. Alors que toute la journée elle était stable à environ 39 degrés, le thermomètre affichait maintenant 40.
Il retint un gémissement. Il allait devoir opérer cette nuit, pas le choix. Le médecin prit une grande inspiration et secoua Kaneki doucement pour le réveiller.
Cache-oeil émergea avec difficulté.
- Bonsoir Kaneki, fit le médecin en l'aidant à se redresser un peu.
Il lui donna de l'eau puis le regarda quelques secondes avant de se lancer.
-Kaneki... Ton état ne s'est pas amélioré malgré les antibiotiques. Je vais devoir te libérer du petit.
Son patient battit des paupières, il ne semblait pas comprendre.
- Nous allons te déplacer dans la pièce d'à côté et si tout va bien dans une heure ce sera fini.
Kaneki hocha lentement la tête.
- Essaie de rester éveillé d'accord ? Je vais aller chercher de l'aide pour te transférer, je reviens de suite.
Les heures qui suivies furent chaotiques. Cette fois Aotsuki s'était trouvé un assistant médical qui lui serait d'un grand secours. Il l'avait appelé immédiatement après avoir pris la décision d'opérer cette nuit. Il avait ensuite téléphoné à Shuu, même si ce dernier dormait à l'étage.
Le médecin voulait éviter de s'éloigner trop longtemps de Kaneki. En attendant les renforts, il fit une péridurale à Cache-oeil. Le temps que ça fasse effet, ils seraient prêts.
Enfin, tout fut en place.
Shuu avait rappliqué à toute vitesse, échevelé, son beau visage déformé par la fatigue. Il était maintenant avec Kaneki, il lui parlait à voix basse en caressant sa tête avec tendresse.
Les outils nécessaires étaient en place. Jun, l'assistant, finissait de se préparer.
C'était un jeune homme aux cheveux décolorés mais très compétent malgré son look rebel.
Ils avaient discuté du déroulement de l'opération au téléphone tandis qu'il se déplaçait mais Aotsuki répéta :
- Si c'est la petite en premier, ne t'attarde pas dessus.
Il pointa une bassine en métal avec une couverture dedans. Jun hocha la tête. Cela ne serait pas facile.
Ils s'occupèrent des derniers détails, puis levèrent un rideau entre le ventre de Kaneki et sa tête, qu'il ne puisse pas les voir travailler. Aotsuki dirigea soudain son attention vers Shuu.
- Tu peux rester. Tu t'occupes de rassurer Kaneki et de le soulager comme tu le pourras.
Le gourmet opina du chef, la pression qui pesait sur ses épaules était un fardeau bien trop lourd. Il se demandait sans cesse comment cette histoire allait se finir. Les deux médecins armés de gants et de scalpels disparurent derrière le rideau. Shuu reporta son attention sur son amant. Celui-ci transpirait, il avait du mal à garder les yeux ouverts. Cela lui faisait mal au coeur de voir Kaneki ainsi. Il essuya les perles de sueur sur son front avec son mouchoir brodé.
- Ca va vite se finir, promit-il.
- Je ne sens plus mon corps Shuu...
La voix de Kaneki était grinçante. Il devait avoir soif.
- C'est normal, c'est pour ne pas que tu sentes Aotsuki t'opérer.
Kaneki inspira profondément, des larmes roulèrent sur ses joues.
- Hide, murmura-t-il.
- Il me manque aussi, fit Tsukiyama avec une boule énorme dans la gorge.
- J'aimerai que notre fils s'appelle Hideyoshi, Shuu. Tu veux bien?
- Oui, tout ce que tu voudras, my love...
A ce moment même, derrière le rideau, Aotsuki extirpait un premier bébé des entrailles de Kaneki. Son petit corps tout raide lui indiqua tout de suite que c'était la jumelle. Il donna le cadavre à Jun, qui coupa le cordon et l'emmitoufla rapidement dans la couverture avant de la poser délicatement dans la bassine. Rien n'était plus beau que donner la vie, mais à l'inverse, rien n'était aussi horrible que de faire naître un enfant déjà mort. Il serra les dents, paré à la suite. Aotsuki eut plus de mal à s'emparé du second enfant. Il était plus gros que sa soeur déjà mais restait quand même terriblement minuscule. Sa mission ensuite allait être de retirer les placentas puis de refermer Kaneki rapidement. Il se mit au travail dès que son collègue eut séparé le cordon ombilical du corps de son parent.
Le pouls de Kaneki était faible mais stable, c'était plutôt positif.
De son côté, Aotsuki avait beaucoup de boulot. Il nettoya les voies respiratoires de l'être chétif entre ses bras. Il allait avoir besoin d'aide pour respirer. Aussitôt, il le porta à la couveuse.
Il l'installa confortablement, avant d'entamer les soins. Intubation, injections, pose de moniteurs, vérification de la température et de l'humidité dans la couveuse; rien n'était laissé au hasard. Quand il eut fini et tout revérifié, il retourna vers Kaneki.
- C'est presque fini, murmura-t-il à son patient. Ton fils est en sécurité dans la couveuse et ses signes vitaux sont stables. Tout va bien.
La mention de son enfant fit l'effet d'une claque à Cache-Oeil.
- Je peux le voir ? supplia-t-il, ému.
- Quand nous aurons terminé avec toi, promis.
La demi ghoule soupira profondément, soulagée.
- Qu'on en finisse vite.
Aotsuki hocha la tête, aussi décidé que lui.
Le médecin rejoignit son collègue. Ce dernier était entièrement concentré par sa tâche.
- Tout va bien ? S'enquit l'aîné en regardant où il en était.
- Impeccable, lui répondit Jun sans le regarder. C'est fascinant de voir comment son corps c'est transformé pour accueillir les jumeaux.
- N'est ce pas. Sinon pas d'hémorragie ?
- Non rien, je m'assure juste que j'ai les placentas entiers et on peux refermer.
- Bien.
Ensemble ils s'activèrent et en 15 minutes ce fut terminé.
Aotsuki espérait que Kaneki retrouve sa faculté de régénération au plus vite pour soigner la blessure causée par la balle et tout le reste.
Ils retirèrent le rideau, rangèrent leurs outils et enfin purent se détendre.
Le lit sur lequel Kaneki était allongé était sur des roulettes, Aotsuki le glissa donc de façon à ce qu'il puisse voir son fils.
- Je peux le prendre ?
Aotsuki secoua la tête.
- Pas maintenant. Quand il aura reprit des forces. Kaneki...
La façon dont il prononça son nom serra le coeur de ce dernier.
- Souhaites-tu voir ta fille ? Continua le médecin en douceur.
- Je ne sais pas, émit Kaneki avec un sanglot.
- Je vais la nettoyer pendant que tu y réfléchis.
La fatigue et la fièvre ne lui facilitait pas la tâche. Shuu patientait en silence près de lui. Kaneki prit une grande inspiration, pas prêt du tout à affronter la suite mais il le devait. Il ne pouvait pas laisser partir son enfant sans même avoir vu son visage.
-Quand vous aurez fini, amenez là, se résigna Kaneki.
La suite ne fut agréable pour personne. Aotsuki amena l'enfant pour le déposer dans les bras de son parent avec toute la délicatesse dont il était pourvu. Kaneki pleura en voyant son visage grisâtre. Entre ses sanglots, il lui murmura à quel point elle était belle et à quel point il était désolé. Shuu était dévasté lui aussi et pendant toute la scène, il pleura en silence.
Les deux soignants s'occupèrent de ranger la piècepour leur laisser un minimum d'intimité.
Il fallut plus d'une heure à Kaneki pour dire adieu à son enfant. Il avait tracé inlassablementde ses doigts le moindre de ses traits pour les graver dans sa mémoire.
La fatigue le rattrapa cependant et il luttait pour rester éveillé.
Ça suffit Kaneki, il est temps.
Le borgne geignit, il n'étaitpas prêt à passer à autre chose mais il était trop épuisé pour lutter contre le courant. Il pleura de plus belle quand Aotsuki lui retira le bébé des mains mais ne résista pas. Il n'en avait plus la force.
Il pleura ensuite jusqu'à ce que la fatigue l'emporte.
OOooOOOoooOOOo
Kaneki dormit ainsi pendant presque quatre jours. Sa fièvre tomba au troisième et il commença à se régénérer lentement, enfin.
L'état du petit Hideyoshi était stable aussi, pour le plus grand soulagement de Aotsuki etde Jun. Il y avait toujours un des 2 docteurs présents dans la pièce. De toute façon, le petit obligeait d'être vigilants h24.
Son réveil fut pénible, il mit du temps à émerger et plus encore à comprendre la situation.
Aotsuki remarqua vite le changement dans la respiration de son patient et se dirigea aussitôt à ses côtés.
Hey, fit-il avec son plus beau sourire.
Il lui donna un peu d'eau sans attendre une réponse, sa gorge devait être sèche et douloureuse.
Vous avez survécu tout les deux, vous êtes incroyables !
Kaneki lui rendit son sourire, il était encoreépuisé mais il se sentait beaucoup mieux globalement. Il avait moins mal quand il respirait et il avait les idées bien plus claires.
Je peux voir Hide ?
Bien sûr. J'appelle Shuu aussi, il n'est pas loin.
Merci.
En effet, son amoureux rappliqua à la vitesse de la lumière, Ophelia dans les bras. Celle-ci le salua d'un immense sourire qui le fit fondre.
Bonjour monange, lui susurra Kaneki en tendant les bras vers elle.
Shuu l'asseya sur le bord du lit mais la retint en lui disant:
Doucement Ophelia.
Oui, répliqua-t-elle.
Et en effet, le câlin qu'elle fit à son parent fut aussi doux qu'une brise de printemps. Elle ne dit rien, se contenta de se presser contre lui.Tous furent attendris par cette vue. Aotsuki attendit un peu avant d'aller chercher Hide, qui était bien éveillé dans sa couveuse. Il le souleva délicatement et le placa dans les bras de son père. Il avait des tubes de partout mais ces grands yeux clairs étaient vifs et à l'affut de tout ce qu'il se passait autour de lui. Le coeur de Kaneki fondit littéralement à la vue de ce petit miracle.
Je suis si heureux que tu sois là, dit Cache oeil en embrassant le crâne chauve de l'enfant.
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4 ans plus tard, à Taiwan
Tsukiyama Hideyoshi ramène tes fesses ici et plus vite que ça !
Kaneki était hors de lui. Le carnage créé par sa progéniture se répandait de la salle de bain à la cuisine, en passant par le placard du hall d'entrée. L'arme du crime? Un superbe mélange de farine et d'huile.
Seigneur, il y a en même dans nos chaussures... Shuu, vient là aussi!
Ce dernier arriva en premier en évaluant visiblement l'étendue des dégâts.
Il y en a jusque dans l'armoire des toilettes, expliqua Kaneki, à un poil de fondre en larmes.
Shuu tira une grimace et tapota affectueusement la tête de son amoureux. C'est à ce moment que le coupable pointa le bout de son nez en traînant les pieds de façon exagérée.
Tu peux m'expliquer ce bazar s'il te plaît ? Demanda Kaneki à son fils en se baissant à son niveau.
C'est pas moi.
Oui bien sûr. Ce qui explique pourquoi tes vêtements sont dans le même état que le sol.
Hide fit un grand sourire en tendant les bras pour que son parent le porte.
On a pas le temps pour des câlins, nous allons devoir tout nettoyer.
Le petit garçon se tourna donc vers son autre père avec le regard piteux.
Ne me regarde pas comme ça. Tu sais très bien quelles sont les conséquences de tes actes. Allez je vais vous aider.
Ophelia débarqua soudain avec un tonitruant :
-Je suis rentrée !
Elle avait commencé à retirer sa veste mais s'arrêta net en voyant la scène devant elle.
Encore des bêtises Hide? Les parents vont finir par te faire adopter tu sais.
Les yeux du cadet s'agrandirent et il se tourna vers ses géniteurs l'air terrifié.
Pour de vrai? Chuchota-t-il, au bord des larmes.
Bien sur que non, grogna Kaneki en s'attaquant à la tâche. Tu as été bien trop difficile à fabriquer pour que je t'abandonnes comme ça. Et jeune fille arrête de dire n'importe quoi ou c'est toi qui fini à l'orphelinat.
Shuu qui s'était armé d'un balais pouffa dans sa barbe. Ophelia, outrée, croisa les bras et s'en alla avec un "pfff".
L'adolescence va être rigolote, fit Kaneki en riant.
PAPA S'EST PAS DROLE! Hurla l'aînée de l'autre pièce.
Cette fois-ci, ce sont les 2 parents qui explosèrent de rire.
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Nda *Sort de sa tombe* *se met à genoux* je suis terriblement désolée d'avoir mis des années à finir cette fic. Je sais que certains ce sont inquiétés pour moi et c'est vraiment adorable. Je vais bien. Juste que j'ai changé de style de vie et je n'ai plus le temps ni l'envie d'écrire des fics. Je vous ai concocté cette fin, je suis consciente qu'elle est courte et insatisfaisante mais c'est la seule que je suis en mesure de vous offrir. Merci de m'avoir suivit pendant toutes ces années, vous avez été un public fantastique et j'ai vraiment apprécié écrire pour vous.
Je ne sais pas si je ressortirai une autre fic un jour, j'en doute mais toutes ces années ont vraiment été super fun pour moi et j'en suis reconnaissante.
À un jour, peut être. Prenez soin de vous.
Des bisous,
Tomokonne.
