Prompt 5 du Top 5

« Oh non, tu es du matin ! » (« Oh no, you're a morning person ! »)


Robin entendit un bruit de parquet, puis deux, puis un troisième qui se fit entendre juste après, comme si une petite souris trottinait sur les planches en se maintenant avec légèreté sur la pointe de ses petites pattes.

« Qu'est-ce que tu fais ? marmonna Robin, car il savait fort bien qu'il ne s'agissait pas d'une petite intruse à moustaches.

-Je suis simplement levé, c'est le matin, rétorqua son frère en plongeant pratiquement sous les couvertures. Mais j'ai négligé de sortir avec une veste, je suis frigorifié.

-Oh non, tu es du matin ! J'avais oublié, maugréa l'archer en se tournant sur le flanc. Garde tes pieds froids de ton côté ! Qu'est-ce que tu fais encore là si tu es debout ?

-Je viens me réchauffer une minute. Le lit n'est pas qu'à toi.

-Je ne comprends pas pourquoi je t'entends te lever, maintenant. Il y a quelques semaines, tout allait très bien. »

Gilles fourra son menton contre l'oreiller et tendit la main pour attraper un parchemin, sur lequel il se mit à gribouiller des dessins.

« Peut-être que tu as moins besoin de repos qu'avant, suggéra-t-il. On ne peut pas dire que tu fasses grand-chose en ce moment. »

En effet, le campement de Sherwood était désormais pratiquement désert. Ses habitants étaient rentrés chez eux, le nouveau Shérif n'étant pas trop regardant sur les défauts de paiement qui leur étaient reprochés. Robin vivait encore là, avec Gilles, et Azeem, et Bouc et quelques-uns de ses copains, des hommes célibataires en quête de liberté et quelques femmes aussi. Il passait le plus clair de son temps à dormir et à entretenir ses capacités physiques en s'entraînant à l'arc et à l'épée en forêt et en faisant de longues balades. La plupart du temps, c'était Marianne qui lui apportait à manger. Ils avaient passé de longues semaines ensemble dans son château entre la défaite du Shérif et maintenant et ils étaient plus amoureux que jamais. Bref, c'était un automne calme et paisible.

Enfin, il le serait si Gilles arrêtait de s'agiter sous la couverture de laine. Là, il cherchait son stylet qui avait glissé sous le matelas de tissu rempli de paille moelleuse et il farfouillait à l'intérieur. Robin, excédé, se tourna sur son autre côté. Il faillit lui lancer une réplique cinglante mais, à la place, remarqua enfin combien la lumière dans la cabane était encore ténue.

« Tu es sûr que c'est le matin ? l'interrogea-t-il. L'extérieur a l'air plutôt sombre.

-Évidemment, répliqua son frère en se retournant sur le dos lorsqu'il eut repêché son crayon. Rendors-toi. »

Robin s'y employa, tirant parti, pour y parvenir, du doux tintinnabulement du carillon installé devant la porte. Gilles allait sûrement en ajouter davantage. Pour la prochaine fête des morts, il avait entrepris de sculpter plein de petites décorations en forme de chauve-souris, de lunes et autres citrouilles. Il avait l'intention d'en accrocher partout.

Robin se réveilla un peu plus tard, dans une aube d'automne tardive, grise et pâle, pendant qu'une petite chape d'humidité timide entrait à travers les planches de la cabane. Gilles revint une nouvelle fois en essayant de s'élancer légèrement sur le parquet mais l'ancien chef des voleurs l'entendit. Le jeune homme se glissa dans le lit en frissonnant et Robin remarqua qu'il était tout mouillé.

« Qu'est-ce que tu faisais à traîner dehors par ce temps ? soupira-t-il en passant son bras autour de lui.

-Tu es de nouveau réveillé ? s'étonna le jeune homme en profitant de l'occasion pour s'enrouler dans la couverture comme une chenille dans sa chrysalide. Je vais peut-être revoir mes techniques de voleur.

-C'est peut-être vraiment moi qui ne suis plus fatigué. »

Robin essuya les cheveux de son frère avec tendresse et, quand il tendit la main vers la droite pour saisir une cruche, son regard tomba sur un drap qui dissimulait visiblement quelque chose de long, discontinu et biscornu.

« Ça n'y était pas quand je me suis réveillé, pointa-t-il.

-Ne te préoccupe pas de ça, rétorqua très vite Gilles en se blottissant dans ses bras. J'ai soif moi aussi. Je veux bien que tu me passes la carafe. »

Son aîné leva les yeux au ciel, trop fatigué cependant pour faire cas de ses enfantillages. Il but à la cruche, la lui tendit ensuite et tâcha de se rendormir. Sur ses paupières dansaient, comme un kaléidoscope, les lumière des carillons de Gilles, figurant des chats, des champignons et des licornes, qu'il avait fabriqués avec des pierres et des tissus colorés et accrochés devant la fenêtre.

Le soir venu après cette longue journée de paresse, le jeune voleur empêcha pratiquement son frère de retourner se coucher. Il n'arrêtait pas de lui raconter des choses drôles en agitant sa pique à châtaignes grillées dans les airs et de lui demander son avis sur les choses. Et Robin aurait bien voulu aller dormir, mais Gilles insistait encore et encore et ils finirent par regagner leur cabane très tard.

Là, le jeune homme s'enroula dans la couette du côté qu'il occupait toujours, près de la porte, et son frère, vraiment, aurait été à deux doigts de se plaindre de lui s'il ne l'avait pas aimé autant. Il se contenta donc de profiter de la chaleur bienvenue du drap de laine et se coucha près de Gilles, qui s'endormit aussitôt d'un sommeil calme et tranquille. Robin sommeilla d'une traite jusqu'à une heure avancée du matin. Il n'entendit pas son cadet se lever ni sortir cette fois-ci, ce qui était bien le but de la manœuvre.