4ème prompt du Top 5
Bougies, lanternes, guirlandes lumineuses (Candles, lanterns, fairy lights)
« Je ne vois pas comment je pourrais tricher… On ne distingue rien à plus de deux pas de distance, se plaignit Robin. »
En effet, son frère avait émis un petit bruit réprobateur devant sa tentative d'ouvrir les yeux après avoir trébuché dans un buisson de ronces.
« Tu chasses parfois la nuit, ne me dis pas que tu as perdu tes sens entre la soirée d'hier et celle d'aujourd'hui, répliqua Gilles. De toute façon, on est presque arrivés.
-Je m'en rends bien compte, tu marches de plus en plus vite ! Mais qu'as-tu fabriqué pendant ces trois derniers jours qui te cause une telle excitation ? »
Son cadet ne répondit pas, sans doute plus concentré qu'il voulait bien l'admettre sur l'endroit où il mettait les pieds. L'équilibre de son frère et le sien dépendaient de sa capacité à esquiver les cailloux et les ronces du chemin dans le noir et il ne devait certainement pas avoir envie que Robin se casse la cheville maintenant !
Au bout d'un moment, le jeune homme poussa une exclamation de jubilation et, au lieu de le faire accélérer, comme Robin s'y attendait, sa présence se dissipa et ses pas se précipitèrent vers l'avant.
« Hé ! Où vas-tu ? protesta-t-il. Est-ce que je peux ouvrir les yeux ?
-Pas encore, répondit Gilles en virevoltant sur les feuilles mortes et les moelleux coussins de mousse au sol. Je te dirai quand ce sera bon. »
L'archer grommela pour la forme, environné par l'odeur du bois et de l'humidité des lieux. Il espérait que son frère avait bientôt terminé ! Ce n'était pas qu'il faisait froid, grâce à leurs capes de laine, mais il n'appréciait pas cet air qui lui chatouillait le nez. Il éternua.
« Tu ne t'approcheras pas trop des sources lumineuses, mon frère ! le prévint Gilles en riant. Je ne sais pas précisément à quoi tu as trinqué avec Marianne pour célébrer le choix des plans de ton château, tout à l'heure.
-Je n'ai rien fait de répréhensible, affirma Robin en frottant ses mains l'une contre l'autre.
-Comme ce doit être frustrant ! … Voilà, j'ai terminé. Tu peux ouvrir les yeux. »
L'archer s'exécuta, déjà prêt à défendre chèrement son honneur, mais resta sans voix devant le spectacle qui scintillait à quelques pas de lui.
En effet, des lumières jaunes, roses, vertes, orange, dansaient sur les cheveux et les vêtements de son frère. Elles étaient émises par les guirlandes brillantes accrochées aux branches les plus basses des arbres.
Elles avaient été faites en tissus colorés très clairs. Des baguettes de bois avaient été soigneusement coupées et placées aux quatre angles pour leur donner leur élégante forme carrée. Il y avait une bougie dans chacune des lanternes et elles créaient comme une corolle de lumière en haut de la clairière.
« Tadam ! chantonna Gilles en tournant sur lui-même, les bras levés. C'est ma surprise pour la veille du jour des morts. Qu'est-ce que tu en penses ?
-C'est… C'est en tous points ravissant, avoua Robin en s'avançant au milieu des guirlandes. Et toutes ces lanternes… Elles sont magnifiques ! Comment as-tu fait pour les sculpter en si peu de temps ? »
Il avisait particulièrement le deuxième type de ces décorations, qui n'étaient pas suspendues aux branches des arbres mais posées partout. Elles n'étaient pas en tissu, c'était des lanternes en bois, décorées d'animaux et de formes typiques de la veille du jour des morts. Des chats, des citrouilles, des lunes, des licornes… Les motifs lui disaient quelque chose. Les carillons suspendus devant les portes et fenêtres de leurs cabanes !
« Je me suis levé tôt, se moqua Gilles en lui tendant une panière en osier. Contrairement à toi, riche garçon ! Et je me suis entraîné.
-C'était donc à ça que servaient les mobiles ! Et ce n'était donc pas le matin, triompha Robin en lui donnant une tape sur la joue d'un air content.
-Si tu veux, riche damoiseau, répondit son cadet en haussant les épaules, retournant vers le fond de la clairière.
-Tu as dû faire une telle quantité de nuits écourtées ! »
Sur une souche moussue se trouvaient deux verres et deux couteaux. Un gros bâton de saucisson au poivre, aussi, dans lequel Gilles avait déjà coupé des tranches. Il y en avait une plantée à la pointe de sa lame; il la happa avec un plaisir évident.
Il commençait à faire froid au bout d'une heure passée dehors, alors Robin s'avança vers son frère et le noya dans une seconde cape de laine gris clair. Elle était épaisse et douce et décoiffa complètement le jeune homme, qui s'en démena en pestant. Robin rit et l'entraîna avec lui sur la branche couchée et humide qui faisait face à la souche.
« J'ai hâte de voir ce que tu as glissé dans ce panier à pique-nique, déclara-t-il en ouvrant le rabat.
-Tu ne penses vraiment qu'à manger, rétorqua Gilles en rassemblant les pans de la seconde cape autour de lui.
-Mais non, ne dis pas ça. Les décorations que tu as faites sont splendides. Je suis vraiment impressionné !
-Eh bien, merci ! J'espérais bien que ça te plairait.
-Je suis également ému.
-Pourquoi, ému ?
-Tu as fabriqué tout ça pour nous, pour qu'on puisse passer une belle soirée d'avant le jour des morts.
-C'est vrai que je suis plutôt fier de…
-Tu as pensé à tout ça, tu as fait des croquis, trouvé des formes, des tissus colorés, des bougies, des grosses branches, tu les as sculptés et découpés…
-Oui, c'est vrai, j'ai fait tout ça pour toi, nigaud que tu es ! Bon, on dîne, maintenant ? »
Robin plongea ses mains dans le panier et en sortit une bouteille de vin, du pain blanc, du pâté, du fromage, encore plus de saucisson, des brioches, des confitures, des friandises.
« Ça a l'air vraiment délicieux, s'extasia l'archer en débouchant la bouteille. Je te sers ?
-Volontiers, répondit Gilles avec un sourire en coin. »
Les deux frères trinquèrent et Robin se glissa sous la seconde épaisseur de cape de son cadet pour qu'ils puissent se rapprocher. Il passa son bras autour de ses épaules et colla son visage contre sa tempe. Gilles sourit.
« Oui, dit-il tranquillement, moi aussi je suis heureux. »
