Chapitre 20 :
Retrouvailles
Les Cullen et les Denali se détendirent significativement après le départ de Caïus, leur expérience avec le roi et leur méconnaissance de sa personne les poussant à le craindre lui et ses réactions. Cette nuit là fut tranquille pour eux. Ils la passèrent dans le grand salon du chalet à discuter de choses futiles, les Cullen et les Denali échangeant sur ce qu'il leur était arrivé depuis la dernière fois qu'ils s'étaient vus. Nathaniel sentit parfaitement la curiosité des Denali à son égard mais on survola à peine le sujet de sa personne comme pour le laisser tranquille avec ça. Après tout ce qu'il s'était passé, tous semblaient s'être mis d'accord pour laisser le sujet de ces derniers mois difficiles sur le côté. Avec la réussite de la transformation, toute sa famille s'était faîte plus calme et joyeuse, rassurée quand à son état et sa survie. La nuit fut paisible, Nathaniel détendu et silencieux, un léger sourire sur les lèvres.
Il finit pourtant par complètement décrocher des discussions des autres, pensant à son propre état. Il se sentait tellement mieux depuis son réveil et sa transformation. Plus de difficulté à respirer, plus de fatigue extrême et continuelle, plus de maigreur, de maux de ventre, de nausée, plus d'insuffisance cardiaque avec tout ses inconvénients... Il avait toujours mal aux yeux, un peu à la tête et une douleur persistait dans sa poitrine mais ce n'était plus rien pour lui. Il posa une main sur son cœur, songeant à sa magie disparue. Quelque part, il avait l'impression d'avoir trahis sa magie. C'était une étrange sensation qui lui pinçait le cœur et l'âme terriblement. Pourtant, elle avait disparu, c'était comme si elle était morte, jamais il ne la reverrait et il ne pensait pas la trahir, elle, leur lien et ce qu'ils avaient été ensemble en faisant ce qu'il fallait pour vivre. Alors pourquoi se sentait-il tellement minable d'avoir fait cette transformation ? Il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il avait renoncé à sa magie, qu'il l'avait abandonné et c'était un sentiment atroce pour lui qui l'avait tant chéri et qui la chérissait encore malgré sa disparition. S'en était presque douloureux et il ne comprenait pas.
Cela mis à part, il n'avait rien de négatif à dire de sa transformation. Le vide en lui, ce trou béant et grandissant s'était amoindri et avait stoppé sa croissance. Il sentait nettement cette part vampire en lui, puissante, imposante, brillante et forte, libre et épanouie dans son acceptation totale de sa nouvelle nature. Lui qui avait connu la perte d'une part de lui même percevait nettement l'arrivée de la nouvelle. Le vampire étouffait l'humain en lui et avait pris une grosse part de l'ancienne place de sa magie, fermement ancrée. C'était comme avoir retrouvé un pilier et un moteur tout en ayant une nouvelle porte ouverte sur un nouveau chemin autrefois inaccessible. Sa transe et son contact avec la magie de feu avait été extraordinaire et rien que cet aspect de sa nouvelle nature en valait la peine. Autrefois, il manipulait la magie élémentaire avec brio et il adorait cette forme de magie. C'était très différent de ce qu'il faisait dans ses transes. Dans la transe, il absorbait la magie des éléments pour renforcer son corps et refaire ses forces. Lorsqu'il utilisait la magie élémentaire, il manipulait les éléments physiquement pour faire ce qu'il voulait. Se battre généralement dans son cas. Mais la magie élémentaire qu'il aimait tant avait mêlé sa propre magie à celle des éléments qu'il avait pu effleurer et sentir plus d'une fois. La retrouver était réconfortant pour lui.
Les transes mis à part, il y avait ses nouveaux sens qui étaient bien plus que ce qu'il n'aurait jamais espéré pour combler la cécité depuis le sort d'Ether. Et puis il y avait tout ces autres dons dont-il sentait la présence en lui bien qu'il ne sache pas encore ce dont-il s'agissait exactement. Tout avait changé grâce à Carlisle et sa nouvelle famille. Il pouvait enfin... vivre et il y était bien décidé. Pourtant, il pleurerait encore et toujours sa magie. Cette perte était probablement la plus affreuse de sa vie, devant celle de ses proches. Il s'en voulait un peu de penser cela mais c'était la réalité. La perte de sa magie était ce qui lui était arrivé de pire et de plus horrible. S'il y avait eu la moindre petite chance de la retrouver d'une quelconque manière que ce soit, il aurait probablement tout donné pour ça. La raison en était très simple : elle était lui et il était elle. L'abandonner définitivement, y renoncer définitivement, c'était renoncer à lui même. Elle était tout ce qu'il avait jamais eu, elle avait été sa seule compagne, son âme sœur, sa vie. Elle lui avait tout donné, fait de lui ce qu'il était, lui avait sauvé la vie un nombre incalculable de fois. Jamais elle ne l'avait trahis, jamais elle ne l'avait laissé tomber et il avait toujours pu compter sur elle. Il lui devait tant, tellement. Alors même si elle n'était plus là, même s'il ne la retrouverait jamais, il ne pourrait jamais cesser de la chérir, de l'aimer, de la regretter. L'oublier serait impossible, accepter sa disparition inenvisageable, impossible.
- Nathaniel ? Nathaniel ?
Il réalisa soudain qu'on l'appelait et qu'une main secouait un peu son épaule, celle de Jasper assis à côté de lui. Un silence parfait était tombé dans la pièce.
- Oui ? répondit-il finalement.
- Est-ce que ça va ? demanda Rosalie vraisemblablement accroupie devant lui.
- Oui, assura-t-il.
Il sentit la main de la blonde venir se poser sur la sienne au niveau de sa poitrine et il se rendit compte qu'il avait férocement agrippé son pull à cet endroit.
- Tu as mal ? demanda-t-elle avec angoisse. Cela fait un moment que l'on t'appelle. Tu peux nous le dire tu sais.
- Non ça va, répondit-il en lâchant son vêtement. Je repensais juste à des choses pas très plaisantes.
Sans un mot, Rosalie vint s'asseoir près de lui, l'attirant dans une étreinte tendre qu'il ne put refuser et dans laquelle il se fondit. Essayant de ne plus penser à rien.
- Je suis désolé, bredouilla-t-il finalement. Les choses s'arrangent enfin et moi je..., dit-il avec un sourire triste.
- Tu n'as pas à t'excuser, répondit Edward. Tu as le droit de ne pas te sentir bien même avec la transformation réussi.
- Mais n'oublie pas qu'on est tous là si tu en as besoin, précisa Esmée.
Il acquiesça simplement, profitant ensuite de la tendresse de Rosalie. Dans les jours qui suivirent, la vie fut joyeuse et légère dans le chalet Denali. Nathaniel revivait littéralement, désormais bien plus fort et indépendant, soulagé de ses problèmes de santés. Il était visiblement bien plus heureux et souriant, ce qui n'était pas difficile à comprendre. Et cela se ressentait aussi largement sur les Cullen et les amis du nouveaux vampires. Leur soulagement et leur joie était palpable. Nathaniel s'était fait très calme et silencieux, à peine visible si on ne faisait pas attention à lui. Souvent, il semblait plongé dans ses pensées. Ce fut pour le tirer de cela que ce matin là, Edward, Jasper et Emmet lui proposèrent une sortie en forêt entre frères. Le « entre frères » avaient visiblement profondément touché l'aveugle qui avait accepté avec le sourire. Emmet s'était fait tout excité, voulant essayer de voir lequel d'entre eux était le plus rapide.
Carlisle avait ris, leur recommandant d'être prudents mais avait de partir, Nathaniel était venu le voir pour lui dire qu'il pouvait dire la vérité sur lui aux Denali s'il le voulait bien. Il savait que le clan alaskien étaient immensément curieux à son sujet alors qu'ils avaient entendu tout un tas de choses étranges autour de lui, vu des choses uniques avec son état et sa transformation, ce qu'il était devenu. Pour le refuge qu'ils leur avaient offert, parce qu'ils faisaient parti de la famille et parce qu'ils étaient formidables avec lui, il demanda à son père d'adoption de leur dire, estimant qu'ils avaient le droit de savoir, d'avoir des réponses. Simplement, il était toujours bien incapable de le faire lui même et ne voulait pas être là lorsque ce serait fait, terrifié rien qu'à l'idée d'entendre une chose trop douloureuse qu'il n'était pas encore capable de gérer. Le médecin embrassa son front avec réconfort, lui assurant qu'il s'en chargeait avec Severus, Nevonne et Lyniam, qu'il devait juste aller s'amuser avec ses frères et ne pas y penser. Des frères qui, ayant parfaitement entendu, se firent une joie de l'emmener pour lui changer les idées, chahutant avec lui dés qu'ils eurent passer la porte. Ils l'embarquèrent avec eux dans une course en forêt, très heureux de pouvoir faire ça avec lui.
Pendant ce temps, Carlisle, Severus, Nevonne et Lyniam firent ce qu'il avait demandé, personne dans le chalet n'ayant manqué sa requête au médecin. Les Denali étaient venus immédiatement, extrêmement curieux de connaître le fin mot de l'histoire. Le reste des Cullen se joignit également à la discussion et ils racontèrent. Autant dire que les Denali ne s'était pas attendu à ça, bouleversé d'apprendre ce qu'avait enduré ce jeune homme, jeune vampire maintenant, qui était si gentil et doux, attachant. Ce fut un choc de découvrir qui il était réellement, ce qu'il avait accompli, enduré, comment il avait été traité et blessé, tout ce qui lui était arrivé jusqu'à tomber sur Carlisle, ce qu'il s'était vraiment passé. Tous furent touchés, révoltés par ce qui lui avait été infligé, approuvant totalement ce que les Cullen avaient fait pour lui, ne comprenant que plus pourquoi ils l'aimaient. Ce ne fut pas du tout une surprise pour les Cullen de voir que cela ne changeait pas leur acceptation de Nathaniel, bien au contraire. Tanya réaffirma qu'ils pouvaient rester autant de temps que le jeune vampire en aurait besoin ou envie. Ainsi, il pourrait s'adapter à sa nouvelle condition dans le calme et dans un environnement propice.
Lorsque les frères rentrèrent bien des heures plus tard, Jasper portait un Nathaniel une fois de plus vidé de ses forces et qui réclamait là encore un feu. Tous sachant désormais pourquoi, on s'empressa de lui donner et de l'installer devant, Nevonne se faisant une joie d'observer de près le phénomène d'absorption de magie naturelle. Observer et cerner l'état et les pouvoirs de Nathaniel fut d'ailleurs l'une de leur priorité dans les jours suivant. On voulait savoir ce dont il avait besoin, comment il fonctionnait pour s'assurer qu'il aille bien et qu'il ait tout ce qu'il lui fallait. La chose la plus évidente était ses transes d'absorptions de magie élémentaire. Il le fit avec le feu mais il le fit aussi en s'immergeant dans un torrent au courant assez fort. Ils étaient sortis chassés et Nathaniel s'étaient retrouvé sans force. Ils étaient proches de la rivière et Nathaniel y était allé comme un automate pour refaire ses forces. Nevonne disait qu'il pourrait le faire avec n'importe quel élément mais qu'il avait sûrement besoin d'une certaine intensité de puissance. Ni trop faible pour être utile, ni trop forte pour ne pas le surcharger.
Ses transes s'avérèrent relativement prévisibles en fonction des efforts physiques qu'il faisait et de l'intensité avec laquelle il utilisait ses pouvoirs, comme une personne fatiguant de manière ordinaire. Cela arrivait environs deux fois par semaines et elles s'étaient faîtes systématiques après une chasse. Ils sortaient chasser bien plus souvent que nécessaire pour un vampire, voulant s'assurer que le nouveau né ne serait pas trop embêté par sa soif. Une soif que Jasper avait révélé plus forte qu'à la normale, la chose ne les surprenant pas alors que le démon l'avait prévu. Mais Nathaniel la maîtrisait à merveille, semblant à peine affecté par elle et cela prouvait qu'il avait subi tellement pire que cela qu'il n'y faisait même pas attention.
Seulement, les transes posaient pas mal de contraintes. D'abord, Nathaniel ne parvenait pas à y résister lorsque le besoin se faisait sentir. De manière automatique, il se dirigeait vers la source de magie naturelle appropriée la plus proche ou réclamait ce dont-il avait besoin. Il s'affaiblissait, comme s'endormant, se figeant et il était alors obsédé par cela sans pouvoir reprendre ses esprits. Une fois installé et la transe commencée, il était impossible d'attirer son attention et il ne bougeait plus d'un cil. Nathaniel disait toujours qu'il se sentait comme drogué et à moitié inconscient mais il trouvait cela agréable et bienfaiteur. Il fut vite évident que, de lui même, Nathaniel ne pouvait pas y résister et personne n'avait voulu essayer de voir ce qu'il se passait s'il n'obtenait pas rapidement ses transes et la magie qu'elles lui apportaient. Cela ne serait certainement pas bon pour lui. Lorsque la transe prenait fin, Nathaniel avait toujours besoin d'un long moment pour reprendre pleinement conscience, comme se réveillant très difficilement d'une longue nuit de sommeil.
Rapidement, la question se posa de savoir s'il était possible d'interrompre une transe en cas d'urgence. Il avait vite été évident que le réveiller ne serait pas possible mais on avait voulu savoir si, en cas de besoin, on pouvait le déplacer et l'emmener. Après mille tergiversations, Nathaniel avait décrété qu'il n'y avait qu'un moyen de le savoir : essayer. Tous avaient été réticent, craignant que cela tourne mal pour lui mais il les avait convaincu, voulant lui aussi savoir à quoi s'en tenir. On avait donc décidé de tester. On avait attendu la transe suivante et on avait patienté jusqu'à être sûr que Nathaniel avait déjà emmagasiné une bonne dose d'énergie pour assurer un peu plus la chose. Puis Emmet était venu le prendre dans ses bras, le sortant du fauteuil où il était blotti devant la cheminée. Doucement, il s'était éloigné avec lui, tous suivant attentivement l'opération, Nevonne concentré sur ses perceptions. Il décrivit d'abord comme un étirement du lien qui s'était construit entre lui et le feu. Puis, une fois une dizaine de mètres plus loin, le lien s'était rompu comme un élastique. Immédiatement, Nathaniel s'était mis à gémir de souffrance, Jasper signalant qu'il avait mal. Il s'était mis à trembler et Nevonne avait signalé que la magie en lui s'agitait. On l'avait ramené tout de suite près du feu mais la transe ne s'était pas réinstallée et il avait fallut trois bonnes heures pour que la crise se calme et que la douleur retombe. Heureusement, cela ne causa pas de dommage permanent à Nathaniel mais il fut clair qu'il ne valait mieux pas briser une transe. Suite à cela, une chasse avait été nécessaire, sa soif enflammée par l'épreuve.
Il fut donc évident que les transes étaient des moments délicats pour lui et jamais il ne fut laissé seul à ces instants. Si ses transes étaient incroyables de part ce qu'il réalisait avec elles, ses pouvoirs de vampires l'étaient encore plus. Si on avait imaginé que le vampire prendrait beaucoup plus de place en lui, on n'avait pas pensé que ce serait à ce point, ni que la partie humaine terminerai totalement oblitérée. Elle avait totalement disparu en quelques jours après son réveil, Nevonne le sentant parfaitement. Il ne resta bientôt plus que le vampire en lui et cela était totalement unique, jamais vu.
Grâce à Eleazar percevant les dons, ils avaient très vite pu se faire une idée de ses pouvoirs et ils étaient incroyables. Il y avait d'abord l'écholocalisation, l'électrolocalisation et sa perception thermique qu'ils avaient très vite vu à l'œuvre mais il n'y avait pas que cela. En plus de l'excellente ouïe vampirique, il entendait les infrasons et pouvait en produire. Plusieurs de ses pouvoirs concernaient les dons des autres vampires autour de lui. Il pouvait les copier, les priver de leurs facultés ou en annuler les effets. Cela tant que ça se passait dans son champs de perception. Il disposait d'une puissante capacité de guérison et d'une autre lui permettant de manipuler les ténèbres et les ombres. Eleazar n'avait pu être très précis et disait qu'il n'arrivait pas à tout lire en lui mais cela aidait déjà beaucoup et promettait une incroyable palette de dons à Nathaniel lorsqu'il les contrôlerait entièrement.
Instinctivement, il maîtrisait déjà toutes les bases de ses pouvoirs mais il commença à s'y entraîner pour voir ce qu'il pouvait faire, fasciné par ces nouveautés qu'il n'aurait jamais espéré après la perte de sa magie. Ce fut dans la bonne humeur que les jours coulèrent, tous prenant du bon temps et s'assurant que le nouveau vampire allait bien. On veillait sur lui sans trop le couver et il fut vite évident que malgré tout, Nathaniel était loin d'aller parfaitement bien. Ses yeux étaient toujours un problème et souvent, on le voyait masser sa poitrine ou sa tête. Jasper disait qu'il avait mal mais il ne se plaignait jamais et ne laissait rien paraître, faisant bonne figure. L'empathe sentait aussi sa fatigue et il sentait qu'émotionnellement, il était toujours très bas même s'il se battait de nouveau. On l'entourait donc avec soin, veillant, tentant de l'égayer, d'être présent pour lui, patient. Dans le même temps, ceux qui ne se connaissaient pas faisaient connaissance, tous s'entendant à merveille malgré les caractères marqués, à l'aise dans ce lieu reculé. Cela avait été avec un certain amusement que Nathaniel et Nevonne avait remarqué que Lyniam passait énormément de temps avec Edward. Connaissant les deux personnages doux qu'ils étaient, Nathaniel avait supposé qu'ils s'entendraient très bien mais de toute évidence, ils s'entendaient plus que bien et tout deux s'en amusaient.
Seulement, un évènement était venu miner Nathaniel : Hedwige avait disparu. S'il était courant qu'elle ne se montre pas pendant deux ou trois jours, après une semaine sans la voir et sans un signe d'elle, Nathaniel avait commencé à être vraiment très inquiet. On avait cherché la chouette dont tous connaissaient l'odeur par cœur maintenant. On l'avait cherché dans toute la région mais on n'avait trouvé aucune trace et même Severus, Nevonne et Lyniam n'avaient pu la localiser de leur magie. Cela avait énormément assombri Nathaniel. Il s'était fait silencieux et encore plus sombre. Une semaine avait passé puis deux, puis trois et tous avaient crains qu'on ne revoit plus la chouette. Peut-être avait-elle eu un accident ou elle avait pu être attrapé par un rédateur ? On n'en savait rien. Ce que l'on savait était que Nathaniel le vivait atrocement mal. C'était à tel point que l'on voyait Severus aller s'asseoir tout près de lui, le laissant s'appuyer sur lui, se blottir contre lui et s'accrocher à lui. Jamais il ne venait le soutenir aussi ouvertement, surtout depuis que Lyniam et Nevonne étaient là pour le faire et le faisaient avec plaisir. Mais là, il le fit, marquant un peu plus à quel point cela pouvait être difficile pour son protégé. Jasper le sentait aussi d'ailleurs, expliquant qu'il était atrocement inquiet, qu'il était terrifié à l'idée de la perdre.
Plus personne n'y croyait lorsque Hedwige refit enfin son apparition. On était alors en plein milieu de la journée, début février, un peu plus de trois mois après leur arrivée chez les Denali. Nathaniel était allongé dans le canapé, la tête sur les genoux de Rosalie qui lui massait le cuir chevelu avec tendresse, tentant de le réconforter. On n'avait plus entendu le jeune vampire depuis plusieurs jours maintenant. Il ne parlait plus et ne faisait plus grand-chose d'ailleurs. Personne ne lui faisait le moindre reproche mais tous étaient très inquiets pour lui. Ils étaient d'ailleurs tous là à cet instant, observant l'aveugle, se demandant quoi faire pour l'aider. Le silence était total aussi, tous entendirent ce cri caractéristique de la chouette de Nathaniel lorsqu'il éclata loin dehors. Mais tous le perçurent de leurs ouïes fines. S'ils crurent bel et bien reconnaître Hedwige qu'ils avaient appris à connaître, ils ne furent pas certains, bien des oiseaux du genre vivant dans la région. On en entendait régulièrement. Seulement cette fois, Nathaniel bondit comme un diable sortant de sa boîte, fusant vers la porte. Et cela leur confirma qu'ils n'avaient probablement pas rêvé alors qu'il n'avait jamais réagis à d'autres cris de chouette. Tous le suivirent immédiatement, espérant que c'était bien Hedwige qui revenait et qu'elle revenait saine et sauve.
Ils sortirent, débouchant devant le chalet devant la vaste plaine enneigée. Tout les regards se levèrent vers le ciel pour tenter de trouver la chouette et leurs visions perfectionnées la trouvèrent finalement encore loin au dessus des arbres. C'était bien Hedwige et elle venait vers eux, l'air en pleine forme au soulagement général. Nathaniel voulut s'élancer mais brusquement, Nevonne l'arrêta, attrapant son bras, le ramenant derrière lui comme pour le protéger, se faisant soudain froid et dangereux, une aura sombre apparaissant autour de lui.
- Nevonne ? fit Nathaniel perdu.
Tous avaient d'ailleurs reporté leur attention sur lui, se demandant ce qu'il faisait. Une seconde plus tard, c'était Severus qui venait se planter devant son protégé, sortant sa baguette, les tendant tous devant ce que cela pouvait vouloir dire. Lyniam s'ajouta presque aussi vite et tous vinrent les entourer de près, sur leurs gardes.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Quelque chose ne va pas avec Hedwige ? demanda le jeune vampire. Elle va bien ? demanda-t-il presque suppliant.
- Elle arrive Altraz et elle semble aller parfaitement bien vu d'ici, assura le démon. Mais il y a une présence magie très puissante qui approche par la forêt, révéla-t-il.
- Puissante à quel point ? demanda Lyniam.
- Extrêmement puissante, dit-il les dents serrées. Je n'ai jamais rien senti de tel. Il n'y avait que Altraz pour atteindre un tel pouvoir. Quoi que ce soit, ça a peut-être tracé Hedwige pour venir, ce n'est pas un hasard, et tout les ennemis d'Altraz connaissent sa chouette. Comment l'ont-il trouvé et attrapé pour la tracer ? Aucune idée mais ce ne peut pas être un hasard.
Tous se crispèrent un peu plus, guettant la lisière alors que personne d'autre ne sentait quoi que ce soit pour le moment. On vint entourer Nathaniel de près, le cachant complètement, le priant de rester derrière eux. Le nouveau vampire ne bougea pas, transpirant la peur et la panique, ne sachant que faire.
- Une telle puissance doit-être unique. Est-ce que vous voyez qui cela pourrait être ? demanda Severus au démon et à l'elfe.
- Je… je crois que je le connais, fit le démon l'air un peu perdu. Je suis sûr que j'ai déjà croisé cette magie mais je n'arrive pas à remettre qui.
- Ta mémoire est parfaite, remarqua Lyniam, comment peux-tu ne pas t'en souvenir ?
- Je n'en sais rien, grommela-t-il. Une signature magique ne change pas et je sais que je connais celle là mais… je ne sais pas.
- Il est seul ? demanda Severus.
- Je ne perçois qu'une seule présence magique, approuva-t-il.
Ils se turent pourtant lorsqu'une silhouette commença à apparaître entre les arbres. Ils se fixèrent dessus, tendus, près à réagir. La personne marchait vers eux tranquillement l'air détendue. Et très vite, tous purent voir l'intrus. C'était un jeune homme d'un bon mètre quatre-vingt, solide et finement musclé. Une chose était certaine, il se tenait avec une grande assurance et était aussi beau qu'un vampire. Il avait les cheveux bruns ébènes couvrant ses oreilles et son front, un teint légèrement bronzé et des yeux d'émeraudes brillants à se damner. Tout de noir vêtu, il portait un pantalon, des bottes et un long manteau. Il avançait vers eux sans se presser, les fixant déjà avec une neutralité parfaite. Nevonne sentait son aura magique mais on ne discernait rien d'autre, ni odeur, ni son, ni rien.
- C'est impossible, fit soudain Severus l'air profondément choqué.
- C'est quoi cette histoire ? demanda Lyniam l'air aussi stupéfait.
Nevonne aussi était totalement figé et leur surprise était plus que palpable, comme leur incompréhension.
- Vous le connaissez ? demanda Carlisle.
Il n'eut pourtant pas la moindre réponse, les trois trop sidérés pour répondre.
- Qui est-ce ? demanda la voix tremblante de Nathaniel.
- Ça ne peut pas être la personne que nous voyons devant nous, fit le démon. Il doit modifier son apparence.
- Stop ! s'exclama Severus en levant sa baguette vers l'étranger toujours relativement loin. Arrêtez vous là ! ordonna-t-il. Qui êtes-vous ? demanda-t-il froidement.
L'intrus ne stoppa pas et tous furent un peu plus surpris de voir Hedwige venir se poser sur son épaule comme elle le faisait avec Nathaniel
- Stop ! gronda dangereusement Nevonne en levant un bras.
Immédiatement, l'étranger fit un geste de la main et une puissante onde de lumière fusa. Si vite qu'aucun d'entre eux n'eut le temps de réagir avant qu'elle ne les atteigne. Tous furent fermement repoussés et paralysés sur le seuil du chalet. Seul Nathaniel ne fut pas touché, soudain isolé à quelques mètres devant eux. Ils ne firent que se tendre davantage devant ce constat, luttant contre le pouvoir qui les retenait très fermement.
- C'est impossible, bredouilla soudain Nathaniel. Cette magie…
Il s'était redressé, ahuris à son tour alors qu'il avait certainement senti le pouvoir qui venait de passer sur lui. Il fit un pas hésitant en avant, perdu :
- N'y allez pas Nathaniel ! fit Severus en se débattant pour bouger ou lancer un sort sans y parvenir. C'est un piège !
- Altraz ! Recule ! supplia Lyniam.
Mais Nathaniel ne semblait pas les entendre. L'étranger continuait à avancer vers lui, toute son attention braquée sur le jeune vampire. Il tendit une main. Une sorte d'aura d'énergie émana de lui et s'étira jusqu'à venir entourer Nathaniel, paniquant les autres impuissants. Mais l'aveugle n'avait pas l'air d'avoir vraiment peur, un sanglot étranglé lui échappant. Il fit un autre pas en avant, puis un autre et un autre, ignorant leurs appels pour qu'il reste près d'eux. Brusquement, il disparut, s'élançant vers l'étranger de toute sa vitesse. Aussi, celui-ci eut à peine le temps d'ouvrir ses bras que Nathaniel était sur lui, enroulant les siens autour de son torse, se serrant contre sa poitrine, plongeant son visage dans son cou. L'inconnu sourit avec une immense douceur, refermant ses bras sur lui à son tour, venant caresser ses cheveux d'une main. Sur son épaule, Hedwige hulula avec bonheur et près du chalet, tous restèrent sans voix, se demandant ce qu'il se passait.
- Nevonne, fit Lyniam. Cette magie… on dirait… on dirait…
- C'est impossible, répondit-il. C'est…, bredouilla-t-il perdu.
- Et pourtant, reprit Severus. Cette magie est légèrement différente de celle que nous avons connu mais c'est celle de Nathaniel, dit-il en choquant les vampires.
- Il a perdu sa magie, elle a été détruite et par conséquent toute magie qu'il aurait pu poser a dû s'évanouir aussi, dit l'elfe alors que le démon se mettait à se débattre furieusement.
- Sauf s'il n'a pas perdu sa magie comme on le pensait, posa-t-il. Sauf si on lui avait volé, grogna-t-il. Et si elle est là, c'est que celui qui est derrière ça est celui qui lui a volé sa magie et il s'est servi de son lien avec Hedwige pour la retrouver et remonter jusqu'à lui avec elle.
Tous réalisèrent alors le danger, se débattant plus encore sans parvenir à quoi que ce soit à leur plus grande frustration. Plus loin, le duo n'avait pas bougé mais Nathaniel ouvrit de nouveau la bouche l'air bouleversé :
- Tu es là, dit-il. Tu es là, répéta-t-il peinant à le croire.
- Je suis là et je ne partirai plus jamais je te le promet, assura l'autre d'une voix velouté d'une tendresse absolue alors qu'il cajolait le vampire.
- Comment est-ce possible ? bégaya-t-il. Je t'avais perdu.
- Tu ne m'avais pas perdu, répondit-il. C'était Dumbledore. Il avait prévu un rituel pour me prendre dés que Voldemort ne serait plus. Sa disparition totale était la condition pour activer le rituel. C'est aussi de cette manière qu'il savait que Voldemort avait survécu. Il a posé ce rituel sur toi juste après ce soir d'Halloween. Il s'est activé dés que Voldemort a été anéanti. C'est pour ça que nous avons été séparé. Il espérait se débarrasser de toi et m'accaparer pour se servir de moi à son profit. Je ne l'ai pas laissé faire bien sûr mais j'étais enfermé. Ta transformation m'a permis de sortir. Elle a définitivement brisé le lien entre nous.
- Je suis désolé, murmura-t-il. Je t'ai abandonné. Je t'ai trahi, dit-il la voix brisée.
- C'est faux, tranquillisa l'étranger. C'est complètement faux. Tu m'as aimé plus qu'il est possible d'aimer, tu m'as fait confiance comme personne ne fait confiance, tu as toujours cru en moi et tu m'as chéris comme rien ne l'a jamais fait pour quoi que ce soit. Et tu as continué après notre séparation. Je l'ai senti. J'étais toujours avec toi, j'ai tout vu. Tu as bien fait et j'ai prié, tellement prié pour que tu en viennes là. Sans ça, tu serais déjà mort et je n'aurais pas pu me libérer. La rupture de notre lien m'a permis de définitivement acquérir mon âme et mon esprit individuel. Et c'est ça qui m'a permis d'agir par moi même et de me libérer, de m'échapper. Je suis désolé de t'avoir fait peur en te privant d'Hedwige mais comme j'avais perdu mon lien avec toi, elle était la seule avec qui j'étais encore lié. J'ai vu ton environnement mais je ne connaissais pas la localisation exacte alors je ne pouvais venir directement. J'ai appelé Hedwige pour qu'elle vienne me montrer le chemin. Maintenant je suis là et je ne te quitterai plus jamais je te le jure. Je suis là et je vais veiller sur toi.
Nathaniel le serra un peu plus, se cachant contre lui et du côté du chalet, on n'en revenait pas.
- C'est… sa magie incarnée ? supposa Lyniam peu sûr de lui. C'est possible ?
- Cela ne s'est jamais vu, répondit le démon. Mais Nathaniel avait une magie absolument unique et incroyablement puissante. Il ment peut-être, hésita-t-il.
- Nathaniel a réagit dés qu'il a senti sa magie, remarqua Severus. Il ne pourrait pas se tromper là dessus et sa présence ne lui fait aucun mal alors que c'est une magie sorcière.
- Et seule sa propre magie n'est pas nocive pour lui, reprit le démon. Son histoire tient la route. Et Hedwige n'aurait pas répondu d'aussi loin à un autre que lui ou sa magie.
- Cela expliquerait son apparence, remarqua Severus.
- Pourquoi ? demanda Carlisle.
- Cette apparence, c'est celle de Nathaniel, répondit-il en les stupéfiant. Celle qu'il avait à l'origine mais en mieux. Celle qu'il aurait probablement eu s'il avait grandi normalement sans subir tout ce qu'il a subi. Ce serait logique que sa magie prenne cette forme.
- Comment en être sûr ? demanda Rosalie.
- C'est bien ça le problème, fit le démon. On ne peut pas être sûr que ce qu'il dit est vrai et si c'est vrai, si personne ne se sert de lui pour l'atteindre.
- Dis-moi, Nevonne, claqua soudain la voix de l'étranger qui le fixait désormais, te ferais-tu insultant pour croire que lui et donc moi, pourrions nous laisser manipuler encore ? Crois-tu qu'il existe quelque chose d'assez puissant pour me forcer ? Pour se servir de moi ? Ou même juste pour réussir à me suivre sans que je ne le veuille ? Tu sais parfaitement à quel point je suis puissant et à quel point je ferai tout pour lui, dit-il en cachant un peu plus le vampire dans ses bras. J'aurai préféré disparaître que de risquer de lui nuire.
- Êtes-vous certain de ne pas avoir pu être tracé ? Marqué ? demanda le démon avec prudence.
- Certain, je ne l'aurai pas permis, gronda-t-il. Sa sécurité et son bonheur sont tout ce qui m'importe. Je ne laisserai plus rien le toucher. Personne ne me séparera jamais plus de lui, jura-t-il férocement. Et ça même si je dois vous affronter vous.
- S'il te plaît, bredouilla alors Nathaniel l'air inquiet.
Immédiatement, l'autre se radoucit complètement, baissant le regard sur lui et déposant un baiser sur sa tête.
- Ne t'en fais pas, je ne leur ferai rien, assura-t-il. Sauf s'ils essayent de nous séparer. Plus jamais je ne le permettrai. Tu es tout ce qui compte pour moi. Tu m'as tellement manqué.
- Toi aussi tu m'as terriblement manqué, gémit-il. Il ne s'est pas passé un jour sans que… sans que…
- Sans que tu ne me pleures, je sais, répondit-il. J'ai tout vu jusqu'à ta transformation. Mais je suis là maintenant.
Longuement, on les vit rester dans les bras l'un de l'autre sans s'éloigner d'un millimètre, les autres contrains à l'immobilité. Ils ne purent que regarder ce qui avait tout d'émouvantes retrouvailles, restant cependant méfiants. Puis finalement, le nouvel arrivant bougea, se baissant pour soulever facilement Nathaniel dans ses bras comme une princesse. Le jeune vampire s'accrocha à lui comme refusant de s'éloigner ne serait-ce que d'un cheveux. Il le prit donc dans ses bras avec une délicatesse évidente. Il se mit ensuite en route vers le chalet, marchant tranquillement. Lorsqu'il arriva devant l'entrée, il entra sans même les regarder, focalisé sur Nathaniel et ce fut lorsqu'il les eut dépassé qu'ils furent libérés, enfin capables de bouger à nouveau. Ils se regardèrent gravement, devinant que si ce jeune homme décidait de faire quelque chose, ils ne pourraient pas s'y opposer. Attentifs, ils entrèrent à nouveau, retrouvant la paire dans le grand salon, dans un fauteuil, Nathaniel roulé en boule sur les genoux du nouveau venu le tenant dans ses bras en caressant ses cheveux. Hedwige se tenait sur le dossier, les regardant paisiblement. Ils prirent place un peu partout autour, prudents, gardant un œil inquiet sur Nathaniel. Le brun eut un léger mouvement de main avant de relever son regard d'émeraude sur eux.
- Il ne nous entend plus, signala-t-il beaucoup plus neutre avec eux.
- Pourquoi l'empêcher d'entendre ? demanda Severus suspicieux.
- Pour ne pas le priver de son bonheur, répondit Jasper fixé sur Nathaniel.
- Précisément, répondit le brun. Je veux qu'on lui fiche la paix et vos questions et cette discussion le ramèneraient à des choses très douloureuses pour lui. Là, il est bien et heureux, laissez le tranquille, ordonna-t-il.
- Vous êtes réellement sa magie ? demanda Nevonne.
- Vous êtes tout les trois capables de le déterminer vous même, répondit-il en regardant le trio connaissant Nathaniel depuis longtemps. Vous me connaissez presque aussi bien que vous le connaissez. Son aura a changé comme la mienne a changé avec notre séparation, mais vous pouvez toujours le voir et c'est ça qui vous a stupéfait. Je suis sa magie incarnée.
- Comment est-ce possible ? demanda Lyniam.
- Tout est possible en magie, ricana-t-il.
- Jamais rien de tel ne s'est produit, posa Nevonne.
- Jamais cette situation ne s'est présentée, rétorqua-t-il. C'est lui qui a permis ce miracle, dit-il avec un regard pour Nathaniel souriant dans son cou.
- Comment ? demanda Severus. Vous avez dit que Dumbledore vous avait pris avec un rituel, releva-t-il.
- Et c'est ce qu'il s'est passé. Depuis le premier jour où il a posé les yeux sur lui, Dumbledore à sentit sa puissance, son potentiel. Il a su tout de suite qu'il deviendrait beaucoup plus puissant que lui. Il ne pouvait le permettre, il aime trop sa place de sorcier le plus puissant de l'époque. Il a donc très vite décidé qu'il se débarrasserait de lui tout en s'appropriant sa magie pour se renforcer. Seulement, il croyait aussi dur comme fer en la prophétie qui disait que lui seul pouvait vaincre Voldemort. Cela, plus le fait que James et Lily ne l'auraient jamais laissé faire, comme Sirius. Donc il a attendu un peu pour voir ce qu'il se passerait. Puis Voldemort est venu et il s'est passé ce qu'il s'est passé ce fameux soir d'Halloween. James et Lily n'étaient plus là, Sirius a été facile à faire enfermer et personne n'avait plus le pouvoir de le protéger de lui et de son influence. Il y a vu une occasion en or mais il n'était pas certain de la mort réelle de Voldemort. Il a donc utilisé une solution radicale. Un rituel de vol de magie à condition. La condition étant que pour réellement agir, Voldemort devait être totalement anéanti. Ainsi, il s'assurait de ne pas tuer son précieux élu avant qu'il ait fait ce que la Prophétie disait tout en l'éliminant et en prenant son pouvoir une fois la chose faîte. Personne ne savait et il était beaucoup trop jeune pour se souvenir que le rituel avait eu lieu et lui pendait au dessus de la tête. Mais tout était déjà prévu depuis longtemps. Ensuite, il n'a eu qu'à le manipuler pour qu'il fasse ce qu'il voulait. Jamais il n'a envisagé qu'il survive. Soit il serait mort pendant la guerre, sa magie volée de la même manière s'il avait été tué avant, soit il mourrait rapidement après avoir détruit Voldemort et avoir perdu sa magie.
- Une telle chose serait vraiment typique de Dumbledore, soupira Severus alors que les vampires restaient choqués.
- Et ce genre de rituel est indétectable, ajouta Nevonne. Qui aurait pu croire qu'il lui avait été apposé depuis si longtemps ?
- Personne ne l'aurait imaginé, répondit le brun. Si beaucoup, vous les premiers, saviez qu'il en avait après lui, vous pensiez tous que cette obsession datait de son adolescence et pas de sa petite enfance.
- Pourquoi ne l'a-t-il pas tué directement en voyant qu'il avait survécu à la fin de la bataille ? demanda Nevonne.
- Parce que dans l'état dans lequel il était, il était absolument persuadé qu'il ne survivrait pas comme il était persuadé que personne ne viendrait à son secours. Il avait tout fait pour que personne ne le regarde vraiment ou pour retourner tout le monde contre lui. Sans parler qu'avec son changement d'apparence, le Ministère aurait pu prétendre que ce n'était pas lui si on l'avait retrouvé mort ailleurs. La perte de sa magie aurait aidé comme le fait qu'ils ont veillé à effacer toute trace qui pourrait accréditer de qui l'avait tué ou blessé et comment. En l'abandonnant dans un recoin reculé ainsi, il serait mort loin du champ de bataille et bien après. Si jamais quelqu'un avait retrouvé son corps et pu l'identifier, cela aurait appuyé leur discours selon lequel il avait trahis et s'était enfui. Il était tellement sûr qu'il mourrait qu'il n'a même pas vérifié. Jamais aucun sorcier n'a survécu très longtemps à la perte de sa magie, surtout si on y ajoute les blessures qu'il endurait.
- Mais les sorts du Ministère devaient le signaler vivant, remarqua Lyniam.
- Non. Les sorts du Ministère reposent sur la magie de la personne et il avait perdu la sienne. Dés lors, le Ministère ne pouvait plus rien savoir de lui ou le localiser. Dumbledore espérait qu'on ne le retrouverait jamais même mort. Si les gobelins l'ont trouvé, c'est parce que leur système repose sur le sang et non sur la magie.
- C'est vrai, acquiesça Nevonne. Mais ça n'explique pas cette incarnation. Des magies volées ou retirées à leur propriétaire, il y en a eu même si ce n'est pas courant. Jamais aucune ne s'est incarnée.
- Parce que jamais aucune n'avait été chérie comme il m'a chéri, dit-il en les laissant perplexe. Bon, soupira-t-il. Toutes les magies des êtres magiques sont issues de la Magie elle même. Lorsqu'un être né, elle lui donne une petite poussière d'elle même. Si la capacité à accueillir la magie est génétique, le pouvoir ne vient pas de l'être lui même à l'origine mais de la Magie. Ensuite, elle grandit et apprend avec l'être qu'elle habite et lorsque celui-ci meurt, elle retourne à la source avec toute l'expérience, les émotions, les souvenirs… qu'elle a vécu pour l'enrichir et lui permettre de voir le monde à travers les yeux des mortels. Mais la Magie reste la Magie et elle aime ses enfants. Elle veille d'autant plus sur ceux qui lui sont loyaux, dévoués, qui lui font confiance, qui l'aiment sans conditions, qui la chérissent… Elle ne développe que plus de puissance et de confiance chez ceux qui prennent soin d'elle.
- Et Nathaniel aimait sa magie plus que n'importe qui, remarqua Severus.
- Oui. Il m'a toujours à la fois considéré comme une part de lui et comme un être indépendant qui était là pour lui. Il m'aime, il me chérit, il a pris soin de moi, il me fait confiance, il m'a protégé… Et à travers moi, c'est à la Magie elle même qui a voué tout cela. Il l'a fait à la fois inconsciemment et parfaitement volontairement. Il admire et respecte la Magie comme sa déesse, comme une mère suprême et si elle s'était manifestée devant lui, il aurait obéit à n'importe laquelle de ses demandes. Il aurait tout fait pour elle parce qu'il considère qu'elle a toujours été là pour lui, qu'elle ne l'a jamais abandonné, toujours aimé. Parce qu'il m'a toujours donné une sorte d'existence individuelle, qu'il m'a toujours chéri, il m'a permis non seulement de gagner en puissance mais aussi de commencer à obtenir ma propre conscience et c'est pour ça que parfois, il y a eu des actes de magie spontanées sans qu'il ne fasse rien. C'est moi qui agissait pour lui lorsqu'il en avait besoin.
- Jusque là d'accord, approuva Nevonne. J'ai vu tout cela de mes yeux mais après ?
- Après, Dumbledore m'a pris avec son rituel. Seulement, malgré tout, un lien persistait entre nous et aurait persisté jusqu'à sa mort. Même s'il ne pouvait le savoir et le sentir, même si personne ne pouvait le savoir, nous étions toujours liés d'autant plus que je restai entièrement fidèle à mon maître. C'est pour ça que son anniversaire a été aussi dramatique. Notre lien s'agitait d'autant plus à cette date sans être capable de nous réunir. Cela, plus ma puissance et mon début de conscience, m'ont permis de résister à Dumbledore qui a tenté de se servir de moi, de s'approprier mon pouvoir.
- Mais la transformation a brisé le lien, posa Severus.
- Oui ou presque. Il s'agit plutôt d'une rupture choisie dans notre cas. Je voulais qu'il le fasse parce que je savais que je ne pourrais jamais revenir à lui comme autrefois et qu'il mourrait sans cela. Et lui aussi de son côté a choisi d'abandonner sa nature pour être transformé. Nous avons décidé et la Magie a agis en conséquence en faisant ce qu'il avait déjà commencé à faire : me donner une existence propre. Il a choisi, contraint et forcé par sa situation mais volontairement, de se séparer de moi définitivement. Mais lui et moi sommes, à la base, un seul. S'il continuait d'exister, je continuai d'exister. Toutefois, ça ne pouvait plus être comme avant alors la Magie a agis pour que cela puisse être parce que c'est dans l'ordre des choses. Elle m'a donné une âme et une conscience individuelle. Elle l'a fait parce que c'était la suite naturelle pour moi après la manière avec laquelle il m'avait fait évoluer et grandir, parce qu'elle lui a rendu sa loyauté et parce qu'elle aime la justice et qu'il n'y en avait eu aucune pour lui. Elle l'a fait parce que c'est ce qu'il avait déjà bâti inconsciemment en m'estimant comme il l'a fait et en m'aimant comme un être à part entier. Il m'a donné une existence propre et la Magie a concrétisé quand j'ai été séparé de lui. Acquérir mon âme et ma conscience m'a permis d'être libre et d'agir par moi même. Je me suis libéré en faisant croire à ma destruction et je l'ai rejoint bien entendu.
- Pourquoi la Magie ne l'a pas aidé directement ? demanda Carlisle en regardant son cadet.
- Parce que la Magie n'intervient jamais directement pour nous, répondit Nevonne, nous sommes maître de nos vies dans les bons et les mauvais instants. Mais en agissant sur la Magie d'Altraz, elle agissait sur une partie d'elle même.
- C'est ça, acquiesça le nouveau venu. Elle a agit sur une part d'elle même dont elle s'est séparé en faisant cela pour moi. Je ne fais plus partie d'elle maintenant que j'ai mon existence propre. Dés que nous avons été séparé, la Magie ne pouvait plus intervenir pour lui même si elle l'avait voulu. Jusqu'à sa transformation tout du moins.
- Comment ça ? fit Severus.
- La transformation est magique même si c'est une magie très différente de ce que nous étions à l'origine. Et la Magie intervient dans chaque transformation pour façonner un nouvel être. Elle l'a fait pour lui aussi et dans son état, sa marge de manœuvre était beaucoup plus grande qu'avec un autre vampire. Elle a fait de son mieux pour l'aider tout en restant dans les règles qu'elle se doit de respecter. Sa nouvelle magie élémentaire ne sort pas de nul part. Seul la Magie elle même peut permettre une telle chose. La magie élémentaire est la magie la plus ancienne, la plus sauvage, la plus puissante, la plus indispensable en ce monde. Elle l'a façonné depuis le premier cailloux qui a composé cette planète. Il n'existe pas un être qui puisse faire ce qu'il fait, interagir avec la magie élémentaire sauvage. C'est la Magie qui a permis ça dans une certaine mesure, pour revenir auprès de lui d'une certaine manière. Parce qu'elle s'est mise à l'aimer autant qu'il l'aime.
- Aussi incroyable qu'est cette histoire, fit Nevonne, connaissant Altraz, c'est presque normal.
- Il ne fera jamais rien comme personne, remarqua Severus.
- Il n'est comme personne, renchérit le brun. Je reste avec lui maintenant. Il a toujours été et sera toujours, ce qui compte le plus pour moi.
Il reporta son attention sur le vampire blotti contre lui, caressant ses cheveux et le silence retomba, tous tentant d'assimiler cette histoire. Il fallut un moment mais finalement, Lyniam reprit la parole :
- Dumbledore est-il encore après lui ? demanda-t-il.
- Il le croit mort, assura le brun. Il n'en doute pas. Quand à moi, je suis sûr de ne pas avoir été tracé, marqué, suivis ou autre du genre et j'ai fait de mon mieux pour qu'il croit que j'ai été détruit dans l'une de ses tentatives de m'asservir. J'espère bien qu'il y croit mais même s'il n'y croit pas, de la à ce qu'il imagine ce qu'il s'est réellement passé…
- Impossible. Jamais personne n'aurait pu imaginer ça, remarqua Nevonne. Assurément, cela fait partie des miracles de la Magie unique en leur genre.
- Oui et tout ce que je suis ainsi que ma puissance me rend impossible à localiser si je ne le veux pas. Je n'ai laissé filtré ma présence en arrivant que pour que Nevonne m'identifie à ma magie. Cela n'a pas très bien fonctionné, s'amusa-t-il. Je suis là pour lui, dit-il plus sérieusement. Tout ce que je veux, c'est être avec lui et veiller à ce qu'il soit heureux et en sécurité désormais. Comme vous.
Tous se regardèrent, se disant qu'ils n'avaient pas trop le choix de toute façon. Ce personnage n'avait pas l'intention de partir et ils n'avaient pas le pouvoir de le forcer. Quand à Nathaniel, il semblait du même avis, accroché désespérément à lui. Ils se turent, réfléchissant et en voyant qu'ils avaient eu leur compte de réponse, le brun leva sa magie empêchant Nathaniel de les entendre et celui-ci sourit doucement, soupirant :
- Vous avez fini ? demanda-t-il doucement.
- Oui, répondit le brun.
- Carlisle ?
- Oui Nathaniel ?
- Il peut rester n'est-ce pas ? demanda-t-il l'air inquiet.
- Comme si je tolérerai qu'il en soit autrement, remarqua le nouveau venu.
- Bien sûr si c'est ce que tu veux, assura le médecin en l'ignorant.
Tous virent Nathaniel sourire largement, comme jamais on ne l'avait vu faire puis il retourna se cacher contre le brun.
- Comment doit-on vous appeler ? demanda Esmée.
L'autre eut l'air perplexe à cette question, réfléchissant un instant :
- Je ne me suis pas posé la question de mon nom, remarqua-t-il finalement. Comment veux-tu m'appeler Nathaniel ?
- Toi comment veux tu qu'on t'appelle ? questionna-t-il en retour.
- Hum. Pourquoi pas Evan ? sourit-il. Ce ne serait que justice et j'aime bien cette idée.
- Moi aussi, sourit-il avec une puissante émotion. Evan alors.
- Pourquoi Evan ? demanda Tanya curieuse.
- Evans était le nom de jeune fille de Lily, sa mère, expliqua Severus.
Tous comprirent alors ce que ce nom pouvait signifier pour eux. Ce fut sans surprise que l'on vit Evan et Nathaniel rester collé l'un à l'autre des heures durant ensuite, profondément heureux de se retrouver. Tous profitèrent de ce temps pour se faire à la nouvelle, réalisant un peu à retard à quel point cela était une bonne nouvelle pour Nathaniel qui retrouvait ce qui avait le plus compté pour lui dans la vie même si c'était de manière différente.
