Ce qui va suivre est un complément à la Flamme d'Erebor et à la fiche d'Illyrhïs. Ça faisait un moment que je souhaitais évoquer la rencontre de ses parents, sans estimer justifié d'en faire une histoire détaillée. Lisant la Bible, il m'a semblé que les psaumes (et autres prières, lamentations, louanges réparties dans les différents livres) adoptaient précisément la forme la plus pertinente pour ce que je voulais raconter sans m'y attarder. Je ne vais pas vous expliquer comment fonctionne la poésie hébraïque (dont on perd forcément une part des spécificités à la traduction) parce que vous allez rapidement, à la lecture du poème que je vous livre, comprendre ce qu'elle a de plus marquant dans sa structure. Certes, on aime ou on n'aime pas. Néanmoins, je suis absolument convaincue qu'aucun autre style n'aurait pu rendre meilleur hommage à ces deux personnages secondaires (tertiaires ?) et pourtant si importants, à leur brève mais intense relation.

Ode

Regardons-nous la lune,

En espérant qu'un autre,

Nous regarde de là-bas ?

L'étranger se tient,

Comme nous,

Entre les étoiles.

Il n'est qu'à l'aube et au crépuscule,

Que le soleil se laisse admirer.

Ou sous les brumes, voilé.

Ainsi la femme que tu n'as jamais vue,

Que tu n'oserais pas désirer,

Si elle t'apparaissait.

Tu l'aimes et brûles.

Tu l'aimes et gèles.

Misérable quand elle t'ignore.

Misérable quand elle te remarque.

Tu ne céderais ta misère à nul autre.

Dans son malheur,

Les fleurs se fanent.

Elle ne danse pas.

Ses larmes te déchirent le cœur,

Bien qu'elle se cache pour pleurer.

Et elle ne chante pas.

Misérable si tu ne peux la faire rire !

Misérable puisqu'elle est tout mais n'a rien.

Le sel a crevé sa chair.

La faim a violé ses courbes.

Elle a de la cendre dans la bouche,

Du sang sur les mains.

Qui a éteint le feu dans ses yeux ?

Elle ne voit que les coupes vides et les arbres morts,

Les toits effondrés et les bêtes malades,

Qu'un bouclier fendu ne défendra pas.

C'est la fin qu'elle regarde,

Qu'elle voit même dans le noir.

Lance-la dans les eaux vives !

Couronne-la de plantes sauvages !

Il y a de la vie !

Jette-la sur la terre grasse !

Couvre-la de lait et de miel !

Enivre-la car il y a de la vie !

Danse au bord de la falaise !

Elle dansera pour t'éviter la chute.

Chante sur les flots déchaînés !

Elle chantera pour t'attirer sur la rive.

Sans que tu comprennes sa langue,

Elle te dira que tu es fou.

Sans qu'elle comprenne la tienne,

Tu répondras qu'elle est belle.

Et ce moment n'aura jamais de fin.

Même après que tu aies appris les mots.

Même après que le temps l'ait rongée.

Quand les jardins d'éternité l'auront accueillie,

Quand le fruit qu'elle aura porté t'aura quitté,

Misérable, tu ne céderais ton deuil à nul autre.

Tu te souviendras que tu étais fou,

Et qu'elle était belle.

Tu fredonneras :

« Il n'est qu'à l'aube et au crépuscule,

Que le soleil se laisse admirer.

Ou sous les brumes, voilé.

L'étranger se tient,

Comme nous,

Entre les étoiles.

Regardons-nous la lune,

En espérant qu'un autre,

Nous regarde de là-bas ? »