Chapitre second :
Ambiance musicale : Harmageddon – Apocalyptica
« Les animaux sauvages ne tuent jamais par sport, l'Homme est la seule créature pour qui la torture et la mort de ses semblables est une distraction. » - James Anthony Froude.
« 250g de chocolat, 100g de far… Oubliette, une larme… le pommier a encore fleuri cette année… Sang-de-bourbe… Vient petit chat, minou… Bravo Miss Granger, 10 points pour Gryf… Maman, regarde, j'ai… Tu oses t'attaquer… Diffindo… GINNY ! »
Le souffle court, le flot erratique de ses pensées se calma enfin, laissant place à un mal de tête lancinant.
« Ginny, je dois… »
Elle ouvrit douloureusement les yeux et la panique s'empara de tout son être quand elle essaya de se redresser. Des liens, qui attachaient ses mains et ses pieds dans son dos, l'empêchaient de bouger et elle sentait sous elle un sol froid et humide. Combien de temps s'était écoulé depuis la bataille finale ? Qui l'avait amenée ici ? D'ailleurs où était ce « ici » ? Elle essayait de rassembler ses pensées quand un rire à glacer le sang fusa. Un coup dans l'estomac lui coupa la respiration avant même qu'elle ne puisse chercher autour d'elle la source de ce rire impitoyable. Sans parvenir à reprendre son souffle, un second coup la cueillit. D'une voix, rendue rauque par la peur et la suffocation, elle articula péniblement en reconnaissant son assaillante :
« - Bella…trix…
- Silence, traînée, intima la Mangemort, la gratifiant d'un nouveau coup de pied dans le thorax.
Faisant fi de la douleur, elle cligna plusieurs fois des yeux, chassant un peu sa vision floue. Elle scruta rapidement son environnement, espérant trouver une échappatoire : une pièce en pierre du sol au plafond, des colonnes imposantes… Le cachot Malefoy ! Dans un sursaut de mémoire, elle tourna brusquement sa tête vers le soupirail et hurla à pleins poumons :
- A L'AAAAAAIIIIIDE !
Un rictus se dessina sur les lèvres de la Mangemort :
- Glapis tant que tu veux, personne ne viendra !
Elle souleva son pied et l'écrasa violemment sur le visage d'Hermione, lui cassant le nez au passage. Du sang gicla jusque sur sa bottine et, le visage déformé par le dégoût, elle enfonça de force sa chaussure dans la bouche de sa victime, manquant de peu de lui casser plusieurs dents.
- Tu oses me souiller avec ton sang ?! Lave !
Le sang épais dans son nez et la chaussure au fond de sa gorge l'étouffaient. Au bord de l'évanouissement, son corps tentait vainement de chercher l'air qui lui manquait et, dans un ultime élan de survie, son estomac vida sang, glaires et bile sur Bellatrix. Répugnée, elle leva sa baguette :
- Endoloris ! »
Le supplice était tel, qu'Hermione cria à s'en rompre les cordes vocales. L'écho de sa voix se fracassa contre la pierre de la prison, résonnant sinistrement dans tout le manoir. Quand le silence enfin retomba, Hermione gisait au sol, inconsciente.
XXXXX
Hermione reprit connaissance dans l'obscurité totale. Regardant à travers les barreaux du soupirail, elle ne vit qu'un ciel noir sans étoile ; la nuit était tombée. Son corps meurtri, étendu sur la dalle glacée de la cellule, tremblait de froid, de douleur… de peur. Elle sursauta en entendant le cliquetis de la grille et le chuchotis d'une voix qu'elle ne connaissait pas :
« Lumos.
Un homme assez grand et mince entra, éclairé par la seule lueur au bout de sa baguette. Son visage était en grande partie caché par la capuche d'une longue cape anthracite.
- Qui… Qui êtes-vous ? Balbutia Hermione, la bouche sèche.
- Chhhut.
Desserrant ses liens, il aida la jeune femme à s'asseoir. Puis, fouillant ses poches, il en sortit une petite coupelle qu'il posa par terre et murmura :
- Aguamenti. »
Elle hésita quand il approcha la coupe de sa bouche. Observant les yeux émeraude de l'inconnu, elle finit par boire plusieurs longues gorgées, ne décelant aucune mauvaise intention. Sa soif étanchée, elle prit le temps de le détailler plus longuement. Quelques boucles brunes, s'échappant de sa capuche, retombait négligemment sur sa mâchoire carré. De légères taches de rousseurs faisaient ressortir son teint pâle. Elle croisa son regard, et l'homme fut parcouru de quelques frissons. Il rangea à la hâte la coupelle, se redressa d'un bond et sortit précipitamment de la pièce en prenant soin, tout de même, de la reverrouiller.
XXXXX
Le jour pointait à peine et quelques timides rayons de soleil parvenaient jusqu'à Hermione. Restée éveillée toute la nuit à réfléchir, elle savait qu'elle devait sortir de là au plus vite. Se concentrant sur l'inconnu de la veille, elle nourrissait l'espoir qu'il puisse l'aider à s'échapper. D'ici là, elle devait survivre. Perdue dans sa réflexion, elle n'entendit pas la grille s'ouvrir.
Bellatrix lança d'un air mauvais :
« Réveillée la traînée ? Bien dormi ?
Incapable de répondre, Hermione frémit de tout son être.
- Oh… Voyez-vous ça… Elle a peur la sang-de-bourbe. Donnons raison à ta peur ! Krépia !
Une minuscule elfe de maison apparut dans un crac sonore.
- Oui, maîtresse.
- Déshabille notre… invitée.
L'elfe s'inclina, obéissante.
- Tout de suite, maîtresse.
Hermione, paniquée, tenta de reculer avant de se heurter contre l'une des colonnes.
- Je vous en prie, non, laissez-moi partir…
Ce spectacle amusait tellement Lestrange qu'elle en riait à gorge déployée. Krépia claqua des doigts et tous les vêtements de la sorcière se déchiquetèrent, la laissant complètement nue, des lambeaux de tissus tout autour d'elle. La jeune femme apeurée s'adressa à l'elfe.
- Kré… Krépia, c'est ça ? Aidez-moi je vous en prie. Je vous libérerai, je vous le pro…
- Endoloris ! Je t'interdis de lui parler sang-de-bourbe !
L'elfe de maison avait regardé la jeune sorcière, choquée par sa politesse. Elle avait entendu parler d'Hermione Granger, bien sûr. C'était elle, la sorcière qui avait tenté de libérer les elfes de Poudlard. Mais jusqu'à aujourd'hui, elle croyait que ce n'était que mensonge.
- Krépia ! Sors d'ici !
Hoquetant de surprise, l'elfe s'inclina et disparut dans un nouveau craquement.
- A nous deux… Levicorpus… »
Pendue la tête en bas, Hermione vit apparaître un fouet au bout de la baguette de son bourreau. En sachant ce qui l'attendait, elle se fit le serment de tout faire pour ne pas lui donner satisfaction. Elle ferma les yeux et imagina ses parents :
« Quelle heure il est là-bas ? Est-ce qu'ils sont en train de dîner ?... Connaissant papa, je suis sûre qu'il a déjà photographié toute l'Australie au moins deux fois. Maman en a surement eu marre et a fini par rester sur une plage pour lire un bon livre.»
Elle sentit le premier coup de fouet mordre la peau de ses cuisses mais resta de marbre, accrochée à l'image de ses parents heureux et insouciants.
« Aaaaaah… Elle veut jouer, la misérable sang-de-bourbe ?... Très bien !
Brique après brique, Hermione se construisait une prison mentale, échappant à la réalité, alors que Bellatrix lui assénait une série de coups de fouet. Ainsi murée dans sa tête, elle s'ancrait avec force aux images qui défilaient : la première fois que ses parents sont allés sur le Chemin de Traverse, eux devant une tasse de thé fumante assis dans leur canapé confortable, sa maman qui lui lisait les fabuleuses aventures de Bilbon, son papa l'emmenant en promenade en vélo, assise sur le guidon attrapant des feuilles au vol…
Sans crier gare, Lestrange détacha les liens de sa captive.
- Crois-moi, tu vas hurler, vilaine truie ! »
Son dos, resté intacte jusqu'alors, se retrouva exposé au fouet. Hermione endura les assauts incessants sans sourciller un seul instant. Navigant aux confins de son esprit, elle ne laissa aucun son sortir de sa bouche alors que son bourreau s'acharnait à lacérer sa chair jusqu'aux os. Elle parvenait, Merlin savait comment, à s'agripper à chaque petit souvenir joyeux, laissant le courage et la volonté prendre le pas sur la peur et la souffrance.
Ce ne fut qu'après une interminable torture que Bellatrix se désintéressa de son jouet. D'un coup las de baguette magique, elle libéra la sorcière qui s'écrasa, telle une poupée de chiffon, dans son propre sang. Lestrange sortit de la cellule sans même un regard dédaigneux en arrière et referma la grille.
XXXXX
Hermione resta étendue sur le sol, semi consciente, pendant trois jours entiers. Amoché, son corps était faible, presque incapable de bouger. Les plaies les plus profondes, à la limite de l'infection, saignaient encore. Pourtant, jamais son esprit n'avait été aussi éclairé, aussi alerte. Elle cherchait n'importe quelle solution, n'importe quel moyen pour sortit d'ici. Elle était prête à tout risquer pour s'enfuir de cet enfer. Une lumière jaillit dans son cerveau en même temps que celle au bout de la baguette de l'inconnu.
Elle le fixa et murmura pour que seul l'homme l'entende :
« Je vous donnerai tout ce que vous voulez si vous me sortez d'ici.
Il l'observa, silencieux, se retenant de lui dire quelque chose. Les yeux embués de larmes, Hermione poursuivit, la voix chevrotante.
- Je vous en prie… Je ne veux pas mourir ici.
En lisant la peur sur son visage, il se rapprocha d'elle doucement, lentement, oubliant qu'il tenait encore à la main sa baguette. Il tressaillit d'horreur en découvrant le corps mutilé de la jeune femme.
- Accio baume de pâquerettes.
- …
- Pour soulager un peu les plaies, expliqua-t-il à peine audible.
Tel une vieille radio, sa voix résonnait de façon métallique dans le cachot. Hermione comprit : la personne face à elle tenait à cacher son identité. Modifier son apparence n'était déjà pas chose aisée, mais changer sa voix… Un véritable coup de maître en métamorphose ! Elle se demanda si l'inconnu était lui aussi retenu contre son gré d'une façon ou d'une autre. Peut-être pourraient-ils s'entraider ? Elle allait lui proposer quand le baume passa la grille.
L'homme avait déjà ouvert le flacon et commençait à en appliquer dans son dos. Elle grimaça en sentant ses doigts froids sur sa chair à vif mais la pommade agissant vite, la douleur ne dura pas. Si les hémorragies étaient enfin maîtrisées, les entailles ne cicatrisaient pas complètement. Elle ne guérirait pas aussi vite qu'avec un sort, mais au moins, cela n'éveillerait aucun soupçon.
Lui laissant le baume à disposition pour qu'elle puisse soigner son ventre et ses cuisses, il en profita pour sortir de sa cape le bol et un grand bocal en verre. Il le remplit d'un Incendio et le posa près de la jeune femme. Une douce chaleur réconfortante l'envahit paisiblement, la faisant frissonner.
- Merci. »
En décrochant la flasque à sa ceinture, il esquissa un sourire et versa le liquide encore fumant dans le bol. Hermione reconnut aussitôt l'odeur d'un bouillon de légumes et, en attrapant le bol, aperçut même quelques légumes flotter à la surface. Elle ne se fit pas prier et avala en quelques gorgées le bouillon. Retrouvant quelques forces, elle aurait voulu convaincre l'inconnu, débattre pendant des heures, s'il le fallait, du bien-fondé d'une entraide pour se sauver d'ici, le supplier même, mais une fatigue soudaine s'empara d'elle. Exténuée, elle s'allongea sur la pierre, ses paupières de plus en plus lourdes. La dernière image qu'elle emporta en sombrant était la magnifique flamme posée dans son bocal et deux yeux gris la contemplant.
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« Bouh !
Hermione sursauta en voyant le visage de Bellatrix à quelques centimètres à peine du sien.
- Bien dormi ?
Hermione se souvint de respirer à mesure que sa mémoire lui revenait : le manoir, Bellatrix, l'inconnu… Malgré l'inconfort, elle avait dormi d'une traite ; elle était persuadée que l'homme à la cape anthracite avait versé dans son bouillon une potion de sommeil sans rêve. Si ses plaies la faisaient encore souffrir, son cerveau, lui, fonctionnait à la perfection. Et puisqu'aucune aide ne viendrait de l'extérieur, elle comprit rapidement que la moindre erreur de la Mangemort pouvait jouer en sa faveur. Elle s'arma de tout son courage, se redressa en se retenant de grimacer de douleur et se para de son sourire le plus convaincant :
- Très bien merci. Pourrais-je avoir du thé avec mes tartines ?
- Qu'est-ce…
- A moins que tu préfères passer directement à la torture ?
Les yeux écarquillés, Lestrange recula de quelques pas. Clouer le bec à Bellatrix n'était pas donné au premier venu. Hermione savoura cette petite victoire et décida même d'en rajouter. Après tout, que risquait-elle de plus ? Mourir ?
- Décide-toi rapidement, je n'ai pas que ça à faire !
- Comment oses-tu ? Sale sang-de-bourbe ! Je vais…
- Quoi ? la coupa Hermione. Me torturer ? Me tuer ? Et bien vas-y, vieille Mangemort décrépie !
Un sourire mauvais défigura le visage de Bellatrix.
- Te tuer ? Nooon…
- Trouillarde !
L'espace d'une demi-seconde, Hermione se questionna tout de même sur son état mental. Etait-elle réellement en train de provoquer l'une des plus célèbres Mangemorts ? La défiait-elle vraiment de la tuer ? Elle n'eut pas le temps de s'inquiéter davantage qu'un Endoloris cuisant l'arracha de ses pensées.
- Je vais te briser.
Une fois encore, Hermione se mura dans son esprit, plongeant dans ses souvenirs heureux.
- Endoloris !
Sa mère et son père la regardait en souriant alors qu'elle prenait à nouveau de plein fouet le sortilège.
- Je vais te faire regretter ta naissance.
C'était des centaines et des centaines d'aiguilles qui fouillaient sa peau, s'acharnaient sur ses nerfs. Pourtant aucun cri ne sortit de sa bouche. Bellatrix reprit son souffle avant de proférer.
- Oh… Elle essaye de résister. Je… Vais… Te… Massacrer !
Elle appuya chaque syllabe de sa phrase de coups de pieds faisant voir chandelles et étoiles à Hermione. Dans son esprit, le sourire de ses parents se tordit dans un rictus effrayant.
- ENDOLORIS !
Le corps prit de soubresauts, la jeune sorcière lutta pour ne pas céder, pour ne pas hurler.
- Tu ne sortiras jamais d'ici ! Tu m'entends sang-de-bourbe ? Jamais.
Le rire dément de Bellatrix résonna dans sa tête, il était partout et nulle part à la fois. Quand le sortilège la frappa une fois de plus, l'image de ses parents se déforma, devenant de plus en plus flou. C'était trop… Cette agonie sans fin était bien plus qu'elle ne pouvait supporter. La Mangemort s'approcha du visage d'Hermione et se régala de sa souffrance.
- Où est ton sourire ? Tu n'es rien. TU M'ENTENDS ?! RIEN ! Tu m'appartiens… Je fais de toi ce que je veux !
Derrière ses yeux, l'image de ses parents se craquela, se démantela et plus rien ne pouvait faire barrage à sa longue descente en enfer. Son hurlement se brisa sur les pierres de sa prison : la lumière dans son regard s'était éteinte, sa volonté et son courage étaient morts. Bellatrix, tel un chien enragé, continuait sa torture, encore et encore, inlassablement. Pendant des dizaines de minutes, elle se délecta des cris de sa prisonnière, ne lui laissant que quelques secondes à peine de répit avant de recommencer.
A l'extérieur, les autres Mangemorts entendaient Hermione hurler à s'en déchirer les cordes vocales. Quand subitement le silence se fit, la tension monta d'un cran, l'air devint lourd, presque irrespirable.
Dans le cachot, Bellatrix s'approcha une dernière fois d'Hermione, recroquevillée par terre, gémissant à peine. Elle l'empoigna par les cheveux et lui susurra au creux de l'oreille.
- Tu vois, sang-de-bourbe, je ne t'ai pas tué. Nous avons des projets bien plus grands pour tous ceux de ton espèce.
Et elle lui fracassa le nez contre le sol avant de sortir en refermant la grille derrière elle.
Dans la cour, tous attendaient. Lucius Malefoy s'avança vers sa belle-sœur et, de son air éternellement hautain, lui demanda :
- Est-elle… ?
- Morte ? Termina-t-elle pour lui. Non… Mais je ne peux pas dire qu'elle soit vraiment encore en vie ! »
Elle traversa la cour en riant à gorge déployée, retournant vaquer à ses autres occupations.
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« Lumos…
L'inconnu s'approcha d'Hermione et sortit de sa cape, bol et bocal en verre, comme la fois précédente. Il lui tendit le bouillon de légumes. Ne la voyant pas réagir, il insista :
- Prenez, mangez pendant que c'est chaud.
Elle ne le regardait même pas. Son regard était perdu quelque part entre elle et le mur, fixé sur un point invisible qu'elle seule voyait. Pensant qu'elle avait froid, il invoqua une flamme dans le bocal, éclairant la cellule d'une douce lueur. Mais ce qu'il vit alors l'horrifia.
Rien. Plus rien ne passait dans les yeux de la jeune femme. Le néant avait remplacé la vivacité de la sorcière. C'était à peine si elle respirait. L'homme à la cape anthracite la prit par les épaules et la secoua légèrement pour la réveiller.
- Non, non, non… Pas maintenant. Tenez bon encore un peu…
Elle tourna la tête vers le soupirail, son esprit était déjà mort. Il n'y avait plus que son corps qui la retenait ici. Alors lentement, imperceptiblement, elle articula d'une voix faible :
- Achevez-moi. De grâce… Tuez-moi.
L'inconnu, secoué par un sanglot, la secoua peu plus fort.
- Pas toi… Je t'en prie… Tiens bon… Si même toi, tu… »
Des bruits de pas résonnèrent au-dessus d'eux et l'homme fit disparaître d'un coup de baguette le bouillon. Le bol. La flamme. Le bocal. Avant de disparaître lui-même sans un regard en arrière.
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Bellatrix passa la grille, faussement perdue dans ses réflexions.
« Que vais-je te faire aujourd'hui… ? Mmh… Que vais-je te faire ?... Ah ! Je sais. Endoloris.
Hermione ne bougea pas, le regard perdu au loin, le visage tourné vers l'extérieur, elle cligna tout juste des paupières. La Mangemort articula plus fort, sentant la rage monter en elle :
- En-Do-Lo-Ris !
Mais là encore, aucun cri, aucune réaction… Rien.
- Aaah, je vois. Elle veut faire la courageuse la ''Gry-ffon-dor''? Très bien. Voyons jusqu'à quel point !
Elle agrippa les cheveux d'Hermione et la traina de force dans les escaliers, lui faisant traverser tout le manoir jusqu'à la cour. Elle la jeta sans ménagement dans les graviers où elle s'écrasa dans un crissement.
- Krépia !
La minuscule elfe apparut aussitôt et s'inclina devant sa maîtresse.
- Un tisonnier ! »
A peine avait-elle finit sa phrase que déjà l'elfe de maison était revenue avec l'objet en question. Krépia le tendit à sa maîtresse en s'inclinant.
Si la plupart des Mangemorts se regroupaient autour des deux femmes en quête du spectacle à venir, d'autres suivaient simplement le troupeau de peur d'être la prochaine cible.
Hermione n'essaya même pas de cacher son corps, amas de plaies à vifs et de chairs mutilées. Elle ne se souciait même plus de son bourreau ou du sort qu'elle lui réservait. Elle voulait juste mourir, que tout s'arrête enfin. Fixant les graviers de l'allée, elle ne vit pas Lestrange chauffer à blanc le tisonnier, ne sentit pas la tige en métal carboniser son dos. Des rires apparurent sur le visage de certains, alors que d'autres se couvraient le nez, ne pouvant supporter l'odeur de la peau calcinée.
«Ça y est… Je vais mourir…»
Etrangement, elle se sentait en paix. L'idée d'enfin mourir lui apportait une sérénité qu'elle n'avait pas ressentie depuis des années. Un sourire timide illumina tristement son visage blême. Elle releva la tête et accrocha son regard à l'horizon. Elle ne ressentait plus ni la douleur, ni la peine, pas même les quelques rayons du soleil se levant. Le monde autour d'elle n'existait déjà plus alors même que Bellatrix continuait de s'acharner sur elle, ravageant le peu d'épiderme encore indemne. Son objectif était simple : faire disparaître jusqu'au dernier centimètre carré de peau de celle qui avait ruiné leurs vies, leur réputation, leur honneur.
A bout de force, Hermione ferma les yeux pour la dernière fois, laissant ce simulacre de vie la quitter.
Personne n'entendit le craquement caractéristique d'un transplanage, jusqu'à ce qu'une voix s'élève :
« Le ministère ! cria la voix avant de disparaître comme elle était venue.
L'espace d'un instant, le temps figea sa course pour tout le monde. Le silence régnait. Un vent de panique grondait dans la cour du manoir Malefoy. Lucius et Bellatrix échangèrent un regard. Comme ayant reçu une décharge électrique, il aboya ses ordres :
- Vous trois à la grille, retenez le ministère…
- D'accord…
- En douceur, ajouta-t-il. Nous ne voulons pas attirer les soupçons plus que nécessaire. Bellatrix et vous cinq, emmenez-la au Repaire sans tarder.
Tous s'exécutèrent sans broncher. Un Mangemort attrapa Hermione et transplana, Bellatrix en tête, suivit de quatre autres hommes. Ceux qui n'avaient reçu aucune instruction estimèrent que c'était le bon moment pour prendre la fuite. Lucius s'approcha de son fils et de sa femme.
- Drago, Emmènes ta mèr…
- Malefoy ! l'interrompit une voix puissante à l'autre bout de la cour.
En se retournant, Lucius découvrit Kingsley Shacklebolt, accompagné par un grand nombre d'Aurors et de sorciers du Magenmagot. Le maléfice Antitransplanage fut lancé, empêchant ainsi quiconque de s'échapper. Le temps que Kingsley ne soit à sa hauteur, Lucius retrouva prestance et contenance.
- Que me vaut le plai…
- Où est-elle ?
-… sir, termina Lucius de sa voix faussement mielleuse. Qui donc ?
Kingsley leva sa baguette.
- Je ne le répèterai pas. Où est Hermione Granger ?
- Je ne sais même pas qui c'est !
- Je n'ai pas le temps pour votre manège de serpent !
Shacklebolt saisit le Mangemort par le col et, le menaçant, il pointa sa baguette à quelques centimètres de son visage.
Le jeune Malefoy, jusqu'alors silencieux, s'avança d'un pas et cria plus fort qu'il ne le pensait.
- Au repaire !
Aurors et Mangemorts tournèrent leurs regards surpris vers lui. Maintenant qu'il avait commencé, il poursuivit sans leur prêter attention.
- Bellatrix et au moins cinq Mangemorts l'ont emmené au Repaire. Faites vite, elle va mourir.
Sa voix s'était fait plus rauque, plus pressante. Kinglsey ne savait pas encore si c'était par peur pour elle ou par peur pour son père.
- Le Repaire ? Où est-ce ?
Si Lucius restait silencieux, ne quittant pas son fils du regard entre colère et incompréhension, Kinglsey, lui n'avait pas la patience d'attendre éternellement une réponse.
- Croyez-moi, vous allez parler.
Aidez par deux de ses collègues, l'Auror sortit une fiole de sa poche et, sans ménagement, vida le contenu dans la bouche du Mangemort. D'une poigne ferme, ils l'empêchaient de respirer tant qu'il n'aurait pas avalé le liquide douteux. Il n'eut donc d'autre choix que de déglutir pour pouvoir reprendre son souffle.
Kingsley poursuivit son interrogatoire sans plus attendre :
- Alors ? Où est ce Repaire dont votre fils a parlé ?
Lucius se mordit la langue, luttant contre le Veritaserum.
- Rrrhaa, Hackney… Road…
- Où ?! Le secoua l'Auror pour l'obliger à parler.
- Mpfh… La… Boutique Chaaarmes… et… Envoutements. Céda-t-il enfin. Derrière le tableau de la jeune fille.
- Le mot de passe ?
- Grrh…
Kingsley martela chaque syllabe en serrant un peu le cou du Mangemort entre ses doigts.
- Le. Mot. De. Passe !
Narcissa bondit vers son mari mais son fils la retint par le bras. Elle leva les mains en signe de reddition et murmura simplement :
- Pura Sanguine.
- Charmant, ne put s'empêcher de constater Kingsley. Enfermez les tous jusqu'à mon retour. Tiberius et son équipe, avec moi. Toi, retourne au ministère et demande des renforts à la boutique ''Charmes et Envoutements''. »
XXXXX
« Voici le plan, expliqua Kingsley. L'objectif principal : Récupérer et mener Miss Granger à Sainte Mangouste. Une équipe de médicomages est déjà au courant de son arrivée et prépare en ce moment même tous les soins possibles pour elle. Tiberius, toi, ton équipe et moi, on entre dans la boutique. Sophrane, tu te charges d'arrêter le gérant. Tiberius et Akley, vous emmènerez Miss Granger sans délais à Sainte Mangouste dès sa libération. Attention en transplanant, elle est blessée, n'aggravez pas sa situation déjà précaire. Akley, tu connais quelques sorts de soins, ça va être le moment de les utiliser.
Kingsley marqua une courte pause pour vérifier que tout le monde suivait attentivement avant de poursuivre :
- Le reste de l'équipe de Tiberius ainsi que Wood, Ndiya, Lowen et Fangor, vous neutralisez les mangemorts présents. Je me charge de Bellatrix. Quant aux autres, répartissez-vous en deux groupes : trois Aurors avec deux membres du Magenmagot. Il y a une porte, soit disant condamnée, qui donne côté Moldus, je veux une équipe discrète de ce côté. L'autre équipe devant l'entrée principale. Toute personne qui sort de cette boutique doit être arrêtée et conduite au département de la Justice Magique. Tout le monde sait ce qu'il doit faire ? Termina-t-il en s'assurant que toutes les équipes étaient formées. Alors on y va, on n'a pas le droit à l'erreur.
Kingsley, en tête de son équipe, entra dans la boutique. Un tintement retentit lorsque la bélière frappa la clochette du magasin, avertissant le gérant de l'entrée de nouveaux clients :
- Bienvenue à Charmes et Envoute…
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que Sophrane l'immobilisa d'un coup de baguette magique. Kingsley se dirigea au fond de la boutique, aucun client en vue. Il trouva le tableau de la jeune fille : assise sur une chaise, elle n'accorda aucune attention aux nouveaux arrivants et continua de brosser son interminable chevelure cuivrée.
- Pura Sanguine.
Sans même un regard, elle libéra le passage et le tableau s'ouvrit sur un couloir étroit en pierres ocres au bout duquel descendait un escalier.
A pas de velours, ils empruntèrent la dizaine de marches pour se retrouver dans une pièce carrée éclairée par quatre braséros sculptés. Ils découvrirent les Mangemorts et Bellatrix marmonnant une formule incompréhensible au-dessus d'une Hermione inerte et sanglée à une table.
Sans avoir le temps de réagir, trois des Mangemorts se retrouvèrent immobilisés. Kingsley se jeta sur Bellatrix, ne lui laissant que l'opportunité de lancer un Protego de dernière minute. Un des Mangemorts proféra un Avada Kedavra dans sa direction, il contra le sort et envoya le Mangemort s'assommer contre un braséro. N'ayant pas quitté Bellatrix des yeux, il tenta de la désarmer à nouveau. C'était un combat à sept contre deux qui commença. Rapidement le dernier Mangemort s'effondra au sol, victime d'un Petrificus Totalus.
Il ne restait alors que Bellatrix. Aucun signe de peur n'apparaissait sur son visage, seul un profond dégoût pour les sorciers qui l'entouraient transparaissait :
- Vous pourriez m'offrir un verre avant de m'inviter à danser ! N'approchez pas ou je la tue.
- Je ne crois pas Lestrange, c'est terminé… MAINTENANT !
Sept sorciers parfaitement coordonnés lancèrent le même sort. Sept éclairs rouges sortirent en même temps des sept baguettes. Bellatrix, complètement impuissante, prit de plein fouet sept puissant Expelliarmus. Le choc fut tel que Bellatrix fut projeté jusqu'au plafond avant de retomber lourdement sur le sol, paralysée. Ils ne prirent pas une seconde pour souffler, ils savaient tous ce qu'ils devaient faire. Kingsley aboya quelques ordres avant de se tourner vers son collègue :
- Conduisez cette horreur et ses acolytes directement à Azkaban ! Akley, comment va Miss Granger ?
- C'est pire que tout ce qu'on pouvait imaginer. A première vue, elle a de profondes brulures et de longues entailles semblables à des coups de fouet sur une grande partie du corps. Connaissant la personne qui lui a infligé ça, elle a sans doute subit aussi plusieurs Endoloris. Et elle a un symbole étrange sur la hanche.
- Donnez-lui les premiers soins et filez à l'hôpital.
L'Auror leva sa baguette et une lueur bleue en sortit. Un hurlement terrifiant s'échappa de la bouche d'Hermione :
- Vous avez fait quoi ? Vociféra Kingsley en accourant près de la table.
- Vulnera Sanentur, j'espérais stopper les hémorragies.
Hermione se tordait de douleur, les yeux révulsés.
- Miss Granger, votre cauchemar est terminé. Nous allons vous sortir de là.
Un dernier cri déchira le silence et Hermione se mit à convulser violemment sur la table.
- Vite, mettez-la sur le côté ! Doucement ! Nous allons vous transporter à Sainte Mangouste. Lestrange est en ce moment même enfermée à Azkaban et, croyez-moi, elle n'en sortira plus jamais.
Semblant entendre les paroles douces de l'Auror, Hermione commença à se calmer. Les yeux mi-clos, elle eut juste assez de force pour soupirer. Elle grelotait, le froid de la mort possédait encore tout son être. Kingsley ôta sa cape pour recouvrir la jeune femme et approcha l'un des braseros :
- Il faut la conduire d'urgence auprès des médicomages mais transplaner avec elle dans cet état risquerait de la tuer. J'ai peur qu'elle ne tienne pas une heure de plus. Tiberius, à combien sommes-nous de Sainte Mangouste ?
- Comment ? A pied ? Je dirais 40 minutes. 30 minutes si on se dépêche.
-Très bien. On y va tous les trois. » Lança Kingsley sous le regard inquiet de ses coéquipiers.
L'Auror joignant le geste à la parole, lança un sortilège de Désillusion sur Hermione. Mais au lieu de devenir invisible, elle se remit à hurler de douleur. Kingsley remarqua alors que le symbole sur sa hanche brillait d'une étrange lueur. Il arrêta son geste comprenant que, pour une raison qui lui échappait, les sortilèges lui provoquaient une douleur insoutenable.
- On va devoir la porter jusqu'à Sainte Mangouste. Finit par dire Kingsley. Nous n'avons pas le choix.
Kingsley souleva délicatement la jeune femme, s'assurant que sa cape la recouvrait entièrement. Il prit la direction de la sortie, suivit par Tiberius et Akley.
Chaque minute comptait, et, sans aucune explication supplémentaire, il fonça droit en direction de Sainte Mangouste. Les sorciers encore présents décidèrent d'eux même de suivre Kingsley, jetant sur leur passage des Oubliette à tour de bras. Tous se relayaient pour porter la jeune femme jusqu'à sa destination, espérant, priant pour qu'il ne soit pas trop tard. Au bout de ce qui semblait être une éternité, ils aperçurent enfin l'hôpital. Kingsley s'apprêtait à parler au mannequin de la vitrine quand une médicomage en blouse blanche courut à sa rencontre :
- Pourquoi ne pas avoir transplané ? S'insurgea-t-elle.
- On a essayé, les sortilèges la font souffrir et ont manqué de la tuer quand on a voulu lui prodiguer les premiers soins. Nous n'avions pas le choix.
Abasourdie par cette nouvelle, la médicomage ausculta rapidement la jeune femme et leur indiqua le quatrième étage. Au bout de ce dernier effort pour sauver Hermione, elle fut déposée en douceur dans un lit disponible. Kingsley s'approcha d'Hermione :
- Bonne chance Miss Granger. Revenez-nous en vie. »
Et ils quittèrent tous la pièce, laissant les médicomages prendre le relais.
