Chapitre Quatrième :
« Une personne digne de confiance n'est pas une personne discrète ou attentionnée, mais une personne avec laquelle vous avez vécu des épreuves. » - Adrien Verschaere.
Réveillé par la porte de sa colocataire, Drago jeta un œil au réveil sur sa table de chevet :
« 14h… Mmmh… J'ai le temps » Grommela-t-il.
Ne trouvant pas le sommeil, il sortit de son lit. Il décida de s'installer dans son canapé pour lire un moment avant de sortir.
En fin d'après-midi, il entendit des pas traîner sur le parquet du couloir. Après deux semaines de cohabitation, il allait enfin rencontrer sa colocataire. Il connaissait son nom et son goût prononcé pour la lecture et le thé. Pourtant, il redoutait ce moment. Personne ne voulait être en colocation avec Drago Malefoy. Le précédent colocataire avait littéralement prit la fuite en voyant qui occupait l'appartement 7.
« En même temps, pensa-t-il, qui voudrait vivre avec un Mangemort ? »
Il soupira, et se leva en entendant les pas franchir la porte du couloir. Il était prêt, autant que faire se peut, à une conversation dont il connaissait déjà le dénouement.
Redressant la tête, il découvrit Hermione Granger, en pyjama, dans sa cuisine. Une vague de panique l'envahit, il ferma les yeux, persuadé d'avoir halluciné. Incapable de bouger, de respirer, de parler même, il resta planté là, devant le canapé, pensant devenir fou.
« Pfff… Range jamais rien ! » Râla Hermione.
Son cœur s'arrêta net.
« Je suis pas fou ? Elle est vraiment là ? »
Comme s'il avait pris une gifle en plein visage, tout son corps trembla.
« Pourquoi elle est là ? »
Sa respiration, rapide et saccadée, embrouillait son esprit.
« C'est le ministère qui l'env… Non c'est pas logique. »
Les battements affolés dans sa poitrine écrasaient sa cage thoracique.
« Pourquoi elle est là ?! Je comprends pas ! »
Ses yeux le brulaient, il ne parvenait pas à réfléchir.
« Je dois m'en aller… Vite !... Par la grand-mère de Merlin, pourquoi je bouge pas ? Réagis pauvre crétin ! »
Hermione leva les yeux vers lui.
« Trop tard ! »
« Male…Foy ? » Bégaya-t-elle.
Immédiatement, Hermione leva la bouilloire dans sa direction, comme s'il s'agissait d'un bouclier, renversant son contenu sur la table et par terre. Cela aurait pu amuser Drago s'il n'avait pas vu la terreur dans le regard d'Hermione.
Malgré lui, il leva les mains en l'air. Réellement apeurée, elle le menaça avec la bouilloire.
« Je ne te veux aucun mal. » Articula péniblement Drago. Joignant le geste à la parole, il attrapa sa baguette magique sur le canapé et la jeta sur la table.
Hermione le regarda faire, troublée par la surprenante empathie de Drago. Elle respira profondément, chassant du mieux qu'elle put sa peur.
« Pourquoi tu es ici ? Demanda Drago le premier.
- Ça ne te regarde pas ! Lança Hermione. Et toi, qu'est-ce que tu fais là ?
- J'habite ici, si tu veux tout savoir.
- Impossible… Chuchota-t-elle. Tu peux pas habiter ici ! Je veux dire, je peux pas habiter avec toi !
- Qu'est-ce que tu racontes, Granger ? Tu t'es cognée la tête ? Lança Drago, préférant l'ironie à la panique.
- Oh et bien il se trouve, Malefoy, que moi j'habite ici. Il est donc impossible que tu y vives aussi ! Je veux dire, je le saurais si mon colocataire était Drago Malefoy. » Ria-t-elle nerveusement.
Drago fronça les sourcils un moment.
- Par Merlin ! Michelle Fairley, c'est toi ?! Dit-il en écarquillant les yeux.
- Je… oui… Comment tu le sais ? Répondit-elle, rouge comme une pivoine.
- Tu… es… ma colocataire ?
- Quoi ?! »
Ils se regardèrent un moment en silence, prenant chacun conscience que depuis le début, ils vivaient sous le même toit sans le savoir. Hermione posa la bouilloire sur la table et frissonna, mais elle ne sut pas si c'était le froid, la fatigue ou la peur. Voyant cela, Drago attrapa quelques buches posées derrière le canapé et les posa dans la cheminée, ravivant le feu. Il allait prendre un des tisonniers pour retourner les braises quand l'image de Bellatrix refit surface.
Il se redressa d'un bond, faisant sursauter Hermione perdue dans ses pensées. Il attrapa tout le serviteur de cheminée et se dirigea vers Hermione. Cette dernière s'était levée et avait de nouveau attrapé la théière, prête à l'abattre sur le crane de Drago. Elle n'eut pas le temps de réagir qu'il avait déjà ouvert la fenêtre et jeté tisonniers, brosses et autres outils par-dessus bord.
« Tu… Tu ne comptes vraiment pas me faire de mal ? Demanda-t-elle en relevant la tête.
- Si j'avais voulu te faire du mal, c'est pas avec ça que tu aurais pu m'arrêter. » Dit-il en pointant la bouilloire du doigt.
Elle regarda l'objet en question en rougissant et la posa sur la gazinière.
« Je vais partir. C'est m…
- Non. La coupa Drago. Enfin, je veux dire… Tu fais ce que tu veux.
- De toute façon, je ne comptais pas rester ici indéfiniment. Je… J'ai… Hésita-t-elle. Après ce que Bellat… Enfin, après ce qu'il m'est arrivé, je ne peux plus utiliser la magie… Venir ici était une mauvaise idée, dès le départ. » Sentant ses forces l'abandonner, elle tira une chaise pour s'asseoir.
« Cette folle mériterait de mourir. » pensa Drago à voix haute en s'asseyant à l'autre bout de la table.
Prenant conscience de sa propre voix, il leva la tête vers Hermione :
« Pardon… Je ne veux pas… J'aurais pu… J'aurais dû ! »
Le cerveau en ébullition, il ne parvenait plus à trouver ses mots. Il se leva précipitamment et marcha en direction de l'entrée.
« Je dois prendre l'air. » Lança-t-il en claquant la porte.
XXXXX
Arrivé dans la rue le souffle court, Drago dut prendre appui sur le mur pour éviter la crise de panique.
« Mais qu'est ce qui se passe ? Je comprends rien ! »
Il n'arrivait plus à être logique. Tout se mélangeait dans sa tête : Hermione, Bellatrix, le manoir, sa cuisine, Poudlard… Plus rien ne trouvait de sens. Malgré lui, ses pieds s'étaient mis en marche.
« Je peux pas rester dans cet appartement… »
Perdu dans son esprit, il continuait d'avancer sans même s'en rendre compte.
« J'ai pas le droit de rester là… Pas avec elle. AH ! BORDEL ! » Il avait hurlé au beau milieu d'une rue passante, faisant sursauter et se retourner sur lui plusieurs personnes.
Drago marcha dans Londres sans regarder où il allait. Laissant ses pieds décider de la direction à prendre pendant près d'une demi-heure, il s'arrêta soudain devant le numéro dix-neuf Leinster Garden.
« J'ai tourné en rond ? Soupira-t-il intérieurement. Mais quelle galère ! »
Il respira un grand coup pour se donner un semblant de courage et passa le seuil de l'immeuble. Son cœur battait à tout rompre et ses jambes commençaient à trembler.
« Arrête tes conneries Drago ! Tu vas récupérer tes affaires, trouver un autre appartement et tout ira bien. »
Il se gifla mentalement et monta les escaliers jusqu'au quatrième étage.
En entrant, il vit qu'Hermione n'avait pas bougé de sa chaise. Elle fixait un point invisible entre la table et le canapé.
« … C'est mieux pour tout le monde. Termina Drago.
- …
- Granger ? »
Hermione tressaillit en prenant conscience de la personne en face d'elle :
« Je ne vais rien te faire, dit Drago en levant les mains en l'air par automatisme. Ma baguette est toujours sur la table. »
A ces mots, Hermione tourna lentement son regard vers la table et, se sentant un peu rassurée, retrouva la parole :
« Je pars demain à la première heure. Si ça ne te dérange pas que je passe la nuit ici, pour m'organiser.
- Tu ne m'as pas entendu c'est ça ? Soupira-t-il. Je viens de te dire que je te laisse l'appartement. Tu peux rester ici.
- Quoi ? Non, c'est ridicule, c'est chez toi ici. C'est à moi de partir. Je sais bien que je n'ai rien à faire là, Ajouta-t-elle. Je… J'avais juste besoin… Qu'est-ce que je croyais ? J'ai plus ma place nulle part. »
La tête dans les mains, son désespoir reprenait le dessus. Drago laissa sa propre peur de côté et vint s'accroupir à côté d'Hermione.
« Granger… » Dit-il doucement.
Elle releva la tête en entendant son nom et écarquilla les yeux en voyant Drago si près d'elle.
« Ta place est là où tu choisis d'être. Tu n'imagines pas à quel point je suis désolé… Ce que t'a fait ma ta… »
Sa voix avait déraillé, il prit quelques secondes pour respirer avant de poursuivre :
« Je suis un lâche ! S'énerva-t-il en se relevant. Si seulement j'avais… »
Il frappa du poing sur la table, ressentant un profond dégoût pour sa propre personne. Hermione sursauta une nouvelle fois :
« Pardon… Je ne veux pas t'effrayer. Tu n'as aucune raison de me croire, mais je te promets que je ne te veux aucun mal. Je te tends aucun piège. Je mériterais de pourrir à Azkaban avec mon père et ma cinglée de tante. Les choses que j'ai faites, que je t'ai faites… Ça me hante tous les jours. » Sa voix se brisa et Drago étouffa un sanglot.
« Granger… Je…
- Ce n'est pas toi qui m'as torturée. » Le coupa Hermione.
Elle l'avait regardé droit dans les yeux, Drago ne put empêcher son corps de frissonner. Elle laissa quelques secondes s'écouler et sentit une immense fatigue s'abattre sur elle :
« Ça te dérange si je vais me coucher ? Je suis exténuée.
- Reste autant que tu veux.
- Dès que j'ai trouvé un nouveau logement, je pars. » Dit-elle en se levant.
Sa tête se mit à tourner soudainement et elle dut prendre appui sur la table pour ne pas tomber. Drago ne réfléchit pas et saisit Hermione par le bras pour lui éviter la chute. Se rendant compte de son geste, il la lâcha aussitôt et s'éloigna pour la laisser passer.
« Pardon..., Murmura-t-il en regardant ses pieds.
- Ce n'est rien, le rassura-t-elle. Au fait Malefoy…
- Mmh ?
- Ne lance plus rien par la fenêtre ! Tu aurais pu assommer quelqu'un ! »
Et elle disparut dans le couloir laissant Drago seul.
Il resta figé un moment, avant de s'allonger sur le canapé, épuisé par cette journée. Essayant de mettre de l'ordre dans ses idées, il ne parvint pas à trouver le sommeil.
XXXXX
Tournant en rond dans son lit, Hermione eut beaucoup de mal à s'endormir cette nuit-là. Malgré elle, la fatigue finit par prendre le dessus. Elle se réveilla peu avant l'aube. Les mains tremblantes, elle s'habilla non sans mal, et quitta sa chambre.
En découvrant Drago allongé sur le canapé, elle comprit que ce n'était pas un rêve. Ses yeux balayèrent la pièce, comme s'ils la voyaient pour la première fois, et s'arrêtèrent sur la baguette de Drago, restée là :
« Il était vraiment sincère… » Se murmura-t-elle.
En entendant le cuir du canapé grincer, elle se retourna :
« Euh… Salut. Osa-t-elle timidement.
- Mmh… Bonjour, lui répondit Drago.
- Je… euh… Hésita Hermione. Sérieusement, Malefoy, la situation est aussi bizarre pour toi que pour moi ?
- Tu n'as même pas idée !
- Franchement, je sais pas si ça me rassure ou m'inquiète encore plus.
- J'ai besoin d'une douche, lança-t-il.
- Oui, pas de soucis. Je prépare du thé, si tu veux. Il va bien falloir qu'on parle de tout ça.
- J'me dépêche. »
Elle n'eut pas le temps de lui dire que rien ne pressait qu'il avait déjà disparu dans le couloir.
XXXXX
Ils buvaient leur thé en silence, chacun assis à un bout de la table. Aucun n'osait commencer la conversation.
Drago posa sa tasse, inspira à fond et se lança :
« Je peux te poser une question ?
- Oui, bien sûr.
- Pourquoi Michelle Fairley ? Sur le mot que tu as glissé sous la porte.
- Parmi toutes les questions que tu as à me poser, tu choisis celle-là ? Se moqua-t-elle gentiment.
- Te sens pas obligée de me répondre. Après tout, ça me regarde pas. Je suis juste surpris…
- C'est ma mère, expliqua-t-elle. Enfin, son nom de jeune fille.
- …
- Quand ils m'ont secourue, si on peut dire, ils m'ont emmenée à Ste Mangouste. J'en pouvais plus… Alors il y a quelques jours, je me suis enfuie. Je suis allée au Chaudron Baveur, par habitude, et je suis tombée sur ton annonce. J'avais pas prévu de mentir, je voulais juste être tranquille. Alors, oui, j'ai menti. Mais je pensais te croiser, enfin mon colocataire, et m'expliquer à ce moment-là. Mais on s'est toujours raté, jusqu'à hier.
- Pourquoi ? Pourquoi venir ici dans cet appartement miteux ? Tu aurais pu aller n'importe où. Ce n'est pas toi le monstre dans l'histoire, dit-il en serrant les dents.
- Je… J'ai… » Elle éclata en sanglot en pensant à Ginny.
Drago ne l'avait jamais vue si fragile. Celle qui lui avait cassé le nez était bien loin aujourd'hui. Il se leva et attrapa un mouchoir dans le buffet qu'il lui tendit.
« Merci. »
Hermione respira profondément, reprenant le contrôle sur elle-même :
« Je ne veux aucun traitement de faveur. Je ne suis pas une héroïne. Tout le monde prend des pincettes avec moi. Comme si j'étais si inestimable ! S'ils connaissaient la vérité tous ces gens… »
Drago l'avait écoutée attentivement, et avait respecté ce qu'elle ne voulait pas lui dire. Il ne comprenait pas comment le hasard avait pu mettre Hermione sur sa route, mais il était, malgré tout, soulagé de la voir en vie. Il avait appris son sauvetage et son hospitalisation dans les journaux, mais n'était jamais allé la voir. Ce n'était pas sa place.
Drago laissa passer un long silence avant d'oser reprendre la parole :
« Tu t'es enfuie de Ste Mangouste ?
- Oui, grimaça-t-elle. C'était insupportable. Je devais sortir de là ! Je suis pas un rat de laboratoire.
- Comment ça ? »
Hermione lui expliqua les tortures infligées par la Mangemort. Il avait beau savoir déjà tout ça, il devint blanc comme un linge. Elle parla de la rune et souleva son pull pour lui montrer le « B » gravé dans sa chair. Drago devint livide en découvrant la rune et les cicatrices sur la peau d'Hermione. La gorge nouée, il ne parvenait plus à déglutir correctement.
Une nouvelle fois le silence prit toute la place. A son tour, Hermione le rompit :
« Et toi ? Pourquoi tu es ici ? Avec tout l'argent que tu possè…
- Que mon père possède ! Trancha Drago sèchement. Je veux pas de son argent ni de son héritage, pas même son nom ! Je préfère encore moisir ici que de retourner au manoir après ce que… » Il se tut brusquement.
« Pardon… Je ne voulais pas te blesser, murmura Hermione.
- Tu… Respira-t-il pour se calmer. Tu n'as pas à t'excuser de quoique ce soit. C' est moi qui suis… Je ne suis qu'un abruti ! »
Hermione ne reconnaissait pas le Drago en face d'elle. Lui aussi avait subi des horreurs. Elle ne put s'empêcher de lancer une réflexion cynique malgré elle :
« Comme quoi, seul la mort gagne les guerres… »
A ces mots, Drago tourna son visage vers Hermione. Voyant qu'elle le dévisageait, il détourna le regard aussitôt.
« Donc... La poésie ? Hasarda Hermione en esquissant un sourire.
- Te moque pas de moi, Granger !
- Je n'oserai pas ! Je suis juste étonnée que tu… Enfin que quelqu'un comme t… Enfin…
- Qu'un salaud comme moi aime la poésie ?
- Ce n'est pas du tout ce que je voulais dire. Disons que je connais peu de gens qui apprécient la poésie, encore moins la poésie moldue.
- J'ai appris à cacher tellement de choses au fil des années. A part, le mépris et le dégoût…
- Je m'en étais rendue compte, ironisa Hermione dont les mots étaient sortis tout seul de sa bouche.
- … Même si ça ne reflétait pas mes pensées.
- …
- Tu as le droit de me haïr, dit-il en la regardant droit dans les yeux. Après tout ce que je t'ai fait. »
Il étouffa un sanglot en regardant vers la cheminée, la honte et la culpabilité l'assaillaient.
« Drago ?
- Oui ? Répondit-il sans même prendre conscience qu'elle l'avait appelé par son prénom pour la première fois.
- J'ai besoin… Hésita-t-elle. J'aurais besoin… d'un service.
- Tout ce que tu veux ! Lâcha-t-il sans réfléchir.
- Je… J'aimerais aller sur la tombe d'Harry et sur celle de Ginny. J'ai… J'ai pas pu y aller et je…
- Quand tu veux. »
