C'est presque deux heures plus tard que Candice grimpa dans son SUV pour rentrer. En cette journée particulière, toute la ville s'était visiblement passé le mot pour investir les magasins et le centre-ville s'en trouvait surfréquenté. Entre stands de chocolats, décorations de noël en tout genre et offres spéciales pour les cadeaux, les magasins étaient en ébullition. Tout ce qu'elle détestait… La journée continuait sous de mauvais auspices, et pourtant, la commandante n'était pas encore au bout de ses surprises. Elle chargea les sacs de course dans le coffre et s'installa derrière le volant avant d'activer le moteur. Elle s'apprêtait à quitter sa place parking lorsque le prénom de son compagnon apparut sur le tableau de bord. Elle se dépêcha d'ôter ses gants et cliqua sur le bouton vert pour décrocher.
« Oui chéri ? lança-t-elle mielleuse.
- Oui Candice c'est moi.
- Ça va ? demanda-t-elle en entendant le son de sa voix légèrement tendu.
- Euh… Ouais… Enfin… Avec le temps dehors on est emmerdés. Y a des tonnes de problèmes, c'est le bordel à la brigade.
- Et ? osa-t-elle soucieuse.
- Bah je suis d'astreinte ce week-end. Ils ont besoin de moi là… Du coup je risque d'être un peu en retard ce soir…
- Ah bah super… Mais vous pouvez pas faire une pause et reprendre demain ?
- Je vais essayer mais je promets rien. Je te déposerai Suzanne en fin d'après-midi ça t'embête pas ?
- Bah j'ai pas trop le choix surtout… maugréa-t-elle.
- Candice… Je fais ce que je peux je t'ai dit !
- Oui oui… bah oui dépose la, qu'est-ce que tu veux que je te dise ?!
- Mais fais pas la gueule…
Candice bouda derrière son tableau de bord.
Tu veux que je ramène quelque chose ce soir ? demanda-t-il d'une voix douce.
- Essaye déjà de venir et ce sera bien…
- Ok…
- Désolée… Je… C'est juste que c'est pas la journée de l'année, là... Y avait un monde de dingue en ville… Puis Jules sera pas là ce soir… annonça-t-elle tristement.
- Merde ! C'est à cause de la tempête ?
- Oui… Son avion peut pas atterrir... Il chercher un autre vol du coup...
- Ouais puis à cette période c'est la galère...
- Hum... Et puis ma mère a déjà mis sa tête de cochon… souffla-t-elle.
Antoine rigola doucement.
- Telle mère… Telle fille…
- Sympa… bouda-t-elle à nouveau.
- Je rigole… Je suis sûr que vous êtes aussi formidable l'une que l'autre... se rattrapa-t-il.
- Formidable je ne sais pas mais... Chiante, Sûrement !
- Les chiens ne font pas des chats en même temps...
- Ouais...
- Bon je te laisse. Promis je fais ce que je peux !
- Ok. À ce soir…
- À ce soir ! Et tu fais gaffes sur la route. Y a plein d'accidents…
- Mais oui, tu me connais. Bon courage.
- Bisous. »
Candice souffla, fatiguée de cette journée qui n'était pourtant pas encore terminée. Elle rebroussa chemin jusqu'à son domicile, priant pour que les tensions se soient atténuées. Les jumeaux finirent par sortir aider leur mère à porter les courses. Étonnée, elle n'hésita pas à les brimer avant de les booster. Pas le temps de traîner. Il restait encore un tas de choses à préparer pour la soirée… Le repas se ferait en dernier… la première étape de cet après-midi était donc de peaufiner la décoration et organiser les cadeaux. Et comme chaque année, des sacs entiers de paquets jonchaient le sol. Et cette année en plus, la maison était plus remplie que d'habitude. Depuis la cuisine, Candice supervisait la tâche des jumeaux qui vérifiaient que chaque prénom était bien apposé sur le papier.
« Bon bah techniquement on est bons ! déclara Martin.
- Vous avez eu celui d'Antoine ? J'ai pas entendu… demanda-t-elle perplexe.
- Euh… Bah y a des chocolats là… Notre petite enveloppe commune… Et un sac avec un pull vert… observa Léo.
- Non mais ! J'avais posé mon cadeau à côté ce matin. C'était une petite boite rouge. Avec un nœud blanc autour.
- Euh non, y avait rien.
- Mais comment ça y avait rien ? Je suis pas folle quand même ?! Vous êtes surs ? força-t-elle en s'approchant d'eux pour fouiller.
- Bah oui…
- Emma ?! C'est toi qui as touché à mon cadeau ? demanda-t-elle piquante.
- Bah non pourquoi j'aurais touché à ton cadeau ?
- J'en sais rien… Je l'avais posé sur le comptoir ce matin.
- Perso j'ai tout rangé et j'ai rien vu…
Une voix féminine résonna avant d'éclater de rire dans la pièce.
- La honte… T'as perdu le cadeau que tu devais lui faire ?
- Mais c'est pas possible… paniqua-t-elle. Il est forcément quelque part…
- Et c'était quoi ton cadeau ? osa-t-elle demander en continuant de rire. Un mot d'excuses parce que tu l'as oublié ?
- MAMAN ! s'emporta Candice.
- Au moins c'est révélateur de ce que tu penses vraiment de lui… déclara sa mère en grimpant à l'étage.
- Vous êtes surs que vous avez rien vu ? redemanda-t-elle les larmes aux yeux. »
Les trois enfants ainsi que Sacha hochèrent négativement la tête, sincèrement désolés pour la blonde qui se trouvait désormais totalement décontenancée par la tournure que prenait cette journée. Tenace, elle se lança bille en tête dans une chasse au trésor, espérant remettre la main sur ce cadeau qu'elle avait tant galéré à trouver…
Et si sa mère avait raison ? Et si cet oubli représentait simplement sa volonté de ne pas s'engager à ces côtés ? Et qu'est-ce qu'elle allait lui dire ce soir lorsqu'il faudra ouvrir les cadeaux : « Désolée chéri, j'ai perdu ce que je comptais t'offrir ». La honte… pensa-t-elle complètement chamboulée. Antoine allait la détester alors même qu'ils traversaient une période d'incertitudes tous les deux.
. . . . .
« MAMAAAAAAAN ! cria Emma depuis la porte.
- J'arrive ! répondit Candice en s'empressant d'accourir à la porte d'entrée. Ah c'est vous…
- Ouais !
- Bonjour… lança Suzanne avec engouement en embrassant sa belle-mère.
- Tiens, je t'ai mis son petit sac avec.
- Parfait ! déclara Candice en souriant. Elle est déjà partie au salon… observa-t-elle.
- Comme ça elle pourra embêter les garçons pendant leurs parties de jeux… plaisanta-t-il en entendant les jumeaux rouspéter contre leur demi-sœur.
- J'en connais qui vont être ravis… ironisa-t-elle.
- Bon… Du coup moi j'y retourne. Merci de t'occuper d'elle…
- À tout à l'heure alors ?
- Ouais ! J'essaye de me libérer vite… promit-il avant de l'embrasser. Mais m'attendez pas pour le repas quand même…
- Antoine… protesta-t-elle.
- À tout à l'heure ! conclut-il avant de l'embrasser à nouveau et de filer hors de la maison. »
La porte claqua, laissant Candice pantoise dans son entrée. Il était 18h selon sa montre. Elle souffla pour se donner bonne contenance et retourna au salon où Suzanne subissait un interrogatoire de la part de sa… belle-grand-mère ? La blonde hocha négativement la tête et parvint à sauver la petite en recrutant sa mère derrière les fourneaux. Elles s'y mirent à deux dans un silence pesant et révélateur de leur relation en dents de scie depuis des années.
Du moins ce mutisme dura un temps…
« Elle est mignonne quand même… observa la plus âgée.
- Hum… confirma-t-elle.
- Elle a l'air de bien s'entendre avec tout le monde… C'est bien…
- Ouais ! sourit-elle.
- Et ils dorment ici ce soir ?
- Bah oui ! Je vais pas les faire repartir chez Antoine, t'as vu le temps dehors…
- La pauvre quand même… Valdinguée entre chez sa mère, chez son père, chez sa belle-mère… J'comprends toujours pas pourquoi ils habitent pas là moi… souffla-t-elle. Quelle idée ce non-mariage !
Agacée, Candice souffla bruyamment avant de faire claquer son bol sur la table.
- Tu sais quoi ? Arrête de te poser la question ! Tu verras ça ira mieux comme ça… lâcha-t-elle cinglante avant de quitter la cuisine. »
