La pelote parfaitement rangée fut la première chose à laquelle Derek fit attention après que Stiles se soit endormi contre lui, épuisé. Et ce fil, aussi insignifiant soit-il, lui fit mal au cœur. A côté de lui, reposait le crochet en bois, vide de tout projet.
Stiles avait défait ce qu'il avait commencé à faire. Détruit quelque chose qui aurait pu être superbe – qui l'aurait été. Derek en était convaincu. De ces mains aux doigts d'or ne pouvaient sortir que des merveilles. C'était peut-être idiot, mais le loup se raccrocha au souvenir de l'hyperactif crochetant à une vitesse folle pour ne pas céder à la tristesse qui l'étreignait. Et même s'il n'avait plus besoin de faire durer le contact physique étant donné que le jeune homme s'était endormi, le loup-garou choisit de le garder contre lui. Dans ses bras. La tête contre son cœur. Des couinements lui parvinrent. Ils provenaient de l'étage et plus précisément, du couloir. Derek reconnut l'odeur : Isaac.
- Pas cette fois, chuchota-t-il.
Non, le loup ne pouvait pas rentrer car Derek avait fermé la porte pour se retrouver seul avec son protégé. Seul avec Stiles. Il avait besoin de cette intimité avec lui. De le sentir vivant, contre lui. De le savoir dans ses bras, plutôt qu'en train de s'échiner à réaliser des tâches qu'il n'avait pas à faire alors même qu'il était encore faible.
Pour être honnête, le loup-garou n'aurait jamais pensé que les choses prendraient un tel tournant et que Stiles… Irait interpréter son absence de cette manière. En faisant cela, Derek avait eu pour seul but celui de se calmer car il fallait l'avouer, l'acte de Stiles l'avait remué. Puis… Il ne comptait pas s'absenter longtemps et était même revenu assez vite par rapport au temps qu'il aurait pu mettre d'ordinaire.
Mais voilà, il avait ressenti le besoin de retrouver l'hyperactif… Qui avait eu la merveilleuse idée de s'acharner à faire son ménage alors que celui-ci n'était pas utile puisque Derek s'en occupait déjà. De plus, les choses ne se salissaient que lentement, ce qui ne rendait pas ces séances décapages utiles – pas si elles étaient faites aussi souvent.
Dans un sens, Derek comprenait ce qui l'avait fait vriller. Stiles était toujours coincé dans son idée qu'il n'était rien d'autre qu'une illusion née de l'hypothétique folie de son cerveau. Le loup-garou se souvenait fort bien de leur discussion : l'hyperactif était persuadé que « le vrai Derek Hale » ne prendrait pas autant soin de lui. Il avait également ajouté ne pas savoir s'il préfèrerait qu'il soit réel ou non. Car face à une hallucination, il pouvait se montrer tel qu'il était mais que la disparition potentielle de celle-ci pourrait lui être fort préjudiciable. Dans les deux cas se posait la problématique du départ – un élément qui embêtait réellement Derek. Car quelle que soit la situation, Stiles le voyait forcément partir, le laisser. Et même si ça n'arriverait pas, l'ancien alpha comprenait d'où venait ce fatalisme, y compris ce qui l'avait façonné.
Ils avaient tous sacrément merdé, lui compris.
Maintenant, restait à savoir comment diable finir par lui faire comprendre qu'il était réel et que l'on ne le laisserait plus tomber. Si seulement Stiles n'était pas aussi têtu ! Mais il l'était et il fallait faire avec. Quoiqu'en y repensant, Derek se demanda s'il ne tenait pas grâce à cette opiniâtreté, justement. Car Stiles avait une force d'esprit impressionnante et de ce qu'il savait, il avançait toujours grâce à son côté un peu buté.
Enfin, Derek finit par arrêter de penser parce qu'à force de réfléchir sans trouver de réelle solution, il se donnait mal à la tête. Il resta ainsi un long moment à tenir l'hyperactif contre lui, à se concentrer sur son cœur et sa chaleur. Il sentait d'ailleurs son souffle, léger et discret, s'écraser avec une douceur toute particulière sur sa peau. Une douceur qui le faisait violemment frissonner tant elle était spéciale.
Vint un moment où Stiles se réveilla, lentement. Où il papillonna des yeux. Leva légèrement la tête.
Leurs regards se croisèrent.
Stiles ne sut pas interpréter celui de Derek. Derek ne sut pas interpréter celui de Stiles. Mais le loup avait un avantage sur l'humain et le doute qu'il sentait dans son odeur était tout aussi flagrant que cette profonde souffrance qui émergeait lentement. Si Derek ne sut pas ce qu'il était censé dire ni censé faire, Stiles prit les devants. Il se cala un peu mieux contre lui et laissa sa tête reposer contre son torse.
Derek savait que Stiles était complètement réveillé et qu'il avait fait état de sa présence. Mais son silence lui parut… De trop. Il eut l'impression qu'il fallait le combler au plus vite. Dire quelque chose, pour, peut-être… Mais il n'y arriva pas et resta muré dans le silence le plus complet.
Silence qui ne sembla pas gêner Stiles outre mesure puisque celui-ci décida simplement de se serrer davantage contre Derek, de serrer fort ses doigts sur le tissu de son marcel, juste pour s'assurer qu'il était bel et bien là. S'assurer que c'était suffisamment réel, au moins dans son esprit. Suffisamment réel pour l'imaginer, encore. Suffisamment pour ne pas vouloir bouger, ne pas se remettre à pleurer. Il détestait ça, en plus. Pleurer. Craquer comme il l'avait fait. Stiles mentirait s'il disait ne pas se souvenir de ce qu'il s'était passé. Et c'était stupide. Bordel, qu'il se trouvait misérable ! Misérable, oui, mais dans un sens heureux de retrouver Derek. Son pilier. Celui qui l'empêchait de continuer à dégringoler malgré lui, celui qui l'avait attrapé alors qu'il était en train de chuter et ce, dans tous les sens du terme.
Stiles ne se considérait pas comme suicidaire, mais il fallait avouer que ses pensées n'étaient généralement pas des plus joyeuses. A vrai dire, depuis quelques mois, elles le faisaient doucement sombrer… Et ça lui avait fait peur. C'était pour ça qu'il avait voulu partir. Se sauver. Essayer de faire en sorte de remonter la pente. Vivre pour lui-même. Se concentrer sur sa personne et ne pas dévouer son existence aux autres comme il l'avait trop longtemps fait.
- Pardon, murmura-t-il.
Parce que ça, il ne l'oubliait pas. Car il s'en voulait. Toujours. Que Derek soit réel ou non, Stiles savait que ce qu'il avait fait était mal. Stupide. Il ne regrettait cependant pas son geste : au moins, il en avait appris un peu sur l'ancien alpha… Et savait qu'il ne lui offrirait rien qui serait fait de ses mains. Encore moins quelque chose au crochet. Ce serait douloureux pour Derek, d'autant plus que… Oui, si sa mère en faisait, un hypothétique cadeau de cette sorte ne serait que lui rappeler sa disparition et… Le faire souffrir davantage – ce qu'il ne voulait en aucun cas. Déjà qu'il l'avait fait malgré lui… Et bordel ce qu'il se sentait coupable à ce sujet.
- Tu n'as pas à l'être, entendit-il. Je sais que tu ne voulais pas… Je sais que tu n'avais pas pour but de me faire mal.
Ah, il avait pensé à voix haute ? Ou alors son hallucination lisait-elle dans son esprit ? La deuxième possibilité serait la plus logique à ses yeux. Stiles ferma les siens. Avoir dormi ne lui avait pas permis de se reposer, au contraire : son sommeil s'était avéré lourd. Lourd et pesant. Le genre de sommeil dont personne ne raffolait. Le genre de sommeil qui lui faisait regretter de s'être assoupi. D'avoir cédé à cet épuisement plus mental que physique. Quoiqu'il avait effectivement épuisé son corps… Mais ça, il ne s'en rendait pas compte et ce… Parce qu'il s'en fichait, naturellement. Les vieilles habitudes avaient la peau dure, vraiment. Les autres, plus récentes, étaient d'ores et déjà ancrées en lui puisque Stiles se pelotonna contre son hallucination. Il avait besoin d'elle, de son contact. Quitte à perdre la tête, autant la perdre dans des conditions agréables.
xxx
Stiles dormait mal. Trois jours étaient passés depuis la disparition et la réapparition de Derek… Et il peinait à croire à son retour. En fait, le châtain s'endormait chaque soir avec un sentiment de peur qui lui nouait les entrailles. La peur de se réveiller et que Derek ne soit plus là. Le loup avait déjà essayé de le rassurer à ce sujet, mais… Stiles n'arrivait pas à lui faire confiance, ou du moins à se faire confiance. Parce que l'absence de Derek durant quelques heures l'avait fait basculer du côté de l'hypothèse de l'hallucination. Désormais, l'hyperactif se rongeait les sangs en se disant qu'il pouvait se retrouver seul à tout moment et ce, par sa propre faute. Parce qu'il était défaillant et qu'il devait avoir, parfois, quelques sursauts de lucidité. C'était la seule explication qu'il voyait et elle le terrifiait.
La chose était d'ailleurs bien dommage, parce qu'il avait réussi à douter. Douter jusqu'à se dire que, peut-être… Mais non. Avec ce qu'il s'était passé, Derek ne pouvait pas être réel.
Et pourtant, il le sentait chaque nuit dormir dans le même lit que lui. Parfois contre lui. Ses bras forts, il les sentait toujours se refermer sur lui lorsqu'il s'agitait un peu trop. En fait, Stiles ne se demandait même pas pourquoi il était là, avec lui sous les draps. Il se savait fébrile et dans un sens, dangereux pour lui-même, alors… Peut-être qu'il cherchait à se protéger en se l'imaginant là, presque sans arrêt avec lui. Et bien sûr, Stiles n'allait pas s'en plaindre. Ces contacts qu'il avait avec son hallucination… C'était plus que ce qu'il n'aurait jamais avec le vrai Derek. Alors il en profitait, parce qu'il savait devoir y renoncer un jour. Définitivement. Soit Stiles guérirait, soit la folie causerait une rupture totale au niveau de son esprit.
Stiles ne faisait presque plus rien seul. Il n'y avait que lorsqu'il se lavait ou qu'il allait aux toilettes que son Derek ne le suivait pas. Idem, lorsqu'ils descendaient voir la meute… Son hallucination le laissait juste jouer un peu avec certains et en caresser d'autres. Il lui interdisait le moindre effort. Stiles, épuisé mentalement, ne luttait pas contre lui. Il ne s'en sentait pas capable. Mais de temps à autres, il laissait son regard dériver sur ses amis, toujours prisonnier de leur enveloppe animale. Amis qui se montraient étonnamment affectueux et présents. Si Stiles y faisait attention ? C'était à peine s'il l'avait notifié. Depuis ce jour funeste où il s'était senti définitivement seul, il ne remarquait plus grand-chose. En fait, la peur de voir Derek s'en aller à nouveau était si réelle, si tangible… Que Stiles avait réellement du mal à penser à autre chose. Il essayait, sincèrement. Mais c'était dur. Il se raccrochait alors à du concret.
A sa main, qui passait dans le pelage doux de Liam. Liam, qu'il n'appelait plus par son prénom. En fait, il ne nommait plus aucun loup. Stiles savait que sa meute entendait chacune de ses discussions avec son hallucination et il savait également qu'il avait tendance à se tromper lorsqu'il cherchait à appeler un loup, ne serait-ce que pour montrer qu'il était là. A force, il avait honte. Alors, il se taisait et se contentait d'un vague sourire combiné à des gestes doux et patients, témoignant de cette affection qu'il était encore capable de donner malgré lui. Oui, donner. Il n'était bon qu'à ça, de toute façon. Mais il continuait, sans s'imaginer qu'on faisait attention à lui. Qu'on le voyait tel qu'il était, et pas comme quelque chose à leur service. Qu'on sentait son odeur. Qu'on ressentait enfin son mal-être.
Non, il n'imaginait pas tout ça. Restait dans cette idée qu'il n'était plus rien. Que son état laissait tout le monde indifférent. Pourquoi donc chercher à se cacher ? On ne le regardait pas. Enfin, c'était ce qu'il pensait malheureusement, les loups n'avaient pas la possibilité de le détromper. Rendus muets par leur transformation, aucun d'eux ne pouvait agir et le mettre face à la réalité.
Quelques loups-garous étaient sortis, comme ils le faisaient souvent. Stiles laissait toujours la porte ouverte la journée, pour qu'ils puissent gambader et faire leurs besoins à l'extérieur sans aucun problème. Le loup que le jeune homme caressait s'installa en boule contre lui. Stiles continua alors, même s'il savait qu'il devrait bouger, faire autre chose.
S'occuper de ce que son Derek faisait actuellement. C'était quand même le comble d'être assis là, sur le canapé, et de voir son hallucination remplacer les taies des coussins du canapé, qu'il avait rassemblés sur la table. Que Stiles imagine cela était d'ailleurs très parlant quant à l'état de sa santé mentale. C'était affolant. Le pire, c'est que Derek l'avait empêché de faire la chose à sa place chaque fois qu'il avait essayé de se lever. Stiles comprenait toutefois le message que semblait lui envoyer sa tête : il était épuisé et en avait trop fait.
Et c'était bête, parce qu'il ne savait pas comment faire autrement.
Derek lui jeta un énième regard en coin et Stiles ne put s'empêcher de soupirer.
- Je t'ai à l'œil, lui rappela son hallucination.
L'hyperactif leva les yeux au ciel. Il le savait. Il savait qu'il ne pouvait rien faire parce que sa propre tête jouait avec ses sentiments et sa peur de voir l'actuel pilier de son existence disparaître à nouveau. Si Derek s'en allait une deuxième fois, Stiles devrait partir rapidement et confier la garde de sa meute à quelqu'un d'autre. Autrement, il coulerait. Il coulerait définitivement. C'était dingue ce qu'une telle négligence pouvait le pousser loin. La meute l'avait négligé, oui… Mais il s'était lui-même oublié. Et ça, c'était difficile à rattraper.
- Je n'irai nulle part, soupira à nouveau Stiles.
Désormais, il se fichait complètement de parler à son hallucination devant la meute. De toute manière, elle entendait sa folie depuis des jours… Pour preuve, aucun loup ne sembla surpris de l'entendre parler.
- Il y a intérêt, le prévint Derek d'un ton sec en changeant une énième taie.
- Sinon quoi ? Lâcha Stiles, las.
- Je te ramène dans la chambre et je t'y enferme.
- Comme si tu avais vraiment ce pouvoir.
Stiles ne cherchait pas réellement à provoquer son hallucination. Disons qu'il était fatigué et qu'en lui continuait de régner la peur de la perdre. Et puis en rappelant ainsi à Derek qu'il n'existait pas vraiment, Stiles faisait un effort pour s'ancrer dans la tête qu'il faudrait toutefois un jour accepter de se séparer de lui. De sa présence fictive. C'était douloureux, mais le jeune homme n'avait trouvé que ça pour se protéger, se faire durer… Survivre mentalement. Et dire que son état s'était plus ou moins stabilisé quelques jours plus tôt… Ce temps-là lui semblait déjà loin.
Derek releva la tête et lança un regard empli de défi à l'hyperactif, qui n'en fit pas réellement cas. En fait, il se concentra simplement sur la douceur du pelage de Liam, qui se pelotonnait toujours plus contre lui. Mais il le vit tout de même s'approcher du coin de l'œil. Enfin, la silhouette de Derek, qui lui paraissait toujours immense à côté de la sienne, lui fit de l'ombre. Stiles fut obligé de lever la tête pour croiser son regard, aussi magnifique que réaliste. L'hyperactif s'attendit à ce que Derek le réprimande, lui fasse une remarque. Mais il se contenta de s'assoir à côté de lui, du côté où Liam n'était pas.
- Tu ne veux pas faire quelque chose ?
Stiles haussa un sourcil.
- Chaque fois que j'essaie de m'occuper, tu m'en empêches, rétorqua-t-il.
Parfois, il n'arrivait pas à respecter ses idées, sa ligne de conduite. Peut-être parce qu'à certains moments, Derek lui paraissait bien trop réel pour qu'il fasse comme s'il n'était rien.
- Parce que tu en demandes trop à ton corps, répondit le loup. Je te parle d'une activité que tu pourrais faire pour t'occuper. Une activité pour toi.
Stiles haussa les épaules. A part effectuer ses tâches quotidiennes… Il n'en avait pas la moindre idée. Alors quelque chose pour lui ? Derek lui en demandait trop.
- Tu pourrais reprendre le crochet, tenta Derek.
Cette fois-ci, la réaction de l'hyperactif fut directe : il secoua la tête d'un geste presque énergique.
- Non, c'est fini, je n'y touche plus, rétorqua le jeune homme en baissant les yeux sur Liam, qu'il continuait de caresser.
Liam, qui le regardait d'un air peiné et les oreilles rabattues.
Il y avait plusieurs raisons derrière le refus de Stiles et la principale provenait tout simplement de la disparition de Derek. Cette disparition qui lui avait presque définitivement fait perdre la tête. Du reste… Son petit talent ne servait à rien. Stiles ne crochèterait rien à Derek et ses amis… Ils trouveraient sans doute cette activité stupide. Pas forcément parce que l'hyperactif était un homme. Juste parce que c'était ridicule. Et puis il y avait ce manque de respect flagrant envers la famille de Derek. Fouiller était une chose. Se servir du matériel de feu Thalia Hale en était une autre. C'était mal. Et de toute manière… Crocheter, pour quoi ? Pour qui ? On se fichait bien de ce qu'il pouvait faire et ses hypothétiques productions n'intéressaient personne, d'autant plus que cela faisait bien trop longtemps qu'il n'avait pas crocheté. Il était devenu nul.
- Tu devrais, pourtant.
Stiles releva les yeux vers Derek, qui le regardait d'un air indéchiffrable. Ce serait mentir que de dire que la phrase de l'ancien alpha ne le surprenait pas et c'était notamment la preuve que, pour lui, ce Derek-là n'existait pas. Quel intérêt trouverait-il à le pousser à faire quelque chose qui le torturerait ?
- Pour que tu partes encore ? Non merci, lâcha-t-il naturellement.
Il y eut un silence et Stiles baissa les yeux. Il n'avait pas envie de fixer le loup plus que nécessaire tant il avait peur de voir de la douleur dans ses yeux. Et elle y était – mais pas pour les raisons qu'il s'imaginait.
- J'ai été surpris, entendit-il.
Stiles connaissait la version de son Derek et à vrai dire, il s'en fichait un peu tant il était ancré dans sa tête qu'elle n'était pas véridique.
- Tu sais, j'ai bien réfléchi, commença mollement Stiles. Finalement, je sais ce que je vais offrir au véritable Derek.
Nouveau silence, durant lequel Stiles continua de caresser le doux pelage de Liam, qui le regardait avec crainte. Il sentait son odeur.
Il avait peur de ce que l'hyperactif pourrait dire.
- Je vais lui offrir mon départ définitif, lâcha finalement Stiles sans relever la tête. C'est gratuit et ça fait toujours plaisir. Comme ça, pas de risque qu'il souffre par ma faute, parce que… Parce que j'aurais eu la brillante idée d'utiliser le matériel de crochet de sa mère. Puis, bon… Je sais bien que je ne suis pas un cadeau. Alors mon départ en sera un. Sympa, non ? Qu'est-ce que tu en penses ?
Il demandait l'avis de son hallucination sans réellement l'attendre parce que dans un sens, il n'en avait pas réellement cure. Le faux Derek lui servirait une myriade de mensonges créés par son esprit, juste dans l'optique de lui donner l'impression qu'il était important, qu'il y aurait un intérêt à ce qu'il reste, à ce qu'il ne quitte pas la meute. Parce que Stiles savait pertinemment qu'une part de lui ne voulait pas se séparer d'eux. Il les aimait. Tous. Derek peut-être un peu plus que les autres.
Mais au bout d'un moment, il fallait bien se rendre à l'évidence. Sa place était ailleurs. La tranquillité qu'il leur offrirait bientôt était sans doute le plus beau cadeau qu'il pourrait leur faire. Si Derek était au courant de son idée, il s'en réjouirait d'avance. Avec discrétion et retenue, comme il en avait l'habitude.
- Stiles.
Le susnommé n'eut pas la moindre envie de relever la tête à nouveau et qu'importe si la voix de son hallucination était particulièrement grave et son ton… Presque menaçant par sa profondeur. Il était bien, là, à apporter un peu d'affection à Liam, dont le regard lupin brillait par son affolement. Autour d'eux, les quelques loups-garous qui n'étaient pas sortis étaient dans le même état que le plus jeune. Même Malia poussa un glapissement désespéré. Le ton monocorde de l'hyperactif était aussi alarmant que ses paroles. Sa promesse de départ.
La promesse d'une disparition au goût définitif.
Mais Derek força Stiles à tourner la tête vers lui. L'hyperactif haussa un sourcil, détourna automatiquement le regard.
- Stiles, tu…
Un hurlement animal coupa instantanément Derek qui, au final, était abasourdi au point de ne même plus savoir ce qu'il voulait dire. Stiles se tendit : il lui semblait reconnaître ce cri. Un cri de prévention. Chacun des loups s'agita instantanément et certains se lancèrent des regards perdus, un peu affolés. Oubliant momentanément son état mental désastreux à la vue de sa meute désemparée, Stiles se leva et essaya de les rassurer. Il en caressa quelques-uns – ceux qui semblaient avoir peur – et assura aux autres que tout allait bien. Sauf que le hurlement était lupin et ça, lui-même l'avait entendu. A force de côtoyer des loups, il connaissait leur cri.
Mais il y en eut un autre. Bien plus douloureux, déchirant. Bien plus difficile à écouter. Puis, un coup de feu. Un deuxième. Cette fois, Stiles se figea avant de se reprendre et ordonna instantanément à la meute de monter à l'étage et d'y rester. Il monta à son tour, les compta et essaya de se souvenir de leur identité. En tout cas, s'il ne comptait pas Derek dans le lot – ce qui ne servait à rien, selon lui –, il manquait trois loups-garous. Hypothétiquement, s'il ne se trompait pas, il manquait Isaac, Théo et Jackson. Un frisson de peur le parcourut mais Stiles sut qu'il devait agir sans attendre une seule seconde. A nouveau, il ordonna à ses amis de ne surtout pas bouger, de rester là. De son côté, il descendit sans une hésitation. Mit ses chaussures. Non loin de lui, son hallucination semblait s'affairer aussi.
- C'est Isaac, l'informa l'ancien alpha, un éclair de peur contrôlé dans les yeux.
Un nouveau hurlement – d'un autre loup –, suivi d'un troisième coup de feu.
- Il doit être avec Théo et Jackson, ils ne sont pas en haut… Je crois, réfléchit Stiles en enfilant une veste.
Ensuite, il ouvrit un énorme placard, puis un autre. Et encore un autre. Râla, les mains tremblantes, sous le regard on ne peut plus préoccupé de Derek.
- Bordel, ne me dis pas que vous n'avez pas une arme dans cette baraque !
- On était une famille de loups-garous, Stiles, rétorqua Derek en s'approchant de lui.
- Des loups-garous, oui, mais aux Etats-Unis, lui rappela l'hyperactif. Vous avez forcément une arme quelque part !
- De toute manière, ça ne change rien te concernant.
Stiles tourna la tête vers Derek, dont le regard était devenu insondable. A cet instant, Stiles ne comprit pas vraiment le sens de ses paroles, alors il rétorqua, sans arrêter ses recherches :
- Ça change tout. Il me faut quelque chose pour intervenir.
- Non, parce que tu ne vas pas bouger d'ici, le prévint Derek.
Stiles ne se stoppa pas pour autant. Il allait trouver quelque chose, forcément ! Alors, il continua. Les loups-garous, la famille de Derek… Elle devait avoir de quoi se défendre, quelque chose qui avait dû rester intact. Aucun lycanthrope, même de naissance, n'était pas à l'abri d'une partie animale récalcitrante, d'un empoisonnement à l'aconit, et… Un léger vertige le prit, mais il n'y fit pas attention. Une nouvelle détonation et des cris le firent sursauter. S'il entendait tout cela aussi bien, c'est qu'ils ne devaient pas être loin… Et c'était bien ça le problème.
- Stiles, stop !
Un bras passé autour du corps du plus jeune, Derek le força à arrêter ses recherches. Il le tourna vers lui, de sorte à pouvoir le regarder dans les yeux. Cette fois, Stiles décela quelque chose : un éclair de colère et un sérieux sans pareil. Les grandes mains de son Derek se serrèrent sur ses épaules sans lui faire mal.
- Je vais y aller, fit-il. Je t'interdis de sortir du manoir, tu m'entends ? Monte à l'étage, enferme-toi dans une chambre avec la meute et n'en bouge pas !
Il y avait de l'urgence dans sa voix et la manière dont il la haussait fit frissonner Stiles. Comme si Derek lui donnait réellement un ordre. Comme s'il était véritablement là, à presque lui crier dessus pour qu'il se mette en sécurité. Quelque chose en lui déchanta.
Stiles mourrait d'inquiétude pour les trois loups absents mais il arrivait fort bien à se contrôler, axant la priorité sur eux. C'était d'ailleurs pour cette raison qu'il avait poussé les autres à se cacher à l'étage. La détonation devait être due à l'action d'un chasseur. Après, quant à savoir s'il s'agissait d'un ou d'une troupe de chasseurs ou de chasseurs… Dans tous les cas, il fallait agir, d'autant plus qu'il avait deviné que l'un de ses trois protégés était blessé.
Alors, Stiles ne se comprit pas vraiment. Il ne sut pas si c'était la légère caresse que son Derek exerça sur l'une de ses épaules ou si c'était l'étrange étincelle dans son regard, mais… Il capitula et monta à l'étage, laissant l'ancien alpha sortir du manoir en courant.
