Titre :« Les nuits»

Pairing : soft Luckae

Genre : Fluff… Vous y croyez ? Mais aussi un touuut petit peu d'angst, quand même, parce qu'avec eux c'est inévitable uwu

Format : OS

Rating : K

Note : JOYEUX ANNIVERSAIRE KAEYA TwT J'avais commencé à écrire ce petit OS il y a un moment, inspiré d'une flopée de prompts Tumblr sur le thème du sommeil, et j'ai pensé que ça serait cool de le finir pour aujourd'hui et offrir à l'étoile de mes nuits, l'homme de ma vie, mon fils ma bataille un petit cadeau d'anniv' un peu chou où Diluc prend soin de lui pour l'aider à passer une bonne nuit hihi (chose qu'il n'a visiblement pas eu l'occasion de faire depuis longtemps uwu). C'est du Luckae très trèèèès soft, ici, on explore surtout leur maladresse et la tendresse qui subsiste entre eux malgré tout.

Il y a beaucoup de références à la backstory de ces deux zouaves, que ce soit l'évènement des lettres, le hangout de Kaeya ou encore les éléments de leur passé que l'on trouve dans le manga. Si vous ne les avez pas, ça ne devrait pas trop gêner la compréhension mais je préfère prévenir nwn

Bonne lecture !


Les nuits


L'immense bâtisse où il avait grandi se dressait face au ciel gris, rendu lourd et sombre par les nuages d'orage qui s'amoncelaient au-dessus de Mondstadt depuis le début de l'après-midi. Kaeya resta un instant au seuil, le nez levé sur les murs albes maintenus par les poutres épaisses où le lierre sauvage avait grimpé, s'enroulant en arabesques vertes jusqu'aux abords des toits de tuiles. L'odeur lourde et sucrée des raisins à maturité emplissait l'air, emportée par le souffle d'un vent persistant qui faisait bruisser les feuilles à la cime des arbres, bosquets épars clairsemés autour du Domaine. Il étouffa un léger soupir lorsqu'il leva la main, ses doigts effleurant la poignée en métal poli par les années d'usure, et s'apprêta à abandonner sa nostalgie sur le pas de la porte lorsqu'il s'engouffra à l'intérieur.

Le large séjour était plongé dans un silence tranquille, et le capitaine se sentit légèrement plus détendu lorsqu'il comprit qu'il aurait droit à un instant de répit avant le début des hostilités. Les accueils dynamiques et chaleureux d'Adeline et Elzer lui réchauffaient toujours le cœur, mais garder sa contenance et son assurance à toute épreuve en revenant sur les lieux de son adolescence était une gymnastique qui pouvait vite s'avérer éreintante.

La douce chaleur qui flottait à l'intérieur était irrésistible. Le jeune homme s'avança jusqu'à l'âtre qui crépitait doucement, jetant un œil distrait aux nombreuses lettres et enveloppes qui jonchaient le bureau en chêne qui y faisait face. Diluc était toujours aussi bordélique. Kaeya eut tout juste le temps de reconnaître sa propre écriture sur l'un des parchemins qu'une voix dans son dos l'arracha à son observation discrète.

« Toujours en train de fouiner où tu peux même en dehors de tes heures de travail ?

-Bonsoir à toi aussi, Diluc. » Fit Kaeya sans même avoir besoin de se retourner. « Tu sais, tu ferais mieux de ranger toute cette paperasse si tu veux mon avis, une personne mal intentionnée pourrait sans mal deviner le lourd secret de ton identité cachée, si tu vois ce que je veux dire. » Ricana-t-il, agitant sous le nez du propriétaire des lieux la lettre qui avait accaparé son attention quelques secondes plus tôt. « Je ne savais pas que tu gardais mes lettres.

-Elles peuvent toujours servir à faire partir le feu. » Siffla Diluc en lui reprenant la missive des mains, qu'il rangea soigneusement au milieu de la pile. « Tu es en retard. » Poursuivit le rouquin en croisant les bras. « Adeline est déjà aux fourneaux. Installons-nous dans la salle à manger.

-Oh, dois-je en déduire que j'ai raté l'heure de l'apéritif ? Moi qui pensais que tu aurais l'amabilité de me faire goûter une des bouteilles de ta dernière cuvée… »

Le regard noir que lança son aîné a Kaeya dissuada ce dernier d'insister plus.

« Très bien, très bien, je me contenterai de ce que tu voudras bien m'offrir pendant le dîner, dans ce cas. »

Kaeya s'installa à la place à droite de celle en bout de table, où s'assit l'autre homme. Lorsqu'ils n'étaient encore que des enfants, c'était leur père qui présidait et eux se faisaient face. Kaeya n'aurait pas pu se souvenir des innombrables dîners et déjeuners durant lesquels son frère faisait tout pour lui faire perdre son sérieux, ce qui leur avait valu plus d'une fois les remontrances de Crépus qui exigeait de leur part une conduite irréprochable. Il balaya d'un revers de main la boule qui se noua dans sa gorge, ignorant la pointe de mélancolie qu'il fut étonné de ressentir. Ce n'était pas comme si c'était la première fois qu'il revenait au Domaine depuis, et ce n'était pas comme s'il n'avait pas eu le temps de faire le deuil de sa jeunesse au sein de la famille Ragnvindr.

Adeline arriva des cuisines une petite poignée de minutes plus tard, juste avant que le silence qui était tombé sur les deux garçons ne devienne trop pesant pour être soutenable. Elle semblait ravie de voir le capitaine dans les parages et ne manqua pas de souligner à plusieurs reprises à quel point le Domaine pouvait être vide lorsqu'il n'était pas parmi eux, que les choses avaient tellement changé, qu'elle se faisait une joie de le revoir, et beaucoup d'autres choses encore mais Kaeya perdit le fil lorsqu'elle lui servit un verre qu'il ne se fit pas prier pour descendre. Quand elle se retira pour laisser les deux garçons dîner seuls, Diluc poussa un soupir:

« Je lui avais pourtant bien demandé de ne pas ouvrir de bouteille, ce soir. » Kaeya haussa les épaules, un rictus barrant son visage.

« On dirait qu'elle a enfreint les règles pour moi. Tu serais jaloux, peut-être?

-Sûrement pas. Je préférerais juste que tu évites de te saouler avant le plat principal.

-Sois sans crainte, je suis encore capable de me contrôler. »

Le haussement de sourcils qu'il reçut en réponse aurait pu être traduit par quelque chose comme « ne te moques pas de moi, ivrogne, je t'ai ramassé la tête dans un seau à vomir tes tripes plus d'une fois », mais Kaeya préféra faire comme si de rien n'était, car le débat était et serait toujours stérile. Il buvait, Diluc n'aimait pas ça et ne se gênait pas pour le lui faire remarquer, et il n'y avait pas grand chose de plus à ajouter. Préférant se lancer sur une piste qui pourrait lui permettre de plus aisément mener la danse, le jeune capitaine préféra se pencher sur la raison de l'invitation qu'il avait reçue à venir passer la soirée au manoir.

« Y-a-t-il vraiment besoin d'une raison? » Diluc haussa les épaules et resta évasif. « Pour reprendre tes mots, c'est aussi chez toi ici, il me semble, non? »

Et ce fut tout. Rien de plus. L'héritier restait évasif, et le brun était perplexe. Qu'est ce que Diluc pouvait bien encore avoir derrière la tête?

§§§

Si Kaeya avait su que ce qui allait suivre serait une épreuve plus saugrenue encore que celle du dîner, il aurait eu du mal à y croire. Une fois sorti de table et après y avoir supporté les remarques et les regards réprobateurs de Diluc lorsqu'il faisait mine d'approcher un peu trop souvent la main de la bouteille de vin, ce dernier l'accompagna à l'étage, où le capitaine cru qu'il se contenterait simplement de l'escorter jusque sur le palier de sa chambre: lubie étrange, mais Kaeya était habitué à ce que son frère ait, de temps en temps, des gestes qu'il avait depuis longtemps arrêté de tenter de comprendre. Quelle ne fut sa surprise lorsque le rouquin se dirigea vers la grande salle de bain dont la porte trônait au fond du couloir, et qu'à l'image de la table du dîner une heure plus tôt, y invita Kaeya à entrer. Levant un sourcil, le brun passa la tête par la porte, rencontrant alors une épaisse vapeur parfumée. La baignoire, au centre de la pièce, était remplie d'une eau fumante rendue trouble par les sels de bain, dont l'épaisse buée collait à la faïence et aux carreaux. Kaeya déglutit lorsque Diluc referma derrière eux.

Le bain avait été préparé en amont par Adeline qui s'était éclipsée dès qu'ils s'étaient installés à table. L'eau laiteuse était décorée de pétales de roses qui sombraient doucement, et Kaeya ne sut pas s'il devait rire ou s'écrouler d'embarras. Imaginer que Diluc prenait probablement tous ses bains de la sorte était absolument hilarant, mais comprendre que ce soir, il l'accompagnerait le gênait profondément. Kaeya se retourna vers le roux avec une moue rieuse aux traits.

« Adeline a mis le paquet. » Fit-il en s'adossant contre l'avancée qui se trouvait sous l'une des fenêtres. Il n'avait pas vraiment envie de se jeter à l'eau. Diluc se mit à défaire la cravate qui enserrait son cou.

« Elle se laisse toujours rattraper par son côté sentimental lorsque tu viens ici, jusqu'à avoir tendance à en faire trop. Je sais ce que tu penses, Kaeya, » gronda Diluc en voyant que son frère étouffait un petit rire derrière sa main, « Je ne prends pas tous mes bains agrémentés de pétales de fleurs.

-Bien sûr. » Kaeya glissa une main nerveuse derrière son oreille, replaçant une mèche rebelle. « Hum… Et si je te laissais y aller en premier ? Je ne suis pas très emballé…

-Ce n'est pas la peine d'essayer de t'échapper.

-Désolé, mais c'est trop bizarre pour moi.

-Tu aimais bien ça, pourtant, quand on était petits. »

Diluc fit un pas. Kaeya regretta son choix de s'être adossé quelque part où il n'avait pas d'issue. Peut-être qu'il pourrait encore sauter par la fenêtre si les choses tournaient vraiment à son désavantage.

« Il me semble que beaucoup de choses ont changé depuis. »

L'air joueur qui flottait faussement sur le visage du capitaine avait disparu, son iris planté dans les deux imperturbables grenats de son frère. Durant une seconde, les rôles furent échangés, mais le flegme de Diluc était une arme contre laquelle Kaeya était toujours désavantagé. Sans répondre à la provocation, il déposa sa cravate, dénouée, sur le rebord de la fenêtre contre laquelle était adossé son frère. Il glissa une main sur son épaule, qu'il sentie tendue et faussement décontractée. D'un geste, il le débarrassa de l'épais col en fourrure qui retenait sa cape.

« Ne discute pas et viens me rejoindre. Je n'ai pas fait acheter à Elzer cette mousse de bain à la fleur de soie de Liyue que tu aimes tant pour ne pas te voir l'utiliser. »

Sur ces mots, Diluc lui tourna le dos pour se débarrasser de sa chemise, dissolvant l'étroite et étrange proximité qu'ils avaient partagé l'espace de quelques secondes. Kaeya serra les dents et se tourna lui aussi lorsqu'il entendit le bruit métallique d'une boucle de ceinture que l'on ouvre.

§§§

L'eau était délicieusement brûlante, piquant l'épiderme au contact, douce et soyeuse contre la peau. Repoussant ses longs cheveux qui lui collaient aux omoplates, Kaeya n'arrivait pourtant pas à se détendre, sur ses gardes maintenant qu'il était pris au piège dans cet espèce de guet-apens tendu par son frère, et qu'il n'expliquait toujours pas. En face de lui, Diluc fit de même, essorant ses mèches flamboyantes alourdies par l'eau chaude.

« Tu n'as pas trop chaud? » Furent les premières paroles qui brisèrent le silence pesant qui n'avait alors été troublé que du martèlement discret des gouttes de pluie qui tapaient doucement contre les carreaux dehors. Kaeya croisa les bras autour de ses jambes, qu'il avait ramenées contre son torse.

« ...Non, pas pour l'instant.

-Préviens-moi si la chaleur te fait tourner la tête. »

Le brun fit la moue, lançant un regard en coin à son frère.

« Ce genre de choses ne m'arrive plus. »

Il ne trouva rien d'autre à ajouter, de plus en plus troublé par le déroulé des évènements. Diluc essayait-il de lui faire revivre une soirée à l'ancienne, comme celles qu'ils partageaient lorsqu'ils vivaient encore tous les deux sous le même toit ? Quelque chose clochait définitivement ce soir, et les faits et gestes de Diluc, qui jonglait entre le rejet et la prévenance, étaient difficiles à interpréter.

Kaeya soupira, le souffle rendu lourd par la chaleur moite. Il n'avait envie de rien d'autre que de s'éclipser de cette maudite baignoire pour aller se terrer dans son lit, faire semblant de dormir et discrètement disparaître au lever du jour. Ou même avant, si la porte ne faisait pas trop de bruit en s'ouvrant et si les escaliers ne grinçaient pas trop lorsqu'il les emprunterait pour fuir.

Mais alors qu'il planifiait son évasion du Domaine, Diluc passa l'une de ses mains dans son dos, se penchant vers lui pour ramener ses cheveux vers l'avant.

« ...Diluc?

-Ne me regarde pas comme ça. Je vais juste te les laver, tu peux te détendre. »

Les doigts de son frère emmêlés dans les mèches cobalts glissèrent doucement des longueurs jusqu'aux pointes et Kaeya resta immobile, le regardant faire lorsqu'il se saisit du flacon en verre pour verser au creux de sa main libre une généreuse dose du liquide épais et nacré. Diluc sentit les épaules tendues de l'autre garçon et soupira lorsqu'il essaya en vain d'attraper son regard fuyant.

« Tu n'es pas obligé d'être sur tes gardes. À te voir, on dirait que je vais te faire du mal. »

Il réalisa une seconde trop tard qu'il avait parlé un peu vite.

« Enfin… Je ne voulais pas dire ça comme ça-

-C'est bon, Diluc. »

Kaeya lui lança un regard désolé, son œil droit masqué par l'épaisse mèche qui lui tombait devant. Son bandeau était soigneusement posé au sommet de la pile de ses vêtements. Diluc serra imperceptiblement les dents. Même malgré les années qui les séparaient de la nuit qui avait mis fin à l'enfance et l'adolescence qu'ils avaient partagé, l'hésitation tendue résultant du geste de Diluc ce soir-là persistait. C'était comme si, même malgré tout le mal qu'ils déployaient tous les deux pour tenter de faire un pas vers l'autre, leurs efforts se voyaient réduits à néant avant même d'avoir eu lieu d'être.

Diluc ne préféra rien ajouter, et le silence ne fut plus troublé que du clapotis de l'eau du bain. Entre ses doigts, une mousse épaisse et parfumée s'était formée, avec laquelle il massa patiemment les cheveux de son frère.

« Ils sont vraiment doux, » Dit-il seulement lorsqu'il croisa enfin le regard de Kaeya. « Ça, ça n'a pas changé. »

§§§

Un nuage de buée épais et dense s'échappa de la salle d'eau lorsqu'ils en sortirent, le corps et les cheveux encore humides et la peau rendue douce par les sels de bains dans lesquels ils avaient trempé au cours de la dernière demi-heure. Au bout du couloir, les deux portes de leurs chambres respectives -même si, dans le cas de Kaeya, il n'y avait pas dormi depuis des années- se dressaient, les lumignons fichés au mur luisant tranquillement aux côtés de chacune d'elles. D'un pas qu'il voulu léger, le chevalier s'avança jusqu'à la sienne et enroula ses doigts autour de cette poignée qu'il aurait pensé ne plus jamais abaisser. Il se tourna vers Diluc.

« Bien, sur ce, je te souhaite une bonne nuit.

-Où est ce que tu vas ? Tu ne dors pas ici.

-Ah ? Et pourquoi ça ? Tu vas me dire que ma chambre est devenue un débarras, j'imagine ?

-Ta chambre est dans le même état que celui dans lequel tu l'as laissée lorsque tu es parti pour la cité, » Soupira l'aîné en ouvrant sa propre porte et en se poussant sur le côté pour l'inviter à entrer. « Mais je veux être sûr que tu dormes, cette nuit, alors tu vas venir avec moi. »

Le bras de Kaeya retomba le long de son corps.

« Avec toi ? Pas moyen. Je préfère dormir seul.

-Tu n'es pas en position de marchander. Allez… » La main de Diluc se posa contre son dos alors qu'il se faisait gentiment pousser à l'intérieur. « … Passe. »

Kaeya protesta lorsque Diluc referma derrière eux.

« Attends, attends, pause. Diluc, je suis désolé mais j'ai vraiment du mal à te suivre, ce soir. Je peux savoir à quoi est ce que tu joues? »

Diluc tiqua. Coulant sur lui un regard que le chevalier trouva un brin trop paternel, le maître des lieux avoua finalement :

« Écoute… Jean m'a demandé de veiller sur toi. Elle m'a dit que tu semblais épuisé, et elle a pensé que… Ça serait probablement une bonne chose que quelqu'un s'occupe un peu de ton cas.»

Le brun qui s'apprêtait à en rajouter une couche ravala un hoquet stupéfait. Ses lèvres se tordirent dans un sourire amer.

« …Ah, je comprends mieux. Il faut que ce soit Jean qui te le demande pour que tu prennes soin de moi. Je me disais bien que tu devais te forcer. »

À bien y réfléchir, l'invitation n'aurait eu aucun sens, sinon, et les circonstances expliquaient le comportant visiblement forcé de Diluc. Jean avait très certainement pensé bien faire, mais pour cette fois, Kaeya aurait préféré qu'elle ne se mêle pas de ses affaires. Alors qu'il se perdait dans les sombres questionnements que soulevait cette étrange soirée, Kaeya fut plaqué contre la porte en bois massif, coincé entre les deux bras de Diluc qu'il placarda de chaque côté de sa tête. Il sentit son cœur manquer un bond et il lui fallut déployer un effort surhumain pour ne rien laisser paraître. Il ne parvint toutefois pas à retenir la goutte de sueur froide qui lui glissa le long de la tempe lorsque son frère planta dans son iris étoilé un regard sévère qu'il ne connaissait que trop bien, et qui n'était généralement jamais accompagné de quoi que ce soit d'agréable.

« Ça suffit, Kaeya. » Sa voix grondait comme un avertissement. « Arrête avec tes allusions. Tu sais très bien que ce n'est pas comme ça. » Le cadet n'ajouta rien, déglutissant en silence. Il se passa une, deux secondes dans le plus profond des silence tendu avant que Diluc ne relâche un soupir, s'écartant de la porte contre laquelle il bloquait son frère. Il poursuivit.

« Tu es une véritable anguille qui ne se laisse jamais attraper. Alors laisse-moi profiter de cette occasion pour te montrer que je peux prendre soin de toi convenablement, et de mon plein gré. » Sa voix s'était faite plus douce, mais il ne l'avait pas lâché du regard. « Est ce que tu veux bien accepter de te laisser faire, rien que pour cette fois ? »

Dire que la demande n'était pas alléchante aurait été un mensonge, mais Kaeya fut incapable de donner une réponse immédiate. Il avait quitté le Domaine pour vivre seul après la nuit fatidique qui avait réduit en miettes le lien fraternel qu'ils avaient partagé durant leur jeunesse, et depuis, n'avait plus été habitué à ce que quiconque ne veille sur lui. Il n'était même pas sûr de pouvoir vraiment le mériter, et encore moins de réellement le vouloir. Mais il avait en face de lui l'une des personnes les plus têtues de son entourage et vu la façon dont Diluc se tenait à proximité de lui, prêt à lui bondir dessus s'il faisait mine de fuir, ajouté à son regard pénétrant qu'il sentait brûler contre sa peau, une réponse autre que par l'affirmative ne semblait pas envisageable.

Il baissa la tête, la mèche de cheveux qui lui barrait la moitié du visage masquant ses joues qu'il sentait rougir.

« Bien, puisque tu as l'air de tant y tenir, je ne vois pas quelle excuse je pourrais trouver pour te faire changer d'avis. »

Le rouquin fit non de la tête, mais un maigre rictus avait fleuri sur ses lèvres.

« Je préfère ça. »

Kaeya décolla son dos de la porte lorsque Diluc s'éloigna, non sans le quitter du regard, encore surpris par ce brusque revirement de situation. Son frère s'était approché de la table qui se trouvait dans l'immense pièce et en avait tiré l'une de deux chaises.

« J'ai demandé à Adeline de préparer ça pour toi. C'est une infusion de mélisse Mondstadtoise. Elle devrait t'aider à trouver le sommeil. Approche. »

Le brun s'apprêtait à protester mais se retint au dernier moment. Après tout, il avait accepté de laisser Diluc faire. Sans rien ajouter, il s'approcha et avisa le service à thé qu'il connaissait bien. La porcelaine était toujours dans un état impeccable, entretenue avec le plus grand soin. Il prit place dans le fauteuil qui faisait dos à la cheminée, celui qui était le mieux placé pour en sentir la chaleur. L'infusion ambrée s'échappa en un fin filet de la théière aux motifs d'or lorsque le roux remplit aux trois quarts la tasse déposée devant lui. Kaeya avisa le breuvage fumant et les anneaux qui y dansaient à la surface.

« Servi par Maître Diluc en personne alors qu'il n'est pas en service, ça serait mentir de dire que je ne me sens pas privilégié. Mais est ce que j'ai le droit d'être encore plus difficile ? »

Diluc baissa sur lui deux prunelles moralisatrices.

« Si c'est de l'alcool que tu veux, saches que c'est absolument hors de question.

-J'aurais essayé. » Soupira Kaeya en haussant les épaules.

L'infusion ne lui disant rien, il se rencogna contre le dossier moelleux du large fauteuil dans lequel Diluc l'avait invité à s'asseoir. À son tour, le rouquin s'installa dans celui qui lui faisait face, les deux assises séparées par la table sur laquelle reposaient les tasses fumantes. La rumeur discrète du crépitement des bûches qui se consumaient dans l'âtre planait au-dessus d'eux. Les yeux de Kaeya se posèrent sur son frère, dont les clavicules étaient encore maculées de quelques gouttes translucides qu'il avait ramenées du bain. Ses épaules droites étaient enroulées dans un peignoir en velours bordeaux brodé des initiales du Domaine. Il portait exactement le même, mais se fit la réflexion que le déshabillé seyait mieux à l'un qu'à l'autre. Baissant les yeux, il ravala un soupir, ce qui n'échappa pas à son frère.

« Qu'y a-t-il ? J'ai l'impression que tu es contrarié. »

Kaeya releva promptement la tête avant de froncer les sourcils.

« Arrête d'essayer de m'analyser. Je suis juste perdu dans mes pensées. »

Il croisa les bras, cherchant un autre point où poser le regard, hors de la ligne de mire dans laquelle se trouvait son aîné, si possible. Sa prunelle valide s'échoua sur les braises rougeoyantes qui grillaient sous l'épaisse bûche de chêne. Une fine colonne de fumée s'en échappait, disparaissant dans le conduit de la cheminée. La conversation qu'ils venaient d'échanger lui laissait encore une impression étrange, et Kaeya était perdu entre l'amertume et l'impression fugace mais terriblement dérangeante d'être passé à côté de quelque chose d'important durant ces nombreuses dernières années.

Il tentait d'enfouir cette horripilante dualité derrière une bonne couche d'indifférence feinte, comme il savait si bien le faire, lorsque Diluc se leva pour se diriger vers la penderie en bois de noyer qui trônait en face d'un lit si large qu'il aurait pu accueillir trois personnes. Il en sortit une chemise de nuit au tissu fluide et à la coupe large qu'il déposa au bord du matelas.

« C'est pour toi, » Fit-il, et Kaeya se tourna vers lui. « Ça sera plus confortable que de dormir avec ton peignoir s'il est mouillé. Tu ne bois pas ?

-Je n'ai jamais été un grand amoureux des boissons non alcoolisées, tu sais. » Répondit le brun avec un sourire désolé.

Diluc resta accroché quelques secondes à son regard, mais au grand étonnement de son frère, n'ajouta rien. L'occasion de lui lancer une énième pique bien sentie comme quoi, s'il y avait autre chose que de l'alcool dans son verre, il n'y touchait pas -ce qui n'était malheureusement pas tellement faux- était pourtant parfaite, mais le maître des lieux s'assit seulement au bord du matelas, tapotant doucement la place à côté de lui.

« Ça ne fait rien. Viens. »

Kaeya se raidit. Dire qu'il ne redoutait pas cette situation aurait été mentir. Il y avait tant d'années -trop d'années- qu'ils n'avaient plus partagé un lit, et après les événements qui avaient suivi la mort de leur père, le capitaine n'aurait jamais osé imaginer que la situation ne puisse se re-présenter un jour. Mais Diluc jouait le jeu et avait arrêté les remarques. Son visage restait impassiblement fermé, mais quelque chose dans ses traits s'était adouci. C'était au tour de Kaeya de baisser les armes et de faire un pas vers lui.

Il quitta le fauteuil et la douceur du rayonnement de l'âtre pour s'approcher du lit. Imitant Diluc, il s'y assit au bord, le corps tourné vers l'extérieur et le regard bas. Il enfila rapidement la chemise de nuit qui, comme il s'y était attendu, était trop large pour lui. Les épaules tombaient trop bas, et les manches ne laissaient dépasser que le bout de ses doigts: elle appartenait probablement à son frère.

Le jeune homme avait du mal à se détendre et s'allongea entre les oreillers le corps raide. Diluc rabattit l'édredon sur leurs jambes, et peu à peu, le brun sentit son corps se réchauffer sous l'épaisseur des draps. Il se décrispa lentement, rattrapé par les heures de sommeil qu'il avait en retard, accumulées par dizaines, qui avaient creusé des cernes sous ses yeux bleus. Remarquant qu'il commençait à étouffer ses bâillements dans le creux de sa paume, Diluc se tourna vers lui.

« Tu as sommeil ?

-Oui… J'ai l'impression d'être épuisé depuis longtemps et de ne m'en être jamais rendu compte. » Rit timidement Kaeya. Diluc effleura ses mèches d'une caresse légère.

« Tes cheveux sont encore humides, tu pourrais tomber malade si tu t'endors comme ça. Laisse-moi les sécher. »

Kaeya protesta à moitié, plus pour la forme que par réelle conviction, mais la fatigue qui lui était tombé dessus le rendait inhabituellement docile. Diluc n'eut pas à beaucoup insister pour que le jeune homme ne vienne se placer entre ses jambes, dos à lui. S'étant emparé d'une brosse douce en crins préalablement laissée à disposition par la servante en chef, il se mit à lentement brosser les cheveux de son cadet, le creux de ses mains rendu agréablement chaud par les pouvoirs que lui conféraient son vision posé sur la table de chevet, luisant d'une faible lueur orangée. Kaeya se voulu discret, mais le soupir de bien être que lui arracha l'agréable processus parvint malgré tout de même aux oreilles de Diluc. Après un instant d'hésitation muette, l'aîné proposa:

« Tu me laisserais les tresser? Ça fait une éternité… »

Kaeya se tourna à moitié, lui jetant un regard par dessus son épaule. Diluc cru d'abord qu'il refuserait, mais il devina sur les lèvres du jeune homme l'ombre d'un sourire peut-être un peu nostalgique.

« Tu passais ton temps à me courir après pour le faire, avant. » Fit Kaeya. Il haussa les épaules. « J'imagine que tu peux, oui. »

Alors, Diluc abandonna la brosse entre les draps, et du bout des doigts, sépara les longueurs de Kaeya en trois brins qu'il se mit à nouer avec une précaution infinie.

« Ils sont devenus vraiment très longs, » Fit-il alors que le tressage en était au niveau des épaules et que les mèches encore libres dansaient jusqu'en bas de ses hanches. « Tu ne les coupes jamais?

-Je pourrais te demander la même chose. »

À nouveau, ce fut un silence troublé du crépitement de la pluie dehors qui fleurit entre les deux hommes. Mais contrairement aux longs moments de gêne que ceux là avaient suscités en début de soirée, cet instant de calme semblait plus propice à la réflexion. Diluc parla enfin.

« Si je les gardais longs, c'était pour faire comme toi.

-Comment ça?

-Tu te souviens de l'époque où tu venais d'arriver au Domaine? Moi, je m'en rappelle. Je cherchais toujours un moyen de faire en sorte que tu te sentes chez toi, ici. » Continua Diluc pendant que Kaeya reprenait place à sa droite, la longue natte tressée par son frère ramenée par-dessus son épaule. « Adeline me coupait les cheveux lorsqu'ils poussaient trop, et je lui ai demandé d'arrêter. Quand elle a voulu savoir pourquoi, je lui ai répondu que c'était pour faire comme toi. Pour qu'on soit plus semblables, et que tu te sentes moins seul. »

Kaeya déglutit. Sentant ses joues le brûler, il détourna furtivement le visage. Saleté de feu de cheminée. Saleté d'édredon en plumes d'oie. Et saleté d'utilisateur du pouvoir Pyro. Diluc lui fit dos un instant, attrapant quelque chose sur la table de chevet. C'était un long ruban en soie pourpre qu'il noua a l'extrémité de la tresse.

« Voilà, » Fit-il en lui offrant un sourire qui aurait été imperceptible pour n'importe qui d'autre, mais Kaeya avait assez regardé Diluc pour connaître la moindre de ses pensées en se contentant de lire dans ses yeux. « Comme ça, elle ne se dénouera pas pendant ton sommeil. »

§§§

Dehors, le feuillage ondulait comme un auvent de soie noire. Contre les carreaux, le chuchotement des feuilles bruissait imperceptiblement.

La joue appuyée contre l'épaule de son frère, Kaeya semblait lutter contre le sommeil. Ses paupières lourdes fixaient un point vague, errant là où les tisons rougeoyants brûlaient dans l'âtre. Sous ses longs cils, ses pupilles d'azur paraissaient presque noires.

« Tu es encore éveillé ? » Demanda doucement Diluc en glissant un marque-page alourdi d'un gros pompon fait de fil vert entre deux chapitres du roman qu'il lisait. « Arrête de lutter, tu dois vraiment te reposer.

-Je n'ai pas envie de dormir. » Soupira le capitaine en se massant les tempes du bout des doigts. La fatigue était si lourde qu'elle lui donnait mal à la tête, pourtant, Kaeya n'arrivait pas à accepter le sommeil.

« Tu es épuisé. » Souffla Diluc. « Si tu voyais la taille de tes cernes… » D'un geste si délicat qu'il s'apparenta plus à une caresse qu'autre chose, Diluc chassa de son visage une mèche qui lui barrait la joue.

« Ta main est chaude… » Souffla Kaeya, juste avant que sa tête ne roule sur le côté. Sa respiration était lente, et ses paupières fermées. Il n'avait plus s'agit que d'une question de temps avant que l'épuisement ne le rattrape, pensa Diluc en soufflant sur la flamme de la lampe à huile qui luisait doucement à son chevet. La pièce plongée dans la pénombre, la silhouette de Kaeya n'était plus qu'une ombre indistincte sous les draps, ses contours ourlés du faible éclat des braises exaltant à l'autre bout de la chambre.

Sous ses paupières, Diluc sentit ses yeux le piquer à son tour. Remontant l'édredon sur son torse, il s'allongea à côté de son frère sans quitter son visage des yeux, devinant ses traits dans le noir. Il est mignon quand il dort, pensa-t-il, débarrassé de son masque, sans défense… Il ne se sent plus obligé de raconter n'importe quoi pour brouiller les pistes.

Quand est-ce que Kaeya avait commencé à changer de la sorte? Quand est ce que le petit frère, timide, poli et honnête aux côtés de qui il avait grandi s'était éloigné de lui au point de presque devenir un parfait inconnu? Diluc connaissait parfaitement la réponse à ces questions qu'il avait ressassées mille fois lors de ses nuits solitaires. « Je suis désolé. » Il parla tout bas. Ses mots n'étaient qu'un souffle, roulant sur la joue de Kaeya, plongé dans le sommeil. « Je ne te laisserai plus. Tu n'auras plus jamais à souffrir, c'est promis. Personne ne mérite d'être seul… Surtout pas toi. »

§§§

L'odeur terreuse et réconfortante des grains de café moulus fut la première chose que Kaeya perçut au réveil. Lorsqu'il ouvrit les yeux, Diluc était debout dans la chambre, un plateau entre les mains. Il posa un genou au bord du matelas.

« Bonjour. » Fit-il doucement, posant précautionneusement le plateau sur les draps. La tasse de café fumant et l'assiette de pancakes qui s'y trouvaient embaumèrent la chambre d'un agréable parfum. Kaeya se redressa entre les oreillers, quelques mèches en bataille. Il s'étira longuement, faisant craquer son dos et ses épaules.

« Bonjour... » Répondit-il enfin, jetant vers son frère un coup d'œil un peu timide. Il n'avait plus l'habitude de se faire réveiller. Autrement dit, il n'avait plus l'habitude que quelqu'un ne le voit dormir. Il était un peu gêné. Diluc s'assit sur le rebord du lit, levant le bras pour lisser quelques-uns des cheveux rebelles de son frère du bout des doigts.

« Tu as dormi longtemps, » Fit-il. « On dirait que tu en avais besoin. J'ai demandé à Adeline de faire monter ton petit-déjeuner. »

Il se rencogna entre les oreillers, à droite de Kaeya. Totalement habillé et visiblement lavé, il déplia le numéro du jour de « La revue de la Liberté », la gazette locale. À côté de lui, Kaeya ne portait sur lui que la chemise trop large et froissée dans laquelle il avait dormi. Il tira un bout de tissu pour couvrir son épaule et prit une gorgée de café. Ses cheveux étaient toujours tressés, le lien n'avait pas cédé.

Il tourna les yeux lorsqu'il croisa le regard de son frère, se cachant derrière sa tasse. Malgré le léger embarras qui l'empêchait de soutenir le regard de Diluc, Kaeya ne pouvait pas le nier: cette nuit était l'une des meilleures qu'il n'ait passé depuis longtemps, et il avait merveilleusement bien dormi.

Il quitta le Domaine un peu avant midi. Les rayons bas d'un soleil automnal rasaient le feuillage crénelé des vignes, baignant les hectares alentour d'une brume ocre. Diluc se tenait sur le pas de la porte, les bras croisés et l'épaule appuyée au montant. Kaeya était sur le seuil.

« Reviens à chaque fois que tu auras encore du mal à trouver le sommeil. » Fit Diluc. « Je suis souvent au Domaine. Tu peux passer quand tu en as besoin, Kaeya »

Le capitaine esquissa un sourire. Ses doigts jouaient avec le ruban pourpre noué à ses cheveux. Peut-être que Jean avait bien fait de se mêler de ses affaires, finalement.

« Merci, Diluc. Je n'y manquerai pas. »


MOI NON PLUS J'ARRIVE PAS A DORMIR DILUC VIENS ME PRENDRE SOIN DE MOI- D: /BAMM

Bon, il s'avère qu'il y a eu un poil plus d'angst que prévu au final, mais je ne peux pas m'en empêcher. Ils appellent l'amertume ces deux là avec leur passé tragique et leur amour impossible et- /reBAMM

Merci à toutes celles et ceux qui sont passé par là et qui auraient lu ce petit OS (cœur) J'ai mis la liste des prompts sur le blog si ça vous intéresse ! (lien dans ma bio, comme d'hab')

Je ne peux rien promettre pour les prochains écrits sachant que je suis en mode dessin ces temps-ci, mais j'ai très envie de modern AU avec tout ce petit peuple genshinesque donc attendez vous potentiellement à la suite de Celsius dans les semaines/mois/années/siècles à venir (non, elle n'est pas abandonnée, je préfère juste brainrotter dessus toute la journée plutôt que de l'écrire mais je vais essayer d'arranger ça promis).

Bye bye B-)