Confidences
Buck fronça les sourcils.
Il savait qu'il devait perdre cette mauvaise habitude pour éviter de se créer une ride. Maddie le lui répétait assez souvent mais à se stade c'était presque devenu un tic.
– Un problème ? s'inquiéta soudain Eddie assis en face de lui.
Lorsqu'ils étaient rentrés ce soir-là et qu'Eddie lui avait relater son entrevue avec cette jeune femme, Buck se serait fustigé sur place pour être un sombre crétin. Il était évident que c'était la solution idéale.
Ou presque parce que ce n'était pas gratuit et Eddie avait déjà beaucoup de frais.
– Buck ? insista Eddie. Qu'est-ce qui ne va pas ?
– Je viens de faire mes comptes et ça va être vraiment juste.
– Tu as des soucis ?
– Quoi ? Non, je veux dire… Si je fais quelques quarts supplémentaires je devrais pouvoir avoir assez pour avancer les frais mais je vais devoir travailler à Noël.
– Mais… Attends, les frais de quoi ?
– Pour payer l'actrice, lâcha-t-il comme une évidence.
– Non, mais payer… Buck non, tu ne vas pas la payer, s'insurgea Eddie.
– Eddie, t'es mignon mais je ne pense pas qu'elle te rendra service juste pour tes beaux yeux, tu sais.
– Oui, je sais que je vais devoir la payer mais je refuse que ça soit toi qui le fasse, encore plus si ça te met dans le rouge.
– Qui d'autre ? Tu es dans le rouge à chaque fin de mois, lui rappela-t-il.
– Je vais trouver une solution mais tu ne débourseras pas un centime, gronda son ami.
Buck fronça les sourcils.
Il ne savait pas vraiment comment Eddie comptait trouver une solution pour se faire de l'argent aussi rapidement. Il devrait prendre des quarts supplémentaires et ne pourrait pas choisir et faire connaissance avec la fille, ce qui se ressentirait forcément lors de leur repas de famille. A moins qu'Eddie n'ait déjà une idée précise de comment si prendre.
Buck releva les yeux sur lui et les plissa alors qu'une sourde colère le traversa.
– Eddie Diaz je te jure que si tu retournes te battre pour te faire du fric, je…
– Non, le coupa-t-il. Je ne compte pas y retourner. Je te le promets.
– Alors, comment tu comptes t'y prendre ?
Eddie soupira.
– Je crois que je ferais mieux d'appeler ma mère et de tout lui dire.
– Oh !
Buck ne s'attendait pas à ça.
Eddie semblait dépité mais déterminé à dire la vérité à ses parents. C'était très courageux de son point de vue mais Eddie était un homme courageux, et c'était sa qualité la plus féroce avec sa gentillesse.
– Ouais, c'est peut-être la meilleure solution, admit-il après une seconde de réflexion. Désolé de ne pas avoir pu t'aider plus que ça.
– Ce n'est pas de ta faute, tu as essayé de m'aider alors qu'à l'origine je me suis mis dans ce pétrin moi-même.
– Tu peux toujours lui dire que vous vous êtes séparé.
– Ouais mais ma mère n'aura pas le tact de ne pas poser de questions. Non je vais lui dire la vérité et espérer qu'elle ne m'en voudra pas trop.
– Ok, je suis là si…
– Ouais, je m'en souviendrais quand elle me collera une fille dans les pattes, rit-il. Je viendrai me cacher chez toi.
– Ma porte te restera toujours ouverte, répondit-il sur le même ton enjoué. Je ferais n'importe quoi pour le père de mon Diaz préféré.
– Oh ! lâcha Eddie en faisant mine d'être offensé. C'est comme ça, hein ? Je pensais être ton meilleur ami.
– Tu as le meilleur fils du monde. Qui ne craquerait pas ? s'amusa Buck.
– Il t'a complètement enroulé autour de son petit doigt, depuis le premier jour, fit-il semblant de lui reprocher.
– Je ne le nierai pas.
Eddie se contenta de secouer la tête en souriant.
Buck ferma les applications de son téléphone et soupira en mettant fin à ce projet qui lui avait occupé la tête. Tout pour oublier sa rupture et sa solitude. Il aurait aimé aider Eddie bien plus que ça. Il se sentait comme un échec.
Il espérait au moins faire quelque chose de positif pour Eddie.
– Et sinon, je me demande comment elles sont, les filles que ta mère te présente. Je veux dire si tu les fuis elles ne doivent pas être terrible.
– Oh, je… non, je suppose qu'elles sont bien.
– Tu supposes ?
– Elles sont généralement de bonne famille, intelligentes et de bonnes catholiques.
– D'accord mais est-ce qu'elles sont jolies ? Ne te méprends pas, c'est juste que je les imagine vieilles filles moches mais on a rencontré beaucoup de jolies filles ces dernières semaines mais aucune n'était à ton goût, alors je me demande quel est ton style.
– Je n'ai pas vraiment de style.
– Alors quoi ? Tu préfères rester seul ?
– Je ne suis pas seul, contrattaqua Eddie.
– Tu sais très bien ce que je veux dire.
Eddie soupira et Buck ne le lâcha pas du regard.
– C'est juste que de toute ma vie je n'ai eu que Shannon, admit-il sans croiser son regard. Et elle était ma meilleure amie avant de devenir ma femme. Je n'ai jamais désiré personne comme elle.
– Tu n'as pas besoin d'aimer de la même façon, souffla Buck. Je veux dire, Shannon et toi étiez fusionnels. Tu ne peux pas retrouver le même niveau d'intimité en un clin d'œil. Une relation, ça se construit dans le temps.
– Je sais mais ce que j'avais avec Shannon c'était exceptionnel. Pas dans le sens génial ou quoi, même si le sexe l'était, mais plutôt dans ce que je ressentais pour elle, tout ce désir qui affluait en moi sans que je ne puisse le contrôler.
– Exceptionnel dans le sens de c'est « la seule femme que tu as désiré » ?
– Ouais, souffla-t-il. Quand tu vois une jolie fille, tu es censé montrer de l'intérêt et bien moi non. Je dois aimer la personne avant de la désirer. C'est pour ça que ça n'a fonctionné qu'avec Shannon.
– Wow !
– Ouais, je sais. Je suis détraqué.
– Non, le contredit-il. Enfin je veux dire, t'es comme ça, c'est tout. Ecoute, c'est plus compliqué mais ça peut marcher. Ça a déjà fonctionné avec Shannon.
– Mais rencontrer une femme qui accepte une relation platonique de plusieurs mois, voire de plusieurs années, sans garantie que mon désir se développe, c'est mission impossible.
– Je dirais plus une mission difficile, grimaça-t-il. Mais pas impossible. Tu sais avant d'avoir mon loft, j'étais en coloc avec plusieurs gars. L'un d'entre eux ne ramenait jamais de fille et un jour il m'a admis qu'il ne ressentait pas de désir pour les inconnues. On a longuement parlé et il était comme toi, il avait besoin de faire confiance et de développer des sentiments avant de ressentir du désir.
– Et qu'est-ce qu'il est devenu ?
– Il a quitter la coloc avant moi parce qu'il avait rencontré la bonne personne. Il est marié et il a des gosses. Il est heureux mais ce n'est pas l'important ici. Il était comme toi Eddie. Tu es demi sexuel, et c'est une sexualité à part entière et l'accepter comme telle, plutôt que comme un handicap, t'aidera à passer une nouvelle étape dans ta vie.
Eddie le regarda, fasciné, quelques secondes.
– Tu as raté ta vocation tu sais ?
– Ah ouais ?
– Tu aurais dû être psy, confirma-t-il. Ou sexologue.
– Oh non, le contredit-il en riant. Ni l'un ni l'autre, avec mon passif ça aurait mal tourné.
– Merci mon pote. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi.
– Je serai toujours là pour toi, Eds.
