Plus tard dans la journée, ou plutôt dans la nuit, alors qu'il venait de prendre sa douche suite au long combat contre Natsu qui s'était éternisé sur plusieurs heures, il entendit frapper à la porte de sa chambre. Un peu surpris par ce fait inhabituel, Zeleph s'empressa de mettre des vêtements propres et d'aller voir ce qu'il en était.

Il eut la surprise de trouver sur le pas de sa porte le jeune Neville Londubat qui semblait très agité.

- Professeur Dragnir, je ne vous dérange pas ? demanda le garçon avec hésitation, le regard fuyant.

Il semblait à Zeleph que les élèves n'étaient pas autorisés à sortir de leur dortoir après le couvre feu alors cela devait être vraiment important pour que Neville, qui rechignait à enfreindre les règles, vienne le voir en plein milieu de la nuit. Il s'écarta de la porte pour laisser le garçon entrer mais celui-ci refusa.

- Professeur, c'est… Harry ne va pas très bien. Comme votre chambre est la plus proche du dortoir…

Zeleph mit quelques secondes avant de comprendre ce que voulaient signifier les propos du Gryffondor.

- Conduis-moi à ton dortoir.

Le mage noir supposait que c'était pour ces situations d'urgence que sa chambre et celle de Natsu étaient aussi proches du dortoir de la maison Gryffondor. De cette manière, il pouvait être le premier à réagir s'il y avait un problème.

Il suivit Neville le long des couloirs qui les séparaient du dortoir de la maison Gryffondor. Ils franchirent rapidement l'entrée de la salle commune qui était un tableau auquel il fallait donner un mot de passe, puis ils montèrent jusqu'au dortoir des garçons de cinquième année. Là, il trouva Harry Potter entouré des autres garçons qui murmuraient des propos incohérents.

- Il faut absolument savoir où il est… Il saigne terriblement… J'étais… j'étais un énorme serpent.

- Par ici, professeur, dit Neville.

Zeleph s'avança vers le Survivant. Les autres élèves s'éloignèrent pour lui laisser de la place.

- Professeur Dragnir ! s'exclama Harry.

Il se redressa d'un bond.

- Le père de Ron, dit-il, il a été attaqué par un serpent et c'est grave. Je l'ai vu.

Zeleph regarda de haut en bas le garçon qui lui faisait face. Son regard se porta soudainement sur la cicatrice qui ornait son front et il cru sentir, l'espace de quelques secondes, une signature magique très familière. Il ne l'avait jamais remarqué mais actuellement, Harry Potter dégageait la même aura que Tom Jedusor.

- Pro… professeur ? demanda Harry, nerveux d'être ainsi fixé par Zeleph depuis quelques minutes.

- Je vais t'emmener dans le bureau du directeur. Tu lui expliqueras la situation.

Il lança un regard en direction de Ron Weasley qui lui semblait un peu pâle.

- Il serait préférable que tu viennes aussi, Ronald Weasley.

Il s'adressa ensuite aux trois autres élèves.

- Que l'un de vous trois aille cherche mon frère et l'accompagne jusqu'au bureau du directeur. Le mot de passe est « fizwizbiz ».

Il fit signe à Harry et Ron de le suivre, qui s'empressèrent d'enfiler leur robe de chambre pour se mettre à le suivre dans les couloirs.

Durant tout le chemin, Zeleph se laissa aller à ses pensées. Cette situation était pour le moins curieuse. Comment Harry Potter pouvait savoir que le père de Ron Weasley avait été attaqué, alors qu'il n'avait pas quitté son dortoir et ne possédait aucun don de prémonition ? Il ne s'intéressait pas vraiment à ce genre de choses en temps normal mais le fait était que cela le concernait d'une certaine manière, puisqu'à l'heure actuelle, le Survivant avait des traces de la magie de Tom sur lui. Pour l'avoir côtoyé un petit moment, il savait que ce n'était pas quelque chose de normal.

Tom, qu'as-tu fait ? se demanda Zeleph en jetant un coup d'œil à Harry. Transmets-tu tes souvenirs à Harry Potter pour le torturer ? Ou bien cela va-t-il plus loin ?

Lorsqu'il arriva devant la statue, il donna le mot de passe à cette dernière. Elle s'anima et s'écarta, révélant un escalier de pierre en colimaçon. L'escalier les mena jusqu'à leu sommet toute seule, jusqu'à ce qu'ils arrivent devant la porte du bureau du directeur. Zeleph frappa à la porte avec le heurtoir en forme de griffon. A ce geste, la porte s'ouvrit toute seule et ils purent tous pénétrer dans le bureau.

- Oh, c'est toi, Zeleph… et… ah.

Ils échangèrent un regard.

- Harry Potter souhaite te parler, dit simplement le mage noir.

Il recula pour signifier de manière indirecte qu'il ne se mêlerait plus de cette conversation, se plaçant contre le mur où se trouvait l'entrée, prêt à s'en aller au moindre signe d'emballement de sa magie.

- Que se passe-t-il pour que vous demandiez à me voir à une heure aussi incongrue ?

- Voilà, je dormais… commença Harry. Mais ce n'était pas un rêve ordinaire… C'était réel… J'ai vu ce qui arrivait… Le père de Ron, Mr Weasley, a été attaqué par un serpent géant.

- Comment avez-vous vu cela ? demanda Dumbledore à voix basse, les yeux rivés sur Zeleph.

Celui-ci soutint son regard, se demandant pourquoi il le regardait de cette manière. Voulait-il lui faire passer un message sans qu'Harry et Ron ne s'en aperçoivent ? Il savait que Dumbledore n'essayait pas de lire dans son esprit car ses barrières étaient bien trop puissantes pour cela.

- Je ne sais pas, répondit Harry avec une certaine colère. Qu'est-ce que ça peut faire ? Dans ma

tête, j'imagine…

- Vous m'avez mal compris, déclara Dumbledore d'un ton toujours aussi calme. Je voulais dire… Vous souvenez-vous de… heu… l'endroit où vous vous trouviez lorsque l'attaque s'est produite ? Étiez-vous à côté de la victime, ou observiez-vous la scène du dessus ?

- J'étais le serpent, répondit-il. J'ai tout vu par l'œil du serpent.

Il y eut un moment de silence.

A ce moment-là, la porte du bureau s'ouvrit après que quelqu'un eut frappé trois coups à celle-ci. C'était Natsu.

- J'ai fais aussi vite que j'ai pu. Il se passe quoi ?

Zeleph lui fit signe de venir vers lui. Natsu fronça les sourcils mais obéit sans broncher tout en regardant les deux élèves de Gryffondor et Dumbledore. Ce dernier reprit la parole :

- Arthur est gravement blessé ?

- Oui, insista Harry.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda doucement Natsu, perplexe.

- Harry a rêvé que le père de Ronald était attaqué par un serpent. Il semble que cela soit plus qu'un rêve…

Natsu fronça d'autant plus les sourcils.

Dumbledore se leva soudainement de son bureau, faisant sursauter Harry et Ron.

- Everard ? dit sèchement Dumbledore. Et vous aussi, Dilys ! Vous avez entendu ?

L'un des portraits des anciens directeurs auxquels Dumbledore s'adressait répondit :

- Naturellement.

- L'homme a les cheveux roux et porte des lunettes, dit Dumbledore. Everard, vous allez donner

l'alerte et vous assurer qu'il soit découvert par les gens qu'il faut.

Les deux portraits hochèrent la tête en signe d'assentiment et sortirent de leurs cadres, mais au lieu de réapparaître dans les tableaux voisins comme c'était souvent le cas à Poudlard, ils se volatilisèrent. L'une des toiles ne représentait plus qu'un rideau de couleur sombre et l'autre un élégant fauteuil de cuir.

- Everard et Dilys ont été deux des directeurs de Poudlard les plus célèbres et les plus appréciés,

expliqua Dumbledore tout en se dirigeant vers son phénix qui se reposait sur son perchoir.

- Leur renommée est telle qu'ils ont tous deux leurs portraits exposés dans d'autres institutions importantes du monde de la magie. Et comme ils possèdent la faculté de se déplacer à leur guise entre leurs différents portraits, ils peuvent nous dire ce qui se passe ailleurs…

- Mais Mr Weasley pourrait être n'importe où ! s'exclama Harry.

- Asseyez-vous tous les deux, dit Dumbledore comme si Harry n'avait pas ouvert la bouche. Everard et Dilys ne reviendront sans doute pas avant quelques minutes.

Il se tourna ensuite vers Zeleph et Natsu qui étaient restés près de la porte, écoutant ce qu'il se passait.

- Zeleph, pourrais-tu venir, s'il te plait ?

Dumbledore jeta un œil en direction de son phénix auprès duquel il se tenait. Etant donné que Zeleph avait une sombre malédiction qui semait la mort dans son sillage, les créatures aussi pures que les licornes ou les phénix refusaient de s'approcher de lui, fuyant même lorsqu'il était trop proches d'elles. De toute façon, même s'il n'y avait pas eu sa malédiction, la magie vivante était une magie tellement sombre qu'elle suffisait à les éloigner. C'était sans parler de Natsu qui était un démon – bien qu'il n'en soit pas conscient, il dégageait suffisamment de mauvaises ondes pour que le phénix de Dumbledore ne l'apprécie pas.

Le phénix le leur fit d'ailleurs sentir car il feula dans leur direction, surprenant Harry et Ron qui ne s'étaient pas attendus à ce que cet oiseau se montre soudainement aussi hostile, surtout envers des professeurs de Poudlard. Malgré la situation quelque peu tragique, Zeleph vit le deux amis s'échanger un regard de connivence.

Dumbledore s'empara d'un des instruments d'argent qui reposaient sur son étagère et marcha jusqu'à Zeleph avec. Une fois arrivé à son niveau, il tapota sur l'objet avec sa baguette. Dans un tintement, l'instrument s'anima aussitôt en produisant un cliquetis régulier. De petites bouffées d'une fumée vert pâle s'échappèrent d'un minuscule tube d'argent, situé en haut de l'appareil. Quelques secondes plus tard, les petites bouffées se transformèrent en un jet régulier qui s'épaissit et s'enroula en spirale… Une tête de serpent, la gueule grande ouverte, apparut à l'extrémité de la volute.

Zeleph le prit dans ses mains lorsque Dumbledore lui tendit. Il comprit de suite qu'il s'agissait d'un artéfact magique qui permettait de lire l'âme des individus que l'on souhaitait, à partir de moment où celui-ci se trouvait dans la même pièce.

- Naturellement, naturellement, murmura Dumbledore

- Ils sont séparés de leur essence, dit doucement Zeleph en jetant un coup d'œil en direction de Harry. Comme nous le pensions…

- Mais nous ne soupçonnions pas que ce serait à ce point.

Zeleph hocha la tête.

Le serpent de fumée, cependant, se divisa instantanément en deux autres serpents qui ondulèrent et s'enroulèrent sur eux-mêmes dans la pénombre. Ce qu'ils signifiaient c'était qu'il y avait deux âmes en Harry et l'une d'elles était un morceau de celle de Tom. Elles étaient si intimement imbriquées qu'il allait être difficile de les séparer. Si Harry était bel et bien un horcruxe de Voldemort, cela pourrait s'avérer dangereux de séparer les deux morceaux d'âme l'un de l'autre. Ils étaient si profondément lié… Cela devait être dû au fait que cette cohabitation entre les deux âmes durait depuis si longtemps et à une époque où Harry Potter était encore en train de se former.

- Est-ce à ma portée ? demanda Zeleph.

Dumbledore secoua la tête. Zeleph savait que ce n'était pas un « non, ce n'est pas à ta portée » mais plutôt un « non, je ne sais pas ». Il allait falloir réfléchir à cette question. Que devraient-ils faire à partir de maintenant ?

Dumbledore alla remettre l'instrument sur la petite table aux pieds effilés. Un cri retentit à ce moment-là en haut du mur. Everard était revenu dans sa toile, légèrement essoufflé.

- Dumbledore ?

- Quelles sont les nouvelles ? interrogea celui-ci.

- J'ai crié jusqu'à ce que quelqu'un vienne, répondit le sorcier qui s'épongeait le front à l'aide du rideau accroché derrière lui. J'ai dit que j'avais entendu quelque chose bouger au bas des escaliers… Ils ne savaient pas s'ils devaient me croire ou non mais ils sont quand même descendus… Comme vous le savez, il n'y a pas de tableaux en bas, je ne pouvais donc pas aller voir moi-même. En tout cas, ils l'ont remonté quelques minutes plus tard. Il a l'air mal en point, avec du sang partout. J'ai couru dans la toile d'Elfrida Cragg pour voir de plus près au moment où ils l'emmenaient.

- Bien, dit Dumbledore, tandis que Ron était saisi d'un mouvement convulsif. Je pense que Dilys les aura vus arriver…

Quelques instants plus tard, en effet, la sorcière aux boucles argentées réapparut à son tour dans sa toile. Elle se laissa tomber dans son fauteuil, en proie à une quinte de toux, et annonça :

- Ils l'ont emmené à Ste Mangouste… je les ai vus passer devant mon portrait… Il est dans un triste état…

- Merci, dit Dumbledore.

Il se tourna vers Natsu et Zeleph et leur demanda :

- Puis-je vous demander d'aller réveiller les autres enfants Weasley et leur expliquer la situation de leur père ? Il faut qu'ils viennent ici.

- Compte sur nous ! s'exclama Natsu.

Après être allé réveillé les différents Weasley, leur avoir expliqué la situation puis, enfin, les avoir emmené jusqu'au bureau de Dumbledore, Natsu et Zeleph purent retourner dans leurs chambres. Mais plutôt que de se séparer pour aller se coucher dans leur lit, ils allèrent dans la chambre de Zeleph et s'installèrent dans les canapés qui se trouvaient en face de la cheminée.

- Alors ? demanda Natsu sans préambule. Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Est-ce que tu te souviens de ce qu'est un horcruxe, Natsu ?

- Un horcruxe ? répéta le dragon slayer. C'est pas le truc que Dumbledore t'a demandé de chercher dans tout le pays pour tuer leur mage noir ?

Zeleph hocha la tête.

- Oui, c'est cela. Il s'agit, en fait, d'un morceau d'âme que l'on glisse dans un objet ou un être vivant afin d'empêcher la mort de nous frapper.

Face au regard que lui lançait Natsu, Zeleph se sentit presque obligé de dire :

- Mon immortalité vient bien de ma malédiction, pas des horcruxes. Les horcruxes sont un choix conscient. Pour ma part, j'aurai préféré ne pas être immortel et pouvoir mourir.

- Je n'ai rien dis.

- Tu l'as pensé, se contenta de dire Zeleph.

- Reconnais que l'immortalité ne se trouve pas à tous les coins de rues !

Zeleph était d'accord avec cela. Il n'en voulait pas à Natsu d'avoir pensé, ne serait-ce que quelques secondes, qu'il avait fait des horcruxes afin de ne pas mourir. Son frère n'était pas accoutumé à la magie des sorciers, alors il n'avait pas conscience des sacrifices et des crimes que demandait la création d'un horcruxe. A dire vrai, peu de sorciers avaient conscience de comment en faire un. C'était un magie si tabou… Tout ce qui touchait à la vie et à la mort l'était et l'avait toujours été. Il y a quatre cent ans, c'était déjà le cas.

- Il semblerait que Voldemort ait fait de Harry son horcruxe. Je ne pense pas qu'il l'ait fait consciemment, étant donné que son vœu le plus cher est de mettre fin à ses jours de ses propres mains.

- Donc il ne peut pas mourir tant qu'Harry aura ça en lui ?

Zeleph hocha la tête.

- Et comment on s'en débarrasse ?

- En tuant le porteur.

- Ah.

Zeleph vit que Natsu était embêté par cette idée. Etonnamment, il ne s'exclama pas ni ne s'offusqua. Il ne fit qu'accepter la vérité telle qu'elle était. Le mage noir ne put s'empêcher de se demander si c'était parce qu'il commençait à déteindre sur le dragon slayer. Il n'était pas sûr que ce soit une bonne chose…

- C'est tout ce que tu as à dire ? demanda Zeleph avec précaution.

- Ça te surprend ? demanda Natsu avec un léger sourire. Je ne m'écrie pas parce que je commence à te connaitre après tout ce temps passé ensemble. Je sais que tu vas trouver une solution pour qu'Harry n'ait pas à mourir. Tu accordes bien trop de valeur à la vie pour penser que sa vie est un sacrifice nécessaire.

- Je t'en supplie, Natsu… ne me rappelle pas à quel point la vie est précieuse.

- Tu le sais très bien, Zeleph. Je n'ai pas besoin de te le rappeler. C'est justement parce que tu considères la vie aussi importante que tu souffres tout le temps. Tu te tortures toi-même en refusant d'aller à la facilité et de considérer toutes les vies comme insignifiantes.

Zeleph grimaça tandis qu'un mal de crâne ô combien familier l'assaillit.

- Natsu, arrête… Si tu continues, je ne vais pas pouvoir la contrôler…

Mais c'était trop tard. Il ne pouvait s'empêcher, maintenant, de se rappeler à quel point la vie était précieuse. Il fallait la préserver.

Son mal de tête s'intensifia de plus en plus tandis que de la fumée noire commença à s'échapper hors de son corps, s'agglutinant pour former une sphère tout autour de lui.

- Natsu… argh… va-t-en ! Je n'arrive plus à la contrôler !

Il était maintenant plié en deux de douleur. Il sentit plus qu'il ne vit le dragon slayer foncer vers la fenêtre et sauter de celle-ci afin d'éviter la vague mortelle qui emportait toute vie dans son sillage. Il cru entendre le corps de Natsu atterrir et c'est à ce moment-là qe sa magie se déchaina dans toute la pièce, tuant les fleurs qui la décoraient.