Disclaimer : Comme tout le monde le sait, « Harry Potter » et ses personnages appartiennent à JK Rowling (merci à elle nous avoir offert cet univers merveilleux). Cette fanfiction, par contre, est à moi.

Rating : M pour language et violence

Pairing: plus tard dans l'histoire.


Chapitre 3 : Il doit manger

Harry avait perdu tout espoir. Face au sol, il essayait de fusionner avec le plancher. Il était si maigre que d'ici à deux jours il arriverait peut-être à se glisser entre deux lattes.

Dobby l'elfe allait causer sa mort. Ironique quand on pense que l'objectif était de le sauver.

Son ventre gargouilla et il gémit. Sa gorge sèche lui donna l'impression de respirer des lames de rasoir à travers du velour.

La faim était terrible, toutefois ce n'était rien comparé à la soif. N'ayant accès aux toilettes que le soir et matin, il se restreignait de boire. Plus jeune, il n'avait pas su se retenir dans le placard. Dudley et l'oncle Vernon étaient partis voir Marge quelques jours. Harry avait été enfermé durant des heures pendant sa tante prenait le thé dans le jardin avec des amies. Quand elle avait découvert son état, sa colère avait été effroyable. Elle lui avait jeté un seau d'eau javellisée et il avait été forcé de frotter le sol en pleurant de douleur, les yeux en feu. Elle l'avait ensuite passé au jet d'eau dans le jardin et il avait dû attendre assis sur le petit banc qu'elle se calme. Après cela, elle avait été obligée de l'emmener chez le médecin pour ses yeux. Avant il n'avait jamais eu de soucis pour voir.

Harry n'avait plus jamais eu de fuite et tante Pétunia n'avait jamais dit à l'oncle Vernon pourquoi Harry portait des lunettes à son retour. L'homme s'était plaint que Harry coûtait trop cher, le sujet en resta là.

Pourtant, ce n'était pas mourir qui inquiétait le garçon de douze ans. Il ne pensait qu'à Hedwige. Elle avait faim, elle aussi. Il ne savait pas s'il avait plus peur qu'elle meurt faute de nourriture ou que l'oncle Vernon ne la réduise en charpie si elle poussait un hululement plaintif.

Il avait tout tenté pour attendrir son oncle. Il l'avait supplié de laisser partir la chouette, abandonnant sa dignité, en pleurs et à genoux. Rien n'y avait fait. Harry avait cessé de s'alimenter et donnait tout à son pauvre animal. Ça lui brisait le cœur de la voir ainsi.

Si je meurs en premier, peut-être qu'il la laissera partir, espérait-il.

Il avait perdu toute notion du temps. Il se contentait de se promener dans ses souvenirs, essayant de partir aussi loin que possible. Parfois il entendait les Dursleys, des éclats de voix. Mais cela cassait de moins en moins ses rêveries.

Des bruits de pas devant la porte ne le firent pas réagir. Quand la porte s'ouvrît, il y eut un long silence.

- Debout mon garçon. Va te laver.

Il resta un instant désorienté, il était presque sûr que c'était l'après-midi.

- Debout !

L'oncle Vernon se dirigea vers Hedwige. Harry paniqua.

- Ne lui fais pas mal !

Avec dédain, l'homme grogna.

- Vous partez dans une heure. Lave-toi et descends.

Abasourdi, le sorcier obéit. Il aurait aimé poser mille questions mais ce n'était pas le moment.

Il se lava. Il hésita à boire de l'eau puis craqua et bu à même le robinet de longues gorgées. Sa langue sembla doubler de volume et il se sentit plus alerte.

Nous ne sommes pas le premier septembre, pensa Harry.

Un espoir fou l'assaillit. Peut être que Hagrid allait venir. Le cœur de Harry fit des loopings. S'il n'avait pas été si épuisé, il aurait ri, ou pleuré. Il ne savait plus trop. Il n'y avait que le géant pour obliger les Dursley à bien me traiter. Dumbledore avait refusé de le garder à l'école. Ce n'était pas le directeur qui allait en sauver.

Quand il descendit, Hedwige était dans sa cage, le cadenas avait disparu. Oncle Vernon avait aussi posé la grosse malle à côté de la porte.

- Mange ton sandwich, il va bientôt être l'heure, dit Tante Pétunia, avant de lui tendre une assiette et disparaître dans la cuisine.

Seul dans l'entrée, Harry s'assit sur la première marche de l'escalier, avec un gros morceau de pain garni de roastbeef. De plus en plus intrigué, le garçon en retira immédiatement la viande pour la donner à sa chouette qui les mangea goulûment en poussant de petits cris.

Il alla deux fois aux toilettes et but encore.

L'horloge venait de sonner quinze heures quand on toqua. Tante Petunia ouvrit la porte avec une réticence et une mauvaise humeur évidente.

Harry n'avait jamais vu la femme qui entra. Elle était plus âgée que sa tante, et aussi bien plus belle, toutefois ce n'était pas ce qui le marqua le plus. Elle était riche. Vraiment riche. Ça se voyait à ses vêtements et ses bijoux. Tout était sobre et élégant, comme les actrices à la télévision. Sa tante marmonna un bonjour et l'invitée sourit. Il n'y avait rien de chaleureux. Cela ressemblait plus à un fauve qui montrait les crocs.

- Bonjour mme Dursley. Tout est prêt... enfin.

A son plus grand étonnement, il vit la maîtresse des lieux frissonner. En parallèle le cerveau de Harry tournait à mille à l'heure.

Est-ce que les Dursleys l'avaient vendu ? Ou alors c'était peut-être une parente oubliée ? Il doutait que ce soit les services sociaux. Elle était trop élégante.

- Bien. Allons-y. Fit la femme.

Le cœur battant, Harry regarda sa tante, puis l'inconnue, puis à nouveau sa tante. Son hésitation ne dura qu'une seconde.

N'importe qui plutôt que les Dursley, pensa-t-il.

Il ne posa aucune question, il avait tout de suite compris qu'il fallait partir sans faire d'histoire, et sortit de la maison en portant la cage d'Hedwige. Il fut ébloui par le soleil et se sentit un peu perdu, après tant de temps enfermé.

Arrivé devant la voiture de l'inconnue, un énorme SUV, Harry pinça les lèvres et se lança.

- Je... Est-ce que je peux la laisser sortir. Elle n'a pas volé depuis longtemps. Elle nous suivra.

La femme sourit, cette fois-ci chaleureusement.

- Oui, vas-y.

Il regarda sa chouette s'envoler avec bonheur. Il grimpa à l'arrière tandis que son oncle chargea sa malle dans la voiture en soufflant comme un bœuf. La femme s'installa à côté de Harry. Il réalisa brusquement qu'une autre personne était dans la voiture.

- Gordon, on rentre.

Le chauffeur démarra et le garçon n'eut aucun regard en direction de la maison.

- Qui êtes-vous ?

- Brandi Granger. Je suis la mère de ton amie Hermione.

- Vous n'avez pas l'air d'une dentiste, répliqua aussitôt Harry sans réfléchir.

Son amie lui avait dit la profession de ces parents. Mme Granger l'évalua du regard.

- Pourquoi es-tu monté dans cette voiture ?

Harry haussa les épaules.

- Tout sera toujours mieux que là-bas.

- Au point de partir avec une étrangère ? Tu remets en question mon identité mais ça ne te dérange pas de me suivre.

Harry ne cilla pas et répéta plus fermement.

-Tout sera toujours mieux que là-bas.

La femme soupira.

- Je suis dentiste de formation. J'ai monté mon entreprise de prothèse dentaire avec mon époux, Othenio.

- Pourquoi êtes-vous venue me chercher?

- Hermione était inquiète. Elle t'a envoyé des lettres et quand elle a essayé d'appeler... Ta tante n'a pas été des plus aimables. J'ai aussi croisé Mme Weasley à la gare. Tu n'es pas populaire auprès des mères de famille.

Harry hocha la tête, abasourdi par cette nouvelle information.

- Bref, je suis passée la semaine dernière. Ta tante n'a pas voulu te laisser sortir. J'ai perdu mon sang froid. Sache-le, Harry, j'ai rarement rencontré une personne aussi désagréable .. Nous nous sommes disputées. J'avoue que j'ai anéanti tout espoir de négociation, précisa Brandi Granger en grimaçant légèrement.

Bouche bée, il essaya d'imaginer la scène.

- Mais, alors, comment ...

- Je l'ai menacée d'acheter le lotissement pour en faire un parc locatif HLM. Ça fait une semaine que j'ai mandaté un agent immobilier et il a passé ces derniers jours à démarcher vos voisins. Il a même fait visiter le quartier à des acteurs. Ils ont fait un sacré show, paraît-il.

Elle eut un sourire cruel.

- Finalement ta tante m'a rappelé ce matin pour que je vienne te chercher.

Pétunia Dursley était extrêmement fière de vivre à Privet Drive. Dévaluer le quartier était un moyen de pression considérable.

- Vous êtes brillante.

- Merci... Avec tout cela, j'ai perdu pas mal de temps, dit-elle en sortant un gros dossier de son sac de luxe. Je vais travailler pendant le trajet.

Une étrange impression s'empara de Harry. Comme quelque chose de froid et visqueux lui coulerait dans le cou.

- Je suis vraiment désolé de vous avoir fait perdre votre temps.

Mme Granger hocha la tête et ouvrit un énorme rapport relié.

- Ta tante m'a fait perdre mon temps... Toi, tu es un enfant, Harry. C'est mon rôle de m'assurer que tout va bien, surtout quand j'ai un doute.

Il sourit doucement. C'était réellement la mère d'Hermione.

- Les règles chez nous sont simples, tu verras...

Ces yeux parcouraient son gros document, elle fronça les sourcils et elle oublia la conversation. La ressemblance était frappante avec son amie. C'était rassurant. Harry tourna son regard vers la fenêtre et, enfin détendu, s'endormît avant même que la voiture n'atteigne l'autoroute.


L'enfant était mal en point. Le sang de Brandi bouillonnait. Elle relisait sans cesse la même ligne, mais son esprit ne retenait rien.

Elle regarda le petit sorcier endormi. Il était rachitique. Elle soupira et décida d'envoyer un message au pédiatre d'Hermione. Il faudrait l'ausculter.

C'était dommage, car elle devait bien l'avouer, il était tout à fait adorable. De beaux yeux, un visage parfaitement symétrique, si on ne comptait pas la cicatrice bien sûr, et une voix claire... Harry Potter avait du potentiel. Son œil expert de dentiste lui permettait de prédire une belle mâchoire carrée à l'âge adulte. Il serait superbe, sauf si, bien entendu, il ratait sa croissance. Malheureusement, les signes étaient clairs. Ses lunettes déglinguées, ses cheveux coupés trop courts et très mal, et puis les vêtements. Si on pouvait dire vêtements...

C'était aberrant une telle négligence. A croire que le personnel de Poudlard était indifférent ou incompétent. Et Brandi connaissait assez la vie pour savoir que c'étaient généralement un peu des deux.

Elle avait grandi, ballottée entre les foyers et les points de chute du moment de sa mère. Elle s'était battue toute sa jeunesse pour ne pas finir comme les autres. Son ambition dévorante l'avait menée à l'école dentaire. Puis, il y avait eu Othenio.

Si Harry faisait résonner en elle son enfance saccagée, elle présumait que son époux serait bien plus affecté.

Lui aussi était adopté, et lui aussi n'avait jamais intégré sa famille. Les Granger avaient décidé d'adopter pour se glorifier en public de leurs cœurs si généreux. Ils avaient traversé une mauvaise passe, avec une sombre histoire de malversation et avaient trouvé cette solution pour redorer leur blason. Ils avaient délibérément choisi un enfant de couleur pour que tout le monde puisse voir qu'ils avaient ouvert leur foyer à un petit démuni.

Un goût amer teinta la bouche de Brandi.

Othenio avait servi de trophée à ses parents et de faire valoir pour les vrais enfants Granger. Son salut venait de la pension où il avait passé toute son secondaire, car sa mère adoptive s'était lassée de le promener partout. Un adolescent grincheux, ça ne collait pas à son scénario de famille parfaite.

La vie en internat avait été une libération. Il s'était épanoui et avait pu expérimenter d'autres visions du monde.

Il avait gardé contact avec les Granger car, contre toute attente, il avait tissé de véritables liens avec ses frères et sœurs. Quant aux parents, Brandi et lui avaient utilisé leurs connections et leur argent pour lancer leur entreprise Keramikos. Elle n'avait eu aucun scrupule à exploiter les ressources de sa belle-famille et avait tout fait pour que ses beaux-parents ne puissent prétendre à rien. Ils pouvaient pérorer sur leur aide et comment sans eux Brandi et Othenio ne seraient rien. Dans les faits, ils n'avaient aucun droit sur Keramikos et ça les bouffait. Ils ne s'étaient pas méfiés de la petite prolo, comme ils l'appelaient à l'époque.

Elle ricana. Elle adorait remettre les gens qui se croyaient tout permis à leur place.

Quand mme Weasley les avaient abordés à la gare, Othenio avait souri, du même sourire que lorsque sa chère mère lui parlait. Il haïssait les matriarches pleines de bonnes intentions qui n'hésitent pas à médire sur des enfants, sous prétexte de protéger leur progéniture.

Et Brandi avait encore moins apprécié le discours révoltant de la rousse. Basiquement, Mme Weasley leur avait fait comprendre qu'étant moldus ils n'étaient pas à même de comprendre les dangers qui guettaient Hermione, mais qu'heureusement elle était là pour les guider. Car elle avait 7 enfants et qu'à l'évidence elle était une experte sur comment éduquer des magiciens.

Ils étaient moins légitimes pour éduquer leur fille qu'une inconnue sur un quai de gare. Franchement, c'était à pleurer.

Elle allait montrer à cette vielle poule rousse...

La voiture fit un cahot et Brandi prit conscience de sa rêverie. Elle soupira et essaya de se concentrer. Vraiment ce n'était pas productif tout ça.

Plus que 578 pages, un peu de courage.


Merci de m'avoir lu !