Vendredi 8 décembre 2023
CHAPITRE QUATRE: CALL ON ME – VIANNEY feat ED SHEERAN
Call on me brother
I should let it be over
Every high every low
To feel alive you have to take the blow, you know
Call on me, please, brother
Sam 25/11 – 8h57 – Reçu – Salut.
Sam 25/11 – 8h57 – Reçu – Je suis désolé pour hier soir.
Sam 25/11 – 8h57 – Reçu – J'ai agi comme un con.
Sam 25/11 – 8h57 – Reçu – C'est juste que j'ai du mal à te voir comme ça. Je veux dire…
Sam 25/11 – 8h58 – Reçu – Ça a l'air de tellement marcher entre vous que je…
Sam 25/11 – 8h58 – Reçu – J'aurais aimé que tu me regardes comme tu le regardes.
Sam 25/11 – 8h58 – Reçu – J'espère que tu pourras me pardonner, Dean.
Sam 25/11 – 8h58 – Reçu – Et j'espère que je n'ai pas gâché tes chances avec lui… Il a l'air d'un gars bien.
Quand Dean alluma son portable ce matin-là, il fut aussitôt assailli par les vibrations répétitives indiquant de nouveaux messages. Son estomac se tordit quand il en vit l'expéditeur – et il ne put s'empêcher d'être déçu que ça ne soit pas Cass – cependant, cela ne le surprit pas. Benny était un peu comme lui au fond. Il agissait sur un coup de tête et le regrettait ensuite. Avec un soupir, Dean ouvrit l'application de messagerie et consulta les huit nouveaux messages du bassiste.
Sam 25/11 – 9h30 – Envoyé – J'ai de la chance que Cass soit pas du genre à juger avant de connaître.
Il avait été plus amer qu'il ne l'aurait voulu. Mais les mots qu'avaient balancés Benny la veille au soir faisaient encore mal. Parce qu'au fond, Dean se demandait s'il n'avait pas raison. Ce soir-là, il avait été lâche. Il l'avait blessé. Et son ami n'était sans doute pas le premier à qui il faisait du mal.
Parce que Dean n'avait fait que ça de toute sa vie. Une histoire d'un soir, sans lendemain, un mec qu'il quittait le matin venu et qu'il espérait ne jamais recroiser. La plupart de ses conquêtes s'en contentaient. D'autres – les rares à qui Dean avait donné son numéro parce qu'ils se faisaient insistants – avaient essayé de renouer. Dean n'avait jamais répondu. Il avait fui, comme à chaque fois, par peur de s'engager. Par peur d'être lui-même blessé. Et de finir comme son père.
Cass avait réussi à briser cette règle implicite qu'il avait toujours suivie. Pour la première fois de sa vie, Dean se surprenait à vouloir autre chose qu'une histoire d'un soir. Au risque de souffrir. Hier soir lui avait prouvé qu'il avait eu amplement raison. La simple idée que Castiel ne suive le conseil de Benny lui était insurmontable. Dean était parfaitement conscient d'à quel point le mot était fort, à l'image d'un que prononcerait les personnages de ces films à l'eau de rose que Charlie l'avait forcé à regarder après chacune de ses ruptures – et Dean se demandait comment voir des couples dégoulinant de mièvrerie pouvait lui remonter le moral – mais il ne pouvait pas l'empêcher. Castiel ne pouvait pas, ne devait pas disparaître de sa vie. Pas après l'avoir tant bousculée.
Sam 25/11 – 9h30 – Reçu – Je suis heureux de l'entendre.
Son ressentiment se calma quelque peu. Benny essayait de ramasser les morceaux et de les recoller. Et malgré tout, son amitié avec le bassiste lui manquait. Il ne pouvait pas refuser d'au moins essayer. Castiel avait raison. Le temps ferait son œuvre entre eux.
Sam 25/11 – 9h31 – Envoyé – Benny… je suis vraiment désolé. Je sais que je t'ai blessé ce soir-là. J'aurais jamais dû répondre à ton baiser et j'aurais jamais dû accepter de te suivre jusqu'à chez toi ensuite. Je t'ai fait espérer et c'est mal. Et ensuite j'ai agi comme un connard, comme si tu étais tous ces autres que j'abordais dans un bar. Mais tu l'étais pas. T'étais mon ami et tu as eu le malheur de tomber amoureux de moi.
Sam 25/11 – 9h32 – Envoyé – Tu sais les sentiments… ça m'a toujours fait flipper. Je sais pas si c'est à cause de mon père qui arrêtait pas de me dire que ça rend faible ou si c'est autre chose, mais c'est la vérité. J'ai peur d'en donner et j'ai peur d'en recevoir et du coup, je suis blessant.
Sam 25/11 – 9h32 – Envoyé – C'est pas à toi de t'excuser. T'as fait que me rendre la monnaie de ma pièce et honnêtement, je le mérite. C'est à moi de te demander pardon.
Dean n'eut pas le courage de relire ce qu'il venait d'envoyer. Il supprimerait sans doute le message avant que son ami n'ait le temps de le lire s'il le relisait. Il se devait d'arranger les choses avec Benny à défaut d'avoir la moindre prise sur ce qu'il se passait avec Cass. Cass qui ne lui avait pas écrit. Cass qui pourtant l'avait quitté avec le fantôme de ses lèvres contre sa peau. Il aurait tout aussi bien pu changer d'avis. Dean secoua la tête. Ça n'était pas le moment de penser à cela, alors qu'il essayait de faire amande honorable avec Benny
Sam 25/11 – 9h32 – Reçu – Tu le méritais, c'est vrai. Mais j'aurais pas dû essayer de briser ta relation avec Castiel. C'était un sale coup bas.
Sam 25/11 – 9h32 – Envoyé – On est quitte au moins maintenant.
Sam 25/11 – 9h32 – Reçu – Ouais. On est quitte.
Dean s'autorisa à sourire. Ce conflit avait duré bien trop longtemps. Il voulait que les choses redeviennent comme avant. Peut-être cette conversation était-elle un début.
Sam 25/11 – 9h33 – Reçu – Est-ce que tu vas vraiment revenir dans le groupe?
Sam 25/11 – 9h33 – Envoyé – Tu demandes ça pour…?
Sam 25/11 – 9h33 – Reçu – T'emballe pas, mon pote. J'ai aucune arrière-pensée. Je compte pas gâcher notre réconciliation. Je dis ça parce que Charlie a raison. On a besoin de toi. C'est quand même toi qui l'as monté, ce groupe.
Sam 25/11 – 9h33 – Envoyé – J'étais au lycée.
Sam 25/11 – 9h34 – Reçu – Et alors? C'est supposé être une excuse, ça? Genre «c'était un truc de gamin»?
Sam 25/11 – 9h34 – Envoyé – Non.
Sam 25/11 – 9h34 – Envoyé – Pas du tout.
Sam 25/11 – 9h34 – Envoyé – Écoute, j'ai pas encore eu le temps d'y réfléchir, mais promis, je le ferai.
Sam 25/11 – 9h35 – Reçu – Réfléchis bien. Rien que pour revoir l'expression de ton Castiel quand tu jouais, ça vaudrait le coup.
Sam 25/11 – 9h35 – Envoyé – Qu'est-ce que c'est que cette connerie encore?
Sam 25/11 – 9h35 – Reçu – Tu le sauras si tu reviens…
Sam 25/11 – 9h35 – Envoyé – Ça serait pas un peu du chantage, ça?
Sam 25/11 – 9h36 – Reçu – Vois pas de quoi tu parles… *smiley angélique*
Pendant un moment, Dean hésita. Et puis il tapa.
Sam 25/11 – 9h37 – Envoyé – Merci Benny.
Sam 25/11 – 9h38 – Reçu – De rien mon frère.
Dean sourit. Peut-être qu'en fin de compte, les choses allaient vraiment s'arranger.
Dean ressortit de sous le capot avec un soupir, incapable de se concentrer. Les souvenirs revenaient trop, pour qu'il puisse rester plus de deux minutes opérationnel.
Il n'avait pas songé à son coming out depuis très longtemps. Il avait enterré ça au fond de son esprit et ne l'en avait jamais sorti depuis que Sam était parti s'installer avec Jess. Et pour cause. Y penser seul dans son appartement… Dean ignorait comment il réagirait. Son frère avait assez souffert de l'état désastreux dans lequel il avait été les années qui avaient suivi sa sortie du placard. Il ne voulait pas risquer de blesser et inquiéter à nouveau son cadet.
Et maintenant, tous les mots de son père qu'il avait dû endurer jusqu'aux dix-huit ans de Sam et leur départ pour Stanford lui revenaient par vagues, comme pour l'engloutir. Dean voulait les chasser mais que pouvait-il contre le courant?
Cass avait rouvert de vieilles blessures et le pire dans tout ça, c'est qu'il n'avait même pas fait exprès. Dean avait vraiment voulu se confier et il ne le regrettait pas. Il regrettait simplement les pensées parasites qui l'avaient envahi depuis. Ça n'avait pas vraiment de sens.
– Eh bah t'en tires une tronche. Qu'est-ce qu'il se passe?
Dean sursauta au ton bourru de Bobby qui le rejoignit près de la voiture dont le moteur, avait selon les dires de son propriétaire, rendu l'âme. Quand Dean avait un peu de temps libre, il aimait venir s'occuper les mains dans le garage du vieil ami de son père. Et puis il devait bien ça à Bobby. Sans lui, son coming out aurait pu être encore plus désastreux.
– Rien, répondit-il précipitamment. Je… réfléchissais, c'est tout.
Bobby lui adressa un long regard incrédule. Dean prit le soin de détourner le sien et par automatisme, sa main vint trouver l'amulette qui pendait à son cou. Celle que Sam lui avait offert il y'a quelques années pour son anniversaire. Il la tourna et retourna un instant entre ses doigts et se mordit la lèvre. Une main se posa soudain sur son épaule.
– Tu sais que tu peux tout me dire, fiston?
Comme chaque fois que Bobby l'appelait ainsi, son cœur se serra un peu. Parce qu'il aurait tant aimé avoir un père comme lui. Un qui le soutenait et qui ne voyait pas qu'une déception en lui. Dean n'était pas dupe. Même avant d'avoir révélé son orientation sexuelle à son paternel, il n'avait jamais eu l'approbation qu'il avait tant de fois cherchée. Il n'en voulait pas à Sam, bien sûr, lui que son père regardait avec des yeux fiers mais souvent, il l'enviait. Dean laissa échapper un long soupir et redressa la tête.
– C'est rien, vraiment, fit-il en tentant un sourire qui ne trompa pas Bobby, juste… les mauvais souvenirs qui font surface. Mais ça va, promis.
Bobby haussa un sourcil. Il n'était pas stupide. Il comprendrait bien vite que Dean ne repensait pas à ce jour-là sans raison. Il savait comment il fonctionnait. Il savait aussi que Bobby ne le lâcherait pas tant qu'il n'aurait pas craché le morceau.
– Je t'assure que ça va. Ça passera, pas la peine de t'inquiéter et de rameuter tout le monde. Je vais bien.
– Qu'est-ce qu'il s'est passé, Dean?
Le ton était catégorique et Dean savait ce qu'il lui demandait. Il détourna les yeux une seconde fois. Non seulement il préférerait se concentrer sur ses problèmes de moteur plutôt que sur ses déboires familiaux mais en plus, il n'avait pas envie d'évoquer Cass avec qui que ce soit pour le moment. Il décida de se contenter d'une demi-vérité, parce qu'au moins, on le laisserait en paix.
– Juste… juste un ami qui essaie de le dire à sa famille. Et… ça m'a juste fait repenser à ça. Il m'a… demandé comment ça s'était passé pour moi et… bah j'ai été honnête.
Dean se mordit la lèvre.
– C'est pas agréable de repenser à ça, c'est tout. Faut juste le temps que je l'enterre une autre fois, tu vois?
Bobby le fixait comme si une deuxième tête venait de lui pousser.
– Quoi? demanda-t-il prudemment et le vieux mécanicien mit quelques secondes avant de comprendre que la question lui était adressée.
– Tu en as parlé à quelqu'un? Je veux dire quelqu'un d'extérieur à tout ça? Quelqu'un qui n'était pas là quand… à l'époque?
Dean se passa une main lasse dans les cheveux et ignora que Bobby s'était repris. Et il acquiesça sans le regarder tout en étant conscient qu'il était toujours dévisagé.
– C'est flippant quand tu fais ça, Bobby.
– Et cet ami, vous êtes proches comment exactement?
Dean se mordit la lèvre. Il n'aimait pas le chemin que prenait cet interrogatoire. Il baissa la tête pour masquer ses joues qui prenaient feu avant de marmonner quelque chose qui ressemblait à «comme deux personnes qui apprennent à se connaître…». Il risqua un regard par-dessus ses cils. Bobby le regardait avec l'expression la plus dubitative de sa collection, ce qui n'était pas peu dire.
– Un ami, hein? Tu te foutrais pas un peu de ma gueule?
– Je vois pas de quoi tu parles, répondit aussitôt Dean avec toute la mauvaise foi dont il était capable.
Bobby haussa un sourcil qui pourrait tout aussi bien se traduire par un « Vraiment, Dean?» qui fit sourire le concerné.
– Et depuis quand tu fais dans la revoyure, toi?
– Si tu veux que je répare ce moteur avant ce soir, il s'agirait de me laisser travailler, tu ne crois pas? lança innocemment Dean ce qui lui valut une œillade mi-réprobatrice, mi-désabusée de la part du vieux mécanicien.
Et sans plus de cérémonie, Dean se détourna de lui pour se concentrer sur le capot de la voiture qu'il était censé réparer.
– Tu comptes pas me répondre, hein?
Dean examina un instant le moteur avant de parler.
– Si je te réponds, est-ce que tu me laisses tranquille?
– Mouais. D'accord.
Le ton presque contrarié du mécanicien fit naître un rire dans la gorge de Dean et il fit de son mieux pour ne pas le laisser s'échapper de ses lèvres.
– Cass et moi on est jamais sorti ensemble – et j'entends dans tous les sens du terme – donc je fais toujours pas dans la revoyure comme tu dis. On…
Dean chercha un instant le meilleur terme pour qualifier sa relation naissante – du moins l'espérait-il – avec Castiel.
– On fait connaissance. C'est tout.
Du moins, jusqu'à ce que Benny s'en mêle. Dean ne pouvait s'empêcher de remarquer que Cass ne lui avait pas écrit depuis la veille et il mentirait s'il disait que la chose ne le minait pas au moins un peu. Bobby renifla, visiblement peu convaincu.
– Mouais. N'empêche qu'il doit être drôlement important pour toi pour que tu lui parles de ça.
Dean enfonça son crâne un peu plus profondément dans le capot pour masquer la brusque rougeur de ses joues. Il ne bougea pas, même quand il se sentit observé.
– Est-ce que je peux travailler maintenant?
Bobby rit de bon cœur et le gratifia d'une tape dans le dos.
– Oui. Je t'ai assez cuisiné pour le moment, fiston.
Et sans un mot de plus, il s'éloigna. Dean s'autorisa un regard par-dessus son épaule alors qu'il rejoignait la supérette de la station-service que le vieux mécanicien tenait en même temps que le reste et sourit. Les taquineries de Bobby n'étaient qu'une façon de lui montrer qu'il n'avait aucun problème avec tout ça. Et ça lui réchauffait le cœur.
Castiel essaya d'ignorer son téléphone toute la matinée. Mais c'était difficile. D'autant plus qu'il restait obstinément silencieux. Il avait espéré un message de Dean. Bien qu'il ait pensé ce qu'il avait affirmé la veille, Castiel ne pouvait s'empêcher d'avoir peur. Les mots de Benny se répétaient dans son esprit, comme une litanie, destinée à alimenter son malaise. Il avait tellement peur que le bassiste ait raison. Que ce qu'il avait l'impression de voir naître entre lui et Dean n'était qu'un tour de son imagination – pire, une manipulation du serveur – et que cela ne signifiait rien pour lui. Qu'effectivement, une fois qu'il aurait obtenu ce qu'il voulait, il disparaîtrait de sa vie.
Et Castiel n'était pas certain de savoir comment gérer ça. Il ne s'était jamais senti aussi bien avec qui que ce soit de toute sa vie. Ses rares et anciennes relations s'étaient toutes soldées par un échec parce qu'il y'avait toujours cette voix dans son esprit qui lui répétait que ce qu'il faisait était mal. Qui lui hurlait qu'il était une abomination, qu'il rôtirait en Enfer jusqu'à la fin des temps. Qu'il était une honte. Cette voix prenait souvent les intonations de sa mère. Castiel avait beau savoir que c'était faux, il n'arrivait pas à passer outre. Ses ex n'arrivaient pas à comprendre et finissaient toujours par le quitter en les maudissant lui et son éducation. Castiel craignait tellement qu'il arrive la même chose avec Dean si tant qu'ils deviennent un jour plus proches qu'ils ne l'étaient déjà. Il aurait tant voulu avoir le courage de renier ces préceptes religieux qui n'avaient plus vraiment leur place dans leur société moderne mais il n'y arrivait pas. Et cela le terrifiait. Il ne voulait pas perdre Dean. Pour la première fois de sa vie, il avait l'impression de ressentir une véritable connexion avec quelqu'un. Il ne voulait pas perdre cette chose précieuse. Mais peut-être était-ce déjà trop tard… Son téléphone restait désespérément silencieux.
Castiel n'était pas stupide. Il savait parfaitement qu'il était en train de s'attacher. Et si ses craintes s'avéraient justifiées, alors Castiel savait d'avance qu'il souffrirait. Et c'était ce qui le terrifiait.
L'absence de message de Dean ne faisait qu'augmenter son stress.
Castiel soupira et se saisit du portable avant d'aller l'enfermer dans le tiroir de sa table de chevet. Cela ne l'empêcha pas d'y penser mais quand il se rassit dans sa cuisine, un stylo en main, son carnet dans lequel il écrivait ses poèmes ouvert devant lui, il se sentit un peu mieux.
Il rédigea plusieurs textes, certains parlant d'un regard émeraude et d'un toucher divin, d'autres qui incendiaient ses craintes et le Ciel, d'autres encore qui décrivaient deux bols fumants le matin au réveil un autre qui, Castiel s'en rendit compte après l'avoir relu, reflétait les mots qu'il n'avait pas pu dire un peu plus d'une semaine plus tôt. Un instant, il songea à l'envoyer sur le groupe qu'il partageait avec ses frères et sœurs et à le transmettre à leurs parents mais il se ravisa vite. Il ne voyait pas son coming out dissimulé derrière le verre de son écran. Castiel ne sut jamais combien de temps il passa à noircir les pages du carnet.
Lorsqu'il posa son stylo et leva les yeux vers l'horloge, il était déjà quinze heures passées. Castiel se leva, s'étira et déposa le cahier sur la table basse du salon, près de la télécommande de sa télévision et se fit couler un café. Son regard tomba sur la porte de sa chambre, entrouverte. Avec un soupir, il délaissa la tasse qui se remplissait, tandis que l'odeur forte du breuvage se répandait dans l'air, et entra dans la pièce. Il sortit le portable de la table de chevet et repartit dans la cuisine, sans oser le déverrouiller.
Il se saisit de son café dans lequel il ajouta quelques gouttes de miel et en but une gorgée avant d'oser regarder l'écran. Son cœur fit un bond dans sa poitrine quand il aperçut la notification. Plus vite qu'il ne l'aurait voulu, il avait déjà ouvert l'application de messagerie pour lire le SMS.
Sam 25/11 – 14h32 – Reçu – Est-ce que tu as changé d'avis, Cass?
Sam 25/11 – 14h32 – Reçu – Je comprendrais si tu le faisais.
Sam 25/11 – 14h45 – Reçu – Juste… dis-le-moi si c'est le cas. Que j'arrête de te spammer si tu veux plus entendre parler de moi.
Castiel haussa un sourcil alors qu'un énorme poids quittait son estomac.
Sam 25/11 – 15h17 – Envoyé – Changé d'avis par rapport à quoi?
Sam 25/11 – 15h17 – Envoyé – Et je n'ai aucune envie de ne plus avoir de tes nouvelles. Qu'est-ce qui t'a fait penser une chose pareille?
Castiel se rongea nerveusement l'ongle en attendant la réponse.
Sam 25/11 – 15h18 – Reçu – Par rapport à nous deux.
Sam 25/11 – 15h18 – Reçu – Oups. Pardon. Ça sonne pas du tout comme ça devrait.
Sam 25/11 – 15h18 – Reçu – Je voulais dire par rapport au fait qu'on se fréquente. Qu'on soit amis.
Sam 25/11 – 15h18 – Reçu – Et… je sais pas… tu m'as pas écrit ce matin alors j'ai cru que… bah que Benny avait réussi son coup.
Castiel eut un sourire. C'était étrange de voir Dean, d'habitude si assuré, s'empêtrer dans ses mots. Castiel trouvait la chose adorable. Ses propres pensées le firent rougir.
Sam 25/11 – 15h19 – Envoyé – Non, je n'ai pas changé d'avis.
Sam 25/11 – 15h19 – Envoyé – Et si je ne t'ai pas écrit, c'est parce que je pensais que tu allais le faire.
Castiel se mordit la lèvre.
Sam 25/11 – 15h19 – Envoyé – En fait… j'avais peur, Dean.
Sam 25/11 – 15h19 – Reçu – Peur de quoi?
Castiel resta silencieux, incapable de répondre. Il ne voulait pas froisser Dean en lui faisant comprendre qu'il avait effectivement cru que Benny puisse avoir raison. Qu'il avait toujours des doutes. Qu'il s'en voulait de douter, mais ne pouvait s'en empêcher. Il voulait si fort que les choses fonctionnent avec Dean…
Sam 25/11 – 15h20 – Reçu – Oh.
Sam 25/11 – 15h20 – Reçu – Je ne vais pas m'enfuir, Cass.
Le cœur de Castiel rata un battement.
Sam 25/11 – 15h20 – Envoyé – Je ne vois pas ce qui me rend si différent des autres.
Sam 25/11 – 15h21 – Reçu – Je sais pas non plus, Cass. À mes yeux, tu l'es, c'est tout. Et Dieu sait combien ça me fait flipper. En temps normal j'aurais déjà tourné les talons. Je m'attache pas parce que j'ai peur de souffrir.
Sam 25/11 – 15h21 – Reçu – Mais putain, tu me donnes envie de dépasser mes limites. Tu me donnes envie d'essayer même si ça peut faire mal, Cass.
Sam 25/11 – 15h21 – Reçu – Alors je fuirai pas. Pas cette fois.
Pendant un instant, Castiel resta sans voix, incapable d'analyser ce qu'il venait de lire. C'était sans doute le plus vulnérable que Dean oserait se montrer et il l'imaginait déjà en train de regretter d'avoir mis à plat ce qu'il ressentait. Et cette immense preuve de confiance faisait naître tout un tas de sentiments contradictoires en Castiel. D'abord sa peur de voir Dean partir qui s'envolait, puis une joie indescriptible et la crainte – la même que celle que ressentait Dean – de se rendre compte que ça ne marcherait pas et de souffrir et en même temps cette affection qui gonflait au plus profond de lui.
Castiel dut rester plusieurs minutes à fixer son écran en essayant de démêler le maelström de sentiments qui l'avaient assailli car il sursauta quand le téléphone vibra entre ses mains.
Sam 25/11 – 15h25 – Reçu – Oh merde, Cass, j'en ai trop dit, c'est ça?
Castiel sortit enfin de sa transe et s'empressa de répondre.
Sam 25/11 – 15h25 – Envoyé – Non. Au contraire, Dean. Tu as dit exactement ce qu'il fallait. C'est juste que tu me déconcertes. Et je ne sais pas quoi répondre quand tu fais ça.
Sam 25/11 – 15h25 – Reçu – Cass, c'est pas possible que personne ait jamais essayer de te draguer. Ou tu étais caché toutes ces années? Dans une grotte?
Castiel sourit. Il savait ce que Dean essayait de faire. Sa tentative de détourner la conversation des mots qui le mettaient mal à l'aise était tout aussi adorable que son manque d'éloquence quand il s'agissait de savoir si Castiel voulait encore de son amitié. Si seulement il pouvait lui dire combien il voulait plus… Tellement plus.
Sam 25/11 – 15h26 – Envoyé – Pour ce que ça vaut, Dean, c'est réciproque. Je veux pouvoir être fier de qui je suis. Et j'ai le sentiment que tu m'y aides déjà.
Sam 25/11 – 15h26 – Reçu – Oh.
Sam 25/11 – 15h26 – Reçu – *smiley gêné*
Sam 25/11 – 15h26 – Reçu – Vraiment?
Sam 25/11 – 15h27 – Envoyé – Vraiment.
Sam 25/11 – 15h27 – Reçu – Je ne sais pas vraiment ce que j'ai fait pour t'aider mais j'en suis heureux.
Castiel sourit. Tu n'as pas idée de ce que tu as changé dans ma vie, songea-t-il. Au bout de quelques minutes, Dean écrivait à nouveau.
Sam 25/11 – 15h28 – Reçu – Merci Cass. De me donner ma chance.
De nouveau, Castiel esquissa un sourire.
Sam 25/11 – 15h28 – Envoyé – Tu n'as pas l'air de le penser, mais tu le mérites, Dean.
Dean venait de s'effondrer sur le siège de l'Impala. Les samedis étaient toujours épuisants. À croire qu'il n'y avait qu'un seul restaurant en ville et que toute celle-ci décidait de se sustenter dans ce dernier. Les fêtes de fin d'année approchant, il risquait d'y avoir encore plus de monde et, par conséquent, Dean finirait de plus en plus tard son service. Ce qui lui laissait moins de temps pour discuter avec Cass. Dean émit un grognement agacé.
En songeant au doctorant, un sourire stupide fleurit sur les lèvres du serveur. Il avait brisé au moins une demi-dizaine de verres à midi, ce qui lui avait valu des regards mi-inquiets, mi-intrigués de la part de Jo. Cass avait mis bien plus de temps à répondre que les autres jours. Bien entendu, il pouvait y avoir tout un tas de raisons à cela, il ne s'attendait pas à ce que le doctorant soit pendu à son téléphone dès qu'il lui écrivait, parce qu'il n'était pas la seule personne dans l'entourage de Castiel et que celui-ci avait une vie en-dehors de leurs discussions. Cependant, ça ne l'avait pas empêché de se ronger les sangs tandis que les évènements de la veille lui revenaient. Et puis alors qu'il prenait sa pause après le service de midi et qu'il avait peur de regarder son portable, il l'avait senti vibrer. Et son cœur avait raté un battement.
Dean déverrouilla son téléphone pour vérifier qu'il n'avait pas de message. De message de Castiel surtout, s'il était honnête avec lui-même. Un autre sourire stupide fleurit sur ses lèvres.
Sam 25/11 – 19h01 – Reçu – Au fait, j'ai écouté ta cassette.
Dim 26/11 – 02h02 – Envoyé – Alors, tu as aimé?
Dim 26/11 – 02h02 – Envoyé – Désolé, j'étais en service. On est surmenés.
N'attendant pas de réponse dans l'immédiat, Cass devait sans doute déjà dormir à l'heure qu'il était, Dean démarra le moteur de sa voiture, sans cesser de sourire. Il songea qu'il n'aurait jamais dû se moquer de Sam lorsqu'il venait tout juste de rencontrer Jessica. Ses propres pensées firent monter une brusque bouffée de chaleur à ses joues. Parce qu'il savait à quel point son petit frère était raide dingue de Jess, à tel point qu'il envisageait de la demander en mariage à Noël. Parce que de telles analogies lui faisaient peur.
Dean fut réveillé par les vibrations de son portable qu'il avait oublié d'éteindre la veille, trop épuisé pour y penser. Il grogna, pesta contre ses oreillers et les draps qui l'empêchaient de se redresser avant d'enfin saisir l'objet. Si l'heure matinale l'avait mis quelque peu de mauvaise humeur, quand il vit le nom qui s'affichait sur son écran, celle-ci disparut aussitôt. Dean se retourna et se rallongea dans son lit avant de lire le message de Castiel.
Dim 26/11 – 08h00 – Reçu – Oui.
Dim 26/11 – 08h00 – Reçu – Mais je préfère ta musique.
Dim 26/11 – 08h00 – Reçu – Et ta voix en particulier.
Dean rosit face au compliment tandis que les souvenirs remontaient à la surface. Il se revit, grattant les cordes de sa guitare devant Castiel, chantant à voix basse cette chanson qu'il avait écrite grâce à lui. Comme s'il avait débloqué quelque chose. Sans parler des autres textes qui fleurissaient dans son esprit depuis, tous plus ou moins en rapport avec le doctorant. Mais il s'assurerait que jamais Castiel n'en prenne connaissance. Du moins pas maintenant.
Dim 26/11 – 08h03 – Envoyé – Tu es bien matinal.
Dim 26/11 – 08h03 – Reçu – Toi aussi.
Dim 26/11 – 08h03 – Envoyé – Pour être honnête, tu m'as réveillé.
Dim 26/11 – 08h04 – Reçu – Oh pardon. Désolé.
Dim 26/11 – 08h04 – Envoyé – Non, t'en fais pas. Il n'est jamais trop tôt pour discuter avec toi.
Dean s'extirpa de son lit avant de se diriger vers la cuisine où il entreprit de se faire couler un café. Il se demanda quand est-ce que Cass avait commencé à avoir sur lui le même effet apaisant que la boisson lorsqu'il se levait d'un mauvais pied le matin venu.
Dim 26/11 – 08h05 – Envoyé – Au fait, Cass, tu es dispo mercredi? Je pensais qu'on pourrait se faire cette soirée LOTR.
Dim 26/11 – 08h05 – Reçu – LOTR?
Dim 26/11 – 08h05 – Envoyé – Lord of the Rings. Le Seigneur des Anneaux.
Dim 26/11 – 08h06 – Reçu – Je suis disponible.
Dim 26/11 – 08h06 – Envoyé – *smiley souriant*
Dim 26/11 – 08h06 – Envoyé – Je viens te chercher, disons, 18h? Et on les regarde chez moi?
Dim 26/11 – 08h06 – Reçu – Ca me semble parfait, Dean.
Dean sourit comme un idiot.
Dim 26/11 – 08h07 – Envoyé – J'espère que tu aimes la pizza, Cass parce qu'une soirée films sans pizza, c'est pas une soirée films!
Dim 26/11 – 08h07 – Reçu – Si tu le dis.
Dim 26/11 – 08h07 – Reçu – J'aime la pizza si c'était ta question.
Cette fois, Dean rit franchement. Parfois, Castiel était tellement terre-à-terre que c'en était comique. Mais c'était l'un des aspects de la personnalité du doctorant que Dean préférait.
Dim 26/11 – 08h08 – Envoyé – C'est quoi ton plat préféré, Cass?
C'était toujours ainsi que commençaient leurs discussions. Par des questions banales sur leurs préférences respectives et puis les heures passaient sans qu'ils ne les voient défiler.
Mar 28/11 – 17h56 – Envoyé – Charlie, est-ce que tu accepterais de me prêter ta super collection de DVD LOTR?
Mar 28/11 – 18h00 – Reçu – *smiley suspicieux*
Mar 28/11 – 18h00 – Envoyé – Je suis en mission conversion.
Mar 28/11 – 18h00 – Reçu – Haha! Et la personne que tu dois convertir, ça serait pas un adorable petit gars avec des grands yeux bleus qui te bouffe des yeux sans aucune discrétion?
Dean préféra éluder le fait que Cass le «bouffait des yeux». il ne pouvait pas se permettre d'avoir de l'espoir, pas encore.
Mar 28/11 – 18h01 – Envoyé – *smiley gêné*
Mar 28/11 – 18h02 – Envoyé – Je peux passer les récupérer maintenant?
Mar 28/11 – 18h02 – Reçu – Of course, Casanova! Je t'attends.
Mar 28/11 – 18h02 – Reçu – Mais sache que je t'en voudrais éternellement de regarder LOTR sans moi. *smiley qui souffle de la fumée par les narines* [AN]
Mar 28/11 – 18h02 – Envoyé – Merci Charlie! T'es la meilleure.
Mar 28/11 – 18h03 – Reçu – Qu'est-ce que tu ferais sans moi, hein?
Mar 28/11 – 18h03 – Reçu – Et si vraiment tu ne sais pas comment me remercier, penses à ce que t'a dit ton chéri, hein?
[AN] Ouais, j'avais aucune idée de comment le décrire mieux celui-là... J'espère que vous voyez lequel c'est.
Petit chapitre de transition, encore une fois plus court que le précédent mais la découpe me semble bien plus logique de cette façon.
On se retrouve dimanche pour le chapitre 5 intitulé Can't help falling in love. Tout un programme, pas vrai ?
N'hésitez pas à me laisser un petit mot pour me dire ce que vous en pensez !
