Disclaimer : L'univers de Kuroko no Basket que vous reconnaitrez aisément appartient à Fujimaki Tadatoshi. L'auteur me le prête très aimablement pour que je m'amuse avec et je ne retire aucun profit de quelque nature que ce soit de son utilisation si ce n'est le plaisir d'écrire et d'être lue.
Note de l'auteur : Je veux remercier du fond du cœur ma béta-lectrice, Futae qui s'est servie de son "Eagle Eye" (fallait que j'la case celle-là ! ^^) pour corriger cette histoire et me conseiller. C'est grâce à son enthousiasme, ses encouragements et son sens de l'analyse et de la critique sans détour, que cette histoire a pu voir le jour.
Note importante : j'avais décidé de retirer toutes mes histoires de ce site suite à ce que je pense être un piratage. Je me suis laissée convaincre de les remettre, mais malheureusement ce site fonctionne tellement mal que je n'ai pas pu toutes les récupérer. J'ai donc décidé de les reposter. Si vous les lisez et qu'elles vous plaisent, n'hésitez pas à le dire, ça me fera plaisir et ça me remontera le moral même si les commentaires ne seront pas les mêmes qu'à l'origine.
Shadow : coucou et encore merci pour ta fidélité et ton enthousiasme. Non, je ne me fais pas de la pub. ^^ C'est surtout un gros clin d'œil à tous les auteurs de fanfictions qui aiment écrire et qui n'ont pas forcément le temps de le faire pour un roman. Perso, mon original est au point mort, mais c'est parce que je ne m'astreins pas à la discipline indispensable qu'il faudrait pour que je puisse le mener à terme. J'ai commencé une histoire sur un autre fandom et il se peut qu'après je remette le nez dans mon roman.
Il fallait quelques rebondissements quand même (j'en ai d'autres sous le coude ^^), mais un truc qui se termine bien. Koki va se trouver un petit ami, mais je n'en parlerai pas plus que ça. Quant à Kise et Kasamatsu, ils méritaient un développement plus… chaud ? ^^ Voici la suite. Bonne lecture.
Le roman de notre histoire
Chapitre 18
Trois jours s'étaient écoulés depuis cette séance de travail plutôt particulière avec Aomine. Il avait compris ce qu'il devait faire désormais. Les détails étaient d'une importance capitale lorsqu'on créait un univers de toute pièce. Même si l'histoire de la Rome Antique était connue du monde entier, ou presque, la transposition au XXVIe siècle était un véritable défi en particulier à cause des technologies qu'il devait inventer. Quand il avait eu cette idée, Kagami était à des années-lumière d'imaginer la montagne de travail que cela allait lui demander. Et pour l'instant, le manuscrit de ce premier tome – parce qu'il en faudrait d'autres pour arriver à la fin – était loin d'être achevé. L'inspiration était là, forte et foisonnante. Il devait s'en servir, ne pas s'arrêter ou alors elle risquait de s'enfuir hors de portée pour un temps indéterminé. Il devait écrire tout ce qu'il avait en tête, jeter sur son clavier la vie de ses personnages, leur combat, leurs victoires, leurs défaites, leurs amours, leur haine. Il était fébrile, il ne voulait rien oublier, tout développer, tout raconter.
Ce fut à peine s'il entendit le tintement de quelqu'un qui le contactait en visio. D'un geste énervé, il prit l'appel pour voir le visage d'Aomine s'afficher dans une petite fenêtre sur son écran principal.
— Quoi ?
— Eh! Que-ce qui vous arrive?
— J'suis en rush (1) là, vous m'dérangez !
— Désolé, j'm'inquiétais de pas avoir reçu de textes ni d'vos nouvelles.
— C'est gentil, j'vais bien… J'vous envoie un truc dès que c'est bon… À plus tard…
Aomine resta pantois. Aussi loin qu'il se souvienne, jamais Kagami ne lui avait parlé ainsi. Ils s'étaient pris la tête pour des détails sur certaines scènes, mais ça n'avait rien à voir. C'était tout juste s'il ne lui avait pas balancé : "Vous m'faites chier !" Mais ce qui l'inquiétait davantage c'était les traits tirés de l'auteur. Il avait de légers cernes et les joues creusées. Il comprenait parfaitement qu'un écrivain se jette à corps perdu dans la rédaction d'un passage. Il devait surfer sur la vague de l'inspiration tant qu'elle était là, ne pas la lâcher, la pressurer jusqu'à la lyophiliser pour en retirer tout ce qu'elle avait amené avec elle. Aomine avait plus perçu de l'acharnement que de l'exaltation. Depuis quand était-il dans cet état ? Il n'allait pas le lui reprocher si sa création était à la hauteur des émotions qu'il avait vu défiler sur son visage. Mais il ne fallait pas non plus qu'il se tuât la santé.
— Oui ? dit-il en prenant l'appel d'Harasawa.
— Tu as reçu les premiers jets du nouveau roman de Momoi?
— Oui, mais j'ai pas eu l'temps d'les lire…
— Prends-le, c'est carrément génial!
— J'arrive, on doit parler…
Quelques secondes plus tard, il faisait irruption chez son patron. La pièce n'était pas particulièrement grande, mais très bien agencée. Il y avait un très beau bureau dans un angle derrière lequel les deux murs étaient couverts d'étagères pleines de livres. Sur le côté, un canapé et deux fauteuils encadraient une table basse centrée sur un tapis, espace qui servait souvent à des réunions entre Harasawa et ses collaborateurs. Le troisième était flanqué de deux larges fenêtres habillées de stores verticaux et à côté de la porte il y avait un table-top (2) qui contenait de la nourriture et des boissons fraiches sur lequel était posé un four micro-ondes. Une bouilloire et une cafetière étaient installées sur une petite armoire qui renfermait des verres, des tasses, du café moulu, des sachets de thé, des bols, enfin tout le nécessaire pour ne pas mourir de faim ou de soif. Harasawa avait une digestion délicate, aussi lui fallait-il une hygiène alimentaire assez stricte.
— Qu'est-ce qui t'arrive ?
— On a déjà eu un correcteur qui s'occupe d'un auteur en exclusivité ?
— Pas à ma connaissance, pourquoi ?
— Même avant qu'tu deviennes le patron ? Quand t'as débuté ici ?
— C'est peut-être arrivé, mais j'm'en souviens pas… Il faudrait regarder dans les archives… Tu m'expliques ?
— J'veux m'occuper que d'Kagami, lâcha le chef de département, abrupt.
— Je répète. Tu m'expliques ?
— Le Prix de la Liberté est une histoire absolument énorme… Elle a un potentiel phénoménal… Il faudra certainement plusieurs années pour l'écrire…
— Ça ne serait pas le premier écrivain à sortir une saga, observa très justement le PDG.
— Non, je sais, mais si j'veux faire mon travail au mieux, comme je suis capable de l'faire, je peux pas me permettre de m'disperser en supervisant d'autres auteurs… J'dois m'concentrer sur celle-ci pour pouvoir en tirer toute son essence…
— Dis donc, tu m'as l'air bien sérieux, remarqua Harasawa en fronçant les sourcils pour le coup curieux de voir son meilleur correcteur si déterminé. Je crois que j't'ai jamais vu comme ça…
— Et pour cause, on n'a jamais eu un tel manuscrit entre les mains, répliqua Aomine tâchant de faire valoir ses arguments sans s'emmêler les pinceaux et surtout sans dévoiler ses sentiments à l'égard de Kagami. Ce truc c'est de l'or en barre… Du platine, même !
— Et tu penses qu'en l'aidant à plein temps, ce sera un succès ?
— Un succès ? J'suis intimement convaincu qu'il pourra rivaliser avec "Le Seigneur des Anneaux" ou la saga "Harry Potter" sans aucun problème, déclara le correcteur plus sérieux que jamais.
Le PDG de Touou haussa un sourcil à la comparaison et scruta son chef du département Science-Fiction cherchant à savoir s'il n'y avait pas une autre raison à son désir d'exclusivité. Il connaissait son orientation et soupçonna tout naturellement qu'il avait développé des sentiments à l'égard de l'auteur qui pouvaient être un frein à son objectivité. Mais rien sur le visage d'Aomine ne trahissait ce qu'il éprouvait pour Kagami. Il avait assez d'expérience et de maturité pour ne pas confondre l'écrivain et son œuvre. Même si dans ce cas, les deux étaient indissociables, il avait parfaitement conscience de la force de ce manuscrit. Que ce soit ce type qui l'écrive était secondaire. Une femme aurait pu avoir cette idée qu'elle n'en aurait pas été moins géniale et il aurait aussi voulu travailler avec elle. Qu'il développe des sentiments profonds pour Kagami était la cerise sur le gâteau. C'était inattendu, mais ce genre de choses arrivent, c'est tout. En ce qu'il le concernait, il considérait ça comme un énorme avantage parce qu'il souhaitait faire encore mieux. Pour ce roman et pour cet homme. Sauf qu'il fallait qu'il ne soit que sur ce projet et aucun autre. Harasawa ne découvrit rien qui aurait pu lui faire soupçonner que ses sentiments pour l'auteur faussaient son jugement. Aomine avait sorti sa meilleure poker face et des arguments solides.
— D'accord... J'connais tes capacités et si tu dis qu'tu peux les exploiter au maximum avec ce livre parce qu'il en vaut la peine, j'te crois… J'te détache en exclu sur Kagami et Le prix de la Liberté…
— Merci patron ! s'exclama Aomine en bondissant sur ces pieds.
— Pas si vite, tu fais quoi pour Momoi ?
— C'est Matsuoka son correcteur, non ?
— Là, elle sort un peu de sa zone de confort, elle part sur de la SF tirant sur le thriller… C'est l'impression que j'ai…
— C'est gros c'qu'elle a envoyé ?
— En deux heures, tu l'auras lu…
— File-le à Wakamatsu… C'est lui qui gère les Thrillers Fantastiques, non ?
— Oui… on peut faire ça… pour le côté thriller…
— D'accord, capitula-t-il en voyant les yeux de chiot de son patron. Je lis et je te donne mon avis d'ici la fin de la journée, OK ?
— Très bien, on fait comme ça… Aomine ?
— Quoi ?
— Y a intérêt à c'que ça en vaille la peine…
— Tu te souviens de ce qu'il nous a fait parvenir, il y a quelques mois ?
— Bien sûr… J'ai failli en tomber de ma chaise…
— On a repris tout ça depuis, avec mes corrections… Si tu veux, j'peux te donner les mêmes chapitres et tu pourras comparer, fit-il malicieusement certain que son patron en tomberait vraiment de sa chaise cette fois.
— Balance que j'comprenne c'qui t'excite à ce point, accepta Harasawa.
— C'qui m'excite? Si tu savais…, songea Aomine. Tu les as dans cinq minutes…
Il retourna dans son bureau et envoya les fichiers à Harasawa. Ensuite il ouvrit le dossier de Momoi et commença sa lecture. Effectivement, la jeune femme partait sur un thriller en restant dans la SF. Pourquoi pas ? Si elle savait où elle allait et si elle avait construit une trame solide, ça donnerait un excellent livre. Matsuoka, était expérimenté et compétent, il ne laisserait rien passer. Pour Wakamatsu, il était plus mitigé. L'homme était très bon dans son domaine, sans aucun doute. Il ne serait pas chef de département, sinon. Mais il était un peu comme lui. Il s'enflammait vite dès qu'il sentait le potentiel d'une œuvre. Il était sérieux et Momoi serait entre de bonnes mains avec ces deux-là.
Il eut du mal à se concentrer au départ. Son esprit était bien trop plein du Prix de la Liberté et de son auteur. Mais il devait être honnête dans son analyse pour le bien de la jeune femme. Elle avait beaucoup de talent et il ne fallait pas qu'il bâcle son boulot sous prétexte que rien d'autre ne l'intéressait pour l'instant. Il se reprit et se focalisa sur ce qu'il avait sous les yeux. Et bien lui en prit ! Elle aussi venait d'avoir une idée formidable. Dans l'esprit de "Soleil Vert" et "Paycheck" (3), l'histoire se déroulait dans un vaste empire intergalactique. Mais qu'arrivait-il aux écrivains ? Avaient-ils tous mangé quelque chose qui avait décuplé leur créativité ? Avaient-ils été piqués par une araignée radioactive ? Ou exposé à une tempête solaire comme les Quatre Fantastiques ? D'abord Kagami et maintenant Momoi. Touou était bien partie pour engranger de jolis bénéfices et augmenter sa notoriété. Lorsque ces deux œuvres sortiraient, la maison d'édition allait crouler sous les manuscrits. Tant mieux. Il donna son avis enthousiaste à Harasawa et confirma que Matsuoka et Wakamatsu étaient les mieux placés pour superviser Momoi. Il regarda ses mails dans l'espoir d'en trouver un de Kagami. Rien. Il en éprouva de la déception et de l'inquiétude. Devait-il tenter de le rappeler au risque de se faire envoyer sur les roses encore une fois ? Ou bien fallait-il qu'il le laisse jeter son âme sur son clavier pour avancer encore et encore sur cette histoire ? Il ne parvenait pas à se sortir de la tête cette image de l'écrivain fatigué et fébrile. Depuis plusieurs mois qu'ils travaillaient ensemble maintenant, jamais il ne l'avait vu dans un tel état de nervosité. Il semblait être une autre personne. Peut-être un SMS ne serait pas trop envahissant et ne le perturberait pas dans son élan de créatif. Il n'eut, là non plus, aucune réponse. Mais le mail qu'il reçut quelques minutes plus tard lui tira un sourire lumineux. Il se jeta sur la pièce jointe et l'ouvrit.
C'était soyeux, parfois piquant, répétitif à intervalles plus ou moins réguliers. Kagami finit par se réveiller et croisa le regard de Jade qui tapotait doucement son nez avec sa petite patte. Par moment une griffe touchait la peau. Il se redressa pour s'apercevoir qu'il s'était endormi la tête sur son bureau. Dans son sommeil il avait repoussé son ordinateur pour plus de confort. Sauf que l'appareil était bien trop proche du bord du plateau. Il le ramena vers lui, et bougea la souris pour ôter l'écran de veille. Il retrouva le texte sur lequel il était en train de travailler et se souvint qu'il l'avait envoyé à Aomine. Et le SMS ? Avait-il répondu ? Apparemment pas. Il n'avait sans doute pas jugé bon de le faire puisqu'il lui avait donné son fichier. Il fallait qu'il écrive la suite. Elle était là dans sa tête, prête à jaillir sur son clavier. Mais Jade ne le quittait pas des yeux et faisait entendre son petit miaulement.
— Toi, t'as faim, grommela-t-il en se levant.
Il ébouriffa ses cheveux et passa les mains sur son visage pour en chasser la fatigue. Il remplit la gamelle de la minette et retourna s'asseoir devant son ordinateur. Il avait perdu la notion du temps. Il ignorait quelle heure il était et même quelle était la date. Un coup d'œil à son téléphone le renseigna. Un peu plus de vingt heures. Pas étonnant qu'il fasse nuit. Il regarda ses notes et ouvrit un nouveau fichier pour le chapitre suivant. Cette histoire n'allait pas s'écrire toute seule. Il prit quand même le temps de répondre au message d'Aomine par principe. Brusquement il se souvint qu'il l'avait appelé en visio et qu'il l'avait envoyé paître comme un malpropre. Il enfouit sa tête dans ses mains et se traita de crétin ingrat.
De Kagami 20 h 26 : désolé de ma réaction g t sur une scène prise de tête
De Aomine 20 h 28 : pas grave j'avais compris je viens de lire on en reparlera
De Kagami 20 h 31 : OK je continue bonne soirée
De Aomine 20 h 33 : vous aussi
C'était la moindre des choses. Encore une fois, par respect pour cet homme qui s'impliquait tellement dans son travail et dans cette histoire. Il allait commencer à écrire lorsqu'il s'arrêta. Une vague de lassitude l'envahit. Il était fatigué, mais son esprit était en ébullition. Il prit une douche, s'habilla et se rendit dans le quartier de Kabukicho. Là, il trouverait bien quelqu'un désirant de la compagnie. Dans le second bar où il alla, un type d'environ son âge, un peu plus vieux peut-être, l'accosta. Il avait un physique agréable et lui rappelait une autre personne. Sauf qu'il n'avait pas les yeux bleus. Qu'importe, un peu de chaleur humaine, ça n'a jamais fait de mal à personne. Et puis, il avait son imagination pour lui faire croire que c'était dans les bras d'un autre qu'il allait s'abandonner.
L'homme fut comme il s'y attendait. Doux, mais ferme. Sensuel, mais peu tactile. Ils restèrent plusieurs heures ensemble, inversant leur rôle, s'enivrant de l'autre. Kagami en déduit qu'il en avait besoin autant que lui. Pas de prénom échanger ni de téléphone, aucune promesse. Juste un peu de douceur et de chaleur humaine. Il suffit de peu de choses parfois, pour se sentir mieux dans sa tête et son corps. De retour chez lui, il se replongea dans son roman, l'esprit plus clair, plus affuté. Il remplit des pages et des pages pendant encore quelques heures jusqu'à ce que les mots se troublent sur son écran, signe qu'il fallait être raisonnable et aller se coucher. Il s'endormit avant que sa tête n'ait touché l'oreiller. Il était presque 5 h 30 du matin…
Le lendemain, il s'éveilla en fin de matinée, avala un grand café et se remit au travail. Il était arrivé à un passage crucial et il ne devait rien oublier. Tout devait être parfait, s'emboiter et s'ajuster pour que la suite s'enclenche tout naturellement. Toute la mise en place allait vers ce moment et il fallait qu'il garde le lecteur avec lui, qu'il l'embarque dans ce combat qui allait, pour la toute première fois de l'histoire, tourner en faveur des gladiateurs rebelles. Jusqu'à présent les batailles dans l'espace étaient mitigées, les hommes de Spartus étaient peu nombreux à savoir piloter des chasseurs et des spatiocroiseurs qu'ils avaient volés, mais là, au sol, ils étaient totalement dans leur élément. Les spatioarènes étaient en orbite géostationnaire des colonies appartenant à l'empire, mais la gravité artificielle était rétablie à l'intérieur. C'était comme s'ils combattaient à la surface d'une planète. Là, surentrainés comme ils l'étaient, ils ne craignaient personne.
Kagami voyait la scène se dérouler dans son esprit comme s'il y assistait en personne, mais ses doigts n'allaient pas assez vite pour la décrire. Il redoutait d'oublier des détails. Il savait qu'Aomine ne manquerait pas de relever les incohérences. Il préféra faire une pause et regarda les combats de "Gladiator" avec Russel Crowe de l'année 2000. Un sacré pari qu'avait fait Ridley Scott alors que les derniers péplums tournés dataient des années soixante. Une œuvre magistrale. La reconstitution du Colisée de Rome en images de synthèse était hallucinante. Le film fut récompensé par cinq Oscars à la cérémonie de 2001, dont celui du meilleur film et du meilleur acteur. Il prit beaucoup de notes sur les gestes des gladiateurs qui luttaient pour leur vie. C'était ce qu'il devait faire ressortir avec les bons mots, avec les termes les mieux adaptés pour que le lecteur combatte aux côtés des personnages.
Tout l'après-midi, il écrivit et retravailla des passages entiers. Si l'agencement des mots n'était pas optimal dans les phrases, ça pouvait nuire à l'exactitude de la description ou au sens qu'il voulait donner. Il était nerveux parce qu'il n'arrivait pas toujours à bien faire et donc il perdait du temps à reprendre le texte. La fatigue n'arrangeait rien non plus. Mais ce premier combat qui verrait la victoire écrasante des rebelles sur les spatiolégions impériales devait être précis, méticuleusement détaillé. Il fallait que la bonté et la cruauté s'épousent parfaitement. Chaque camp devait être impitoyable. D'un côté il y avait une obéissance aveugle aux ordres, de l'autre l'espoir de vivre libre sans craindre d'être kidnappés pour servir de divertissements aux populations qui n'avaient aucune idée de la provenance de tous ces gladiateurs. Le secret était bien gardé puisque aucun d'eux ne s'était encore échappé pour révéler la vérité. Et l'information comme quoi il y avait eu des vols de matériel était très bien maitrisée. Pour l'instant, le peuple était tenu à l'écart de ces évènements.
Il venait de grignoter quelques biscuits quand il vit Jade rentrer et se diriger vers sa gamelle qu'il venait de remplir. Elle se frotta à ces jambes pour le saluer et s'en alla casser une croute. Il l'observa un moment, attendri, se remémorant leur rencontre. La petite boule de poils coincée dans le cerisier qui miaulait de désespoir. Cela ne faisait pas loin d'un an. Il jeta le paquet vide et s'en retourna à son roman. S'il y réfléchissait bien, il était aux trois quarts du premier tome. Il s'acheminait lentement mais sûrement vers le terme de cette première partie. Mais il fallait que ça se termine sur une fin très ouverte et pleine d'un suspense insoutenable pour que le lecteur veuille connaitre la suite coûte que coûte. Il devait faire monter la pression tout doucement. Ne pas trop en dire, mais suffisamment. Il fallait qu'il trouve un équilibre. Et sa nervosité n'arrangeait pas les choses. Il avait du mal à maintenir l'équité entre les deux et il se prenait la tête. Son correcteur allait certainement repérer des trucs à dire, mais accepterait-il ses critiques ? Elles étaient toujours faites dans un but constructif et il le savait pertinemment, mais pour une question de fierté personnelle, il souhaitait écrire cette fin avec le moins d'aide possible pour lui montrer qu'il avait progressé grâce à ses conseils, sa présence, son investissement à ses côtés. Il comprit alors qu'il n'écrivait plus pour lui seul, mais pour eux deux. Il désirait être digne de la qualité de son travail, il voulait, il voulait… Il ne savait plus ce qu'il voulait. Si, une chose. Une seule et unique chose. Il le voulait lui. Pour toujours. Les paroles d'Himuro lui revinrent en mémoire. Tout pour l'autre. Il haussa les sourcils en songeant qu'ils n'étaient même pas ensemble. Qu'est-ce que ça allait être si jamais ça arrivait ?
Aomine n'arrivait pas à se départir d'un sentiment qu'inquiétude. Il n'avait pas du tout aimé l'allure de Kagami en visio. Il avait lu le texte et il y avait pas mal de choses à revoir. Des détails évidents pour l'auteur, mais qui doivent être décrits pour le lecteur. Et dans ces combats, les mouvements n'étaient pas nets. Il n'arrivait pas à bien les "voir". Il prit la décision de contacter l'écrivain et tant pis pour son inspiration. Là, il fallait battre le fer pendant qu'il était encore chaud dans sa tête pour lui mettre en perspective les erreurs. Pas bien méchantes, mais il ne fallait rien laisser passer. De plus il avait l'accord de l'exclusivité d'Harasawa et il avait hâte de le lui annoncer. Il se connecta et attendit.
— Ah… c'est vous…
— Comment ça va ? Vous avez l'air fatigué, hasarda-t-il se disant qu'il aurait peut-être des informations sur les raisons de son état de fatigue.
— Ouais… un peu… vous avez lu ce que je vous ai envoyé?
— Bien sûr… Et j'ai une bonne nouvelle.
— J'vous écoute…
— Mon patron est d'accord pour que j'm'occupe que de vous et de vous seul… Il m'a soulagé d'un autre auteur que je supervisais en parallèle… On aura plus de temps pour travailler ensemble…
— Pourquoi pas?
— C'est tout ? J'pensais que vous seriez plus enthousiaste que ça, rétorqua le correcteur se disant qu'en le faisant un peu culpabiliser, il aurait des précisions sur son état d'esprit.
— Désolé… Je suis très content, croyez-moi, ça me fait vraiment très plaisir...
— Si on parlait de ses scènes de combat, embraya-t-il pour changer de sujet tout en gardant un œil bien ouvert sur l'écrivain.
— Vous avez relevé quelque chose?
— Eh bien… Il manque encore des détails dans l'enchainement de certains gestes…
— C'est-à-dire?
— Je n'arrive pas à bien voir ces mouvements et le lecteur n'y arrivera pas non plus... Faut qu'ça bouge plus, que ce soit plus… vif !
— Mmh… Je vois… J'ai regardé des scènes du film Gladiator, je pensais avoir bien retranscrit ce que j'avais vu…
— Ah, mais vous y êtes parvenu, il manque juste un peu de clarté… Comme dans vos combats spatiaux, vous vous rapp'lez ?
— J'me souviens… Et si vous veniez chez moi pour m'expliquer tout ça avec vos méthodes?
— Maintenant ?
— Pourquoi pas? Sauf si vous avez un rencard… J'veux pas perturber vos plans pour la soirée…
— Euh… Non, non, j'ai rien prévu… Très bien, j'arrive d'ici une demi-heure avec du matériel et on va préciser tout ça. Ça va être une super scène ! Elle est presque à la fin du tome, faut qu'ça explose !
— OK… J'vous attends…
Aomine coupa la connexion, descendit dans la réserve du bâtiment, sachant qu'il trouverait ce qu'il lui fallait, courut jusqu'au parking où il jeta tout ça dans le coffre de sa voiture et démarra sur des chapeaux de roues. Il allait le voir, il allait ressentir sa présence toute proche, mais surtout, il allait constater de visu son état physique qui semblait s'être détérioré depuis leur précédente communication. Il n'arrêtait pas d'y penser. Et il s'inquiétait. Quelque chose lui disait qu'il y avait plus que de la fatigue. Et ça, personne ne lui ôterait de la tête. Qu'il l'ait invité à se rendre chez lui était parfait. Ça lui donnait l'excuse qu'il attendait.
Il roulait vite, mais prudemment. Il était envahi d'un sentiment d'urgence irrépressible. Il se concentra sur sa conduite. Les lampadaires éclairaient l'habitable de la voiture en alternance et ça provoquait une sorte d'hypnose à laquelle il ne fallait surtout pas succomber au risque d'avoir un accident. Il alluma la radio et se mit à fredonner une chanson qu'il n'aimait pas spécialement, mais au moins il se focalisa à nouveau sur la route. Un incident sur la voie publique ralentit le trafic et il frappa brutalement son volant en jurant vulgairement. Tout se liguait contre lui pour le freiner. Il ne s'agissait que d'une camionnette en panne. Une fois passé, il accéléra et reprit son chemin. Il arriva dix minutes plus tard, sortit le matériel de son coffre et sonna chez Kagami.
— Venez, entrez…
— Aidez-moi à rentrer ça, le temps que j'me déchausse…
— Qu'est-ce que c'est que ces trucs ? sourit Kagami qui ne s'étonnait plus de rien depuis la dernière fois.
— On va se battre ! Comme des gladiateurs ! s'exclama le correcteur qui enleva sa veste et son pull pour être plus à l'aise.
— Mais où trouvez-vous toutes ses idées ?
— J'en sais rien… Ça m'vient comme ça… Je lis la scène, je la vois dans ma tête, j'identifie l'problème et je sais c'que j'dois faire…
— Et ce matériel ?
— Le bâtiment de Touou était un théâtre il y a… plus de quarante ans, je crois. Quelques travaux ont modifié l'architecture… La scène et l'espace spectateur ont été détruits pour faire des niveaux de bureaux, mais la réserve du sous-sol n'a jamais été inventoriée ni vidée. On trouve de tout ! Tenez…
Il lui tendit un katana en plastique et un bouclier. C'était presque des jouets d'enfants, des accessoires qui avaient dû être utilisés à l'époque dans les représentations des pièces. Ça faisait parfaitement l'affaire. À son tour, il s'équipa à l'identique, mais en regardant Kagami il ne put retenir un rire franc et clair. L'écrivain sursauta et fronça les sourcils.
— Dans ma tête, on n'était pas aussi ridicules, fit Aomine.
— J'suis bien d'accord… heureusement qu'personne peut nous voir sinon adieu notre réputation, plaisanta Kagami.
Le romancier semblait avoir un peu plus d'entrain, mais ça n'était pas encore ça. Il avait des gestes lents, on aurait dit qu'il se forçait à jouer le jeu. Pourtant c'était bien lui qui l'avait invité à le rejoindre et là, il paraissait à nouveau éteint.
— Euh… ah oui… Il faudrait imprimer la scène, demanda Aomine tout en se tournant dans tous les sens pour voir s'il n'avait rien oublié.
— Imprimer ?
— Oui, on pourra suivre les mouvements au mieux en lisant et on verra les détails qui manque... Imaginez un script de cinéma ! On fait ça au ralenti comme dans les films d'action quand ils mettent les scènes au point...
— OK… pas bête… mais on a que deux mains… épée, bouclier… Et les feuilles ?
— Pas grave, on va s'débrouiller… Gardons en tête que ce sont des armes à énergie plasmique et un bouclier déflecteur, de l'énergie aussi…
Kagami obtempéra, mais il n'était pas vraiment convaincu de l'intérêt de mimer cette scène. Il pouvait très bien la relire avec Aomine et combler les manques. Il ne l'avait pas vraiment invité pour travailler. En fait, il avait juste envie de le voir. Il lança l'impression et ils en prirent chacun un exemplaire. Il n'avait pas échappé au correcteur que l'auteur se trainait. Il ne marchait pas, ses chaussons frottaient sur le sol parce qu'il ne levait pas assez les pieds comme s'il avait des poids aux chevilles.
— Alors… euh… Spartus est face à un spatiolégionnaire en haut d'un ravin… le bras écarté à droite, je fais le soldat et vous Spartus. Au fait, il est droitier ?
— Oui… j'écarte le bras…
— Le légionnaire baisse son bouclier pour se protéger et ah… voilà Spartus est en déséquilibre !
— Exact… attendez je prends un stylo… OK…
— Donc il faut changer le mouvement… sinon votre héros tombe dans la crevasse et c'est la fin de l'histoire…
— Bravo… Bien vu… Mais vous êtes sûr qu'il faut qu'on aille si loin ? demanda Kagami qui commençait à être gagné par une lassitude rampante et contre laquelle il n'avait plus envie de lutter.
— Mais bien sûr ! Le lecteur doit vous suivre, enfin Spartus… Ce combat est important, les détails sont essentiels, s'exclama Aomine. On va voir la suite…
— Très bien…
— Plus loin, il va parer un coup dans le dos en passant son épée derrière. Vous dites qu'il se relève, mais vous n'avez pas dit qu'il avait un genou à terre. Ça, c'est juste de la description aussi… Après…
Aomine marmonnait tout seul en lisant la scène et cherchant les petites erreurs qu'il avait repérées. Il ne s'était pas aperçu qu'il était le centre de l'attention de Kagami. Il le dévorait des yeux. Il avait à la fois envie qu'il parte et qu'il reste. Il voulait encore travailler, mais il était tellement fatigué.
— Voilà… celle que je cherchais… Spartus se retrouve face au centurion qui commande les hommes… un gradé sûr de lui, bien entraîné… expérimenté… Ici ! Il lève le bras au-dessus de sa tête pour frapper violemment, Spartus pare le coup avec son sabre et met un genou au sol… Faites-le… Là et vous dites qu'il balaie la jambe du soldat avec un mouvement tranchant de sa lame… pas bon ! Il contre le coup qui l'a mis au sol…
— … et il doit le faire avec le bouclier, pas avec l'épée…, termina l'écrivain qui commençait à ressentir de l'agacement pour une raison qu'il ne comprenait pas.
En fait, il savait très bien pourquoi. Il pensait avoir rédigé un passage parfait, ou peu s'en faut, sauf qu'il y avait toujours des défauts. Il avait réécrit cette scène plusieurs fois et il y avait encore des finesses qui lui avaient échappé. Et ça le contrariait. Ils continuèrent ainsi pendant presque deux heures. Ils durent s'attarder sur chacun des personnages qui se battaient pour ne pas laisser un détail fausser la vision qu'engendrerait le récit dans l'esprit du lecteur. Tout devait se voir, être fluide, naturel comme des chorégraphies dignes des meilleurs films d'arts martiaux. Il fallut imiter les actions, les postures, tous les gestes qui pouvaient être faits et utilisés à maintes reprises pour être bien sûr de ne rien céder au hasard. Mais là, ils ne tombèrent pas d'accord.
— Le mouvement est trop lent, vous devez trouver un autre mot plus incisif, expliqua Aomine.
— Non, je ne crois pas, il est épuisé et il vient de voir deux de ses compagnons se faire tuer…
— Justement, la haine qu'il ressent décuple ses dernières forces…
— Il doit en garder pour la scène suivante après la fin de la bataille…
— Ils ont éliminé tous les spatiolégionnaires ?
— Oui, et c'est pour ça qu'ils ont droit à un peu de repos. Ils se détendent, mangent, récupèrent le matériel de l'ennemi et la nourriture. Ils soignent leurs blessés enfin tout ce qu'on fait après un combat pareil…
— D'accord, on y reviendra… La scène suivante, c'est quoi ?
— Spartus passe la nuit avec son amant… Vous voulez qu'on la mime aussi, celle-là ?
Le temps sembla suspendu. Ils s'observèrent bien conscients, l'un de ce qu'il avait dit et l'autre de ce qu'il avait entendu. Était-ce volontaire de la part de Kagami ou bien était-ce l'énervement et la fatigue qui avaient parlé à sa place ? Voulait-il le provoquer ? La dernière fois qu'ils s'étaient quittés, ils avaient été à un cheveu de s'embrasser. Il y avait une attirance indéniable, indiscutable entre eux. Comment fallait-il le comprendre ? Quelle réponse devait-il apporter ? Rire et faire passer ça pour une plaisanterie ? Ce qui pourrait être effectivement le cas. Ou bien le prendre au pied de la lettre et tenter le coup ? Aomine était en train de calculer les chances qu'il avait de recevoir une gifle s'il se décidait pour la seconde option. N'allait-il pas mettre en danger leur relation de travail ? S'il perdait Kagami pour Touou, Harasawa lui couperait la tête avec du fil barbelé. Non, pas de gifle. Pas après leur dernière entrevue.
Quand Kagami réalisa ce qu'il venait dire, c'était trop tard. Les mots prononcés ne peuvent pas retourner dans la bouche. Le regard de son correcteur était impossible à analyser. Était-il embarrassé ? Était-il tenté ? Lui aussi se rappelait très bien de quelle manière ils s'étaient quittés après avoir goûté au saké et au cognac. Ça n'était pas anodin. Il avait compris grâce à Himuro qu'il était amoureux d'Aomine. Amoureux pour la toute première fois de sa vie. C'était si enivrant, si délectable et à la fois si terrifiant. Allait-il risquer de s'abandonner à ce sentiment si puissant tout en sachant à quel point il pouvait être destructeur ? Des guerres avaient éclaté à cause de lui. L'histoire de la cité antique de Troie et de sa reine, la belle Hélène en était le témoignage le plus parlant. De moins si l'on accordait du crédit à l'Illiade d'Homère. Mais les plus belles chansons avaient été écrites aussi pour lui ou à cause de lui. De magnifiques livres écrits, de merveilleux films tournés. Mieux valait avoir connu l'amour et souffert par sa faute que ne l'avoir jamais éprouvé.
Ils étaient toujours face à face, mais aucun d'eux n'aurait pu dire combien de temps s'était écoulé. Quelques secondes ou plusieurs minutes. Il fallait dire ou faire quelque chose parce que le silence devenait très embarrassant. Kagami sentait son cœur battre très vite, sa respiration était plus rapide. D'un mouvement parfaitement coordonné, ils s'enlacèrent brutalement, écrasant leur bouche l'une contre l'autre. Il y avait de l'urgence dans leurs baisers, une impatience trop longtemps retenue. Aomine connaissait enfin la saveur de cet homme qui ne lui rappelait plus Haruka. Il l'avait évincé même s'il le gardera toujours dans son cœur. Là, il ne voyait que Kagami, ne respirait que Kagami, n'entendait gémir que Kagami, ne serrait dans ses bras que Kagami. Il était son univers.
Le romancier perdait la tête tant il s'abreuvait à cette bouche, à cette peau mate et son odeur entêtante et si masculine. Il était fébrile, il voulait tout, tout de suite. L'homme, son âme, son cœur, son corps. Il le plaqua contre le bureau, s'aventura dans son cou pour mieux retrouver ses lèvres douces et charnues qui torturaient si bien les siennes. Il tira la chemise hors du pantalon pour passer ses mains tout contre ce corps qu'il désirait plus que tout au monde. Le gémissement qui échappa à Aomine lui fouetta les sens tant il était empli de sensualité. C'était un son si mélodieux qu'il s'ingénia à le déclencher à nouveau en attardant ses doigts sur la chair érigée de son torse. Mais ce fut lui qui eut une plainte lascive lorsqu'il fut effleuré de la même façon. Depuis quand Aomine avait-il passé les mains sous son pull ? Ils leur étaient impossible de ne pas ressentir la fermeté de leur désir provoqué par l'excitation de leurs baisers et de leurs caresses, serrés comme ils l'étaient l'un contre l'autre.
— Ça… ça va un peu vite… murmura le correcteur entre deux souffles rauques.
— Vite ? Ça fait des s'maines qu'on s'tourne autour…
— Ça va être compliqué… annh…
— On simplifiera… mmh…
— On bosse ensemble…
— Tant mieux…
Kagami se recula à peine et planta son regard grenat dans le cobalt qui le dévisageait. Il y découvrit tant de tendresse que ses yeux se mirent à briller au léger afflux de larmes provoqué par l'émotion. Il adorait ce visage, cette voix grave, parfois moqueuse. Ces reflets bleutés dans sa chevelure brune. Il se sentait unique quand Aomine le considérait ainsi. Ils étaient seuls au monde et il n'était qu'à lui. Ils s'embrassèrent encore comme des affamés. Leurs langues dansaient un ballet humide et chaud rempli de volupté. Elles étaient tantôt taquines, tantôt excitantes. Leurs gémissements devenaient plus impérieux et si suaves. Aomine plongea à son tour sur cette peau frémissante, laissant une trainée brulante de la base du cou jusque sous l'oreille qu'il mordilla. La réaction qu'il récolta le conforta dans son idée que les points sensibles étaient presque les mêmes chez tout le monde. Kagami ne s'appartenait plus. Il ne cherchait plus à contrôler quoi que ce soit ni à réfléchir. C'était troublant, ça le bouleversait profondément comme jamais il ne l'avait été. Tout cet émoi était si affolant, si infiniment délectable, il en voulait encore plus. Il fallait juste qu'il se laisse emporter par ce tourbillon de sensations qui lui donnait le vertige et l'étourdissait.
Soudain tout devint noir.
— Taiga !
À suivre…
(1) Rush = terme de poker qui signifie que le joueur est en veine avec plusieurs mains remportées d'affilé. Ici, c'est pour indiquer que Kagami est en pleine inspiration, qu'il n'arrive pas à écrire assez vite pour raconter tout ce qu'il a en tête et qu'il ne faut pas le déranger.
(2) Table-top = tout petit frigo de 40 ou 50 litres que l'on glisse souvent sous un plan de travail dans une kitchenette.
(3) Soleil Vert et Paycheck sont deux films de Science-Fiction avec une intrigue policière, une atmosphère et un sujet inquiétant. D'où le terme de Thriller SF. Allociné est votre ami ^^
