Hey !
Oui, j'ai sauté une semaine. Mais je travaille activement sur un projet perso et j'avoue avoir mis la fanfic de côté le temps de le terminer. Mais je vais essayer de continuer à poster aussi régulièrement que possible. Voilà.
(d'ailleurs, je viens de réaliser que j'avais des reviews. Feufeu n'envoyant plus les mails, j'étais passé à côté, donc merci Mijoqui ! Je te réponds dès que je peux)
(TW en fin de page)
Bonne lecture !
Ainsi soit-il
.
Quand il se réveille, Neo comprend qu'on l'a assommé. Enfin, pas assommé à proprement parler. Aqua n'a pas frappé sa nuque – il est trop solide pour ça. Mais il sent encore la force de ses crocs plongés dans son épaule. Il n'a même pas eu le temps de la voir bouger, c'était… Sidérant.
Elle est plus forte que lui, c'est indéniable. Et ça lui donne un avantage qu'il ne peut ignorer. Est-ce que c'est pour ça qu'elle veille au grain sur le respect de ce règlement ? Pour s'assurer que les autres vampires ne la surpassent jamais ? Neo a bien senti comme ses capacités s'affinent chaque fois qu'il mord un humain. Sa vue s'aiguise comme la pointe d'un crayon, les bruits lui viennent de loin, le froid sur sa peau se décompose en millier de petites sensations.
Elle a dû en boire, du sang humain, pour atteindre cette incroyable vitesse. Et Xemnas ? Il est encore plus vieux, sans doute. Plus vorace.
Il grimace. Évidemment, ils surveillent ses repas. Il ne faudrait pas qu'il développe trop vite ces pouvoirs dont ils jouissent.
Et Vanitas ? Où est-ce qu'il se positionne, dans tout ça. Il n'a pris ni son parti, ni celui de la vampiresse. Mais il n'est pas ici dans la cellule. Est-ce qu'il a aidé Aqua ? Il est de son côté, alors ?
Neo serre les dents. La déception lui tord le ventre.
Il croyait… Non, il était certain que Vanitas pouvait comprendre. Il le pense encore. Mais lui aussi, il a trop peur pour se sortir de ses chaînes. Il joue les trouble-fête, mais il est comme les autres.
Comme les autres.
Une bile amère lui remonte le long de sa gorge.
Leur histoire ne peut pas être comme les autres. Neo l'a dans le sang. Il lui suffit de fermer les yeux pour retrouver l'odeur de Vanitas. Le goût de sa peau, sa chair dure, son ricanement. Vanitas est une part entière de lui. Il y a forcément un moyen de lui faire entendre raison.
Mais les minutes passent, et les heures. Personne ne vient et Neo se demande s'ils vont le laisser crever là. Enfin, crever. Est-ce qu'il peut mourir de soif ? Ou est-ce qu'il souffrira atrocement alors que son corps suppliera pour un soulagement qu'on ne lui apportera jamais ? Quel sort lui réserve-t-on ? Est-ce qu'il a déjà eu des précédents ?
Les questions défilent, mais le temps va si lentement. Et Neo n'a aucun moyen de le mesurer. Il reste assis par terre, puis allongé, la pierre dans son dos. C'est inconfortable, d'abord, douloureux ensuite. Il attrape un des barreaux devant lui, mais la matière est conçue pour résister à sa force.
Il jure.
Dans le silence des cachots.
Seul.
. . .
C'est long, le temps. Surtout quand on ne peut pas le mesurer. Pour Neo, c'est un siècle qui s'écoule. Pourtant, quand une lumière apparaît à l'autre bout du couloir, son corps tire comme après quelques longues heures passées dans une mauvaise position.
Il reconnaît immédiatement l'odeur qui s'approche.
— Alors ? T'es venu me libérer en douce ?
— Tu me prends pour un idiot ?
Les yeux de Vanitas brillent dans le noir. Ou bien c'est juste la lumière qui s'y reflète. Il le regarde de haut, secoue la tête et se penche à peine vers lui.
— Je suis venu te nourrir, crétin.
Il prononce ce mot, et Neo retrouve la soif qu'il avait réussi à oublier. C'est pire quand l'autre s'ouvre le poignet. Il sent ses pupilles s'ouvrir un coup, son ventre grogne salement et sa gorge sèche le pousse à se jeter contre les barreaux.
— Donne, il crache.
— Sois patient.
— J'ai soif.
Il réclame son poignet comme on exige un droit inaliénable. Sa langue pressée contre ses dents, l'odeur métallique qui l'enivre est une terrible torture.
— D'abord, tu vas me promettre d'arrêter tes conneries.
— C'est pas des conneries, il râle.
— C'est non négociable.
Le visage de Vanitas reste impassible. Insensible à sa douleur. Sait-il seulement ce que ça fait d'avoir soif, ou faim ? De manquer à ce point d'une chose qu'on vous agite sous le nez ? Non, ça fait trop longtemps qu'on le dorlote. S'il a un jour connu l'absence puissante qui déchire la chair, il ne s'en souvient pas assez pour éprouver de la compassion.
Ça c'est Vanitas. Le Vanitas qu'il connaît. Qu'il aime.
— Je vais le répéter une dernière fois.
Il approche son poignet de la grille. Encore, Neo les frappe de tout son corps. C'est si près, à portée de lèvre, il lui suffirait d'un peu plus d'espace entre les barreaux…
— Tu arrêtes tes conneries. Tu ne tueras plus jamais d'humain. Tu ne sortiras pas en ville sans être accompagné.
— Van…
— Tu ne déraperas plus.
— S'il te plait…
Ça brûle, et ça promet d'être si bon… Il se lève et relèche les lèvres comme attraper l'effluve qu'il sent passer sous son nez. Un filet de sucre. Le nirvana à portée de crocs. La bave lui coule des lèvres.
— Tu sais que c'est stupide, il crache.
— Je ne te demande pas ton avis. Promet.
Il pourrait promettre et lui mentir. Vanitas le sait, hein ? Est-ce que c'est un piège ? S'il jure avant de boire, est-ce qu'il sera lié à lui d'une manière où d'une autre ? Privé à jamais du plaisir de planter ses dents dans le cou d'un humain ? De le vider d'une vie qui le remplit brusquement ?
Il ne veut pas veut pas vivre les menottes aux poignets, à profiter à moitié d'une existence qui pourrait le combler. À grappiller de-ci de-là de quoi survivre, comme à l'époque de la rue, parce que quelqu'un qui jouit de pouvoir qu'il n'aura jamais en a décidé ainsi.
Il est venu ici pour fuir cette vie. Il ne se pliera pas encore à la volonté des grands. Non, il sera de ceux qui dirigent, ou il ne sera pas.
— Non.
Chaque mot prononcé le rapproche de ce fumet asservissant.
— Promet, Vanitas répète.
— Comment tu peux te contenter de ça ?
Il veut boire.
— Neo, promet-le.
— Vous êtes pires qu'une bande de chiens aux pieds de leurs maîtres. Comment est-ce toi, tu peux accepter ça ?
— Je te le demande une dernière fois.
— Je ne me laisserais pas écraser comme vous.
Un millier de pensées défilent dans l'œil doré de Vanitas. Des souvenirs que Neo n'atteindra jamais. Il voit ses lèvres s'abaisser, sa main revenir vers lui et un hurlement guttural sort de sa gorge alors qu'il se jette encore et encore contre les barreaux.
— Laisse-moi boire !
— Quand tu seras devenu raisonnable.
Il tape et tape encore, et encore, et encore. Et Vanitas se recule. Il lève son propre poignet, alors que la plaie se referme. Se tourne.
— J'ai soif ! il gronde.
Ses épaules font une ombre nette et carrée dans le peu de lumière qui tapisse le couloir.
— Je sais.
Son pas est pressé, trop. Il se trahit, et Neo sent que ça lui fait mal de s'éloigner, là. Il hurle plus fort.
— Reviens !
La trahison est d'autant plus grande que le noiraud ne se retourne pas.
. . .
Vanitas revient une fois, deux. À chaque fois, c'est le même cirque. Les jours passent et la plaie s'allonge dans la gorge de Neo. Un désert qui se creusent à l'infini. Pourtant, il ne peut pas se résoudre à céder.
Il vivra debout, ou il crèvera à genoux, mais il ne fera pas de compromis. Il refuse de passer l'éternité asservi.
Pour passer le temps, il fait défiler les visages dans sa tête. Le rire idiot de Demyx et l'œil bleu de Xion qui trottine en silence dans les couloirs, discrète. La chevelure longue de Naminé qu'elle rabat derrière ses épaules quand elle joue de la harpe. Le regard sec de Saïx perdu sur un visage fendu. La fierté rousse d'Axel qui, pourtant, se laisse diriger comme les autres. Le ricanement supérieur de Xemnas. Et Sora, Xaldin, les autres, tous…
La blessure qui passe dans le regard d'Aqua quand elle se perd à la fenêtre, parfois.
Il frappe contre la grille.
La soif et la fatigue n'ont pas raison de son corps ni de ses cris. Quand Vanitas s'en va, il cogne et cogne encore, et il espère que le diable noir emporte avec lui des regrets aussi sombre que sa tignasse. Qu'il s'en veut.
C'est impossible, Vanitas ne culpabilise pas. Il avance la tête haute, à chasser les problèmes d'un haussement d'épaule, avec ce rictus contenté que Neo adore. Vanitas ne regrette rien.
Et Vanitas le laisse pourrir ici, dans la nuit noir d'un sous-sol humide.
Neo a froid, et ça ne vient pas de sa peau.
Encore il frappe.
La grille tinte. La douleur fuse. Il recommence.
Vanitas. L'a. Laissé.
Il le déteste. Il aime. Deux sentiments si proches qui lui donnent envie de planter ses crocs dans son cou.
Il se redresse.
Vanitas l'aime aussi, il sait. Parce qu'il n'existe rien de plus grand que ce qui se passe entre eux. Et pourtant, il refuse de le comprendre. Vanitas n'est pas capable de voir assez loin.
Encore, il frappe.
Et son corps s'écrase contre le sol.
Sonné, le cerveau tordu par la soif et le temps infini, Neo ne comprend pas tout de suite pourquoi il ne sent pas les barreaux sec contre ses épaules. Puis il ouvre les yeux. Il tend la main.
Plus de grille. Son torse endolori se redresse, puis son corps. Il se lève sur ses jambes branlantes. Avance. Se tourne.
Derrière lui, le fer a cédé. La serrure éclatée, la porte tangue dans le vide comme une invitation à entrer.
Ou à sortir.
Neo inspire. Il a réussi. Il est dehors.
Son sourire s'allonge alors qu'il se lèche les lèvres.
Ils l'ont sous estimé. Tous. Mais il va leur prouver. Oui.
Guidé par la soif, il quitte le souterrain dans un silence qui fait raisonner plus fort tous les bruits du manoir. La froideur de la nuit l'invite à s'enfuir.
. . .
Un corps et un autre. Un troisième tombe. Les hurlements percent les rideaux du théâtre. Les acteurs sont partis, mais il y a trop peu de portes et tellement de monde. Les gens se précipitent vers les sorties et s'entassent si bien qu'ils ne peuvent plus passer, ou pas assez vite. Alors Neo les attrape. Un, plus un, plus un. Il boit. Son vêtement, déjà sale des jours passés au cachot, s'imprègne de tout le liquide qu'il n'a pas le temps d'avaler. Et son corps se gorge. Comme une plante assoiffée qu'on inonde et qui grandit, pousse et étend ses feuilles, ses branches lourdes de fruits soudains murs. Il boit et sa soif semble n'avoir jamais de fin.
Quand enfin les hurlements cessent, il se laisse tomber dans un siège. Les humains qu'il n'a pas bus sont sortis. Ils préviendront la police, sans doute. Et alors ? Les balles de leurs armes ne feront que traverser sa peau, sans atteindre sa vie. Les matraque se briseront contre ses épaules de pierre. Ils ne pourront rien contre lui. Rien. Neo est intouchable.
Il se lève, mais ses jambes tanguent. La faute à tout le sang qu'il a bu, sans doute. Il n'a pas l'habitude d'en ingurgiter autant. Il lui faudra un moment pour s'y habituer. Un repas aussi copieux, c'est…
Il cherche l'heure du regard, tombe sur une montre brisée qui lui indique le début de la nuit. Cet endroit n'a plus aucun intérêt, alors il sort. Couvert de sang. Il s'avance et disparaît dans les rues vides. Quand il entend qu'on se précipite vers son œuvre, il est déjà trop loin.
Il déambule. Passe dans une rue qui lui est familière. Un endroit qui sent la pisse et l'alcool, la fumée d'une cigarette. Neo n'a jamais fumé. Est-ce que les vampires peuvent ? S'ils sont encore capable de manger, c'est sûrement possible. Il pourrait essayer, un jour.
Ses pieds écrasent la neige sale qui dort en bute contre le trottoir. L'hiver. L'hiver est arrivé pendant qu'il hurlait dans le souterrain. Ou alors la neige est en avance ? Il aurait dû vérifier la date quelque part. Mais quelle importance ? C'est futile. Un détail. La saison, l'époque, l'année… Neo vivra pour l'éternité. Qu'importe le jour, ou l'heure. Le temps n'a pas de sens. C'est une contrainte pour ceux dont le corps pourri, mais le sien se renforce chaque fois qu'il boit. Comme celui d'un enfant qui grandirait indéfiniment. Il ne se laissera jamais gagner par la décrépitude qui hante les humains. Leur peau flasque et ridée, cette enveloppe qui les lâche alors que la fin approche… oui, Neo est au-dessus de ça. De tout.
Un pas après l'autre, il sort de la ville. Marche lentement vers ce qu'il lui reste de maison. Il a bu maintenant, il est satisfait. Quand Vanitas verra ça… Il comprendra bien qu'il n'y a rien à craindre en le voyant revenir entier. Son corps couvert de sang sera la preuve que les humains ne peuvent rien contre eux. Ce monde devrait être le leur.
Du ciel, les flocons commencent à tomber. Doucement, au début. Neo ne sait pas quand le ciel se transforme en tempête. Quand il réalise qu'il est pied nu, un épais content recouvre déjà ses chevilles. Qu'importe. Le froid n'a pas de sens, pour lui. Il ne le sent plus. Il est le froid.
— Putain.
La voix de Vanitas lui fait tourner la tête. Son regard l'apaise. Il se souvient l'avoir détesté il y a quelques jours. Quelques heures, même. Il l'aime, encore. Son regard paniqué le fait rire. C'est rare, de voir le noiraud s'inquiéter autant. À croire qu'on vient de lui annoncer une horrible nouvelle. Est-ce qu'il est arrivé quelque chose à Sora ?
— Rentre.
Neo l'observe sans comprendre. Rentrer. Il pourrait. Mais il n'en a pas envie. La nuit est belle, tout ce sang avalé le berce comme une bonne rasade d'alcool. Il veut profiter avant que le soleil se lève.
— Il fait beau, aujourd'hui.
La neige lui plait. Dire qu'il détestait ça du temps où il vivait à la rue. Il aurait tué pour une paire de chaussure neuve. Maintenant il tue, et il se moque bien d'avoir les pieds au frais. Il regarde Vanitas qui lui parle du manoir et des autres. Il est complètement à côté de la plaque, le pauvre. À parler de rentrer alors qu'il…
Pourquoi rentrer ? Neo le regarde. Ses mots perdent de leur sens, mais son visage est toujours aussi agréable.
Ils pourraient traverser la nuit ensemble, tous les deux. Aller de pays en pays comme deux rois oubliés.
— Ecoute-moi, pour une fois dans ta putain de vie !
Vanitas l'implore. Puis il se fige. Son corps s'éteint. Le ciel perd ses étoiles, et, doucement, il se tourne. Les bras le long du corps.
— Alors c'est lui, le fauteur de trouble.
Cette voix, Neo ne l'a jamais entendue. Et pourtant, il a l'impression de la connaître depuis toujours.
L'homme qui s'avance est beaucoup moins grand que Xemnas, mais il a les mêmes yeux d'or. Une barbe maigre et un crâne chauve qui lui fait pitié. Il s'avance à son rythme, lentement. Sa main aidée d'une canne finement décorée.
Derrière lui, le regard résigné d'Aqua suit. Xaldin et Lexaeus ne sont pas loin. À l'odeur, Neo comprend que les autres vampires arrivent. Tout le monde s'est déplacé, comme au levé d'un grand spectacle. Il a râté quelque chose.
— Ne le touche pas, Vanitas lance.
Mais sa voix a perdu toute sa conviction.
— Ecarte-toi.
— Il est jeune, il a dérapé, c'est-
— Je ne me répéterai pas, Vanitas.
— Moi non plus.
Le noiraud sort les crocs. Neo l'ignore un instant, intrigué par ce vieux au mirette si proche de celles de son amant. De Xemnas. Il sent un secret là-dessous. Ce type lui fait un drôle d'effet. Pas comme l'autre suceur de sang, dont la présence écrasante lui a broyé l'esprit. Non, c'est plus calme. Insidieux. Il le regarde, et il se sent vide. Comme si la vie n'avait brusquement plus de sens.
Une part de lui voudrait fuir. Mais il l'entend comme une voix étouffée qu'il n'a plus envie d'écouter.
Quand il reporte son attention sur Vanitas, le corbeau hurle et se débat dans la neige, maintenu au sol par les bras puissants de Xaldin.
D'autres vampires approchent. Ils ont sur le visage cette expression immensément désolée. Rien qui ne fasse aussi mal que celle d'Aqua, néanmoins.
— Je vois que tu t'es amusé, l'inconnu déclare alors qu'il s'approche.
Neo hausse les épaules.
— J'avais soif.
Il le voit secouer la tête, avant de désigner Axel d'un geste de la main.
— Toi, occupes-toi de nettoyer.
Le rouquin ne répond pas. Il souffle comme on rechigne face à une tâche dégradante et il disparaît. Saïx s'en va avec lui.
Les autres sont là. Neo les observe un à un.
Demyx se détourne.
Naminé se mord la lèvre. Sous sa capuche, Xion se cache, sa main serrée dans la sienne.
— Tu as mis mon clan en danger. Je n'apprécie guère ce genre de… Provocation.
— Il ne sait pas encore contrôler sa soif, Aqua avance. C'est-
L'homme la coupe d'un geste.
— Je sais ce que c'est. J'ai déjà vu des cas comme le sien. Ils sont irrécupérables.
— Il a seulement besoin de temps ! Vanitas hurle.
— Oh non.
Neo sent qu'on le jauge. C'est désagréable, mais il n'a pas la force de reculer. Pas l'envie.
— Le temps ne suffit pas aux vampires de cette espèce. Pas plus qu'il ne change les mauvaises herbes en roses. Vous auriez dû vous en occuper avant.
— Pardon, Aqua murmure.
À qui est-ce qu'elle s'adresse ? Neo pourrait jurer qu'elle répond à ce type, mais c'est lui qu'elle fixe. Elle serra les doigts. Il peut presque entendre le bruit de ses doigts qui se plient autour de…
Pour la première fois, il remarque le manche immense dans sa main. Le fer lourd qui se termine sur une lame épaisse, longue, recourbée comme une griffe de chat.
— Non !
La voix de Vanitas se perd dans la tempête.
— Vous n'avez pas le droit !
— Tu ramènes de la mauvaise graine à la maison. Estime-toi heureux que de ne pas recevoir de réprimande.
— Je peux régler ça.
— Tu as essayé et tu as échoué. Si ça ne tenait qu'à moi, le problème aurait été réglé depuis longtemps.
Neo les observe tour à tour. La petite voix hurle. Fuire. Il sait, il sent que c'est ce qu'il devrait faire. Et en même temps il n'a pas envie de bouger. Il pense au soleil qui se rapproche. Ça fait longtemps qu'il est dehors, le jour arrivera bientôt. Il devrait au moins s'asseoir à l'ombre.
— Ne le touchez pas !
— Aqua, je ne pourrai pas l'entraver longtemps. Fais ton travail.
Il l'entend déglutir. Elle serre la main trop fort, avance à contre-cœur. Ses sentiments ne lui ont jamais paru aussi limpides. Elle fait un pas, puis un autre. Laisse de légères traces dans la neige où tombent d'autres flocons.
— Arrêtez !
Vanitas cri, mais Neo ne peut pas détourner le regard de la faux qui se lève. Des remords brillants comme ceux qu'elle a quand elle s'assoit à la fenêtre, au milieu de la nuit.
Il voudrait reculer. Et en même temps, demeurer là pour toujours. C'est comme une brume agréable qui lui brouille la tête. Est-ce que c'est ce genre d'effet que l'alcool procure aux ivrognes ?
— Je suis désolée, Aqua murmure.
— Ne fais pas ça !
— J'aurais voulu que ça se passe autrement.
Il hoche la tête, comme s'il comprenait. Puis la peur perce. Lentement, une aiguille qui sort dans son torse. Comme une main qui se relâche. Oui. Soudain, Neo a peur. Il voit la lame tendu vers le ciel. La tristesse infinie qu'Aqua.
Il entend Vanitas et ses hurlements perdus dans l'hiver.
Fuir.
Ça le frappe, soudain. Ses jambes se crispent.
Mais il n'a pas le temps de bouger.
Un sifflement perce la tempête et la nuit qui l'avale coupe court à ses pensées.
. . .
Riku se recule.
Son cœur cogne entre ses tempes. Il porte aussitôt sa main à son cou, mais la peau lisse qui surmonte ses épaules est intacte. Pas de sang. Pas d'entaille. La faux qu'il a senti dans la chair d'existe pas. Ou plus.
Il se laisse tomber contre l'arbre dans son dos, haletant.
— Alors ?
La voix de Vanitas résonne près de lui et il se souvient l'avoir entendue susurrer, rire et soupirer à son oreille des centaines de fois. Ce timbre hautain, ces inspirations qu'il sait par cœur, ce tic léger qui lui fait claquer la langue contre le palais. Il a reconnu le sucre fin dans son sang, malgré l'épaisseur métallique et poisseuse qui lui donne la nausée.
La froideur de sa peau, avant que leur corps ne finissent à la même…
Non. Vanitas est toujours froid.
Riku inspire.
— Qu'est-ce que c'était ?
— Tu sais très bien.
Oui. Il a compris. Ce reflet gris aux yeux aussi bleus que les siens, cette enveloppe à sa taille et toutes ces émotions familières…
C'était lui.
Lui, il y a longtemps. Lui dans ses rues plus vieilles et pourtant familières, à une époque lointaine. Lui sous un autre nom.
— Neo…
Il prononce ce mot, avec l'impression de récupérer un bien perdu des années avant sa naissance.
— C'était toi, Vanitas précise.
— C'est pas…
Les mots se perdent et il doit s'appuyer sur le bois pour reprendre contenance.
— Comment c'est possible ?
— Tu ne devines pas ?
Deviner ? Il a bien une vague idée, mais…
Les mêmes souvenirs tournent et retournent dans sa tête. Les rires passés, la neige froide dans son dos et les cris de Vanitas. Il avait l'air désespéré, si… Vulnérable ? Encore, quand il lève les yeux sur lui, le vampire lui semble fragile. Comme une de ces araignées qui s'enfuient sous le lit sitôt qu'on approche. Il a envie de passer ses bras autour de lui, de le serrer. Le rassurer, lui dire que tout ça n'était qu'un odieux cauchemar. Que c'est fini, maintenant. Il pourrait caresser ses cheveux comme il l'a fait tant de-
Non, jamais. Jamais il n'a caressé ses cheveux. Pas lui. Pas Riku.
Le noiraud doit sentir le désarroi qui le traverse. Il pose sa main sur son bras.
— Tu as besoin de repos et cette forêt n'est pas l'endroit idéal pour dormir.
Riku hoche la tête, absent.
— Rentrons.
Il sent la peur et l'espoir dans sa voix. Des émotions contenues depuis des mois qui passent enfin sous la barrière arrogante qu'il se plaît à afficher.
La terre est meuble sous leurs pieds et la main de Vanitas n'est pas de trop pour avancer sans chuter.
. . .
Joshua soupire. Ça fait bien dix minutes qu'il attend, et il aimerait autant que son rendez-vous ne lui fasse pas faux bon. La nuit avance et lui, il voudrait rentrer avant le lever du jour. Pas que ça ne soit compliqué, il est plus rapide qu'un lièvre poursuivi. Mais il a un rendez-vous.
Un bruit de pas se fait soudain entendre, à plusieurs mètres d'ici. Il sourit.
— J'ai failli attendre. Tu as pris ton temps.
— J'ai dû partir sans éveiller les soupçons. Ça n'a pas facilité les choses.
Dans l'ombre d'un sapin centenaire, le visage d'un vieil ami apparaît. Une masse de cheveux en pagaille qui n'est pas dans lui rappeler celle de Vanitas, si ce n'est que l'homme qui s'approche est beaucoup plus grand. Rien de compliqué, en soit. Le camp qui l'a accueilli comporte une nombre affolant de vampires minuscules. Transformés trop jeunes, sans doute.
— Alors, tu as ce que je t'ai demandé ? Joshua roucoule.
— Tu ne demandes même pas comment je vais ? Quel ingrat.
— Oh, Sanae. Nous savons tous les deux que le clan Izunia se porte mieux que jamais.
— Malheureusement.
Le dénommé Sanae secoue la tête. Et ça, ce n'est pas bon signe. Joshua grimace. Enfin, Aqua lui a demandé des nouvelles. Qu'elles soient bonnes ou mauvaises, ce n'est pas son problème. Tant qu'elle le laisse tranquille, avec son nouveau garde manger…
— Je t'écoute, il soupire.
Sanae s'approche, une cigarette entre les doigts. Il l'allume.
Il raconte.
[TW : Sang, mort]
Tadaaaaaaam. Et voilà, on est arrivé au prologue. Et on clôt d'un même chapitre la seconde partie de l'histoire. Je me souviens m'être éclaté en écrivant, j'espère que la lecture vous aura plu !
À la prochaine !
