Sous une musique reggaeton, que nous avait lancée Ruby, je voyais mes affaires se préparer au fur et à mesure que le temps passait.
Un peu de tout. Un maillot de bain, des paréos, ma somptueuse robe offerte par Regina, quelques vêtements, une veste.
De quoi tenir quelques jours, voire quelques semaines, si je passais ma vie en maillot de bain.
Après tout, il était facile de le rincer, et de se rhabiller dès le lendemain.
Je n'arrivais pas à trouver le sommeil, après cela.
Alors nous avions décidé de nous poser devant un film, dans le salon. Je ne me souviens plus de ce que nous avions décidé de regarder. Ce n'était pas marquant, et j'avais bien d'autres choses en tête.
Le réveil sonna douloureusement comme je me l'étais dit. Il fut difficile.
Qui avait bien pu inventer le besoin de se réveiller.
Pourquoi faire ?
Je souffrais continuellement, de me réveiller tous les matins dans un piteux état.
Je n'étais sans aucun doute, pas du matin. Ô grand dieu, non.
Mais j'avais reçu dans la nuit, mon billet d'avion par mail de Regina.
J'avais six heures devant moi, avant de prendre la direction de l'aéroport.
J'envoya un message à Regina.
« Bonjour toi,
Je viens de me lever. Et je vois ce billet sans retour. J'ai hâte de te retrouver.
Tu me manques tellement, que j'en suis meurtri.
Nous nous voyons bientôt.
Je t'aime Regina.»
J'avais envie de lui écrire cela, et c'est exactement ce que je fis.
Ruby était déjà partie au travail.
J'avais donc trois choses à faire avant mon départ.
Prévenir mon petit frère de mon départ, pour qu'il ne s'inquiète pas de mon absence.
D'aller faire un dernier bisou à Ruby. Je ne pouvais décidément pas quitter la France, sans la remercier pour tout ce qu'elle avait fait.
Et dernière chose. Je voulais appeler ma grand-mère. La perle de ma famille.
J'avais été bien silencieuse ces derniers mois. Oubliant presque son amour pour moi. Je voulais avoir de ses nouvelles, et lui rappeler que je l'aimais.
Et j'avouerais aussi, pouvoir lui partager ma joie.
Après mon petit déjeuner et deux cafés, c'est ce que je fis.
Je passai une demi-heure au téléphone avec elle.
Je sentis qu'elle était déçue que nous n'arrivions pas à nous voir avant mon départ. Mais je lui promis, de courir à son appartement dès mon retour.
Promesse que je voulais absolument tenir.
Plus les heures passaient, et plus de mauvaises pensées, s'immisçaient dans mon esprit.
J'étais anxieuse.
Un milliard de questions, de pensées négatives volaient un peu partout, entre chaque neurone de mon cerveau.
Vous vous demandez lesquels ?
Et bien…
Pour vous faire un petit brainstorming.
Survivrons-nous à cette épreuve ?
Dans quel état vais-je la retrouver ?
Comment dois-je me comporter ?
Devrais-je lui en vouloir ?
Aurait-elle raison de m'en vouloir après ma fuite ?
Comment aborder le sujet intense et difficile, de l'amour que je ressentais à son égard ?
Comment lui expliquer, que mon nouveau et unique but, était de vivre à ses côtés ?
Comment envisager un futur ? Parce que finalement, quelles étaient ses attentes pour son avenir ?
Voulait-elle me voir pour m'annoncer une rupture ? La rencontre d'une nouvelle femme, dont elle se serait éprise ?
Devrais-je être confronté à d'autres problèmes ?
Je vais m'arrêter là. Je pourrais y passer des heures, ou vous expliquer le détail de chaque question. Ainsi que les différentes hypothèses de réponse.
Je vous épargne cela.
Je mérite gratitude.
Je m'étais seulement promis, de faire des efforts. De prendre sur moi.
Je sais que je répondais souvent sans réfléchir, j'étais impulsive et je m'en voulais d'ailleurs, après coup, très régulièrement.
Je sais à quel point Regina, avait pris le temps de me comprendre, de prendre le temps de m'écouter, de me rendre heureuse à chaque instant durant ce séjour à New-York.
Elle le faisait toujours, d'ailleurs.
Elle était la personne, qui de toute ma vie, c'était sincèrement intéressé à ce que j'éprouvais. A se soucier de ce que je pensais, de ce que je ressentais, de ce petit plus qui nous rend unique.
Peut-être avez-vous connu ça.
Peut-être avez-vous eu la chance de rencontrer cette personne. Cette personne, qui en un rien de temps, vous comprend mieux que n'importe qui, qui voit au fond ce que vous êtes. Qui vous pose des questions, que personne ne vous a jamais demandées.
Des questions intéressantes qui aboutissent à des conversations profondes.
Des personnes intéressantes, qui créent en vous un lien qui vous transcendent.
Peut-être auriez-vous de meilleurs mots, de meilleures formulations.
Mais c'est ce que représente Regina à mes yeux.
Elle méritait donc elle aussi, quelqu'un qui se surpasse. Elle avait elle aussi le droit, d'avoir une compagne digne d'elle.
C'était ma prise de conscience.
Et pour cela, je voulais la mettre au premier rang de ma vie.
Je voulais lui montrer que je me souciais d'elle, autant qu'elle le faisait pour moi.
J'apprenais avec effort, l'anglais. Je me voyais déjà réviser mes notions d'espagnol.
Et surtout, j'apprenais à tempérer mon fichu caractère.
« Je pars. C'est bon.»
« Oh déjà.» Me répondit Ruby.
« Oui. Mais je suis heureuse !»
Elle me serra fort dans ses bras. Il n'y avait pas besoin de plus.
Elle comprenait, me soutenait.
« Je t'envoie un message quand je rentre dans l'avion, et quand je sors de l'avion.»
« Il y a des mafiosos là-bas, non ?»
« Oui. Non. Je ne sais pas.»
« Et bien ne te fait pas kidnapper. Garde aussi tous tes organes. Et on se voit bientôt.»
Après un second gros et grand câlin. Je quitta le bar, où continuait de travailler mon amie.
Il ne me restait plus qu'à passer à la maison me changer, et partir en direction de l'aéroport.
J'entamais ma montée dans l'avion, avec en main mes billets.
J'avais un vol jusqu'à New-York, puis une escale de trois heures. Avant de reprendre l'avion, pour un vol de 3h45, en direction de Porto Rico.
Je vérifiai la ville d'arrivée.
San Juan.
Je supposais que Regina avait pris la décision, dans un moment de grande tristesse, de retourner à San Juan. Là où elle était née, sur la terre natale de sa défunte mère.
Lieu où elle y avait accumulé beaucoup de souvenirs, avec ses parents, durant sa jeunesse.
Sur le chemin de l'aéroport, j'avais pris le temps de lire quelques articles concernant cette île.
Je n'en avais entendu parler qu'au travers de certaines séries.
Je ne m'étais jamais questionné sur ses coutumes, ses grandes villes, ses monuments.
Lors d'une conversation avec Regina durant son séjour à Paris. Elle avait évoqué quelques souvenirs d'enfance là-bas. Rien de plus.
Dans le second avion, qui reliait New-York à San Juan. Il y avait des brochures sur les différentes activités à faire.
L'avion était complet.
Le dépliant en main, je lisais:
« Un arrêt dans la capitale, San Juan, est absolument incontournable. Depuis la ville, rejoignez les plages et les montagnes luxuriantes, profitez d'attractions culturelles uniques et pratiquez des sports aquatiques exaltants. Vous pouvez également parcourir les 269 kilomètres de La Ruta Panoramica pour découvrir les superbes montagnes et le centre de l'île, aux températures plus tempérées. Après avoir exploré l'île de Porto Rico proprement dite, vous pourrez visiter des endroits tout aussi exceptionnels sur deux petites îles au large de la côte Est, Culebra et Vieques, connues pour leur atmosphère décontractée et leurs plages de sable blanc.»
Je n'avais reçu aucun message de Regina.
J'avais bien vérifié durant mon escale à New-York. Cela ne me rajoutait que du stress supplémentaire.
J'espérais que tout allait bien de son côté. Je ne savais pas à quoi m'attendre après l'atterrissage.
Elle ne m'avait rien donné en détail.
Venait-elle me chercher à l'aéroport ?
Quand l'avion atterrit à San Juan, il devait être quatre heures du matin. Heureusement, j'avais pu me reposer un peu durant le vol.
Car une journée pleine m'attendait. Il était difficile de m'adapter dans ce sens-là du décalage horaire.
Je due attendre un long moment, mon foutu bagage.
C'est bon. J'étais énervé. Le stress me montait plus que prévu.
C'était le dernier à arriver sur le tapis roulant.
J'avais pendant ce temps, envoyé un message à Regina, lui demandant la suite du trajet.
Où devrais-je la rejoindre ?
Mais au vu de l'heure, peut-être qu'elle dormait paisiblement.
Sans aucune réponse. Je franchis les portes battantes et me retrouvai dans un hall.
Rien. Personne.
L'endroit était assez calme.
Je suivis une flèche, qui indiquait le lieu de rencontre avec les taxis.
Je m'étais dit que n'ayant aucune adresse. Je pouvais aller finir ma nuit dans un hôtel en centre-ville.
Cela était ma seule idée.
Je me souviens encore du vide que je ressentais à ce moment précis.
Les épaules basses et le regard abattu.
Je déverrouilla mon téléphone et envoya un message à Ruby, pour la rassurer de mon arrivée sur l'île.
D'un pas lent et fatigué. Je me traîna jusqu'à la deuxième sortie.
Une fois dehors, l'air chaud m'envahît et me donna l'envie quasi immédiate de me baigner dans un bain gelé.
Il faisait chaud.
Non, pire. Il faisait lourd.
Je me sentais en un claquement de doigt, poisseuse.
Parfait. Il ne me manquait plus que ça.
Un homme, que je devina un chauffeur de taxi, se dirigea vers moi.
Tout en me parlant espagnol, à une rapidité ahurissante.
Je lui demandai gentiment de me parler plus lentement. Je voulais essayer de le comprendre.
Mais il déblayer. Il enchaînait les phrases sans respirer.
Je n'en comprenais pas la moitié.
J'avais retenu quelques brides. Il me demandait si mon passeport était à jour, où j'allais et le prix d'une course en centre-ville.
Le voyant très insistant et écoutant mon instinct, qui commençait à surchauffer. Je le remercia et m'éloigna.
Dans ces moments-là, je ne savais jamais quoi faire.
Les échanges sociaux qui se passaient de la sorte, me troublaient très rapidement et me mettaient vite dans une sensation de mal-être évident.
Je me rapprochai des baies vitrées du hall de l'aéroport, où j'avais pu voir un vigile passer un peu plus tôt.
Je voulais être visible, s'il m'arrivait quelque chose
Pour me donner de la contenance, je sortis mon téléphone. Et scruta bêtement quelques photos.
Je n'avais absolument rien à faire sur mon téléphone.
J'aurais dû simplement m'excuser auprès de ce chauffeur et passer au suivant.
Mais non. Rien n'y faisait.
Je me sentais bloqué ! Quelle imbécile je faisais.
Après quelques minutes, ou je pris le temps de bien redescendre. De me calmer, et d'envisager d'aller voir un autre chauffeur.
Le premier revint à la charge. Marchant d'un pas rapide en ma direction.
Pitié...
Il méritait qu'une horde d'abeilles lui pique les fesses.
Il se posta devant moi, et continua son charabia en espagnol.
Je fis mon possible pour le stopper dans sa tirade.
Mais l'homme fut vite arrêté par la voix de Regina qui le coupa en espagnol.
Elle arriva de loin à grands pas. Elle aussi haussa le ton, pour arrêter l'homme.
Une fois à notre hauteur, ils échangèrent encore quelques phrases. Avant que cet homme odieux ne baisse la tête, et reparte en direction de son véhicule.
Regina. Elle était là.
Si belle. Si divine.
Je retombais amoureuse, la voyant félinement s'approcher de moi.
Vêtu de noir. Cette couleur lui allait si bien. Malgré la motivation, du port de cette couleur sombre. Le deuil…
Nous restions là. Planter là, devrais-je dire. A nous regarder, à nous détailler. Je n'osais pas bouger, faire le premier pas.
Je n'eus pas le temps de prendre ma respiration, qu'elle se précipita vers moi.
Une de ses mains se posa sur mes reins, la seconde derrière ma tête, au niveau de ma nuque. Ce contact m'électrifia de bonheur. Et en un battement de cils, elle me tira à elle, contre elle, pour m'embrasser fougueusement.
Je goutais délicieusement ses lèvres, comme pour la première fois. Redécouvrant ce qui m'avait tant manqué ces dernières semaines.
Je l'a retrouvais. Regina était bien là. Plus fougueuse et amoureuse que jamais. Enfin, c'est ce que je ressentais à travers ce baiser.
Je sentais Regina se presser contre moi, ses mains se baladant sur mon corps.
Avait-elle oublié où l'on se trouvait ?
Le souffle me manquant, je mis fin au baiser. Front contre front, nous restions silencieuses.
Regina, bien plus courageuse que moi, se détacha de moi, pour me faire face.
« Tu m'as terriblement manqué. » C'était une merveilleuse façon de se retrouver.
« Toi aussi. Tellement. » Je laissa un temps avant de reprendre. « Je ne pensais pas te voir là. » Dis-je plantant mon regard dans ses orbes.
« Je t'ai fait venir. C'était normal que je vienne te chercher. »
« Je ne t'ai pas vu à la sortie de l'aéroport. Alors j'ai pensé que pe… »
« Tu penses mal. J'étais seulement en retard. Je te prie de m'excuser. »
« Tu es déjà toute pardonné, tu sais. » Avais-je répondu.
« Tu ne devrais pas. Tu as été embêté par ma faute. »
« Ce chauffeur ? Ce n'est rien. Dis donc, que lui as-tu dis ? »
« Rien dont tu ne devrais te préoccuper. Tu dois être épuisé. Rentrons. »
« Rentrons ? Mais où ça ? Tu as tant à me raconter ! »
« C'est vrai. Mais je pense que nous devrions aller dormir. Nous en discuterons plus tard. J'ai besoin seulement de dormir quelques heures dans tes bras. Seulement quelques heures. »
« D'accord. »
