8/12 Noël en solitaire

Théodore Nott venait tout juste de fermer son magasin en ce soir de réveillon et s'attelait au calcul du chiffre d'affaires de la journée. Agée de 23 ans, le jeune homme était à la tête du magasin d'apothicaire du chemin de Traverse depuis le décès de son ancien propriétaire, il y avait un an environ. Juste après la guerre qui s'était soldée par la victoire d'Harry Potter, Théodore avait dû faire face au décès de son père âgé et malade et avait décidé de trouver du travail.

L'affaire n'avait pas été simple car le nom de Nott était associé aux mangemorts et le jeune homme avait dû envoyer une dizaine de candidature avant d'être accepté en tant qu'apprenti puis employé chez l'apothicaire. A la mort de son patron qui n'avait pas d'enfant, Théodore avait hérité du magasin et depuis il en était le propriétaire et responsable.

Jetant un œil à sa montre, il constata qu'il était 18h et qu'il avait encore le temps de faire quelque course. Il rangea plumes et parchemin soigneusement et se leva de sa chaise en grimaçant. Penché toute la journée sur ses chaudrons où encore occupé à servir ses clients, il n'était pas rare que son dos le fasse souffrir.

Verrouillant soigneusement la caisse à l'aide de sa baguette, il vérifia que tout était en ordre et quitta son magasin. Se rendant dans une petite ruelle sombre il transplana jusqu'au petit village de Carmody qui était le village le plus près de son immense manoir. Théodore poussa un long soupir en constatant que même aux environs de 18h passé, il y avait encore beaucoup de monde dans le supermarché magique.

Il déambula un moment dans les rayons l'air un peu perdu, quand il tomba sur une vitrine de foie gras. Depuis toujours, il adorait ça et son père pour lui faire plaisir (ce qui arrivait assez rarement) lui en achetait toujours lorsqu'il rentrait au manoir pour les vacances de Noël. Théodore s'empara d'une belle tranche de foie gras et fourra celle-ci dans le sac en toile qu'il emportait toujours pour faire ses courses.

La cuisine n'avait jamais été le fort du jeune homme et en jetant un œil à l'intérieur de son sac, il se mit à rire intérieurement. Son repas de fête allait être assez particulier : quelques toasts de foie gras, accompagné d'une bouteille de vin, un paquet de chips, quelques tranches de saumon et une petite bûche. Cela lui suffirait amplement pour ce soir et le lendemain.

Alors qu'il patientait à la caisse, son cœur se serra lorsqu'il vit devant lui une famille à l'air complice. La mère portait un bébé dans ses bras et le père enlaçait une petite fille.

Théodore allait passer Noël et le réveillon seul, dans son grand manoir. C'était loin d'être la première année mais il n'arrivait pas à s'y habituer…

Sans famille et célibataire, le jeune homme passait la majeure partie de ses soirées seul. Il ne s'en plaignait pas, lui qui avait toujours été de nature très solitaire, mais il devait bien admettre qu'un peu de compagnie n'aurait pas été de trop…

Il se demandait souvent comment c'était d'avoir quelqu'un à qui raconter sa journée le soir, avec qui partager son repas et même pourquoi pas son lit…

Lorsqu'il sortit du magasin, l'air glaciale le frappa de plein fouet, réveillant la toux qu'il traînait depuis quelques jours. Fatigué, il transplana juste devant l'imposant portail de son manoir, qui s'ouvrit devant lui.

La demeure était sombre mais Théodore y était particulièrement attaché. Il y avait toujours vécu et elle appartenait à sa famille depuis des générations. Il s'empressa d'allumer quelques bougies pour y voir plus clair, se débarrassa de sa cape et de ses chaussures, puis s'attela à la préparation de son repas de réveillon qui ne s'avéra pas bien longue.

Se servant un verre de vin, il se saisit ensuite du plateau où il avait préparé quelques toasts de saumon et de foie gras puis se dirigea au salon. Alors qu'il mâchonnait distraitement ses toasts, une voix retentit le faisant sursauter :

-Pourquoi cette triste mine, mon garçon ?

Tournant la tête en direction de la voix, Théodore poussa un petit soupir de soulagement en constatant qu'il s'agissait simplement du tableau d'un de ses ancêtres.

-Je me sens juste un peu seul…D'habitude ça ne me dérange pas tellement mais le soir du réveillon…

-Tu n'as jamais songé à te trouver une compagne ? Tu es encore jeune, mais il faudra bien songer à un moment donné à notre descendance…Lui dit le tableau sans aucune pudeur.

-Je…Je ne sais pas…Je n'ai personne en vue pour le moment et…bredouilla-t-il incapable de terminer sa phrase, ses yeux bleus remplis de gêne.

-Comme tu voudras…

Le tableau mit fin à la discussion, laissant Théodore réfléchir sur ses dernières paroles. En réalité, le jeune homme en avait envie, mais il n'y connaissait strictement rien. Pendant longtemps, cela ne l'avait pas intéressé même durant l'adolescence. Il voyait pourtant pas mal de femme passer à son magasin mais jamais il n'aurait le courage d'en aborder une et à vrai dire ce n'était pas vraiment sa priorité première. Il préférait largement attendre que l'occasion se présente d'elle-même plutôt que de forcer les choses et de paraître ridicule…

-Tu sais pourtant je suis certain que tu pourrais en attirer plusieurs, tu as un certain charme…Après l'apparence ne fait pas tout et il faudrait que tu fasses un effort pour te montrer plus loquace et moins taciturne peut-être…Reprit le tableau, incapable de se taire.

-C'est bon, ça suffit maintenant ! Je n'ai certainement pas envie de parler de ça avec vous ! répliqua Théodore sèchement.

Le jeune homme était loin de faire tourner toutes les têtes, mais il était vrai qu'avec ses cheveux bruns, son teint pâle, réhaussé par des yeux clairs et sa silhouette longiligne, il n'était pas repoussant loin de là. En ce qui concernait son tempérament, il était vrai qu'il n'était pas très bavard, mais une fois mis en confiance il se livrait plus facilement. Très bien élevé, il s'avérait plutôt serviable. Le plus difficile était de percer sa coquille car Théodore tenait à sa tranquillité. Cependant, malgré ses airs glacials au premier abord, se cachait une très grande sensibilité.

Son dîner terminé, il débarrassa la table d'un coup de baguette et entreprit de se chausser puis de se vêtir d'une cape. Il faisait nuit dehors et on ne voyait quasiment pas à deux mètres devant soi. Le bout de sa baguette allumée, Théodore longea le manoir et emprunta un petit sentier à l'arrière de la bâtisse. Il se retrouva dans une petite clairière où se trouvait une petite fontaine et une pierre tombale. Le jeune homme s'approcha et contempla à la lumière de sa baguette le nom de ses parents gravé dans le marbre.

La mort de sa mère, alors qu'il était âgé de neuf ans simplement, l'avait beaucoup attristé et il ne s'en était jamais véritablement remis. D'une manière différente, malgré leur relation un peu houleuse, la perte de son père avait également été douloureuse. Se retrouvant orphelin à l'âge de dix-neuf ans, Théodore avait dû apprendre à se débrouiller seul (même s'il avait toujours été assez débrouillard). Il venait assez peu sur la tombe de ses parents, car à chaque fois qu'il s'y rendait, il avait la mauvaise habitude de ressasser le passé et finissait généralement en larmes…

S'agenouillant, il débarrassa la tombe de l'épaisse couche de neige et d'un coup de baguette fit apparaitre un petit bouquet de rose de Noël.

-Joyeux réveillon…murmura-t-il en déposant le bouquet et en essuyant d'un revers de manche les larmes qui roulaient sur ses joues.

Le jeune homme se sentait peut-être seul, ce soir-là mais ce n'était qu'une impression car où qu'ils soient ses parents veillaient sur lui.