Mot de l'auteur: Bonjour tout le monde, j'espère que vous vous portez bien et que vous vous apprêtez à passer de belles fêtes ! Voici mon cadeau de Noël en avance ! Bon, comme d'habitude j'ai dû réviser mon plan de chapitre et le couper en deux car cela devenait trop long ! Mais vous connaissez la rengaine maintenant je pense… J'espère que ça vous plaira en tout cas ! Et merci encore à tous ceux qui laissent un petit message, vous avez tout mon amour !

Chapitre 4 : Climb every mountain partie 1

1988 – Her Majesty's Theatre (Londres)

Daphnée Greengrass se souviendrait pour toujours de cette nuit.

Elle avait alors presque 8 ans et ses parents l'avaient amenés avec eux voir un récital de musique. Habillée d'une très mignonne robe de sorcière rouge dont elle n'était pas peu fière et d'un élégant minuscule chapeau d'où jaillissait une unique plume, elle avait trottiné aux côtés de sa mère depuis la gare de Charing Cross le long d'un Trafalgar Square encore envahi de moldus malgré la nuit qui tombait.

Dans l'esprit de la petite Daphnée, les moldus s'enfermaient tous chez eux quand il faisait nuit, parce que la nuit, c'était quelque chose qui allait mieux aux sorciers.

Finalement ils entrèrent à l'intérieur d'un somptueux bâtiment en pierre et retrouvèrent la sensation confortable de se retrouver parmi les leurs. La magie baignait les lieux ce soir et la foule était faite d'un incroyable bouquet de couleur offert par les robes, par les accessoires bien souvent naturels des chapeaux ou des étoles. Plumes, fleurs, pierres, animaux autrefois vivants… Et animaux bel et bien vivants.

Daphnée sautilla alors vers l'un des groupes d'enfant, ayant reconnu Drago qui montrait à qui voulait bien l'écouter sa cape de fourrure d'une blancheur éclatante.

-C'est de la peau d'ours blanc, affirmait-il à un Vincent et un Gregory fasciné. C'est mon père qui l'a fait commander exprès pour moi. Oh, bonjour Daphnée. Tu es là aussi.

-Bien sûr que je suis là aussi. Bonjour vous trois, comment vous portez vous ?

Elle écouta vaguement leurs réponses et supporta d'entendre le blond se vanter à nouveau de sa cape. Elle aurait aimé qu'ils remarquent son chapeau à elle, mais aucun des trois ne le firent.

-Vous savez ce que l'on dit ? On dit qu'un enfant va participer au spectacle de ce soir, déclara-t-elle alors en secouant la tête exprès pour faire voltiger la plume de son chapeau.

Drago fronça du nez, apparemment peu ravi du changement de sujet.

-Ce ne sont pas des on-dit, c'est la vérité. Théodore Nott va jouer ce soir, même si je ne vois pas ce qu'ils lui trouvent. Je veux dire, je suis presque certain d'être vingt fois meilleur que lui. J'ai le meilleur des professeurs de piano et je sais jouer toutes les sonates de Mozart.

Après cela, Daphnée dû supporter de l'entendre se plaindre que son talent n'était pas reconnu. Exaspérée qu'il n'ait même pas la décence de complimenter son chapeau, elle finit par partir pour se mettre en quête de Blaise qui devait bien se trouver quelque part par là.

Elle finit par le dénicher dans la magnifique salle où avait lieu le concert, observant sans doute la façon dont la lumière faisait ressortir chaque dorure des sculptures entourant le grand rideau de velours rouge qui cachait la scène.

Il lui adressa un sourire, montrant du doigt le lustre du plafond qui illuminait la pièce.

-C'est un nouveau chapeau, non ? Lâcha-t-il alors, l'air de rien en lui prenant la main pour la conduire à des places où ils pourraient être tous les deux.

-Oui, n'est-ce pas la chose la plus exquise que tu aies vue ? Mère m'a autorisé à y mettre une plume et je me sens un peu comme une vraie Dame.

-C'est très mignon. Bien plus que le cadavre que Malefoy porte dans son dos.

Elle ne put se retenir et gloussa dans une de ses manches.

La salle se remplit petit à petit alors qu'ils continuaient à discuter de tout et de rien, dans leur bulle à eux deux, bien confortable. Comment en étaient-ils arrivés à apprécier la compagnie l'un de l'autre alors qu'il était, du dire des parents, « inhabituel » qu'un garçon préfère jouer avec une fille ? Mais d'un côté, ce petit garçon était aussi joli qu'une fille, une robe et on ne verrait pas la différence.

La vérité était bien plus simple, et bien moins bête : elle incluait une fête et un dessous de table, mais ils n'en diraient pas plus. C'était LEUR histoire et LEUR secret.

Mais si Daphnée pouvait affirmer sans mentir que Drago, Vincent et Gregory étaient pénibles, elle ne connaissait pas vraiment Théodore. Il était rarement présent aux réceptions : à ce que l'on disait, sa mère était une dame à la santé fragile et souvent malade.

Cela ne devait pas être très amusant.

Le récital commença alors et Daphnée agrippa le sac en perle de sa mère, penchée en partie sur elle pour pouvoir sentir son parfum. Blaise, lui, était seul, Mrs Zabini ayant préféré s'asseoir ailleurs.

Dans le silence résonna alors des notes de piano, d'ensembles de flutes et d'instruments à cordes. Comme c'était sa première sortie du genre, Daphnée se força à être attentive, mais rapidement elle se trouva à s'ennuyer, jouant nerveusement de ses jambes comme il ne seyait guère à une Lady, et étouffant des bâillements de plus en plus fréquents.

Elle remarqua au bout d'un moment que les Crabbe et les Goyle avaient laissés leurs enfants jouer dans un coin en les entourant certainement d'un sort de silence. Drago, par contre, avait l'air aussi frustré qu'elle, mais n'osait visiblement pas quitter sa place entre ses deux parents.

Blaise, lui, était aussi indéchiffrable que d'habitude.

Prête à demander finalement à sa mère quand est-ce que ça se terminait, elle s'arrêta dans son mouvement en voyant monter sur la scène un petit garçon tout fin aux cheveux châtains, endimanché d'un semblant de costume avec un foulard noué en lavallière au cou.

Il tenait un très beau violon d'une main, son archet de l'autre, et se dirigea au centre de la pièce sans la moindre hésitation.

Un murmure de la foule avait suivi son parcours et se brisa dès qu'il plaça l'instrument entre son épaule et son menton. Méthodique, il fit quelques réglages, puis resta un instant immobile, l'archet volant au-dessus des cordes.

Daphnée frissonna lorsque les premiers accords l'atteignirent, un peu comme une vague se déversant sur elle. C'était très différent de ce qui avait été joué jusqu'ici, loin du classicisme écolier que l'on pouvait s'attendre d'un enfant de cet âge – ou du tempo bien réglé des précédents interprètes, presque monocordes.

Il y avait de la vie, de la passion et des sentiments dans le jeu de Théodore. Il ne se contentait pas d'interpréter, il vivait la musique et les entrainait tous avec lui. Les mouvements rapides de l'archet, qui parfois se faisait caresses, puis gifles, ses doigts jouant sur les cordes : il était aussi passionnant à regarder qu'à écouter.

Et tout le monde était suspendu à lui, tous âges et puissances confondus, leurs cœurs palpitant sous le même rythme, le sien, les faisant passer de la gaité voltigeante à la sombre mélancolie, faisant un détour par une rage vengeresse.

Théodore réussit le prodige de lui faire ressentir des choses qu'elle n'avait jamais expérimentée.

A un moment la main de Blaise se referma sur la sienne, légèrement tremblante, et elle sut sans même le regarder qu'il le ressentait aussi. Elle savait que Gregory et Vincent avaient arrêtés brusquement de jouer et que Drago frémissait d'énergie et d'émotions retenus.

Ils se souviendraient toujours de cette nuit.

Oo0O0oO

Vendredi 31 aout

Réunion spéciale du bureau des Aurors.

Ron devait reconnaitre une chose au travail en général : c'était très efficace pour se changer les idées. L'exercice physique du matin, les dizaines de dossiers qu'il s'occupait de finaliser et les petits plannings qu'il se créait ou les arrangements qu'il faisait avec les autres pour ne pas croiser Harry et Hermione aux Archives pouvaient occuper son esprit à plein temps.

Bien évidemment, cela ne réglait pas les problèmes, c'est pourquoi il s'était fait une liste sur son calepin d'enquêteur ( et c'était, en fait, la seule page utilisée dudit calepin puisqu'il ne faisait pas encore d'enquête).

On pouvait y lire :

-Ginny & Z & Dean (le Z était entouré mais il ne savait pas pourquoi il avait fait ça)

-Le connard (il s'agissait bien évidemment de Cormac )

-Harry + le potentiel sermon d'Hermione

-Est-ce que Fay m'évite ? (Souligné trois fois)

Les avoir écrits là lui donnait comme une excuse pour ne pas y penser. Sa tutrice, l'Auror Bloomberry le tenait généralement trop occupé et même lorsque ce n'était pas le cas, le quotidien du bureau des Aurors se chargeait de lui offrir toute la distraction nécessaire.

C'était le cas aujourd'hui alors que tout le monde se réunissait dans la grande salle d'opérations, les agents se massant ici et là autour d'une table où reposait un plan, ainsi que leur chef, Robards, qui semblaient tous les passer en revue avec sérieux.

Ron rejoignit Fay dans un coin et fit signe à Dean, de l'autre côté de la salle, de les rejoindre.

Et alors que ce dernier tentait de se frayer un passage, discrètement il frôla le bras de sa petite amie d'une caresse du bout des doigts et baissa la tête vers elle pour lui sourire.

Elle lui jeta un regard attentif en réponse, puis émit un son de gorge mi pensif, mi grognon avant de détourner le visage. Ron releva la tête, se gratta le cuir chevelu nerveusement et poussa un soupir.

Que diable pouvait-il se passer dans la tête de Fay, c'était bien ce qu'il se demandait ! Elle était bizarre depuis hier soir, après les sélections de Quidditch, et il s'était dit, à forte raison, que ce qu'il s'était passé avec Harry l'avait rendue mécontente (ça l'avait rendu mécontent lui aussi !) et elle ne l'avait même pas félicitée pour son poste de gardien.

Rien, même pas le minimum syndical d'un bisou !

S'il était frustré, d'un autre côté il n'était pas très pressé d'avoir une discussion. Les discussions étaient souvent un terme fleuri pour évoquer des disputes.

-Bien, commençons ! Annonça Robards tandis que Dean réussissait enfin à se faufiler à ses côtés. Je n'ai pas besoin de préciser aux anciens le sujet de cette réunion de 31 aout. Les affectations pour la surveillance du départ du Poudlard Express. Comme vous le savez, cette journée reste particulièrement sensible et une cible de choix pour tous types de fauteurs de troubles. Comme chaque année, nous ferons équipe avec trois membres des tireurs d'élite de baguettes, dix brigadiers et cinq oubliators.

D'un coup de baguette il fit apparaitre des marques sur le plan devant lui.

En se penchant un peu, Ron réalisait qu'il s'agissait de la gare dans son entièreté, ainsi que ses environs directs. Etrangement, il n'avait jamais pensé qu'il y avait autant de membres du ministère présent à chaque fois qu'il avait fait sa rentrée des classes.

-Les oubliators resteront bien évidemment dans les zones moldus. Deux près du passage du quai 9 3/4, deux qui circuleront dans le bâtiment et un qui restera dehors… au cas où une nouvelle voiture volante déciderait de faire son apparition…

Robards eut un léger rictus narquois alors que tout le monde se mettait à fixer Ron avec des degrés différents d'exaspération ou d'amusement et ce dernier fut absolument certain d'être aussi rouge qu'une tomate.

-Mais où étaient tous ces gens quand le passage a été bloqué ?! Gémit-il doucement en réponse.

Il y eut quelques rires puis l'attention revint sur le plan.

-Quatre brigadiers seront placés à des points stratégiques de la gare, deux seront bien visible sur le quai, deux autres en civils et les deux derniers surveilleront les sorties extérieurs. Un tireur d'élite restera sur le quai, les deux autres circuleront dans la gare. Voilà pour le renfort. Me concernant, j'ai décidé d'affecter un aurors et son stagiaire à cette matinée, plus deux aurors d'astreinte et un stagiaire expérimenté si quelque chose devait se passer…

Si Ron bondit pratiquement à la mention des participations des stagiaires, les Aurors semblèrent tout d'un coup brusquement passionnés par leurs manches ou le sol, marmonnant au sujet de dossiers importants. Cormac, lui, passa brusquement à l'avant de son groupe et essaya de se faire le plus imposant possible pour que Robards ne puisse pas le manquer.

Le roux roula des yeux devant ce spectacle et essaya de ne pas se faire de faux espoirs même s'il rêvait de pouvoir faire sa première ronde. Il savait cependant que ça ne faisait qu'un mois qu'il était là et qu'il ne ferait rien de sérieux avant au moins un an…

-Et après en avoir discuté avec le Directeur Winters qui prend très au sérieux la protection de nos citoyens, j'ai choisi d'affecter Hester et Ronald à cette garde.

Dean hoqueta à côté de lui puis lui secoua le bras, mais Ron eu l'impression d'avoir fantasmé ce qu'il venait de se passer.

Pourtant, devant le grognement de désespoir de sa tutrice qui s'attirait désormais les regards compatissants et moqueurs de ses collègues, et le visage crispé de Cormac, il sut que c'était bien ce qu'il venait de se passer.

-Moi ? Demanda-t-il quand même.

Robards se frotta la barbe en hochant de la tête, puis vint vers lui pour lui tapoter l'épaule.

-Oui, le Directeur Winters pense que tu es un élément prometteur et qu'il serait bon de te lâcher un peu la bride. J'espère que tu es conscient qu'on attend beaucoup de toi ? Il ne faudrait pas nous décevoir !

-Non Monsieur ! Vous n'aurez pas à le regretter ! Promit Ron avec l'impression que sa poitrine allait éclater de fierté.

Il entendit à peine le chef nommer Cormac en astreinte et ne remarqua pas le regard inquiet de Fay qui le suivait alors qu'il quittait la salle.

Derniers achats

Cela surprenait toujours autant Fred, peu importe les années qui s'étaient passées depuis la première fois qu'il avait mis les pieds au Chemin de Traverse.

Le dernier jour avant la rentrée, il y avait toujours un monde de folie.

Et c'était un signe de folie que de vouloir acheter ses fournitures d'écoles à ce moment-là. Pas uniquement à causes de la foule, mais aussi à cause des ruptures de stocks.

Angelina passa près de lui dans la réserve et jeta un regard las et désabusé vers une étagère, s'attendant de toute évidence à y trouver du vide.

-Nous sommes aussi en rupture de stock de Glow-special sorcière scintillante. Tu sais quoi ? Fermons la boutique et fuyons dans un endroit exempt de mères désespérés, d'enfants hurleurs et d'adolescents blasés.

-Quoi ?! Non ! Ce sont mes préférés ! S'exclama Fred d'un air faussement blessé.

Il l'attrapa alors par les épaules et la guida jusqu'à la sortie de la Réserve, se faisant alors happer par le brouhaha joyeux et sauvage de la partie public.

Et effectivement, la passerelle circulaire de l'étage et le rez de chaussée étaient envahis de familles qui se bousculaient, essayaient de s'attraper, se faufilaient, se perdaient et se chamaillaient dans une sorte de chaos organisé.

-Ca, Angie, c'est la Vie, affirma t'il fièrement.

-La Vie peut certainement être moins bruyante, répliqua Angelina alors que deux enfants trébuchaient dans ses robes.

Elle remettait les deux petits sur ses jambes quand le regard de Fred, toujours sur la foule avec un contentement serein dans la poitrine, tomba sur une silhouette à la fois familière, et pourtant déplacée dans la joie familiale environnante.

-Ce n'est pas le petit ami de Ginny, là-bas ? Demanda-t-il à sa propre petite amie en poussant le menton en direction du grand black qui trainait du côté des potions d'amour.

Son visage avait la fixité et la froideur d'une statue, lui rappelant l'expression d'un homme en mission et cela, aussi, le fit se tendre comme un animal qui sent l'odeur d'un prédateur.

-Oui, c'est Blaise, approuva Angelina. C'est curieux de le voir trainer ici… Il ne m'a jamais fait l'impression d'un garçon qui aimait les farces…

Fred le connaissait, il lui avait fait plutôt bonne impression quand il l'avait vu avec Ron, il n'était pas très sûr au sujet de Ginny, mais en ce moment la partie la plus primaire de son cerveau lui hurlait qu'il était un serpentard, et qui dit serpentard, dit mangemort, et qui dit mangemort dit : « est-ce que les gens dans ma boutique sont en sécurité ?! ».

Pourquoi s'intéressait-il aux potions d'amour ?! Et maintenant il se dirigeait vers les boites à flemmes ? Que voulait-il faire ? Est-ce que Ginny était en sécurité avec lui ? Est-ce qu'il voulait lui faire du mal ? Il n'y avait pas une sorte d'histoire sinistre au sujet de Mrs Zabini ?! Il y avait trop de monde dans cette boutique… Trop d'enfants… Si jamais…

-Il n'a pas l'air d'être satisfait par ce qu'il voit… Constata Angelina avant de remarquer les tremblements nerveux qui agitaient son compagnon. FRED ?! Est-ce que ça va ?!

Il avait peine à la regarder, en fait il avait même du mal à respirer et son corps était en train de se tétaniser sur place. Il devait pourtant faire quelque chose pour mettre les gens à l'abri, pour les empêcher de finir comme… Comme…

Fred.

-Tu fais une sorte de crise chéri, fit la voix d'Angelina contre son oreille. Essaie de respirer avec moi, d'accord ?

-Je dois faire quelque chose…

-Chut, tout va bien, respire. Tout va bien. Tout est en sécurité.

A force de respiration contrôlée contre Angelina, une note de son parfum ambré colorant l'air et sa magie venant l'entourer pour le protéger, comme une cape de vent frais qui emporte avec elle l'odeur du chevrefeuille et des roses durant une chaude journée d'été, il eut l'impression de se rétablir.

Ses bras vinrent immédiatement se nouer autour de sa taille solide et il fourra son nez dans le creux de son cou à la recherche d'un réconfort inconscient.

-Je pensais que c'était terminé et que ça ne m'arriverait plus… Haleta-t-il. Pas depuis que j'ai décidé de me reprendre et de vivre pour nous deux. Je n'ai même pas craqué durant l'attaque du Mangemort au printemps dernier… Pourquoi maintenant ?

Une main sombre vint s'emmêler dans ses cheveux, massant, câlinant.

-Je ne sais pas. C'était soudain. Tu n'as peut être pas eu le temps de… Penser. Tu pensais très clairement à cet instant, en regardant Blaise…

Fred rouvrit les yeux et chercha aussitôt l'homme des yeux.

Il était partit.

-C'est juste que son comportement était…

« Il m'a fait peur » était ce qu'il ne dit pas mais pensa très fort.

Du thé et du gin

Hermione et Harry sortirent de la cheminée de l'appartement de Grimmauld Place alors que la pendule de grand-mère sonnait 18h. Harry se frotta le cou en restant immobile au milieu des cendres, son imitation d'un chien grondé et honteux toujours en place.

-Je vais nous faire du thé, décida Hermione en lui faisant signe de la suivre jusqu'à la cuisine, marmonnant ensuite presque que pour elle-même : du thé ET du gin.

-Je ne voudrais pas t'embêter après une journée de travail, intervint Harry en s'asseyant à la table, s'attirant aussitôt les faveurs de Pattenrond qui ne semblait attendre que ça pour sauter sur ses genoux et patouner ses cuisses en ronronnant.

Il passa une main machinalement sur son dos, aplatissant son épais pelage.

-Ridicule, grogna Hermione en réunissant ce dont elle avait besoin à travers plusieurs placards. Comme si j'allais te laisser rentrer chez toi alors que tu as eu l'air d'un mort toute la journée !

Elle mit la bouilloire sur la gazinière et tira une chaise pour s'asseoir à ses côtés. Harry avait désormais l'air de vouloir que le sol s'ouvre sous ses pieds et l'engloutisse.

-Qu'est ce qui a mal tourné hier ? Demanda-t-elle en s'efforçant de rester sage et d'attendre.

(Même si elle mourrait d'envie de dire qu'elle savait que ça allait mal tourner et qu'il aurait mieux fait de l'écouter. )

-Tout, absolument TOUT a mal tourné ! S'exclama Harry, puis comme si le barrage n'attendait que ça pour se briser et l'eau se déverser, les mots jaillirent brusquement de lui sans qu'il ne semble pouvoir les arrêter : Je pourrais te raconter comment Winters m'a humilié en se servant du quidditch et de mon plus ou moins meilleur ami, comment ce même meilleur ami m'a laissé tomber sans, semble-t-il, un remords ! Mais franchement, je m'en fous maintenant. C'est totalement secondaire par rapport à ce que J'AI fait après. Ca a juste… Contribué… Mais même, je pense que je suis le seul fautif. Je… Je n'ai pas d'excuse. J'ai merdé d'une façon qui me rend malade…

-Ohla... Lâcha Hermione et elle regarda la bouilloire sur le feu qui commençait à peine à chuchoter. Peut-être qu'on devrait passer directement au gin…

Elle se leva aussitôt pour récupérer les deux verres et les deux bouteilles qu'elle avait réservées sur le buffet.

-Je ne pense pas que je devrais, la contredit cependant son ami. Vu ce que je suis capable de faire SANS alcool, je ne veux pas savoir ce que je ferais avec.

-Bon, eh bien moi j'en ai besoin.

Hermione remplit son verre avec un mélange d'alcool et d'eau gazeuse et se rassit avec détermination :

-Bien, crache le morceau. Qu'as-tu fait que tu considères de SI horrible ?

Harry déglutit et regarda les nœuds du bois de la table misérablement.

-Je ne te jugerais pas, promis, ajouta t'elle.

-Tu aurais droit de le faire. Je le fais.

-Alors je t'encouragerais à être meilleur, affirma t'elle en venant prendre une de ses mains pour la serrer dans la sienne.

Harry lui adressa un sourire tordu pour seule réponse, mais rendit l'étreinte d'une pression avant de prendre un air sombre.

-Quand je suis rentré à la maison hier soir, en colère, Drago m'attendait et il était en colère aussi. Il a commencé à me parler agressivement, mais c'était à peine si je l'écoutais. Je crois que c'était à propos de Théo et du Ministère… Peu importe, c'était comme si le son et ma vision étaient toutes deux sous l'effet d'un filtre, je voulais juste qu'il me laisse tranquille… Je… J'ai fais une sorte de mouvement du bras dans sa direction pour… Je sais pas… Mettre de la distance, l'éloigner… Ma magie a jaillit d'un coup en extension et… Tout ce que je sais c'est que tout est redevenu net quand j'ai entendu le cri de douleur que poussait Drago…

Hermione resta muette, les doigts de sa mains gauche caressant la condensation sur son verre, sentant que ce n'était certainement pas le moment de l'interrompre. Harry releva les yeux vers elle et il n'y avait plus que de la douleur à l'intérieur.

-Je l'ai envoyé contre un mur assez fort pour qu'un cadre se décroche et lui tombe dessus ! Il saignait Hermione ! Il saignait !

-Ce n'était certainement pas ce que tu voulais… Lâcha précautionneusement Hermione.

-Non, mais c'est quand même arrivé ! JE lui ais fait du mal ! Bien que je l'aime et qu'il soit mon époux, la personne que j'ai juré sur ces serments de protéger et de soutenir, je l'ai blessé. Hermione… Juste parce que j'étais en colère et frustré… Je lui ai fait du mal et je lui ai fait peur. Je suis devenu ce que je déteste le plus… (il y eut un moment silencieux étrange comme un non-dit mais finalement il reprit ) Il m'avait rassuré en me disant qu'avec notre passé on ne pourrait jamais s'attaquer physiquement l'un à l'autre… Et je crois qu'il était tout aussi surpris que moi que ça arrive. Je m'étais toujours dit que je ne comprenais pas comment un époux pouvait être violent avec sa famille, que c'était une chose terrible, que je ne pourrais même pas concevoir faire une chose pareille… Pourtant je l'ai fait, alors que je n'ai même pas un an de mariage derrière moi ! Et si je peux faire ça à Drago… Qu'est ce qui me dit qu'un jour semblable je ne ferais pas la même chose à Evy ?!

Il lâcha brutalement sa main, la sienne tremblant depuis quelques secondes et vint agripper nerveusement ses cheveux comme pour se les arracher. Hermione avala une grande gorgée de sa boisson puis se leva pour taper des mains à plat sur la table avec détermination.

-Harry, arrête de te torturer ! Vous pensiez que vous ne vous feriez jamais du mal ? Eh bien vous êtes tous les deux bien plus naïfs que je ne le pensais !

Son ami lâcha ses cheveux et releva doucement la tête en clignant doucement ses yeux verts avec surprise.

-Vous vous battez depuis vos onze ans ! Continua-t-elle. Vous êtes tous les deux horriblement impulsifs ! Ce qui pour Drago est une catastrophe parce que ça va à l'encontre des habitudes des serpentards ! Mais c'est un fait, quand vous êtes lancés, vous n'avez plus un sou de jugeote ou de capacité d'observation. Et je le dis, bien que c'est mal, oui, ça n'excuse rien que tu aies pu faire à Drago, mais voilà, j'ai toujours pensé que ça devait arriver un jour ou l'autre.

-Donc nous sommes bel et bien mauvais et dangereux l'un pour l'autre, lâcha Harry avec une expression livide.

-Non, ce n'est PAS ce que je viens de dire. Je viens de dire que c'était prévisible au vu de vos deux tempéraments, que tu vas devoir ramper pour obtenir le pardon de Drago et que ça va vous servir tous les deux de leçons pour la suite.

Hermione se rassit en poussant un profond soupir, observant son ami à moitié avachi sur la table, un bras entourant sa tête, l'autre soutenant son menton en une posture de réconfort.

-Je ne peux pas savoir ce que tu ressens… Ni ce que ressentes les gens qui battent leurs moitié ou leurs enfants… Mais tu regrettes sincèrement ce qui est arrivé et c'est ce qui dit que tu n'es pas mauvais. Tu as juste trébuché.

-Et si je trébuche à nouveau ? Je sais que j'aurais d'autres journées difficiles qui me mettront en colère. Qu'est-ce qui me dit que je ne vais pas à nouveau frapper Drago dès que j'aurais une journée de merde ?

C'était une assez bonne question et Hermione se sentait à court d'inspiration à ce sujet. Son regard vogua un instant dans la cuisine et se posa finalement sur le petit tas de courrier, probablement rempli de prospectus inutiles, que lui avaient livré des hiboux dans la journée. Elle sut alors ce qu'elle devait lui dire.

- Ecoute… Commença-t-elle avec hésitation, se sentant un peu réticente à se confier, tu sais que je ne suis pas très enthousiaste avec ça, mais je dois te dire qu'il m'est aussi arrivé quelque chose … En fait, c'est stupide, mais j'ai fait une sorte d'hypoglycémie j'imagine. Je me suis évanouie en plein milieu de la cafeteria de Sainte Mangouste.

-Tu vas bien ? S'enquit aussitôt Harry en se dépliant de la table, se dressant à l'écoute comme un serpent.

-Oui, eh bien d'après le pas charmant du tout guérisseur que j'ai vu après ça… Je suis encore trop maigre et mon rythme de vie est mauvais. Mais tu sais, c'est que j'ai toujours…. Plein de choses dans la tête. A penser, à apprendre, à mettre en application, que je n'ai tout simplement pas faim ou pas sommeil ! Quant au sport, doux merlin, m'as-tu déjà vu faire du sport ?! La dernière fois que j'en ai fait remonte aux cours forcés de l'école primaire ! Et du ski avec mes parents, mais c'est pas pareil. Malgré ça je ne veux pas m'effondrer à nouveau au milieu d'un espace public !

-J'aimerais aussi que tu évites, approuva vivement Harry.

-C'est pourquoi j'ai pris mon courage à deux mains et que j'ai écrit le soir même une lettre au docteur Flint pour savoir si elle pouvait me prendre en consultation, conclut-elle avec un hochement de tête appuyé.

-Le Docteur Flint ?! S'étonna Harry. Notre psychomage de Poudlard ?

-Oui, elle travaille toujours là-bas, bien qu'elle ait repris les consultations à Sainte Mangouste pendant les vacances d'été. Néanmoins elle m'a dit, et surement à toi aussi, que si j'avais un problème, je ne devrais pas hésiter à faire appel à elle. Je pense qu'elle pourrait m'aider avec cette histoire de poids… Et je pense qu'elle pourrait aussi t'aider. Elle te connait et elle connait Drago aussi. Elle pourrait avoir de bons conseils plus professionnels pour t'aider à régler ce conflit intérieur que tu as.

Le brun émit un long son de réflexion en fixant à nouveau la table. Trop consciente de l'effort que représentait le fait de s'avouer à soi-même que l'on avait besoin de l'aide de quelqu'un, Hermione se retira pour sortir la bouilloire du feu et les servir, puis alla jeter un coup d'œil à ses lettres en jetant sans pitié dans la poubelle toute la publicité.

Elle s'arrêta cependant à la vue d'un papier gaufré, son nom écrit dessus d'une écriture à la plume très élégante et incontestablement féminine.

Cela la fit décacheter le pli avec attention, tombant sur plus de cette écriture ravissante.

-Je pense que c'est une bonne idée Hermione, fit soudain Harry en carrant les épaules, les bras sur la table comme s'il était prêt à se lancer dans un combat.

-Hm ? Fit Hermione en réponse avant de reprendre le court de leur discussion, ah, le docteur Flint, excellent.

Mais Harry la regardait à présent avec curiosité, et un brin de malice se frayant un tout petit passage dans son regard torturé.

-De qui est cette lettre ? Peu de choses sont capables de te faire perdre ainsi ta concentration !

Hermione sentit ses joues chauffer un peu, mais elle répondit tout de même avec un ton lourd de dignité :

-C'est de Daphnée. Elle m'invite ce dimanche chez elle.

Samedi 1er septembre

Les aurors ne font pas de la politique

7H00- Quai 9 ¾

Ron retrouva sa formatrice de bon matin en lieu et place de son entrainement sportif. Il était particulièrement excité à l'idée d'avoir sa première mission de terrain, même si Hester, elle, ne semblait la voir ni plus ni moins que comme une corvée.

Elle le dirigea vers la salle à l'extrémité des vestiaires, là où se trouvaient des rangées de tringles remplies de vêtements – majoritairement moldus pour ce qu'il en voyait. Il y avait aussi des étagères contenant des gadgets moldus comme des montres qui n'avaient pas d'aiguilles, des boites étroites qu'ils portaient souvent à leurs oreilles avant de parler dans le vide, d'autres petites boites reliées à deux fils qu'ils mettaient dans leurs oreilles pour écouter de la musique, des livres et des journaux moldus daté du jour.

Ron se demanda vaguement qui avait la tâche de fournir tout ce matériel.

-Habille-toi, fit sa formatrice en piochant ici et là un chemisier et un pantalon, nous allons passer un certain temps à patrouiller côté moldu.

Ron ne se le fit pas dire deux fois et chercha pour lui-même un jeans et un t-shirt, changeant finalement de chaussure pour des tennis.

-Pas mal ! Fit Hester avec un sifflement approbateur. Plus de la moitié des recrues sang-mêlés et pur sont habituellement incapable de coordonner aussi bien leur première tenue moldue !

-Ouais mais… Commença Ron en rougissant de plaisir – avant de perdre toute couleur en se détournant pour attraper un sac à dos et continuer plus mornement : Mes amis vivaient chez les moldus.

Ses anciens amis. Hester sembla sentir la nuance mais resta silencieuse en le fixant, avant de décider de changer de sujet :

-C'est bien pour une première fois, mais pour la prochaine, il faudra que tu penses à une histoire lorsque tu choisiras tes vêtements. La planque côté moldu peut attirer l'attention de ces derniers lorsqu'un vêtement n'est pas approprié au fait de rester et de tourner plusieurs fois dans une même zone.

Elle attacha un faux badge sur sa veste la présentant comme inspectrice ferroviaire – quoique ça puisse vouloir dire.

Ils transplanèrent alors aux environs directs de la Gare Kings Cross et se mêlèrent à la foule matinale.

Leur toute première tâche fut de faire le tour de la gare en recherchant discrètement de possible émanation de magie noire, tout en essayant de repérer les agents des autres services dont certains avaient des déguisements plus ou moins maitrisé. La palme allait cependant au Brigadier qui se faisait passer pour un mendiant et qui sentait EXACTEMENT comme un mendiant.

Puis ils purent constater l'apparition des tout premiers apprentis sorciers, et c'était une chose étrange à laquelle assister. Il y avait si peu de temps, c'était Ron qui se trouvait à la place de ces enfants, à pousser un chariot rempli de bagages et de chouettes hululantes, à penser aux merveilleux moments qu'il allait passer à Poudlard.

Désormais, il n'était plus un apprenti sorcier, il pouvait faire de la magie quand il le voulait, dans les bonnes circonstances. Mais il ressentait encore l'appel du château, de la cohabitation étroite avec d'autres garçons comme lui, des fous rires et des petits secrets d'adolescents, bien que, avec Harry dans sa vie, il y avait toujours eu plus de gros secrets que de petits.

Son moral tomba alors qu'il repensait à son très probable ex-meilleur ami, et Hester sembla le sentir puisqu'elle l'invita à aller s'acheter un café.

Leurs gobelets en main, ils reprirent leur place actuelle, près de l'accès au quai 9 ¾.

-J'ai appris ce qu'il s'était passé lors des sélections de Quidditch, fit sobrement Hester.

-Je paris que ça a fait au moins deux fois le tour du département, grommela Ron plein de ressentiment.

-Ce n'est pas plus mal, tu sais, répliqua un peu sèchement l'auror. Il vaut mieux que tu te tiennes loin de Lord Black le temps de prendre de la bouteille, comme on dit. Il est clair qu'il a décidé de s'investir dans le fonctionnement de notre société.

-Oui, et alors ?

-Et alors les aurors ne font pas de la politique. Nous, nous sommes juste là pour protéger les citoyens britannique de toute manifestation de magie noire ou potentiellement dangereuse ou pouvant potentiellement amener à la rupture du Secret. Et ce, sous la supervision du Ministère qui nous accorde les moyens de le faire. Nous avons besoin d'être irréprochable et droit dans nos bottes, ce que je pense que tu es capable d'être. Mais la politique… La politique est un chemin de serpent. De retournement de veste, de couleuvres à avaler, de faux semblants et de manœuvres à la limite de la légalité, voire quasiment illégale. Si tu te laisses entrainer Ron, tu risques de tout perdre, et pour quoi ? L'amitié ? L'amitié si elle est vraiment forte peut se reconsolider plus tard.

-Il n'y a pas vraiment que ça en jeu, répliqua Ron. Mais… Je comprends. OK ? Je comprends, ça ne le rends pas plus facile.

Des écoliers passèrent devant eux en riant, groupe d'ami suivi par des mères moins pressées, occupées à discuter entre elles, et Ron ne put s'empêcher de se voir, lui, Harry et Hermione et se demander quand est-ce qu'ils seraient à nouveau comme ça – ou s'ils ne le seraient plus jamais.

Au final, aucun mage noire ne vint troubler ce départ.

Les vraies raisons (et les fausses)

16H00 - Poudlard

Retourner à Poudlard était… Une étrange sensation. L'école était encore vide en dehors des professeurs, les élèves actuellement dans le Poudlard Express, et de tous les endroits du monde, il fallait que ce soit pour atterrir dans le bureau du Docteur Flint.

Il jeta un regard mélancolique vers la cabane d'Hagrid qu'il pouvait apercevoir à travers la fenêtre à croisillon, mais dû revenir vers la jeune femme quand cette dernière eut finit de ranger ses affaires.

-Donc. Harry. Nous revoilà. Vous en avez l'air très chagrin.

-J'avais espéré pouvoir échapper à ce genre de chose pour le reste de ma vie, mais il faut croire que je suis plus foutu que je ne le pensais…

-Tss tss, rien de tout cela ! Répliqua Melody Flint. Allez, racontez, nous allons voir à quel point vous allez avoir besoin de mon aide.

Et Harry raconta l'Evènement, avec un grand E. Il n'avait plus vu Drago depuis ce jour et il ne savait pas si c'était la Maison elle-même qui les gardait à distance ou si son époux était particulièrement doué pour s'éclipser au bon moment. Dans tous les cas, il n'avait pas vraiment cherché la rencontre car il ignorait encore ce qu'il pourrait dire ou faire pour apaiser l'autre homme, et surtout, s'il était vraiment hors de danger en sa présence. Ca le travaillait beaucoup.

-Donc, c'est au sujet de Drago et de votre couple, clarifia le Docteur en croisant les mains devant elle, ne semblant pas le juger particulièrement pour avoir envoyé son époux contre un mur. Puis-je demander où vous en êtes tous les deux ? Comment cela se passe depuis le mariage ? Quel genre de moments avez-vous tous les deux ?

-Euh… Des moments ? On mangeait ensemble avant que je commence à travailler. Et parfois on dinait. Mais… Je me lève toujours très tôt et lui assez tard, et maintenant, je rentre souvent tard du travail et pendant tout l'été, il a souvent diné ailleurs… En fait, il était souvent à tous ces trucs de la Saison donc…

-Oui, je l'y ai vu. Vous non, par contre. Pourquoi ne l'y avez-vous pas accompagné ?

Harry se rencogna un peu dans sa chaise en réalisant que le Docteur Flint… Eh bien étant une Flint, avait aussi assisté à tous ces évènements de la bonne société. Il se sentit rougir malgré lui de gêne.

-C'est pas trop mon truc.

-Mais c'est le sien, pas vrai ? Lança t'elle et un silence lui répondit un petit moment avant qu'elle ne continue : J'ai l'impression que vous pensez que c'est satisfaisant si vous faites tous les deux les choses qui vous plaise de votre côté, mais ce n'est pas ça être un couple. Tout l'intérêt du couple, c'est de partager. Est-ce qu'il n'y a pas eu des moments où vous auriez aimé la présence de Drago à vos côtés, même si c'était pour quelque chose qui n'était pas tout à fait à son gout ?

-Peut-être ? Répondit Harry. Je ne sais pas.

-Ce que vous dites me laisse à penser que vous ne vous voyez pas souvent. Il ne vous manque pas ?

-Si, bien sûr, répliqua Harry, un peu agacé d'avoir à penser à ces choses. En ce moment il me manque beaucoup et… J'aime qu'il soit là quand je rentre du travail. Ca me contrarie quand je rentre et que je découvre qu'il est parti ailleurs, mais… C'est un peu égoïste de ma part, non ? Il a bien le droit de s'amuser !

-Est-ce que vous lui en avez parlé ?

-Non ! Bien sûr que non, je vous l'ai dit, c'est égoïste. Je ne veux pas qu'il culpabilise après.

-Mais vous venez de dire que ça vous contrarie. Vous ne pouvez pas étouffer vos sentiments, pas quand ils pourraient être apaisé par une discussion. Puis-je voir votre marque de mariage ?

Harry plaça automatiquement son autre main sur son poignet en geste de protection, rougissant un peu plus.

-Je ne préfère pas.

-C'est aussi mauvais que ça alors ? S'étonna la psychomage avant de le regarder avec compassion. Dites-moi pourquoi vous pensez être violent ?

-Ce n'est pas ce que je pense, c'est ce que j'ai été.

-Mais ça vous rend triste et horrifié.

-Bien sûr ! Vous… Je… J'ai été victime de violence dans mon enfance, vous le savez, on en a un peu discuté.

-Un peu, appuya le Docteur Flint. Vous êtes extrêmement fermé sur cette partie-là de votre existence.

-Oui, eh bien, j'ai toujours cru que j'étais différent d'Eux et voilà que je me comporte de la même façon. Je me suis comporté comme un Dursley !

Il cracha le nom avant de froncer le nez et de regarder à nouveau par la fenêtre, extrêmement dégouté de lui-même.

-Harry, ce que vous avez vécu aura toujours un impact sur votre vie. C'est pourquoi il serait préférable que vous en parliez un jour à Drago. Il ne peut pas vous comprendre si vous lui cachez quelque chose qui pèse aussi lourd sur votre âme.

-Et pour qu'il ait ensuite l'impression qu'on l'a trompé sur la marchandise ? Emit Harry avec un rire sec et dépréciatif. Il ne me respectera certainement plus après ça.

-C'est votre propre peur qui parle. Vous n'avez aucune idée de ce qu'en pensera Drago, bien que son environnement familial puisse vous donner des pistes.

-Comment cela ?

-Sans vouloir trahir ce que je peux savoir de lui, vous savez qu'il y a une véritable culture familiale et conjugale chez les Malefoy. Aucune rupture, aucun enfant laissé de côté, la famille est le socle sur lequel ils se reposent, bien plus que l'argent, la puissance, la pureté ou la popularité. Ce qui est arrivé pendant votre enfance serait impensable au sein de cette famille… Famille dont vous faites désormais partie. Si colère ou mépris il doit y avoir, ce ne sera pas vers vous qu'elle sera dirigée.

Harry ne répondit rien, serrant fermement les lèvres en regardant à nouveau par la fenêtre. Les mots de la jeune femme le touchaient et il détestait cette sensation qu'elle lui faisait avoir de temps en temps. Cette impression de devenir tout d'un coup aussi fragile que du verre et de se sentir sur le point de se briser.

Elle lui laissa le temps de s'en remettre, comme elle le faisait autrefois, le fixant gentiment comme si elle pouvait lire à travers lui. Il y avait toujours la boite de mouchoir en papier sur son bureau, qu'elle lui avait proposé deux ou trois fois avant de comprendre qu'il ne pleurerait pas.

Et il ne le ferait pas non plus aujourd'hui. Pas maintenant qu'il était devenu Chef de Famille et père et qu'il ne pouvait pas se permettre de se laisser aller.

-Tout cela ne me dit pas comment je fais pour éviter de lui faire à nouveau du mal…

-Parce que vous ne voyez pas le problème dans son intégralité. Vous pensez qu'il y a juste un ressort à remettre en place dans votre machinerie et que vous ne serez jamais plus un potentiel danger pour votre époux. Moi je vous demande : pourquoi avez-vous senti le besoin de rejeter votre mari à ce moment-là pour aller vous lamenter tout seul dans votre coin ? Pourquoi était-il alors en colère contre vous ? Pourquoi n'était-il pas au courant de ces sélections compliquées ? Pourquoi alors qu'un de ses rôles est justement de vous soutenir ? Comme votre propre rôle est aussi de le soutenir ? Comment voulez-vous que votre couple marche si vous ne communiquez pas ? Voulez-vous seulement que votre couple marche ?

-Bien sûr ! Cria presque Harry qui se sentait assez agressé tout d'un coup. Bien sûr que je veux que ça marche ! Déjà parce que je ne veux pas perdre ma magie et parce que je veux qu'Evangeline ait toujours ses deux parents ensembles !

-Ce sont deux horribles raisons, assena le Dr Flint en fronçant les sourcils. Aucune d'entre elles ne devraient être fondatrice de votre couple. Réessayez pour voir.

Harry fit la grimace, se retenant de vouloir lui crier plus à la figure ou de partir en claquant la porte, puis il revit l'expression horrifiée et apeuré de Drago et se força, même si tout ça, bon sang, ça ne la regardait pas !

-Parce que je veux que Drago soit bien et en sécurité !

-Apparemment pas, puisque vous l'avez jeté sur un mur, remarqua sans aucune pitié la jeune femme, tiquant légèrement un peu néanmoins quand elle remarqua qu'Harry la fixait avec des envies de meurtres et continua d'une voix un peu plus aimable : Essayez encore.

Il serra à nouveau les lèvres, pensant à nouveau à pourquoi il voulait faire marcher son couple et son esprit se retrouva inondé de souvenir de Drago : Drago allongé sur le ventre sur son lit, battant légèrement des jambes, Drago nu sous la douche, l'eau coulant le long de ses membres effilés, Drago berçant Evangeline comme si elle était le plus précieux des trésors, Drago dansant avec lui, l'embrassant, le caressant, Drago le laissant aller à son rythme, l'air de respecter le fait que le moindre toucher était un effort pour lui, Drago jouant du piano…

-Parce que je l'aime… Murmura t'il alors, mais pas assez bas pour que le Dr Flint ne l'entende pas car son visage s'illumina d'un grand sourire.

-Et vous ne savez pas quoi faire avec ça, pas vrai ?

Il hocha timidement de la tête, n'osant plus la regarder.

-Parce que vous n'avez jamais eu vos parents pour vous montrer un potentiel modèle de ce que peut être un couple. Votre oncle et votre tante n'étaient pas non plus très aimants et démonstratifs l'un avec l'autre. De plus, l'aversion que vous avez pour eux ne vous encourage qu'à rejeter ce qu'ils étaient l'un avec l'autre : Soutenants, comme dans leur comportement maltraitant vis-à-vis de vous, protecteurs, comme avec leur fils, et repliés sur leur toute petite cellule familiale.

Il eut un reniflement moqueur, mais préféra ne pas s'attarder sur ce sujet.

-Ce que vous me dites, c'est que je ne suis pas violent, juste dysfonctionnel ?

-Juste en phase d'apprentissage. Prenons le problème différemment. Est-ce que cette dispute violente aurait eu lieu si Drago avait su que vous reveniez d'un moment compliqué ? Auriez-vous voulu être seul alors ou rester avec lui pour lui en parler ou même ne plus y penser ? N'auriez-vous pas alors écouté ses propres griefs ?

Vu comme cela, oui, l'Evènement ne se serait probablement pas produit. Harry se souvenait même avoir voulu de la présence de Drago en rentrant. Avait été heureux qu'il soit là… Jusqu'à ce qu'il le voit en colère.

-S'il arrive à vous pardonner, alors rien n'est impossible. Vous pourrez construire une véritable relation de couple. Car tout reste à construire, et à deux, pas vous juste essayant de faire ce qui vous semble être bien. Etre marié ne signifie en aucun cas que tout est fait et à tout moment dans votre vie, avec ses nombreux changements, il vous faudra reconstruire votre projet à deux. Et cela signifie parler avec l'autre. De vos espoirs, de vos peurs et de vos sentiments. C'est le seul moyen et il n'y a pas de formule magique ou de potion pour le faire à votre place.

-Mais… Est-ce que ce n'est pas un peu…

-Oui, exprimer vos sentiments n'est pas ce que vous faites avec le plus de facilité.

-Je veux dire, je suis le Chef de Famille, je suis censé être celui sur lequel les gens se reposent, pas le contraire !

-Face à tous les autres membres de votre famille très peu étendu, oui, en principe, mais c'est une situation intenable, vous le réalisez ? Tout le monde a besoin d'aide à un moment donné et pour cela il doit montrer de la vulnérabilité. Etre vulnérable n'est pas une tare même si je comprends très bien pourquoi vous, en particulier, le voyez comme cela. La moindre vulnérabilité que vous laissiez apparaitre était utilisée contre vous, et ce dès votre plus jeune âge. C'est pour ça que vous avez besoin d'une personne en qui vous aurez toute confiance pour la laisser prendre un peu de ce poids que vous portez sur vos épaules. Et cette personne, c'est votre compagnon de vie.

Premières années

17h30 – Poudlard

En sortant du bureau du Dr Flint, Harry était aussi perturbé qu'indécis. Ce qui était assez nostalgique en fait, puisque rien n'avait changé par rapport à l'année dernière. Chercher à faire le point sur ses sentiments ressemblait, de son point de vue, à fouiller dans de la merde. La jeune femme essayait de le rassurer, mais il avait vraiment l'impression d'être une peine perdue.

Il ne savait pas s'il était physiquement capable de parler à Drago de tout ce qui ne concernait pas le fonctionnement basique de leur vie quotidienne. Si, bien sûr, Drago acceptait un jour de lui reparler, et rien n'était moins sûr.

Laissant ses doigts frôler la vieille pierre des murs de Poudlard et ressentir la tonalité de la chanson de magie familière du château, il poussa un soupir en songeant à quel point, sur certaines choses, cela avait été plus simple ici.

Il descendait le grand escalier quand il aperçut Neville dans le hall et dévala plus vite les marches pour aller à sa rencontre.

-Hey ! Neville !

Le jeune homme qui semblait alors perdu dans ses pensées se retourna et le fixa avec étonnement, ne s'attendant apparemment pas à le trouver à Poudlard.

-Harry ! Qu'est-ce que tu fais ici ?

-Ah… Disons que j'ai eu droit à une petite remise à niveau avec le Dr Flint, répondit Harry en faisant la grimace.

Neville, toujours aussi doux, n'insista pas en voyant sa gêne, ce en quoi Harry lui était reconnaissant. Ils n'avaient pas vraiment parlé de leurs séances psy l'année dernière, les traitant un petit peu comme des cours particuliers obligatoires que tout le monde avait, afin, peut-être, de mieux éviter de penser à quel point ils étaient tous cabossés.

-Quoiqu'il en soit, je suis content que tu sois là. Je commençais à me sentir un peu anxieux à l'idée de tous ces élèves qui ne vont pas tarder à arriver et je suis déjà tombé deux fois sur Rogue en me promenant pour essayer de me changer les idées…

-J'imagine que ça a eu tout l'effet contraire !

-Exactement ! Surtout la première fois qu'il m'a vu, on aurait dit qu'il contemplait un veracrasse qui aurait rampé hors de son terrarium… Je crois qu'il m'a demandé comment j'avais l'intention de m'en sortir avec les élèves, mais j'étais trop nerveux pour lui répondre et je suis parti en sens inverse. Harry, c'est affreux, à terme il est prévu que je prenne en charge les classes de première année au second trimestre, mais comment je vais y arriver ? Si je n'arrive même pas à ne pas avoir l'air d'un idiot devant les professeurs !

-Les premières années sont mignons, répliqua Harry. On écoutait toujours en première année, à part peut-être le professeur Binns, mais ça c'est de sa faute, il était tellement ennuyeux qu'on s'endormait sur nos parchemins.

-Et si mes premières années s'endorment ?

-Ils se feront mordre ou cracher dessus par les plantes qu'ils sont censé étudier, ne t'inquiète pas Neville, tu vas être génial.

Ses remarques eurent l'air de faire mouche car le gryffondor se redressa un peu et lui esquissa un sourire timide en frottant des mains dont les ongles étaient encore incrustés de terre.

-C'est gentil, j'avais commencé à douter de moi-même… Mais tu sais, j'ai vu ma grand-mère hier. J'avais quelque chose à lui demander pour Ginny et de fil en aiguille, elle a commencé à nouveau à me sermonner concernant ma décision de devenir professeur. On dirait que rien de ce que je fais ne lui fais plaisir, à part peut-être mon mariage avec Hannah.

-Je n'imaginais pas qu'être professeur était considéré comme un sous métier par les grandes familles de sorciers. Après tout, c'est important de former les générations suivantes.

-C'est vrai, approuva sérieusement Neville avant de continuer : mais le mode de vie de professeur en résidence dans une école encourage souvent au célibat et à un certain isolement de la vie publique. Pour ma grand-mère, c'est exactement comme si j'annonçais que je ne voulais pas reprendre la tête de la famille Londubat, ce qui est un peu le cas. Entre Long Garden qui est à moitié en ruine et mes oncles qui vivent sur la fortune familiale, il n'y a que ma grand-mère pour avoir un jour l'espoir que notre famille redevienne un des noms les plus influents de Grande Bretagne.

Harry resta silencieux alors qu'ils reprenaient leur marche vers la Cour et la Grande Salle. Il était lui-même inconscient de ce que cela faisait d'avoir les espoirs et les attentes d'une famille sur ses épaules, au contraire de Neville ou de Drago. C'était probablement l'un des rares avantages à être orphelin, même si une part profonde de lui grognait de jalousie. Il posa la main sur son thorax, là où il sentait ce pincement et se demanda si cela faisait partie des choses dont il devait parler à Drago.

S'il n'enviait certainement pas sa relation avec son père, il cachait toujours ce qu'il ressentait quand il le voyait avec Narcissa. Les deux avaient une relation tellement aimante et presque fusionnelle que cela le faisait toujours se sentir à l'écart, seul et mal aimé. Mais cela faisait partie des choses qu'il avait appris à refouler au plus profond de lui dès la petite enfance, comme lorsqu'il observait Petunia et Dudley, ou les enfants Weasley et Molly.

La seule idée de laisser ces mots sortir de sa bouche le faisait se sentir mal et il inspira profondément alors qu'ils sortaient à l'extérieur.

Le Poudlard Express semblait être arrivé il y a peu car un grand panache de fumée pouvait être vu vers la Gare. Le professeur Flitwick, qui avait repris le poste de directeur adjoint se tenait devant les grandes portes, tout excité à l'idée de l'arrivée des nouveaux élèves.

Comme Harry n'avait pas à devoir leur apprendre quoique ce soit, il se surprit à être contaminé par son enthousiasme et à essayer d'imaginer quels seraient les nouveaux apprentis sorciers qu'il ne connaitrait pas – pas comme il avait connu les différentes années qu'il avait côtoyées tout au long de sa scolarité.

Neville semblait plus fébrile, mais il resta bien droit à l'arrivée des premières calèches, observant le trot paisible des sombrals qui hennissaient silencieusement.

Les élèves sortirent les uns après les autres dans un mélange de robes noires, de cravates rouges, jaunes, vertes et bleues, de cris, de rires et de discussions en voix aigües, en mues et graves. Harry sentit alors un changement dans le tempo de la magie sous ses pieds. De calme et presque endormie, la magie fusait de toute part comme des feux d'artifices, suivant les pas des élèves, se jetant devant eux comme un banc de dauphins joueurs, tantôt humide et sombre à l'image de serpentard, ou tantôt aérienne et musicale à l'image de serdaigle, remontant le long des murs du château, courant à travers les couloirs, jetant la poussière des rideaux, faisant briller un peu plus les fenêtres et brûler plus ardemment les feux.

Harry se laissa un moment absorber avant de se rendre compte qu'il avait fermé les yeux, tout comme Neville qui avait les lèvres légèrement ouverte comme si c'était si beau à ressentir qu'il n'arrivait plus à respirer.

Son regard croisa alors Rogue qui était sorti à son tour et qui hocha légèrement la tête dans sa direction, l'air de comprendre ce qu'il leur arrivait.

La directrice Mc Gonagall était aussi là, observant avec bienveillance les enfants, saluant et ayant un mot pour quelques-uns alors que le flot continuait à arriver de la gare.

Entre deux arrivées, ses yeux arrivèrent jusqu'à lui et elle lui adressa un grand sourire.

-Monsieur Potter, fit-elle, vous vous joindrez bien à nous pour le banquet de début d'année ?

Harry ne put rien dire, surpris et touché par l'invitation, mais comme de toute façon, tout ce qui l'attendait risquait d'être une table de diner vide, il hocha la tête et parti prévenir Mrs Wallace de son absence ce soir.

Dimanche 2 septembre

Brunch

10h- Greenfields

Hermione fut extrêmement surprise lorsque le conducteur du taxi qu'elle avait pris à Norwich lui assura pouvoir l'amener jusqu'à Greenfields.

Habituellement les grandes demeures sorcières étaient cachées de tous par des sortilèges.

La lettre d'invitation qu'elle avait reçue devrait lui permettre d'y accéder, et elle ne s'attendait certainement pas à ce qu'un moldu connaisse le domaine.

Elle comprit vite à quel point elle avait tort lorsqu'un grand panneau annonça à un croisement l'entrée du « domaine ».

A partir de là, la voiture tourna, et ce n'était plus que des hectares de champ et de pâturage à perte de vue. La majorité était déjà moissonnée à cette période de l'année, mais ça devait être un sacré spectacle en été. Des silos et des moulins à vent au loin brisaient la platitude du terrain, leurs pales tournant paresseusement, des vaches dans les prés étaient occupées à brouter en agitant leurs queues pour faire fuir les mouches. Finalement, une sorte de cottage fit son apparition entre plusieurs hangars de tôles où s'alignaient parfaitement des tracteurs et autres engins agricoles.

C'est là que la déposa son conducteur serviable et elle resta un instant perplexe devant la grande maison, son instinct lui disant que ça ne pouvait définitivement PAS être l'endroit où vivait Daphnée.

Deux chiens aboyèrent alors et un homme sorti de la maison d'un pas pressé au bout de quelques minutes, détaillant de haut en bas Hermione dans son plus joli manteau et robe du dimanche. Des petites bottines de cuir marron complétaient l'ensemble, ainsi que son sac en perles à rangement illimité qui la suivait partout.

-Bonjour, je suis le Régisseur de Greenfields. Qu'est-ce que je peux faire pour vous Mademoiselle ?

-Bonjour, j'ai été invité par Miss Greengrass, expliqua t'elle en sortant l'enveloppe de son sac.

Immédiatement, l'homme la regarda différemment et cessa son approche. Ses yeux se firent distants, prudents et il hocha légèrement la tête, indiquant qu'il comprenait qui elle était. Ou CE qu'elle était.

Une sorcière.

-Vous z'avez qu'à continuer tout droit après le portail en fer là-bas. Vous tomberait sur la Demeure.

Hermione suivit des yeux la direction qu'il indiquait et aperçut le portail qui aurait été joliment ouvragé s'il n'avait pas était tout rouillé, donnant ainsi l'impression que le seul fait d'approcher pourrait vous faire attraper le tétanos.

Pourtant, justement, quand elle approcha, le portail sembla petit à petit revêtir un lustre brillant et la chaine et le cadenas qui semblait le tenir fermement clos, tout comme la pancarte « propriété privée » se détachèrent d'eux-mêmes et tombèrent à terre, permettant aux deux battants de s'ouvrir pour lui laisser le passage.

-Je vois, sortilège repousse moldu et protection contre les sorciers non invités à la fois.

Elle contempla la belle œuvre, avant de se rendre compte que là où ne semblait se trouver autrefois que de la broussaille, il y avait désormais un magnifique château de style élisabéthain, percé de très nombreuses fenêtres qui reflétaient le ciel et planté au milieu d'un grand parc parfaitement entretenu.

Hermione s'avança alors sans pouvoir s'empêcher de s'émerveiller de la beauté des lieux. Le long de l'allée principale, il y avait la structure géométriques de jardins à la française, dont les fleurs devaient être régulièrement traitée d'engrais magique pour fleurir encore aussi joliment à cette période de l'année, et des sculptures en pierre blanche qui se présentaient telle une garde d'honneur, reprenaient le thème du bestiaire magique avec ses licornes, dragons et manticores…

Quand elle arriva finalement aux marches qui permettaient d'atteindre la porte d'entrée, Daphnée fit son apparition, tout à fait égale aux souvenirs d'Hermione dans sa beauté classique et semble-t-il, son manque total de crainte ou d'incertitudes.

Elle portait une robe à volant rose clair sous un surcot à manche longues et motif floral, ce qui aurait dû donner l'impression qu'elle sortait d'un film médiéval, mais semblait presque décontracté sur elle. Ses cheveux, en revanche, n'étaient pas laissés lâchés comme à Poudlard et étaient retenus en chignon tressé à l'intérieur d'une résille dorée.

Et sans même qu'elles aient eu à en parler, Hermione savait que Daphnée préférait avoir ses cheveux lâchés. (Et Hermione le préférait aussi en fait)

-Je suis heureuse que tu aies pu te libérer Hermione, commença Daphnée en lui prenant la main sur les dernières marches et en la gardant quand elles furent sur le seuil.

-Eh bien, j'ai été surprise, mais je te remercie de m'avoir invité. Cet endroit est magnifique.

Daphnée fit un signe négligent de la main pour le jardin et la tira à la place dans l'entrée avec cette main qui gardait toujours la sienne prisonnière :

-Viens ! Je vais te faire visiter !

Si Hermione se sentait au début un peu nerveuse, s'attendant à tomber sur un des membres de la famille de Daphnée à tout moment, elle se détendit vite alors que seules de jolies pièces vides se présentaient les unes après les autres.

-Il n'y a personne d'autre ici ? Finit-elle par demander après avoir traversé l'immense salle de bal aux tapisseries apparemment légendaires.

-Pas ce matin, répondit Daphnée qui s'était contenté jusqu'ici de faire des remarques peu intéressées- mais curieusement intéressantes- sur telle ou telle œuvre d'art ou partie de l'architecture. Ils sont tous chez les Malefoy pour une célébration qu'ils organisent au début de la récolte des pommes. Tu sais, pour la fête de Mabon.

Elle la fit alors entrer dans une salle très lumineuse, à l'angle du bâtiment, occupée par plusieurs instruments de musique. Il y avait un beau piano en bois d'un côté, mais ce qui attira surtout l'attention d'Hermione fut la grande harpe blanche qui trônait près d'une fenêtre.

-La salle de musique, annonça Daphnée, l'un de mes endroits préférés du château.

-Tu joues d'un instrument ? Demanda Hermione en regardant avec curiosité le piano qui était en réalité un clavecin.

-Bien évidemment ! Cela fait partie des arcanes devant être maitrisées par tout sorciers de la bonne société. Dans la maison de serpentard, à quelques exceptions près, nous jouons tous d'un instrument.

Hermione ne put que la regarder un instant en se demandant si elle se moquait d'elle, son esprit très fortement tourné sur Crabbe et Goyle qui avaient toujours montré aussi peu de délicatesse ou de précision que des rhinocéros.

-Drago joue du piano, Blaise fait de la contrebasse, Théodore du violon, Pansy de la flute, mais, et je sais que ça peut être étonnant, son véritable instrument, c'est sa voix, c'est une très bonne chanteuse, Milicent joue du tuba, Gregory joue de la trompette et Vincent faisait du cor… Et moi, mon instrument c'est la harpe.

Sans lui laisser le temps de s'étonner, elle vint s'asseoir derrière son instrument et commença à caresser les cordes tendues pour créer une harmonique cristalline qui vint danser dans la salle et caressa le cœur d'Hermione d'une vague de chaleur.

-C'est magnifique, lâcha-t-elle alors que Daphnée effectuait quelques autres accords. Je ne pensais pas que… La musique était quelque chose qui vous intéresserait.

-Qui vous ? Demanda avec une pointe de moquerie Daphnée sans cesser de jouer. Vous les serpentards de mon année ? Vous les sorciers de sang pur ? Vous…

-Vous tous de la classe. Je ne vous ai jamais vu pratiquer à Poudlard ou même approcher un instrument. Vous aviez même de quoi faire un petit orchestre à vous huit.

-Oh, et qui te dis que nous ne l'avons pas fait ? Fit Daphnée avec un sourire narquois en pinçant les cordes de sa harpe, lui donnant une intonation plus jazzie que Hermione reconnut comme une interprétation de « Tu as volé mon chaudron » de Celestina Moldubec. Vous les petits lionceaux n'avaient pas la moindre idée de ce qu'il se passe dans les cachots de Poudlard. Il devait faire beaucoup plus chaud chez nous que chez vous certains soirs !

Hermione émit un sourire mi-figue mi-raisin en venant s'asseoir près d'elle.

-Je suis pratiquement sûre que c'était le cas. J'aurais beaucoup aimé pouvoir vous entendre jouer tous ensembles.

-Ca n'arrivera plus. Pas « tous ensembles » en tout cas… Et… Peut-être même jamais. Pour certains l'épreuve de la guerre a rendu certaines choses intolérables. Drago n'a pas approché un piano de toute l'année dernière, Pansy ne chante plus et je ne suis même pas sûr que Théodore ait sortit son violon de son étui depuis notre cinquième année, alors qu'autrefois ils faisaient tous des exercices quotidiens. C'est une honte, surtout concernant ce dernier, c'était un véritable prodige.

-Vraiment ? S'étonna Hermione en essayant de faire cohabiter cette idée avec l'homme morne qui hantait son bureau. Il ne donne pas l'impression de quelqu'un capable de faire circuler une émotion.

-Et pourtant… Beaucoup de choses ont changées pour lui quand sa mère est morte. Son père était un véritable salaud tu savais ? S'il y a bien quelqu'un que je suis bien contente de savoir mort dans cette guerre, c'est bien le vieux Nott.

Eh bien, voilà qui était plutôt direct. Hermione préféra ne pas commenter, même si cela lui faisait réaliser qu'elle connaissait très mal les vies de ses anciens « camarades » de classe. Les serpentards montraient toujours à chacun le meilleur des visages snob et satisfaits d'eux même qu'il était impossible d'imaginer autre chose pour eux qu'une vie parfaite.

Elle fixa alors la jeune femme qui jouait toujours devant elle et se demanda ce qu'elle ignorait d'elle. Sous ses allures de perfections et de froide rationalité, qu'il y avait-il de caché ?

Hermione ne voyait pas comment elle pouvait le lui demander.

10h – Le Terrier

Le brunch chez les Weasley était toujours une grosse affaire, qui commençait tout d'abord dans le fait de couvrir chaque espace libre de la table familiale de victuailles sucrées et salées. Molly s'y préparait dès le samedi et espérait toujours au fond d'elle pouvoir récupérer des restes qui serviront pour les repas suivants, or, avec autant de jeunes garçons autrefois, et désormais un loup garou et une vélane enceinte, c'était un vague rêve irréalisable.

Cela restait néanmoins son moment de la semaine préféré puisqu'elle retrouvait tous ses enfants habitant le pays. Même Harry passait habituellement toujours quelques minutes, jusqu'à ce que la Maison finisse par user ses nerfs et l'oblige à partir.

Il allait sans dire que Molly était très mécontente du Terrier en ce moment. Elle passait un long moment à lui parler de Harry et d'Evangeline qu'elle ne voyait pas assez souvent à cause d'elle, et en réponse, le Terrier avait fait bruler deux de ses gâteaux et le plafonnier des toilettes du deuxième étage n'arrêtait pas de clignoter.

Etrangement, aujourd'hui, la Maison n'avait pas été trop désagréable avec Harry quand il était passé la voir ce matin (avant, il l'aidait aussi à cuisiner, mais depuis ses fiançailles, tout ce qu'il essayait de préparer dans cette maison finissait à la poubelle), mais le jeune homme n'avait pas semblé trop bien le prendre et été parti avant l'arrivée des autres avec un air sombre et triste sur le visage.

Molly était un peu inquiète, il avait l'air d'avoir des problèmes de couple.

Ceux qui n'en n'avaient pas, c'était Bill et Fleur.

Le ventre de Fleur était désormais très voyant alors qu'elle n'était qu'à un mois du terme et Bill était devenu son ombre. Il rayonnait littéralement de bonheur quand il n'était pas inquiet pour elle et c'était une chose qui ravissait Molly. Fleur se baignait sans complexe dans cette attention mais se montrait aussi extrêmement compliquée et jalouse de ce qui pouvait accaparer l'attention de son cher et tendre. Même quand il s'agissait de sa mère.

Molly prenait son mal en patience en pensant au petit Weasley qui allait rejoindre la tribu.

Les choses semblaient plutôt bien aller du côté de Fred (Georges) et Angelina, même si ça ne semblait pas trop avancer. Molly avait fait quelques insinuations ici et là sur les robes de mariée et le bonheur conjugal, mais la jeune femme se contentait de lui sourire et d'embrayer sur un autre sujet. En ce moment il s'agissait des bénéfices record de la boutique sur cette rentrée.

Fred l'avait attrapé un moment dans la cuisine pour lui faire les gros yeux et lui rappeler la situation du père d'Angelina (malade) et du temps qu'elle devait lui consacrer, ainsi qu'à son travail, et à l'aide qu'elle offrait en plus au magasin.

D'ailleurs Angelina ne restait jamais au-delà de 11h30.

Concernant une fille qui était aussi très occupée, il y avait Ginny. Elle était censée avoir pour petit ami le fils unique de celle qui était connue au Ministère comme la Mante Religieuse… Ce qui n'était pas très encourageant, surtout quand ledit garçon n'était jamais venu se présenter. Molly ne disait rien, mais elle n'en pensait pas moins.

Au sujet des personnes se faisant discrètes, il y avait Percy. Certains signes semblaient suggérer qu'il voyait quelqu'un, mais toutes les questions subtiles de sa mère restaient sans confirmation. Et le seul nom qui revenait continuellement aux lèvres du garçon, c'était celui de son collègue, le Directeur Winters. Mais c'était un homme qui avait l'âge d'être son père, et un veuf qui plus est. Molly n'osait même pas imaginer qu'il ait pu s'enticher de lui.

Puis finalement, il y avait Ron et Fay…

Ron, qu'on avait habituellement du mal à décrocher de son assiette pour obtenir quelques nouvelles, passait son temps à essayer d'établir un contact visuel avec la jeune femme qui était ce matin très distante, préférant discuter avec Arthur qu'elle avait entrainé sur le sujet intarissable des inventions moldues.

Elle vu le moment où son fils renonça et poussa un soupir en regardant le contenu de son assiette.

-Ron, est ce que tu veux bien m'aider à ramener les plats terminés à la cuisine ? Demanda Molly, je ne suis pas très sûre de ma baguette magique ces temps-ci.

-Oui, pas de soucis, fit Ron en se levant et faisant léviter les assiettes à sa suite jusqu'à la partie cuisine où elle l'attendait.

-Qu'est-ce qu'il se passe avec ta baguette ? Demanda-t-il avec inquiétude, mais elle lui fit un signe négligeant de la main et utilisa cette dernière sans problèmes pour faire faire la vaisselle à son éponge et son évier.

-C'était juste une excuse. Je voulais savoir ce qu'il ne va pas entre toi et Fay ? Tu as l'air tout tristounet.

Ron fit la grimace, haussa des épaules, puis s'appuya contre le vaisselier avec un nouveau soupir.

-Des choses se sont passées, un peu nulles, entre moi et Harry, et je crois que Fay n'est pas très contente de moi. Mais j'ai fait ce que je devais, je te le promets Maman, et j'ai déjà de bonnes choses qui m'arrivent grâce à ça… J'ai vraiment fait ce que je devais… J'aurais juste aimé que ça se passe un peu mieux du côté de Harry…

Sa mère le regarda avec un air désolé et ouvrit les bras, compréhensive. Elle ne savait pas si Ron voudrait s'y loger, il n'était plus un petit garçon après tout, mais finalement il semblait même que les grands garçons aient besoin de réconfort de temps en temps.

-Je suis sûr que ça s'améliorera mon chéri. Tu es quelqu'un de bien et du moment que tu fais ce qu'il te semble être le meilleur, alors les choses peuvent s'arranger.

-Ron ?

Molly relâcha son fils et tous deux regardèrent Fay qui se tenait non loin, l'air un peu hésitante.

-J'aimerais te parler si tu veux bien… Seul à seule.

Repas cinq services

12h Greensfield

Les parents et la sœur de Daphnée avaient fini par revenir juste un peu avant midi. L'impression que fit Lord et Lady Greengrass à Hermione quand ils lui eurent été présentés, fut loin d'être transcendante.

Curieusement, aucun des deux n'avait l'espèce de grâce nonchalante que possédaient leurs deux filles, ni même de l'esprit. Pratiques, ça, par contre ils l'étaient, voir même plutôt matérialiste. Après avoir analysé Hermione avec peu d'enthousiasme, elle eut droit à un exposé sur l'ancienneté de leur famille et un inventaire de leurs biens. SURTOUT un inventaire de leurs biens, et d'une façon un peu horrible pour elle, il semblait que Daphnée et Astoria, ainsi que leurs « fréquentations » en faisaient aussi partie.

Au repas, il n'était question que de transactions, d'acquisitions, de rendements et de bénéfices.

Ce qui était d'autant plus long que le repas était loin d'être un traditionnel entrée, plat, dessert. Non, il y avait CINQ services, dans une grande salle lumineuse, sur une trop longue table pour le nombre de convives, avec trop de couverts de chaque côté des assiettes et des plats et des verres qui se remplissaient tous seuls (enfin, « tout seul » était une façon de parler, Hermione plissait les yeux à chaque fois que l'eau montait dans son verre, pensant aux elfes de maisons s'activant en cuisine).

Daphnée et Astoria étaient parfaitement silencieuses et jouaient de leurs couverts comme s'il s'agissait d'outils chirurgicaux, Lord Greengrass fit d'abord toute la discussion, approuvés ici et là par des sons appropriés qu'émettaient Lady Greengrass, jusqu'à ce qu'Hermione finisse par s'en mêler et empêche l'homme de continuer aussitôt qu'il eut repris sa respiration.

-Dites-moi Lord Greengrass, j'ai bien compris l'importance de votre rôle économique dans notre société, mais contrairement à de nombreux notables de la société sorcière britanniques, on ne vous a pas beaucoup entendu sur le plan politique et éthique. Vous avez un siège au Magenmagot, mais j'ai le souvenir d'avoir lu qu'on vous voit plus souvent à la chambre des Lords. Cela signifie t'il que vous considérez la politique sur un plan plus national que communautaire ?

Le visage de Lord Greengrass fut secoué d'un tic nerveux alors qu'il se retrouvait surpris d'être interrompu dans son monologue, ce dont il ne semblait pas habitué, d'autant plus par une jeune femme avec une question ne se référant pas à un thème plaisant ou anodin.

De l'autre côté de la table, Daphnée avait posé ses couverts et la fixait profondément. Hermione ne pouvait cependant y lire ni agacement ou contrariété alors elle revint sur Lord Greengrass et tint aussi son regard.

-La politique va et vient mademoiselle, répondit sèchement ce dernier. La finance demeure. Un bon chef de famille doit être aussi un bon chef d'entreprise afin de garder son patrimoine à l'abri dans la tempête.

Hermione sourit, c'était tellement pragmatique.

-Ce que vous dites, c'est que vous ne vous intéressez pas de qui dirige, qui souffre, qui est lésé, du moment que vous continuez à faire de l'argent.

-Il n'y a nul besoin de faire des conclusions aussi péremptoire. Nous nourrissons plus de la moitié des sorciers et des moldus de Grande Bretagne, notre… avantage participe donc au bien commun, termina Lord Greengrass d'un ton pompeux avant de totalement changer de sujet.

C'était suffisant pour qu'Hermione sache à qui elle avait affaire. Son regard chercha à nouveau celui de Daphnée, mais la jeune femme avait repris ses mouvements de couverts, avec quelque chose dans l'ensemble de sa silhouette de si triste qu'Hermione sentit son cœur d'arrêter.

Un instant, elle ne voulut rien d'autre que de rejeter sa chaise en arrière, de courir vers Daphnée pour attraper son poignet délicat et la tirer derrière elle, l'enlevant loin de ce monde froid et chiffré… Mais elle réussit à se retenir, serrant fortement le tissu de sa robe entre ses poings, avant de faire l'effort de manger quelques bouchées de plus comme elle l'avait promis à sa psychomage.

12h Manoir Malefoy

Harry se demanda un instant comment il avait fait pour se retrouver coincé dans une situation pareille, assis à la table de repas en face de Lucius et Narcissa, des paires de verres se dressant entre eux, en plus des nombreux plats que proposaient les elfes de maisons. C'était tout ce que détestait Harry, mais il n'avait pas pu dire non à Narcissa quand elle l'avait invité ce matin.

Il se demanda aussi silencieusement si elle savait qu'il avait jeté son fils sur un mur et s'il était prévu qu'il soit servi en dessert.

Drago, lui, avait apparemment réussi à se faire passer pour malade (à moins qu'il ne le soit vraiment et qu'Harry ne soit pas au courant, car Harry ne l'avait plus vu depuis l'Evènement ce qui ne faisait que nouer un peu plus sa gorge et faire hurler son instinct qu'il n'avait rien à faire ici.), ce qui n'arrangeait pas les choses car il était celui qui était doué pour faire les discussions.

En l'occurrence, Narcissa était celle qui comblait majoritairement le silence alors que Lucius fixait son repas d'un air morne.

-Et donc, ce matin nous avions plusieurs familles pour le début de Mabon. Ces choses-là s'étirent toujours sur plusieurs semaines et comme je le disais à Mrs Greengrass - connaissez-vous les Greengrass Harry ? – Ils ont deux délicieuses filles, Astoria, la chère enfant était là, et savez-vous que pendant un temps nous avions conçu le plan de marier Drago et Astoria ? Evidemment, tout ça c'est du passé maintenant, voulez-vous encore un peu de jus de pomme ?

Harry refusa poliment en essayant de garder un visage neutre.

C'était sûr, elle savait définitivement qu'il avait jeté son fils sur un mur.

Ils n'en étaient qu'à la soupe. Il restait encore trois services à survivre, avec un peu de chance, il allait y arriver.

Narcissa reposa élégamment la bouteille de jus de pomme comme si de rien n'était et continua :

-Mais dites-moi comment cela se passe au travail ? J'ai entendu dire une chose très étrange, et c'est sûrement une rumeur fantaisiste, je leur ai dit « non, ce n'est pas mon gendre. Il ne ferait certainement pas ça. Je veux dire, s'il devait faire bénéficier de son influence à quelqu'un, ce serait d'abord à son époux, pas à n'importe quel rat poisseux sorti de son égout… », n'est-ce pas Harry ?

Harry revoyait drastiquement son opinion précédente : Il n'allait pas survivre à ce repas.

Heure du thé

15h Greensfield

La deuxième partie de la journée se déroula très étrangement pour Hermione. Elle passa l'après repas auprès des deux sœurs Greengrass, découvrant un peu mieux la cadette qui se révélait assez différente de sa sœur ainée : plus joyeuse et fantaisiste. Elle pouvait pressentir, d'une certaine façon, que sa grande sœur avait toujours épongé le plus difficile pour préserver son innocence, et qu'une affection sincère les unissait. Astoria, de deux ans leurs cadettes avait d'épais cheveux châtains foncés bouclés et une structure osseuse du visage plus marquée, donnant peut être un peu plus de caractère à son physique, mais semblant moins fascinants que la beauté classique de Daphnée. Loin de leurs parents, les deux filles se dévoilaient, bien que Daphnée se révéla moins ouverte aux confidences que ce matin.

Ce ne fut que lorsque Astoria partit, les laissant seules dans leur boudoir pour prendre le thé que la jeune femme laissa tomber à nouveau les banalités :

-Alors Hermione, je me suis laissé dire que tu avais commencé à travailler au Ministère. Comment est-ce ? La vie d'une sorcière active à notre époque ?

-C'est… Occupé. Ça ne laisse pas beaucoup de temps à d'autres activités et j'ai l'impression qu'une sorcière devra toujours donner plus qu'un sorcier pour obtenir la même chose, mais j'ai la chance d'avoir une équipe intéressante avec moi.

-Vraiment ? Fit Daphnée en donnant l'aval à la théière pour leur verser le thé. Des personnes que je pourrais connaitre ?

-Tous. Harry est avec moi, bien sûr, mais aussi Susan Bones dont tu dois probablement te souvenir…

-Bones, oui, bien sûr. Elle me faisait l'effet d'une fille particulièrement tenace et après la mort de sa tante, elle s'est endurcie comme de l'eau devient de la glace. C'est dommage, c'était quelqu'un de si doux avant… Comme un petit agneau.

Hermione n'était pas certaine que Susan apprécierait d'être comparée à un petit agneau, mais même elle pouvait voir la comparaison. La guerre les avait tous changés. Ce qui lui faisait penser à leur quatrième membre…

-… Et je n'ai pas besoin de te présenter Théodore Nott. Tu le connais sans aucun doute mieux que moi.

-Ca alors… Théo a réussi à entrer au Ministère ? Tu ne m'as pas dit que tu travaillais avec lui quand nous avons parlé de lui ce matin.

Hermione haussa des épaules, rougissant aussi d'avoir cherché un peu d'histoires sur un de ses collègues.

-Ce n'est pas important. Il m'intrigue un peu je suppose. Mais c'est parce que je n'ai pas eu beaucoup d'interactions avec lui au cours de nos années d'écoles et que je le connais très mal. J'ai des difficultés à le comprendre en fait…

Daphnée fit un petit son de gorge pensif en étirant un sourire sur ses lèvres :

-Oh voilà qu'une énigme se présente pour Hermione Granger. Je me demandais ce qu'il te fallait pour attirer ton attention.

-Qu'est-ce que tu racontes ? Répliqua Hermione en ayant la sensation de rougir un peu plus. Toi aussi je ne te comprends pas toujours.

-Me voilà rassurée alors, affirma la jeune femme avant de prendre une gorgée de son thé sans sucre, avec juste un citron.

Hermione dû se cacher derrière sa propre tasse de thé. Elle avait l'impression de savoir ce que voulait dire Daphnée, et d'un autre côté, elle avait peur de se faire des idées. Elle ne dirait pas non plus que son cœur battait à cent à l'heure et qu'elle était surprise que cela se produise pour une autre fille.

Elle ne s'était jamais interrogée sur ses préférences amoureuses, mais l'expérience était en train de lui prouver qu'elle pouvait être attiré aussi par les belles femmes posées et pragmatiques. Son cœur lui disait qu'elle était heureuse d'être ici en sa compagnie, qu'elle voudrait ne jamais avoir à y mettre fin, et que c'était différent de la franche camaraderie qu'elle ressentait avec Susan.

Différent parce que sa poitrine allait éclater et que sa peau lui démangeait d'entrer en contact avec la sienne. Ses dents jouèrent avec ses lèvres alors qu'elle essayait de se reprendre, les sentant gonflée par le sang. Elle but un peu plus de thé aussi, sans sucre et rien d'autre, se concentrant sur la saveur parfumée et amère qui, elle le savait, serait désormais à tout jamais reliée à Daphnée.

-Et toi ? Demanda-t-elle sans réfléchir, juste pour trancher la lourdeur du moment. Tu as des plans pour septembre ?

Le sourire pensif disparut alors aussitôt des lèvres de Daphnée et Hermione se détesta pour ça.

-Qu'il y a-t-il ? Continua-t-elle en oubliant totalement toute pensée langoureuse.

-En septembre je serais fiancée, annonça Daphnée en faisant tourner sa tasse silencieusement dans sa coupelle. Je ne sais pas pourquoi, quand je l'ai appris, j'ai eu terriblement envie de te voir… Je te l'ai sans doute déjà dit, non ? Que mon objectif d'avenir était le mariage. Dans la meilleure famille possible.

-Oui et j'avais vaguement entendu des rumeurs… Mais…

-Tu viens de rencontrer mes parents Hermione, penses-tu qu'il puisse y avoir le moindre « mais » possible ?

Les poings de la brune se crispèrent dans les replis de sa jupe. Non, bien sûr que son père n'entendra pas le moindre « mais ». Pour lui, ses filles n'étaient aucunement différentes de n'importe lequel de ses investissements. Il avait déjà dû faire le bilan de tout ce qu'elles lui avaient couté depuis leur naissance et avait bien l'intention de les rentabiliser.

-Je sais que ça va te paraitre ridicule… Commença Hermione, mais depuis le repas, j'ai envie de te demander quelque chose.

-Quoi donc ?

Hermione serra les dents, sentit un peu son cœur au fond de sa gorge, se sentant ridicule d'avance, mais aussi très motivée et en colère, comme un gryffondor idiot et téméraire, comme la justicière qui hurlait au fond d'elle à chaque fois qu'elle faisait face à une injustice flagrante :

-Fuis avec moi ?

Elle vit les pupilles de Daphnée se rétrécir de surprises, faisant de ses iris deux points bleus pervenche, puis s'agrandir de nouveau, plus large alors que le coin de sa bouche se relevait en un sourire tremblant.

La jeune femme détourna finalement la tête.

-Tu sais… C'est amusant. Blaise m'a fait la même proposition… Mais… En fait… J'avais peut être très envie d'entendre encore ces mots. Alors… Merci.

Ce n'était pas exactement ce qu'elle souhaitait, mais Hermione s'en contenta et quand Daphnée lui tendit ostensiblement la main, elle la prit, frissonnant légèrement au contact de sa peau claire et douce.

-Pour l'instant, j'aimerais juste un peu de ton courage de gryffondor, continua la blonde avec une voix un peu enrouée.

Alors Hermione serra plus fort sa main comme si elle pouvait lui transmettre ainsi tout ce dont elle aurait besoin. Elles ne dirent pas beaucoup d'autres choses après cela, se contenta d'être ensemble en écoutant le chant des oiseaux et en observant les ombres changer.

Quand elle se retrouva finalement à partir, Hermione se retourna une dernière fois vers le château dans la lumière orangée du coucher de soleil.

Daphnée n'avait pas versé une seule larme, mais pourtant, elle avait eu l'impression étrange, durant tout le temps qu'elle tenait sa main, qu'elle était en train de pleurer.

A suivre…