Chapitre 14

Quand la potion est tirée, il faut la boire. Le dimanche matin, Hermione rassembla son courage et prit la direction du bureau d'Ariana Dumbledore. Elle ne croisa personne entre la salle commune des serdaigles et le passage d'Elizabeth Beurk, et pas âme qui vive non plus dans le couloir principal des cachots. Elle toqua doucement à la grande porte de chêne massif et attendit qu'elle pivote légèrement sur ses gonds. Quand ce fut fait, elle entra, sans hésiter. Ariana Dumbledore était assise derrière ce même bureau auprès duquel elle l'avait reçue quelques semaines auparavant, et elle la drapa d'un regard à la fois intrigué et plein de défi.

- Bonjour, Miss Granger, la salua-t-elle, les doigts joints sur ses lèvres. Prenez un siège.

- Bonjour professeur Dumbledore.

Sa voix était décidée.

- Severus m'a dit que vous étiez fin prête à risquer la préparation de l'antidote. Il a également ajouté qu'il s'occuperait de vous guider concernant la recherche de remèdes aux ingrédients de base de la potion.

Elle réorganisa machinalement une pile de parchemins et esquissa un sourire.

- C'est bien, c'est très bien. Severus est le meilleur pour cela.

Hermione eut un sourire gêné et gigota un peu sur sa chaise. Elle sentait le malaise pointer. Jusqu'ici, elle s'était interdite à laisser ses méninges turbiner. A présent, elle ne pouvait s'empêcher de revoir en flashs leur précédente entrevue, le bal de Noël, la Bague de Gaunt… Si elle finissait par lâcher la bride de ses pensées, elle craignait d'imaginer le pire, faute de savoir le vrai,. Vite, vite, que Dumbledore lui donne cet ingrédient, ses mises en garde, tout ce qu'elle voulait, et qu'elle la libère. L'atmosphère était pesante, légèrement toxique, comme si d'une seconde à l'autre, un filet du Diable pouvait lui sauter à la gorge.

- Vous semblez inquiète... murmura Ariana.

Son regard bleu glace la pénétra instantanément alors qu'elle posait son menton sur ses phalanges en se penchant légèrement vers elle. Hermione ne perçut rien qui s'apparente à un usage de légilimancie et pourtant, une très légère sensation d'oppression s'empara d'elle. Près de la main gauche d'Ariana, aux doigts effilés mais robustes, reposait la longue baguette de Sureau. Le cœur d'Hermione sprinta et une bouffée de chaleur escalada sa gorge. La crise d'angoisse la guettait.

- Je vous assure que tout va bien, professeur, mentit-elle, la voix un peu trop rauque.

Il y eut un long silence durant lequel la sorcière continua à la scruter.

- Miss Granger se pose beaucoup de question au sujet de ta baguette, Ariana, lança une voix posée, près de la porte d'entrée.

Hermione n'avait pas surveillé ses arrières. Elle sursauta de manière si magistrale qu'elle se cogna douloureusement le genou sous le plateau du bureau. Lentement, Tom Jédusor sortit de l'ombre et approcha. Il avait surgi de nulle part, très exactement comme le filet du Diable qu'elle avait pressenti et redouté.

- Je ne pense pas me tromper, questionna-t-il, plongeant son regard acajou dans le sien.

Hermione eut un mouvement de recul, alors qu'elle ne pouvait à nouveau pas empêcher les images issues de son ancienne vie de défiler dans son esprit. La destruction de la coupe de Poufsouffle, le combat final entre Harry et Voldemort, Ron, trempé, l'épée de Gryffondor à la main, Hagrid portant Harry dans ses bras, Bellatrix enfonçant sous son menton la lame pointue d'un poignard d'argent... Elle saisit ses tempes et rompit le contact.

- Ne cherchez pas à enfouir vos souvenirs, Miss Granger. Je sais tout. Je connais tout cela depuis notre contact visuel, dans la Grande Salle, fin septembre.

Jédusor s'assit à demi sur le bureau et croisa les bras.

- Je sais aussi que le professeur Rogue se méfie de ce qui pourrait filtrer de vous à moi. Il craint que vous ne me donniez des idées meurtrières. Il craint, je pense, que le Tom Jédusor que vous connaissiez ait exploré davantage la Magie que moi.

Il eut un rire léger, qui n'était cependant pas celui, aigu et glaçant, de Lord Voldemort. Il détourna les yeux vers Ariana.

- Il se trompe. Il me sous-estime et il doute de moi, une fois de plus… Mais... comment lui en vouloir, termina-t-il, haussant les épaules. Severus est un homme loyal.

Hermione posa les yeux sur la bague de Gaunt. Le professeur Jédusor le remarqua, bien évidemment, et baissa lui aussi le regard sur sa main. Le sourire étonnamment doux qu'il afficha terrorisa Hermione.

- Vous connaissez cette bague, n'est-ce pas ?

- Je... Oui, je la connais.

- Détendez-vous, Miss Granger. Je ne vais pas vous... manger. La pierre de Résurrection, la bague de Gaunt, le médaillon de Serpentard, la baguette de sureau... Tout cela vous intrigue, n'est-ce pas ? Vous vous demandez si... Je n'ai pas cédé, ici aussi... Semé le désarroi sur mon passage, recherché la vie éternelle au prix de celle de mes proches...

Hermione parvint à l'écouter réellement et même, à comprendre ce qu'il disait. Peu à peu, elle passait d'un état de sidération terrifiée à une réelle envie d'en savoir plus. Beaucoup plus.

- Rassurez-vous. Ce n'est pas le cas.

Le directeur afficha de nouveau un sourire aimable et leva légèrement les sourcils. Son visage était harmonieux, il n'avait réellement rien à voir avec celui de Voldemort. Tout comme Ariana Dumbledore, il était attirant, magnétique, mais si elle paraissait sombre, son charisme, à lui, était solaire.

- Tous sont des objets hérités de nos lignées. Aucun n'est un…

Il marqua une pause.

-… Horcruxe. Aucun n'a été volé, que ce soit à un vivant, ou à un mort.

A ces paroles, Hermione comprit qu'il avait plongé dans son esprit bien plus profondément qu'elle ne l'avait redouté. Savait-il vraiment que Voldemort avait profané la sépulture de Dumbledore pour s'emparer du bâton de la Mort ?

- Miss Granger, il faut vous le dire, je suis bien plus puissant dans ce monde que dans celui dont vous venez. J'ai exploré tous les types de magie. La connaissance des potentiels magiques est bien plus forte que l'exécution des sortilèges. Savoir est bien plus redoutable que faire. J'ai appris le processus de création des Horcruxes.

Jédusor lança un regard reconnaissant vers Ariana.

- Le professeur Dumbledore me l'a enseigné. Sa connaissance produit une magie bien plus forte que son application. Voyez-vous où je veux en venir ?

- Je… je pense, bafouilla Hermione, dont l'esprit avait été soufflé par tant de nouvelles perspectives.

- Vous n'avez pas à craindre que je me transforme soudain en Lord Voldemort parce que j'aurais sondé vos souvenirs jusqu'au dernier. Je suis Tom Jédusor, sorcier de sang-mêlé, héritier de Salazar Serpentard et de Cadmus Peverell, lié à Ariana Dumbledore par un mariage de sang et d'amour. Nous avons parcouru ensemble les recoins les plus sombres et les plaines les plus lumineuses de la Magie.

Il tendit une main vers Ariana, qui glissa ses doigts dans les siens. Hermione ne put réprimer un frisson.

- Voilà pourquoi votre Lord Voldemort ne m'intéresse pas. A présent, j'espère que vous cesserez de vous écarter du chemin qui est le vôtre à force de trop redouter le Mal. Le Mal n'existe pas, Miss Granger. Il est une création du Bien qui voudrait faire penser qu'il est le seul détenteur de la Vie. Mais la Vie, elle, est ailleurs. Regardez-vous n'avez-vous pas fait exploser toute votre conception-même de l'existence en passant au travers du spectre généré par une potion de Magie Noire ? Imaginez les potentiels qui s'ouvrent à votre connaissance.

Sur ces mots, il se leva.

- Et je sais, Miss Granger, que la Connaissance est primordiale pour vous, termina-t-il avec un hochement de tête en posant une main sur son épaule. Celle-là même à laquelle pesait la bague de Gaunt.

Hermione baissa les yeux sur ses propres doigts. Ils tremblaient.

- Oh, enfin. Savez-vous de quel bois était faite la baguette de Salazar Serpentard ?

- Non, je... je n'en ai aucune idée, admit-elle, un peu affolée, fouillant sa mémoire à la recherche de l'information.

Elle ne l'avait lu ni dans l'Histoire de Poudlard, ni dans l'Histoire de la Magie, ni dans Forces du Mal surpassées, ni dans le Guide des écoles de sorcellerie en Europe, ni dans Grandeur et décadence de la magie noire, ni dans le Guide de la sorcellerie médiévale... Par Merlin. Elle ne l'avait lu nulle part.

- De l'amourette, Miss Granger. Un bois rare en provenance d'Amérique du Sud, dont les motifs rappellent la peau d'un serpent... De l'amourette... Étonnant, n'est-ce pas ?

Ses sourcils tressautèrent légèrement et il eut un sourire en tirant la porte derrière lui. Hermione se retourna vers Ariana, dont l'expression était restée égale, un brin curieuse, à peine ironique. Elle demeurait sage et pleine de mystère.

- Vous savez tout... ou presque. À présent... Miss Granger, envisagez-vous d'avoir des enfants ? lança-t-elle de but en blanc.

- Excusez-moi ?

- Vous m'avez bien entendue.

Hermione la dévisagea. L'absence de transition entre le départ du directeur et cette question brutale la laissa sans voix.

- Je... je n'en sais rien. Plutôt, plutôt non. Non, je ne le souhaite pas, lança-t-elle finalement fermement, une fois l'étonnement totalement passé.

Non, elle ne le souhaitait pas. Elle n'avait jamais envisagé la perspective de donner la vie, qu'elle avait d'ailleurs toujours trouvée un peu égoïste. Faire des enfants… n'était-ce pas un peu comme vouloir marquer le monde de son passage ? Se perpétuer ? Non, sincèrement… Très peu pour elle. Le professeur Dumbledore eut l'air surprise, plutôt positivement. Elle sembla même intriguée par ce parti-pris si résolument exprimé.

- Dans ce cas, la réalisation de votre antidote ne se verra opposé aucun obstacle majeur.

Hermione fronça les sourcils. Où pouvait-elle bien vouloir en venir ?

- Nous avons évoqué les notions d'implication physique, le sacrifice lié à la Magie Noire. Il semblerait, et je parle bien évidemment au conditionnel puisque je n'ai pu personnellement réaliser l'antidote dont il est question, que vous deviez offrir à la potion la totalité de votre semence.

- Je ne sais pas si je comprends ? répliqua Hermione, secouant le visage, le front plissé.

- Vous devrez vous générer de nouveau, vous faire renaître. Il sera donc nécessaire d'intégrer à l'antidote toutes vos cellules reproductrices.

- D'accord, posa-t-elle là, sidérée.

Son cerveau s'emballait.

- Mais qu'en serait-il dans le cas d'un homme ? Le sacrifice ne serait plus tel ?

- Cela, je ne le sais pas, admit Ariana. J'imagine... qu'il y aurait une alternative que vous pouvez envisager aussi bien que moi, j'en suis sûre. Mais Mutatis Mutandis n'a jamais été, à ma connaissance, une potion d'hommes.

- En êtes-vous sûre ?

- Non, bien évidemment. e n'ai aucune certitude en ce qui concerne cette préparation.

L'agacement ne pointa pas dans sa voix, mais elle parut soudain légèrement plus pressée d'en finir.

- Autre chose, ajouta-t-elle. Ensuite, vous pourrez quitter ce bureau. Dans le cas de M., qui fait l'objet du petit essai que j'ai rédigé, il semblerait que le temps offert par la potion pour préparer un antidote, dans un monde ou dans l'autre, soit de neuf mois.

- Vous voulez dire que... puisque j'ai pris la potion fin septembre... je dois préparer l'antidote avant fin juin ?

- C'est en effet ce que je veux dire.

- Bien.

- N'oubliez pas que toute préparation de Magie Noire est soumise à déclaration auprès du Ministère de la Magie.

Ariana Dumbledore avait sans doute capté le soudain affolement d'Hermione, car elle ajouta :

- Néanmoins… vous imaginez bien que l'administration ne sera jamais assez rapide pour vous délivrer une autorisation dans les temps. Aussi… contentez-vous d'être… discrète. Je ne pourrais vous couvrir si vous étiez découverte. Le Ministère, sous l'impulsion de Minerva McGonagall, durcit beaucoup trop ses positions quant à la Magie Noire,. À présent, si tout est clair pour vous... je vous demanderais de sortir, Miss Granger.

Hermione fit tout son possible pour intégrer les informations capitales qu'elle venait de recueillir. La semence, les neuf mois... oui, elle comprenait maintenant pourquoi il était si aisé d'établir un lien avec une potion "de femmes". Son esprit critique, en revanche, lui susurrait que faire de tels raccourcis était plutôt hasardeux. Et de toute manière, cette indication n'apportait rien à sa recherche. Elle devait à présent trouver comment... eh bien... extraire la totalité de ses ovules. À cette pensée, elle grimaça légèrement de douleur. Chacune de ses ovulations était déjà suffisamment douloureuse pour une pauvre petite cellule libérée... Elle n'osait même pas imaginer ce qu'il en serait pour... douze... douze fois environ trente ans... Par Morgane : trois-cent soixante éléments. Au moins !

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Peu avant 18h, le même jour, elle s'arracha à ses rédactions de sortilèges pour filer en direction de la Salle sur Demande. Comme souvent, elle allait à contre-courant des élèves qui se pressaient vers la Grande Salle pour le dîner. L'hiver était propice à se coucher tôt pour rejoindre au plus vite le confort des duvets de plumes. Arrivée au septième étage, elle accéléra le pas pour rejoindre la tapisserie de Barnabas, qu'elle apercevait déjà. Le couloir était désert, c'était parfait.

- Tiens, Granger, qu'est-ce que tu fais là ? lança une voix railleuse juste derrière elle.

Hermione fit volte-face un peu trop vivement, soudainement effrayée que le cours de ses pensées ait été surpris au beau milieu d'une théorie sur la semence féminine. Potter s'était arrêté non loin et attendait qu'elle en fasse de même. Ce à quoi, bien évidemment, elle ne céda pas.

- Je croyais que tu étais collée jusqu'à la fin de l'année avec Rogue, aux cachots ? s'écria-t-il alors qu'elle continuait de s'éloigner.

- Oui, jusqu'à la fin de l'année, Potter, rétorqua-t-elle sans le regarder. Tu n'as pas remarqué que l'on avait changé d'année ?

Sans attendre de réponse, elle fila droit devant elle, et dépassa l'emplacement de l'entrée de la Salle sur Demande.

- Où est-ce que tu vas ? Si tu cherches Ronald, c'est la bonne direction pour la salle commune des gryffondors, ironisa-t-il.

- Vas te faire foutre. Je dois déposer un document au professeur Flitwick.

Cette explication sembla satisfaire Potter, ou peut-être s'était-il lassé, puisqu'elle remarqua d'un regard furtif lancé en arrière qu'il avait fait demi-tour pour se diriger vers le grand escalier. Elle fit de même, et passa trois fois en face de la tapisserie de Barnabas. Elle était en retard, très légèrement. Rogue devant sûrement déjà avoir pénétré dans la Salle. "J'ai besoin d'une pièce où préparer avec l'aide de Severus Rogue un antidote à la potion de Magie Noire Mutatis Mutandis", songea-t-elle très fort. Elle n'eut pas à insister plus longtemps. Devant elle se dessina le contour d'une ouverture plutôt réduite, dans laquelle une porte sombre se matérialisa.

- Hominum revelio, lança-t-elle par-dessus son épaule, pour s'assurer que le couloir était vraiment vide.

Une fois rassurée, elle entra. Le professeur Rogue était là, comme prévu, et il examinait les ingrédients présentés sur une étagère haute. La pièce ressemblait à s'y méprendre au bureau du maître des potions, agrémenté de tout un tas de paramètres qui participaient à mettre Hermione à l'aise. Après tout, il était entré le premier dans la salle, et lui avait donc donné un peu de son apparence, mais il avait sûrement précisé que la pièce lui était destinée, à elle. Ses préférences entraient donc en jeu. L'espace était bien plus étroit que le bureau de Rogue, plus rassurant, moins haut sous plafond aussi. Le sofa qui se tenait près du feu crépitant paraissait atrocement moelleux, du type de ceux duquel on ne peut se relever qu'au prix d'un effort colossal, une fois assise. Il y avait, près de l'une des fenêtres, un unique chaudron de taille moyenne, ainsi qu'une table sur laquelle étaient posés divers récipients et ustensiles nécessaires à l'élaboration d'une potion, dont un gros alambic étincelant. Une cassette métallique regorgeait de potions antidouleurs. Hermione remarqua aussi une bouillotte et plusieurs plaids dont l'aspect donnait immédiatement envie de s'y enrouler et de ne surtout plus bouger. Près de la cheminée, une porte entrouverte donnait sur une baignoire de pierre creusée dans un sol dallé.

- Bonjour Granger, lança enfin Rogue.

Il paraissait vraiment impressionné.

- Ces ingrédients...

- Oui, c'est bluffant, n'est-ce pas ? J'y ai réfléchi, figurez-vous que je pense que, pour être fidèle aux exceptions à la loi de Gamp... ils viennent tous de l'intérieur du château.

- Voyez-vous cela ? De ma réserve, par exemple ?

Hermione pouffa un peu.

- Par exemple... Mais très peu de personnes connaissent l'existence de cette salle, j'en déduis que vous n'avez qu'un infime risque d'être volé.

- Je ne souhaite pas être ne serait-ce qu'infinitésimalement être volé ! Certains de mes ingrédients sont rares, et précieux. Passons. Au-delà de leur simple présence... ces ingrédients semblent choisis. C'est très étrange. Tenez, les fèves de Calabar constituent un excellent antidote à la belladone, peu connu mais très efficace. Je suis certain d'être le seul à en disposer dans cette école.

- J'en ai aussi quelques unes dans mon nécessaire à potion, déclara-t-elle, rougissant légèrement.

- Vraiment ?

Ses sourcils sursautèrent, sans qu'Hermione ne sache exactement s'il était impressionné ou véritablement étonné.

- Soit. Concernant les exceptions à la loi de Gamp, cela se pose là... Comment la salle peut-elle sélectionner les ingrédients qui nous servirons dans l'élaboration de la potion, avant même que nous ne les connaissions ?

- J'imagine que... la salle aurait accès à une sorte de savoir collectif ? La recette de l'antidote doit bien être connue de quelqu'un… quelques part. De plus, vous y avez réfléchi, la salle aura sélectionné dans votre esprit les ingrédients justes.

- Dans mon esprit ? Vous n'y pensez pas, Granger. J'ai toujours été un excellent Occlumens.

- Si vous permettez, je crois que la salle se fiche bien de l'Occlumencie, professeur.

Rogue leva un sourcil, légèrement outré, avant de se laisser tomber dans l'un des fauteuils les moins souples. Celui-là était sûrement fait pour lui, un peu comme dans le conte moldu de Boucle d'Or et les Trois Ours.

- Parlez-moi plutôt de votre entrevue avec le professeur Dumbledore, avez-vous les informations ? demanda-t-il.

Hermione s'appuya contre le rayonnage supérieur de l'une des bibliothèques basses.

- Oui, je... je crois que je les ai. Je... le Directeur était présent.

- Je vous demande pardon ?

Il eut l'air soudainement affolé.

- Il m'a fourni une explication très cohérente sur les objets au sujet desquels j'avais des doutes. Mais je crois que vous en avez suffisamment vu dans mes pensées pour voir à quoi je fais référence : les reliques de la Mort, les Horcruxes. Sa conception de la magie est assez originale… D'après lui, la connaissance restant potentialité crée une forme de pouvoir bien plus puissant que la connaissance mise en pratique.

- Développez.

- Savoir comment générer un Horcruxe est bien plus puissant que créer de facto un Horcruxe, pour simplifier.

- Je vois... C'est une théorie connue. Donc, il connaît tous ces paramètres que son alter ego Voldemort a exploré dans le monde dont vous venez ? À l'exception qu'il... n'a rien mis en œuvre de tout cela ?

- Je crois que c'est à peu près ça, valida-t-elle en hochant la tête. Quelque chose m'interroge tout de même... comment expliquer tant de différence entre Tom Jédusor, directeur de Poudlard, et Voldemort, Seigneur des Ténèbres, dans le monde d'où je viens ?

- L'Amour, j'imagine, répondit Rogue du tac au tac, en haussant les épaules. Et un monde bien moins axé sur le combat de la Magie Noire, bien plus orienté sur son étude. Ariana Dumbledore n'est étrangère à aucun de ces deux paramètres... Mais je pense que vous connaissez à présent leur histoire. Il a réalisé sous sa direction un mémoire de recherche magique sur la thématique des Horcruxes, tout cela est allé un peu plus loin que le travail universitaire... termina-t-il un peu rapidement, comme légèrement gêné.

Il s'éclaircit la voix, et lança un regard furtif vers Hermione, qui ne le releva pas.

- C'est étonnant... J'aurais pensé que son passage à l'orphelinat moldu aurait à tout jamais axé ses prétentions vers l'utilisation de la Magie Noire, la recherche de la reconnaissance, de la puissance et de la domination des autres...

- Son passage à l'orphelinat moldu ? s'étonna Rogue.

- Oui, Jédusor était bien orphelin ?

- Pas à ma connaissance, nia-t-il.

- Ah bon ?

- Enfin, Granger, je ne connais pas le détail de sa vie, mais je peux vous assurer que Tom Jédusor a bien grandi avec sa mère.

Hermione perdit son regard dans les flammes dansantes. Ainsi, ce paramètre expliquait beaucoup de choses quant aux trajectoires différentes prises par Tom Jédusor dans les deux mondes. Dans l'un, il n'avait ni parent, ni partenaire et dans l'autre, il avait bénéficié de l'amour maternel, et avait en plus rencontré très jeune une personne qui allait partager sa vie et ses ambitions.

- Passons. Votre ingrédient ? Quel est-il ? trancha-t-il.

- Ah. Oui. Tout d'abord, il est utile de vous préciser qu'elle m'a indiqué qu'il y avait une sorte de temps limite à la préparation de l'antidote, neuf mois. Il nous en resterait grosso modo cinq. Et en ce qui concerne le reste... Eh bien... commença-t-elle, un peu embarrassée. L'ingrédient mystère est... la totalité de la réserve de mes cellules reproductrices.

À nouveau, Rogue haussa les sourcils, le regard fixe.

- Il est question de me recréer. De me réengendrer, si vous préférez.

- Cela paraît cohérent... Le professeur Dumbledore vous a-t-elle expliqué... la... procédure pour les... ma foi... recueillir ?

Il semblait, lui aussi, légèrement emprunté.

- Non.

- Non ? s'effara-t-il.

- Je vais mener des recherches à la bibliothèque.

- Oh, je doute que vous y trouviez quoi que ce soit concernant les ovules humains, ricana-t-il.

- Vraiment ?

- Sincèrement, Granger. Bon.

Il se pinça l'arête du nez, soufflant lourdement, les paupières closes.

- Je connais quelqu'un. Quelqu'un qui peut vous aider. Je vous y accompagnerai, cependant... Vous ne ferez aucune mention de votre sang auprès d'elle, c'est bien compris ?