Chers lecteurs, lectrices, l'histoire que vous allez lire est écrite à quatre mains, par morden1984 et supersolanealovesEmma, sur une idée originale de morden1984. Nous avons décidé de vous proposer un récit d'aventures, combinant nos deux styles. Chaque chapitre contient des passages écrits tantôt par l'une, tantôt par l'autre.

Nous espérons que vous serez nombreux au rendez-vous, et attendons vos retours enflammés (ou pas). Bonne lecture !

Chapitre 1 : le naufrage

C'était une ambiance étrange. Le Granny's, généralement assez paisible, semblait truffé de convives, certains hilares, d'autres ivres morts, d'autres bougons.

Bien que la soirée d'été ne fût pas si avancée, la nuit précoce du Maine, même en juillet, avait enveloppé le petit établissement d'un manteau opaque, et la fête, minutieusement orchestrée par Granny, semblait constituer, au sein de Storybrooke, un foyer de vie unique.

Une immense table avait été dressée, couverte de plats vides ou entamés, de couverts sales, de verres débordant de bière ou de bourbon, de cadavres de bouteilles.

À une extrémité, près de la cuisine, Granny en personne, propriétaire de l'établissement et organisatrice de la fête, surveillait d'un œil sévère, avec un début de mécontentement visible, Ruby, sa petite fille, qui, à l'autre coin (alors qu'elle aurait dû, elle aussi, se placer près de la cuisine, afin de mieux assurer le service) n'avait d'yeux que pour Whale, le médecin-chef du petit hôpital local. Une main sur la cuisse du jeune homme, un coude appuyé sur la table, elle riait à gorge déployée, certainement à une plaisanterie douteuse de son interlocuteur. En se penchant de la sorte, elle étalait, sans aucun doute à dessein, devant les yeux exorbités de l'ancien docteur Frankenstein, un décolleté qui ne laissait aucune place à l'imagination.

À côté de Victor, l'air extraordinairement mal à l'aise, se tenait Archie, le psychiatre de la ville. Heureusement pour lui, Marco, son meilleur ami, assis à sa gauche, ne prêtait aucune attention au manège de la louve et du savant fou. Il devisait gaiement de tout et de rien, son accent italien pimentant agréablement son discours. À deux places d'Archie, August, le fils de Marco, un verre à la main, son éternel sourire fixé sur le visage, écoutait d'un air résigné les histoires cent fois rebattues de son père.

Les sept nains au grand complet occupaient tout un coin de l'immense tablée. Leroy, alias Grincheux, plusieurs verres vides posés devant lui, paraissait le plus ivre de tous, ce qui ne l'empêchait en rien d'avoir l'air plus renfrogné que jamais. Tapant à intervalles réguliers sur la table, il paraissait accabler Simplet et Dormeur de reproches vagues.

Ashley et Sean, ou Cendrillon et son prince, ayant trouvé facilement une baby-sitter pour leur fille dans cette ville pleine de désœuvrés, riaient et bavardaient avec Zelena, qui semblait faire de gros efforts pour paraître suffisamment aigrie. Mais elle ne pouvait empêcher son sourire de refaire périodiquement surface, levant le voile sur le fait qu'elle avait fini par apprécier Storybrooke, et profitait de la soirée.

À un autre coin de table, Gold, comme toujours tiré à quatre épingles, paraissait négocier vivement avec sa très jeune épouse un départ anticipé. Il n'avait jamais véritablement affectionné ses concitoyens, les considérant plutôt comme des outils pouvant à l'occasion servir ses intérêts. Le dîner touchant à sa fin, il appréhendait un dénouement, dont il ignorait les détails, mais prédisait qu'il se conclurait par une apothéose quelconque, visant à remercier avec force épanchements les deux héroïnes de la soirée. Il ne tirerait bien évidemment aucun bénéfice d'une telle cérémonie. Belle, quant à elle, ne semblait pas l'entendre de cette oreille. Elle tenait visiblement tête à son mari, lui opposant de véhéments arguments et jetant de temps à autre des regards du côté des sept nains.

L'antiquaire était un homme laid, cynique et manipulateur. Son regard reptilien enregistrait et traitait toute information, dans le but de s'en servir plus tard. Sa seule faiblesse était son épouse, beaucoup plus jeune que lui, et qui avait su attendrir ce cœur de pierre. Par ailleurs, Belle, la bibliothécaire attitrée, ne craignait aucunement son époux, contrairement à la plupart des habitants de la ville. C'était un couple mal assorti, aux yeux de tous. Pourtant, le mariage tenait depuis bien longtemps.

Ayant apparemment clôturé la discussion, ou décidant de passer outre l'opinion de son conjoint, la jeune femme se leva avec assurance et se dirigea vers les places occupées par les petits hommes. Le ton était encore monté d'un cran. Leroy s'était dressé à-demi et cherchait à menacer de sa haute taille (il mesurait un centimètre de plus que lui) le pauvre Dormeur, qui paraissait pour une fois bien éveillé, et se ratatinait sur lui-même. Simplet, muet comme toujours, avait enveloppé les épaules de son frère et le tirait contre lui, dans une maladroite tentative de le protéger.

L'arrivée de Belle provoqua une commotion au sein de la petite bande. Leroy se rassit immédiatement, l'air penaud. Simplet et Dormeur, presque totalement rassurés, se replacèrent sur leurs chaises respectives. Se détournant de Leroy, l'un se mit à discuter aimablement avec Prof, tandis que l'autre recommença à rire sans savoir pourquoi.

La bibliothécaire murmura quelques mots à l'oreille de Leroy, qui l'écouta attentivement, l'air profondément coupable. Elle désigna plusieurs fois la porte du restaurant. Bien qu'elle s'efforçât de parler très bas, son expression sévère ne laissait planer aucun doute. Leroy écopait d'une ferme remontrance.

Le sermon fini, la jeune femme gratifia son ami de quelques tapes condescendantes sur l'épaule et retourna s'asseoir aux côtés de Gold, qui n'avait rien manqué de l'échange et toisait le nain d'un regard dégoûté.

Plusieurs convives avaient suivi avec attention la petite scène. Mais soudain, Mary-Margaret, aussi connue sous le nom de Snow, ancienne chef d'État du royaume de la Forêt Enchantée et actuellement maîtresse d'école, demanda le silence en frappant à petits coups un verre à l'aide d'une cuillère.

La plupart des habitants avaient gardé l'habitude de la considérer avec respect, de l'écouter, et de s'en remettre à son jugement. Tout le monde se tut, comme le faisaient certainement ses élèves, lorsqu'elle réclamait le calme en fronçant les sourcils.

Se levant, elle brandit son verre de vin et parcourut la salle du regard. Ses yeux verts se posèrent sur deux femmes assises l'une à côté de l'autre, et qui bénéficiaient des places d'honneur, en plein centre. Snow tapota presque distraitement l'épaule de son époux, David, assis bien entendu à ses côtés. Beau, blond, athlétique, ne brillant pas toujours par la vivacité de son esprit, mais profondément bon et éternellement amoureux de sa femme, celui-ci la regarda avec adoration et se leva à son tour.

Durant cette muette interaction, les deux stars de la soirée échangèrent un regard qui en disait très long.

Regina Mills, maire de Storybrooke, n'était autre que l'ex-méchante reine. Celle-là même qui avait longuement souhaité la mort de la princesse Blanche-Neige et tout fait pour l'obtenir. Elle était également responsable de la présence, dans ce patelin perdu du Maine, de tous ces personnages de conte de fées déchus, ou affranchis selon les points de vue. Mais des trombes d'eau avaient coulé sous les ponts. Regina s'était largement amendée, était devenue une figure emblématique et indispensable de la communauté. Elle avait gardé son statut, à l'origine usurpé, de maire, et bien que son regard de braise, son côté sévère et intransigeant, continuassent à en faire trembler plus d'un, s'était parfaitement intégrée.

Elle gratifia donc Emma Swan, sa voisine de gauche, d'un long regard noir et dédaigneux, qui signifiait qu'elle trouvait parfaitement ridicule ces débordements de tendresse que « les Charmants », comme elle s'amusait parfois encore à les appeler, continuaient à échanger, au vu et au su de tous.

Emma, elle, eut un petit sourire en coin, qui signifiait qu'elle ne s'excusait nullement du comportement de ses parents, tout en les trouvant un peu ridicules. Fille de David et de Mary-Margaret, bien que, conséquence de la malédiction, elle eût biologiquement le même âge qu'eux, gratifiée malgré elle du titre de « Sauveuse », elle avait elle aussi vécu un nombre impressionnant d'aventures et de péripéties, avant et après avoir atterri à Storybrooke et en être devenue le shérif. Elle aimait ses parents, qui dans l'espoir de la voir revenir jouer jusqu'au bout son rôle et délivrer le peuple de la Forêt Enchantée, l'avaient abandonnée à la naissance, la condamnant de fait à une vie d'orpheline et à être transbahutée de foyer en foyer. Elle leur avait pardonné depuis longtemps. Mais cela ne l'empêchait pas de les trouver parfois, comme en ce moment, légèrement agaçants.

Aussi le regard, condescendant d'une part, taquin de l'autre, qu'échangèrent les deux femmes juste avant que Mary-Margaret n'entame un discours sans aucun doute minutieusement préparé, était-il avant toute chose très complice.

« Chers concitoyens », commença l'institutrice, son bellâtre de mari à ses côtés. Emma et Regina tournèrent aussitôt la tête vers l'oratrice, se préparant à un moment gênant.

« Chers concitoyens, nous sommes réunis ce soir… »

À ce moment précis, la porte du restaurant s'ouvrit bruyamment, et un garçon de treize ans, brun, les cheveux ébouriffés mais élégamment vêtu, se précipita à l'intérieur, en courant et en répétant : « Attendez-moi ! » Des rires fusèrent. Mary-Margaret et David, nullement contrariés par l'interruption, sourirent avec indulgence en voyant l'enfant faire le tour de la table, se poster derrière la brune et la blonde, tout essoufflé. Ennuyé de rester assis, il avait quitté la compagnie depuis près d'une heure, pour s'amuser aux vieux jeux d'arcade placés à l'avant de la salle, et avait fini par sortir pour rire et bavarder avec quelques amis de son âge, devant l'établissement.

Deux sourires jumeaux, éblouissants, avaient illuminé simultanément les visages du shérif et celui de l'ancienne reine, à l'arrivée du jeune garçon. Il s'agissait d'Henri Mills, le fils biologique d'Emma, qu'elle avait malheureusement été obligée d'abandonner à la naissance, comme elle avait elle-même été abandonnée. Il avait (la malédiction avait sur ce point bénéficié d'un coup de pouce de Gold) été adopté par Regina, avant de comprendre toute l'histoire, et d'aller quérir jusqu'à Boston sa génitrice, la Sauveuse.

Aujourd'hui, les deux femmes se partageaient avec bonheur cet enfant, la prunelle de leurs yeux, qui était aussi bien à l'une qu'à l'autre. Il avait sa chambre chez Emma, une autre, bien plus luxueuse, dans le manoir blanc de la mairesse.

Lorsqu'il se plaça entre leurs deux chaises, les mains dans le dos, elles le gratifièrent chacune d'un baiser sonore, sur chaque joue. Loin de lui déplaire, cela le fit rire, et contamina derechef toute la tablée, qui s'esclaffa joyeusement.

Comme si rien ne l'avait interrompue, Mary-Margaret reprit son discours.

« Chers concitoyens, nous sommes réunis ce soir pour fêter la victoire de la ville sur les trolls… » Le silence se fit solennel. En effet, la bataille finale n'avait eu lieu que l'avant-veille, et chacun avait encore, bien présents à l'esprit, les moments les plus durs de l'affrontement.

« Mais aussi », poursuivit Snow, « pour remercier les deux personnes sans qui nous ne serions très probablement pas ici. » Se tournant vers Madame le Maire et sa fonctionnaire de police, la maîtresse d'école poursuivit. « Regina, sans tes recherches assidues, qui, nous le savons, t'ont coûté des jours sans sommeil, sans ton habileté à la magie, qui t'a permis d'ouvrir un portail suffisamment grand tout en évitant que toute la ville soit aspirée à travers, les dieux savent ce qui serait advenu de nous. »

Au grand soulagement de l'ancienne reine, qui commençait à trouver la situation embarrassante, Mary-Margaret se tourna vers sa fille. « Quant à toi, Emma, sans tes grandes qualités de combattante et de stratège, Regina n'aurait jamais eu le loisir de trouver le sort qu'il lui fallait. Tu as risqué ta vie lors de la bataille finale, ma chérie… »

À la grande confusion du shérif, les yeux de la princesse Blanche-Neige s'humidifièrent et elle renifla. Aussitôt, le bras musclé du prince charmant vint entourer ses frêles épaules, dans un geste protecteur. Se reprenant, l'institutrice poursuivit. « Bref…c'est grâce à vous deux que nous avons surmonté cette terrible épreuve. Et nous tenons tous à vous en remercier. »

Brandissant bien haut son verre de vin, la petite brune prononça d'une voix forte et claire un « Merci » retentissant, auquel tous les convives répondirent en se levant comme un seul homme. Chacun tendit son verre en direction des deux femmes, qui souriaient gauchement, et le vida d'un trait. S'ensuivit une salve d'applaudissement qui fit trembler les cloisons fragiles du Granny's.

Mais lorsque tout le monde se fut rassis, Henri, qui avait gardé durant l'oraison de sa grand-mère les mains derrière le dos, s'écria. « Attendez ! Et le cadeau ! »

« Ah oui, c'est vrai…J'ai failli oublier… » ajouta Mary-Margaret. « Merci Henri…Tu peux leur donner. »

Le jeune garçon ramena ses mains devant lui, révélant ce qu'il dissimulait. Il s'agissait d'une petite enveloppe, blanche, toute simple.

Le regard noir de Madame le Maire se braqua sur l'objet exactement en même temps que celui du shérif. Comme ni l'une ni l'autre ne se décidait à se saisir de l'enveloppe, Henri le leur agita sous le nez. « C'est pour vous deux ! » précisa-t-il. Finalement, comme Regina semblait trop méfiante pour se décider, ce fut Emma qui accepta le présent, tout en adressant à son fils un « Merci Henri ! » chaleureux. Le gamin sourit de toutes ses dents, l'air extrêmement fier de lui.

Déchirant la fermeture autocollante, la blonde en extirpa ce qui ressemblait à un billet d'avion. Tout le monde s'était remis à boire et à manger. Certains convives, probablement curieux, regardaient, mais l'intérêt pour la cérémonie de remerciement était retombé. Emma examina le billet, puis le passa, d'une main un peu tremblante, à Regina, qui le regarda également et manqua s'étrangler.

Se penchant au-dessus de la table, vers sa mère assise en face d'elle, la fonctionnaire de police articula comme si elle avait de la peine à y croire. « Une croisière pour deux ? » Mary-Margaret haussa légèrement les épaules. « Eh bien oui…On s'est tous cotisés. Ça vous fera du bien. Vous avez besoin de vous changer les idées, maintenant que la menace est écartée. Et puis, vous êtes amies maintenant, non ? Ça devrait très bien se passer. C'est une idée d'Henri. »

Emma se tourna brusquement vers son fils, toujours posté derrière ses deux mères, une main posée sur l'épaule de chacune. Regina, qui semblait avoir avalé un os, se retourna également et le dévisagea comme s'il lui avait poussé des cornes. Le gamin, lui, arborait un large sourire, extraordinairement satisfait.

Le temps radieux permit un embarquement rapide sur le voilier, où les deux femmes devaient passer plusieurs jours, afin de profiter d'un repos bien mérité, loin des habitants et des créatures belliqueuses de Storybrooke. Regina et Henri étaient en train de transvaser les bagages de la mairesse, qui semblaient fort pesants. Le gamin râlait un peu, mais son sourire ne trompait personne. Il savait que ses deux mères avaient besoin de ce moment de répit, afin que leur amitié se renforce. La vie était plus douce pour leur fils, depuis que la hache de guerre avait été enterrée. Il entendit sa mère, qui le sermonnait.

- Henri, fais attention, tu vas faire tomber ma valise à l'eau !

- Pardon, maman, mais garder l'équilibre sur un bateau n'est pas si évident que cela.

- Il est encore amarré, pourtant.

- Je ne dois pas avoir le pied marin.

- Au moins, tu ne deviendras pas un pirate d'opérette, porté sur la bouteille.

- Et on ne voit pas du tout à qui tu peux bien faire référence, avec cette description charmante.

- Ne sois pas impertinent, jeune homme.

Il rit face à la mine sombre de sa mère adoptive, qui ne trompait personne, quant à son avertissement.

La coccinelle jaune poussin de sa seconde mère déboula sur le port, et s'arrêta juste devant eux. La blonde en sortit, et leur sourit.

- Je suis en retard ?

Regina haussa les sourcils.

- Vous êtes toujours en retard, miss Swan.

- Ce que vous pouvez être mesquine, parfois… Et avant même que j'aie pu boire un café. Vous êtes sans cœur !

Henri ricana, comprenant la boutade du shérif, tandis que Regina grimpait sur le pont, tournant le dos à sa future colocataire, et préférant ignorer la pique.

Les Charmants surgirent à ce moment précis, faisant lever les yeux au ciel à Regina. La présence du couple infernal, tout en guimauve et bienveillance, ne pouvait signifier qu'une chose : l'approche imminente d'adieux larmoyants. Snow fut à peine sortie du pick-up que ses exclamations picotèrent les oreilles de la belle brune.

- Emma ! Tu ne comptais pas partir sans nous dire au revoir, tout de même ?

La blonde sembla se recroqueviller sur elle-même, avant de tenter un sourire contrit. Elle laissa échapper d'une voix fluette une réponse peu convaincante.

- Non ? Bien sûr que non, je veux dire ! Mais… Nous sommes déjà en retard, n'est-ce pas, Regina ?

La mairesse la toisa, depuis le pont, mais préféra abonder dans le sens du shérif, afin de ne pas subir la présence du couple royal plus longtemps.

- En effet, il faut prendre la mer, tant que nous sommes à marée haute. Sinon, il sera plus difficile de sortir de la baie.

Snow sembla attristée d'apprendre cette nouvelle.

- Ah, mais, on avait prévu un petit discours, et un panier-repas…

Leur fille sentit le piège se refermer sur elles, et coupa court à toute discussion. Elle s'empara du panier-repas préparé par sa mère, et claqua une bise rapide sur la joue de chacun de ses parents, avant de jeter son sac sur le pont, au pied de la mairesse, qui hoqueta de stupeur, puis sauta sur le voilier, en faisant un grand geste, pour signifier ses adieux à la terre ferme.

- Ne vous inquiétez pas, tout se passera bien, Regina a promis de ne tuer personne ! Et merci pour le pique-nique, ça sent super bon !

Snow laissa échapper une larme, et hurla aux passagères d'être prudentes, mais aussi de profiter de leur cadeau. Elle resta sur le port, à observer le voilier prendre le large, Henri se blottissant dans ses bras, pour la consoler. Il ne put s'empêcher de la taquiner.

- Elles seront de retour dans une dizaine de jours. Ne sois pas triste.

- Je ne le suis pas, mais ça me fait tout bizarre de les voir partir ensemble.

- Ah bon ? Je trouve ça plutôt cool…

Le trio partit enfin du port, pour aller boire un chocolat chaud chez Granny. La vie reprenait son cours, à Storybrooke.

Après plus de deux heures de navigation, le capitaine du voilier, un homme d'une cinquantaine d'années, informa les deux femmes du programme des jours à venir.

- Mesdames, il nous reste encore quelques heures de navigation, avant de jeter l'ancre pour la nuit. Pour cette première journée, je vous propose d'apprendre les rudiments de la navigation, en mon humble compagnie.

Emma se rembrunit. Elle n'avait aucune envie de se coltiner cet homme, un peu trop affable pour être sincère. Aussi prit-elle les devants, en jetant un regard furtif à sa complice.

- Nous connaissons toutes les deux cette discipline, nous avons appris auprès du capitaine Jones. Peut-être pourrions-nous nous prélasser sur le pont ?

Regina sourit au capitaine, afin d'appuyer la demande de la blonde. Ce dernier maugréa quelques mots indistincts, avant de leur donner quartier libre, et de leur tourner le dos. Emma fit un clin d'œil à la mairesse.

- On l'a échappé belle, n'est-ce pas ?

- En effet. Bien joué, miss Swan.

Elles descendirent chercher leurs affaires, et s'installèrent à l'avant de l'immense voilier, un livre entre les mains pour Regina et un casque audio pour Emma, qui lança sa playlist.

L'après-midi s'étira lentement, et les deux femmes purent goûter un repos bien mérité, tout en songeant à ce qu'elles pourraient bien faire le lendemain. Lorsque le dîner fut servi par le capitaine, qui se prénommait Albert, tel le cinquième mousquetaire, ce qui fit sourire ces dames, elles s'enquirent du programme de la croisière, auprès de ce dernier. Il bomba le torse, appréciant d'être enfin au centre des préoccupations de ces deux beautés.

- Alors, demain, je vous propose de la plongée sous-marine, et de manger ce que vous pêcherez.

Regina grimaça.

- Et c'est une obligation de manger ce qu'on tue ? Vous n'avez pas de poisson pané dans ce rafiot ?

La blonde se fendit d'un large sourire, connaissant le soin que la mairesse apportait à ses plats. Il était certain que manger sa propre pêche devait contrevenir à au moins trois douzaines de ses règles d'hygiène. Albert devint blême, puis s'empourpra, tout en essayant assez maladroitement de se contenir.

- Si vous désirez manger, ce serait une bonne idée.

- Le jeûne ne me dérange pas. Je me contenterai donc d'observer ces poissons évoluer dans leur habitacle naturel.

- Comme c'est aimable à vous de les épargner, Votre Majesté.

Visiblement, ce capitaine connaissait la réputation de l'ancienne méchante reine, ce qui ne fut guère du goût de cette dernière.

- Je me passerai fort bien de vos commentaires.

Avant que le malheureux, ou très téméraire capitaine, puisse répondre, Emma s'interposa et relança la discussion sur le programme des festivités. L'homme tenta de se recomposer une mine joviale, mais sans réellement y parvenir.

- La croisière inclut aussi une escale à Roanoke, une balade avec des dauphins, une randonnée en stand-up paddle, et une soirée dans un restaurant gastronomique sur une plage.

Regina ne put s'empêcher d'émettre une pique narquoise.

- Je présume que ce ne sera pas la pêche du jour, dans ce restaurant ?

Le capitaine étouffa un grognement, avant de repartir vers sa cabine. Emma se tourna vers sa comparse.

- Mais pourquoi l'asticotez-vous autant ?

- Cet homme m'insupporte. C'est sûrement le métier qui veut cela…

Emma comprit le sous-entendu. Les relations avaient toujours été tendues entre la méchante reine et le capitaine Crochet, et aucun des deux ne s'en cachait.

La fin de soirée fut calme et agréable. Regina se rappela de bons souvenirs avec son garçon, Henri, et partagea ces moments avec Emma. Ces derniers, manqués par la blonde, la faisaient souvent souffrir en silence. La nuit fut placée sous le signe de la nostalgie, et le shérif parvint à dénicher une bouteille de whisky, qu'elle agita sous le nez de la mairesse. Cette dernière acquiesça au chapardage puis au partage du breuvage. Elles prirent leur temps, accompagnées par une brise fraîche et salvatrice. Emma se tut un moment, savourant et son verre, et le discours de la brune. Elle se perdit dans la contemplation des étoiles, et soupira d'aise. Elle murmura, afin de ne pas briser ce moment.

- Qui aurait cru que nous nous serions retrouvées ici, au milieu de l'océan, afin de récompenser nos bonnes actions ?

- C'est assez surprenant, en effet. Mais Henri a tout manigancé, j'en suis certaine.

- Quel petit sacripant, celui-là… Il n'en rate pas une !

- Serait-ce si désagréable d'être coincée ici avec moi ?

Emma ne sut quoi répondre durant quelques instants, puis un léger sourire apparut sur son visage.

- Je n'ai jamais dit une chose pareille. C'est assez…singulier. Mais ça n'a rien de péjoratif.

Elles laissèrent la nuit au silence, et une fois leurs verres terminés, elles se couchèrent, apaisées.

Le lendemain, un petit coup dans la porte d'Emma la tira d'un profond sommeil. Elle grommela, et se retourna sur sa couchette, cachant sa tête dans la couette, comme une gosse. Le bruit se fit plus insistant, et elle râla à l'intention de la personne fourbe, de l'autre côté de la porte.

- Quoi ?! Il est trop tôt pour se lever !

- Miss Swan, il est neuf heures passées… Le petit-déjeuner est servi, et j'avais envie de le prendre en votre compagnie.

Emma souffla, mais se leva. Elle ne voulait pas que cette croisière tourne à l'enfer, tout ça parce qu'elle avait de légères difficultés à se lever le matin. Alors qu'elle ouvrait sa porte, encore toute ensommeillée, elle vit la mairesse la regarder d'une drôle de façon. Puis elle porta son regard sur son corps, et vit qu'elle ne portait pas grand-chose pour le couvrir. Elle s'excusa et partit prendre un peignoir d'été, afin de se vêtir davantage. Lorsqu'elle réapparut, Regina la toisa une seconde, le sourire narquois, mais ne fit aucun commentaire. Elle s'effaça même pour la laisser passer, afin de la suivre.

Le petit-déjeuner n'était pas gargantuesque, mais suffisant pour l'appétit des deux femmes. Un ensemble de viennoiseries, jus d'orange et boissons chaudes était étalé sur la table. Un soleil radieux les accueillit, et Emma en profita pour s'étirer, tel un vieux matou. Elles n'échangèrent guère plus de trois paroles, préférant profiter du panorama à couper le souffle. Une fois douchée et habillée, la blonde revint sur le pont, et écouta la conversation entre le capitaine et Regina, qui l'informa qu'ils approchaient de la zone de plongée.

- Tout le matériel est dans le coffre. Tubas, palmes, gants, et j'en passe. Piochez dedans à votre guise. Je vais bientôt jeter l'ancre.

- Merci.

Elle se retourna et trouva Emma toute guillerette.

- La plongée nous attend, miss Swan.

- Avec plaisir !

Elles revinrent dans leurs cabines respectives pour se changer et enfiler un maillot de bain. Elles revinrent près du coffre et s'équipèrent, avant que le capitaine ne les rejoigne.

- Pas de bêtises en bas, hein ! Si vous trouvez un trésor, remontez, on le partagera ! Et ne vous faites pas boulotter par un requin, ça augmenterait le prix de mon assurance…

Emma le regarda bizarrement.

- Il y a des requins ?

Regina émit un rire grave, avant de se reprendre.

- Finalement, je vais peut-être bien manger ma pêche du jour, si tel est le cas !

Les deux personnes qui lui faisaient face blêmirent légèrement, avant de l'observer, de façon fort différente. Le capitaine la reluqua, dans son maillot de bain noir une pièce, et posa finalement ses yeux sur le décolleté plongeant qui lui était offert. Emma l'admira, et ne put s'empêcher de prononcer une phrase qu'elle regretta bien vite.

- Vous êtes magnifique, ce maillot vous va vraiment bien. Même si vous ne faites pas de sport…

L'ancienne reine releva la tête d'un coup, et la fusilla du regard, avant de grogner en direction du capitaine, afin qu'il cesse de la dévisager aussi éhontément. Le message passa, et tout le monde s'égaya sur le pont. Emma ne se fit pas prier pour plonger rapidement, et ainsi s'éloigner de ce moment plutôt gênant. Elle décrivit quelques cercles autour du voilier, avant d'entendre un plouf, qui venait sûrement de Regina. Ou bien le capitaine était passé par-dessus bord, sans son consentement…

La découverte des fonds marins fut une belle surprise pour Emma, qui n'avait jamais pratiqué cette activité. Elle perdit de vue le bateau, en s'éloignant suffisamment, afin de prendre la position de l'étoile de mer et flotter au gré des vaguelettes. Elle était calme, et heureuse. Le soleil la réchauffait de ses rayons, tandis que le ciel bleu la berçait tranquillement. Elle frissonna au bout d'un certain temps, et voulut nager jusqu'au voilier. Elle le vit, après avoir cherché quelques secondes. Il semblait beaucoup plus petit que dans son souvenir. Le courant l'avait portée bien loin de son point de départ. Elle nagea alors vivement, afin de faire un brin de sport, et retrouver son domicile flottant. Arrivée à mi-parcours, elle sentit quelque chose frôler sa jambe. Elle se stoppa net, et lança un coup d'œil peu rassuré derrière elle. Elle ne vit rien, et surtout pas d'aileron. Elle poussa un léger soupir de soulagement, avant de se retourner, et de tomber nez à nez avec la brune, qui tentait visiblement de ne pas rire de sa blague.

- Sérieusement, Regina ?

- Admettez que c'était tentant.

Cette dernière se mit à fredonner la musique des dents de la mer, et Emma ne trouva rien de mieux à rétorquer que de l'éclabousser, afin de la faire taire.

- Vous allez nous porter la poisse ! Arrêtez ça tout de suite !

- Superstitieuse ?

- J'ai vu assez de films pour savoir que ce n'est pas la meilleure chose à faire !

- Superstitieuse, donc.

Emma grogna, ne voulant pas perdre la face, mais ne trouva rien à répliquer. Aussi, sur un coup de tête, plongea-t-elle à la verticale, et prit la cheville de la mairesse en étau dans sa main, avant de tirer dessus. Cette dernière but la tasse, maudissant la blonde.

- Ce que vous pouvez être puérile, parfois, Emma !

- Je dirais que ça compense votre côté vieux jeu.

La brune hoqueta sous le poids de l'accusation.

- Moi, vieux jeu ?! Vous ne perdez rien pour attendre !

Regina voulut couler la Sauveuse, mais celle-ci vit le coup venir. Elle s'éloigna en un puissant mouvement de jambes, et Regina ne trouvant sous ses doigts que la ficelle du haut du bikini, tira dessus, afin de se venger. Le nœud se défit, à la stupeur des deux femmes. La blonde plaqua le bout de tissu sur sa poitrine, lorsque ce dernier voulut se faire la malle. Regina ne put chasser de son esprit la vision qu'elle venait d'avoir, de la poitrine de son shérif, et rougit, telle une adolescente. Cela ne lui ressemblait absolument pas. Suite à ce jeu passablement idiot, elles revinrent à bord du voilier, sans ajouter quoi que ce soit. Le moment avait été suffisamment gênant comme cela.

La soirée se déroula lentement, au rythme paresseux du clapotis des vagues sur la coque. Emma était restée tardivement à la proue du bateau, ses écouteurs vissés à ses oreilles. Regina avait préféré le confort des banquettes du pont, afin de continuer sa lecture paisiblement. Le dîner avait été frugal, puisque nul poisson n'avait été pêché. Le lendemain serait également plus calme, avec la découverte de l'ancienne colonie de Roanoke, qui titillait l'imagination des deux femmes. Emma partit se coucher, en murmurant un bonne nuit distant à la brune, qui ne daigna pas relever le nez de son livre. Elle avait encore un peu honte de son comportement de l'après-midi, et ne souhaitait pas s'appesantir dessus.

Le lendemain, alors que le voilier filait sur la mer d'huile, Regina papota avec le capitaine, afin de s'enquérir de la situation. Elle avait remarqué des nuages, au loin, bouchant l'horizon, et s'en était ouverte à Albert. Emma était toujours au fond de son lit, au pays des rêves. Il ne semblait nullement inquiété par ces quelques cumulus, et s'enfila une rasade de whisky, alors que le petit-déjeuner était à peine servi. Regina sentit la moutarde lui monter au nez, mais tenta de ne pas faire d'esclandre si tôt durant la croisière. Lorsque la blonde montra le bout de son nez, elle salua les deux compères, et s'installa à table. Ce n'est qu'au bout de quelques minutes, une fois qu'elle eut relevé la tête de son assiette, qu'elle vit le visage soucieux de la brune.

- Regina, si vous pensez encore à hier, sachez que c'est oublié…

- Hum ? Oh, pardon pour ce moment, comment dire, assez honteux, mais une toute autre chose m'inquiète.

- Quoi donc ?

La mairesse se contenta de désigner du doigt les nuages, qui s'étaient regroupés, et formaient une barrière opaque et obscure. Emma en lâcha sa fourchette, et fronça des sourcils.

- Qu'en dit Albert ?

- Que ce n'est rien de grave. J'émets néanmoins de sérieux doutes quant à sa capacité de discernement, vu qu'il empeste l'alcool.

- Il est ivre ?

- Complètement. Apparemment, il semblerait que cela soit une compétence recherchée, pour être capitaine de bateau.

Emma secoua la tête, comprenant fort bien l'allusion à Killian. Elle observa à son tour le ciel, et frissonna. Un pressentiment s'empara alors d'elle. Elle murmura, plus pour elle-même que pour être entendue de la brune.

- Nous devrions peut-être changer de route. Celle-ci ne me paraît pas sûre.

Regina se leva et se dirigea vers le capitaine, afin de lui demander de changer de cap. Ce dernier l'envoya bouler sans ménagement, lui expliquant grossièrement qu'il était seul maître à bord, et qu'il connaissait parfaitement son travail. Il prit le gouvernail en main, et fila droit dans la zone tumultueuse. Les deux femmes n'étaient guère rassurées par le spectacle qui s'offrait à elles.

Une heure plus tard, alors qu'Emma avait pris une douche salvatrice, Regina contemplait le ciel, depuis le hublot de sa cabine. Elle sentait les creux des vagues se faire de plus en plus conséquents, et son estomac commençait douloureusement à se rappeler à son bon souvenir. Elle voulut sortir, pour admonester Albert, qui jouait clairement avec leurs vies, mais alors qu'elle marchait dans le couloir des cabines, elle fut projetée contre le mur, suite au tangage violent du voilier, et en fut à moitié sonnée. Elle ne vit donc pas Emma sortir de sa cabine et se prit la porte de cette dernière en pleine figure. Elles se fixèrent un instant, avant que Regina ne se mette à râler ostensiblement.

- Mais vous voulez tous me tuer, ma parole !

- Mais non, sinon, ce serait déjà fait.

Un large sourire orna le visage de la blonde, avant que ce dernier ne s'efface brutalement.

- Dites, c'est moi, ou ça bouge méchamment, par ici ?

- Justement, j'allais parler à Albert. On va droit vers ces fichus nuages !

- Langage, Regina !

La pointe d'humour laissa la brune de marbre, tout son être lui intimant qu'il y avait un problème bien plus grave. Elles sortirent ensemble sur le pont, qui était balayé par la pluie et le vent. Elles avaient bien des difficultés à se maintenir debout, du fait de leur violence combinée. Elles se rapprochèrent du capitaine, qui semblait batailler ferme avec le gouvernail. Emma hurla pour se faire entendre, à travers le tumulte.

- Albert ! Il faut s'abriter dans un port ! Ou n'importe où, plutôt que de naviguer sur une mer déchaînée !

- Je gère !

- Rien du tout ! En plus, vous êtes bourré !

- C'est pour me réchauffer !

La shérif était exaspérée par le comportement borné de cet homme, et Regina vit rouge. Elle le saisit par le col, et planta ses pupilles ébènes dans les yeux voilés du capitaine de malheur.

- Demi-tour, et que ça saute ! Ce n'est pas une croisière, mais un aller direct en enfer !

- On… On peut pas…

- Pourquoi ?

- Parce que ce voilier n'est pas prévu pour affronter ce genre de tempête…

- Ce qui veut dire ?

- Va falloir vous accrocher, les donzelles !

Elles blêmirent, avant qu'une vague traîtresse ne prenne le bateau par le travers. Celui-ci sembla suspendu dans les airs pendant une seconde, avant de chavirer brutalement corps et biens. Emma et Regina furent projetées dans la mer, qui se referma sur elles, tandis que le capitaine s'accrochait au gouvernail avec la force du désespoir. Durant la manœuvre, un bruit sec était monté de la coque. Le bateau avait heurté quelque chose sous la mer. Le voilier revint à sa position d'origine, avant de commencer à couler. Un trou dans la coque était visible, et l'eau s'y infiltrait avec force. Une dernière vague assassine submergea le voilier, qui se retourna une dernière fois, avant de sombrer.

Regina était parvenue à remonter à la surface, non sans difficultés, et sortit la tête de l'eau. Elle respira une grande goulée d'air, avant de voir Emma disparaître dans les flots déchaînés, beaucoup trop éloignée d'elle, pour penser à la sauver. Elle semblait couler avec le bateau, comme si ce dernier l'entraînait dans son sillage mortifère. La mairesse se sentit impuissante, et voulut hurler, mais l'océan lui rappela bien vite qu'elle-même était en danger de mort. Elle nagea avec toutes les forces qui lui restaient, afin de s'éloigner de ce spectacle terrifiant. Elle était au beau milieu de l'océan, sans personne pour la secourir, et sa magie ne fonctionnait pas, étant trop éloignée de Storybrooke.

Elle vit un objet dans son champ de vision, et comprit qu'il s'agissait de l'une des bouées du voilier. Elle nagea dans sa direction, et s'y accrocha. Elle se laissa dériver, sans autre possibilité, alors qu'elle ne voyait plus rien. Mais son esprit avait marqué au fer rouge son dernier souvenir du bateau : renversé, avec Emma qui semblait coincée par un cordage, ou autre chose, et qui avait coulé à pic avec celui-ci. La blonde n'était pas complètement consciente, selon Regina. Elle n'avait pas tenté de se débattre pour remonter à la surface. Elle était très certainement blessée, ou sonnée. Un frisson parcourut la belle brune. Cette croisière avait viré à la catastrophe. Elle tenta de rester éveillée le plus longtemps possible, mais le froid mordant de l'océan eut raison de ses dernières forces. Elle s'évanouit, toujours agrippée à sa bouée. Elle avait réussi cependant à s'enrouler dans la corde qui amarrait la bouée au voilier, autour de son buste, afin de ne pas sombrer, si elle la perdait.

Alors que Regina dérivait depuis plus de deux heures, la côte apparut. Le courant ramena la brune sur le sable, où elle s'échoua silencieusement. La brise marine la réveilla, transie de froid. Elle jeta un regard hébété autour d'elle, et comprit qu'elle avait atteint la terre ferme. Alors que son esprit s'affûtait, elle remarqua une chose inconcevable : l'absence d'Emma. Elle se leva et parcourut la plage en titubant, en vain. Elle était désespérément seule. Elle fit alors un rapide inventaire. Elle ne semblait pas blessée, mais elle n'avait rien pour se réchauffer, et Emma manquait cruellement à l'appel. Quant au capitaine Albert, elle espéra sincèrement que les flots l'avaient définitivement englouti. Elle contempla l'étendue d'eau, qui s'étendait à l'infini, et murmura un mot, qui mourut dans le vent : Emma.

Une larme roula sur sa joue, alors qu'elle pensait à Henri. Le destin était toujours cruel.