Dimanche 10 décembre 2023

CHAPITRE CINQ: CAN'T HELP FALLING IN LOVE – ELVIS PRESLEY

Wise men say

Only fools rush in

But I can't help falling in love with you

DISCLAIMER: Spoiler pour le Seigneur des Anneaux. Si vous n'avez pas vu les films/lu les livres, à vos risques et périls.


Quand Dean se gara près de l'immeuble où vivait Castiel ce jour-là, le doctorant l'attendait déjà sur le perron. Dean surprit un sourire sur ses lèvres quand il repéra l'Impala, avant qu'il ne lui fasse un signe de la main auquel il répondit. Castiel s'approcha de la voiture. Dean se pencha pour lui ouvrir la portière. Il sourit à Castiel.

«Salut Cass.

– Bonsoir Dean.

Il se plia en deux et entra dans la voiture tout en refermant la portière derrière lui. Dean s'autorisa quelques secondes pour le contempler. Il détailla ses cheveux bruns en bataille, son profil bien ciselé, ses yeux d'un bleu que même le meilleur des artistes ne pourrait saisir de son pinceau. Il observa sa peau disparaître sous la chemise blanche qu'il avait revêtue, le galbe de ses jambes enfermées dans son jean délavé. Même habillé le plus simplement du monde, Dean le trouvait tout aussi époustouflant. Cass finit par tourner la tête vers lui et leurs regards se croisèrent. Dean baissa le sien, soudain gêné. À la place, il démarra le moteur de l'Impala sans mot dire parce qu'il se doutait qu'un «Désolé, je t'admirais.» serait quelque peu mal venu.

– Au fait, j'ai été engagé. À la fac pour le prochain semestre, fit soudain Cass alors qu'il s'engageait dans une petite rue adjacente.

– Génial!

Dean se demanda s'il n'aurait pas dû mieux cacher son enthousiasme à l'idée que Castiel reste ici en janvier. Il se demandait ce qu'il aurait fait si le jeune homme était parti dans une autre ville pour enseigner. Il ne voulait même pas envisager de ne plus le voir. Dean secoua la tête, comme pour chasser la pensée.

Le reste du trajet se déroula en silence. Mais ça n'était pas désagréable. C'était même tout le contraire. Dean se contentait d'apprécier la présence de Castiel sur sa droite. Ils atteignirent l'appartement de Dean près d'une quarantaine de minutes plus tard. Ce dernier se gara et arrêta le moteur avant de sortir de la voiture. Castiel l'imita et d'un geste, le jeune homme l'invita à le suivre. Ils grimpèrent les cinq étages qui les séparaient de l'appartement et pénétrèrent dans le couloir. Dean salua l'une de ses voisines qui rentrait d'une balade avec son chien avant d'insérer la clef dans la serrure. Puis il ouvrit la porte et s'inclina devant Castiel sans pouvoir s'empêcher de sourire:

– Bienvenu dans mon royaume.

Dean avait pris le soin de faire le ménage le matin même et de ranger un peu avant d'aller donner un coup de main à Bobby au garage.

Dès qu'il eut refermé la porte, il débarrassa obligeamment Castiel de son trench coat avant d'aller le poser sur une chaise dans la cuisine, tout en signifiant à Cass qu'il pouvait faire comme chez lui. Il en profita pour se saisir de la carte d'une pizzeria à quelques rues de son appartement et rejoignit Castiel qui finissait tout juste de faire faire à ses yeux un tour du propriétaire. Dean ne sut comment interpréter le petit sourire qui avait fleuri sur ses lèvres. Il observa son ami qui avançait jusqu'à l'unique bibliothèque qui trônait près du meuble de la télévision – qui n'était en fait qu'un écran d'ordinateur que Dean avait connecté à une vieille machine et un lecteur DVD – et le vit passer un doigt sur la collection de romans Supernatural qu'il possédait. Puis son regard s'arrêta sur la photo posée en équilibre sur la case d'à côté. Même sans la voir, Dean savait de laquelle il s'agissait. Elle datait des huit ans de Sam et ce dernier enlaçait fièrement un Dean de douze ans, tous deux souriant à leur mère qui prenait la photo. Il manquait deux incisives à Sam, ouvrant deux fenêtres sur son sourire illuminé par les bougies perchées sur le gâteau devant eux. C'était l'époque où tout semblait aller pour le mieux chez les Winchester. Mary partait moins en déplacement, John était de meilleure humeur et Dean et Sam profitaient de leur enfance. Dean soupira, refusant de gâcher sa soirée avec des souvenirs douloureux, et s'approcha de Castiel qui tourna la tête vers lui.

– C'est ton frère?

– Ouais, c'est Sammy.

Castiel observa un instant la photo d'un air concentré, sa tête penchée sur le côté ce qui lui donnait l'air encore plus adorable.

– Tu étais plutôt mignon quand tu étais petit, fit-il remarquer au bout d'un moment.

Dean sourit et profita de l'occasion que Cass lui offrait.

– Parce que je ne le suis plus maintenant?

Castiel baissa la tête, observant ses pieds mais ne répondit pas. En revanche, la rougeur de ses joues indiquait le fond de sa pensée et le sourire de Dean s'agrandit. Il posa une main sur l'épaule du doctorant. Castiel n'osa lever la tête qu'au bout de quelques secondes. Dean lui tendit la carte de la pizzeria.

– Choisis ce que tu veux, je vais nous chercher à boire. Une bière, ça te va?

Il acquiesça et Dean repartit vers la cuisine. Il ouvrit le frigo et en sortit deux bières qu'il vint déposer sur la table basse du salon. Castiel avait déjà arrêté son choix. Dean ne put empêcher le rictus amusé de se peindre sur ses lèvres.

– Tu sais que c'est ma préférée?

– Vraiment?

Dean acquiesça et sortit son portable de sa poche pour commander la pizza. Il finit en donnant son adresse puis invita Cass à s'asseoir sur le canapé. Il s'installa à son tour et décapsula sa bouteille. Cass l'imita et ils burent une première gorgée. Le doctorant continuait d'observer son environnement.

– Je trouve que ton appartement te ressemble, Dean, lança-t-il au bout d'un moment.

– Ah bon?

Dean n'osait pas trop le regarder. Il avait rapidement réussi à repérer le moment où Castiel allait dire quelque chose qui le mettrait mal à l'aise. Au hasard, un truc gentil ou une vérité qu'il ne préférait pas entendre. Et cet instant semblait parfaitement entrer dans l'une de ces cases.

– La déco est… lisse. En apparence. On pourrait croire que tu viens d'emménager et que tu n'as pas encore eu le temps de t'approprier l'espace. Et pourtant, si on regarde plus en détail – Castiel désigna la bibliothèque et les rares photos qui trônaient sur les meubles – on se rend compte que ce n'est qu'une façade, une armure.

Dean garda les yeux obstinément baissés sur le parquet du salon. Était-il si facile de le percer à jour? Aussi fort qu'il aurait voulu le contraire, Castiel avait raison à son propos. Dean s'était toujours caché derrière une apparente désinvolture qui le faisait paraître assuré quand il n'essayait pas de se montrer viril à outrance – il ne comptait plus le nombre de fois où il avait assommé Sam de «pas de trucs de filles, s'il te plaît» – tout ça pour se donner l'impression qu'il n'était pas «l'horrible petite tapette» que son père décrivait. À bien y réfléchir, Cass était le premier qui n'avait pas eu droit au masque, dès le début. Comme si Dean s'était autorisé à être lui-même avec lui. Et il ignorait pourquoi Castiel avait ce pouvoir.

Une main se posa sur son épaule mais Dean n'eut pas le courage de lever la tête.

– Ce n'est pas une mauvaise chose, tu sais. J'aime cette partie de toi, ajouta-t-il après une seconde d'hésitation.

Dean rit sans joie.

– Dis ça à mon père.

Les doigts de Cass se serrèrent un peu plus sur son bras. Dean passa une main nerveuse dans ses cheveux.

– J'ai cassé l'ambiance, pas vrai?

Il y'eut un instant de silence. Dean ne regardait toujours pas Castiel.

– Même si ça fait des années que je l'ai plus revu, il continue de me pourrir la vie.

Il sentit la pression sur son bras s'intensifier et Dean ne put s'empêcher de tourner la tête. Castiel affichait une expression contrariée, presque furieuse. Il s'adoucit quand il croisa le regard de Dean.

– Personne ne devrait avoir le pouvoir de te faire sentir si mal.

Dean s'efforça de ne pas détourner le regard. Il sourit mais le cœur n'y était pas.

– Quand j'étais petit, mon père, c'était mon héros. Le fait qu'il ait plus souvent été là que notre mère, qu'il nous ait élevés Sam et moi, ça a sûrement accentué ce sentiment. Je buvais littéralement ses paroles. Je voulais être comme lui, enfin, comme je le voyais à l'époque. Grand, fort, viril. «Un homme, un vrai», comme il disait. Je voulais le rendre fier. J'étais pas… j'étais pas un petit génie, comme Sammy. J'étais pas nul à l'école, juste dans la moyenne. Le seul talent que j'avais, c'était la musique. J'avais décidé de lui préparer une surprise pour son anniversaire. C'était l'un des premiers textes que j'ai composés. Il m'a surpris en train de gratter les cordes de ma guitare – un cadeau de ma mère qu'il a jamais vraiment approuvé. Et il m'a dit… il m'a dit qu'il ne voulait plus jamais me revoir en train de faire ça, qu'écrire des chansons, c'était pour les filles… Je n'ai jamais osé lui dire que je faisais ça pour lui. Et ce jour-là, j'ai compris que je pourrais jamais le rendre fier, peu importe combien j'essayais de gagner son approbation. Quand j'étais ado… je voyais bien qu'il aurait préféré avoir certains de mes amis comme fils plutôt que moi. Je savais que je serai toujours une déception pour lui. Et je me méprisais pour ça, tu sais. Je me disais que je serai jamais assez.

Dean passa une main tremblante dans ses cheveux.

– Parfois je me demande si encore aujourd'hui…

Il n'eut pas le courage de finir sa phrase, ni de regarder Castiel. Jusqu'à ce que deux bras l'attirent dans une douce étreinte. Dean resta stoïque quelque secondes, surpris, étourdi par la présence de Cass dans son espace personnel et puis il finit par se détendre. Ses propres bras s'enroulèrent dans le dos du jeune homme qui sembla le serrer plus fort entre les siens. Dean laissa échapper un soupir. Son front vint reposer contre l'épaule de Cass. Ce dernier le gratifiait de douces caresses le long de sa colonne vertébrale, comme pour l'apaiser.

– Dean, fit soudain la voix de Cass et l'intéressé pouvait ressentir l'intensité de sa voix dans les vibrations qui se propageaient dans leurs corps encore enlacés. Je… Je t'interdis de te mépriser comme ça. Tu… tu es la plus belle personne que j'aie eu la chance de rencontrer dans toute ma vie et c'est… bon sang, c'est profondément injuste que tu ne puisses pas le voir. Je refuse que tu laisses ton père te dicter ce que tu penses de toi parce qu'il a tort sur toute la ligne.

Castiel marqua une pause. Sa prise sur son dos se fit plus puissante et un frisson remonta le long de la colonne vertébrale de Dean.

– Tu es... tu es drôle et gentil et dévoué – il n'y a qu'à voir comment tu t'es occupé de ton frère, je ne le connais pas mais je suis sûr que c'est quelqu'un de bien et je parierai sans hésiter que c'est grâce à toi. Tu es talentueux et courageux. Je t'interdis de penser le contraire. Et peut-être que je suis mal placé pour te dire ça parce qu'on se connaît depuis peu, mais ça me révolte que tu puisses penser le contraire.

Castiel se détacha un peu de lui pour pouvoir capter son regard. Dean fut happé par les morceaux d'océan qui s'étaient échoués dans les yeux de Cass. Son cœur battait la chamade. Personne ne lui avait jamais fait autant de compliments.

– S'il te plaît, ne pense pas le contraire, acheva Cass dans un souffle, sa main effleurant timidement la joue de Dean qui frissonna au simple contact.

– Tu penses vraiment tout ça de moi? demanda-t-il sur le même ton, ses yeux plongés dans ceux du doctorant.

– Bien sûr.

Dean sourit, le cœur battant parce qu'il y'avait tant de sincérité, de certitude dans la voix de Cass, et il ne put s'empêcher de poser sa main sur la joue du doctorant à son tour. Il le vit retenir son souffle, sans doute inconsciemment. Le regard de Dean dévia quelques secondes vers les lèvres de Castiel. Serait-ce inconvenant de l'embrasser, là, maintenant? Son cœur rata un battement à la simple pensée. Son pouce suivit la ligne des pommettes saillantes de Cass et ce dernier rougit brusquement, baissant les yeux. Le sourire de Dean s'élargit.

Quand la sonnette retentit, ils sursautèrent tous les deux. Dean maudit le livreur au fond de lui-même tout en s'écartant de Cass et s'approcha du bouton à sa porte qui le reliait à l'interphone.

– Cinquième étage, troisième porte à gauche. Numéro 9.

Puis il se dirigea vers le meuble où il gardait un peu de liquide pour récupérer de quoi payer la pizza. Mais Castiel s'était approché de lui et posa une main sur son poignet quand Dean eut enfin extirpé un billet de son portefeuille. Il adressa une œillade perplexe à Cass.

– Tu m'as invité la dernière fois.

– Et tu es chez moi, Cass.

– S'il te plaît, Dean. J'y tiens.

Dean ne soutint pas son regard longtemps – pour sa défense, il était très compliqué de continuer à regarder Castiel dans les yeux quand il avait cette expression – et céda avec un soupir. Sérieusement, Cass et Sam avaient pris un cours au même endroit ou quoi? C'était impossible de maîtriser ce regard de chien battu à la perfection comme ça! D'autant que Dean était incapable d'y résister.

Quelques secondes plus tard, le livreur toquait à la porte. Castiel s'empressa de lui ouvrir, de récupérer leur commande avant de lui donner l'argent. Il le salua poliment avant de refermer la porte. Dean lui indiqua la table basse. Cass s'y dirigea et y déposa le carton, entre leurs bières abandonnées. Dean, lui, s'était déjà dirigé vers son lecteur DVD et sa télévision en tapant des mains.

– Bien! On ferait mieux de s'y mettre maintenant!

Castiel se rassit dans le canapé tandis qu'il insérait dans le lecteur La Communauté de l'Anneau. Il alluma l'écran et vint rejoindre Cass sur le canapé, après avoir pris soin de lancer le film. Si Castiel remarqua qu'il n'usait pas de tout l'espace disponible en préférant s'asseoir de façon à ce que leurs cuisses se touchent, il n'en dit rien.

Déjà, la musique mythique de la trilogie envahissait l'espace. Dean en profita pour ouvrir le carton de pizza et prendre une gorgée de bière avant de se caler plus confortablement dans son canapé. Il tourna la tête vers Castiel qui suivait les paroles de Galadriel, expliquant la genèse de l'Anneau Unique avec attention, son front plissé par la concentration. Cela arracha un sourire à Dean qui dut se retenir de ne pas prendre son téléphone pour capturer le moment. À la place, il se saisit d'une part de pizza et reporta son attention sur le film. Peu de temps après, Castiel l'imita.

Ç'aurait été mentir que de dire que Dean avait prêté beaucoup d'attention à l'histoire. De toutes manières, il la connaissait par cœur, réplique par réplique, à force d'avoir passé des nuits blanches à voir et revoir les films avec Charlie. Non, Dean ne cessait de lancer des regards en coin à Cass qui semblait complètement happé par l'histoire. Dean adorait le voir frissonner quand les héros étaient en danger, se mordre la lèvre quand Frodo cédait encore et toujours à l'appel de l'Anneau. Il fut même tenté de prendre sa main quand l'inévitable destin de Boromir advint, tandis qu'il mourrait en héros, pour sauver les Hobbits.

Le générique finit par apparaître à l'écran et Cass tourna la tête vers lui. Dean lui sourit.

– Alors?

– On peut voir le deux?

Dean retint à grand-peine l'éclat de rire que lui inspira le ton à la fois suppliant et gêné de Cass. Il tapota l'épaule du doctorant et se leva pour insérer le DVD du second volet dans le lecteur. Aussitôt, Castiel revêtit cette expression concentrée qui était caractéristique de son investissement.

Cette fois, Dean ne le quitta pas des yeux, hypnotisé par ses réactions.

– Wow. C'était incroyablement réaliste comme cri, fit remarquer Cass au bout d'un moment.

Dean tourna la tête pour voir Aragorn qui terminait de hurler de frustration après avoir perdu les Hobbits.

– En fait, Viggo Mortensen – l'acteur – s'est cassé un orteil en shootant dans ce casque. C'était un véritable cri de douleur et ils l'ont gardé à l'écran.» [6]

L'avantage d'avoir une vraie geek comme meilleure amie, c'était de connaître toutes les anecdotes des films que l'on regardait. Le silence se rabattit sur leur duo tandis que le film défilait encore.

La nuit était déjà tombée quand Dean inséra Le Retour du Roi dans le lecteur. Il ne restait que des miettes dans le carton de pizza et les bouteilles de bière étaient depuis longtemps vides. Castiel était toujours aussi passionné. Cette fois, Dean suivit un peu mieux l'histoire, sans doute parce que Le Retour du Roi était son opus préféré. Cela ne l'empêcha pas de jeter régulièrement des regards du côté de Castiel. Ce dernier tenait bon même s'il papillonnait un peu plus des paupières à chaque fois et que Dean surprit un ou deux bâillements. Il aurait pu proposer de s'arrêter là, de remettre cette soirée pour terminer la trilogie plus tard mais Dean avait envie d'être égoïste et de profiter encore un peu de la présence de Cass près de lui.

Quelque part au milieu du film, il sentit un poids se déposer sur son épaule. Il tourna doucement la tête. Le sommeil venait d'avoir raison de Castiel et il s'était endormi contre lui, son nez enfoui dans le creux de sa clavicule, le reste de son corps pressé contre le sien. Dean sourit. Pouvait-on faire plus adorable créature que Castiel Novak? Dean se retint de passer une main dans les cheveux bruns en bataille – il ne voulait pas réveiller Cass – et reporta son attention sur le film.

Quand Dean sombra dans les bras de Morphée à son tour, l'Anneau n'avait même pas encore disparu dans les flammes du Mordor.


Quand Castiel se réveilla ce matin-là, il décréta sans aucune hésitation qu'il n'avait pas aussi bien dormi depuis peut-être des années. Et peu importait que son dos le fasse un peu souffrir ou que sa nuque soit raide, c'était tout simplement l'une des meilleures nuits dont il se souvenait. Il resta un moment sans bouger, sans ouvrir les yeux, le visage enfoui contre une surface ferme et douce, le nez se gorgeant des effluves d'un parfum aussi familier qu'agréable. Il serra un peu le poing et ses doigts rencontrèrent les contours d'un corps.

Cette fois, Castiel ouvrit brusquement les yeux alors qu'il se souvenait soudain dans quelle position il s'était endormi la veille. Son regard tomba aussitôt sur le visage de Dean. Ce dernier était toujours plongé dans un sommeil profond. Il ne l'avait pas réveillé quand Castiel s'était endormi. Il l'avait laissé s'installer sur son épaule et avait vraisemblablement fini par lui aussi céder à l'appel du sommeil.

Castiel s'efforça de calmer les battements frénétiques de son cœur et en profita pour observer Dean. Il était assez près de lui pour distinguer les myriades de taches de rousseur qui ornaient son visage. Ses cils indécemment longs l'empêchaient d'admirer les yeux verts qui le fascinaient tant mais Castiel se contentait de laisser son regard glisser le long du visage de Dean, en épouser chacune de ses formes tandis que sa main n'avait pas quitté la taille du jeune homme. Quand l'avait-il enlacé ainsi? Et puis comment s'étaient-ils retrouvés dans cette position, allongés l'un sur l'autre sur l'étroit canapé?

Castiel sentit soudain quelque chose lui effleurer le dos et un millier de frissons irrépressibles envahirent sa peau. Ce fut à cet instant qu'il se rendit compte que le bras de Dean avait entouré son corps et que sa main reposait au creux de ses reins. Il rougit furieusement. C'était un contact on ne pouvait plus intime. Il eut l'impression que tout le sang de son corps se déplaçait soudainement dans une seule et même direction. Il se força à se concentrer sur autre chose avant de réaliser qu'il n'avait pas cessé de fixer Dean, tout à ses réflexions qu'il était, et maintenant, le jeune homme était éveillé et lui rendait son regard, un doux sourire aux lèvres. Castiel rougit plus encore.

«Salut Cass.

Dean le dévisageait. Il n'y avait pas d'autre mot. Et s'il ressentait ne serait-ce qu'une once du trouble qui agitait Castiel en cet instant, alors il était très doué pour le cacher.

– Bon… Bonjour Dean.

Et il fallait que tu bégayes, songea-t-il en se demandant s'il ne pourrait pas faire cuire un œuf sur ses joues à cet instant. Dean sourit et Castiel eut une conscience accrue du fait qu'ils étaient proches, trop proches l'un de l'autre et qu'il n'allait pas pouvoir cacher très longtemps à quel point la chose le troublait. C'était peut-être déjà trop tard, considérant à quel point ils étaient collés l'un à l'autre.

– Bien dormi? lui demanda Dean, comme si de rien n'était et Castiel songea qu'il ne devait définitivement pas être aussi mal à l'aise que lui à l'idée d'avoir dormi enlacés dans un espace on ne pouvait plus exigu. La pensée accentua un peu plus son trouble si c'était possible et Castiel se retint de pousser un soupir désespéré. Il lui fallait une douche. Froide. Maintenant.

Il acquiesça après s'être rendu compte que Dean avait posé une question, préférant rester silencieux au cas où sa voix ne le trahisse. Dean ne l'avait pas quitté des yeux et l'observait toujours, le détaillant sans gêne, comme si Castiel était soudain devenu une œuvre d'art fascinante. Et se faire ainsi déshabiller – parce qu'il n'était pas sûr qu'il y'ait d'autre mot – du regard fit naître un incendie dans son bas-ventre. Comme si la situation n'était pas assez précaire comme ça. Le regard de Dean dévia un instant et Castiel fut presque certain qu'il avait regardé ses lèvres. Il rougit encore et décida qu'il avait assez envahi l'espace personnel de Dean pour le moment. Il s'excusa et chercha un appui où il le pouvait pour se redresser. La main de Dean quitta ses reins, laissant une inexplicable sensation de froid le long de la colonne vertébrale de Castiel qui réussit à s'asseoir de nouveau dans le canapé, face à Dean. Il remonta ses genoux, les appuyant contre sa poitrine en espérant que cela masquerait son état général. L'expression de Dean était impénétrable.

– Petit déj'? proposa-t-il finalement et Castiel eut comme l'impression qu'il se retenait de regarder de nouveau vers ses lèvres. Il préféra ignorer la chose.

– Je… je ne veux pas abuser de ton hospitalité, dit-il prudemment avant de féliciter sa voix d'être restée égale. Il ne manquerait plus que Dean se rende compte de l'effet qu'il avait sur son corps.

– Ca me ferait plaisir, Cass. Que tu restes un peu.

Castiel tenta un sourire. Dean le lui rendit presque aussitôt.

– Alors d'accord.

Le rictus de Dean s'élargit et il se leva, quittant le canapé, l'air aussi heureux qu'un enfant le jour de Noël. Il s'approcha de la télévision et extirpa le DVD du lecteur. Alors qu'il le rangeait dans la boîte, Dean lança:

– Je crois qu'on va devoir le repasser. Tu n'en as vu que la moitié.

Castiel baissa les yeux, ses joues virant de nouveau au rouge pivoine.

– Tu aurais dû me réveiller.

– Ca ne me dérange pas.

Il déposa la boîte du DVD sur la table et récupéra le carton de pizza qui y avait été oublié ainsi que les deux bouteilles de bière avant de se diriger vers la cuisine.

– Je vais préparer le petit déjeuner. Tu peux prendre une douche si tu veux. La porte juste en face. Fais comme chez toi!

Castiel essaya de masquer sa gêne. Même s'il était peu probable que Dean lui propose d'utiliser sa douche parce qu'il avait remarqué à quel point Castiel était troublé par leur récente proximité physique, la simple évocation de celle-ci suffisait à le mettre extrêmement mal à l'aise. Castiel se leva et se dirigea – peut-être un peu trop vite – vers la porte indiquée avant de s'enfermer à double-tour dans la salle de bains sans même se rendre compte qu'il avait dû traverser la chambre de Dean. Avec un soupir, il appuya brièvement sa tête contre le battant de bois.

Il fallait vraiment qu'il apprenne à maîtriser les réactions de son corps en présence de Dean. Cela devenait crucial.


Quand il entendit la porte se refermer derrière Castiel, Dean laissa échapper un soupir de soulagement. Il ignorait comment le doctorant et lui avaient terminé dans cette position, serrés l'un contre l'autre mais il devait reconnaître que c'était agréable. Un peu trop. En témoignait son entrejambe, quelques minutes plus tôt, avant que Cass ne douche toutes ses envies. Il ignorait si Castiel l'avait deviné, peut-être même l'avait-il senti et si c'était la raison de son malaise, de sa presque fuite vers la salle de bains.

Castiel n'avait pas pu ignorer l'intensité de son regard. Dean était certain d'avoir été assez explicite. En fin de compte, il aurait préféré n'avoir rien fait. Parce qu'il était certain que Cass l'avait vu faire et ce dernier s'était détaché de lui. Même après que Dean ait sous-entendu qu'il voulait l'embrasser.

Il le voulait toujours. Tellement fort que cela en faisait presque mal. Bordel de merde. Peut-être allait-il trop vite? Peut-être avait-il brusqué Cass? Peut-être n'était-il pas encore prêt à assumer pleinement son attirance pour les hommes? Pour lui? A moins que les désirs de Cass aient changé tandis qu'ils apprenaient à se connaître…

Dean se mordit la lèvre et jura entre ses dents quand il se rendit compte que le petit déjeuner était en train de cramer.

Il terminait de déposer les aliments sur la table de la cuisine quand Castiel reparut dans le salon. Il s'essuyait les cheveux à l'aide d'une serviette empruntée à Dean, mettant plus encore ces derniers en bataille. Il avait revêtu ses vêtements de la veille, complètement froissés. Cass déposa la serviette sur ses épaules et lui adressa un franc sourire. Son étrange comportement semblait avoir disparu. Dean s'approcha de lui.

– Attends deux secondes. On dirait que tu t'es battu avec un chiffonnier. Je vais te prêter un truc.

Sans un mot de plus, Dean rejoignit sa chambre et chercha un tee-shirt au fond de ses tiroirs. Il revint une minute plus tard dans le salon et tendit le vêtement à Castiel.

– Tu n'es pas obligé, Dean.

– T'inquiète, tu me le rendras la prochaine fois qu'on se verra.

Et il dépassa Cass pour rejoindre la table où il s'installa en s'efforçant de ne pas regarder en direction du doctorant. Il avait entendu la chemise glisser au sol. Malgré lui, ses yeux furent attirés vers le jeune homme qui enfilait le tee-shirt noir que Dean lui avait donné. Ce dernier ne put s'empêcher d'admirer la courbe de son dos. Une brusque rougeur élit domicile sur ses joues quand ses yeux se posèrent plus bas et Dean se détourna. Quelques secondes après, Cass l'avait rejoint à table. Le tee-shirt était un peu trop large au niveau des épaules mais pour le reste, il lui seyait à la perfection. Dean s'éclaircit la gorge et la cafetière dans une main, il proposa:

– Café?

– Volontiers.

Dean le servit avant de remplir sa propre tasse. Bientôt, on n'entendait que le son des cuillères contre la céramique, des fourchettes contre les assiettes. Dean songea que tout ceci avait des allures très domestiques. Ce qui était étrange. Cass et lui n'étaient même pas un couple. Ils ne vivaient pas ensemble et se connaissaient depuis très peu de temps. Pourtant tout semblait naturel, comme si la place du doctorant avait toujours été celle-ci, dans la cuisine de Dean, en face de lui, à prendre le petit déjeuner le plus naturellement du monde. Et Dean se surprit à penser qu'il pourrait s'y habituer.

Un instant, la panique le saisit. Lui, Dean Winchester, qui avait dû fréquenter à peu près tous les bars gays de la ville pour des histoires d'un soir, songeait sérieusement à une vie domestique avec un homme qu'il avait rencontré il y'a un peu plus d'une semaine. Qu'avait bien pu faire Cass pour lui faire prendre un tel virage dans ses habitudes?

La réponse était simple. Rien. Cass n'avait rien fait. Dean avait foncé tout seul droit dans le piège. Droit dans ses yeux, ses magnifiques yeux bleus et dès lors, il était perdu. Même sans le savoir.

Il avait fallu peu, si peu de temps pour que Dean ne tombe.

Il s'étouffa avec sa gorgée de café. Parce qu'il venait de comprendre quelque chose.

Aussi improbable que cela lui paraissait, il était tombé amoureux. Éperdument et désespérément amoureux. De Cass.

Dean toussa, essayant d'évacuer le liquide qui était entré dans ses poumons.

– Dean, ça va?

La voix inquiète de Cass lui donna des frissons. Il hocha la tête et toussa une nouvelle fois tandis que Cass se levait et lui donnait quelques claques dans le dos. Dean parvint à respirer de nouveau mais la main de Castiel restée nichée entre ses omoplates, envoyait des décharges exquises dans son dos.

– Dean? répéta Castiel.

– Je vais bien… Je vais bien, Cass.

Il sentit les doigts de Castiel glisser le long de son épaule avant qu'il ne revienne s'asseoir en face de lui. Dean leva timidement les yeux et s'autorisa quelques secondes pour le regarder. Peut-être était-ce sa récente révélation mais il lui sembla presque irréel que Castiel soit ici avec lui, dans sa cuisine, à prendre le petit-déjeuner, le plus naturellement du monde. C'était irréel mais tellement agréable. Avoir Cass près de lui était incroyable. Ce dernier croisa son regard. Et celui de Dean devait être étrange car il fronça les sourcils.

– Tu es sûr que ça va, Dean?

Il baissa les yeux.

– Oui. Oui, ça va. T'inquiète pas.

Ça va super. Je viens juste de me rendre compte que je suis raide dingue de toi et toi, tu… La sonnerie de son portable interrompit le fil de ses pensées. Dean se leva en s'excusant auprès de Castiel et récupéra le téléphone avant de décrocher.

Dean, tout va bien? Qu'est-ce que tu fais?

Oh merde, songea Dean.

– Pardon Bobby, je… j'avais oublié que je devais venir. J'arrive. Donne-moi une demi-heure.

Il raccrocha et se tourna vers Cass.

– J'avais complètement zappé que je devais aller au garage aujourd'hui. Tu… tu peux rester ici si tu veux. J'en ai pas pour la journée. Je suis désolé, Cass.

– Je peux prendre un bus sinon…

– Cass, t'habite à l'autre bout de la ville.

– Ce n'est pas grave, je t'assure…

Une idée effleura soudain l'esprit de Dean et avant qu'il n'ait pu retenir sa langue et analyser la pertinence de celle-ci, il la formulait à voix haute:

– Sinon tu peux toujours venir avec moi. Et je te ramène après…

À l'instant où les mots franchirent ses lèvres, Dean se rendit compte de la stupidité de ses paroles. Il détourna la tête, prêt à revenir sur sa proposition, mais à sa grande surprise, Cass accepta.

– Oui. Pourquoi pas?

Dean laissa échapper un sourire, soudain soulagé, bien que l'étrange sensation qui tordait son estomac depuis qu'il avait réalisé les sentiments qu'il avait développés à l'égard de Castiel ne le quitte pas. Il revint s'asseoir à la table de la cuisine face à Cass.

– Tu verras, Bobby est un peu bourru mais au fond c'est l'homme le plus gentil que je connaisse.

Cass sourit.

– J'ai hâte de le rencontrer.

Et Dean songea que ce sourire pouvait illuminer même la plus profonde des grottes tant il irradiait.


Dean arrêta l'Impala dans un crissement de pneu. Castiel attendit qu'il éteigne le moteur pour sortir de la voiture et jeta un regard autour de lui. Bobby tenait un petit garage en bord de route, pas très loin de la ville, faisant également office de station-service. L'endroit était vétuste. Cinq voitures occupaient les emplacements de parking tandis que la supérette de la station, tout comme les pompes à essence, était vide de toute présence humaine.

Jusqu'à ce qu'un homme coiffé d'une casquette bleue s'approche d'eux. Castiel le vit hausser un sourcil à sa vue mais il ne dit rien avant d'arriver face à Dean qui lui adressa un sourire gêné.

– Je suis vraiment désolé, dit celui-ci.

L'homme – que Castiel devina être Bobby – lui lança un regard avant de reposer ses yeux sur Dean, une lueur que le doctorant fut incapable d'identifier dans ceux-ci.

– Ouais. T'étais occupé, fit-il d'un ton bourru.

Dean vira soudain au rouge pivoine et Castiel détourna les yeux, essayant tant bien que mal de ne pas penser à ce qu'impliquaient ces paroles-là et ce regard-là. Il jeta un œil à Dean qui observait ses pieds sans oser lever les yeux vers Bobby.

– C'est pas ce que tu crois, marmonna-t-il finalement dans sa barbe et Castiel crut percevoir un sourire sur les lèvres du mécanicien. Ce dernier donna d'ailleurs une tape sur l'épaule de Dean qui sursauta. Bobby partit d'un grand rire, visiblement amusé.

– Eh bien, tu ne me présentes pas?

Dean sembla soudain sortir d'une transe particulièrement saisissante et redressa la tête pour les observer tour à tour.

– Bobby, voici Castiel.

Le vieux mécanicien le détailla d'un œil critique, de la tête aux pieds.

– C'est à cause de toi qu'il passe plus de temps sur son téléphone que sous les capots? demanda-t-il finalement d'un ton bourru.

Castiel baissa les yeux et rougit furieusement.

– Bobby… protesta faiblement Dean.

Il semblait trop gêné pour pouvoir mettre plus de hargne dans sa réprimande.

– T'as raison, faut qu'on se mette au boulot.

Il fronça les sourcils.

– Pourquoi tu l'as amené?

– Question pratique, répondit précipitamment Dean sans le regarder et de nouveau, les yeux de Bobby se posèrent sur Castiel.

– Tu sais réparer un moteur?

– Pas vraiment, non…

Soudain, le doctorant remarqua de nouveau la supérette laissée à l'abandon un peu plus loin.

– Mais je pense que je suis capable de tenir un commerce pour quelques heures.

Bobby acquiesça avant d'entraîner Dean à sa suite tandis que Castiel rejoignait la supérette. Il jeta un œil dans son dos. Dean prenait un outil laissé à même le sol tandis que Bobby le regardait en s'adossant contre la portière avant d'une des voitures. Castiel reprit son chemin.

Lorsqu'il franchit la porte vitrée de la supérette, celle-ci émit un tintement comme pour annoncer l'arrivée d'un client. Castiel repéra presque aussitôt la caisse qu'il avait proposé de tenir pendant que Dean et Bobby étaient occupés à réparer les voitures et se fraya un chemin entre les étalages jusqu'à celle-ci. Derrière la caisse, il y'avait un siège de bureau dont la toile était défraichie et quand Castiel s'assit dessus, le siège s'affaissa sous son poids. Sans doute que le ressort ne fonctionnait plus.

Pendant quelques minutes, Castiel regarda autour de lui comme pour s'imprégner des lieux. Dans le fond, il y'avait de larges réfrigérateurs qui abritaient plusieurs bouteilles d'alcools différents, des sodas, de l'eau et autres boissons rafraîchissantes. Près de la porte, il y'avait tout un tas de magazines, du quotidien au journal People, en passant par des revues spécialisées et tout un rayon était occupé par diverses sucreries qui auraient ravi Gabriel s'il avait été là. Derrière Castiel, il y'avait tout une exposition de cigarettes.

Une fois l'état des lieux fait, Castiel n'avait pas franchement grand-chose qui pourrait l'occuper. Naturellement, ses pensées se portèrent vers la soirée de la veille. Un sourire naquit sur ses lèvres alors qu'il songeait aux quelques heures qu'il avait passées contre Dean, plongé dans une histoire qu'il regrettait de n'avoir pas découverte plus tôt dans sa vie. Mais son rictus disparut quand ses pensées dérivèrent vers son réveil et l'embarras immense qui l'avait accompagné.

Castiel détestait quand son corps le trahissait. Pendant de longues années, il avait appris à se maîtriser, à masquer ses émotions, ses doutes, ses peurs sous des œillades impassibles, une posture neutre – quoique que Balthazar aimât à la qualifier de coincée quand Gabriel ne cessait de lui demander quand est-ce qu'il comptait se sortir le chêne qu'il avait enfoncé dans le… peu importait en fait – et une expression indéchiffrable. Peut-être était-ce sa façon de protéger son secret. Castiel n'en était pas sûr en réalité.

Avec Dean, les choses étaient différentes. En partie parce que son corps refusait d'obéir aux lois qu'il avait fixées des années plus tôt. Dean parvenait à le faire rougir comme un adolescent, le simple fait de le regarder déclenchait des incendies dévastateurs au fond de ses entrailles et maintenant, il ne parvenait même plus à maîtriser le désir qu'éveillait son ami en lui.

Cela le terrifiait.

Il avait été élevé dans un monde où l'on ne couchait jamais avant le mariage, où les parents étaient tenus d'approuver la personne avec qui l'on souhaitait partager sa vie et bien entendu, un monde où cette personne devait impérativement être du sexe opposé. Le désir était tabou, proscrit – Castiel se demandait même si en ressentir ne consistait pas en soi un péché.

Il cochait absolument toutes les cases interdites. Et même s'il savait qu'il ne faisait rien de mal, même s'il savait que son monde avait tort sur toute la ligne, Castiel ne pouvait s'empêcher d'être tétanisé à la simple idée de ce qu'il ressentait pour Dean.

Le pire étant qu'il était aussi pétrifié à l'idée de le faire fuir, de lui envoyer les mauvais signaux alors qu'il ne désirait qu'une seule et unique chose. Lui. Il avait si peur que Dean ne comprenne le contraire à cause de ce carcan dans lequel on avait voulu le faire entrer et dont il n'était pas encore totalement débarrassé. Que Dean décide de passer à autre chose…

Castiel ne voulait pas qu'il passe à autre chose. Il voulait qu'il continue de le regarder comme il l'avait regardé ce matin et qu'il fixe de nouveau ses lèvres de façon aussi suggestive qu'il l'avait fait à leur réveil. Il voulait pouvoir répondre à ce regard sans être terrifié, il voulait pouvoir sentir la douceur des lèvres de Dean sur les siennes et ne pas s'enfuir comme il l'avait fait ce matin, il voulait pouvoir se réveiller à ses côtés un autre matin et peut-être encore un autre et un autre…

Castiel soupira. Il était parfaitement conscient que rien de tout cela ne serait possible tant qu'il n'aurait pas fait la paix avec sa fichue éducation. Il savait que dans le cas contraire, son histoire avec Dean finirait de la même façon que toutes les autres s'étaient terminées.

Et c'était la dernière chose qu'il voulait. Il ne savait pas quand Dean avait pris une telle place dans sa vie mais s'il s'imaginait un bref instant sans le jeune homme dans celle-ci, il se rendait compte que son cœur se serrait, que son estomac lui faisait mal parce qu'à présent, il ne se voyait plus sans la présence du serveur à ses côtés. C'était stupide, étrange, niais au possible mais c'était l'entière et stricte vérité.

Il voulait Dean et ses pots cassés – pas tout à fait recollés – dans sa vie. Et s'il avait essayé de se convaincre qu'une amitié lui suffirait, il se rendait bien compte que c'était loin d'être le cas. Parce qu'il voulait plus, bien plus.

Il voulait pouvoir lui tenir la main dans la rue.

Il voulait pouvoir se réveiller à ses côtés.

Il voulait pouvoir l'embrasser quand bon lui semblait.

Il voulait passer d'autres soirées en sa compagnie à refaire sa culture cinématographique déplorable.

Il voulait voir l'Impala se garer à la fac le soir et Dean en sortir avec un grand sourire. Il voulait peut-être voir ses collègues féminines lancer des regards aguicheurs au jeune homme quand il ne les remarquerait même pas. Il voulait l'embrasser devant elles sous leurs yeux ébahis et il voulait qu'ils en rient.

Il voulait réentendre sa voix, sa guitare et être à nouveau ensorcelé.

Il voulait connaître sa famille. Que Dean connaisse la sienne.

Et peu importe au combien c'était niais, il voulait que cette histoire pas encore commencée ne se termine jamais.

Ses sentiments étaient terrifiants.

La clochette retentit soudain, le sortant de ses pensées, le cœur battant, le souffle court comme s'il avait couru un marathon. Castiel leva la tête et se figea.

– Cassie? Qu'est-ce que tu fiches ici?

Balthazar n'avait jamais eu le sens du timing. Cependant Castiel devait reconnaître que ce jour-ci entrait directement dans le top 3 des «Balthazar-arrive-toujours-au-pire-moment-possible» et prenait la première place avec les honneurs.

– Je… hum… Bonjour Balthazar.

Son frère lui adressa un regard perplexe, un sourcil haussé en s'approchant du comptoir et Castiel dut mettre toute sa volonté pour ne pas se détourner ou partir se cacher sous la caisse.

– J'aide un ami, dit-il finalement. Qu'est-ce que toi tu fais ici?

– Un plein d'essence. Qu'est-ce que tu veux que je fasse d'autre? Apparemment il faut venir payer à la caisse alors me voilà.

– Oh. Hum. Oui.

Bobby n'avait sans doute pas jugé utile de le prévenir. Castiel regarda rapidement autour de lui avant d'aviser l'écran d'ordinateur devant lui. Il se saisit de la souris et déverrouilla l'écran – qui, Dieu merci, n'avait pas nécessité d'entrer un quelconque mor de passe pour ce faire – et chercha aussitôt une application qui serait reliée aux pompes à essence et lui permettrait d'encaisser Balthazar.

Son attention fut cependant détournée de sa quête quand il vit le fond d'écran de l'ordinateur. C'était une photo de Dean et de celui qu'il imaginait être Sam, son frère. Dean devait avoir dix-huit ans et Sam – si Castiel se souvenait bien – en avait donc quatorze. L'aîné enlaçait le second, un grand sourire aux lèvres qui révélait des dents d'un blanc éclatant. Il portait un fin tee-shirt blanc qui n'en faisait que plus ressortir le hâle de son teint. Ses cheveux châtains allaient dans tous les sens au contraire de la chevelure brune de son cadet qui semblait tout droit sortie d'une pub pour l'Oréal. Sam souriait aussi à l'objectif. Les deux frères partageaient visiblement le même regard vert bien que celui de Dean soit plus profond. Castiel s'y perdit une seconde, sans se rendre compte qu'il fixait l'écran depuis une bonne minute.

Des doigts claquèrent soudain sous son nez et il sortit de sa transe.

– La Terre pour Cassie! Allô, tu me reçois? De qui tu rêves comme ça ?

Castiel rougit furieusement. Les mots de son frère n'étaient qu'une taquinerie mais ils résonnaient un peu trop bien avec la présente situation.

– Très drôle, Balthazar dit-il pour se donner contenance.

– Sérieusement, qu'est-ce qui t'a pris?

– Rien du tout, répondit-il précipitamment et un peu plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu avant de baisser les yeux vers son écran.

Il pria pour que ses joues ne le trahissent pas de nouveau. Ce qui ne dut pas être le cas car Balthazar avait rapidement saisi l'écran de l'ordinateur et l'avait tourné vers lui et ce malgré les protestations de Castiel qui appuya un peu trop fort sur la souris. Il n'osa pas regarder son frère. Balthazar n'était pas idiot. Il devinerait très vite la situation.

– C'est le prix de mon plein qui t'a fait peur comme ça?

Castiel leva la tête et adressa à son frère un regard perplexe. Ce dernier retourna l'écran et Castiel vit effectivement le prix du plein de Balthazar. Comment avait-il pu cliquer sur l'application sans la chercher resterait un mystère mais Castiel choisit de croire qu'il avait Dieu avec lui ce jour-là. Il haussa les épaules, refusant de donner une quelconque réponse à Balthazar. Il n'était pas prêt à faire part de ses préférences à qui que ce soit dans la famille Novak.

– Tu es sûr que ça va? Tu as l'air bizarre, Cassie.

Castiel croisa le regard inquiet de son aîné et lui adressa un sourire qu'il espérait convaincant.

– Je vais bien, ne t'en fais pas. Ça te fera 87,84 dollars, s'il te plaît.

Au même moment, la sonnette retentit de nouveau – est-ce que les clients avaient tous décidé de venir le jour où Castiel tenait la caisse? – et il leva la tête. Il n'aurait peut-être pas dû. Dean venait d'entrer dans la supérette et il sentit sa gorge s'assécher sans pouvoir s'empêcher de remarquer la goutte de sueur qui roulait le long du visage du jeune homme. Et malgré les températures froides de ce début d'hiver, Dean avait retiré sa veste en cuir et sa chemise de flanelle pour ne rester qu'en tee-shirt sombre. Ledit tee-shirt lui collait d'ailleurs à la peau et – comme sur la photo qui l'avait tant troublé un peu plus tôt – il laissait apparents ses bras musculeux. Castiel se sentit défaillir et il dut retenir sa bouche de s'ouvrir quand Dean s'approcha de la caisse. Il ne l'avait pas lâché des yeux.

– Cass, tout va bien?

Il lui fallut quelques secondes pour réussir à acquiescer avant de faire face au regard inquisiteur de Balthazar qu'il savait l'observant avec un air mi-moqueur, mi-intrigué. Dean avait d'ailleurs cessé de le regarder pour lancer un coup d'œil suspicieux à son frère. Castiel décida qu'il serait plus prudent de désamorcer la tension qu'il sentait s'amonceler dans l'air comme un nuage noir.

– Dean, je te présente mon frère, Balthazar. Balthazar, Dean, l'ami dont je te parlais.

Pendant quelques secondes, l'un et l'autre observèrent Castiel qui eut l'envie subite de disparaître sous terre – et même dans le neuvième cercle de l'Enfer s'il le fallait, pour échapper à ces regards inquisiteurs. Finalement, Dean se tourna vers Balthazar et lui tendit une main, un sourire avenant aux lèvres et Castiel ne put empêcher son cœur de faire une embardée.

– Enchanté de vous rencontrer, dit-il quand Balthazar eut saisi sa main.

– Enchanté également. Je ne crois pas que Cassie vous ait déjà mentionné, fit son frère en lui adressant un autre regard inquisiteur, presque suspicieux.

Castiel se sentit rougir furieusement jusqu'à la racine des cheveux. Il n'aimait pas du tout ce que sous-entendait ce regard.

– On ne se connaît pas depuis si longtemps que ça, fit Dean alors que Castiel essayait de reprendre le contrôle de lui-même.

Castiel jeta un œil à Dean. Il venait de passer une main dans ses cheveux, signe chez lui qu'il était nerveux. Il croisa son regard et voulut l'interroger silencieusement, parce qu'il n'avait vraiment aucune raison de se sentir mal à l'aise avec Balthazar, contrairement à Castiel. Son frère les observait d'ailleurs et Castiel se détacha à regret des prunelles vertes pour reporter son attention sur son frère. Ce dernier lui lança un drôle de regard, comme s'il essayait de confirmer quelque chose et une désagréable sensation de nœud à l'estomac s'installa dans celui-ci.

– Hum… tu n'as pas encore payé, Balth, dit finalement Castiel, espérant mettre fin à ce calvaire en chassant subrepticement son frère de la supérette.

Balthazar sortit sa carte de crédit et après avoir bataillé quelques secondes avec la machine, Castiel la lui tendit pour qu'il paie son plein d'essence sous l'œil attentif de Dean. Ce dernier lui lança un autre regard qui aurait pu être traduit par «qu'est-ce que fabriques?» et Castiel préféra l'ignorer. Quand Balthazar eut récupéré son ticket de caisse, il se tourna vers Dean et le jaugea un instant.

– J'ai comme l'impression de vous avoir déjà vu quelque part.

Oh non, pitié, songea Castiel. En fait, Dieu n'était vraiment pas avec lui. Il était plutôt d'humeur joueuse en ce qui le concernait visiblement parce qu'il ne s'évertuerait pas tant à le faire mourir de honte sinon. Il voulut envoyer un signal d'alerte à Dean mais, non seulement il ne le regardait pas, mais en plus Castiel avait le sentiment qu'il pourrait mal prendre ses tentatives pour empêcher Balthazar de deviner une seule portion de ses sentiments pour Dean.

– On s'est déjà vu, oui. J'étais votre serveur le jour où vous fêtiez le diplôme de Cass.

Balthazar ouvrit de grands yeux pleins de compréhension accompagnés d'un «oh» très éloquent qui fit sourire Dean. Le cœur de Castiel se mit à battre plus fort. Balthazar, lui aussi, souriait mais d'un tout autre air dont le doctorant avait appris à se méfier avec le temps.

Il se tourna soudain vers Castiel qui lui adressa un long regard qui aurait tout aussi bien pu signifier «Tu vois. Il ne se passait rien entre nous.» bien que cela soit faux, d'une certaine façon.

– Pourquoi tu nous as pas dit que tu le connaissais?

– Vous m'auriez cru? répliqua Castiel avant que Dean n'ait pu dire quoi que ce soit et il le vit hausser un sourcil intrigué mais le supplia du regard de ne rien dire.

– Hum, fit Balthazar et Castiel traduisit que ses frères n'auraient sans doute pas cessé leurs taquineries. Tu aurais pu simplement partager le numéro, tu sais. Plutôt que laisser les filles se ridiculiser avec leur numéro de séduction.

De nouveau, Castiel s'empourpra tandis que Dean riait doucement. Castiel se demanda quand il avait répertorié les rires de Dean parce qu'il avait parfaitement reconnu celui-ci. Il témoignait de sa gêne. Castiel avait toujours très envie de rentrer sous terre.

– Évitez de leur dire, lâcha finalement le jeune homme. Je veux pas les vexer, hein, mais je… hum…

– Oh. Déjà pris?

Castiel fit mine de se passionner pour une tache sur le comptoir. Il faisait beaucoup trop chaud pour un mois de novembre. Mais il ne put s'empêcher de relever la tête quand il sentit le regard de Dean, un regard brûlant, se poser sur sa nuque pendant quelques secondes.

– En quelques sortes, oui.

Castiel faillit s'étouffer avec sa salive et il le masqua du mieux qu'il put en toussant bruyamment. Quand il se fut calmé – en apparence du moins car son cœur n'avait pas cessé de cogner avec une telle force dans sa poitrine que Castiel crut qu'il voulait s'en échapper – il vit les yeux bleus de Balthazar fixés sur lui avec ce regard qui signifiait «Toi, tu vas me devoir une explication». Cela eut pour seul effet de resserrer le nœud dans son estomac.

– Bon. Je vais vous laisser travailler. Dean, au plaisir. Cassie, à plus tard!

Et Balthazar s'en fut non sans adresser un nouveau regard éloquent à son frère qui préféra poser ses yeux ailleurs, partout sauf sur la silhouette qui disparut dehors au son du carillon. Castiel n'osa pas regarder Dean qu'il savait toujours face à lui.

– Cass, tu vas bien?

Il hocha la tête et s'accorda le droit de l'observer. Dean en faisait de même, une lueur inquiète dans le regard et Castiel se détendit un peu.

– Je suis désolé.

– De quoi?

Dean semblait ne vraiment pas savoir de quoi il s'excusait.

– De ne pas avoir dit la vérité à mon frère. Je… Quand on s'est rencontré, il s'est mis dans la tête – et mes autres frères avec lui – que tu… que je t'intéressais et j'étais tellement nerveux que je… enfin… et puis voyant que la situation s'envenimait, mes sœurs se sont mis en tête de leur prouver que tu étais hétéro en te faisant un numéro de séduction… ça n'a pas marché et ils étaient toujours persuadés qu'il s'était passé quelque chose entre nous et je… je voulais leur dire… je n'y arrivais pas. Aujourd'hui… qu'il nous ait vus… j'étais incapable de lui dire que nous…

Une main sur son épaule interrompit Castiel qui leva la tête. Dean lui sourit d'un air rassurant.

– Hey, t'en fais pas. Je comprends. Si j'avais été à ta place quand j'ai fait mon coming out... j'aurai réagi pareil. Tu vas à ton rythme. Et puis on est pas… enfin… tu vois quoi…

Était-ce une pointe de tristesse que Castiel perçut dans sa voix? Il inclina la tête sur le côté, cherchant les yeux de Dean comme si cela pouvait l'aider à mieux cerner ses paroles. Pourtant, quand enfin leurs regards se croisèrent, Dean semblait de nouveau lui-même.

– Ce que je veux dire, c'est que je ne te demande rien, Cass. Tu leur diras ce que tu veux, quand tu te sentiras prêt. Je ne te forcerai jamais la main. Enfin, je veux dire… si… si y'avait quelque chose à leur dire… je… enfin… tu… tu n'aurais pas… je veux dire que je ne te forcerai pas à leur dire quoique ce soit. Jamais.

Dean baissa les yeux, soudain cramoisi et Castiel ne put s'empêcher de sourire. Le spectacle d'un Dean mal assuré était fascinant. Avant d'avoir pu se retenir, Castiel avait attrapé sa main. Il vit que Dean se figeait et il ne put manquer la lueur d'espoir dans ses yeux quand les doigts de Castiel se refermèrent sur les siens.

– Merci Dean, souffla ce dernier sans le quitter des yeux, son cœur battant à se rompre.

– De rien.

La main dans la sienne bougea un peu et leurs doigts s'entrelacèrent. Castiel n'arrivait plus à détacher son regard des émeraudes face à lui. Un sourire naquit au coin des lèvres de Dean juste avant qu'il ne relâche sa main et qu'il suive le même chemin que Balthazar quelques minutes plus tôt.

Castiel était incapable d'estimer le temps qu'il avait passé ensuite à se remémorer la sensation de ces doigts entre les siens, ce sourire et ce regard à faire se damner tous les saints.


– Eh bien, fit Bobby tandis que Cass s'éloignait vers la supérette et qu'eux partaient dans l'autre direction.

Dean lui lança un regard interrogatif, ne voulant pas vraiment savoir ce que le vieux mécanicien avait si éloquemment exprimé. Ses joues se souvenaient encore de la chaleur cuisante qu'elles venaient d'expérimenter. Autant jouer les idiots.

– Ne le perds pas de vue, celui-là, explicita finalement son père de substitution. Vu comment il te bouffe des yeux…

De nouveau, Dean se sentit rougir et il détourna le regard, préférant s'approcher des voitures à réparer. Il repéra quelques outils laissés en plan sur le sol et s'empressa d'en attraper un pour se donner contenance.

– C'est pour ça que tu t'évertues à le faire se sentir mal à l'aise?

Bobby lui lança un long regard qui aurait tout aussi bien pu se traduire par «Tu te fiches de moi, mon garçon?» et qui brûlait la nuque de Dean, occupé à ouvrir le capot de l'une des voitures.

– Parce que ce n'était pas vrai?

– Non! se récria Dean en se tournant vers Bobby. Il s'est rien passé. Rien du tout, insista-t-il en plongeant son regard dans celui du mécanicien qui l'observa un instant dubitatif.

Pourtant c'était vrai. Cass et lui avaient regardé des films. Ils s'étaient peut-être endormis l'un sur l'autre mais cela n'avait rien d'exceptionnel. Il ne s'était rien passé d'exceptionnel. Si l'on exceptait les récentes révélations à propos de ses propres sentiments pour Castiel.

– Quoi? fit-il, sentant encore le regard de Bobby peser sur ses épaules.

– Tu vas me faire croire que toi tu n'as encore rien tenté? C'est plutôt le genre de Sam de réagir comme ça.

Dean se détourna, sentant ses joues se colorer encore une fois. Putain, c'est pas possible, songea-t-il. On dirait un ado.

– Non, admit-il à mi-voix au bout d'un moment. Castiel et moi, c'est platonique.

Pour le moment, fit une voix dans son esprit et Dean eut très envie de la faire taire. Parce qu'il voulait tout avec Castiel, sauf une relation platonique. Et ça faisait mal de penser que, peut-être, il n'y aurait rien de plus.

– Platonique, mon cul, oui!

Il se figura Bobby se fendre d'un grand sourire, apercevant un coin de son visage par-dessus ses épaules. Dean se retourna prudemment, comme un guerrier approchant du champ de bataille.

– Tu as quelque chose à dire, peut-être? lança-t-il sur son ton le plus sarcastique.

Bobby lui rendit son regard de défi avant de reprendre la parole.

– Pourquoi tu l'as amené? Sérieusement.

Dean soupira. Il savait très bien que Bobby ne le jugerait pas. Il avait été le premier à le soutenir quand il avait fait part de ses préférences, si l'on exceptait Sam. Pourtant, quand il s'agissait de Cass, il avait l'impression de marcher sur des œufs constamment.

– Il était chez moi hier soir. On s'est endormi devant la télé et quand tu as appelé… bah je voulais pas le laisser rentrer seul à l'autre bout de la ville alors… bah voilà.

– T'avais pas envie qu'il parte plutôt.

Dean le foudroya du regard.

– Peut-être bien. Et alors?

Bobby rit doucement et Dean ne put retenir un sourire de franchir ses lèvres.

– Il t'a vraiment tapé dans l'œil, celui-là, hein?

Pour toute réponse, Dean se glissa sous la voiture, coupant court à toute autre remarque de la part de Bobby. Il n'était pas encore prêt à admettre qu'il avait développé un énorme béguin pour un mec qu'il venait de rencontrer et que cet énorme béguin s'était très rapidement transformé en des sentiments puissants qui n'avaient pas lieu d'être parce que Cass n'en était clairement pas encore à la même étape que lui, s'il devait y être un jour.

Dean songea que c'était un juste retour des choses. Lui qui avait passé sa vie à fuir les relations sérieuses et avait fait du mal à plus d'une conquête se retrouvait à la place de celui qui souffrait. S'il y croyait, il dirait que le karma y était pour quelque chose et qu'il méritait ça.

Il sentit le poids d'un regard sur lui et se redressa avec lenteur pour faire face à Bobby qui l'observait, un sourire aux lèvres.

– Quoi? fit Dean, faussement exaspéré.

– Je suis content de te voir comme ça, fiston.

Et sans plus de cérémonie, il disparut du champ de vision de Dean qui put enfin se concentrer sur son ouvrage.

Près d'un quart d'heure plus tard alors qu'il ressortait de sous le bas de caisse, une voiture se garait près des pompes à essence. Dean, tout en prenant une bière dans le pack près des voitures à réparer, observa l'homme entrer dans la supérette pour régler son plein.

Au bout de cinq minutes, l'homme n'était toujours pas ressorti ce qui fit naître un étrange sentiment dans l'estomac de Dean. Bobby le rejoignit soudain et lui lança une œillade perplexe en le voyant fixer ainsi la porte de la supérette.

– Un problème? demanda-t-il.

Dean ne répondit pas tout de suite, serrant un peu plus fort que nécessaire ses doigts sur la bouteille de bière.

– Je trouve que ça fait bien trop longtemps que ce mec est entré dans la supérette.

Bobby eut un rire dédaigneux.

– Quoi? fit-il d'un ton sec.

– Rien, répondit le vieux mécanicien.

– Bobby…

Un instant, ils s'affrontèrent du regard. Puis Bobby capitula.

– Tu sais, ton Castiel est un grand garçon. Je suis sûr qu'il peut se débrouiller seul.

Dean baissa la tête et rougit. Mais quand une autre minute s'écoula et que l'homme n'était toujours pas sorti, il décida que cela faisait définitivement trop longtemps que Cass était coincé avec lui.

– Ok, cette fois, j'y vais.»

Et sans un mot de plus, il posa la bière en équilibre sur le capot, s'essuya les mains sur son torchon qu'il balança sur son épaule et se dirigea vers la supérette sous le rire moqueur de Bobby. Dean ne se gêna pas pour lui lancer un doigt d'honneur sans se retourner et accéléra le pas.


[6] C'est une véritable anecdote du film. Et pour le fun fact, si vous l'ignoriez, Orlando Bloom (Legolas) s'est cassé une côte sur le tournage tandis que John Rhys-Davies (Gimli) avait un genou disloqué. Ouais, un casting casse-cou ou un tournage dangereux, à vous de voir…


Des petites introspections/réalisations en veux-tu, en voilà ! N'hésitez pas à me dire si ça vous a plu ! On se retrouve déjà demain pour le prochain chapitre intitulé Hey brother. Il est temps de laisser entrer sur scène quelques autres personnages vous ne croyez pas ?