Lundi 11 décembre 2023
CHAPITRE SIX: HEY BROTHER – AVICII
What if I'm far from home?
How brother I will hear your call
What if I lose it all
Oh sister I will help you out
Jeu 30/11 – 21h11 – Reçu – Bon. Cassie. Faut qu'on parle.
Castiel considéra l'idée d'ignorer le message de son frère. Vraiment. Le supprimer en prétendant qu'il ne l'avait jamais reçu. Il savait d'expérience que quand Balthazar prenait ce ton très sérieux – ce qui était rare –, le sujet n'allait que très moyennement lui plaire. Mais s'il ne répondait pas, son frère était bien capable de surgir dans son appartement pour lui tirer les vers du nez et Castiel préférait nettement une conversation par SMS à ça. Castiel prit une grande inspiration, comme un gladiateur se préparant à entrer dans l'arène de combat, et tapa son message.
Jeu 30/11 – 21h12 – Envoyé – De quoi veux-tu qu'on parle?
Jeu 30/11 – 21h12 – Reçu – De ce gars à la station-service. Dean, c'est ça?
Jeu 30/11 – 21h12 – Envoyé – Oui, c'est ça.
Castiel chassa l'image du jeune homme de son esprit. Cela ne l'aiderait pas à se concentrer sur leur conversation.
Jeu 30/11 – 21h12 – Reçu – Pourquoi tu ne m'as jamais parlé de lui?
Jeu 30/11 – 21h13 – Envoyé – Comme il l'a dit, on ne se connaît pas depuis très longtemps. Pourquoi? [7]
Castiel songea que sa tentative de jouer les innocents ne tromperait sans doute pas Balthazar mais cela avait le mérite de retarder l'échéance du moment où il devrait dire la vérité à son frère si ce dernier n'avait déjà pas compris. Au moins aurait-il un peu plus de temps pour se faire à l'idée.
Jeu 30/11 – 21h14 – Reçu – A toi de me dire. Qu'est-ce que je devrais savoir?
Jeu 30/11 – 21h14 – Envoyé – Je suis trop fatigué pour tes jeux stupides, Balth.
Jeu 30/11 – 21h14 – Reçu – T'es vraiment pas drôle. Je sais pas ce qu'il te trouve.
Castiel faillit s'étouffer avec sa propre salive. Il se précipita sur son clavier.
Jeu 30/11 – 21h14 – Envoyé – Quoi?
Jeu 30/11 – 21h15 – Reçu – Si tu n'as rien remarqué, alors tu es aveugle, Cassie.
Castiel hésita longtemps avant d'expédier son message. Mais Balthazar semblait plus intéressé par l'idée de le taquiner à propos de Dean que par celle le renier alors il pouvait tenter le coup. Il pouvait se livrer. Castiel avait toujours eu confiance en Balthazar. Chaque fois qu'il se sentait mal, chaque fois qu'il s'interrogeait, chaque fois qu'un de ses camarades d'école se moquaient de lui, le garçon un peu étrange et solitaire, c'était vers son aîné qu'il se tournait. S'il ne pouvait pas avoir confiance en lui, alors il n'aurait confiance en personne.
Jeu 30/11 – 21h16 – Envoyé – Je ne suis pas aveugle.
Castiel considéra l'idée d'éteindre son portable avant de recevoir la réponse de son frère. Peut-être qu'il n'était pas encore prêt à la voir. Peut-être qu'il ne voulait jamais la voir en fin de compte. Mais avant qu'il n'ait pu agir, son téléphone avait de nouveau vibré.
Jeu 30/11 – 21h16 – Reçu – Tu l'aimes bien?
C'était un bon début. Une simple question. Castiel prit une grande inspiration avant de taper trois petites lettres. Mais elles signifiaient beaucoup pour lui. Elles pourraient changer beaucoup de choses dans sa vie et il n'était pas certain de savoir si ce serait en bien ou en mal.
Jeu 30/11 – 21h17 – Envoyé – Oui.
Jeu 30/11 – 21h17 – Reçu – Beaucoup?
Jeu 30/11 – 21h17 – Envoyé – Balthazar, qu'est-ce que tu veux que je te dise?
Il attendit une minute une réponse qui ne vient pas.
Jeu 30/11 – 21h18 – Envoyé – Oui.
Jeu 30/11 – 21h18 – Reçu – Passionnément?
Castiel roula des yeux. Mais déjà, un poids immense s'envolait de ses épaules.
Jeu 30/11 – 21h18 – Envoyé – Arrête de te fiche de moi.
Jeu 30/11 – 21h18 – Reçu – A la folie?
Jeu 30/11 – 21h19 – Envoyé – Balth!
Jeu 30/11 – 21h19 – Reçu – Oui bon ça va. *smiley qui lève les yeux au ciel*smiley ennuyé*
Castiel se mordit la lèvre. Mais il appuya sur «envoyer».
Jeu 30/11 – 21h20 – Envoyé – Depuis combien de temps?
Il ne put s'empêcher de se ronger nerveusement l'ongle du pouce tout le temps qu'il attendit la réponse de son frère.
Jeu 30/11 – 21h21 – Reçu – Un bout de temps, pour être honnête. J'ai commencé à me poser des questions quand t'étais ado. Et puis je m'étais dit que comme t'avais jamais trop été dans la norme, t'allais juste t'intéresser aux filles plus tard. Sauf que ça a jamais été le cas. Et puis tu as commencé à te comporter bizarrement à la maison. Comme si tu avais peur de quelque chose. De nous, parfois. Tu avais l'air de vouloir fuir tout le temps pour t'enfermer dans la bibliothèque et quand tu n'étais pas là-bas, c'était dans ta chambre que tu restais. Tu ne me parlais même plus. Je ne comprenais pas ce qu'il t'arrivait et j'en ai même parlé aux parents. Ils m'ont dit que c'était ta crise d'ado.
Jeu 30/11 – 21h22 – Reçu – Et puis un jour, je t'ai vu regarder ce sportif à la sortie du lycée. J'étais venu te chercher. Tout d'un coup, j'ai compris. Et j'ai voulu te parler, tellement, tellement de fois, Cassie. Te dire que ce n'était ni une maladie, ni une abomination. Te dire que ça n'avait pas d'importance, que personne ne devrait en faire tout un plat parce que y' a vraiment pas de quoi. Et que c'était la même chose pour le reste de la famille. Mais je ne sais pas pourquoi, Cassie… je n'y arrivais pas. Alors j'ai préféré attendre en me disant que tu viendrais m'en parler par toi-même.
Jeu 30/11 – 21h23 – Reçu – Je suis désolé, Castiel. Je n'imagine même pas combien ça a dû être difficile pour toi. Combien ça l'est encore. J'aurais dû être là pour toi parce que c'est ce que les grands frères font.
Castiel chassa la stupide larme qui perlait au coin de son œil et sourit tout aussi bêtement à son écran. Il ne savait pas s'il pleurait de joie, de soulagement ou pour autre chose qu'il ne s'expliquait même pas.
Jeu 30/11 – 21h23 – Envoyé – Tu es là, maintenant. C'est tout ce qui compte.
Jeu 30/11 – 21h24 – Envoyé – Et je te dois l'entière vérité.
Jeu 30/11 – 21h24 – Envoyé – Je ne connaissais pas Dean avant ce soir-là au restaurant. Et si j'étais nerveux, ce n'était pas du tout parce que les filles essayaient de le séduire, c'est parce que j'avais décidé que je vous le dirai, ce soir. Mais je n'y arrivais pas. Et puis Dean est apparu et je… j'ai perdu mes moyens.
Jeu 30/11 – 21h25 – Reçu – Ça s'appelle l'amûûûûûr, Cassie.
Jeu 30/11 – 21h25 – Envoyé – Tais-toi.
Jeu 30/11 – 21h25 – Reçu – Comment vous vous êtes revus alors?
Jeu 30/11 – 21h25 – Reçu – Oh, attends, laisse-moi deviner.
Jeu 30/11 – 21h25 – Reçu – Il t'a donné son numéro.
Jeu 30/11 – 21h26 – Reçu – Et un rendez-vous.
Jeu 30/11 – 21h26 – Reçu – Et peut-être un autre.
Jeu 30/11 – 21h26 – Reçu – Dis, vous l'avez fait?
Castiel blêmit puis se sentit rougir furieusement avant de taper du mieux qu'il le put considérant son état nerveux actuel sur l'écran de son portable.
Jeu 30/11 – 21h27 – Envoyé – Oui.
Jeu 30/11 – 21h27 – Envoyé – Et non. Il ne s'est rien passé.
Jeu 30/11 – 21h27 – Envoyé – Dean et moi, on apprend à se connaître, c'est tout.
Jeu 30/11 – 21h27 – Reçu – Ah, mais c'est que tu n'es pas si innocent que tu en as l'air, Cassie… Et pour info, la dernière fois que quelqu'un a dit ça, ça s'est fini dans un lit.
Jeu 30/11 – 21h28 – Envoyé – Balthazar…
Jeu 30/11 – 21h28 – Reçu – Oui, oui, ta vie sexuelle ne me regarde pas. Je sais.
Était-il possible de devenir plus rouge qu'il ne l'était déjà?
Jeu 30/11 – 21h28 – Envoyé – Tu as raison, elle ne te regarde aucunement. Bien que notre conversation n'ait rien avoir avec ça.
Jeu 30/11 – 21h28 – Reçu – Oui, bien sûr. Tu n'as pas envie de le connaître plus profondément.
Jeu 30/11 – 21h29 – Envoyé – Laisse les blagues de ce genre à Gabriel, tu veux bien? Et de préférence loin de mes oreilles.
Jeu 30/11 – 21h29 – Reçu – Fais pas ta prude, Cassie.
Jeu 30/11 – 21h29 – Envoyé – Tu es irrécupérable.
Jeu 30/11 – 21h29 – Reçu – C'est blessant ce que tu dis.
Castiel roula des yeux, faussement agacé.
Jeu 30/11 – 21h30 – Reçu – Tu devrais lui dire, tu sais. Qu'il te plaît.
Jeu 30/11 – 21h30 – Envoyé – J'y réfléchirais.
Jeu 30/11 – 21h30 – Reçu – Oh et surtout, n'oublie pas le plus important.
Jeu 30/11 – 21h30 – Envoyé – Quoi donc?
Jeu 30/11 – 21h31 – Reçu – J'AVAIS RAISON!!!!!
Jeu 30/11 – 21h31 – Envoyé – …
Jeu 30/11 – 21h31 – Envoyé – Je ne sais même pas quoi dire.
Jeu 30/11 – 21h31 – Envoyé – En fait si. Tu es puéril.
Jeu 30/11 – 21h32 – Reçu – Retourne faire des mamours à ton Dean et laisse les enfants s'amuser, espèce de rabat-joie.
Jeu 30/11 – 21h32 – Envoyé – Je ne… oh, tu sais quoi, ça n'en vaut même pas la peine.
Jeu 30/11 – 21h32 – Reçu – Pourquoi, parce que tu allais me mentir?
Jeu 30/11 – 21h33 – Envoyé – Cette discussion n'a aucun sens. Je refuse d'y participer.
Jeu 30/11 – 21h33 – Reçu – Ouais, dis plutôt que j'ai encore raison.
Jeu 30/11 – 21h33 – Envoyé – Tu es l'être humain le plus pénible de la Création, Balthazar. Cette conversation est terminée.
Jeu 30/11 – 21h33 – Reçu – Fuis tant que tu pourras, Cassie. Un jour où l'autre moi et mon imparable sens de l'observation, on finira par te rattraper!
Castiel décida de ne pas répondre. Les disputes avec Balthazar pouvait durer des heures s'il alimentait le feu. Il n'avait pas très envie de s'y risquer.
Jeu 30/11 – 22h00 – Envoyé – Dean?
Jeu 30/11 – 22h00 – Envoyé – Je l'ai dit à Balthazar.
Jeu 30/11 – 22h03 – Reçu – Non, sérieux?
Jeu 30/11 – 22h03 – Reçu – Cass, t'as pas fait ça pour…
Jeu 30/11 – 22h03 – Envoyé – Non. Je voulais le faire. Je devais le faire. Et puis il l'avait déjà deviné.
Jeu 30/11 – 22h04 – Reçu – Et qu'est-ce qu'il a dit?
Jeu 30/11 – 22h04 – Envoyé – Beaucoup de choses. Parfois pertinentes, souvent… Balthazar. Tu finiras par comprendre ce que je veux dire.
Jeu 30/11 – 22h04 – Envoyé – Ce que je veux dire c'est que tu avais raison. Ça s'est passé bien mieux que je l'aurais cru.
Jeu 30/11 – 22h04 – Reçu – *smiley souriant*
Jeu 30/11 – 22h04 – Reçu – Heureux de l'entendre.
Jeu 30/11 – 22h05 – Envoyé – Merci, Dean.
Jeu 30/11 – 22h05 – Reçu – Pourquoi est-ce que tu me remercies ?
Jeu 30/11 – 22h05 – Envoyé – Je ne pense que j'aurais eu le courage d'assumer qui je suis sans ton aide. J'aurais… nié tout ce que mon frère avait remarqué. Tu as su trouver les mots justes. Alors merci.
Jeu 30/11 – 22h06 – Reçu – Content de t'avoir aidé alors.
Jeu 30/11 – 22h06 – Reçu – Alors. Ça fait quoi de l'avoir enfin dit à quelqu'un ?
Jeu 30/11 – 22h06 – Envoyé – Ça fait beaucoup de bien.
Jeu 30/11 – 22h06 – Reçu – Comme un poids qui s'enlève de tes épaules ?
Jeu 30/11 – 22h07 – Envoyé – C'était exactement ce que j'étais en train d'écrire !
Jeu 30/11 – 22h07 – Reçu – Tu vois, je lis tes pensées maintenant . *smiley qui pleure de rire*
Jeu 30/11 – 22h08 – Envoyé – Je suis désolé que ça ne soit pas passé comme ça pour toi.
Jeu 30/11 – 22h08 – Reçu – Et tu n'y es toujours pour rien, Cass.
Jeu 30/11 – 22h08 – Envoyé – N'empêche que c'est triste.
Jeu 30/11 – 22h08 – Reçu – Je fais avec.
Jeu 30/11 – 22h09 – Reçu – Au fait, ton frère a l'air d'un mec cool.
Jeu 30/11 – 22h09 – Envoyé – Il n'a pas menacé de t'étriper donc j'imagine que tu ne lui as pas trop déplu.
Jeu 30/11 – 22h09 – Reçu – Je peux pas vraiment critiquer, je suis plutôt mal placé pour ça. Sam en témoignerait. Il trouve que je suis "surprotecteur". Je pense qu'il exagère mais bon…
Jeu 30/11 – 22h09 – Envoyé – Sûrement une manie de grand frère.
Jeu 30/11 – 22h09 – Reçu – Pff… *smiley qui pleure de rire*
Jeu 30/11 – 22h11 – Envoyé – Dean?
Jeu 30/11 – 22h11 – Reçu – Oui?
Jeu 30/11 – 22h11 – Envoyé – Quand est-ce qu'on regarde la fin du Retour du Roi?
Jeu 30/11 – 22h11 – Reçu – Quand tu veux.
Dean soupira en se retournant une énième fois dans son lit. Depuis qu'il s'était couché, ses pensées ne cessaient de revenir à ce matin. À sa révélation, au rejet de Cass. À ses désirs. Ses sentiments, trop puissants, qu'il n'arrivait pas à refourguer au fond de son esprit.
Il se demandait comment il pourrait vraisemblablement se contenter d'une amitié avec Cass comme il l'avait dit plus tôt, à présent. Il ne pouvait s'empêcher d'en vouloir plus. Beaucoup plus. En un sens, cela lui faisait peur. Il n'avait jamais ressenti ça avant. Castiel l'avait conduit à briser toutes ses règles et il n'arrivait même pas à le regretter. Et puis il ne savait pas sur quel pied danser. Parce qu'un coup Cass semblait réceptif à ses avances, un autre il semblait prêt à accepter une amitié. Et Dean ne savait pas où se situer dans cette situation ambigüe.
Il soupira une seconde fois. Il avait vraiment besoin d'aide, de parler à quelqu'un. Il pensa à Charlie d'abord. Et puis il se souvint qu'elle était persuadée que Cass était son grand amour «parce que non, tu as vu comment il te regarde» et se dit qu'elle ne serait pas objective. Il ne ferait pas l'affront à Benny de lui parler de Cass maintenant qu'ils étaient réconciliés bien qu'il lui aurait été d'une grande aide. Quant à Jo, elle passerait le restant de ses jours à se moquer de lui et il n'était pas assez proche de Garth pour lui parler de ça.
Il ne restait que Sam. Dean prit son téléphone après avoir roulé sur le lit pour l'attraper et chercha le numéro de son frère avant d'ouvrir l'application de messagerie.
Jeu 30/11 – 23h07 – Envoyé – Sam, j'ai un problème.
Ce n'était probablement pas la meilleure entrée en matière du siècle et il allait certainement mettre Sam en alerte avec un tel message mais Dean était tellement perturbé qu'il n'y pensa même pas. Au moins son frère lui répondrait-il vite.
Et effectivement, presque cinq minutes plus tard, Sam avait envoyé un très éloquent:
Jeu 30/11 – 23h11 – Reçu – Quoi?
Jeu 30/11 – 23h11 – Reçu – Tu veux que je t'appelle?
Dean s'empressa de lui répondre parce qu'il n'avait aucune envie de discuter de Cass au téléphone avec les allures de psychanalyste de son génie de petit frère.
Jeu 30/11 – 23h12 – Envoyé – Non, c'est pas si grave, Sammy.
Jeu 30/11 – 23h12 – Envoyé – Désolé, j'aurais dû faire gaffe à ce que j'écris.
Jeu 30/11 – 23h12 – Reçu – Je t'ai déjà dit d'arrêter de m'appeler comme ça, Dean. *smiley ennuyé*
Jeu 30/11 – 23h13 – Reçu – Qu'est-ce qu'il se passe?
Dean prit une grande inspiration. Ils y'étaient.
Jeu 30/11 – 23h13 – Envoyé – Sam, je –
Dean était tellement nerveux qu'il appuya par inadvertance sur la touche «Envoyer» avant d'avoir terminé de rédiger son message. Un instant, l'idée d'abandonner cette conversation lui effleura l'esprit mais Dean sut aussitôt que c'était inutile. Sam était bien capable de quitter Stanford et de venir jusqu'ici pour obtenir les réponses aux questions que son SMS aurait irrémédiablement soulevées.
Jeu 30/11 – 23h13 – Reçu – Tu quoi?
Jeu 30/11 – 23h13 – Reçu – Dean?
De nouveau, Dean saisit son courage à deux mains et il ferma les yeux lorsqu'il expédia le SMS.
Jeu 30/11 – 23h14 – Envoyé – J'ai… rencontré quelqu'un. Et je suis perdu. Je crois… je ressens des choses que je n'avais jamais ressenties avant et je sais pas quoi faire. Je suis désolé de te déranger pour ça, je sais que tu es en pleines révisions (et tu devrais songer à dormir des fois, tu sais?) mais je sais pas à qui parler de ça à part à toi.
Pendant la minute qui suivit l'envoi, Dean n'ouvrit pas les yeux, craignant malgré lui la réaction de son frère. Ce ne fut que lorsque le vibreur retentit de nouveau qu'il osa regarder son téléphone, une boule grandissant dans son ventre.
Jeu 30/11 – 23h15 – Reçu – D'abord, tu sais que tu peux toujours me parler, Dean. Peu importe le moment. Ensuite, c'est quoi son nom que je lui demande ce qu'il a fait à mon frère?
Jeu 30/11 – 23h15 – Envoyé – Ah, ah, très drôle, Sammy.
Jeu 30/11 – 23h16 – Reçu – Ok. Je t'écoute.
Jeu 30/11 – 23h17 – Envoyé – Je te jure, ça m'est tombé dessus, je m'y attendais tellement pas. Tu sais comment je suis. Mais il me rend dingue. Je pense à lui sans arrêt et j'ai tellement peur de faire une connerie et que ça ruine tout. Il a pris une place immense dans ma vie et il l'a fait tellement vite que… ça me fait peur. Pourtant je veux pas que ça s'arrête. Au contraire.
Pendant un instant, Dean se demanda s'il avait bien fait de se montrer si honnête. Il cherchait le soutien de Sam, bien sûr, mais il n'était pas certain que cela implique de lui partager ses pensées les plus intimes. Il sursauta quand son vibreur retentit.
Jeu 30/11 – 23h17 – Reçu – Et c'est ça qui te pose problème?
Jeu 30/11 – 23h17 – Envoyé – Plus ou moins.
Jeu 30/11 – 23h18 – Envoyé – C'est juste que je sais pas s'il veut vraiment de moi de cette façon.
Jeu 30/11 – 23h18 – Envoyé – Je veux dire… il a l'air intéressé mais je sais pas… je sais pas s'il veut que ça soit sérieux. Il m'envoie tout un tas de signaux contradictoires.
Jeu 30/11 – 23h18 – Reçu – Et toi tu voudrais?
Jeu 30/11 – 23h18 – Envoyé – …
Jeu 30/11 – 23h19 – Envoyé – Oui?
Jeu 30/11 – 23h19 – Envoyé – T'avise pas de te moquer, Sammy.
Jeu 30/11 – 23h19 – Reçu – MOI?
Jeu 30/11 – 23h19 – Reçu – Mais je n'oserai jamais. *smiley angélique*
Jeu 30/11 – 23h19 – Envoyé – Bitch.
Jeu 30/11 – 23h19 – Reçu – Jerk.
Jeu 30/11 – 23h20 – Envoyé – Je sais pas quoi faire, Sam.
Jeu 30/11 – 23h20 – Envoyé – J'ai peur que mes putains de sentiments le fassent fuir.
Jeu 30/11 – 23h20 – Envoyé – Ce matin… j'avais tellement envie de l'embrasser. Je sais qu'il l'a vu. Et il a fui. Je suis censé l'interpréter comment?
Jeu 30/11 – 23h21 – Envoyé – Et je SAIS qu'il y'a tout un tas d'autres raisons possibles pour sa réaction mais je peux pas m'empêcher de penser que…
Dean ne termina pas sa phrase. Il savait très bien comment Sam réagirait s'il lisait cette pensée-là. Celle qui lui hurlait régulièrement que Castiel n'avait vraisemblablement aucune raison de s'intéresser à lui. Et quant aux réserves de Cass – qu'il soupçonnait d'être liées à sa famille – cela ne lui appartenait pas d'en parler à son frère. Et puis pourquoi Sam ne répondait-il plus?
Jeu 30/11 – 23h22 – Envoyé – Sammy?
Jeu 30/11 – 23h22 – Reçu – Pardon. C'est juste que je suis surpris. Je veux dire… pendant un moment je me suis dit que tu t'étais emballé un peu mais hum… visiblement…
Jeu 30/11 – 23h22 – Envoyé – Je suis foutu?
Dean avait la brusque envie d'éclater de rire. C'était nerveux et cela sonnerait sûrement faux mais peut-être que cela le libérerait.
Jeu 30/11 – 23h23 – Reçu – Je dirai pas ça.
Jeu 30/11 – 23h23 – Reçu – Je sais pas quelles sont ces fameuses raisons dont tu parles et je n'essaierai pas de savoir. Mais si c'est vraiment ça qui le freine, Dean, tu dois juste lui laisser du temps.
Jeu 30/11 – 23h24 – Reçu – Et puis vu à quel point il a l'air de compter pour toi, j'imagine que tu es prêt à l'attendre, non?
Jeu 30/11 – 23h24 – Envoyé – Oui. Bien sûr que oui.
Jeu 30/11 – 23h24 – Reçu – Alors laisse-lui le temps, Dean. Seul lui pourra vous dire ce qu'il adviendra de vous deux.
Dean ne put s'empêcher de renifler d'un air moqueur.
Jeu 30/11 – 23h25 – Envoyé – Jess t'a collé devant une comédie romantique ou quoi?
Jeu 30/11 – 23h25 – Reçu – T'es con, Dean. Et sexiste.
Jeu 30/11 – 23h25 – Envoyé – Moi aussi je t'aime, petit frère. *smiley qui fait un clin d'oeil*
Jeu 30/11 – 23h25 – Reçu – *smiley qui lève les yeux au ciel*
Jeu 30/11 – 23h25 – Envoyé – J'ai peur de le perdre.
Il se passa près d'une minute avant que Sam réponde de nouveau.
Jeu 30/11 – 23h26 – Reçu – Tu sais quoi? Je vais venir chez toi une semaine.
Jeu 30/11 – 23h26 – Envoyé –? *smiley suspicieux*
Jeu 30/11 – 23h26 – Envoyé – Qu'est-ce que tu comptes faire? Nous séquestrer dans une même pièce jusqu'à ce qu'il me saute dessus?
Jeu 30/11 – 23h26 – Reçu – Bien sûr que non, Dean. C'est juste que tu es un vrai désastre quand il s'agit de gérer tes propres sentiments. Et là, tu as clairement besoin d'aide.
Dean ne l'avouerait jamais, mais la sollicitude de Sam lui faisait un grand bien. Inconsciemment, il était déjà un peu soulagé. Mais évidemment, son frère ne devait jamais le savoir, c'est pourquoi il répondit aussitôt.
Jeu 30/11 – 23h27 – Envoyé – Mais et tes partiels?
Jeu 30/11 – 23h27 – Reçu – J'ai lu quelque part qu'une étude avait prouvé que changer d'air pendant ses révisions aidait à mieux mémoriser. C'est le moment ou jamais de tester!
Jeu 30/11 – 23h27 – Envoyé – T'es sûr?
Jeu 30/11 – 23h28 – Reçu – C'est la science qui le dit!
Jeu 30/11 – 23h28 – Envoyé – Espèce de geek.
Dean eut un sourire. Cette histoire d'étude scientifique était probablement fausse mais savoir que Sam était prêt à voyager pour l'aider réchauffait son cœur. Et puis son casse-pieds de petit frère lui manquait, même s'il ne l'avouerait jamais.
Jeu 30/11 – 23h28 – Reçu – Je réserve mon avion tout à l'heure. Je te dis quand j'arriverai.
Jeu 30/11 – 23h29 – Reçu – Comme ça tu pourras prévenir… comment il s'appelle au fait?
Jeu 30/11 – 23h29 – Envoyé – Castiel.
Jeu 30/11 – 23h29 – Envoyé – Merci Sammy.
Jeu 30/11 – 23h29 – Reçu – Dean… *smiley qui fait de la fumée par les narines*
Jeu 30/11 – 23h29 – Envoyé – Quoi? *smiley angélique x3*
Jeu 30/11 – 23h29 – Reçu – Laisse tomber. T'es irrécupérable. Je sais pas ce que ton Castiel te trouve, hein.
Jeu 30/11 – 23h30 – Envoyé – Je pense que je suis adorable. [8]
Dean tirait le cou dans l'espoir d'apercevoir son frère. L'avion de Sam avait atterri une demi-heure plus tôt, d'après le SMS que le cadet avait envoyé avant de partir récupérer ses bagages. Il ne devrait plus tarder maintenant. Une vibration de son portable le tira de ses recherches et Dean le déverrouilla pour voir de qui provenait le message. Un sourire étira aussitôt ses lèvres.
Sam 5/12 – 11h33 – Reçu – Bonjour Dean.
Sam 5/12 – 11h33 – Envoyé – Salut Cass.
Dean n'avait pas revu Castiel depuis leur dernier rendez-vous, une semaine plus tôt. Ils n'avaient que très peu discuté car non seulement Dean enchaînait les heures au restaurant, mais Castiel lui-même avait été occupé. Il avait reçu les programmes de la fac pour laquelle il travaillerait en janvier et avait donc entrepris de préparer les cours qu'il donnerait là-bas. Les circonstances ne leur avaient donc pas laissé le temps de se revoir et Castiel lui manquait. Tous les soirs, Dean imaginait son sourire, ses yeux bleus magnifiques en se demandant quand est-ce qu'il pourrait se replonger à nouveau dans cet océan qui le fascinait tant. Leurs discussions aussi lui manquaient.
Sam 5/12 – 11h34 – Reçu – Je suis désolé que nous n'ayons pas trop parlé ces derniers temps. Je ne me souvenais pas que ma licence avait été aussi chargée en contenu.
Dean sourit.
Sam 5/12 – 11h34 – Envoyé – T'en fais pas, Cass, je comprends. D'ailleurs je devrais même pas t'embêter pendant les pauses que tu t'accordes. Et te connaissant, je parie qu'elles sont plutôt rares. Tu as sûrement mieux à faire.
Dean se mordit la lèvre en se demandant si son espèce d'excuse pour que Sam ne le surprenne pas en pleine conversation était crédible.
Sam 5/12 – 11h34 – Reçu – Tu ne me déranges pas. Et puis c'est moi qui t'ai écrit. Tu sais bien que j'apprécie toujours nos conversations, Dean.
Dean se mordit la lèvre. L'envie de lui écrire un truc aussi idiot et niais, mais on ne pouvait plus vrai, comme «Tu me manques.» le brûlait. Ce genre de choses arrivaient souvent quand Castiel lui disait qu'il l'appréciait. Lui ou le temps qu'ils passaient ensemble.
Sam 5/12 – 11h35 – Envoyé – Moi aussi, tu sais. J'aime nos discussions.
Sam 5/12 – 11h35 – Reçu – Tu ne travailles pas aujourd'hui?
L'estomac de Dean se tordit aussitôt qu'il eût lu le message. Dans un flirt classique – ce que sa relation avec Castiel n'était pas, du point de vue de Dean – le doctorant lui aurait sans doute posé cette question dans l'optique de lui proposer un rendez-vous et la simple idée rendait le jeune homme fébrile. Dans tous les cas, il ne pouvait pas l'accepter aujourd'hui. Son frère avait fait plusieurs milliers de kilomètres pour le voir, il ne pouvait décemment pas l'abandonner ainsi.
Sam 5/12 – 11h36 – Envoyé – Non. J'ai demandé un jour off. Mon frère vient me rendre visite. Je l'attends à l'aéroport.
Sam 5/12 – 11h36 – Reçu – Oh.
Sam 5/12 – 11h36 – Reçu – Je vais te laisser alors.
Dean aurait presque pu lire de la déception dans la réponse de Cass. Est-ce que finalement, il n'était pas aussi éloigné de la vérité que ça? Son cœur loupa un battement.
Sam 5/12 – 11h36 – Envoyé – Non, non. Il est pas encore arrivé. On peut encore discuter.
Sam 5/12 – 11h36 – Envoyé – Et puis même s'il est là, on peut toujours discuter.
Dean se garda cependant de mentionner qu'il préférait que lesdites conversations se fassent loin des yeux et des oreilles de Sam. Il n'aurait jamais fini d'en entendre parler sinon, en témoignait le sourire stupide qu'il savait collé à ses lèvres en ce moment-même.
«Heureusement que je suis grand parce qu'on ne peut pas compter sur toi pour savoir où tu es, fit une voix familière.
Dean redressa la tête en mettant son portable en veille avant d'adresser un grand sourire à Sam qui venait de s'arrêter devant lui.
– Qu'est-ce qui te fait sourire comme un idiot? continua son casse-pied de petit frère et pour toute réponse, Dean le serra dans ses bras. Après quelques secondes, Sam lâcha sa valise pour lui rendre son étreinte.
– Content de te voir, Sammy. Tu as fait bon voyage?
– C'est Sam et tu le sais. Oui, j'en ai profité pour dormir comme on me l'a ordonné.
Le ton de son frère n'aurait pas pu être plus sarcastique. Dean fit comme s'il n'avait rien entendu. Sam savait aussi bien que lui qu'il avait raison. Tout comme Dean savait que son cadet aurait essuyé d'autres nuits d'insomnies pour réviser, malgré ses imprécations. Dean se recula et roula des yeux. Ils commencèrent à se diriger vers la sortie de l'aéroport.
– Comment va Jess?
– Super. Elle bosse comme une folle pour ses exams – et moi aussi – alors on se voit pas beaucoup mais elle m'a invité à passer Noël chez ses parents.
– Génial! fit Dean avec un enthousiasme feint.
Il aurait aimé pouvoir passer les fêtes de fin d'année en compagnie de son frère. Mais il n'en dirait rien. Sam était trop amoureux de Jessica pour qu'il le prive de la voir quand il en avait l'occasion. Peut-être que Dean inviterait sa mère – où attendrait qu'elle le fasse, si tant est que les Campbell ne prenaient pas les devants – même s'il ignorait comment cela serait sans la présence apaisante de Sam. Depuis la séparation de ses parents, son cadet avait toujours été là. Dean n'avait jamais passé plus de temps seul que nécessaire en la compagnie de ses géniteurs. Et il redoutait le moment où cela arriverait.
– Comment va Castiel?
Dean n'avait pas besoin de voir son frère pour savoir qu'un sourire taquin étirait ses lèvres et il le maudit bien qu'il sache que Sam ne faisait que lui renvoyer la monnaie de sa pièce. Malgré tout, il ne put s'empêcher de rougir jusqu'à la racine des cheveux parce que, comme un écho aux paroles de Sam, Cass venait de lui envoyer un autre SMS.
– Oh bon sang, est-ce que tu rougis? s'extasia Sam avant de le gratifier d'une tape dans le dos.
Dean accéléra le pas sans répondre.
– Très bien, répondit-il néanmoins du ton le plus neutre de sa collection.
– Du nouveau depuis qu'on s'est parlé?
– Non. Il bosse pas mal aussi. On a pas eu le temps de se voir. Ou même de se parler.
C'était l'entière vérité, malgré la moue dubitative de Sam. Bien qu'il le regrette, il ne s'était vraiment rien passé depuis la soirée de la semaine dernière et Dean avait été seul en compagnie de ses tout nouveaux sentiments qu'il ne savait pas – ne voulait pas serait sans doute plus juste – identifier.
– Et toi, Dean? Comment tu vas?
L'aîné considéra l'idée d'éluder la question. En vérité, il ne savait pas trop. C'était le foutoir dans sa tête et bien que son humeur oscille entre la joie – quand il pensait à Cass le plus souvent – et la désillusion – aussi quand il songeait au doctorant – il était toujours aussi perdu et cela commençait à le rendre dingue. Il ne l'avouerait jamais, mais il était heureux que Sam soit là. Avec un peu de chance, il saurait démêler le méli-mélo de ses pensées, sentiments et désirs, quels qu'ils soient.
– Bien Sammy.
Dean ignora l'œillade peu crédule de son frère. Ils venaient de rejoindre l'Impala et il ouvrit la voiture. Sam déposa sa valise dans le coffre et vint s'asseoir sur le siège passager. Ses doigts effleurèrent le cendrier dans lequel il avait un jour coincé une figurine – un soldat en plastique vert. Un sourire étira ses lèvres et Dean ne put empêcher laisser les siennes d'en esquisser un. Il démarra le moteur et aussitôt, les premières notes d' Eye of the Tiger retentirent dans l'habitacle. Sam roula des yeux et Dean partit d'un grand rire.
– Oh, allez. Tu l'adores cette chanson! Je le sais, Sammy!
– Je n'arrive plus à me sortir de la tête les images de ce que tu as fait le jour de mes dix-huit ans! protesta l'intéressé.
Dean éclata de rire.
– Tes amies ont adoré ma danse. [9]
Sam secoua la tête, désabusé. Dean rit de nouveau. Jamais il ne s'excuserait pour avoir gratifié son frère d'un spectacle débutant dans la voiture qu'il conduisait à l'instant même et qui s'était terminé sur un strip-tease face à son cadet, devenu rouge pivoine. Ses amis ne manquaient d'ailleurs jamais de le charrier à propos de sa continence dès que Dean était dans les parages, occasion sur laquelle Dean sautait pour rappeler ses mouvements lascifs ce jour-là. Sam s'était muré dans un silence boudeur alors que retentissait la voix du chanteur. Dean se mit à hurler à tue-tête:
– Rising up, back on the street
[Je me relève, de retour dans la rue]
Did my time, took my chance [
J'ai eu mon temps, j'ai eu ma chance]
Dean se tourna vers son frère.
– Allez Sammy, fais pas la tronche!
Just a man and his will to survive…
[Juste un homme et sa volonté de survivre]
Pendant un moment, Sam resta obstinément muet tandis que Dean continuait de s'époumoner avant qu'enfin le cadet ne décide de joindre sa voix à celle de son aîné.
– You must fight to keep them alive
[Tu dois te batter pour rester en vie]
It's the eye of the tiger
[C'est l'oeil du tigre]
It's the thrill of the fight
[Le frisson du combat]
Rising up to the challenge of our rival
[Nous nous relevons face au challenge du combat]
And the last known survivor
[Et le dernier survivant]
Stalks his prey in the night
[Fixe sa proie dans la nuit]
And he's watching us all with the eye of the tiger [10] [
Et nous regarde tous avec l'oeil du tigre]
Les deux frères échangèrent un regard et un sourire avant de chanter un peu plus fort.
Dean grogna sur toute la durée du trajet jusqu'à la librairie pour bien faire comprendre à son frère combien sa recherche de bouquins traitant du droit pénal l'ennuyait. Mais Sam cherchait depuis longtemps cet exemplaire particulier et la petite librairie dissimulée dans une rue étroite, à la devanture sobre et discrète, était apparemment la candidate parfaite pour sa chasse. Évidemment, Dean ne pouvait s'empêcher de faire preuve de mauvaise grâce feinte – après tout, il avait un rôle à tenir et ce n'était pas celui du geek bien qu'il aime savourer un bon roman de temps en temps – juste pour embêter Sam.
Il gara l'Impala dans une rue adjacente et sans un mot, faussement bougon, Dean suivit son frère jusqu'à la librairie. La clochette retentit quand ils pénétrèrent dans le commerce et l'instant d'après, une voix lança depuis la caisse installée dans un coin de la boutique, non loin de l'entrée:
– Bonjour.
Dean manqua de se tordre le cou en tournant la tête dans la direction de la voix. Il pensait se tromper en croyant la reconnaître mais pourtant, Cass était bien là, assis derrière la caisse, les yeux rivés sur son ordinateur, les sourcils froncés par la concentration tandis que ses yeux bleus suivaient avec célérité les lignes qui envahissaient l'écran. Il n'avait même pas levé la tête en les entendant arriver. Dean ne put s'empêcher de sourire. Son rictus s'élargit quand Castiel passa une main dans ses cheveux noirs désordonnés. À pas de loup, Dean se rapprocha du comptoir jusqu'à s'y placer en face. Sans se départir de son sourire, il attendit que Cass daigne lever les yeux vers lui. Ce qu'il fit quelques secondes plus tard.
Leurs regards s'accrochèrent. Le doctorant l'observa, perplexe, comme s'il ne s'attendait pas à le voir ici. Dean non plus ne s'attendait pas à ce que Sam choisisse, parmi toutes les librairies de la ville, celle où travaillait Castiel – avec des horaires aussi aléatoires qu'un jet de dés – pour venir aider un vieil ami de sa mère [11]. Son frère avait déjà disparu parmi les rayonnages sans même se rendre compte de la vive réaction de Dean à l'entente de la voix du libraire.
– Salut Cass, murmura ce dernier.
Finalement, l'intéressé lui rendit son sourire sans cesser de le fixer.
– Bonjour Dean.
Puis Castiel inclina la tête sur le côté, une habitude que Dean trouvait on ne peut plus adorable et qui faisait s'envoler à coup sûr une nuée de papillons de son estomac.
– Qu'est-ce que tu fais là?
– Acheter un livre, j'imagine. Tu sais, ces petites choses rectangulaires remplies de papier avec des mots dedans? le taquina Dean.
Castiel secoua la tête, désabusé mais il avait tout de même un sourire aux lèvres. Dean laissa échapper un petit rire avant de frapper doucement l'épaule de Castiel qui rit à son tour.
– Plus sérieusement, mon frère voulait acheter un bouquin pour la fac. Je ne fais que l'accompagner.
– Oh.
Dean se demanda s'il avait imaginé l'intonation déçue dans la voix de Castiel, presque comme s'il avait cru qu'il venait lui rendre visite. Mais comment l'aurait-il pu? Il ne connaissait pas son lieu de travail jusqu'à aujourd'hui.
– Hmm, excus…
Sam s'interrompit en voyant Dean près du comptoir. Ce dernier s'arracha à la contemplation de Castiel pour tourner la tête vers son frère qui sortait d'un des rayonnages. Il fronça les sourcils et interrogea silencieusement son aîné qui préféra se tourner vers Castiel.
– Cass, voici Sam, mon frère.
Puis il se tourna de nouveau vers ce dernier qui les observait avec l'expression d'une chouette éblouie par le soleil.
– Sam, je te présente Castiel.
À ses mots, il vit la lèvre inférieure de son cadet frémir comme s'il retenait un rictus. Dean lui lança un regard d'avertissement, le mettant au défi de dire quoi que ce soit. Il songea avec dépit qu'il n'échapperait sans doute pas aux questions de son enquiquineur de cadet à peine auraient-ils mis un pied hors de la librairie.
Sam s'approcha de la caisse et tendit une main à Castiel qui après un instant d'hésitation la saisit avec un sourire poli.
– Ravi d'enfin faire votre connaissance, Castiel.
Dean savait très bien ce que sous-entendait les paroles de son frère et il le gratifia d'un regard noir auquel il répondit par une œillade innocente de chien battu. Pourtant cette fois, l'expression de Sam ne suffit pas à l'attendrir. Il le foudroya plus encore.
– Le plaisir est partagé, répondit Castiel avant de relâcher la main de Sam.
Il y'eut un instant de silence.
– Je peux vous aider?
Sam resta interdit quelques secondes, son regard qu'il avait laissé dériver vers Dean revenant brusquement sur Castiel avant qu'il ne s'éclaircisse la gorge et indique le titre de l'ouvrage qu'il cherchait. Castiel baissa aussitôt les yeux sur son écran et après quelques clics, tapa la référence dans ce que Dean imaginait être le logiciel de la librairie. Pendant le temps que dura sa recherche, Dean ne put s'empêcher de détailler la silhouette de Cass. Il sentait l'œillade moqueuse de Sam dans son dos mais il choisit de l'ignorer.
– On ne l'a pas en rayons, ni en stock mais je peux peut-être le commander. Je pense qu'on devrait le recevoir jeudi ou vendredi. Ça vous irait?
Sam acquiesça et après un instant d'hésitation, il lança, un sourire que Dean n'aimait pas vraiment aux lèvres:
– Dans le pire des cas, vous pourrez l'amener à Dean qui me l'enverra par la poste.
Dean gratifia Sam d'un coup de coude dans les côtes. Le cadet étouffa un rire tandis que les joues de l'aîné se coloraient d'une délicate teinte rosée. Mais soudain, l'attention de Sam fut détournée des déboires sentimentaux de Dean – ce qui l'arrangeait bien – pour plutôt observer les livres exposés sur le présentoir devant la caisse.
– Oh. Je ne savais pas qu'il en écrivait encore.
Dean se tourna vers le présentoir. Il s'agissait du tout dernier volume de Supernatural et malgré lui, un sourire lui échappa. Il croisa le regard de Castiel qui lui rendit son rictus et Dean se sentit complètement stupide pour être juste heureux de partager un secret sur l'identité de l'auteur avec Cass. Et si Sam remarqua quoi que ce soit, il ne posa aucune question.
– Je ne pense pas qu'il soit près de s'arrêter, commenta finalement Castiel. Celui-là vient de sortir.
Dean s'avança un peu vers le présentoir pour regarder la couverture du livre, sobrement intitulée Inner Demon [12]. Elle représentait Jensen hurlant, ses yeux réduits à deux orbes couleur obsidienne, fermement enserré dans les bras de Cassiel dont les prunelles brillaient de ce bleu surnaturel qui signifiait qu'il utilisait ses pouvoirs. La vision provoqua une étrange réaction en Dean qui bizarrement, ne put s'empêcher de penser à lui et Cass. Il se tourna vers ce dernier pour l'interroger du regard. Qu'est-ce qui avait bien pu passer par la tête de son père pour pondre une intrigue pareille? Le doctorant haussa simplement les épaules et Dean ne put retenir un sourire.
– Oui. Dans ce volume, Jensen devient un démon.
Le ton de Cass semblait dire quelque chose comme «J'ai essayé de lui dire que c'était une mauvaise idée.» ce qui fit rire Dean.
– Je ne veux même pas savoir comment ils en sont arrivés là, commenta-t-il finalement.
– Personnellement, je trouve que ça donne un terrain très fertile au Jenssiel, fit tranquillement Sam.
Mais Dean connaissait assez son frère pour voir le sourire moqueur dans ses yeux et savoir exactement pourquoi il mentionnait le ship le plus populaire du roman. Sam était bien sûr au courant du fait que Dean, adolescent, avait eu un «truc» pour Cassiel et il avait toujours dit que Jensen lui faisait penser à lui. Sam ne savait pas, évidemment, que Dean avait toujours imaginé son personnage favori comme Cass, mais il n'était pas idiot et il aurait sans doute remarqué leurs similarités physiques une fois que son cerveau aurait fait le rapprochement. Et évidemment son satané petit frère ne manquerait pas une occasion de lui mener la vie dure. Tant pis, Dean se vengerait. Il décida néanmoins de rester impassible et ce fut un concert de sourcils haussés qui répondit à Sam.
– Bah vous savez… un ange et un démon… ça fait une dynamique très intéressante!
Castiel passa une main dans ses cheveux. Dean se demanda s'il imaginait la soudaine nervosité de son ami.
– Je crains que m… que l'auteur n'aille jamais dans cette direction, dit-il finalement.
Dean eut la brusque envie de prendre la main de Castiel dans la sienne. Il savait parfaitement ce que Cass pensait derrière ces paroles en apparence anodines. Il préféra plutôt lui sourire d'un air encourageant, mettant dans son regard tout son soutien. Il plongea ses yeux verts dans les iris céruléennes de Castiel et pendant un moment, ils ne se lâchèrent plus du regard. Sam ne semblait pas encore s'en être aperçu car il continua leur discussion comme s'il ne s'était rien passé.
– Vraiment? J'ai du mal à croire qu'autant de subtext ne soit pas volontaire.
Castiel haussa les épaules mais son regard ne quitta pas celui de Dean. Cette fois, Sam semblait enfin s'être rendu compte qu'ils se fixaient car au bout de quelques secondes, il s'éclaircit la gorge. Dean et Castiel rompirent le contact visuel et baissèrent les yeux. Il ne posa aucune question bien que Dean se doute qu'il avait remarqué que quelque chose s'était indéniablement passé entre lui et Cass.
– Bref. Combien je vous dois?
– 25 dollars.
Sam se débattit un instant avec son portefeuille et sortit quelques billets qu'il tendit à Castiel.
– Vous n'aurez qu'à prévenir Dean quand le livre sera disponible.
Sam adressa un sourire à Castiel qui le lui rendit. Puis le cadet le salua et se dirigea vers la sortie. Dean le remercia silencieusement de leur accorder quelques minutes seuls tous les deux avant de se retourner vers Castiel. Son regard s'assombrit quelque peu.
– Désolé… Il… il ne sait pas que ton père…
Castiel leva une main et lui adressa un rictus contrit.
– Ce n'est rien, Dean. Parfois j'aimerai vraiment croire qu'il fait exprès de mettre autant de sous-entendus dans son texte mais je ne pense pas que ça soit le cas.
Dean posa une main sur son épaule et la serra brièvement.
– Qui sait?
Castiel le contempla un instant puis sourit de nouveau. Dean relâcha son bras.
– Je dois y aller. À plus, Cass!
– A plus tard, Dean.
Dean s'éloigna avec un signe de la main et le regard de Cass dans son dos. Sam l'attendait, adossé à un mur, un grand sourire aux lèvres.
– Je te préviens, Sammy. Tu dis un mot, je t'en colle une.
Le cadet éclata de rire tandis qu'ils rejoignaient la rue où Dean avait garé l'Impala. Quand son hilarité se fut calmée, Sam reprit, plus calme:
– Je ne dirai rien. Aujourd'hui en tout cas. Parce qu'il faudra bien qu'on en parle, un jour, Dean. Je suis venu pour ça après tout.»
Dean ne répondit pas. Il détestait quand son fichu petit frère avait raison.
Ven 11/12 – 15h35 – Reçu – Pitié Cass, faut que tu me sortes de là, j'en peux plus!
Castiel fronça les sourcils, intrigué par le ton dramatique de Dean. Il n'avait pas consulté sa messagerie depuis plusieurs heures, trop occupé à mettre sur le papier quelques-unes de ses nombreuses pensées. Quand il écrivait, il perdait la notion du temps. Castiel reporta son attention sur sa conversation.
Ven 11/12 – 15h35 – Reçu – Si j'entends encore une loi obscure de je ne sais quel État du fin fond des Etats-Unis, je crois que je vais faire un burn out .
Castiel esquissa un sourire.
Ven 11/12 – 17h47 – Envoyé – J'en déduis que ton frère te fait subir ses révisions. Estime-toi heureux de ne pas avoir à les apprendre, ces lois.
Ven 11/12 – 17h47 – Envoyé – Excuse-moi de ne pas te répondre plus tôt. J'étais en train d'écrire.
Ven 11/12 – 17h48 – Reçu – Cass!
Ven 11/12 – 17h48 – Reçu – *smiley souriant*
Castiel sentit son cœur louper un battement. Le simple fait de savoir que Dean était heureux de l'entendre faisait naître une agréable sensation dans son estomac.
Ven 11/12 – 17h48 – Reçu – A force d'entendre Sammy les répéter, je vais finir par les savoir par cœur et ma tête va exploser.
Ven 11/12 – 17h49 – Reçu – Et je comprends, t'en fais pas. Je pouvais rester des heures enfermé dans ma chambre, un cahier sur les genoux quand j'avais une idée de chanson. Rien ne pouvait m'en sortir.
Ven 11/12 – 17h49 – Envoyé – Ne sois pas si dramatique, Dean.
Ven 11/12 – 17h49 – Reçu – Je ne suis pas dramatique.
Un rire léger s'échappa des lèvres de Castiel. Il secoua la tête, désabusé avant de taper quelques mots.
Ven 11/12 – 17h50 – Envoyé – Dean… Je peux te poser une question?
Ven 11/12 – 17h50 – Reçu – Tu sais bien que oui.
Ven 11/12 – 17h50 – Envoyé – Pourquoi tu as arrêté la musique?
Pendant un instant, Castiel se demanda si Dean allait lui répondre sincèrement. S'il le ferait vraiment. S'il ne lui avait pas confié avoir été musicien de prime abord, c'est qu'il y'avait sûrement une bonne raison à ça.
Ven 11/12 – 17h52 – Reçu – Pour Sam. Pour travailler et payer ses études. Je n'avais plus le temps pour ça. Et puis j'étais tellement épuisé que je n'avais même plus d'inspiration. Les seuls moments où j'écrivais encore, c'était pendant mes nuits blanches. J'envoyais les textes à Charlie.
Ven 11/12 – 17h53 – Reçu – Chaque fois, elle me demandait de revenir dans le groupe. Elle disait que c'était plus pareil sans moi qu'il manquait l'âme de la Team Free Will ou un truc du genre, que le public se faisait plus rare…Je lui disais tout le temps que je pouvais pas parce que mon frère passait avant tout ça. Elle a toujours respecté mon choix même si je voyais bien qu'elle était déçue. C'est moi qui leur ai envoyé Benny quelques années plus tard. Quand elle devenait trop insistante, je venais pour leur chanter deux trois textes, leur donner une ligne directrice.
Ven 11/12 – 17h54 – Reçu – Ca, c'était jusqu'à ce que mon père me surprenne une nouvelle fois avec une gratte.
Castiel déglutit. Il imaginait très bien ce qu'il s'était passé ce jour-là.
Ven 11/12 – 17h55 – Reçu – Je crois qu'il était bien bourré ce jour-là. Il l'a balancée contre un mur même si parfois, je me demande s'il n'aurait pas préféré l'exploser sur mon crâne. Ce jour-là, j'ai jugé plus sage de ne plus jamais toucher une corde de ma vie.
Castiel s'apprêtait à répondre à Dean mais ce dernier n'en avait visiblement pas fini avec son histoire.
Ven 11/12 – 17h56 – Reçu – En fait, Cass, j'avais ni écrit ni chanté depuis cinq ans. Je m'étais juré de jamais te dire ça, mais puisque tu poses la question, tu as le droit de savoir. C'est toi qui m'as donné envie de renouer avec ma vieille amie.
Ven 11/12 – 17h56 – Reçu – Tu sais qu'avant ce soir-là, je n'étais jamais allé à leurs concerts? Ils m'invitaient chaque fois mais je ne répondais jamais. Cette fois n'a pas fait exception et pourtant…
Ven 11/12 – 17h57 – Reçu – Je ne savais pas trop comment t'inviter à sortir et hum… j'ai pensé que je pouvais t'amener à leur concert.
Castiel resta un instant immobile, ses doigts suspendus au-dessus des touches, ne sachant trop quoi répondre à cette confession.
Ven 11/12 – 17h58 – Envoyé – Je ne sais pas trop ce que j'ai fait pour t'aider, Dean, mais je suis heureux de l'avoir fait. Ton talent ne mérite pas d'être caché.
Ven 11/12 – 17h58 – Reçu – Hmm… merci? J'imagine. *smiley gêné*
Ven 11/12 – 17h59 – Reçu – C'est bizarre si je te dis que tu m'as inspiré?
Ven 11/12 – 17h59 – Reçu – *smiley gêné*
Castiel passa une main dans ses cheveux. C'était un geste que faisait souvent Dean quand il était gêné et étrangement, le doctorant l'avait adopté.
Ven 11/12 – 18h00 – Envoyé – Ca l'est sans doute moins si je te dis que tu es ma principale source d'inspiration ces derniers temps.
Ven 11/12 – 18h00 – Envoyé – Et sache que ça me flatte d'avoir été la tienne.
Il ferma les yeux, incertain de vouloir vraiment lire la réponse de Dean.
Ven 11/12 – 18h00 – Reçu – Vraiment? Je veux dire, ce que tu écris, c'est…
Ven 11/12 – 18h01 – Envoyé – En rapport avec toi, oui. Entre autres choses.
Même si ces autres thèmes se faisaient plus rares ces dernier temps. Et si Dean devait un jour venir chez lui, il valait mieux qu'il ne tombe pas sur certains de ses poèmes… Il secoua la tête et préféra envoyer un autre message.
Ven 11/12 – 18h02 – Envoyé – J'avoue que je ne vois pas trop comment j'ai pu t'inspirer.
La réponse de Dean se fit attendre, comme s'il cherchait ses mots.
Ven 11/12 – 18h04 – Reçu – Alors tu n'as aucune idée de l'impact que tu as eu dans ma vie le jour où on s'est rencontré, Cass.
Ven 11/12 – 18h05 – Reçu – Tu n'en as peut-être pas conscience mais tu m'as énormément aidé. Tu m'as fait réaliser tout un tas de choses et même s'il me reste une montagne de problèmes à régler, même si ceux que tu m'as aidé à soulever ne sont pas encore tout à fait résolus… Cass, tu m'as fait avancer. Je ne te remercierai jamais assez pour ça.
Ven 11/12 – 18h06 – Reçu – Cette chanson que j'ai chanté l'autre soir, je l'ai peaufinée. Elle est comme qui dirait terminée? Mais c'était vrai quand je disais que je l'ai chantée juste… comme ça. Appelle ça une fulgurance, si tu veux. Une fulgurance que notre conversation ce soir-là m'a inspirée. Tu sais celle où tu m'as assuré que ce n'était pas ma faute si mes parents s'étaient séparés.
Celle qui avait cimenté la confiance qu'ils avaient l'un envers l'autre. Celle où Dean lui avait ouvert la porte sur une partie de lui-même que peu de gens connaissaient, de son propre aveu. Une conversation qui avait marqué Castiel et qu'il n'oublierait sans doute jamais.
Ven 11/12 – 18h07 – Reçu – Bizarrement, je me suis souvenu d'une fois où ma mère est venue me parler. C'était avant mon coming out. Et je ne sais pas… Les mots coulaient tout seuls. Et je suis incapable de t'expliquer pourquoi, Cass, mais je SAIS que c'est grâce à toi.
Ven 11/12 – 18h07 – Reçu – Avant, même si je l'avais voulu, je n'aurais jamais pu écrire une seule ligne. Parce que je savais pas qu'il fallait que j'affronte mes peurs plutôt que de les fuir. Tu m'as fait comprendre tout ça.
Castiel fut incapable de faire quoi que ce soit. Il ne pouvait que fixer son écran, encore et encore, relisant sans cesse les mots de Dean qui faisaient tant battre son cœur. Il ne savait même pas quoi répondre à ça parce qu'il avait le sentiment qu'aucun mot ne serait assez fort pour faire comprendre à Dean à quel point ses mots le touchaient.
À quel point ce que ressentait son ami était réciproque. Parce qu'avec Dean, il était sur la voie de l'acceptation. Parce qu'il savait qu'il serait là pour le soutenir. Quoi qu'il arrive. C'était une étrange certitude considérant qu'ils s'étaient rencontrés il y'a moins d'un mois et pourtant… Castiel en était persuadé, comme si la présence de Dean était immuable. Peut-être était-ce ses propres désirs qui empiétaient sur sa logique, son raisonnement et sa cohérence.
Ven 11/12 – 18h10 – Reçu – Je dois passer pour un taré, là. Je savais que c'était une mauvaise idée de te dire ça.
Castiel parvint enfin à reprendre contenance.
Ven 11/12 – 18h10 – Envoyé – Non. Pas du tout, Dean. Je ne sais juste pas quoi répondre à ça. C'est un peu compliqué de mettre de l'ordre là-haut. Mais je vais essayer.
Ven 11/12 – 18h10 – Envoyé – D'abord, je suis heureux de t'avoir aidé.
Ven 11/12 – 18h10 – Reçu – Cass, t'es pas obligé de répondre. Je n'attends rien en retour.
Castiel l'ignora.
Ven 11/12 – 18h10 – Envoyé – Ensuite, sache que le sentiment est réciproque. Je n'aurais jamais osé dire à Balthazar que je suis gay si tu n'avais pas été là. Je te dois beaucoup.
Ven 11/12 – 18h11 – Envoyé – Te rencontrer m'a fait beaucoup de bien.
Castiel se mordit la lèvre. Il aurait aimé pouvoir dire à Dean que sa vie avait changé le jour où ils s'étaient rencontrés, dès l'instant où ils s'étaient parlé, il voulait lui dire que ce bien qu'il lui avait fait était un euphémisme comparé au véritable bienfait de leur rencontre et qu'il ne s'imaginait plus sans lui dans son existence. Il ne le pouvait pas. Parce que ce n'était pas des choses que l'on disait au bout de trois semaines de relation plus ou moins platonique. Mais c'était l'entière vérité.
Ven 11/12 – 18h12 – Reçu – A moi aussi.
Castiel laissa échapper un soupir soulagé et rit doucement, le cœur soudain léger. Si le sentiment était réciproque… peut-être, peut-être y'avait-il une chance que le reste le soit aussi…
Ven 11/12 – 18h12 – Reçu – Hum… ça aussi c'est nouveau pour moi, tu sais.
Ven 11/12 – 18h13 – Reçu – Je fais rarement des discussions à cœur ouvert comme ça. C'est pas vraiment mon truc. Mais je crois que tu méritais de savoir.
Ven 11/12 – 18h13 – Envoyé – Merci de ta confiance, Dean.
Un sourire fleurit sur ses lèvres.
Ven 11/12 – 18h14 – Envoyé – *smiley souriant*
Castiel se demandait ce qu'il allait pouvoir répondre à Dean quand on toqua à sa porte. Il fronça les sourcils, se demandant qui pouvait bien lui rendre visite quand soudain, cela lui revint en tête.
Ven 11/12 – 18h15 – Envoyé – Oh, mince. J'avais complètement oublié que mon frère devait venir ce soir. Je dois te laisser, Dean. il vient de frapper à la porte…
Ven 11/12 – 18h15 – Reçu – Pourquoi est-ce que j'ai comme l'impression que ça ne te ravit pas?
Ven 11/12 – 18h15 – Envoyé – Gabriel peut se révéler… difficile à vivre.
Et j'aurais préféré continuer de discuter avec toi… songea Castiel, même s'il ne l'avouerait jamais à Dean.
Ven 11/12 – 18h16 – Reçu – Oh. Bon courage dans ce cas. Même si je vois difficilement comment il pourrait être plus casse-pieds que Sam.
Ven 11/12 – 18h16 – Envoyé – Tu serais surpris.
Ven 11/12 – 18h16 – Reçu – Dans ce cas, rappelle-moi de ne jamais les présenter l'un à l'autre. Pour notre propre survie.
Castiel rit doucement.
Ven 11/12 – 18h17 – Envoyé – C'est noté.
De nouveau, Gabriel frappa à la porte. Le doctorant se mordit la lèvre.
Ven 11/12 – 18h17 – Envoyé – Je dois vraiment y aller, Dean.
Ven 11/12 – 18h17 – Reçu – Bien sûr. À plus tard, Cass.
Ven 11/12 – 18h18 – Reçu – Passe une bonne soirée.
Ven 11/12 – 18h18 – Envoyé – Toi aussi.
Castiel posa son portable et se dirigea vers la porte. Quand il ouvrit, le visage jovial de Gabriel apparut.
– Comment va mon petit frère préféré? s'exclama ce dernier avec un grand sourire.
Castiel fronça les sourcils.
– Qu'est-ce que tu as là-dedans? demanda-t-il en désignant la grande poche en plastique que tenait son aîné dans la main gauche.
Gabriel sourit pour toute réponse, une lueur énigmatique dans le regard et il gratifia Castiel d'une tape sur l'épaule.
– Ca, frangin, c'est une surprise!»
Castiel esquissa une moue dubitative. D'expérience, les surprises de Gabriel n'étaient jamais de très bon goût.
[7] En écrivant ce «pourquoi», j'ai tenté de traduire la phrase qui me venait en anglais et qui était «What's with him?»
[8] Nul besoin de citer l'œuvre à laquelle je fais référence ici… N'est-ce pas?
[9] C'est évidemment une référence à la scène coupée à la fin de l'épisode Yellow Fever (4x06) où Jensen Ackles s'est mis à danser sur l'Impala… Mythique.
[10] Les paroles sont bien entendu extraites de Eye of the Tiger, par Survivor (1982).
[11] Allez savoir pourquoi, alors que je hais cordialement le personnage (comme une majorité des fans de la série je pense), j'imagine que ce fameux ami de la mère de Castiel n'est nul autre que Metatron. Sûrement parce qu'il est le scribe de Dieu et que c'est plus ou moins logique dans ma tête qu'il travaille dans une librairie.
[12] Comme le roman mentionné ici fait référence à la saison 10 de Supernatural, où Dean devient pendant quelques temps un démon et que c'est aussi une saison, avec la 9, où il fait face à cette part de violence inscrite en lui qui est aussi, tristement la seule chose qu'il retient à son sujet, le titre m'est venu plutôt organiquement.
Comme d'habitude, j'espère que ça vous aura plu et on se retrouve mercredi avec le 7ème chapitre de cette histoire intitulé Dive. Il s'agit d'un de ceux que j'ai adoré écrire, j'espère que vous aimerez le lire !
