Chers lecteurs, cette histoire est écrite à quatre mains, par morden1984 et supersolanealovesEmma, sur une idée originale de morden1984. Nous avons décidé de vous proposer un récit d'aventures, combinant nos deux styles. Chaque chapitre contient des passages écrits tantôt par l'une, tantôt par l'autre.

Nous espérons que vous serez nombreux au rendez-vous, et attendons vos retours enflammés (ou pas). Bonne lecture !

Chapitre 3 : Survie et rapprochement

Emma eut un moment de désorientation en se réveillant. Elle avait froid. La brise marine semblait passer à travers elle plutôt que sur elle. Elle souffrait cruellement, de partout, mais surtout de sa jambe cassée. Tant qu'elle restait immobile, c'était plus ou moins supportable mais le moindre mouvement semblait envoyer des aiguilles de feu dans sa cuisse, irradiant jusqu'à la hanche. Or, son hématome à la fesse rendait toute station longue à peu près impossible.

Mais elle s'aperçut avec terreur que là n'étaient pas les plus terribles de ses tourments. La soif commençait véritablement à être alarmante. Dire que sa gorge était sèche ne suffisait plus. Elle sentait que chacune de ses cellules hurlait son besoin d'eau.

Son regard désespéré tomba sur sa compagne. Regina, de toute évidence exténuée, dormait encore. Tant mieux pour elle. Au moins, elle ne souffrait pas. Elle reposait sur le côté, dans une position fœtale, la tête appuyée sur les deux mains. La sauveuse n'était pas habituée à la voir ainsi, sans maquillage. Ses traits étaient tirés. Sa cicatrice à la lèvre semblait plus apparente. Et pourtant elle était toujours aussi belle. Emma secoua la tête. Ses pensées divaguaient et l'entraînèrent vers le souvenir du naufrage. Elle n'en avait pas raconté les détails à la sorcière. Mais elle se souvenait de tout, avec une précision étonnante.

Au moment où le bateau avait définitivement coulé, à l'instant même où Madame le Maire l'avait crue irrémédiablement perdue, elle s'était désespérément accrochée au mât. Celui-ci avait plongé en flèche. Elle avait retenu sa respiration, tandis que le silence de la mer l'engloutissait. Elle avait été aspirée dans les bas-fonds, ne renonçant pourtant jamais à l'espoir de survivre, pour Henri, pour elle-même…pour Regina… Au moment où elle avait compris qu'il ne lui était plus possible d'ordonner à son corps de s'empêcher d'ouvrir la bouche, pour avaler une grande goulée d'air, et emplir ses poumons d'eau de mer, l'énorme pylône était soudainement remonté à la surface, comme un bouchon. Avec une force surhumaine, elle avait réussi à s'y accrocher, s'enfonçant dans les mains des dizaines d'échardes.

Elle avait refait surface avec une telle puissance qu'elle avait cru s'envoler au-dessus de l'océan. Elle avait aperçu des oiseaux, dans le ciel, avait ouvert la bouche. L'air s'était engouffré dans ses poumons, lui faisant mal…et tant de bien. Puis, le mât était retombé, éclaboussant la mer elle-même. Le choc avait été trop grand. Elle croyait avoir perdu connaissance. Elle se souvenait vaguement avoir repris conscience, par intermittence, avoir constaté que ses bras restaient convulsivement accrochés à ce bout de bois, qui lui avait sauvé la vie. Elle avait dérivé ainsi, durant plusieurs heures. Après quoi ses souvenirs devenaient encore plus flous. Son corps lui semblait brisé, agglutiné à l'énorme pylône qui lui servait de bouée, tel une algue ou un mollusque. Le froid et l'eau salée la transperçaient de toutes parts, sans qu'elle puisse rien y faire, pas même enrouler ses bras autour d'elle pour se réconforter. À chaque fois que le mât plongeait, avant de remonter à la surface, elle avalait une goulée d'eau, qu'elle recrachait avec affolement, terrifiée à l'idée de la noyade. Ensuite, elle sombrait à nouveau, pour s'éveiller brusquement, en plein cauchemar.

Cela avait continué, durant ce qui lui avait semblé une éternité, jusqu'au moment où elle s'était réveillée, en proie à la souffrance, au froid, à la terreur et à la soif. Le choc de comprendre qu'elle était en vie, dans un endroit totalement inconnu. Le bruit de la mer, le contact étranger du lit de feuilles sur lequel on l'avait déposée, l'étendue jaune du sable, le vert sauvage de la forêt. De terribles douleurs, qui l'assaillaient de partout, mais dont la pire provenait de sa jambe gauche. Elle avait cru, durant un terrible instant, avoir perdu un membre. Et là, Regina était apparue, comme le seul espoir qui lui restait, ange protecteur, tombé du ciel. Elle avait posé une main sur sa joue et l'avait apaisée, jusqu'à ce qu'elle se rendorme. Tandis qu'Emma se remémorait ces pénibles souvenirs, son amie avait commencé à bouger dans son sommeil.

Regina ouvrit un œil, son esprit englouti par le sommeil et la faiblesse de son corps. Elle roula sur le dos, afin de soulager son épaule. Elle avait dormi sur le côté, et son bras était ankylosé. Elle vit alors qu'elle était observée en silence. Emma la contemplait, les yeux plongés dans les siens. Elle sourit péniblement, et tendit son bras, afin de toucher le front de la blonde.

- Comment ça va ? De la fièvre ?

- Non, je ne sais pas… Peut-être ? Regina, je suis sincèrement trop fatiguée pour continuer à te vouvoyer. Alors par pitié, faisons simple. J'ai beaucoup trop mal pour espérer mieux de ma part.

La mairesse ne pipa mot durant quelques secondes, avant de rendre les armes à son tour.

- Oui, bien sûr. Nécessité fait loi.

Elle se redressa et vit le teint blême de la fonctionnaire.

- Emma, la situation est critique, si on reste ici, j'ai bien peur de ne pouvoir nous sauver.

- Et où veux-tu que j'aille, avec la jambe dans cet état ?

La brune observa le membre abîmé et mit les mains en avant, afin de tenter une dernière fois de guérir Emma. Cette dernière se tendit, ne sachant sur quel pied danser avec la magie. C'était un euphémisme. Une espèce d'étincelle zigzagante naquit des mains de la sorcière, avant de faire un bruit de bouteille de soda que l'on ouvre. Elle disparut aussi vite qu'elle était apparue, au grand dam des deux femmes. Regina grogna en persiflant, les mâchoires crispées par la rage et l'humiliation. Emma contempla sa cuisse, qui devenait de plus en plus engourdie avec le temps. La peur de perdre sa jambe commençait à s'immiscer sous sa peau, et elle ne put réprimer un tremblement. La mairesse s'en aperçut et se méprit quant à sa signification.

- Emma, je suis désolée si je t'ai fait mal… Je voulais simplement améliorer les choses. Je ne suis bonne à rien sans ma magie.

- Non ! Ce n'est pas toi… C'est toute cette situation. Et je m'inquiète pour ma jambe… Je la sens différemment. Comme si elle se détachait de moi. Mais je ressens aussi une douleur aiguë, qui me rend dingue…

- Je n'ai rien pour t'aider, ici… Il faut trouver de l'aide.

La blonde regarda autour d'elles, l'air dubitatif.

- Et comment réussir un tel exploit ?

Le silence de la brune fut éloquent. Elle se releva péniblement, chancela un moment, avant de se stabiliser. Elle fixa l'horizon, où le soleil peinait à percer.

- Nous devons bouger de cette plage, Emma. Il n'y a rien ici.

- Sans magie il m'est impossible de partir de cette maudite plage. Je ne ferai pas cinquante mètres avant de m'écrouler. Et ta magie dysfonctionne comme jamais. Je sais que l'on est loin de Storybrooke, mais je ne pensais pas que la géographie pouvait à ce point impacter ta magie. Tu n'es pas censée être la plus grande sorcière de tous les temps ?

- Euh… Si, mais…

Devant la confusion de la mairesse, Emma se radoucit. Elle savait que la magie avait pour origine le mental du lanceur de sort. Et Regina ne semblait pas vouloir en parler. Emma n'avait pas le luxe d'attendre que la belle brune daigne avoir une épiphanie sur la question. Alors, sans ménagement, car le temps leur était compté, elle posa la question qui lui brûlait les lèvres.

- Ta magie est aussi sous le contrôle de ta psyché. Tu as un problème ? avec moi ? tu as peur que l'on meure, en laissant notre fils seul au monde ?

Le regard de Regina devint subitement plus dur. Elle se buta, et ne répondit pas. Elle tourna la tête, afin de ne pas croiser le regard interrogatif de la blonde. Elle ne savait pas vraiment pourquoi rien n'allait sur cette île. Sa magie fonctionnait parfois, mais systématiquement, ça tournait à la folie furieuse, bien loin de ses desseins. Aussi, préféra-t-elle souffler un grand coup, plutôt que d'affronter la vérité : un sentiment quelconque la bloquait, et leur faisait courir des risques insensés. Mais elle ne parvenait pas à mettre le doigt dessus. Et cela l'exaspérait au plus haut point. Après un silence gênant, elle se contenta de hausser les épaules, asséna alors ce que le bon sens lui dictait.

- Je ne tenterai plus rien avec la magie, ainsi, nous ne serons pas en danger. Mes pouvoirs débloquent clairement ici, pas la peine d'engendrer une nouvelle catastrophe. Je suis trop dangereuse…

Devant l'abattement de la mairesse, Emma ne put malheureusement qu'acquiescer.

La fonctionnaire de police fixait le ciel depuis quelques minutes, et fronça les sourcils. Elle se tourna vers sa compagne d'infortune.

- Regina, je pense qu'il faudrait construire un camp digne de ce nom, et rapidement. Et surtout, pas trop loin d'ici.

- Pourquoi tant d'empressement, soudain ? Tu m'as dit il y a dix minutes que tu ne pouvais pas faire cinquante mètres en marchant…

- Regarde le ciel.

La mairesse tourna le regard vers l'immensité au-dessus de leurs têtes et comprit où Emma voulait en venir.

- Ce n'est pas vrai… Il ne manquait plus que ça.

L'horizon s'était obscurci, et un vent frais se levait, faisant frissonner la blonde, qui n'était plus capable de se défendre contre les éléments. Regina fit un rapide calcul des possibilités pour s'abriter de la pluie et du froid, qui ne tarderaient pas à s'abattre sur elles, tels des vautours affamés. Elle n'entrevit qu'une seule et unique solution : la forêt. Le couvert des arbres leur offrirait un toit, même momentanément. Elle se rua dans la forêt, tout en restant à portée de voix de la blonde, qui comprit que la situation exigeait que Regina agisse en urgence. Cette dernière prit les feuilles de palmiers qui leur avaient servi de couvertures durant la nuit, et les entreposa entre les arbres les plus touffus. Puis elle en cassa d'autres, en dépit des convictions de son fils quant à l'écologie, afin de créer un toit où l'eau ne s'infiltrerait pas. Elle se démena pendant plus d'une demi-heure, les gestes suffisamment précis, pour terminer rapidement sa besogne. Elle se retourna en soufflant et repartit vers la blonde, qui tremblait de tous ses membres.

- Emma, je t'aide à te lever. Le camp est à quelques mètres derrière l'orée de la forêt, afin que nous soyons protégées de la pluie et du vent, autant que faire se peut !

La fonctionnaire hurla de douleur, alors qu'elle parcourait les premiers mètres pour se réfugier sous les arbres. Elle n'avait pas réellement bougé depuis que Regina l'avait entourée dans son cocon de feuilles, et elle regrettait amèrement de devoir changer de place, ne fut-ce que d'une trentaine de mètres. Elle se mordit la joue, afin de continuer et finit par s'écrouler contre la mairesse, à bout de force. Cette dernière la laissa prendre appui sur son corps, qui menaçait lui aussi de céder le pas à la soif et la fatigue. Enfin, elles tombèrent presque à genoux sous le campement de fortune construit par Regina. Emma se roula en boule, et pleura, incapable de contenir davantage la douleur fulgurante qui irradiait de sa cuisse. Elle se moquait bien de ses fesses, même si la position n'était pas des plus confortables. Regina força Emma à la regarder.

- Je dois trouver de l'eau, Emma, c'est plus qu'urgent. Nous allons mourir ici, sans cela !

Seul un geignement lui répondit, et elle comprit que la fonctionnaire de police ne lui serait d'aucune aide pendant un bon moment. Alors qu'elle s'apprêtait à sortir de leur abri précaire, un mur de pluie s'abattit sur les arbres, la dissuadant de faire un pas supplémentaire. Malgré la force des éléments, elle sortit la langue, afin de boire un peu de cette manne inespérée. Bien mal lui en prit, puisqu'elle faillit s'étouffer avec le peu d'eau qu'elle parvint à boire. La tempête faisait tomber l'eau si brutalement sur la terre, que le sol se creusait déjà de flaques boueuses, impropres à la consommation. Son visage commençait déjà à rougir, sous les coups de butoir de la pluie impétueuse.

Elle sanglota sans bruit, et réfléchit à la situation. Elle n'aurait jamais la force de revenir trempée jusqu'aux os, sans feu pour se réchauffer, et peut-être bredouille. Alors, contre l'avis de la blonde, et peut-être aussi le sien, elle recourut à la magie. Elle était désespérée, tenaillée par la soif, la faim, et l'épuisement. Elle jouait sa dernière carte, sur un coup de bluff, et peut-être aussi leurs vies.

Elle rassembla son pouvoir, lentement, afin de sentir chaque fibre de magie dans l'air. Puis elle visualisa l'objet de son désir, jusqu'à en sentir les courbes. Enfin, elle projeta sa mentalisation au-devant d'elle, afin de la matérialiser. L'air sembla onduler, puis se brouiller. Regina tentait de garder la maîtrise de cette incantation, plutôt basique, mais ô combien difficile à manipuler sur cette île perdue. Alors qu'elle s'apprêtait à tout arrêter, incapable de soutenir plus longtemps le flux magique, une bouteille d'eau apparut devant ses yeux, puis une autre. Au bout du compte, une dizaine de bouteilles tombèrent à terre, laissant la sorcière à bout de souffle, et sanglotant de soulagement. Elle voulut en attraper une, mais aussitôt, un cri rauque la stoppa dans son geste. Elle vit alors débouler à une vingtaine de mètres de leur position, un sanglier enragé.

Il se dirigea droit vers elles, à pleine vitesse. La peur traversa la mairesse, qui réagit alors par pur instinct, afin de sauver Emma, qui ne manquerait pas de se faire piétiner par la vilaine bête. Elle prononça quelques syllabes, et le sanglier fut happé par une lumière diffuse. La brune souffla, pensant avoir échappé au pire. Elle entendit alors un vrombissement qui ne lui disait rien qui vaille. Sa stupéfaction fut totale, lorsque du halo de lumière s'échappa une nuée de moustiques assoiffés de sang. Elle resta figée sur place, ne sachant plus comment réagir aux aléas, franchement pervers, de sa magie erratique. Elle poussa un cri, lorsque les premières piqûres se firent sentir. Emma s'agita à son tour, gesticulant pour chasser les indésirables. Elle finit par se tourner vers la mairesse, les yeux exorbités, face à cette attaque en règle et de grande ampleur. Elle voulut dire quelque chose, mais fut forcée de fermer la bouche, les petites bestioles voraces s'y engouffrant sans vergogne. Ce fut Regina qui prit à nouveau les choses en main.

- Emma, il faut courir vers la mer! Nous allons nous faire dévorer vivantes, en restant ici !

Et sans attendre de réponse, la brune, malgré sa fatigue physique, prit sa fonctionnaire sous les bras et la releva brutalement, la faisant pleurer de douleur. Elle la traîna vers la plage, puis elles clopinèrent et ahanèrent jusqu'à atteindre la mer, parade inespérée face à l'armée conquérante et sanguinaire.

Regina fut la première à sortir la tête de l'eau, vérifiant par la même occasion si la nuée avait attendu au-dessus de leur position, afin de les attaquer sournoisement, lorsqu'elles suffoqueraient. Elle eut la bonne surprise de découvrir que le nuage s'était laissé duper par leur manœuvre désespérée, et était dorénavant beaucoup plus loin, vers le large. Elle remonta Emma, qui coulait lamentablement. Elle lui glissa à l'oreille quelques conseils.

- Je sais que ça a été difficile, mais ne dis rien, inutile de leur indiquer notre position. Je vais t'aider, laisse-toi porter par l'eau, et d'ici quelques minutes, nous serons sur la terre ferme, puis au campement.

Emma ne disait plus rien, trop embrumée par la douleur et les épreuves pour regimber. Elle se laissa porter par Regina, qui s'affala avec elle sur la plage, avant de continuer le retour au camp. Elle la regarda, et grimaça. La blonde était devenue bleue, à cause du froid. Elle ne parvenait qu'à grand peine à garder les yeux ouverts et soufflait lourdement pour aspirer quelques goulées d'air bienfaitrices. Elles repartirent, se servant mutuellement de béquilles. Une fois parvenues à destination, Emma se laissa glisser sur le sol, et tira à elle les grandes feuilles qui lui servaient de couverture végétale. Elle tremblait, et des larmes ruisselaient sur son visage, sans bruit. Regina entendit sa voix, à peine audible.

- On va mourir ici. Personne ne sait qu'on a échoué sur cette île maudite, et il fait un temps atroce. Même la magie a déserté.

- Non, on ne peut pas mourir. Pense à Henri !

Un maigre sourire traversa le visage creusé par les épreuves endurées, avant de se faner. La blonde dodelina de la tête, soudain tracassée.

- Regina, faut vraiment arrêter avec ta magie. Tu vois bien que ça ne mène nulle part, et en prime, ça va nous tuer. Je ne sais pas ce qu'il t'arrive, mais ça devient critique, quand même.

- Je ne l'ai pas fait exprès ! comment aurais-je pu deviner qu'un troupeau de moustiques allait surgir d'un sanglier ? Franchement, Emma, je ne ferais jamais une chose pareille, je ne suis pas folle !

- Ce n'est pas ce que je dis. Mais tu as encore voulu te servir de la magie, alors qu'elle ne marche pas. Et j'ai comme l'impression qu'il n'y a pas que l'île qui soit un problème.

- Explicite ta pensée.

Emma explosa soudainement, en proie à un désarroi certain.

- Mais enfin, c'est n'importe quoi ! Tu as vu ce qu'il s'est passé, tout comme moi ! Si je n'étais pas si mal en point, je pense que je t'en mettrais une ! Tu voulais chercher de l'eau et tu as pris la solution de facilité, en jouant avec la magie ! Parce que les moustiques, c'est dû au fait que je t'emmerde et que ça te pique au vif ? J'essaie de trouver une raison rationnelle, mais ça ne vient pas !

Regina fut suffoquée par la colère, aussi soudaine que rude, de sa comparse. Elle en conçut du dépit, et croisa les bras, vexée comme un pou. Alors qu'elle se renfrognait, la brune vit un reflet par terre, et resta coite. Les bouteilles d'eau ! Elles étaient bel et bien apparues et elles gisaient là, abandonnées suite à leur mésaventure. Elle rampa presque, et les toucha, afin d'être certaine que ce n'était pas un mirage ou un cruel tour du destin. Mais non, ses doigts heurtèrent le plastique, et elle faillit en pleurer de joie. Elle se retourna, et appela sa fonctionnaire, qui n'avait rien vu.

- Emma, on a de l'eau !

- Quoi ?

- La magie a fonctionné ! Nous sommes sauvées !

La mairesse arborait un air fier et soulagé. Finalement, cette parenthèse désagréable avait eu une issue favorable. Mais pour quelle raison tous ces animaux étaient-ils apparus ? Elle tenta de mettre ce questionnement de côté, afin de savourer cette victoire. Elle voyait qu'Emma était toujours dubitative quant à cette eau tombée du ciel, mais sa langue la trahissait, passant sans cesse sur ses lèvres desséchées. Regina s'ébroua et ouvrit une des bouteilles, la tendant à la blonde, qui ne se fit pas prier pour en boire la moitié d'un coup. Le soulagement était perceptible de chaque côté, et elle reprit la bouteille qu'Emma lui tendait, pour la finir. Alors qu'elle savourait les dernières gouttes, le bruit peu mélodieux de son ventre se fit entendre, signe de son appétit bafoué. Emma soumit alors l'idée qui la titillait depuis quelques minutes, ignorant le bruit.

- Le sanglier… Je me disais que c'était peut-être un effet secondaire.

- Un effet secondaire ? Mais de quoi ? De la magie ?

- Non. De la faim.

- Oh. Je n'avais pas vu cela sous cet angle. Mais ça se tient, en dépit du grotesque de la situation. Une espèce d'effet parasitaire, en somme. C'est rare, mais pas impossible.

- Ici, rien n'est impossible, Regina.

Elles restèrent ainsi, transies de froid et pensives, mais heureuses d'avoir enfin pu étancher leur soif. Les paroles d'Emma semblaient dire autre chose que la simple réalité énoncée.

Elles firent une sieste amplement méritée, vaincues par la fatigue. Il restait suffisamment de bouteilles d'eau pour se permettre de changer de priorité. Elles avaient faim et froid, mais la faim s'avérait le pire des deux maux. Emma était de plus en plus faible, et sa blessure s'aggraverait bientôt, si aucun secours ne leur parvenait. Aussi, lorsqu'elle s'éveilla, Regina ne prit pas la peine de réveiller la blonde et partit en quête de nourriture.

Emma s'éveilla seule, mais elle se sentit étrangement dévisagée. Elle se tourna vers la place qu'occupait Regina, lorsqu'elle s'était endormie, mais l'endroit était désert. Elle scruta alors les environs, passant dans sa tête tous les dangers potentiels qu'une île sauvage pouvait receler. Elle ne vit rien, mais frissonna, aussi bien de froid que de peur. Elle faillit hurler lorsqu'un animal passa devant son champ de vision, sans qu'elle puisse l'identifier. Aussi resta-t-elle coite quand un petit singe capucin l'observa depuis une branche, non loin de là.

- C'est toi qui m'as fichu la frousse ?

Le singe inclina la tête sur le côté, jaugeant l'humaine au sol. Puis il sourit de toutes ses dents et descendit le tronc, pour s'aventurer vers la blonde. Il fit le tour de leur minuscule campement de fortune, avant de s'approcher d'Emma, doucement. La blessée le laissa faire, le remerciant intérieurement pour cette parenthèse bienvenue. Le capucin s'arrêta à un mètre d'elle, et sans réfléchir, Emma lui tendit la main, oubliant un instant le froid et la douleur. L'animal poussa un petit cri, qui fit stopper le shérif, et sauta, en un bond, sur son torse. Elle cessa de respirer, avant de l'observer en louchant presque.

- Tu n'as pas froid aux yeux, dis donc !

Le singe lui prit une mèche de cheveux dorée et la porta à sa bouche, la mâchouillant tranquillement. Elle rit, et lui reprit son bien.

- Hé ! Ça ne se mange pas ! Mais j'aimerais bien, car je meurs de faim.

Elle fixa l'animal, un sourire aux lèvres.

- Et toi, tu es mangeable ?

Le singe la regarda, les yeux écarquillés et sembla reculer. Elle le caressa prudemment sur le dos, en murmurant des paroles réconfortantes.

- Je plaisante. Tu n'as que la peau sur les os. Et puis, je parle à quelqu'un, ça me fait du bien. Tu ne vas pas te transformer en criquet, hein ? Parce qu'on a un psy à Storybrooke, et euh… Tu dois me prendre pour une folle…

Le singe se rapprocha de son visage et lui déposa un baiser sur la joue. Emma en était toute émue. Il était vraiment temps qu'elle passe davantage de temps avec des humains… Et peut-être aussi qu'elle mette fin à son célibat. Son attachement pour ce petit singe le démontrait, elle manquait cruellement de tendresse.

Elle passa deux heures en compagnie du petit animal, qui semblait l'avoir adoptée. Sa chevelure attirait le capucin, qui ne cessait de jouer avec, et se cachait dedans, quand il trouvait une ouverture. Elle lui donna un petit nom, pour s'amuser.

- Que dirais-tu de… Joli-Cœur ? Tu sais, comme le singe de Rémi sans… Oula !

Le capucin venait de lui lancer un petit caillou à la tête. Elle le fixa, estomaquée, puis se mit à rigoler.

- Bon d'accord, on oublie. Peut-être un truc simple ? Cheeta ? Mais je ne suis pas Tarzan…

Emma observa l'animal un instant, qui se retourna et lui montra son popotin.

- Pas mieux, visiblement… Tu es difficile, dis donc ! Je sais ! Que dirais-tu de Pinpin ? Promis, ce n'est pas une marque déposée, celui-là.

Le singe prit sa main et se lova dedans, se roulant en boule. Emma fut touchée par ce petit animal, qui communiquait mieux que la plupart des humains.

- Et bien, voilà, Pinpin. Tu as l'air d'aimer ce nom. Je ne me suis pas présentée : Emma. Ravie de te connaître.

Elle ramena sa main près de son cœur, et s'endormit, Pinpin lui tenant chaud. Elle avait oublié sa jambe, et cette île maudite, pour au moins un couple d'heures.

Regina revint au camp dans l'après-midi, et vit une boule de poil collée à la blonde. Elle leva un sourcil, mais ne fit rien qui aurait pu réveiller sa comparse. Elle vit que l'animal était un petit singe, et grimaça. Ce genre de peluche n'était pas sa tasse de thé. Le capucin l'observa, bien à l'abri et au chaud, avant de se détourner de la reine. Elle fut surprise de sa réaction, comme s'il avait deviné qu'elle n'appréciait guère la compagnie de ces animaux.

Alors que Regina avait patiemment construit un feu de camp, sans feu, naturellement, Emma se réveilla, le singe toujours collé à sa main. La brune ne put s'empêcher de lancer une pique au shérif.

- On s'est dégotée une sangsue ? Quelle merveille que ce sac à puces grimaçant…

- Regina… Je m'ennuie, et j'ai mal. Alors un peu de compagnie, quelle que soit cette fameuse compagnie, vaut mieux que d'attendre ton retour, qui s'avère bien souvent infructueux…

Regina pinça les lèvres, piquée au vif.

- Eh bien, amuse-toi bien avec ce microbe. Je vais aller voir de l'autre côté s'il n'y aurait pas un moyen de glaner quelque chose à manger.

- Bonne chance.

Le capucin fixa la mairesse, qui ne put s'empêcher de lui feuler dessus, surprenant Emma.

- Regina, non mais vraiment? Tu as quel âge, franchement…

- Une dame ne répond jamais à cette question.

Et elle s'éclipsa sur ces mots, afin de ne pas tordre le cou à ce maudit animal. Emma avait des goûts douteux en la matière. La brune resta un long moment dans l'autre partie de la forêt, à tenter de ramasser des baies ou des fruits.

Elle revint bien des heures plus tard, fourbue, mais avec deux bananes. Le reste avait été dévoré par les amis du capucin, probablement. Sourire aux lèvres, elle en tendit une à Emma, qui la prit en marmonnant un remerciement indistinct. Regina l'observa, alors qu'elle jouait presque avec la banane et le singe, qui avait envie de croquer dedans. La mairesse donna un petit coup sur la croupe du primate, qui se détourna de sa proie, visiblement contrarié.

- Du balai ! C'est pour les humains. Je ne vais pas engraisser un parasite, non plus. J'ai eu trop de difficultés pour obtenir ces deux pauvres fruits. Pas question de partager !

Le capucin sembla comprendre ce qu'elle lui avait asséné, et descendit par terre. Il se crispa quelques secondes, avant de couler un bronze, et s'en saisit à pleines mains, pour le lancer sur la brune, qui poussa un hurlement d'horreur. Emma resta interdite un instant, devant le spectacle peu ragoutant de la puissante reine couverte d'excréments, puis explosa de rire, incapable de se retenir, face au ridicule de la situation. Elle oublia tout, ses malheurs, leur situation catastrophique, la faim et le froid, durant quelques minutes, qui furent un délicieux intermède pour le shérif.

Regina enragea immédiatement, incapable de contenir plus longtemps la colère qu'elle dissimulait tant bien que mal depuis la veille. Mais se faire emmerder, littéralement, par un animal microscopique et retors, la fit sortir de ses gonds. Elle leva sa main, d'où jaillit une boule de feu, et s'égosilla.

- J'ai envie d'une brochette, ce soir !

Emma poussa d'un coup le singe, pour lui sauver la vie.

- Pinpin, va-t'en !

La boule s'écrasa aux pieds du singe, qui vit sa dernière heure arriver. Emma était blême, devant tant de cruauté, mais fit des yeux ronds. Un magnifique feu de camp s'élevait, réchauffant l'atmosphère. La boule de feu était tombée dans les cailloux que Regina s'était escrimée à préparer avant de partir à la chasse à la banane. Cette dernière s'écroula sur place, fixant avec une certaine dévotion le feu.

- Enfin une bonne nouvelle… Nous allons pouvoir nous réchauffer…

- Tu as failli massacrer Pinpin !

- Pinpin ?

- Le capucin ! Tu es malade, un vrai monstre !

- Peut-être, mais le principal, c'est que nous puissions nous chauffer. Et il est sain et sauf, le macaque.

- Le capucin.

- Comme tu veux.

Elles restèrent sans bouger un moment, avant qu'Emma ne rompe le charme de l'instant.

- Regina… Il faut que je te dise… Tu pues…

- Pardon ?!

- Bah oui, il vise vraiment bien, Pinpin, il ne t'a pas ratée ! Mais l'odeur, en séchant… Me donne la nausée.

- Ah. Eh bien, je vais me laver. Je reviens. Et ensuite, nous dégusterons notre repas !

- Bien sûr.

La blonde regarda la sorcière s'éloigner, alors que l'obscurité gagnait le ciel et les environs.

- Quelle étrange journée, n'est-ce pas Pinpin ?

Le singe ne répondit rien, bien entendu, mais se rapprocha de la banane, quémandant sa pitance.

- Tu ne perds pas le nord, toi…

Regina revint rapidement, afin de se réchauffer et faire sécher ses vêtements. Elle prit sa banane, heureuse d'avoir enfin quelque chose à se mettre sous la dent. Emma en fit autant, et mordit dans son fruit goulûment. Elle en arracha un morceau avec ses doigts, et le tendit au singe, qui l'engloutit immédiatement, poussant de petits cris de contentement. La soirée était belle, en dépit des récents évènements.

Leur maigre repas touchait à sa fin. La mairesse, qui avait grignoté lentement sa banane, afin de la faire durer, n'avait rien dit en voyant le shérif partager la sienne avec le capucin. Mais lorsque la blonde lui tendit son ultime morceau, qu'il saisit avec les dents, si vite que ce fut une vraie chance s'il n'emporta pas, en prime, une phalange, elle n'y tint plus.

- Emma ! Est-ce que tu réalises le mal que j'ai eu à cueillir ces fruits ? J'ai dû escalader un arbre ! Moi, qui ne marche d'ordinaire qu'en talons ! Et je n'ai pu en avoir que deux, étant donné que tout le reste a déjà été dévoré par…des singes ! Si ça se trouve, c'est ton Pinpin lui-même qui les a gobées…et il se tape encore la moitié de ta ration !

Son interlocutrice, surprise par ce nouvel éclat de colère, plissa les yeux.

- C'est mon dîner, j'en fais ce que je veux ! Non mais…

Regina haussa les épaules. Argumenter avec une telle bourrique était stérile. Elle tendit les mains devant elle, les rapprochant du feu. Elle était sèche et ne tremblait plus de froid. Elle jeta un coup d'œil à Emma, qui paraissait aller mieux, elle aussi, bien que sa jambe, toujours inerte devant elle, la fasse très probablement souffrir, et qu'elle continue, quand elle le pouvait, à adopter une étrange position latérale, afin de soulager sa fesse blessée. Elle avait repris quelques couleurs et jouait avec son singe. Cette maudite bestiole semblait au moins la distraire efficacement. Pourtant, cela n'ôtait rien au sentiment d'exaspération de la sorcière. Elle qui avait toujours interdit à Henri d'avoir un animal de compagnie ! C'était finalement pour devoir partager le gîte et le couvert avec le quadrumane le plus horripilant que la terre ait porté.

Perdue dans ses ruminations, l'ancienne reine sursauta en sentant un poids tout contre sa clavicule. Emma s'était rapprochée sans qu'elle s'en aperçoive. Probablement éreintée et bercée par la chaleur du feu, elle s'était endormie, sa caboche blonde reposant sur l'épaule de la belle brune. Le singe dormait également, roulé en boule dans le giron du shérif.

La nuit était tombée. Regina resta un moment à regarder son amie, songeuse. Des sentiments contradictoires faisaient rage dans son esprit. L'inquiétude, tout d'abord. Le feu brillait, éclairant la mère biologique de son fils. Cette dernière n'était plus déshydratée, grâce à l'eau que sa magie avait finalement pu leur fournir. Mais ses traits étaient tirés et sa respiration poussive suggérait la souffrance. D'ailleurs, même dans son sommeil, elle s'appuyait sur sa hanche valide, utilisant sans vergogne la mairesse comme point d'appui, afin d'épargner sa fesse contusionnée. Un simple coup d'œil à sa jambe blessée suffit à convaincre la belle brune que, sans une intervention rapide, la situation deviendrait encore plus grave. Au-dessus du genou, sous le bermuda, le membre brisé, visiblement congestionné, tendait la toile en jean. Elle pensait à Henri, aussi… Il devait les croire mortes.

Mais un simple regard vers le singe, absurdement baptisé Pinpin, suffit à faire renaître son agacement. Si elle devait, en plus de tout le reste, nourrir ce parasite, elle ne répondrait plus de rien ! Enfin, sans qu'elle se l'avoue, une autre émotion naissait, tandis qu'elle contemplait le joli visage endormi de sa compagne d'infortune… L'attendrissement…Elle sut qu'elle ferait tout ce qui était en son pouvoir pour rendre à son fils bien aimé non pas une mais deux mamans…