Disclaimer : Je considère que si Rowling autorise Cursed Child, elle autorise toutes les autres fanfictions, même celles qui naissent dans mon esprit tordu personnel. Btw, Jo, Trans Rights are Human Rights.

Attention: Rated T pour le langage et les scènes violentes.


RAR :

Shadow:

Hello ! Merci beaucoup pour ta review !

Awwww, je suis touchée si je t'ai fait pleurer (et désolée aussi, un peu?) pour la scène entre Maellyn et Sirius. J'avoue que c'était un peu ce que je visais ? Je suis moins pressée que toi d'écrire Maellyn en pleine initiation aux Impardonnables (non parce que contrairement à Bellatrix, cette enfant a une conscience!). Ne sous-estime pas Pansy, elle avait peut-être ses raisons pour faire ce qu'elle a fait pendant la bataille de Poudlard...
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Juliette :

Coucou ! Merci beaucoup pour ta review !
Après tout ce que je leur ai fait traverser, à tous les deux, c'était la moindre des choses que je leur offre un petit moment de répit au cœur de la tourmente. Remus (et Sirius) a besoin du miroir pour autre chose. Je ne peux pas bousiller tout le canon xD
Merci pour mes duos Chris/Maellyn et Pansy/Maellyn. Ce sont vraiment deux amitiés que j'aime beaucoup écrire ! Qui sait pour Crsytal !
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !


Merci à Shadow, TigresseOtaku, mimi70, Tiph l'Andouille, Almayen (x4), Sakhina (x74, you rockstar!), Juliette, feufollet (xj'ai perdu le compte, mais beaucoup), Sun Dae V et Merly Flore pour leur review. Ca fait toujours plaisir !

Une spéciale dédicace (encore) aux copines d'écritures (AKA Malilite, AppleCheryPie, Aliete et Sun Dae V) parce qu'on a mangé ce Nanocamp tout cru, et que c'était trop cool !


Bonjour à toutes et à tous !

J'espère que je vous retrouve en bonne santé et prêt à affronter le déconfinement (pour celles et ceux qui le pourront, en tout cas).
De mon côté, c'est la forme. Jean-Mi a parlé et j'en ai encore pour trois semaines de classe à la maison même si, sans déconner, je serais vraiment surprise de revoir mes élèves avant septembre. Dans tous les cas, je ne fais pas partie des plus à plaindre.

Sinon, niveau écriture, j'ai terminé 18 et j'ai commencé 19, vous pouvez remiercier le NanoCamp d'Avril sur ce coup! Un personnage s'est toutefois imposé d'une façon complètement imprévue et réclame toute mon attention (20k, ce n'est que le début de son plaidoyer), donc 19 est en pause... Je ne sais pas encore ce qui va ressortir de ma petite aventure mais ça faisait longtemps que je n'avais pas autant écrit, en aussi peu de temps. Je m'amuse beaucoup, on verra pour le reste !

J'ai également réalisé que j'avais dépassé la barre symbolique des 2 millions de mots postés sur ce site depuis mes tous débuts (2,001,436 pour exacte, en 14 ans presque pile). Je ne sais pas trop ce que ça dit sur moi, mais je n'ai pas de regrets ! (Et je me sais déjà capable de pouvoir rajouter un autre million à ce score. Dont une bonne partie est déjà écrite!).

Sinon, chapitre 4 ici, où l'on y rejoint le canon, sur pas mal de point, et qui clôture l'été 1994. Je ne dirais pas que c'est mon préféré mais c'était un passage obligé! Bonne lecture !


Un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et les retours ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !


Black Sunset

Partie IV : Supernova.

Chapitre 4

Supernova: cataclysmic explosion caused when a star exhausts its fuel and ends its life. Supernovae are the most powerful forces in the universe.


Mardi 23 Août 1994, Manoir Malefoy, Angleterre.

Le jardin d'hiver était toujours un peu terne en cette période de l'année – les nombreuses plantes tropicales fleurissaient l'hiver pour la majorité d'entre elles – mais il restait un de ses endroits préférés du manoir.

Le vert foncé des larges feuilles était apaisant, il y faisait toujours un peu plus chaud – savante combinaison de sortilèges et de structures vitrées qui laissaient passer le soleil – et elle pouvait passer des heures à soigner ses plantes – une tâche qu'elle laissait rarement à Parky –.

Cet été, elle avait passé plus de temps ici que partout ailleurs, essayant de rassembler assez de sang-froid pour affronter l'épreuve qu'étaient devenus les dîners, les plantes étant les seuls êtres vivants qui ne la haïssaient pas encore sous son propre toit.

Elle ferma les yeux pour bannir cette idée de ses pensées, mais échoua lamentablement, comme d'habitude.

Maellyn allait repartir pour Poudlard dans un peu plus d'une semaine, elle n'avait pas réussi à avoir une vraie discussion avec elle et elle doutait sincèrement d'y parvenir d'ici le 31 Août si elle se fiait aux regards sombres de sa filleule à chaque fois qu'elle entrait dans une pièce.

Elle avait espéré que Sirius tenterait au moins d'intercéder en sa faveur – elle voulait juste lui expliquer ses choix – mais elle avait fait l'erreur de s'en prendre à la famille de Judy Adler...

A moins qu'un miracle ne se produise dans les jours à venir – ce à quoi elle ne croyait pas une seconde –, elle allait devoir attendre Noël – et peut-être même les vacances de Pâques si elle se fiait à ces rumeurs concernant le Tournoi des Trois Sorciers – pour avoir une discussion avec Maellyn.

D'ici là, elle allait continuer à protéger Sirius du mieux qu'elle pouvait – parce que son cousin ne resterait pas en sécurité longtemps, elle en mettrait sa baguette à brûler –, elle continuerait à employer autant de détectives privés que nécessaire pour retrouver Grant Adler et Burt White – ils étaient moldus, ils finiraient par faire une erreur – et elle prierait toutes les déités auxquelles elles pouvaient penser – même celles moldues – pour que Maellyn lui pardonne un jour.

Un soupir tremblant passa ses lèvres et elle dut fermer les yeux pour repousser les larmes.

Sa filleule lui manquait, son fils lui manquait, et elle s'était rarement sentie aussi seule que durant les deux derniers mois – puisque Lucius était le plus grand courant d'air du pays –.

- Lady Malefoy, Madame, Lord Malefoy vient d'arriver.

La petite voix de Patty la sortit de ses pensées. Elle coupa la feuille un peu abîmée du palmier face à elle, la déposa sur la table proche d'elle, ainsi que ses gants et son sécateur.

- Merci, Patty. J'aimerais que nous soyons prêt à dîner dans une demi-heure.

Cela lui laissait largement le temps de monter se rafraîchir, et de tenter une fois de plus d'adoucir Draco quand elle passerait lui dire que son père était rentré.

Son fils était allongé sur son lit et jouait à rattraper son Vif d'Or d'une main, ce qui devait être son occupation préférée de l'été. Elle supposait que ça l'aidait à réfléchir, mais il lui faudrait se montrer patiente pour en avoir la confirmation.

Les quelques fois où elle avait essayé de lui arracher des confidences, il lui avait sèchement demandé de quitter sa chambre et de le laisser tranquille.

Après l'avoir observé pendant une longue minute sans qu'il ne s'en aperçoive – et constaté une fois encore qu'il n'était définitivement plus son petit garçon –, elle frappa délicatement sur le panneau de bois.

Draco attrapa le Vif d'Or d'un geste et se redressa. Sa moue déçue lui serra le cœur.

- Oui, mère ?

- Ton père est rentré. Nous mangerons à 19h.

- Oui, comme tous les jours, railla-t-il.

Il se rallongea, mettant fin à la conversation sans un mot de plus et s'évertua à l'ignorer.

D'habitude, elle battait en retraite sans un mot de plus, craignant d'empirer la situation – même si elle voyait difficilement comment – mais la fin des vacances était devenue imminente.

- Combien de temps encore, Draco ?

Il y eut un silence, comme s'il réfléchissait à la question, même s'il avait sans doute une réplique prête depuis longtemps.

- Et bien, tu as menti à Maellyn pendant presque treize ans, alors je pensais au moins aussi longtemps, mais je n'exclue pas de rajouter toutes les années supplémentaires qu'elle passera sans sa famille moldue.

Il n'avait même pas daigné se redresser pour la regarder en face et sa voix était aussi traînante que celle de Lucius, ce qu'elle avait en horreur.

- Tu es sévère, mon fils, souffla-t-elle, la voix tremblante.

- Et tu as été cruelle.

Son ton était définitif et elle fit un pas en arrière sans trouver quoi répondre.

La loyauté de Draco envers Maellyn semblait inébranlable.

Une fois dans le couloir, ses pas la menèrent naturellement vers la chambre de Christopher – le seul des trois adolescents à ne pas la haïr ouvertement – pour le prévenir à son tour et le laisser passer le message à Maellyn –.

La porte était entrouverte et elle se stoppa en reconnaissant la voix de sa filleule.

- Bien sûr que c'était elle, Christopher !

- Tu crois que c'était elle. Même Pansy n'est pas absolument certaine, et de nous quatre, c'est elle qui est la plus physionomiste.

- Pansy ne passe pas ses journées avec elle !

- Peut-être, mais je soutiens que tu devrais attendre d'être à Poudlard et d'être sûre avant de décider que tu veux la rayer de ta vie.

- J'en ai assez de toutes ces personnes qui me mentent, Christopher !

Tandis que la conversation marquait une pause, Narcissa ne put que tendre l'oreille et espérer en apprendre plus. Elle doutait que sa filleule parle d'elle mais elle n'arrivait pas à deviner de qui d'autre il pouvait bien s'agir.

Seules le professeur McGonagall, sa nièce et Andy avaient su la vérité sur l'identité de Maellyn avant qu'elle ne découvre tout par inadvertance. Pour tout ce qu'elle en savait, aucune d'entre elles ne passait plusieurs heures par jour avec Maellyn.

- Et puis, si tu veux vraiment mon avis, Ely', Malhorne ne t'a pas personnellement menti. Si c'était vraiment elle, ça veut dire qu'elle est au moins Sang-Mêlée, si ce n'est Née-Moldue. Tu es bien placée pour savoir que Serpentard l'aurait mise à l'écart à la seconde où elle aurait avoué qu'elle n'était pas Sang-Pur. Ça ne l'a pas empêchée d'être une bonne amie pour toi, non ?

- Oui, sauf si elle a fait semblant d'être mon amie juste pour obtenir la protection des Malefoy.

Christopher éclata d'un rire moqueur.

- Yaxley fait semblait d'être ton amie en espérant charmer ton cousin depuis qu'elle s'est mise en tête de faire un bon mariage. Malhorne s'est jetée sur Rogue pour te protéger.

Maellyn eut une exclamation étouffée, et Narcissa eut un sourire triste en imaginant parfaitement son expression – les yeux plissés, les sourcils froncés et une moue boudeuse –. Viviane que sa filleule lui manquait.

- Tu le penses vraiment en plus !

- Bien sûr que je le pense vraiment. Malhorne est la seule personne à laquelle je ferais confiance pour te raisonner en mon absence quand tu seras à Poudlard. Honnêtement, je ne te comprends pas cette fois : tu as presque plus de raisons d'être son amie qu'avant.

- Je ne crois pas, non.

- Vraiment ? Une fille au sang impur qui se fait passer pour l'héritière d'une grande famille Sang-Pur au moins le temps de terminer ses études ? Ça ne sonne pas trop familier à tes oreilles ?

Le son qui échappa à Maellyn ressemblait presque à un feulement.

- C'est petit ça, Rowle ! Je n'ai pas eu le choix !

- Qui te dit que ce n'est pas la même chose pour elle, hein ? Tu peux me lancer tous les regards noirs que tu veux, Black, ça ne changera pas ce que je pense. Et puisque tu tiens tant que ça à ce que tes amis te disent toujours la vérité, je trouve que tu te montres particulièrement de mauvaise foi avec toute cette histoire !

Narcissa connaissait assez Maellyn pour savoir que si Christopher continuait sa diatribe, elle ne tarderait pas à quitter la pièce en claquant la porte, et il valait mieux qu'elle ne la surprenne pas à écouter aux portes.

Elle n'avait guère plus que cette solution pour savoir ce qu'il se passait à peu près dans la tête de sa filleule, et elle n'allait certainement pas risquer d'être découverte.

Elle s'éloigna d'un bon pas, mais en s'arrangeant pour que ses talons ne claquent pas trop fort sur le parquet du couloir, et attendit d'être dans sa chambre pour contempler la révélation qu'elle avait surpris.

Morgane toute puissante, cette Crystal Malhorne – si tant est que cela soit vrai – était brillante !

En se présentant comme la descendante d'une famille Sang-Pur d'Afrique du Sud, elle s'était ouverte les portes de la société Sang-Pur britannique à la manière d'une illusionniste de talent.

Narcissa était bien placée pour savoir que personne n'avait de connexion aussi loin pour vérifier s'il s'agissait bel et bien de la vérité, et ses origines exotiques expliquaient sans mal sa méconnaissance du monde magique ou de l'étiquette Sang-Pur.

A cela s'ajoutait un talent pour les affaires – si elle avait bien compris les allusions de Maellyn à son sujet – et un véritable don pour la Légilimencie.

D'ici à ce que la vérité éclate – si elle éclatait un jour –, Crystal Malhorne pouvait très bien avoir accumulé beaucoup de faveurs parmi la nouvelle génération de la société Sang-Pur et réussi à s'aménager une place de choix à l'ombre des puissants.

L'ingéniosité d'une telle entreprise lui fit presque tourner la tête et elle dut s'asseoir.

Une chose était sûre, cette jeune fille n'avait pas été placée à Serpentard par hasard.

Ce ne fut qu'après s'être changée dans une tenue un peu plus formelle et tandis qu'elle rafraîchissait son maquillage qu'elle comprit qu'elle était passée à côté d'un détail.

Si Crystal Malhorne était décidée à berner la société magique, elle devait constamment être sur ses gardes et, aussi bonne amie soit-elle avec Maellyn, elle ne lui avait certainement pas avouer son secret.

Comment, exactement, sa filleule avait bien pu découvrir la vérité ?

Jeudi 25 Août 1994, Manoir Malefoy, Angleterre.

Je n'avais pas vu Draco aussi excité depuis des années, et la dernière fois qu'il avait trépigné sur place à la façon d'un cheval trop nerveux, les Pies de Montrose étaient en final de la Ligue de Quidditch, et son père lui avait obtenu des places pour le match.

Il n'avait pas dormi la veille du match et personne ne m'enlèverait de la tête qu'il avait essayé de supporter l'attente en consommant bien trop de sucre, ce qui l'avait rendu particulièrement insupportable cette fois-là.

Étant donné qu'il s'agissait de la Coupe du Monde de Quidditch, c'était sans doute un miracle qu'il n'ait pas exigé que nous soyons sur place trois jours à l'avance ou qu'il n'ait pas fugué pour s'y rendre seul.

- On y va ?

L'impatience dans la voix de Draco valait les matins de Noël, quand les cadeaux le narguaient depuis le pied du sapin et que je faisais exprès de prendre tout mon temps pour terminer mon petit-déjeuner.

- Le match n'est que ce soir, Draco. Cela ne changera rien que tu attendes ici ou là-bas.

La façon dont il roula les yeux à la réflexion de sa mère sembla presque douloureuse, mais j'eus la grande satisfaction de voir Narcissa détourner le regard, comme si la réaction de son fils avait été une gifle.

Un an plus tôt, je n'aurais jamais cru qu'elle puisse être si facilement décontenancée, sauf qu'un an plus tôt, elle était au sommet d'un piédestal et je la pensais intouchable.

J'avais passé les deux derniers mois à l'éviter le plus possible, et à l'ignorer quand je n'avais pas d'autre choix qu'être dans la même pièce qu'elle, aussi était-ce l'une des premières fois où je pouvais apprécier les affres des remords sur son visage.

Elle avait certainement un teint plus gris que d'habitude – maquillage ou non –, ses traits étaient tirés – comme si elle ne dormait pas assez – et j'avais l'impression qu'elle avait vieilli de plusieurs années en quelques semaines.

Je savais que j'étais loin d'être à mon avantage – malgré les potions du Médicomage Perrin, je n'avais pas repris tous les kilos que j'avais perdu au début de l'été, et mes mauvaises nuits avaient imprimé des cernes indélébiles sous mes yeux – mais à la différence de Narcissa, je me fichais bien d'impressionner la société sorcière.

A vrai dire, une part de moi aimerait que la vérité éclate au grand jour, juste pour que je puisse être débarrassée de tous les simagrées de la Société Sang-Pur une bonne fois pour toute, même si je ne savais que trop bien que ma vie deviendrait encore plus compliquée que ce qu'elle était maintenant.

Lucius apparut dans la cheminée du hall, habillé d'une robe d'un vert foncé un peu trop élégante pour un simple match de Quidditch.

Le fait que nous allions le regarder depuis la tribune officielle y était peut-être pour quelque chose, et il n'était donc pas exclu que je sois obligée de mettre une robe de soirée.

Je pris une profonde inspiration – ce n'était qu'une journée, je retrouverai le calme de ma chambre bien assez vite – et je m'approchai pour pouvoir toucher le Portoloin.

Lucius avait réussi à en obtenir un privé, ce qui nous évitait de marcher pendant plusieurs heures pour rejoindre un point de ramassage.

Comme souvent pour les Portoloins officiels, il s'agissait d'une corde ensorcelée, assez longue pour que nous puissions tous la saisir à pleine main.

- Départ dans 3, 2, 1...

C'était comme si quelqu'un venait de m'attraper par le nombril et m'avait tiré en avant. Le monde se transforma en un kaléidoscope de couleurs et l'atterrissage fut aussi brutal que d'habitude – comment, exactement, personne n'avait encore réussi à rendre ce mode de transport plus confortable ? –.

Sans les réflexes de Christopher, je serais certainement tombée à genoux sur le sol boueux.

- Arrivée du onze heure vingt-deux en provenance du Manoir Malefoy.

Lucius récupéra la corde et la tendit à l'un des deux hommes qui contrôlaient les arrivées. Leurs tenues me tirèrent une grimace – s'habiller en moldu ne signifiait pas se déguiser en clown – et le regard sombre que je reçus en réponse me fit presque rire.

Une personne vêtue d'un poncho multicolore et d'un kilt écossais perdait cruellement toute sa crédibilité.

- Vous êtes dans le pré de Monsieur Robert. C'est à peu près à cinq cents mètres d'ici. Ils vous conduira à votre emplacement. Je dois tout de même vous rappeler qu'il était spécifié qu'une tenue moldue était obligatoire, Monsieur Malefoy.

- C'est Lord Malefoy et quelque chose me dit que ma tenue ne sera pas la plus étrange que verra ce moldu aujourd'hui. Il s'en remettra.

Lucius était le seul qui n'avait pas fait le moindre effort pour avoir l'air un peu plus moldu. Draco et Christopher avaient ressorti une des tenues de l'été dernier – même si elles étaient devenues un peu étroites – et je portais une jupe et un chemisier – j'aurais préféré un short, mais Lucius en aurait fait une syncope et nous n'aurions sans doute pas pu venir assister à la finale –.

Sans laisser le temps à l'un des deux hommes de répondre, nous prîmes la direction qu'ils nous avaient indiqué. Le soleil était déjà haut dans le ciel et je pouvais voir au loin une maison, et encore plus loin, ce qui ressemblait à des centaines de tentes colorées.

A mesure que nous approchions, je réalisai qu'en dehors de Poudlard, c'était sans aucun doute l'un des plus grand rassemblements de sorcier·e·s auquel j'allais prendre part dans ma vie. Le champ derrière la maison semblait grouiller de monde, et c'était la même chose dans celui voisin. Les tentes s'étalaient à perte de vue – et certaines d'entre elles passeraient difficilement pour moldue si ma vue ne me trompait pas –.

J'échangeai un regard incrédule avec Christopher et un sourire étira mes lèvres, presque malgré moi, tandis qu'un peu de l'excitation de mon cousin me gagnait.

Pour une fois, il n'était pas question de Sang-Pur, d'étiquette ou de parade. Toutes ces personnes étaient venues pour encourager leur équipe lors de la finale d'un championnat historique, et j'avais la chance de pouvoir y participer.

Un homme se tenait devant la maison et il détailla Lucius avec méfiance, sans que je n'arrive à deviner si c'était les vêtements sorciers qui le dérangeaient, ou l'arrogance qui semblait suinter de chacun de ses pores.

- Bonjour, dit-il finalement, après nous avoir dévisagé les uns après les autres. Votre nom ?

- Malefoy, annonça Lucius, plus dédaigneux que jamais, sa voix traînante et son intonation aristocratique. Je suis venu hier afin de préparer l'emplacement pour ma famille. Je pense que tout est en règle.

- Oui, je me souviens. Vous êtes le type qui a cette drôle de tente. Ma femme me soutient que c'est un modèle étranger. Vous l'avez eu où, exactement ?

Le visage de Lucius se durcit et il raffermit sa prise sur sa canne – qui contenait également sa baguette magique – comme s'il était sur le point d'attaquer le moldu physiquement.

- Cela ne vous regarde pas. Pouvons-nous continuer ?

Le moldu croisa ses bras sur sa poitrine.

- C'est mon terrain, bien sûr que ça me regarde. Je n'ai pas envie que tous ces originaux prennent l'habitude de se retrouver ici. Et tant qu'on parle de votre tente, je suis presque sûr d'y avoir vu des personnes un peu étrange y travailler et...

- Oubliettes !

Le sortilège frappa le moldu à la façon d'une gifle. Il écarquilla les yeux puis battit des paupières lentement, comme s'il peinait à revenir à lui.

Ses traits finirent pas se détendre et il eut un sourire un peu stupide avant de s'écarter pour nous laisser passer.

Mon sang me donna l'impression de quitter subitement mon visage et je dus serrer les dents pour ne pas hurler au scandale quand l'employé du ministère se porta à notre hauteur.

- Vous ne nous simplifiez pas la tâche avec votre tenue, Lord Malefoy. Ce moldu est assez suspicieux sans que vous n'ajoutiez de l'huile sur le feu.

- J'avais prévenu le Premier Ministre que ce n'était pas une bonne idée d'organiser cette finale ici. Il y avait un site bien plus sécurisé en Irlande du Nord.

- En attendant, la finale se passe ici et mes collègues et moi-même apprécieraient si vous pouviez passer une tenue plus appropriée.

Les cernes violettes sous les yeux de l'homme expliquaient sans doute en partie son ton sec, et si l'expression surprise du moldu ne tournait pas en boucle dans mon esprit, je me serais sans doute réjoui qu'il ait eu l'audace de remettre Lucius à sa place.

Mon grand-père et mon grand-oncle avaient-ils eu le temps de comprendre ce qui leur arrivait avant que l'oubli ne les emporte ? Narcissa les avait-elle attaqués par derrière ou avait-elle eu le courage de les affronter avant d'effacer leurs souvenirs ?

Se souviendraient-ils de moi ?

Cette seule possibilité gelait mes entrailles à chaque fois que mes pensées s'égaraient dans cette direction, tandis que ma colère envers Narcissa accélérait les battements de mon cœur. Après m'avoir menti pendant des années, c'était sans doute ce pour quoi je lui en voulais le plus.

Parce que j'étais certaine que ce n'était pas un hasard si la disparition de ma famille moldue avait suivi la modification de leur mémoire, si tant est que Narcissa n'ait pas usé de l'Imperium pour les obliger à brouiller les pistes, ce dont elle était largement capable.

J'étais tellement perdue dans mes pensées que je faillis percuter Christopher de plein fouet quand il se stoppa brutalement devant moi.

- Merlin tout puissant, dit-il.

En relevant la tête, je compris un peu mieux pourquoi.

La tente qui nous faisait face était énorme, surtout comparée à celles qui l'entouraient, et elle ressemblait presque à un chapiteau, mais un peu comme si la personne qui l'avait conçue n'avait qu'une vague idée de ce à quoi devait ressembler un chapiteau, tout en aimant un peu trop les drapés à la mode orientale (1).

Le mélange de pourpre, de rouge, de orange et de violet sombre n'étaient pas du tout les couleurs que j'avais appris à associer à la famille Malefoy et je crus une folle seconde que Lucius nous faisait faire un arrêt pour discuter avec une de ses connaissances.

Mes yeux tombèrent sur les deux paons albinos attachés devant l'entrée et je compris qu'il n'y avait plus la moindre erreur.

L'assemblage un peu aléatoire de centaines de voiles était l'endroit où nous passerons la nuit.

Lucius se tourna vers nous, un sourire fier aux lèvres et ses traits bien plus détendus que face au moldu un peu plus tôt.

- C'était la tente de Luciana. Elle était dans les greniers du manoir et j'ai pensé qu'elle aurait aimé que nous continuons à nous en servir.

Si cela était encore possible, l'excitation de Draco atteignit de nouveaux sommets et je ne pus retenir un soupir.

Luciana avait été la petite sœur chérie d'Abraxas, le père de Lucius. Sans que je ne sache encore comment cela avait été possible si on considérait qu'elle était une Malefoy et qu'elle était née dans les années 20, elle avait été une aventurière et une briseuse de sort talentueuse. Elle avait trouvé la mort bien avant la naissance de Lucius, et Draco l'idolâtrait depuis la première fois qu'il avait entendu son histoire.

Et si je devais être tout à fait honnête, moi aussi.

Ceci expliquait un peu mieux la démesure de la tente.

- Lucius, c'est parfaitement ridicule !

Le sourire de Lucius se crispa et il arqua un sourcil.

- Je ne comprends pas pourquoi. C'est un objet de famille et je ne voyais pas l'intérêt d'acheter une tente pour une nuit quand nous avions celle-ci au grenier.

- Outre le fait que le ministère a demandé à tous les spectateurs de faire profil bas ? Pourquoi as-tu fait emmener deux paons, exactement ?

Il eut un geste négligent de la main.

- Le sortilège d'Oubliette a été inventé pour une bonne raison il me semble.

Je dus fermer les yeux pour ne pas intervenir et me montrer particulièrement insolente. Je sentis la main de Christopher attraper la mienne et la serrer avec douceur.

Il me tira en avant doucement et je le laissai gagner. Lucius s'était toujours montré méprisant envers les moldus, rien de ce que je pourrais dire ou faire ne changerait ça, et j'avais assez de choses à gérer ces derniers temps pour ne pas ajouter par dessus ça une leçon de morale interminable.

Si l'extérieur de la tente rappelait vaguement un esprit oriental, l'intérieur ressemblait presque trop à certains tableaux historiques.

Il y avait un immense canapé – sur lequel une vingtaine de personnes pourraient s'asseoir –, recouvert de nombreux coussins sur la gauche ; la salle à manger était composée d'une grande table ovale en bois précieux. Il y avait des portes qui menaient vers d'autres pièces – dont la cuisine, sans aucun doute – et j'avais comme l'impression qu'il y avait un étage quelque part.

Pour une aventurière, Luciana Malefoy était étrangement équipée pour recevoir un grand nombre de personnes dans sa tente.

- Il y a trois chambres à l'étage, et j'ai demandé aux elfes d'installer un lit dans le bureau de ma tante pour Christopher. Nous ne devrions pas être à l'étroit.

- Et le contraire aurait sans doute été insurmontable pour une nuit, ironisa Narcissa.

Draco ne partageait absolument pas l'avis de sa mère concernant la tente puisqu'il en fit le tour avec enthousiasme, ouvrant les portes une à une avant de trouver celle qui menait à l'étage et d'y disparaître.

- Bien, je dois retourner au ministère mais je serai de retour à temps pour vous accompagner au stade.

Il embrassa la joue de Narcissa, ignorant au passage son regard sombre et les bras qu'elle avait croisé sur sa poitrine, puis transplana.

Je déglutis quand elle se tourna vers Christopher et moi, maudissant mon cousin en silence pour avoir cédé à sa curiosité et m'avoir laissé seule avec sa mère.

Nous nous étions entendus sur le fait que ce n'était pas une bonne idée.

Il réapparut au moment que Narcissa choisit pour ouvrir la bouche.

- Il y a tout un tas d'animaux empaillés là-haut ! Grande Tante Luciana aurait été très déçue d'apprendre qu'ils sont restés cachés dans sa tente toutes ces années !

Narcissa eut une expression pincée.

- Je ne compte pas transformer le manoir en un musée dédié à la naturalisation et je suis certaine que ton arrière-grand-mère partageait mon avis sur la question. Vous devriez aller faire un tour. Je suis certaine qu'il y a des vendeurs de souvenirs et peut-être même croiserez-vous certains de vos amis. Soyez rentrés pour le thé.

J'eus l'impression qu'un poids quittait mes épaules au moment où je sortais de la tente, et je pris une profonde respiration pour calmer les battements désordonnés de mon cœur.

- Ça va, 'Ely ? souffla Christopher, serrant la main toujours glissée dans la sienne.

J'hochai la tête.

- Oui. On y va ?

Entre les rangs – plus ou moins ordonnées – de tentes – plus ou moins d'allure moldue –, régnait une agitation comme j'en avais rarement connu. Des personnes s'interpellaient sans arrêt, des chants de supporters s'élevaient d'un peu partout, les enfants couraient entre les passants en criant et riant, tout cela au milieu de repas qui cuisaient sur des feux définitivement magiques, au son de langues étrangères, dans un décor qui semblait devenir plus exotique à chaque pas que nous faisions et parmi des personnes aux tenues parfois loufoques.

D'aussi loin que je me souvienne, je n'avais jamais vu autant de sorciers rassemblés au même endroit – les matchs de la Ligue de Quidditch n'attiraient pas le dixième de tous ceux qui se trouvaient ici – et le chemin de Traverse n'aurait pas pu accueillir autant de personnes.

Autant de sorciers, d'un coup, était étourdissant – combien étions-nous au total sur Terre ? Combien de nationalités étaient-elles représentées aujourd'hui ? – et pourtant, j'apercevais de temps en temps un visage familier – soit parce qu'il appartenait à la société Sang-Pur, soit parce qu'il s'agissait d'un condisciple de Poudlard – ce qui était peut-être le plus étrange.

Comme un peu de banalité au milieu du chaos.

Soudainement, tout devint vert.

Toutes les tentes devant nous étaient recouvertes d'un épais tapis de véritables trèfles, qui les faisait ressembler à d'étranges monticules surgis de terre, au-dessus duquel flottaient plusieurs dizaines de drapeaux Irlandais. Ici, la musique était plus forte que jamais, mêlant les paroles de chants de supporters à ceux plus traditionnels, le tout dans une ambiance encore plus fébrile.

- Aaaah, maintenant ça devient intéressant ! On devrait trouver de quoi s'habiller aux couleurs de l'Irlande quelque part !

- Ce n'est pas le bon moment pour lui dire que je suis pour la Bulgarie, n'est-ce pas ? me souffla Christopher.

Je retins un sourire. Mon ami avait naturellement choisi le camp opposé, autant parce qu'il avait appris à aimer les bulgares à Durmstrang, aussi parce qu'il avait une bonne part de sang Irlandais dans les veines et que c'était une façon comme une autre de s'éloigner des Rowle.

- Je pense que du moment que l'Irlande gagne, Draco ne devrait pas trop t'en vouloir.

- Tu peux rêver, Black.

- Tu l'as dit toi-même, la Bulgarie n'a qu'un seul bon joueur et c'est lui qui a emmené son équipe en final. L'Irlande a sept joueurs redoutables. Vous n'avez aucune chance.

Il plissa les yeux, l'air menaçant – dont j'avais appris à me méfier, même si je savais qu'il ne me ferait jamais de mal ou du reste, pas intentionnellement – et cette fois, j'éclatai de rire, ce qui ne manqua pas d'attirer l'attention de Draco.

- Quoi ?

- Rien, dis-je. Pas de vendeurs en vue ?

Draco me dévisagea puis se détourna.

Nous n'eûmes pas longtemps à attendre. Un homme était entouré par les rares personnes ne portant pas encore du vert. Le chariot du vendeurs proposait un large choix : des classiques rosettes lumineuses aux multiplettes, en passant par des maillots aux noms de joueurs, des figures ou encore des drapeaux.

Naturellement, Draco fit preuve de sa grande retenue en prenant un exemplaire de chaque – à l'exception des multiplettes, mais uniquement parce que je lui fis la remarque qu'il en avait déjà deux paires en parfait état de marche –. Le vendeur lui tendit un sac plein à craquer avec un large sourire, visiblement ravi d'avoir fait affaire avec l'héritier Malefoy.

- Et pour la demoiselle ?

- Le maillot de Morane, une écharpe et une rosette, s'il-vous-plaît.

- Vous ne voulez pas la figurine de Morane ou celle de l'Eclair de Feu ?

Je préférais Biddy Morane quand elle était aux couleurs des Harpies pour commencer, et j'avais un Éclair de Feu à taille réelle dans ma chambre.

- Non merci.

Le vendeur sembla clairement déçu et je lui adressai un sourire froid.

- Bon match, les jeunes !

Draco passa un long moment à fouiller dans son sac, comme s'il essayait de faire une liste des choses qu'il avait acheté, afin de pouvoir compléter sa collection si jamais l'occasion se présentait. Nous quittions la zone réservée aux supporters de l'Irlande quand il réalisa que Christopher n'avait rien acheté.

- Tu as oublié ton argent ? Je peux t'en prêter, si tu veux.

Le coin des lèvres de Christopher frémit.

- Je suis pour la Bulgarie ce soir.

Draco ne comprit pas tout de suite, mais son expression choquée valait à elle seule son pesant de Gallions. Mon éclat de rire passa mes lèvres avant que je n'ai eu le temps de penser à le retenir.

- Comment ça, tu es pour la Bulgarie ? Tes grands-parents maternels sont Irlandais !

Christopher haussa un sourcil.

- Précisément, oui. Les bulgares me sont terriblement plus sympathiques.

Le visage de Draco se ferma. Il se détourna avec un geste sec – qui aurait certainement fait tourbillonner sa cape s'il en avait porté une –.

- Je ne pensais pas que tu étais stupide, Rowle. Les bulgares vont perdre.

Christopher leva les yeux au ciel mais s'abstint de tout commentaire – sûrement savait-il très bien que Draco ne l'écoutait déjà plus –.

Tandis que mon cousin faisait la tête devant nous, nous parvînmes à la zone des supporters bulgares. Des portraits de Viktor Krum, le fameux attrapeur prodige, décorait chacune des tentes, ce qui me fit presque de la peine pour les six autres joueurs.

D'un autre côté, si ça pouvait suffisamment les déstabiliser pour la finale...

A mes côtés, il me sembla que le pas de Christopher se faisait plus léger tandis qu'il se tenait plus droit. Je ne pus retenir un sourire : un an plus tôt, aucun de nous deux n'aurait pu penser que son année à Durmstrang le transformerait autant.

Si les Rowle avaient cru que l'école bulgare briserait leur fils à leur place, ils s'étaient lourdement trompés.

Christopher profita à son tour du stand d'un vendeur pour acheter un chapeau aux couleurs de la Bulgarie, une rosette et un drapeau. Draco et moi firent attention à garder nos sacs bien fermés, pour que personne ne devine les vêtements verts qu'ils contenaient.

- Je croyais que tu n'aimais pas tant que ça le Quidditch ?

Il haussa les épaules.

- Quelque chose me dit qu'il ne va pas y avoir beaucoup de supporters bulgares dans la tribune officielle... Je ne veux pas de problèmes à la rentrée.

Sur le chemin vers notre tente – difficile à perdre de vue – nous croisâmes plusieurs connaissances : Marcus et Hadrian Flint – mon ami me dévisagea ouvertement, essayant sans doute de lire mes pensées –, Vincent et Gregory – devant un stand Zonko auquel Draco acheta une quantité ridicule de sucreries –, Sven Avery – qui sembla tenter de faire comme s'il ne m'avait pas vu – et Blaise Zabini – entouré par plusieurs italiennes qu'il nous présenta comme ses cousines –.

J'étais à peu près certaine que Deloris était quelque part avec ses deux frères – elle ne pouvait pas louper un tel événement – mais je n'avais pas reçu de lettre de sa part me proposant de la retrouver, parce que je n'avais pas reçu de lettre de sa part de tout l'été tout court.

- Pansy n'a pas réussi à faire plier sa mère alors ?

- Non... J'ai pour mission de lui rapporter tout ce qu'il va se passer en détails, ou ce n'est pas la peine que je lui adresse à nouveau la parole.

Je m'étais tellement habituée à voir Pansy cet été que son absence me faisait vraiment bizarre. Je n'allais toutefois pas lui dire, au risque d'en entendre parler pour l'éternité à venir.

Au détour d'une rangée de tentes plus discrètes que les autres, je remarquai une bannière étoilée qui me stoppa net.

Institut des sorcières de Salem.

La voix d'Andromeda Tonks résonna dans mes oreilles.

Je sais qu'elle était fille unique, qu'elle a étudié à Salem...

Je déglutis.

Un groupe de jeunes femmes – elles ne pouvaient pas avoir plus de vingt ans – discutaient joyeusement sous la bannière étoilée. Je fis un premier pas dans leur direction.

Ma mère avait étudié à Salem. Je n'allais pas passer à côté d'une occasion d'en apprendre plus sur elle, même si mes chances étaient maigres.

Qui pouvaient me dire quand je croiserais d'autres sorcières américaines ?

Je soufflai à Chris que je les rejoindrai en lâchant sa main.

En me voyant approcher, les filles cessèrent de discuter, et une jolie blonde au teint doré m'offrit un sourire engageant.

- Ça va ?

Son accent américain était prononcé – était-il semblable à celui de ma mère ? Différent ? –. Je clignais des yeux pour rassembler mes pensées.

- Oui, je... Je ne veux pas vous déranger, mais je me demandais si vous auriez entendu d'une personne qui a fait ses études à Salem ?

Le sourire de la fille se fit un peu plus large et elle me fit signe d'approcher.

- Tu ne nous embêtes pas, au contraire. Nous sommes venues en Europe pour échanger après tout. Mais je ne te promets rien.

- Comment s'appelle la sorcière que tu connais ? me demanda une autre fille, brune cette fois, ses lèvres carmins tranchant avec ses dents blanches.

- Judy Adler. Elle a dû faire partie de la promotion de 1978 ?

Les deux filles échangèrent un regard et je sus que cela remontait à trop loin pour elle. Je fis de mon mieux pour ravaler ma déception.

- Ce n'est pas grave... Je...

La brune leva une main.

- Non, attends. Je vais demander à Miss Carvajal. Elle enseigne à Salem depuis longtemps, peut-être qu'elle aura entendu parler d'elle.

Elle disparut dans la tente et je me retrouvai seule avec la blonde, qui m'offrit un sourire rassurant.

- Tu dois être à Poudlard, non ?

- Oui. A Serpentard. Vous êtes venues exprès pour la finale ?

- Non... C'est une sorte de voyage scolaire que l'on peut faire à la fin de nos études. Nous, on a choisi l'Europe, et comme on savait que la finale aurait lieu pendant qu'on était en Angleterre, on en a profité. Je n'ai jamais vu une telle ambiance, le match promet d'être mémorable !

J'allais lui demander quelle équipe elle soutenait quand la brune revint.

- Viens, Miss Carjaval veut te voir.

Je m'excusai d'un regard et j'entrai dans la tente. Si d'extérieur, elle donnait l'impression de ne pas pouvoir accueillir plus de deux personnes, l'intérieur était bien plus spacieux et décoré avec goût. Une femme d'une soixantaine d'années était installée sur l'un des fauteuils, un verre de limonade devant elle et un livre sur ses genoux. Elle me désigna le siège près d'elle.

- Merci, Magda.

La fille sortit et je pris place à la gauche de Miss Carjaval après une ultime hésitation.

Si je voulais des réponses, c'était le moment ou jamais.

- Bonjour, soufflai-je, tandis qu'elle me détaillait par-dessus ses lunettes en écailles. J'espère que je ne vous dérange pas.

- Je suis en vacances, j'ai le temps. Comment t'appelles-tu ?

Le nom d'Alya Lestrange était sur le bout de ma langue, mais je me repris avant qu'il ne passe mes lèvres. Cette femme retournerait aux Etats-Unis avant la fin de l'été, les chances pour qu'elle aille répéter à quelqu'un que je n'étais pas celle que je prétendais être étaient très minces.

Sans oublier qu'Alya Lestrange n'avait rien à voir dans cette histoire.

Je ne pouvais pas mentir.

- Maellyn Black, dis-je, mon vrai nom résonnant étrangement à mes oreilles.

Je n'étais pas sûre de l'avoir déjà prononcé à voix haute depuis que j'avais appris la vérité.

Maellyn Liberté Black.

- Magda m'a dit que tu demandais après une certaine Judy Adler ? Pourquoi ?

Mon cœur s'accéléra.

- Vous la connaissiez ?

Elle leva une main.

- C'était une de mes élèves, mais je n'ai pas pour habitude de révéler des informations personnelles à des inconnus. Alors, pourquoi ?

J'eus besoin d'une grande bouffée d'air pour répondre.

- Je suis sa... fille.

Ma gorge se serra. Le monde tangua autour de moi. Ça aussi, c'était la première fois que je le disais à voix haute. Il me fallut plusieurs secondes pour reprendre le dessus sur les émotions qui tourbillonnaient en moi.

Elle est décédée quand j'étais un bébé, puis j'ai été adoptée et je... J'essaie d'en apprendre un peu plus sur elle.

Miss Carjaval me détailla un long moment, comme si elle me faisait passer un test dont j'ignorais la teneur exacte. Je m'obligeai à ne pas bouger, priant en silence qu'elle accepte de me répondre.

Finalement, elle eut un sourire et hocha la tête, comme si, quoiqu'elle ait pu lire en moi, lui convenait.

- Il me semblait bien qu'il y avait un air de famille... Je suis désolée d'apprendre qu'elle a trouvé une fin sinistre si tôt. Non pas que je sois vraiment surprise.

Je déglutis.

- Pourquoi ?

Elle eut un soupir lasse et se renfonça contre le dossier de son fauteuil.

- La raison pour laquelle je me souviens aussi bien de Miss Adler est qu'elle a été renvoyée de l'Institut de Salem pendant son année de Contemplation. Cela n'arrive pas souvent.

J'en perdis l'usage de ma langue – et de ma mâchoire –. Il me fallut une longue minute avant de pouvoir reprendre.

- Je l'ignorai, soufflai-je finalement. Que s'est-il passé ?

- Je ne me souviens plus des détails précis, mais elle a fait usage de la magie devant les moldus. Le MACUSA lui a retiré son permis de baguette parce que ce n'était pas la première fois, et sans baguette, elle ne pouvait plus poursuivre ses études... Un vrai gâchis, mais nous devons tous obéir à la loi.

Quelques semaines plus tôt, une telle révélation m'aurait sans doute laissée avec des vertiges et l'impression que mon cœur allait sortir de ma poitrine, mais au fond, je n'étais pas vraiment surprise.

Mon grand-père et mon oncle étaient à la tête d'un trafic quelconque, ma mère les avait sans doute aidés et je n'avais pas oublié à quoi ma mère ressemblait à quinze ans.

Des cheveux courts et sombres, des yeux maquillés de noir et l'air particulièrement mauvais.

Je m'obligeai donc à ne pas m'appesantir sur cette nouvelle – du moins, pas pour le moment – et je choisis de profiter de l'occasion pour en apprendre plus sur elle.

C'était peut-être la dernière avant longtemps.

- Quelle matière enseignez-vous ?

- Duel. Ta mère était loin d'être ma meilleure élève.

- Pourquoi ?

- Elle avait tendance à plus utiliser ses poings que sa baguette...

Je levai les yeux au ciel – peu surprise étant donné que ma mère avait fait de la compétition à un moment donné – et Miss Carjaval eut un sourire amusé.

- Tout cela me semble bien loin aujourd'hui, et je crains que de ne plus me souvenir de grand chose d'autre, mais je pourrais essayer de retrouver son dossier scolaire...

Mon cœur fit un bon.

- Vraiment ?

Elle haussa les épaules et eut un geste négligent de la main.

- Même si ta mère a été renvoyée avant de passer son diplôme, elle reste une fille de Salem, et toi aussi, d'une certaine façon. Nous faisons la promesse de veiller les unes sur les autres.

J'eus du mal à trouver les mots pour la remercier et je me souvins à temps de lui préciser que je serai à Poudlard pour l'année à venir, ce qui lui tira un éclat de rire.

- Je m'en doutais, demoiselle. Profite bien du match.

- Vous aussi.

Devant la tente, les filles avaient disparu, et Christopher et Draco m'attendaient un peu plus loin, visiblement en plein milieu d'une discussion animée.

- Vous n'avez pas la moindre chance ! Quatre des sept joueurs d'Irlande sont allés jusqu'à la finale de la Ligue !

- Il y a une Ligue Nationale en Bulgarie aussi !

Je secouai la tête, peinant à croire ce que j'entendais. Christopher n'avait jamais été un grand passionné de Quidditch – il jugeait ce sport trop violent et sans intérêt – et je le soupçonnais de juste prendre plaisir à faire enrager Draco en défendant l'équipe Bulgare.

Je ne pouvais pas tellement lui en vouloir, parce qu'il ne manquait jamais de monter sur ses grands Hippogriffes, surtout quand l'honneur d'Aidan Lynch, l'attrapeur qui jouait chez les Pies de Montrose, était en jeu.

- Ah, tu es là ! Pitié, fais-le taire, avant que je le lâche au milieu des supporters d'Irlande. On verra s'il ferra toujours le malin !

Cette fois, Christopher éclata de rire, celui qu'il réservait normalement aux moments où nous étions seuls tous les deux, mais qui lui échappait de plus en plus souvent en présence de Draco.

Ce n'était pas la première fois que je remarquais qu'ils s'étaient rapprochés au cours de l'été.

- Je ne peux décidément pas vous laisser seuls cinq minutes sans que vous ne vous fassiez remarquer.

Draco se rembrunit et croisa ses bras sur la poitrine.

- C'est lui qui a commencé, grommela-t-il.

- Mais bien sûr...

Christopher eut un sourire clairement satisfait.

- Tu as appris quelque chose ?

Je faillis les narguer – je ne donnais pas deux minutes à Draco avant qu'il ne perde patience – sauf que je savais déjà que leur tête vaudrait le détour.

- Ma mère s'est faite renvoyer de Salem.

Draco écarquilla les yeux et me dévisagea, tandis que Christopher haussait brièvement un sourcil.

- Je vais finir par croire que si ta mère n'était pas décédée aussi jeune, elle aurait fini par se faire bannir par le MACUSA.

Le bannissement était sans doute la peine capitale favorite du MACUSA, et de ce qui se disait, ils l'appliquaient en priorité aux personnes qui faisaient de la magie devant moldus. Il était fort probable que ma mère n'y ait échappé qu'à cause de son âge.

- Possible.

Draco soupira.

- Il n'y a que moi qui suis étonné, c'est ça ?

- Il n'y a que toi qui n'a toujours pas compris qu'il y avait plus de rébellion dans le petit doigt de Judy Adler que dans tout le corps de Sirius Black, résuma Christopher.

La formulation me fit éclater de rire, et je me promis de la répéter à mon père, juste pour voir sa tête. Elle plut nettement moins à mon cousin, puisqu'il passa une dizaine de minutes à faire la tête, jusqu'à ce que nous croisions la route d'un marchand de glace, qui lui servit trois boules dans un cône énorme. D'un commun accord, nous choisîmes de déambuler dans le pré le plus longtemps possible, rejoignant la tente avec un quart d'heure de retard.

Narcissa était installée sur l'immense canapé, une tasse de thé à la main, et ce qui ressemblait beaucoup à un buffet froid sur la table basse, comme si nous risquions de mourir de faim d'ici à notre repas après le match.

- Vous êtes en retard, jeunes gens, dit-elle.

- Je vous prie de nous excuser, Lady Malefoy. Nous nous sommes perdus, répondit Christopher avant même que Draco et moi ayons pu ouvrir la bouche.

Il avait de toute évidence réfléchi à une excuse plausible.

A la façon dont Narcissa haussa un sourcil, cela ne sembla pas tout à fait la convaincre, mais elle fit tout de même un geste vers les places libres.

J'eus un soupir. Les repas avec Narcissa étaient désagréables aux bas mots. D'une part parce que je détestais être dans la même pièce qu'elle, d'autre part parce qu'elle essayait de lutter contre notre silence buté en faisant la conversation malgré tout. Ça ne me donnait pas vraiment envie de manger en règle générale, mais je ne pouvais pas quitter la table tant qu'elle n'était pas satisfaite de la quantité de nourriture que j'avais avalé, plaidant que ma santé restait sa responsabilité et qu'elle n'hésiterait pas à faire intervenir le Médicomage Perrin à nouveau.

Que ses mensonges soient à l'origine de ma crise de vomissements du début de l'été n'était sans doute qu'un détail qu'elle préférait ignorer, comme tant d'autres.

Draco fut le premier à s'asseoir – avec le plus de mauvaise volonté qu'il pouvait invoquer –, puis Christopher, ce qui me laissa la place la plus éloignée de Narcissa.

C'était aussi bien.

Je fis de mon mieux pour ignorer la compagnie de ma grande cousine, grignotant les canapés qui me semblaient les plus gras – je voyais le Médicomage Perrin avant la rentrée et je comptais bien éviter une énième leçon de morale –, vaguement consciente que Draco et Christopher répondaient aux inepties de Narcissa par des expressions monosyllabiques pour lesquelles ils avaient développé une maîtrise sans pareille au cours de l'été.

Mes pensées, elles, étaient de retour sous la tente de l'Institut des Sorcières de Salem, rejouant ce que j'avais appris un peu par hasard sur ma mère, priant pour que je puisse un jour pouvoir demander des détails à mon grand-père sur les circonstances de son exclusion.

Miss Carjaval m'avait promis de m'envoyer le dossier scolaire de ma mère, mais je doutais d'y trouver toute la vérité. Judy Adler semblait avoir cultivé une aura de mystère toute sa vie et je l'imaginais mal se confier complètement à la directrice de Salem ou aux Aurors du MACUSA.

A mesure que j'apprenais à la connaître, j''étais chaque fois un peu plus convaincue que mon père était loin de tout savoir, et que les réponses à mes questions se trouvaient aux Etats-Unis.

Du reste, si ma famille s'y trouvait encore.

Christopher me sortit de mes réflexions d'un coup de coude.

- On va se préparer ?

Les Elfes étaient apparus pour ramasser les différents plats – sur lesquels il restait largement de quoi nous nourrir au retour du match – et je ne fus pas mécontente de pouvoir m'éclipser à l'étage, loin de Narcissa.

- Ça va ? me demanda Christopher tandis que nous montions les escaliers.

- Oui, pourquoi ?

- Parce que tu as été absente pendant tout le repas.

Je haussai les épaules.

- J'essayais d'imaginer ce que ma mère avait bien pu faire pour qu'on lui retire son permis de baguette.

Un sourire en coin – qui ressemblait beaucoup à celui des Black – étira ses lèvres.

- Puisque c'est ta mère, probablement quelque chose de stupide.

Je décidai de lui tirer la langue et de refermer la porte derrière moi.

Ma chambre était une petite pièce, meublé d'un lit une place et au mobilier très simple. Une fenêtre offrait toutefois une belle vue dégagée et je pus voir à quoi ressemblaient les rassemblements bulgares et irlandais de loin.

Une étendue verte et une autre rouge, séparées par des tentes de toutes les couleurs, semblaient déjà s'affronter. La magie était visible partout et la colère revint faire accélérer mon cœur en pensant à ce pauvre Monsieur Robert qui risquait de perdre une partie de sa tête à force des nombreux sortilèges d'Amnésie qu'il allait recevoir cette nuit. Sans surprise, une robe d'un vert sombre était posée sur le lit, ainsi qu'une cape noire. De toute évidence, il était plus important de faire bonne impression à la tribune officielle plutôt que de se montrer discret devant les quelques moldus.

La robe était en velours et la lumière lui donnait des reflets argentés. De délicates broderies évoquaient des fleurs tropicales colorées. Je ne me souvenais même plus depuis combien de temps je la possédais – le vert n'était pas ma couleur favorite, mais restait un indispensable dans la société Sang-Pur – et je savais pertinemment qu'elle valait une petite fortune à elle seule.

J'avais inexplicablement envie d'y mettre le feu, juste pour voir ce qu'en penseraient Lucius et Narcissa.

Au lieu de cela, je pris une profonde inspiration et sortit le maillot au nom de Morane que je passai par-dessus le chemisier prune. Il était un peu grand, mais une fois rentré dans ma jupe, ma rosette sur ma poitrine, le tout accessoirisé de l'écharpe aux couleurs de l'Irlande, je ressemblai presque aux moldus que nous avions vu en Italie et qui soutenaient une équipe de football si Miss Ross ne s'était pas trompée.

J'aurais aimé pouvoir décorer mes joues de vert et blanc comme lors des matchs de la Coupe des Maisons, mais je n'avais pas vraiment envie que Lucius m'écorche vive.

Je rassemblai mes longues mèches noires en une queue de cheval haute, puis j'enfilai la cape noire.

Cela serait ma seule concession ce soir, et il faudrait qu'ils s'en satisfassent.

J'attendis que Christopher donne un simple coup sur ma porte pour sortir, attrapant ma paire de multiplettes au passage.

Naturellement, il avait revêtu une robe noire simple qui tranchait étrangement avec son chapeau ridicule. La rosette à sa poitrine me donna l'impression d'augmenter de volume à proximité de la mienne – ce qui semblait même réciproque – et il ne tarderait sans doute pas à agiter son drapeau à la première occasion.

Il ne commenta pas ma tenue et Draco ne sembla rien remarquer, occupé comme il l'était à régler ses multiplettes – il avait la sale manie de toucher à tous les boutons, tout le temps, et il ratait parfois certaines actions à cause de cela –.

- Alya, quelle est cette tenue ?

La voix traînante de Lucius me rassura sur un point : je n'étais pas devenue invisible.

- La robe sur mon lit est trop petite.

Lucius haussa un sourcil surpris.

- Je suis sûr que les Elfes peuvent arranger cela en un instant.

Je plantai mon regard dans le sien, prête à le défier s'il insistait vraiment pour que je porte cette fichue robe, mais Narcissa intervint.

- Les Elfes font de la magie, pas des miracles. C'est un match de Quidditch, Lucius, pas un bal.

- Nous serons dans la tribune officielle, en présence du Ministre de la Magie et de son homologue Bulgare. J'exige un minimum de tenue !

- Je n'ai rien d'autre à me mettre, mon oncle.

Il me lança un regard sombre où semblait briller une lueur mauvaise, et je relevai le menton.

L'époque où je m'écrasai devant lui était révolue.

- C'est sans doute de ma faute, Lucius. J'ai dû me tromper de robe en préparant ses affaires. N'en faisons pas toute une histoire ou nous allons finir par être en retard.

Lucius fit claquer sa langue.

- Une fois de plus, tu prends sa défense, Narcissa.

- Et une fois de plus, tu te montres plus sévère que nécessaire. En route.

Je dus me mordre la langue pour ne pas répondre au regard sombre de Lucius par un sourire insolent.

Dehors, tous les sorciers s'étaient mis en route en direction du bois. Les drapeaux de l'Irlande et de la Bulgarie semblaient flotter qu'importe où mon regard se posait. Les cris, les éclats de rire et les chansons des supporters se mêlaient dans l'air encore tiède de la fin de l'été. Certains jouaient des coudes au milieu du tumulte, mais l'ambiance bon enfant demeurait.

Je ne remarquai pas immédiatement qu'une sorte de vide me séparait de la foule. Ce n'était pas grand chose – une vingtaine de centimètres tout au plus – mais personne n'osait nous approcher de trop près, comme si nous ne faisions pas vraiment partie de l'événement.

Un coup d'œil par-dessus mon épaule m'apprit que ce n'était pas tout à fait faux. Si Draco affichait un large sourire et que Christopher semblait particulièrement détendu, Lucius et Narcissa donnaient l'impression de se rendre à une réception Sang-Pur, autant parce que leurs tenues n'étaient pas celles que l'on attendait dans un stade de Quidditch, que parce qu'aucune émotion ne marquait les traits de leur visage.

Ces gens autour de nous et les Malefoy ne vivaient pas dans le même monde.

J'étais du mauvais côté du vide.

Je trébuchai, mes jambes soudainement un peu molles, et je faillis bien tomber par la même occasion.

Je remontai le chemin jusqu'à l'immense stade – protégé des moldus par d'immenses murailles d'or, du genre de celles qui entouraient le manoir Malefoy – dans une sorte d'état second, mal à l'aise dans ma propre peau, me retenant difficilement de hurler la vérité de toute la force de mes poumons avant de disparaître dans la foule.

Sauf que je n'avais nulle part d'autre où aller et que je ne pouvais pas vivre une vie de fugitive aux côtés de mon père.

J'étais du mauvais côté du vide, et je ne pouvais pas m'échapper.

- Ça sera la tribune officielle pour vous aussi, s'exclama la sorcière en contrôlant les billets que Lucius lui tendait. Montez les escaliers, quand il n'y aura plus de marches, vous serez arrivés.

L'ascension se fit sur des marches recouvertes d'un épais tapis pourpre et me parut interminable. Au sommet, une petit loge dominait tout le stade et donnait sur le centre du terrain, à mi-chemin des deux lignes de but. Une trentaine de chaises pourpre et or étaient alignées sur trois rangées, et les Weasley étaient déjà installés au premier rang, ainsi que de nombreux hauts fonctionnaires si ma mémoire était exacte – ceux qui n'étaient pas Sang-Purs étaient parfois invités à certaines soirées malgré tout – et Cornélius Fudge sembla particulièrement ravi par l'arrivée de Lucius.

- Ah, Fudge, dit Lucius en tendant la main au ministre de la Magie. Comment aller-vous ? Je crois que vous ne connaissez pas mon épouse, Narcissa ? Ni notre fils, Draco ?

Je ne fus pas vraiment surprise qu'il omette de nous présenter, Christopher et moi, et ce ne fut pas plus mal. Le nom des Lestrange mettait beaucoup trop de personnes mal à l'aise.

- Mes hommages, Madame, dit Fudge avec un sourire, en s'inclinant devant Narcissa. Permettez-moi de vous présenter Mr Oblansk... Obalonsk... Mr... enfin bref, le ministre bulgare de la Magie. De toute façon, il est incapable de comprendre un traître mot de ce que je dis, alors peu importe.

Le ministre bulgare était un homme assez grand, large d'épaule et aux cheveux ras. Il s'inclina légèrement devant Narcissa, puis son regard brun se posa sur Christopher et il le dévisagea ouvertement.

- Здравей, министър.

Obalonsk eut un mouvement de recul et ses yeux s'écarquillèrent, lui donnant presque l'air d'un hibou. Il répondit toutefois à Christopher en bulgare et je vis mon meilleur ami se transformer de seconde en seconde.

Sa posture devint plus raide et plus droite, ses épaules basses et son menton relevé. Ses mains se rejoignirent dans le bas de son dos et les traits de son visage se firent plus durs.

Même sa voix n'était pas comme d'habitude, plus grave et plus sèche à la fois. Il parlait toutefois avec confiance et ce fut au tour de Fudge d'être surpris.

- Ce garçon est avec vous, Lucius ?

- Oui, c'est le fils Rowle. Mon épouse s'est prise d'affection pour lui.

- Et il parle bulgare ?

- Il fait ses études à Durmstrang.

- Ça, par exemple ! Vous auriez dû me le dire, je vous l'aurais emprunté pour la journée, cela m'aurait évité bien des déboires ! Enfin, installons-nous, Ludo ne devrait plus tarder.

Lucius adressa un dernier signe de tête dédaigneux à Monsieur Weasley et nous le suivîmes le long de la rangée de chaises qui nous était réservée. Draco se retrouva entre ses parents, et Christopher se sacrifia en s'installant à la droite de Lucius.

- Pourquoi le premier ministre bulgare te parlait, jeune homme ?

Christopher ne sembla pas impressionné par le ton sec de Lucius, sans doute parce que celui de Thorfinn Rowle l'avait habitué à bien pire.

- Je l'ai salué en bulgare, Lord Malefoy, et il m'a demandé pourquoi un petit anglais parlait sa langue. Je lui ai dit que j'étudiais à Durmstrang et nous avons parlé de l'école. D'après lui, une surprise m'attend pour la rentrée.

- Je dirais même que tu risques de regretter d'avoir quitté Poudlard, Christopher.

Christopher et moi échangeâmes un regard sans comprendre plus l'un que l'autre ce que Lucius sous-entendait. Je me promis de lancer Pansy sur la question : s'il y avait quelque chose à savoir, elle était la seule qui aurait pu le découvrir.

- Tout le monde est prêt ? demanda Ludo Verpey, le visage luisant et le souffle un peu court. Monsieur le ministre, on peut y aller ?

- Quand vous voudrez, Ludo, dit Fudge, très à son aise derrière nous.

Verpey sortit aussitôt sa baguette magique, la pointa sur sa gorge et s'exclama :

- Sonorus !

Il parla alors par-dessus le tumulte qui emplissait à présent le stade plein à craquer et sa voix tonitruante résonna sur tous les gradins :

- Mesdames et messieurs, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue ! Bienvenue à cette

finale de la quatre cent deuxième Coupe du Monde de Quidditch !

Les spectateurs se mirent à hurler et à applaudir. Des milliers de drapeaux s'agitèrent, mêlant les hymnes nationaux des deux équipes dans une cacophonie qui s'ajouta au vacarme. Le dernier message publicitaire (Les Dragées surprises de Bertie Crochue — prenez le risque à chaque bouchée !) s'effaça de l'immense tableau qui affichait à présent BULGARIE : ZERO, IRLANDE : ZERO.

- Et maintenant, sans plus tarder, permettez-moi de vous présenter... Les mascottes de l'équipe bulgare !

La partie droite des gradins, entièrement colorée de rouge, explosa en acclamations et Christopher agita son drapeau.

Je portai mes multiplettes devant mes yeux : une centaine de femmes avançaient avec grâce sur l'herbe, leurs longs cheveux blonds – presque blancs – volaient derrière elles, leur peau semblait scintiller sous la lumière de la lune et leurs visages étaient d'une finesse trop parfaite pour que cela soit parfaitement naturel.

J'avais déjà croisé le nom des Vélanes dans certains livres, mais je n'étais pas bien certaine de comprendre ce qui faisait de ces femmes des créatures magiques. Bien vite, elles se mirent à chanter et à danser, d'abord avec talent, puis d'une façon de plus en plus sauvage, presque envoûtante. La musique cessa et je baissai mes multiplettes.

Le spectacle dans la tribune officielle me fit lever les sourcils.

Devant moi, Harry Potter avait commencé à enjamber la rambarde, Ronald Weasley semblait contempler la possibilité de saute. Draco et Lucius partageaient le même air stupide.

Christopher me glissa un clin d'oeil amusé, occupé comme moi à dévisager les personnes autour de nous.

Dans le stade, des cris de fureurs – masculins – saluèrent le départ des Vélanes.

- Qu'est-ce qu'il leur prend ? Soufflai-je.

Les nombreuses réceptions du monde Sang-Pur m'avaient appris que les hommes pouvaient perdre tout bon sens quand une femme accrochait leur regard, mais une telle démonstration était inédite.

Christopher se pencha vers moi.

- On a étudié les Vélanes en Défense cette année. Elles envoûtent les hommes, ainsi que certaines femmes, et leur font faire les pires stupidités, m'expliqua-t-il.

Je lui glissai un rapide coup d'oeil.

- Tu n'avais pas l'air si envoûté que ça. Il y a un moyen de se défendre ?

Il secoua la tête, un sourire étrange aux lèvres.

- Je fais partie des personnes sur lesquelles elles n'ont pas d'effet.

Je ne sus quoi faire de son explication pleine de mystère.

- Et maintenant, rugit la voix amplifiée de Ludo Verpey, veuillez s'il vous plaît lever vos baguettes... pour accueillir les mascottes de l'équipe nationale d'Irlande !

Un instant plus tard, quelque chose qui ressemblait à une grande comète vert et or surgit dans le stade. Elle fit un tour complet du terrain, puis se sépara en deux comètes plus petites, chacune se précipitant vers les buts. Un arc-en-ciel se déploya brusquement d'un bout à l'autre du stade, reliant entre elles les deux comètes lumineuses.

Un sourire étira mes lèvres tandis que je devinais la nature des mascottes des irlandais.

De nombreux contes pour enfants évoquaient les farfadets et leur capacité à se déplacer d'un point à un autre en faisant apparaître un arc-en-ciel.

Ce dernier finit par disparaître et les deux comètes se réunirent pour se fondre à nouveau en une seule, formant à présent un grand trèfle scintillant qui s'éleva dans le ciel et vola au-dessus des tribunes. Une sorte de pluie d'or semblait en tomber...

Je n'eus que le temps de lever le programme au-dessus de moi pour me protéger des pièces d'or qui tombèrent sur nous.

Ronald Weasley sembla ravi par la surprise des Farfadets et il ramassa le plus de pièces d'or possible, même si je n'en voyais pas vraiment l'intérêt. Il devait bien savoir qu'elles n'étaient qu'une illusion et qu'elle finirait par disparaître, non ?

Le trèfle géant se dispersa, les farfadets se laissèrent tomber en douceur sur le terrain, au pied des buts de leur équipe, et s'assirent en tailleur pour assister au match.

- Et maintenant, Mesdames et Messieurs, nous avons le plaisir d'accueillir... l'équipe nationale de Quidditch de Bulgarie ! Voici... Dimitrov !

Les supporters bulgares firent retentirent leurs encouragements sous forme de cris et d'applaudissements tonitruants. Verpey énonça chaque nom des joueurs – Ivanova, Zograf, Leevski, Vulchanov, Volkov et Krum – et Christopher ne tarda pas à secouer le drapeau de la Bulgarie, imitant les personnes qui entouraient le premier ministre Obalonsk.

- Et maintenant, accueillons... l'équipe nationale de Quidditch d'Irlande ! s'époumona Verpey. Voici... Connolly ! Ryan ! Troy ! Mullet ! Morane ! Quigley ! Eeeeeeeeeet... Lynch !

Les sept joueurs traversèrent le stade à une telle vitesse que je fus incapable de distinguer Morane entre les différentes traînées vertes. J'applaudis toutefois et mêlai ma voix à celle des supporters de l'Irlande.

Le match commença presque aussitôt, et les choses sérieuses commencèrent si vite que je loupai une action le temps de porter mes multiplettes à mes yeux. Le Souaffle passait des mains d'un Poursuiveur au suivant avec une fluidité digne des meilleurs match que j'avais vu. Les Irlandais avait une technique plus fluide que celle des bulgares, mais cela se jouait à quelques détails. Les deux équipes étaient décidées à gagner.

Ce fut Troy qui marqua le premier but, déclenchant des acclamations si intenses qu'il me sembla que le sol se mettait à vibrer sous mes pieds et je dus protéger mes oreilles du bruit qui les faisait bourdonner, de peur de terminer avec une méchante migraine avant que le Vif d'Or ne soit attrapé.

Après que l'Irlande ait marqué deux buts de plus, les bulgares devinrent plus agressifs, portés par les Cognards sans pitié des deux Batteurs qui gênaient les trajectoires des irlandais. Sans surprise, Ivanova réussit finalement à s'emparer du Souaffle et à marquer le premier but pour son pays.

Aussitôt, les Vélanes se mirent à danser pour célébrer l'exploit.

Christopher se boucha les oreilles.

Le temps que je lui lance un regard moqueur – auquel il me répondit en me tirant la langue –, le Souaffle était de nouveau entre les mains des bulgares.

J'étais si concentrée par ce qu'il se passait entre les Poursuiveurs et les Batteurs des deux équipes, que je ne compris pas tout de suite que la course au Vif d'Or venait d'être ouverte.

Krum et Lynch fonçaient en piqué vers le sol à une vitesse que je ne pouvais que deviner, et qui ne manquerait pas de les blesser grièvement si l'un des deux ne remontait pas à temps et...

Krum attendit la dernière seconde pour remonter en chandelle mais Lynch n'eut pas le bon réflexe.

Le bruit sourd qui salua sa rencontre avec le sol impitoyable me fit grimacer. Je ne pouvais que difficilement estimer la vitesse à laquelle les deux Attrapeurs avaient réaliser leur piquet, mais j'avais déjà percuté un arbre en allant nettement moins vite et j'avais cru que tous mes os s'étaient brisés sous le choc.

L'arbitre siffla un temps mort et les Médicomages se précipitèrent pour soigner Lynch à grand renfort de potions et de sortilèges.

- Krum en profite pour chercher le Vif d'Or !

Pour une fois, Draco n'avait pas tout à fait tort si je me fiais aux larges cercles que faisaient Krum au-dessus du terrain.

Finalement, Lynch se releva sous les acclamations des supporters de l'Irlande et s'envola à nouveau.

A la reprise du jeu, les Poursuiveurs sortirent le grand jeu, enchaînant des passes avec une fluidité et une rapidité époustouflante, qui témoignaient sans doute de centaines d'heures d'entraînement et d'une entente à la limite de la Légimilimentie.

En l'espace d'un quart d'heure, l'Irlande marqua dix nouveaux buts et les chances de la Bulgarie semblaient avoir du plomb dans l'aile, ce que Draco ne manqua pas de hurler au visage de Christopher.

Comme souvent dans les grandes finales, le sang-froid de l'équipe en déroute commença à montrer des signes de faiblesse et le Gardien bulgare, Zograf, se précipita sur Mullet et le percuta de plein fouet.

- Et Mostafa donne un avertissement au gardien bulgare pour brutalité — usage excessif des coudes ! annonça Verpey aux spectateurs qui hurlaient de toutes parts. Et... Oui, un penalty en faveur de l'Irlande !

Naturellement, les farfadets célébrèrent la décision de l'arbitre en formant un immense « HA ! HA ! HA ! » dans le ciel, ce à quoi les Vélanes répondirent par leur danse envoûtante.

Si Christopher et la majorité des hommes de la tribune avaient eu le réflexe de se boucher les oreilles, Hassan Mostafa atterrit devant les Vélanes et fit rouler ses muscles pour les séduire.

J'eus une pensée pour Pansy face au spectacle. Si elle avait été là, elle aurait salué le comportement de l'arbitre par une remarque cinglante, et aurait sûrement soulevé que les organisateurs de la Coupe du Monde auraient dû nommer une femme pour arbitrer le jeu, puisqu'elle aurait été insensible au charme des Vélanes.

Cela aurait impliqué que les organisateurs réfléchissent, bien sûr.

Il fallut l'intervention d'un Médicomage – qui donna un coup de pied à Mostafa – pour que l'arbitre retrouve son bon sens. Il s'en prit aux Vélanes, ce qui indigna les deux Batteurs bulgares – puisque Mostafat n'avait rien dit face aux moqueries des farfadets – et ils ne gagnèrent qu'un deuxième penalty en faveur de l'Irlande.

A mes côtés, Christopher se joignit aux huées des supporters bulgares quant à la décision de Mostafat, sans que cela ne change rien.

Naturellement, le jeu des bulgares gagna en agressivité, surtout de la part des Batteurs qui donnaient parfois l'impression de frapper les joueurs à la place des Cognards. Quand Dimitrov fonça sur Morane, manquant de la faire tomber de son balai, une nouvelle faute fut sifflée.

Les farfadets en profitèrent pour former une main qui adressa des signes obscènes en direction des Vélanes. Celles-ci perdirent alors tout contrôle. Elles se précipitèrent sur le terrain et se mirent à jeter sur les farfadets des poignées de flammes. En les observant à travers ses Multiplettes, je remarquai qu'elles avaient perdu toute beauté. Leurs visages s'étaient allongés et ressemblaient à présent à des têtes d'oiseaux au bec cruel, tandis que des ailes couvertes d'écailles jaillissaient de leurs épaules.

Elles étaient proprement terrifiantes et je glissai un regard vers Narcissa : elle était peut-être une femme magnifique, pleine de grâce et très intelligente, mais depuis que j'avais découvert ses mensonges et ce qu'elle avait fait à ma famille moldue, je ne voyais plus qu'un monstre quand mes yeux se posaient sur elle.

Sur le terrain, les sorciers du ministère peinaient à séparer les Vélanes des farfadets. Dans les airs, le match avait repris et le Souaffle n'avait jamais changé aussi vite de mains.

- Levski — Dimitrov — Morane — Troy — Mullet — Ivanova — Morane à nouveau — Morane... Morane QUI MARQUE !

Je ne pus retenir un cri de joie au moment où le Souaffle passa l'anneau le plus à gauche. La joueuse des Harpies n'avait pas eu beaucoup d'occasion de marquer jusque-là, mais elle manquait très rarement ses essais.

Quelques minutes plus tard, Krum reçut un Cognard en plein visage qui lui brisa le nez, alors qu'il n'était même pas à la poursuite du Vif d'Or, ce qui était une faute caractérisée.

Pourtant, le coup de sifflet de Mostafa ne vint pas.

Je compris un peu mieux pourquoi quand je réalisai que la queue de son balai était en flamme, sûrement l'œuvre d'une Vélane. Pourquoi personne n'arrêtait-il le match ?! Les mascottes avaient transformé le terrain en un véritable champ de bataille et les joueurs semblaient ne plus vouloir suivre les règles !

Je n'avais jamais vu un match dégénérer de la sorte.

Soudain, tous les supporters irlandais se levèrent et se mirent à hurler à plein poumons. Je vis Lynch descendre en piquet à toute vitesse.

- Il a vu le Vif d'Or ! hurla Draco.

Krum fut presque aussitôt au coude à coude avec Lynch alors que son visage était recouvert de sang. Les deux attrapeurs fonçaient vers le sol à une telle vitesse qu'il serait bien trop trop tard pour éviter le sol.

Pour la deuxième fois, Lynch s'écrasa lourdement – sûrement plus durement encore que la première fois – et fut piétiné par une horde de Vélanes déchaînées.

Il y eut un moment de flottement. J'eus vaguement conscience de voir Krum remonter en douceur, le poing brandi, puis les scores changèrent sur l'immense panneau qui nous faisait face.

« BULGARIE : CENT SOIXANTE, IRLANDE : CENT SOIXANTE-DIX. »

- L'IRLANDE A GAGNE ! s'écria Verpey qui, comme les Irlandais, semblait avoir été pris de court par la soudaine issue du match. KRUM A ATTRAPÉ LE VIF D'OR, MAIS C'EST L'IRLANDE QUI GAGNE ! Seigneur, qui donc pouvait s'attendre à ça ?

Le grondement des supporters irlandais se transforma en une acclamation qui fit à nouveau trembler le stade. Les farfadets s'envolèrent et firent à nouveau pleuvoir des pièces d'or. Les drapeaux vert, blanc et orange s'agitaient partout et l'hymne national irlandais était chanté à l'unisson par des milliers de personne.

A ma gauche, Christopher semblait accablé et j'attrapai sa main pour le réconforter.

- Je suis désolée.

Il grimaça.

- Ce n'est pas grave. Je n'aime pas vraiment le Quidditch de toute façon.

Une large main apparut sur son épaule et nous nous retournâmes d'un même geste.

- Ne sois pas trrrriste, mon garrrçon. Nous nous sommes battus avec grrrrand courrrage.

Mais !... Vous parlez notre langue ! s'exclama Fudge, indigné. Et vous m'avez laissé parler par gestes toute la journée !

C'était vrrrraiment trrrrès drrrrôle, répondit le ministre bulgare avec un haussement d'épaules.

Christopher éclata de rire, et je ne pus que l'imiter. Le ministre bulgare nous adressa un clin d'oeil complice avant de se détourner quand une lumière blanche éclatante éclaira la loge.

Tandis que l'équipe d'Irlande faisait plusieurs tours d'honneur pour saluer ses supporters, les vaincus défilèrent dans la loge officielle, serrant la main de leur premier ministre, puis celle de Fudge. Krum tenait toujours le Vif d'Or dans sa main, et personne ne semblait avoir pris le temps de le soigner. Si son nez ne saignait plus, deux marques sombres soulignaient ses yeux et son visage était toujours ensanglanté.

A la mention de son nom, le stade tout entier explosa en acclamations assourdissantes.

Ce fut ensuite le tour de l'équipe irlandaise. Aidan Lynch était soutenu par Morane et Connolly. Sa seconde chute l'avait étourdi et ses yeux au regard étrange semblaient avoir du mal à faire le point. Il eut cependant un large sourire lorsque Troy et Quigley levèrent la coupe à bout de bras et que la foule manifesta son enthousiasme dans une longue ovation qui fit trembler le stade comme un tonnerre. A force d'applaudir, je commençai à ne plus sentir mes mains et à avoir mal aux bras.

Une fois les joueurs partis, Lucius prit tout son temps pour saluer les membres importants du ministère, et il essaya même d'amadouer Fudge pour qu'il vienne fêter la victoire de l'Irlande dans sa tente.

Le stade, lui, se vidait plus rapidement que ce que j'aurais cru possible. Le temps que nous descendions, les célébrations battaient leur plein. Des chansons hurlées à tue-tête résonnaient un peu partout, auxquelles des « On est les champions ! » répondaient. Plusieurs personnes passèrent devant nous en courant, le drapeau irlandais flottant dans leur sillage, un cri de joie interminable aux lèvres. Au-dessus de nous, les farfadets filaient à toute vitesse en criant et en agitant leurs lanternes.

Dans la tente, les elfes avaient déjà servi le champagne et ressorti quelques-uns des plateaux qui n'avaient pas été terminés à l'heure du thé. J'en grignotai quelques-un, regrettant à chaque seconde que nous ayons eu si peu de temps pour savourer la victoire de l'Irlande.

C'était comme si le vide qui nous avait séparés du reste du monde sur le chemin de l'aller avait englouti notre allégresse à la seconde où nous avions quitté la loge officielle.

Si je me fiais à l'expression amère de Draco et au silence de Christopher, je n'étais même pas la seule à rager en silence que le match n'ait duré qu'un peu plus d'une heure et demie.

Lucius ne tarda pas à annoncer l'heure du coucher, comme si nous allions réussir à nous endormir alors que les célébrations battaient leur plein partout autour de nous.

La porte des escaliers était à peine refermée que Draco se stoppa en pleine ascension pour nous toiser depuis son promontoire.

- Rendez-vous dans trente minutes en bas. J'ai entendu parler d'une fête si les Irlandais gagnaient, je veux y aller.

C'était sans doute une idée qui allait nous attirer des ennuis, mais je préférais encore être punie jusqu'à la fin de mes vacances plutôt que de rester coincée ici toute la nuit.

Nous fîmes donc semblant de nous préparer à aller au lit – ce qui consistait à enfiler une robe de chambre par-dessus nos vêtements et à faire semblant d'être abîmés dans nos lectures respectives. Narcissa insista pour nous souhaiter bonne nuit sans que je ne daigne lever les yeux dans sa direction, puis Draco frappa légèrement à ma porte quand il passa devant ma chambre pour signaler notre départ.

Nous fîmes particulièrement attention à ne pas faire de bruit en descendant les escaliers, même si la rumeur des festivités était suffisamment forte pour nous couvrir.

Une fois dehors, j'eus l'impression de pouvoir respirer un peu plus librement. Il me semblait que les allées étaient encore plus bondées qu'un peu plus tôt dans la journée et je m'agrippai au bras de Christopher pour ne pas être séparée de Draco et lui. De grands feux multicolores brûlaient un peu partout, repoussant la fraîcheur et la nuit. Au-dessus de nous, les farfadets continuaient d'illuminer le ciel de temps en temps, accompagnés parfois de l'explosion d'un feu d'artifice. Partout autour de nous, les visages étaient barrés de larges sourires, et même certains bulgares s'étaient joints aux festivités.

Nous fûmes vite gagnés par l'euphorie ambiante : Draco s'était enveloppé dans le drapeau irlandais et nous reprenions les différents chants au fur et à mesure qu'ils retentissaient autour de nous. Sans vraiment savoir comment, nous nous retrouvâmes avec une bouteille de bièraubeurre à la main, Draco discutait des meilleurs actions avec Marcus Flint et je savourai le simple fait d'être aux côtés des autres sans que mon nom ne vienne plus rien compliquer.

Ce soir, j'étais Maellyn Black et c'était la seule chose qui m'importait.

A force de se laisser guider par la foule, nous gagnâmes finalement la fameuse fête dont Draco avait entendu parler à un endroit où il y avait moins de tentes qu'ailleurs (ou peut-être les avait-on enlevées pour faire de la place). Les vendeurs ambulants proposaient désormais des bièraubeurres, des pommes d'amour ou encore des beignets. Un groupe de musiciens battait la mesure et les airs joués étaient définitivement celtiques. Des dizaines de personnes dansaient en rythme, sur des pas que je ne connaissais pas.

Je compris bien vite que cela n'avait pas la moindre importance. Une jeune femme blonde m'attrapa par la main pour me tirer sur la piste de danse, et je ne pus qu'entraîner Christopher à ma suite. Nous nous retrouvâmes dans un cercle, riant à gorges déployées à chaque fois que nous loupions un enchaînement. Je changeai de cavaliers plusieurs fois – et certains d'entre eux en avaient après mes orteils –, de cavalières également – ce qui posa à chaque fois la question de qui devait guider – et à chaque nouvelle chanson, la certitude que les bals Sang-Purs étaient la création la plus ennuyeuse au monde se grava un peu plus profondément en moi.

Quand la musique cessa brusquement, j'avais retrouvé Christopher et j'avais le souffle court. Nous échangeâmes un regard surpris, puis les premiers cris nous parvinrent.

Ce n'étaient plus ceux qui saluaient la victoire de l'Irlande depuis que Verpey l'avait annoncé.

Il y avait une urgence dans ceux-là.

Les premières détonations me donnèrent envie de m'accroupir au sol et de me faire aussi petite que possible. Christopher ne m'en laissa pas l'opportunité. Il attrapa mon poignet avec force et commença à me tirer dans le sens de la foule.

- Où est Draco ?!

Christopher ne ralentit pas.

- Il ne doit pas être loin, on ne peut pas rester là, on va se faire piétiner !

Je savais qu'il avait raison – la foule commençait déjà à être oppressante et les cris annonçaient le début d'une panique générale – mais je ne pouvais non plus laisser mon cousin derrière.

J'abattis sèchement ma main libre sur le poignet de Christopher pour libérer le mien et je profitai d'une ouverture dans la foule pour me faufiler.

Remonter le courant s'avéra plus compliqué ensuite. Je dus jouer des coudes et tenir fermement sur mes appuis pour ne pas tomber, regrettant à chaque nouveau pas de ne pas avoir ma baguette sur moi.

Je ne savais pas trop à quoi elle aurait pu me servir puisque je n'étais pas très forte en sortilèges, mais elle m'aurait au moins rassurée.

Je crus apercevoir la silhouette de Draco et mon instant d'inattention me valut d'être projetée sur le côté. Si je n'avais pas pu me raccrocher une la table, je serais sûrement tombée.

La table !

Bien sûr !

Il était particulièrement difficile de retrouver quelqu'un au milieu de tous ces gens plus grands que moi qui essayaient de quitter le camping le plus vite possible, oubliant au passage qu'ils pouvaient transplaner, eux.

Je me hissai sur la table, priant Merlin, Viviane et Morgan que mon cousin se soit éloigné avec les autres et qu'il ne se soit pas blessé. Aucune tête blonde n'était en vue – ce qui était à la fois un bon et un mauvais signe – mais la raison de ce branle-bas se laissait deviner au loin.

A la lueur des quelques feux qui continuaient de brûler, je devinai que la plupart des gens couraient vers le bois, fuyant quelque chose qui traversait le pré dans leur direction, quelque chose qui émettait d'étranges éclats de lumière et lançait des détonations semblables à des feux d'artifices. Des exclamations moqueuses, des explosions de rire, des vociférations d'ivrogne me parvenaient sans que je comprenne ce qui pouvait être à la fois aussi drôle pour une partie des personnes et aussi terrifiant pour les autres.

Puis, une puissante lumière verte illumina la scène.

Une foule serrée de sorciers, avançant d'un même pas, la baguette magique pointée en l'air, traversait lentement le pré. Ils semblaient dépourvus de visages mais, en plissant les yeux, je compris que leurs têtes étaient recouvertes de cagoules.

Loin au-dessus d'eux, flottant dans l'air, quatre silhouettes se débattaient, ballottées en tous sens dans des positions grotesques. On aurait dit que les sorciers masqués étaient des marionnettistes et les deux silhouettes suspendues au-dessus de leurs têtes de simples pantins animés par des fils invisibles qu'actionnaient les baguettes magiques. Deux des silhouettes étaient toutes petites. D'autres sorciers se joignaient à la troupe masquée, montrant du doigt avec de grands éclats de rire les quatre corps qui flottaient dans les airs. Des tentes s'effondraient sur le chemin de la foule en marche qui ne cessait de grossir à mesure qu'elle avançait. A plusieurs reprises, un sorcier cagoulé détruisit d'un coup de baguette magique une tente qui se trouvait sur son passage. Plusieurs d'entre elles prirent feu et les hurlements augmentèrent en intensité.

Les quatre malheureux qui flottaient en l'air furent soudain éclairés par une tente en flammes et j'eus envie de vomir quand je reconnus le moldu qui tenait le camping.

Les autres devaient donc être sa femme et ses enfants.

Mon sang quitta mon visage et mes jambes se mirent à trembler.

D'un coup de baguette magique, l'un des marcheurs fit basculer la femme la tête en bas. Sa chemise de nuit se retourna, laissant voir une culotte d'une taille impressionnante. Elle se débattit furieusement pour essayer de se couvrir pendant que la foule au-dessous criait et sifflait dans un déchaînement d'allégresse.

A ce moment-là, quelqu'un percuta la table sur laquelle j'étais juchée et je fus violemment projetée au sol. Ma tête fit un bruit sourd sur la terre dure et je vis des étoiles danser devant mes yeux.

Avant que je n'ai eu le temps de tout à fait retrouver mes esprits, deux paires de mains m'aidaient à me redresser et Christopher était devant moi.

- Tu vas bien, Ely' ?

Je grimaçai. Des Mangemorts étaient en train d'humilier des moldus à quelques centaines de mètres de moi.

Lucius Malefoy – parce qu'il était forcément parmi eux – et tant d'autres personnes que je croisais dans les soirées Sang-Purs étaient en train de s'en prendre à des moldus.

A des gens comme la famille de ma mère.

- Alya ? Tu vas bien ?

La voix de Christopher se fit plus forte et plus insistante. Je m'obligeai à hocher la tête. Nous ne pouvions pas rester là.

Les deux paires de mains qui tenaient chacun de mes bras me hissèrent sur mes pieds et je me retrouvai face à deux jeunes hommes que je n'avais jamais vu.

Tous deux blonds, les épaules larges et un air un peu féroce, ils auraient sans doute pu passer pour deux frères jumeaux si plusieurs années ne les séparaient pas.

Le plus âgé dit quelque chose en bulgare à Christopher et mon ami acquiesça.

- On ne peut pas rester là.

Tandis que les deux frères ouvraient le chemin dans la foule un peu moins dense que quelques minutes plus tôt, la main de Christopher retrouva mon poignet gauche, plus ferme encore qu'un peu plus tôt.

Une autre fois, je m'en serais agacée, mais ma tête tournait encore un peu, sans que je ne sache si je devais blâmer ma chute ou ce que j'avais vu depuis mon perchoir.

- Qui sont-ils ? demandai-je quand même.

- Björn et Hastein Lothbrok. Björn est le Caporal de ma compagnie et Hastein est son grand-frère.

Je savais que Björn avait donné des cours de combat à Christopher durant toute l'année précédente pour l'aider à être au niveau. Je comprenais un peu mieux pourquoi il était le Caporal de leur Compagnie vu la prestance qu'il imposait – et elle paraissait ridicule à côté de celle de son frère aîné –.

Avec de tels gardes du corps, nous gagnâmes les bois sans que personne ne nous bouscule. Les frères Lothbrok continuèrent toutefois leur chemin jusqu'à une petite clairière où étaient rassemblés beaucoup de personnes. Une trouée dans les arbres offrait un bon point de vue sur les terrains de camping où la sinistre procession continuait de progresser, brûlant des tentes et terrorisant ceux n'avaient pas encore réussi à se mettre en sécurité.

Toutefois, ils rencontraient désormais de la résistance si je me fiais aux nombreux éclairs de couleurs qui fusaient.

Les quatre moldus, eux, étaient toujours dans les airs et je me détournai du spectacle la gorge nouée.

- Il faut qu'on trouve Draco.

Christopher eut un sourire rassurant.

- Je suis sûr qu'il n'est pas loin.

J'haussai un sourcil.

- Est-ce que tu sais quelles sont les chances pour que son père soit là-bas, affublé d'une cagoule ?

Mon ami secoua la tête.

- Justement.

Je ne compris pas sa réponse, mais il tourna la tête vers ses deux camarades de Durmstrang et le plus âgé des deux s'agenouilla à la fin de leur échange.

Je vis mon ami monter sur les épaules de Hastein à la façon d'un équilibriste, puis le jeune homme se redressa et Christopher se retrouva debout à presque deux mètres de hauteur. Tandis qu'Hastein tenait ses pieds pour l'aider à garder son équilibre, il scannait la foule avec attention, son point de vue imprenable.

Je le vis grimacer et mon cœur s'accéléra douloureusement.

Dans quel pétrin Draco s'était-il encore fourré ?

Quelques mots de bulgare furent à nouveau échangés et Hastein aida Christopher à sauter au sol.

- La bonne nouvelle, c'est que ton cousin est avec Lady Malefoy. La mauvaise, c'est qu'elle vient droit sur nous et qu'elle a l'air furieuse.

Quelqu'un choisit le moment où il termina sa phrase pour illuminer le ciel de la Marque des Ténèbres.

Vendredi 26 Août 1994, Manoir Malefoy, Angleterre.

- Ce n'est pas JUSTE ! criai-je, les larmes au bord des yeux, tandis que Narcissa agitait sa baguette en direction des fenêtres pour s'assurer que je ne pourrais pas les ouvrir – comme si j'allais tenter de sauter par la fenêtre depuis le troisième étage –.

- Ça n'en a pas non plus la vocation. Vu votre comportement de cette nuit, Draco, Christopher et toi semblaient penser que je suis votre bourreau tyrannique attitré. M'auriez-vous demandé de ressortir après le repas, je l'aurais autorisé. Vous avez filé en catimini en pensant que vous étiez privés de sortie, je pense que cette expérience vous aidera à faire la différence la prochaine fois. Tu ne quittes pas cette pièce jusqu'à nouvel ordre, Maellyn, que cela te plaise ou non.

Je sentis ma magie crépiter le long de ma peau et je faillis délibérément relâcher le contrôle que j'avais réussi à gagner dessus, juste pour voir le masque de Narcissa se fissurer.

- Je te déteste, sifflai-je à la place.

Elle hocha la tête, comme résignée.

- Oui, j'avais cru le comprendre. Les Elfes t'apporteront tes repas aux heures habituelles. Nous reparlerons de tout cela, jeune fille.

Le regard sombre qui accompagna sa sortie ne l'émut pas plus que mes paroles. J'eus un cri de rage impuissant quand la porte se verrouilla dans un claquement sec.

Un tour sur moi-même m'apprit qu'aucune issue n'avait été négligée. Contrairement à mon ancienne chambre, il n'y avait pas de passage secret qui me permettrait de sortir – du reste, à ma connaissance –.

En l'espace de quelques minutes, ma chambre avait pris des allures de prison et c'était parfaitement injuste.

Après nous avoir retrouvés, Christopher et moi, Narcissa avait voulu partir sur le champ, jugeant que le rassemblement de sorciers était devenu trop dangereux, sans que je ne sache si elle faisait allusion aux sorciers masqués qui tourmentaient les moldus un peu plus loin, ou si elle craignait que nous ne devenions des cibles à notre tour. Elle avait tout d'abord transplané avec Draco, puis était revenue me chercher, terminant avec Christopher.

Nous avions ensuite eu le droit à une remontrance mémorable, parce que nous avions quitté la tente en pleine nuit sans la prévenir, qu'elle avait été terrifiée en trouvant nos lits vides quand la fête avait commencé à mal tourner, et que nous aurions pu être blessés ou peut-être même pire.

Nous avions été envoyés dans nos chambres respectives avec l'interdiction d'en sortir jusqu'à nouvel ordre. Je n'avais pas imaginé qu'elle s'assurerait à ce point que nous obéirions.

Un frisson remonta le long de ma colonne, mon cœur accéléra et ma salive devint amère dans ma bouche.

La dernière chose dont j'avais envie était d'être seule.

Je n'avais presque rien vu de l'attaque des Mangemorts – c'étaient forcément eux – sur les moldus du camping, mais j'avais l'impression que les images se répétaient derrière mes paupières à chaque fois que clignais des yeux ou que mes pensées s'égaraient.

Il y avait eu les rires et les acclamations de la foule, quand bien même deux enfants plus jeunes que moi tourbillonnaient dans les airs, et que des sorciers usaient de leurs pouvoirs pour tout détruire sur leur chemin.

Puis il y avait eu la Marque des Ténèbres et la panique s'était emparée de la foule.

J'en avais entendu parler à de nombreuses reprises depuis que j'étais toute petite, croyant d'abord qu'elle était le symbole des Sang-Purs à la façon dont Lucius en avait parlé à Draco, puis j'avais fini par comprendre que c'était surtout la marque du Seigneur des Ténèbres et que son apparition était présage de mort.

Un des moldus avait-il été tué ? Ou un sorcier ? Peut-être qu'un Auror ou un membre du Ministère avait reçu un sortilège ?

Ou était-ce autre chose ? Etait-Il présent là-bas ?

Avait-Il retrouvé ses pouvoirs ?

Je déglutis puis j'enfouis mon visage entre mes mains tremblantes, essayant de reprendre le dessus sur ma respiration qui commençait à s'emballer. Déjà, mes jambes étaient trop tremblantes pour me porter. La douleur qui explosa au niveau de mes genoux quand je tombai eut au moins l'avantage de m'offrir une seconde de lucidité pour nommer la raison de la peur qui glaçait mes os, à la façon d'un Détraqueur.

Avait-Il retrouvé assez de pouvoir pour libérer Bellatrix Lestrange ?

Un sanglot passa mes lèvres et je ne pus que me rouler en boule, essayant de me faire aussi petite que possible – essayant de disparaître dans le sol – tandis que le monde commençait à tourner autour de moi.

Elle ne pouvait pas revenir. Elle devait rester là où elle était, crever là-bas, hantée par tous les fantômes de ses victimes.

Sous mes paupières, la Marque des Ténèbres précéda les images de mes cauchemars. La torture, la Magie Noire, le masque des Mangemorts.

L'omniprésence de Bellatrix Lestrange.

L'envie de vomir me coupa le souffle et je n'eus que le temps de me redresser avant que le liquide acide me donne l'impression que ma gorge venait de prendre feu, sans que cela ne réussisse à éloigner les images qui tournaient en boucle dans mon crâne.

Je ne voulais pas être Alya Lestrange, je ne voulais pas être la fille de Bellatrix Lestrange – je n'étais pas la fille de Bellatrix Lestrange – et je ne voulais pas devenir Mangemort.

Je m'éloignai à quatre pattes, mes gestes saccadés par les sanglots qui continuaient de déchirer ma poitrine, ma respiration sifflante et ma vision floue.

J'aurais aimé pouvoir me réfugier dans les bras de quelqu'un, juste pour entendre des paroles rassurantes, même si je savais que rien ne pourrait me protéger s'Il la libérait, mais ma mère était morte, mon père était loin, ma famille moldue avait disparu et Narcissa m'avait trahie.

J'étais seule.

En atteignant la porte vitrée, j'appliquai la joue gauche contre le verre froid, essayant de me concentrer sur la sensation presque brûlante et sur le goût désagréable dans ma bouche. Ramener mes genoux contre ma poitrine sembla épuiser le peu d'énergie qui me restait et je laissai les larmes me bercer.

Je fus réveillée par une sensation râpeuse et humide sur mon visage. Le goût dans ma bouche me donna l'impression qu'une bête y était morte, et ma gorge me sembla tapissée de verre quand je déglutis ma salive. Je m'obligeai à battre des paupières, mes yeux étrangement bouffis. Il me fallut une plusieurs secondes pour comprendre où je me trouvai et pourquoi je m'y trouvais.

Patty, l'Elfe de Maison, eut une sorte de sourire quand je croisai son regard. Elle passa le linge humide qu'elle tenait sur mon visage et la fraîcheur me fit grimacer.

- Miss Alya n'aurait pas dû dormir par terre si Miss Alya est malade. Miss Alya aurait dû appeler un Elfe.

Je clignai des yeux, mon cerveau encore embrumé par les quelques heures de sommeil que j'avais glané. J'étais presque sûre que je n'avais pas fait de cauchemars – c'était sûrement un miracle – et dans tous les cas, je n'avais pas bien dormi pour autant.

- Patty a fait couler un bain pour Miss Alya parce que Miss Alya est gelée. Miss Alya doit se lever maintenant.

Je n'avais pas envie de bouger, même si le sol de ma chambre n'était pas confortable et que les différentes douleurs provenant de mes muscles à chaque respiration m'apprirent que mon corps n'avait pas apprécié la position dans laquelle j'avais dormi. Patty ne me laissa pas le choix. Elle attrapa mes mains avec force et tira dessus, m'obligeant d'abord à me mettre à genoux, puis à me lever.

Le monde tourna sur lui-même et je crus que j'allais m'évanouir.

D'une secousse, Patty m'obligea à me reprendre et elle me conduisit dans la salle de bain, où la baignoire était déjà remplie d'eau fumante. Elle claqua des doigts pour retirer mes vêtements et m'aida à m'asseoir dans la baignoire. Elle ajouta ensuite différents sels de bain, créant une épaisse couche de mousse d'un violet profond autour de moi.

L'eau chaude délia mes muscles un à un, chassant le froid au creux de mes os, et je fermai les yeux en me laissant aller contre le bord de la baignoire.

Patty me secoua par l'épaule.

- Miss Alya ne doit pas s'endormir ou Miss Alya risque de se noyer.

Elle me tendait un verre rempli d'une potion verte qui me rappela que le goût dans ma bouche était toujours aussi infâme.

- Merci, croassai-je.

Pourvoir me laver les dents était encore plus agréable que le bain et je me sentis un peu plus réveillée. Patty me fit ensuite boire un grand verre d'eau, ce qui ne manqua pas de remuer mon estomac en signe de protestation, exactement comme au début de l'été, quand mon corps avait commencé à rejeter tout ce que je pouvais bien avaler.

J'eus un soupir lasse et décidai d'ignorer la sensation en espérant que mon corps comprendrait le message. Je me souvenais encore de mon état de faiblesse générale au début de l'été, quand garder les yeux ouverts étaient presque trop dur et que former une pensée me donnait l'impression que mon crâne allait exploser.

Si Bellatrix Lestrange était en chemin...

Un frisson remonta ma colonne, un nouveau spasme retourna mon estomac et je dus me forcer à déglutir la salive au goût amer.

Si Bellatrix Lestrange revenait, j'aurais besoin de toutes mes forces et de toutes mes capacités pour trouver une façon de lui échapper ou pour lui faire face si jamais cela échouait.

Elle ne ferait pas de moi une Mangemort.

Mon cœur accéléra, les souvenirs de mes cauchemars et de l'attaque de la nuit dernière voulurent m'engloutir, et je sentais la panique tapie dans chaque fibre de mon être.

Je serrai les dents et je me raccrochai à ma décision.

Elle ne ferait pas de moi une Mangemort. Alya Lestrange ne finirait pas masquée et Maellyn Black encore moins.

Je ne savais pas encore comment, mais j'arriverai à me sortir de ce piège, comme mon père avant moi, même si je devais m'enfuir comme il l'avait fait.

Contrairement à lui, je trouverai un moyen pour que Draco et Christopher me suivent.

-Miss Alya, tout va bien ?

Je sursautai, éclaboussant le sol d'une gerbe d'eau qui obligea Patty à reculer. Ses grands yeux verts globuleux – les mêmes que Dobby – me dévisageaient avec inquiétude, et elle triturait le bord de la taie d'oreiller qui lui servait de vêtement.

- Ça va aller, Patty, soufflai-je. Merci de t'être occupée de moi.

Elle hocha la tête.

- Patty n'a fait que son travail, Miss Alya, et le travail de Patty est de prendre soin de ses Maîtres.

Je me forçai à sourire, même s'il devait plutôt ressembler à une grimace.

- Tu vas dire à Lady Malefoy ce qu'il s'est passé, pas vrai ?

Elle resta silencieuse un long moment, et je commençai à me demander si Narcissa ne lui avait pas ordonné de m'espionner – ce dont elle était capable –.

- Lady Malefoy n'a pas ordonné à Patty de lui rapporter l'état de santé de Miss Alya. Patty peut oublier si Miss Alya le désire.

- J'aimerais bien oublier, Patty.

Elle acquiesça puis me tendit la bouteille de shampoing parfumé à la rose.

- Miss Alya devrait se laver les cheveux. Patty va mettre de l'ordre dans la chambre et réchauffer le petit-déjeuner. Miss Alya doit reprendre des forces.

Je n'avais pas faim du tout, et je craignais de vomir à nouveau si je mangeais, mais je n'avais pas le choix. Le Médicomage Perrin était censé passer dans l'après-midi : je ne tenais pas à recevoir une autre leçon de morale.

En me lavant les cheveux, je réalisai que j'avais une belle bosse à l'arrière du crâne, souvenir de ma chute de la veille. Je revis les deux fillettes, haut dans les airs et complètement sans défense, dont le seul crime avait été de se trouver sur le chemin des Mangemorts.

Cette fois, ce fut la colère qui fit battre mon cœur plus fort. J'étais certaine que Lucius avait participé à l'attaque des moldus et, comme treize ans plus tôt, il ne lui arriverait rien !

Peut-être était-il temps que je commence à entretenir une correspondance avec Nymphadora Tonks ?

Je me promis de réfléchir à la question – Draco me haïrait si je dénonçais son père dans son dos et je ne pouvais pas le trahir – et quittai le bain dont l'eau était désormais à peine tiède.

Mon petit-déjeuner était constitué d'une tisane, d'une salade de fruits frais, d'un porridge au miel et de cinq doses de potions qui, pour une fois, ne me semblaient pas superflues.

Manger me vola toute ma concentration – les repas étaient devenus un concours de volonté avec mon estomac depuis le début de l'été – et je ne remarquai pas tout de suite que Patty était revenue.

- Miss Alya, le journal.

J'hésitai avant de le prendre. Aucun des Elfes ne m'avait jamais proposé un exemplaire de La Gazette, qu'importe le moment de la journée. Les seules personnes qui le lisaient au Manoir étaient Lucius et Christopher...

Christopher !

Mon sourire tordu étira mes lèvres, avant de se transformer en grimace en découvrant la une.

La Marque des Ténèbres – un serpent s'enroulant dans un crâne humain – s'étalait sur une demi-page, et j'étais soulagée que la photo ne soit pas en couleur.

« SCÈNES DE TERREUR LORS DE LA COUPE DU MONDE DE QUIDDITCH »

Quelqu'un – Christopher – avait souligné quelques lignes de l'article à l'encre.

Si les instigateurs de l'attaque avaient adopté la tenue sinistre portée par Mangemorts durant toute la guerre contre Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, ils se sont toutefois enfuis quand la Marque des Ténèbres a illuminé le ciel. Il est encore trop tôt pour dire s'il s'agissait du signe de la retraite – comme cela était le cas lors des attentats il y a treize ans – ou s'ils ont pris peur.

En tournant la page, je découvris un morceau de parchemin plié en deux.

Ely',

J'espère que tu vas bien après ce qu'il s'est passé cette nuit. Je sais que nous pensons tous les deux à ce que l'attaque peut bien signifier... Je ne sais pas si cela veut dire qu'Il a retrouvé ses pouvoirs. J'espère que non. Je ne veux pas plus que toi être obligé de devenir Mangemort.

On va trouver une solution, Ely, je te le promets.

Je pense que ton cousin et Pansy ne manqueront pas de vouloir mener une enquête approfondie sur la question, aussi je veux tous les détails.

Je suis désolé qu'on ne puisse pas se voir avant que je parte. J'avais préparé tout un monologue pour défendre Crystal une dernière fois avant que tu la revoies... J'en profite pour te rappeler que tu devrais attendre d'être sûre que c'est bien elle que l'on a vu à Londres, et que si c'est bien le cas, je suis de son côté. Elle a montré qu'elle était une amie de confiance depuis le début et, qui sait ? Sa présence au bar où a travaillé ta mère signifie peut-être qu'elle pourrait t'apprendre des choses sur ta famille. Réfléchis bien avant d'abattre ta colère sur elle.

Je t'écrirai aussi souvent que possible.

Prend soin de toi,

Chris.

Je relus une deuxième fois le début de sa lettre, me raccrochant à sa promesse pour contenir mes peurs dans un seul coin de mon crâne. Je n'étais pas seule à refuser de me mettre au service du Seigneur des Ténèbres. Il y avait Christopher, il y aurait sans doute Pansy et j'avais bien l'intention de convaincre Draco s'il n'était pas encore décidé.

Et rien ne permettait d'affirmer qu'Il était de retour.

La deuxième partie de la lettre de Christopher me tira un soupir. Crystal m'était sortie de la tête avec la Coupe du Monde de Quidditch – du reste, je m'étais obligée à ne pas y penser – mais cela ne changeait pas le fait que j'allais la retrouver dans moins d'une semaine maintenant, et si j'étais sûre d'une chose, c'était bien que j'étais en colère contre elle.

Je pensais qu'elle était une vraie amie, que je pouvais lui confier mes secrets et attendre la même chose en retour, alors qu'en réalité, elle m'avait menti depuis le début quand elle affirmait être Sang-Pur ! Combien d'autres secrets avait-elle encore ?

Depuis que je l'avais vue devant le Hell's Angels, j'avais l'impression que je ne la connaissais plus.

J'avais d'abord pensé ne plus jamais lui adresser la parole – ce qui marchait plutôt bien avec Narcissa, au moins la majorité du temps – mais Christopher et Pansy avaient réussi à me convaincre de faire preuve de tempérance, au moins pour en apprendre plus. Si Christopher semblait convaincu que je pouvais toujours lui faire confiance et que j'avais besoin d'une amie comme elle – et pas comme Deloris, Sven et Hadrian –, Pansy voulait surtout connaître toute l'histoire – j'avais l'impression qu'elle était fascinée par le fait que Crystal ait réussi à berner tout Serpentard –.

J'avais encore quelques jours pour décider de ce que j'allais faire la concernant, et de la façon dont j'allais procéder pour découvrir si, oui ou non, c'était bien elle que nous avions vu à Londres.

A la lumière de ce qui s'était passé la veille, j'étais toutefois obligée de reconnaître qu'elle avait peut-être eu raison de se faire passer pour une Sang-Pur. Si le Seigneur des Ténèbres revenait, elle se serait retrouvée dans une situation au moins aussi délicate que la mienne.

Je passai la matinée dans une étrange torpeur. Les quelques heures de sommeil que j'avais grappillé étaient loin d'avoir été suffisantes, mais je craignais de me rendormir et d'être assaillie par les cauchemars. J'allumai donc la RITM sans rien apprendre de plus que ce qu'il y avait dans La Gazette. Au déjeuner, je me forçai à nouveau à terminer mon assiette, luttant un peu moins contre les spasmes de mon estomac.

A défaut de pouvoir trouver du réconfort auprès de Christopher et Draco, je ressortis la boîte contenant les affaires de ma mère que j'avais rangé dans mon placard. Enfiler son pull informe par dessus mon pyjama et relire les nombreuses lettres qu'elle avait envoyé à mon père pendant la guerre me remonta plus le moral que ce que j'aurais cru possible.

Quand le médicomage Perrin arriva pour sa visite, j'avais presque le sourire aux lèvres.

Il m'ausculta avec soin, puis je dus monter sur sa balance.

- J'aurais aimé que tu retrouves le poids que tu faisais au printemps, mais je suppose que je vais devoir me contenter des progrès que tu as fait ces deux derniers mois... Je vais écrire une lettre à Madame Pomfresh pour qu'elle te suive de près.

Je croisai les bras sur ma poitrine et j'adressai un regard sombre au Médicomage Perrin. J'avais assez vu Madame Pomfresh l'année passée, je ne comptais pas devenir une invitée régulière de l'infirmière.

Le médicomage Perrin haussa un sourcil.

- Je comptais me contenter d'une visite mensuelle, mais cela peut-être plus si tu insistes.

J'eus un soupir. Je le connaissais depuis assez longtemps pour savoir que son ton faussement mielleux était synonyme d'ironie, et qu'il était capable de demander à Madame Pomfresh de me voir toutes les semaines jusqu'à au moins Noël.

- Je serai raisonnable, marmonnai-je finalement.

Il eut un sourire.

- Je n'en doute pas. Je te redonne une prescription de potions jusqu'à Halloween et Madame Pomfresh avisera s'il est nécessaire de continuer après cela. J'insiste sur la prise de trois repas consistants tous les jours et tu as le droit de prendre autant de goûter que tu le souhaites. Et au moins huit heures de sommeil par nuit. Ton organisme est encore fatigué.

- La nuit dernière a été agitée, lui rappelai-je.

Mes cernes étaient donc toutes fraîches et je n'avais pas été si fatiguée depuis des semaines.

Le Médicomage Perrin eut une grimace triste.

- Oui, je me doute... Je pensais que ces temps-là étaient derrière nous. J'espère que les acteurs de cet acte horrible seront retrouvés. Ne te laisse pas miner par cette histoire, demoiselle. Tu es en sécurité ici.

J'étais certaine que Lucius faisait partie des terroristes – comme les appelait la RITM – et je ne doutais pas une seconde qu'il n'hésiterait pas à me faire subir le même sort qu'à ces moldus s'il apprenait la vérité sur mon identité.

Le seul endroit où je pourrais être en sécurité se trouvait de l'autre côté de l'Atlantique et rien ne m'assurait que je retrouve ma famille moldue avant que le Seigneur des Ténèbres ne revienne.

Samedi 27 Août 1994, Manoir Malefoy, Angleterre.

Le silence au-dessus de table était étouffant. Après nous avoir enfermé dans nos chambres pendant plus d'une journée, Narcissa nous avait convoqués, Draco et moi, pour le déjeuner. Elle attendait sans doute des excuses concernant notre comportement lors de la Coupe du Monde de Quidditch, mais un seul regard échangé avec Draco m'avait rassurée sur ce point.

Ce à quoi je ne m'attendais pas, c'était que Lucius soit présent.

J'avais dû me fendre d'une révérence devant lui avant de prendre place à table, ce qui m'avait particulièrement coûté, quand la seule chose que je voulais vraiment faire était de lui cracher au visage, ou de le transformer en blatte.

Il m'avait semblé que même Draco n'était pas particulièrement ravi de voir son père, ce qui signifiait sans doute qu'il le soupçonnait du même crime que moi.

Nous mangeâmes donc dans un silence parfait, les yeux rivés sur nos assiettes et j'espérai que notre punition serait au moins levée. Je voulais parler à Draco de ce qui s'était passé et avoir son avis concernant le retour ou non du Seigneur des Ténèbres. Je ne serais pas contre un tour sur mon Éclair de Feu pour profiter des derniers rayons du soleil et de la liberté des vacances.

Après que les desserts furent débarrassés par les Elfes, Lucius se racla la gorge. Je pris une profonde inspiration avant de relever la tête. J'étais presque sûre que mon visage trahissait la haine qu'il m'inspirait, mais je ne pouvais pas – encore – lui hurler ses quatre vérités au visage.

- Étant donné que vos listes scolaires sont arrivées ce matin, je crois qu'il est temps que je vous annonce la grande nouvelle.

Patty m'avait effectivement donné une lettre provenant de Poudlard ce matin. Je ne l'avais pas ouverte, comme si l'ignorer allait rajouter des jours entre la rentrée et moi. Je voulais quitter le manoir – être le plus loin possible de Narcissa et Lucius – mais je n'étais pas pressée pour autant de retrouver Poudlard – où je devrais mentir, tous les jours, et où j'allais devoir enquêter sur Crystal pour savoir si, oui ou non, elle cachait sa véritable nature depuis le début –.

- Cette année, Poudlard va accueillir le Tournoi des Trois Sorciers !

J'eus un mouvement de recul. J'avais entendu parler du Tournoi, comme tout le monde. Il était suffisamment cité lors des différents rassemblement pour attester de la supériorité entre les écoles de Beauxbâtons, Durmstrang et Poudlard. La compétition avait toutefois été définitivement enterrée depuis plus d'un siècle quand les trois compétiteurs avaient trouvé la mort au cours de la deuxième épreuve.

- Et bien, je m'attendais à un peu plus d'enthousiasme de votre part. C'est un événement historique !

Draco se racla la gorge et je ne sus décrypter son expression fermée.

- J'ai du mal à me réjouir à l'idée de voir des gens de mon âge mourir, père.

A ma plus grande surprise, Lucius éclata de rire – celui qu'il utilisait toujours en société, même si je doutais qu'il en eut un autre –.

- Toutes les mesures ont été prises pour qu'une telle chose ne se reproduise pas, Draco. Il faudra être majeur, par exemple. C'est une occasion unique pour vous de rencontrer des jeunes gens de bonnes familles et d'élargir votre réseau de connaissances. Sans compter qu'il y aura un bal à Noël.

Aux paroles de Lucius, je réalisai soudainement quelque chose d'essentiel.

Des élèves de Durmstrang allait venir à Poudlard.

Des élèves, parmi lesquels peut-être des Lestrange allaient venir à Poudlard, choisissant parmi toutes la première année où je devrais porter un masque que j'exécrais à longueur de temps.

- Je compte bien entendu sur vous pour vous y comporter de façon irréprochable.

Le regard de Lucius croisa le mien et je refusai de détourner les yeux. Comment pouvait-il nous faire des leçons de morale quand il s'en était pris à des moldus, en public, moins de deux jours plus tôt ?

Un sourire froid étira ses lèvres et je relevai le menton, vérifiant au passage que mon Mur protégeait bien mon esprit. J'ignorai à quel point il était versé dans les Magies de l'Esprit, mais je préférai ne pas prendre de risque.

Même si la haine que je ressentais à son égard ne le surprendrait sûrement pas.

Finalement, il tourna la tête vers Draco.

- Le bal de Débutante de Daphné Greengrass a lieu ce soir. Je compte sur toi pour être en bonne place sur son carnet de danse, Draco. Je dois retourner au Ministère. Une bonne après-midi.

Il n'avait pas passé la porte qu'un soupir m'échappa. J'avais complètement oublié le bal de Débutante de Daphné, et j'avais encore moins envie de m'y rendre qu'au début de l'été.

- Votre présence à ce bal fait partie de votre punition à tous les deux. J'ai déjà choisi vos tenues et je n'attends rien moins que vos meilleures manières.

Draco croisa les bras sur sa poitrine.

- Sommes-nous toujours prisonniers ?

Narcissa porta son verre de vin blanc à ses lèvres et prit son temps pour répondre.

- Vous avez le droit de vagabonder dans le manoir, mais pas de Quidditch ni de sortie en balai pour aucun de vous deux. Vous allez devoir attendre le 1er Septembre pour retrouver votre balai.

- Ce qui nous fait une raison de plus d'être impatient de retrouver Poudlard, siffla Draco avant de se lever. Viens, Maellyn.

Je ne me le fis pas dire deux fois et je m'empressai de le suivre. Sans surprise, il s'arrêta devant sa chambre et me fit signe d'entrer.

Par habitude, je me laissai tomber sur son lit et il s'installa en face de moi, le visage grave.

- Alors, qu'est-ce qu'il vous est arrivé, à Christopher et toi ?

Je lui racontai le mouvement de foule, ma décision de repartir en arrière pour le retrouver, lui, ma chute, puis l'intervention des frères Lothbrok qui nous avaient accompagnés jusqu'au bois.

- Tu n'aurais pas dû retourner en arrière.

J'haussai les épaules.

- Ce n'est pas ce que tu aurais fait ?

Il leva les yeux au ciel.

- Depuis quand loues-tu mes décisions ?

J'eus un sourire. Il n'avait pas tout à fait tort, seulement je ne lui avais jamais reproché de toujours veiller sur moi... Ou pas vraiment.

- Et toi ?

Il grimaça et détourna les yeux.

- Marcus avait entendu parler d'une autre fête et vous aviez l'air de bien vous amuser avec Christopher, alors je l'ai suivi. Mais je ne pensais pas rester longtemps et Marcus m'avait dit que c'était juste à côté ! Quand on a les rejoint, les moldus étaient déjà dans les airs et ils avaient l'air d'aller droit vers là où tu étais. J'ai voulu faire demi-tour, Ely', je te le promets, mais Marcus n'a pas voulu me laisser partir... Il...

Draco pâlit et continua de fixer ses poings serrés. Si j'avais pu voir ses yeux, j'étais certaine qu'ils auraient été brillants.

- Il quoi, Draco ?

Draco eut besoin d'encore un long moment.

- Il m'a dit que mon père aimerait que je reste pour regarder. Il m'a dit que c'était lui qui l'avait prévenu pour l'attaque.

Je posai une main sur son poing serré et j'attendis qu'il lève les yeux vers moi.

- Lucius est un Mangemort, Draco. Tu l'as toujours su.

Lucius ne s'en était jamais caché, allant jusqu'à lui montrer son masque gravé à la façon d'une tête de mort, se vantant auprès de Draco d'avoir été Son bras droit. Narcissa avait, elle, mis en garde mon cousin à de nombreuses reprises quand il se sentait obligé de commenter la naissance d'un sorcier en public. Le message était toujours le même : « ne fais pas les mêmes erreurs que ton père ».

Draco ne pouvait pas plaider la surprise, même si j'imaginais que savoir et comprendre ce que cela impliquait étaient deux choses différentes.

Ses yeux devinrent brillants.

-Je ne pensais pas qu'il prenait part aux attaques comme ça... J'ai toujours cru qu'Il le soutenait depuis le Ministère ou bien...

J'en perdis le contrôle sur ma mâchoire et je retirai ma main.

- Parce que ça change quelque chose ?! Ce n'est pas grave qu'il soutienne quelqu'un qui n'hésiterait pas à tuer ma famille moldue tant que ce n'est pas lui qui se salit les mains ?!

Cette fois, Draco devint légèrement verdâtre sans que cela ne réussisse à m'émouvoir. Il était grand temps qu'il arrête de penser que son père était un demi-dieu !

Il ouvrit et referma la bouche plusieurs fois, avant de retrouver sa voix.

- Tu ne comprends pas, c'est...

J'eus envie de le frapper.

Comment osait-il ?

- Je ne comprends pas ?! J'ai cru pendant treize ans que mes parents étaient deux des plus cruels Mangemorts du Seigneur des Ténèbres ! Ils ont tué et torturé, Draco ! Et beaucoup de gens pensent que je deviendrai exactement comme eux, parce que je suis leur héritière ! Et le pire, c'est que ce que j'ai appris dans la Cabane Hurlante ne change absolument rien à ça !

Je me levai avant que la colère ne me vole le contrôle sur ma magie et qu'il se retrouve propulsé contre le mur de sa chambre ou étranglé par les rideaux de son lit à baldaquins. En claquant la porte de ma chambre, je regrettai plus que jamais que Christopher soit déjà parti.

Parce qu'il aurait compris.

Mardi 30 Août 1994, Île Santa Cruz, Galàpagos.

Le soleil se couchait sur le Pacifique, donnant l'impression que l'océan prenait feu. Il se laissa tomber sur le sable encore chaud et contempla le jeu des couleurs partout autour de lui. La mer montait peu à peu depuis un moment déjà, et il attendrait que les vagues viennent lui lécher les pieds pour partir.

Il voulait juste profiter de l'horizon dégagé une dernière fois.

Dans sa main droite, la lettre de Harry avait été le dernier signe qu'il attendait avant de prendre sa décision.

L'attaque qui avait eu lieu lors de la Coupe du Monde de Quidditch par des Mangemorts nostalgiques avait été la première chose. La première guerre avait commencé comme ça, par des attentats lors de grands rassemblements de sorciers et des victimes moldues. C'était toutefois la première fois que les Mangemorts ne tuaient pas avant de transplaner.

Le retour de la Marque des Ténèbres au-dessus du Royaume-Uni avait été la deuxième chose. Au-delà du symbole, ça ressemblait à une preuve d'allégeance qui ne le rassurait pas du tout. Un Mangemort plus dévoué que les autres était en liberté. Il avait d'abord cru que Pettigrow était derrière ça, puis Remus lui avait annoncé la dernière nouvelle inquiétante.

Bertha Jorkins, du Département des jeux et sports magiques, avait disparu en Albanie. La rumeur disait qu'elle se serait perdue sauf que, d'après Madelyn McGonagall, tout portait à croire que ce qui restait de Voldemort se trouvait en là-bas.

Madelyn était partie se renseigner sur place, et il avait promis à Remus d'attendre son retour pour décider si, oui ou non, la situation exigeait qu'il revienne au Royaume-Uni.

Tout avait changé une paire d'heure plus tôt quand la chouette blanche de son filleul s'était posée devant lui, l'air épuisée par son voyage.

Cher Sirius,

Merci pour ta dernière lettre. Cet oiseau était énorme, il a eu du mal à se glisser à travers ma fenêtre.

Ici, c'est comme d'habitude. Le régime de Dudley se passe assez mal. Hier, ma tante l'a surpris en train d'emporter en douce des beignets dans sa chambre. Ses parents lui ont dit qu'ils allaient lui supprimer son argent de poche s'il continuait comme ça et il s'est mis tellement en colère qu'il a jeté sa PlayStation par la fenêtre. Il s'agit d'une sorte d'ordinateur pour jouer à des jeux électroniques. C'était plutôt bête de sa part, maintenant il ne peut même plus jouer à Méga-Mutilation III pour se changer les idées.

Pour moi, les choses vont bien, surtout parce que les Dursley sont terrifiés à l'idée que tu puisses revenir et les transformer en chauves-souris si je te le demande.

Il s'est quand même passé quelque chose de bizarre ce matin. Ma cicatrice a recommencé à me faire mal. La dernière fois que ça s'est produit, c'était parce que Voldemort était à Poudlard. Mais je ne pense pas qu'il puisse se trouver près de chez moi en ce moment, qu'est-ce que tu en penses ? Est-ce que tu sais si les cicatrices provoquées par un mauvais sort peuvent encore faire mal des années plus tard ?

J'enverrai Hedwige te porter cette lettre quand elle reviendra. Elle est partie chasser pour le moment. Dis bonjour à Buck de ma part.

Harry

PS : Si tu veux me joindre, je serai chez mon ami Ron Weasley jusqu'à la fin des vacances. Son père a réussi à nous avoir des billets pour la Coupe du Monde de Quidditch !

Il avait bien failli s'envoler aussitôt. Il était loin d'être un spécialiste en maléfice, mais la cicatrice de Harry était la seule marque que lui avait laissé un Impardonnable, lancé par la main de Voldemort en personne. Qu'elle lui fasse mal quelques jours avant l'attaque de la Coupe du Monde était une trop grosse coïncidence.

Le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore.

Il n'avait pas repensé à la Prophétie depuis des années, mais il avait tout de suite fait le lien. Et si son filleul pouvait sentir le retour de Voldemort grâce à sa cicatrice ?

Remus devrait en parler à Madelyn, et peut-être même à Dumbledore, pour savoir si cela était seulement possible, mais il ne prendrait pas de risque.

Au-delà des signes qui pointaient tous dans la même direction, il sentait que quelque chose de sombre approchait dans ses entrailles.

Si Voldemort revenait, Harry était en danger.

Et sa fille aussi.

Il s'envolerait pour le nord dès que la nuit serait tombée.

Il avait deux promesses à tenir.


Vous ne pensiez quand même pas qu'il allait rester en sécurité, si ?

(1) « Vers le milieu du pré se dressait un extravagant assemblage de soie rayée qui avait l'apparence d'un palais miniature, avec plusieurs paons attachés à l'entrée » Harry Potter et la Coupe de Feu, chapitre 7. (Vous connaissez beaucoup d'autres sorciers qui ont des paons ? Moi pas).

J'avoue que j'ai pas mal hâte d'avoir votre retour sur :

- La réaction à froid concernant Crystal (perso, je suis team Christopher xD)

- Lucius, ce connard raciste (il brille particulièrement dans ce chapitre)

- Les nouvelles révélations sur Judy (allez qui est surpris·e ?)

- Maellyn qui rend hommage à Judy comme elle le peut (ça m'a rendu triste un peu – beaucoup – ).

- L'amitié entre Draco et Christopher (que je trouve assez touchants, à leur façon).

- Christopher qui, une fois encore, est une star (je vous laisse choisir entre la façon dont il cloue le bec de Lucius ou comment il assure la sécurité de Maellyn comme un chef. J'adore cet enfant).

- La fin chaotique de la coupe de Quidditch (cette scène est toujours aussi horrible, je ne comprends pas qu'on puisse faire des choses pareilles à d'autres êtres humains).

- Les inquiétudes fondées de Maellyn concernant son avenir.

Je prends encore les dons de câlins pour Maellyn cette semaine, parce que cette fin de mois d'Août était plutôt mouvementée aussi, et elle va avoir besoin de soutien pour affronter la rentrée!

Les reviews marchent très bien pour illuminer ce (dé)confinement. Alors à vos claviers!

En attendant la suite, je vous invite à aller faire un tour du côté du UA complet de cette histoire : There will be time.

Prenez bien soin de vous et de vos proches.

Orlane.

Mis à jour le samedi 09/05/2020