Disclaimer : Les personnes trans sont tous·tes merveilleux·euses. Celleux qui oeuvrent contre leurs droits méritent qu'on leur crache au visage.
Attention: Rated T pour le langage et les scènes violentes.
RàR :
Shadow : Salut ! Merci beaucoup pour ta review ! Je suis contente que cette histoire continue à te plaire malgré le angst;) Bonne lecture !
Lilyly : Hello ! Merci beaucoup pour ta review ! Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture.
Cindy : Hey ! Merci beaucoup pour ta review ! Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture.
Nyanna : Heyyyy ! Merci beaucoup pour ta review ! Ah non, Maellyn est pas une ado facile. Quand elle a décidé d'être chiante, elle n'y va pas de main morte (je ne sais pas si je dois blâmer les Black ou les Adler, mais c'est pas de tout repos!). Heureusement qu'elle a des personnes autour d'elle qui n'hésitent pas à la remettre à sa place.
Je vais continuer à développer les liens entre Maellyn et les sortilèges, promis !
Je crois que la grand-mère de Crystal vise un peu ce CV là xD Je vais essayé de glisser un peu plus de détails sur l'initiation de Crystal.
Oui, les clins d'oeil à Blacker (et aux deux premières parties de cette histoire) ont tendance à faire briller les yeux de beaucoup j'ai l'impression (à commencer par les miens, j'avoue).
Merci pour ton enthousiasme. Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !
Merci à Shadow, kuramaseke, jane9699, Liyly, tzvine, Tiph l'Andouille, feufollet, Cindy, henrismh, Niris, bylbash, mimi70, tzvine (x2), Nyanna, Sun Dae V et Spatchoune pour leur review. Ca fait toujours plaisir !
Bonjour à toutes et à tous !
Comment allez-vous ? J'espère que votre rentrée s'est bien passée et que vous n'êtes pas touché·e·s par cette maudite deuxième vague de Covid-19…
De mon côté, j'ai retrouvé mes élèves et j'avoue que faire cours en 3D m'avait manqué. C'est quand même autre chose que via des écrans interposés. Bon, je suis déjà en pause forcée parce qu'inévitablement, les cas contacts sont faciles dans un établissement scolaire (n'en déplaise à Jean-Michel Blanquer) mais, au moins, ce n'est que pour deux semaines max !
Le côté positif, c'est que ça me laisse plus de temps pour écrire. Rentrée oblige, la reprise de l'écriture a été un peu difficile, mais la machine semble s'être dérouillée le weekend dernier. Le chapitre 20 pèse déjà près de 15k, ce qui annonce un poids lourd. Maellyn est en full mode ado terrible.
A part tout ça, nouveau chapitre ! Il s'y passe encore beaucoup de choses, dont un joli morceau du canon. Je dois avouer que j'ai une tendresse particulière pour les deux dernières scènes, je pense que je ne serais pas la seule. Bonne lecture !
Un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et les retours ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !
Un petit coup de gueule ce mois-ci, encore, quand même. Parce que j'ai remarqué depuis un moment que, de toute évidence, de plus en plus de personnes lisent cette histoire. Si j'en suis très touchée, je ne peux pas m'empêcher d'être un peu énervée quand je vois que le taux de review est de 0,8 % pour le dernier chapitre et de 1,2 % en moyenne.
Écrire prend du temps. Ce que vous lisez en quelques heures me demande un à deux mois de travail, parce que j'ai une vie à côté. Mettre à jour prend aussi du temps. La moindre des choses, c'est de laisser une review de temps en temps. Personne n'attend des dissertations de quinze pages et une analyse du texte comme lorsqu'on passait le bac de français. Juste un petit mot pour dire ce que vous avez aimé, ce qui vous a fait rire ou pleurer. Rien qu'un petit retour, parce que lorsqu'on vous donne quelque chose gratuitement, la moindre des politesses est de dire merci.
C'est juste la base.
Black Sunset
Partie IV : Supernova.
Chapitre 7
Supernova: cataclysmic explosion caused when a star exhausts its fuel and ends its life. Supernovae are the most powerful forces in the universe.
Dimanche 23 Octobre 1994, Manoir Malefoy, Angleterre.
L'homme que lui avait recommandé Madelyn McGonagall était un peu plus jeune qu'elle. Grand, les cheveux noirs, le teint brun, et un visage avenant, il avait le mérite de ne pas ressembler à ces lourdauds d'Aurors, dont l'allure donnait parfois l'impression qu'ils passaient plus de temps derrière un bureau qu'à courir après de dangereux mages noirs.
Madelyn McGonagall lui avait promis que Ilyas Khan était un enquêteur doué, discret et qui avait de solides liens avec le monde moldu, puisqu'il était le premier sorcier de sa famille. Officiellement, il travaillait pour le MACUSA, enquêtant sur des familles moldues afin d'estimer s'il était risqué de leur dévoiler l'existence du monde sorcier.
Pour couronner le tout, il avait accepté de travailler sous Serment Inviolable.
Sur le papier, il était donc l'homme idéal pour l'aider à retrouver Grant Adler et Burt White.
Sur le terrain, c'était une toute autre réalité.
Elle passa une main lasse sur son front.
- Corrigez-moi si je me trompe, mais vous n'avez rien trouvé ?
Ilyas Khan eut un sourire crispé.
- Rien est un peu excessif. J'ai réussi à vous obtenir le dossier que le MACUSA a sur la famille Adler, ainsi qu'une copie du casier judiciaire de Grant Adler. J'ai en outre quelques documents administratifs...
- Dois-je vous rappeler que je vous paye pour les retrouver ?
- Bien sûr que non, Lady Malefoy. Je crains que vous ne compreniez pas tout à fait la situation : ces deux hommes sont des moldus et les États-Unis est un très grand pays. Il est assez facile d'y disparaître pour peu que l'on connaisse les bonnes personnes, et j'ai bien peur que ce soit le cas pour eux. Sans oublier que leurs liens évidents avec des réseaux illégaux rendent mes recherches encore plus compliquées. J'ai des contacts avec la police moldue, mais pas avec des trafiquants.
- Et vous n'avez personne d'autre à me conseiller ?
Il secoua la tête.
- En toute honnêteté, la sévérité du MACUSA dissuade la majorité des sorciers de prendre part à des actes illégaux en compagnie de moldus. Si une personne a des liens avec le réseau de Grant Adler, alors elle est en prison à l'heure actuelle.
- Je serais prête à arranger une libération anticipée s'il le faut. Pourriez-vous creuser cette piste pour moi ?
A la façon dont il serra les lèvres, elle comprit qu'elle ne devait pas trop espérer qu'il trouve quelque chose.
Avec un dernier soupir, elle se leva et désigna la cheminée de son étude. Ilyas Khan l'imita aussitôt.
- Tenez-moi au courant si vous apprenez quelque chose qui pourrait me mettre sur une nouvelle piste. Je vais essayer de trouver un allié dans les cellules du MACUSA.
Il lui serra la main, puis disparut dans une multitude de flammes d'un vert émeraude.
Narcissa se retrouva seule face à deux épais dossiers – l'un rédigé sur du parchemin, l'autre sur du papier – ainsi qu'une copie des notes que Khan avait pris durant son enquête. Elle connaissait un peu mieux l'arbre généalogique de sa filleule – même si ce dernier ne remontait pas à plus de cinq générations – et elle comptait bien éplucher chacun des documents elle-même pour en apprendre le plus possible, sauf que rien de tout cela n'avait permis de retrouver la trace de Grant Adler et Burt White.
A croire que les deux hommes étaient des sorciers depuis tout ce temps et qu'il avait utilisé la magie pour disparaître.
Ils étaient revenus du Royaume-Uni trois jours après qu'elle ait modifié leur mémoire. Ils avaient passé une semaine dans un hôtel à Chicago, puis ils avaient disparu. Selon toute vraisemblance, ils n'avaient pas été arrêtés – ou alors l'information avait été perdue dans le système – et ils n'étaient pas morts – du reste, elle l'espérait –.
Elle doutait que Maellyn se satisfasse de réponses aussi évasives – si tant est qu'elle accepte de les entendre pour commencer – et sans explications, elle continuerait à ne pas vouloir lui parler.
Le temps s'étira tandis qu'elle fixait les documents face à elle, tapotant le bois précieux de son bureau du bout des ongles, cherchant une issue à cette impasse.
Elle eut beau retourner le problème dans tous les sens – comme elle le faisait à peu près tous les jours, provoquant un mal de tête lancinant à chaque fois – elle dut se résoudre à ouvrir le tiroir secret de son bureau, là où elle avait rangé la lettre de son fils qu'elle avait reçu le matin même.
La première lettre qu'un de ses enfants avait daigné lui envoyer depuis la rentrée, près de deux mois plus tôt.
Mère,
J'ignore où en sont vos recherches concernant la famille de Maellyn, mais il s'avère que nous avons fait une découverte importante depuis Poudlard. Nous avons pris contact avec une collaboratrice Nord-Irlandaise de Grant Adler et elle est prête à utiliser ses ressources pour le retrouver. Je ne veux pas entrer dans les détails par écrit, de peur que ce courrier tombe entre de mauvaises mains, mais serait-il possible d'organiser une entrevue, à Pré-au-Lard ou par cheminée ?
J'attends votre réponse.
Malefoy.
Elle n'avait jamais imaginé que son fils unique pourrait un jour lui envoyer une lettre aussi formelle et le vouvoiement avait été douloureux à lire. Elle avait espéré que le temps et l'éloignement feraient leur effet : non pas qu'elle croyait réellement que Maellyn et lui allaient lui pardonner du jour au lendemain, mais une aversion moins ouverte aurait été un début prometteur.
De toute évidence, ce n'était pas encore pour tout de suite – et peut-être que cela ne se produirait pas avant des années –. Elle n'avait pas d'autre choix que d'accepter cette demande d'entrevue.
Elle détestait dire oui à l'aveugle, mais sa discussion avec Khan venait de lui confirmer ce dont elle se doutait depuis plusieurs semaines : elle n'avait pas la moindre piste concernant la famille moldue de Judy Adler. Maellyn n'accepterait pas de lui adresser la parole tant qu'elle ne les aurait pas retrouvés, ce que Draco ne manquerait pas d'imiter.
Elle ne pouvait qu'espérer que la collaboratrice de Grant Adler soit une personne de confiance – ou du reste, quelqu'un qu'elle pourrait soumettre à un Serment Inviolable – et avec un peu de chance, sa bonne étoile serait à nouveau de son côté.
Avec une vraie piste et ses moyens, elle ne doutait pas de retrouver ces deux moldus en quelques semaines. Elle leur rendrait la mémoire, Maellyn la haïrait juste un peu moins pour qu'elle puisse lui expliquer ses raisons, et le temps ferait le reste. D'ici à ce que sa filleule revienne au Manoir l'été prochain, elles seraient peut-être réconciliées.
Ce fut en se raccrochant à cette pensée rassurante qu'elle attrapa un parchemin vierge et sa meilleure plume. Elle devait se dépêcher d'écrire à Minerva McGonagall si elle souhaitait que la lettre arrive lors de la livraison du courrier le lendemain matin.
…
Mercredi 26 Octobre 1994, Poudlard, Ecosse.
Mes épaules me brûlaient maintenant au point de me donner l'impression que deux poignards étaient plantés dans mes articulations. La douleur irradiait dans le haut de mon dos et dans ma nuque. J'étais certaine que j'aurais de méchantes courbatures le lendemain et, pourtant, Pansy refusait que je baisse mes bras, occupée comme elle était à ajuster un morceau de tissu d'un rouge profond pour la centième fois au moins.
Une aiguille se ficha dans ma peau au milieu de mon bras.
- Aïe !
- Ne fais pas ta chochotte, Black ! Je t'ai à peine touchée !
- Je suis sûre que je saigne !
- Arrête, on dirait ton cousin.
Depuis le lit de Millicent, Crystal eut un rire moqueur et elle eut vraiment de la chance que la baguette de Pansy soit pointée sur moi et que la mienne soit inaccessible.
Je ne pus donc que lui lancer un regard sombre qui ne réussit qu'à accentuer son hilarité.
- Je suis tellement contente d'avoir plusieurs tenues traditionnelles chez ma grand-mère.
- La ferme !
Une nouvelle aiguille se planta à nouveau dans ma peau. Le sourire de Pansy m'apprit que c'était tout à fait intentionnel cette fois.
- Ne sois pas vulgaire, petite. Tu vas finir par vendre ton secret encore plus tôt que ce que j'ai parié avec Crystal.
- Tu es très mal placée pour me faire des leçons sur mon niveau de langue.
- Tout le monde y est habitué depuis que je suis en âge de parler et ma mère s'en plaint assez souvent. Toi, tu es censée être la parfaite petite héritière Lestrange je te rappelle.
J'eus un grognement.
- Je ne suis pas experte, mais j'ai l'impression qu'elle a encore pas mal de travail sur ce point-là.
Je maudis Crystal en silence, puis Pansy. Cela faisait plusieurs fois qu'elles se liguaient contre moi pour me mettre en boîte concernant le rôle que je devais jouer face au reste de la société sorcière, au point de me faire regretter qu'elles sachent la vérité. J'avais toujours soupçonné que cela ne serait pas une bonne chose que Crystal et Pansy soient amies, je commençais à comprendre à quel point j'avais raison.
- Allez, c'est bon. J'ai enfin quelque chose qui me plaît. Je devrais avoir terminé ta robe mystère d'ici trois jours.
Je baissai les bras avec un soupir de soulagement, même si la douleur sembla se décupler, mes muscles protestant contre le changement de position. Je me laissai tomber à côté de Crystal, observant Pansy tandis qu'elle arrangeait les pans de tissu rouge foncé autour d'elle. Elle agita sa baguette et marmonna un sortilège. Le fil et l'aiguille dans sa main gauche furent soudainement doués de vie et commencèrent à assembler deux sections ensemble. Coudre était la seule chose qui réussissait à faire taire Pansy : concentrée sur sa tâche, contrôlant l'avancée de la couture avec la seule inclinaison de son poignet, aucun détail ne semblait pouvoir lui échapper.
Si je me fiais à la robe qu'elle s'était confectionnée au début du mois – beaucoup de voilages colorés, quelques enchantements, et un tout qui donnerait l'impression qu'elle était enveloppée par une aurore boréale –, je savais que ma robe rivaliserait sans problème avec les créations de Madame Hopkirk.
Ça ne rendait pas la perspective de cette stupide fête d'Halloween plus attrayante.
- Je suis sûre qu'elle sera annulée à nouveau, me souffla Crystal avec un sourire compatissant.
Pansy feula.
- Il ne vaudrait mieux pas. Ça fait deux ans que je m'esquinte à faire ma tenue, la sienne et celle de Millie pour rien ! J'aimerais pouvoir profiter de l'occasion au moins une fois pour changer !
Un fameux dicton assurait jamais deux sans trois, sauf que la fête d'Halloween avait déjà été annulée trois ans de suite – à cause d'un Troll d'abord, puis de la première attaque du monstre de Serpentard et enfin l'attaque de la Grosse Dame par mon père –. J'étais donc condamnée à parader une fois de plus auprès de mes camarades, comme si nous n'avions pas assez l'occasion de nous retrouver lors des fêtes officielles qui rythmaient la société Sang-Pur.
- Je m'en fiche, je ne resterai pas plus d'une heure, sifflai-je finalement.
- C'est ce qu'on verra, petite.
Je profitai qu'elle soit penchée sur son ouvrage pour lui tirer la langue. Je me transformerai en scarabée s'il le fallait, mais il était hors de question que je prenne le risque d'être courtisée – parce que j'étais prête à mettre ma baguette à brûler que cela ne louperait pas – plusieurs mois en avance, sous prétexte qu'il s'agissait d'une espèce de tradition stupide.
J'avais des choses plus importantes auxquelles penser.
Narcissa avait accepté de nous voir, Draco et moi. Elle s'était arrangée avec le professeur McGonagall afin que nous puissions utiliser son bureau ce samedi. Je n'étais pas ravie qu'elle se déplace – un coup de cheminette aurait été préférable – mais Crystal pensait plutôt qu'il serait plus facile de la convaincre en face à face. Nous allions pouvoir lui montrer le dossier que la grand-mère de Crystal nous avait envoyé, Crystal était persuadée qu'elle maîtrisait assez la Légilimencie pour repérer une tentative de mensonge, et je pourrais lui lancer un maléfice si elle se montrait obtuse.
Je la connaissais assez pour savoir qu'elle accepterait difficilement de se lier magiquement à une Cracmol – dont elle ignorait presque tout – mais elle me devait bien ça. Elle était entièrement responsable de la disparition de ma famille moldue.
Je n'étais pas prête de la laisser oublier ce petit détail.
Je passai une main lasse sur mon visage. Nous n'étions pas rentrés depuis deux mois à Poudlard, pourtant, j'avais l'impression qu'une éternité s'était écoulée. Entre nos nouvelles matières, la masse de devoirs supplémentaires, mes leçons particulières avec le professeur McGonagall, l'enquête sur Crystal, la bêtise de mon père et nos manigances pour convaincre Narcissa d'accepter la proposition de la grand-mère de Crystal, j'avais l'impression que quelque chose venait rallonger ma liste de préoccupations tous les jours.
Et à partir de vendredi, j'allais en plus devoir composer avec mes deux cousins Lestrange – Radimir Lomonosov et Roksana Mesyats – sans vraiment savoir à quoi m'attendre. Soit ils allaient se montrer amicaux avec moi – ce dont je doutais –, soit ils allaient tout de suite afficher une haine sans nom, face à laquelle j'ignorai comment réagir.
Une part de moi se fichait bien de ce qu'ils pouvaient penser – ils n'étaient même pas mes cousins pour commencer –, une autre se préoccupait un peu de la réaction des Sangs-Purs s'ils apprenaient que mes cousins voulaient ma peau – d'après ce que Christopher avait compris, et il n'était pas sûr d'avoir vraiment surpris la bonne discussion – ce qui était sans doute pire –. Même s'ils ne portaient pas le nom Lestrange, ils faisaient quand même partie de la haute société sorcière européenne. Leur parole serait au moins écoutée et s'ils savaient la vérité, ils réussiraient sans mal à instiller le doute dans l'esprit de mes camarades.
Je ne tenais pas particulièrement à mon rôle d'Alya Lestrange, mais j'avais été répartie sous ce nom. Serpentard n'accepterait jamais de me voir autrement. S'ils apprenaient que j'étais une Illégitime, ma vie pourrait se transformer en cauchemar, et sans doute plus vite que ce que j'étais capable d'imaginer.
- Encore en train de pronostiquer le pire concernant l'arrivée de Durmstrang ?
Je tournai la tête vers Crystal. Elle avait relevé les yeux de son petit carnet noir – celui avec lequel elle préparait sa confrontation avec Narcissa – et un pli s'était formé entre ses sourcils.
- Tu n'as pas le droit d'utiliser la Légilimentie, Malhorne.
- Comme si j'en avais besoin. Tu es encore plus facile à lire que Ginny Weasley.
J'eus une imprécation.
- C'est complètement faux !
- Ça reste à voir, Black.
Si Pansy n'avait pas été penchée au-dessus de ma robe, je lui aurais sans doute lancé son oreiller en plein visage.
Je n'étais pas encore suicidaire.
- Tes deux cousins peuvent toujours essayer de s'en prendre à toi, ils ne vont pas être déçus du voyage, reprit-elle.
Je choisis de me taire, de peur qu'elle se relance dans une interminable diatribe sur la solidarité des Serpentards, l'aura des Malefoy, la peur suscitée par le nom Lestrange et mon colossale héritage. Crystal était du même avis qu'elle, et les seules personnes qui pensaient que j'avais raison de m'inquiéter étaient Draco et Christopher. Mon cousin m'avait même proposé de me montrer les quelques sortilèges qu'il avait appris au cours de duel en deuxième année, ce que j'avais préféré décliner.
Mon niveau en Sortilèges était un peu moins abyssal que les deux années précédentes mais, de temps en temps, ma magie faisait des choses étranges que Flitwick ne savait pas expliquer. Il était donc plus sage que je m'en tienne aux sortilèges qui étaient au programme.
Et puis, de toute façon, je n'avais pas le temps pour ça. Je devais concentrer mes efforts sur notre entrevue avec Narcissa. Avec une profonde respiration, j'enfermai mon inquiétude dans un coin de ma tête, dressant des murs imprenables autour d'elle pour qu'elle ne puisse plus altérer ma concentration.
- Explique-moi à nouveau le plan pour samedi, soufflai-je à l'attention de Crystal.
Elle hocha la tête et un sourire dur étira ses lèvres.
…
Vendredi 30* Octobre 1994, Poudlard, Ecosse.
*en vrai, le 28, mais Rowling avait pas internet à l'époque, trouver un calendrier de 1994 devait pas être si simple... -_-
La serre numéro 3 regorgeait de nouvelles plantes, dont certaines auraient pu peupler mes cauchemars tant elles étaient hideuses, en plus d'être recouvertes de longues épines acérées. Les moins moches auraient pu passer pour des fleurs délicates, mais leurs immenses feuilles d'un vert foncé me rappelaient un peu trop la collection de fleurs tropicales de Narcissa, et mon aversion pour elle avait définitivement anéanti le peu d'intérêt que j'avais pour la botanique.
Savoir que je devais encore subir cette discipline pendant trois longues années me semblait injuste. Pourquoi devions-nous étudier une matière aussi inepte pendant si longtemps ? Je doutais que les jardins de Grande-Bretagne regorgent de la majorité des plantes au programme, et je comptais bien veiller à ce que seules de vraies fleurs poussent dans le mien, plus tard.
Avec ma chance, je serais alors incapable de m'en occuper, puisque le professeur Chrourave était seulement intéressée par ce qui était hideux, dangereux ou vaguement utile en potion. Je doutais que nous apprenions un jour à nous occuper d'un banale rosier, combien de fois par mois étions-nous censé arroser un citronnier en pot ou comment distinguer les mauvaises herbes des bonnes.
- Comme vous le savez, notre cours d'aujourd'hui se terminera une demi-heure plus tôt afin que vous ayez le temps de déposer vos affaires dans vos dortoirs respectifs et de vous rendre présentables pour l'arrivée de nos invités. Toutefois, ce n'est pas une raison pour ne pas vous montrer attentifs. Nous allons réviser les Puffapods aujourd'hui, et je retirerais un point à chaque élève qui gâchera la récolte en faisant éclore des graines. Qui peut me rappeler la procédure pour cueillir les cosses ?
Ginny Weasley fut la première à lever la main, et Pomfresh lui fit signe de parler.
- Il ne faut prendre que les cosses les plus roses. On casse le haut de la cosse pour libérer les graines, et on doit ensuite les envelopper de coton pour qu'elles ne touchent rien de solide. Il faut travailler au-dessus d'une bassine d'eau : si les graines tombent dans l'eau, elles ne pourront pas éclore.
- Merci Miss Weasley. Cinq points pour Gryffondor. Les Puffapods sont au fond de la serre. Faites attention à ne pas les abîmer en les déplaçant. Au travail.
D'un seul regard, je fis comprendre à Crystal que je me dévouai pour le premier voyage.
Le hasard fit que je me retrouvai derrière Deloris – ce qui me surprit, elle qui envoyait d'ordinaire Sven ou Hadrian, arguant que porteur était une tâche pour les hommes –. Je compris un peu mieux pourquoi en remarquant que Ginerva Weasley la précédait dans la queue pour récupérer une plante.
- Il paraît que tes frères vont essayer de participer au Tournoi, Weasley ? J'imagine que mille Gallions est une somme prodigieuse dans ta famille, non ? Dans le pire des cas, ça fera toujours une bouche de moins à nourrir...
Weasley se retourna vers Deloris, si vite que le crayon qui retenait ses mèches rousses tomba au sol. Je crus qu'elle n'hésiterait pas à pointer sa baguette sur Deloris – les Gryffondors répondaient souvent de la sorte – mais ses poings étaient seulement serrés, et, mis à part son regard mauvais, elle semblait avoir le contrôle de ses émotions.
Deux ans de cela, elle se serait sans doute recroquevillée face à l'attaque de Deloris, et elle aurait rougi piteusement.
- Si tu craches des horreurs pareil à tout le monde, ce n'est pas étonnant que tu aies de moins en moins d'amis, Yaxley.
Deloris éclata de rire – il était faux, mais plutôt convaincant pour qui ne la connaissait pas – et elle me glissa un regard entendu.
- Tu entends ça, Alya ?
Je ne m'attendais pas à être mêlée à cette conversation. Depuis que je connaissais la vérité sur mon identité, je m'étais résolue à ne plus trop me vanter d'être Sang-Pur dès que l'occasion se présentait. Il me fallut une seconde pour me remettre de la surprise – surtout que Deloris ne m'avait plus adressé la parole depuis sa tentative de chantage – et je haussai un sourcil.
- Alya ? relevai-je. M'aurais-tu présenté des excuses que j'aurais déjà oublié, Yaxley ?
Son sourire se crispa et j'étais presque certaine qu'elle venait de pâlir. Ce fut au tour de Weasley d'éclater de rire.
- Si même le plus venimeux des serpents ne supporte plus ton venin, Yaxley, il est peut-être temps de te racheter une conduite.
Du coin de l'œil , je vis Weasley se détourner, mais Deloris continua à me faire face, le teint désormais un peu rouge, ses lèvres plissées et un regard sombre qu'elle pensait sans doute intimidant.
Sauf qu'elle avait cessé de m'impressionner des mois de cela.
- Tu aurais pu me soutenir, au moins au nom de Serpentard ! Ou bien la notion de loyauté t'est-elle devenue complètement étrangère ?
- Comme c'est ironique de ta part de citer l'une des qualités de notre maison... Il ne me semble pas que la cruauté gratuite en fasse partie, si ?
- C'est Ginerva Weasley ! Une Gryffondor ! As-tu perdu tout bon sens à la fin ?!
- Ou l'ai-je tout juste retrouvé ? C'est une question intéressante, mais c'est à ton tour de prendre ta plante, Yaxley. Peut-être une autre fois ?
Elle me lança un dernier regard noir, assorti à une moue dégoûtée, puis rejoignit Sven et Hadrian d'un pas saccadé.
Je fis en sorte de prendre la Puffapod dont les cosses étaient les plus roses, puis je rejoignis ma place. Crystal m'accueillit avec un haussement de sourcil.
Tout en cueillant les cosses les plus matures, je lui racontai le petit accrochage avec Deloris.
- Je la pensais plus maline, conclut Crystal après avoir levé les yeux au ciel.
Nous nous appliquâmes ensuite à récupérer soigneusement les graines de Puffapod. Je les enveloppai ensuite dans du coton avec soin, surveillant du coin de l'œil la table de Deloris, en pleine discussion avec Sven et Hadrian. Si je me fiais aux nombreux regards lancés dans ma direction, ce n'était pas bien compliqué de comprendre de quoi ils parlaient. Connaissant Deloris, je savais qu'elle était capable de préparer un mauvais coup pour se venger dans l'heure et, si ce n'était pas le cas, j'avais tout intérêt à me méfier pendant les jours à venir.
S'il y avait bien une chose dont elle avait horreur, c'était que sa fierté soit piétinée, encore moins en public.
Entre la tâche que nous avait assigné le professeur Chourave et ma surveillance active de la table de mes camarades, le cours de Botanique passa bien plus vite qu'à l'accoutumée – et pas seulement parce qu'il fut écourté d'une demi-heure –.
- N'oubliez pas vos devoirs sur la centranthe pour la prochaine fois ! Et ne traînez pas en chemin !
Contrairement aux Gryffondors qui devaient traverser une partie du château, et qui auraient sans doute tout juste le temps de déposer leurs affaires, les quartiers de Serpentards n'étaient qu'à quelques minutes en empruntant un passage secret non loin des serres. Crystal et moi laissâmes les autres prendre une avance confortable – Deloris semblait encore furieuse, Jin, Jeremy Harper et Brian O'Casey étaient excités à l'idée de l'arrivée des autres écoles –.
J'avais juste envie de m'enfermer dans mon dortoir pour la soirée.
- Allez, je suis certaine qu'ils vont t'ignorer. Tu as plusieurs années de moins qu'eux, et ils seront là pour défendre les couleurs de leur école...
- J'en serais très surprise, marmonnai-je. Je crois que je redoute moins le rendez-vous avec Narcissa demain que ma rencontre avec Radimir Lomonosov et Roksana Mesyats.
- Ça, c'est seulement parce que tu la connais très bien et que l'on a pu préparer l'entretien. Tu ne sais même pas à quoi ressemblent tes cousins !
- Ce ne sont pas mes cousins, sifflai-je, quand bien même le rappel était particulièrement inutile.
Aux yeux du monde sorcier, c'était le cas, et il était trop tard pour que je change cela.
- J'ai vu le Registre de Cantankerus Nott. Vous êtes tous plus ou moins cousins dans votre joli monde de consanguins.
- La ferme !
Elle eut un bref éclat de rire mais retrouva rapidement son sérieux quand nous commençâmes à croiser des Serpentards, déjà en chemin pour le Grand Hall.
En entrant dans la salle commune, je compris que j'étais sans doute la seule personne du château à ne pas partager l'excitation générale. Il y avait presque quelque chose dans l'air, une sorte d'énergie qui fit dresser mes cheveux à la base de ma nuque. Je repérai Draco et Pansy, tous deux en pleine discussion avec leurs autres amis. Je connaissais les nombreux sujets de conversation, pour en avoir surpris un nombre incalculable de fois depuis l'annonce de la date d'arrivée de Beauxbâtons et Durmstrang.
Comment les élèves allaient-ils arriver ? Par Pré-au-Lard, après avoir utilisé le Poudlard Express ? Ou par un autre moyen de transport ? Beaucoup pensaient aux balais, d'autres aux tapis – quand bien même ils étaient interdits au Royaume-Uni –. A quoi ressembleraient-ils ? Parleraient-ils anglais ? Suivraient-ils les cours au château ou quelques professeurs les accompagnaient-ils ? Porteraient-ils des uniformes ? Où dormiraient-ils ? Où mangeraient-ils ?
Toutes ces questions s'étaient mêlées à celle plus essentielle concernant le Tournoi en lui-même : qui représenterait Poudlard lors des épreuves ?
Des noms circulaient déjà – nombreux – et, à Serpentard, le favori était Cassius Warrington, un grand échalas peu souriant, mais qui était l'un des meilleurs élèves de septième année, toutes maisons confondues. Crystal et Pansy avaient décidé de soutenir Merula Snyde par solidarité féminine, et je les avais suivies dans leur pari, quand bien même j'aurais mis ma baguette à brûler que le champion ne viendrait pas de Serpentard.
Si j'en croyais l'histoire du Tournoi des Trois Sorciers, la chance n'était pas vraiment de notre côté, non plus qu'elle souriait souvent aux Poufsouffles. Le champion serait à Gryffondor, histoire de changer un peu.
Je rejoignis mon dortoir en traînant un peu les pieds, essayant d'attirer la sympathie de ma bonne étoile : si elle pouvait me faire tomber malade sur le champ, c'était le moment !
Je déposai mon sac sur mon lit sans cérémonie, et je dus faire preuve d'une grande volonté pour ne pas m'affaler à côté de lui, mon visage dans les coussins. Deloris quitta la salle de bain au moment où je faisais un pas vers la porte pour me rafraîchir – si je traînais assez, je serais cachée au dernier rang, et cela serait toujours quelques minutes de répit en plus –.
Pour mon plus grand soulagement, Deloris m'ignora. Elle ajusta sa cape par-dessus son uniforme – propre, elle venait sans doute de se changer – puis se mit du parfum, avant de quitter la pièce. Je ne daignai même pas lever les yeux face à sa petit mise en scène : si elle n'avait toujours pas compris que je me fichai bien qu'elle me fasse la tête, c'était qu'elle était stupide.
Je me glissai dans la salle de bain sans faire le moindre commentaire. Mon expression fermée, assortie à un regard sombre me tirèrent presque une grimace, et je m'obligeai à lisser les traits de mon visage. Je ne pouvais pas me permettre d'afficher mon humeur de la sorte. Outre le fait que mes deux cousins pourraient très bien utiliser ce détail à leur avantage – je perdais bien plus facilement mon sang froid quand j'étais de mauvaise humeur –, j'étais censée être contente de les rencontrer pour la première fois.
Après tout, la famille était sacrée dans le monde Sang-Pur.
Quand mon expression se fit plus neutre – à peine marquée par le pli entre mes sourcils –, je fis quelques sourires devant le miroir, juste pour qu'ils soient un peu moins crispés pour la soirée.
Pour le reste, mon allure devrait suffire. J'avais noué mes cheveux en une tresse sévère ce matin – de celle que Bellatrix avait affectionné à mon âge si j'en croyais les photos –, mes traits étaient un peu moins creusés que quelques semaines plus tôt – pour le moment, Pomfresh était satisfaite – et je n'avais pas l'air d'un mort vivant qui n'aurait pas dormi depuis des siècles.
Seulement deux boutons marquaient ma peau, mais ils avaient le bon goût d'être cachés par ma frange.
Tandis que Crystal prenait ma place dans la salle de bain, je mis le collier dont le pendentif était les armoires des Black, et je fixai la chevalière de Rodolphus sur ma baguette. J'avais pu me passer de ces babioles depuis juin dernier, mais il devenait à nouveau essentiel que ma couverture soit parfaite.
Qui pouvait prédire ce que pourrait faire Radimir Lomonosov et Roksana Mesyats s'ils découvraient la vérité à mon insu...
Draco et Pansy nous firent signe de les rejoindre en nous voyant arriver dans la salle commune, et nous n'eûmes pas d'autre choix que de rejoindre le Grand Hall à leurs côtés.
Mon cousin passa un bras autour de mes épaules tandis que nous quittions la salle commune.
- Si ces crétins s'en prennent à toi, je lâche Pansy sur eux, me souffla-t-il.
Il réussit presque à me faire rire. J'ignorai ce que Pansy pourrait leur faire à part user de sa langue acérée, mais je savais qu'elle n'hésiterait pas à prendre ma défense.
- Crystal m'a assurée qu'elle avait quelques tours africains dans sa poche.
- Oui, et dans le pire des cas, Christopher a laissé entendre qu'il allait essayer de trouver des horreurs sur eux. Maintenant qu'ils ont quitté Durmstrang, il a bon espoir que certaines langues se délient.
Devant le château, les élèves s'étaient rassemblés par maison. Le professeur Rogue nous fit signe de nous dépêcher – nous étions presque les derniers – et nous désigna une place bien trop en avant à mon goût. A défaut de pouvoir disparaître derrière les septième années, je me glissai derrière Pansy et Crystal, toutes deux plus grandes que moi d'une bonne tête. J'étais donc entourée par Draco à ma droite et Théodore Nott à ma gauche.
- Il paraît que tu as de la famille qui arrive, Lestrange ? me souffla-t-il.
Je faillis lui demander comment il pouvait bien savoir cela – Draco était censé avoir gardé ça pour lui – avant de me souvenir que, lui aussi, avait un cousin à Durmstrang, qui devait être en sixième année maintenant.
- J'en frétille d'impatience, répliquai-je, aussi sèchement que possible.
Je le vis me détailler du coin de l'œil, et je fis de mon mieux pour l'ignorer. A ma plus grande surprise, il n'avait pas essayé de me coincer dans une salle de classe vide pour m'arracher mes secrets depuis la rentrée. Draco m'avait assuré qu'il lui avait parlé, et qu'il avait réussi à le convaincre de passer à autre chose, mais je doutais que Nott soit du genre à se résigner aussi facilement.
Par mesure de précaution, je préférai l'éviter autant que possible.
La soirée était fraîche et le soleil se couchait doucement au-dessus du Lac Noir. Le ciel sans nuage annonçait de parfaites conditions pour observer les étoiles. La lune – encore très pâle – n'était qu'à moitié ronde, et j'eus une pensée pour Remus Lupin.
Je n'avais pas eu de nouvelles depuis que je l'avais vu cet été, et j'espérai qu'il avait réussi à retrouver un travail, même s'il était plus probablement sur la piste de Pettigrow.
- Ah ! Si je ne m'abuse, la délégation de Beauxbâtons arrive ! lança Dumbledore depuis le dernier rang.
Je tournai la tête vers les grilles du château – puisque le plus simple restait une arrivée par le Poudlard Express – sans rien apercevoir.
- Dans le ciel, Lestrange, grinça Nott.
Je levai les yeux. Je remarquai aussitôt que quelque chose de très grand, beaucoup plus grand qu'un balai volant — ou même que cent balais volants — approchait du château, dans le ciel d'un bleu sombre. On voyait sa silhouette grandir sans cesse.
- C'est un dragon ! hurla une élève de première année de Gryffondor, prise de panique.
Je plissai les yeux, essayant d'y voir plus clair. Aucune créature magique ne me venait à l'esprit, pas plus qu'un moyen de transport sorcier de cette envergure – puisque la discrétion restait essentielle –. Je me demandai une folle seconde s'il s'agissait d'une façon de voyager moldue – j'avais entendu parler de gros véhicules volants dont le nom m'échappait – ce qui ne serait pas si étonnant venant des français.
Quelques minutes plus tard, il s'avéra que la gigantesque forme noire qui avançait au-dessus de la cime des arbres était un immense carrosse bleu pastel tiré par des chevaux géants. Le carrosse volait vers nous, tiré dans les airs par une douzaine de chevaux ailés, tous des palominos, chacun de la taille de deux hippogriffes.
Le carrosse approchait à une vitesse assez impressionnante et l'atterrissage fit un fracas de tous les diables. Je vis Neville Londubat manquer de tomber sur un Serpentard de cinquième année dont le nom m'échappait.
Les cheveux trottèrent sur quelques mètres, leur sabots aussi larges que des assiettes, et leur allure pleine de noblesse, de leur façon de se mouvoir à la couleur dorée de leur robe. Le carrosse faisait la taille d'une petite maison et était monté sur des roues plus hautes que moi. Les armoiries – deux baguettes d'or croisée lançant chacune trois étoiles – étaient gravées sur la portière, qui s'ouvrit au moment même où le carrosse se stoppa.
Un garçon vêtu d'une robe de sorcier bleu clair sauta à terre, se pencha en avant, tripota maladroitement quelque chose sur le plancher du carrosse puis déplia un marchepied d'or. Il fit respectueusement un pas en arrière et une chaussure noire à haut talon émergea du carrosse — une chaussure qui avait la taille d'une luge d'enfant. La chaussure fut presque immédiatement suivie par la plus immense femme qu'il m'ait été donné de voir.
La taille du carrosse et des chevaux s'expliquait mieux, à présent. Quelques élèves étouffèrent une exclamation de surprise.
Je glissai un regard vers mon cousin et je dus retenir un sourire amusé en voyant ses yeux écarquillés.
Nous avions beau avoir grandi dans le monde magique, nous pouvions encore être surpris.
La femme fit un pas en avant, entrant dans la lumière, et réajusta le voile qui couvrait ses cheveux. Malgré sa taille impressionnante, elle avait un visage fin, au teint olivâtre. Son maquillage mettait ses grands yeux noirs en valeur et son chignon accentuait l'angle de sa mâchoire. Sa tenue de satin noir habillait parfaitement sa silhouette, et même les vieilles harpies de la société Sang-Pur n'auraient rien à eu à redire concernant son collier d'opales, assorties à des bagues ouvragées.
Elle était un parfait exemple de l'élégance française que Narcissa m'avait appris à apprécier.
Dumbledore se mit à applaudir, immédiatement imité par les élèves avec ardeur. La femme eut un sourire gracieux et s'avança vers Dumbledore en tendant une main étincelante de bijoux. Bien qu'il fût lui-même très grand, Dumbledore n'eut presque pas besoin de se pencher pour lui faire un baisemain.
- Ma chère Madame Maxime, dit-il, je vous souhaite la bienvenue à Poudlard.
- Mon cheur Dambleudore, répondit Madame Maxime d'une voix grave, je suis ravie de constateu que vous aveu l'eur en parfeute santeu.
- Ma santé est parfaite, en euffeut... heu... en effet, assura Dumbledore.
- Je vous preusente meus euleuves, dit Madame Maxime en agitant d'un geste désinvolte l'une de ses énormes mains par-dessus son épaule.
Fascinée par l'apparition de Madame Maxime, je réalisai alors qu'une douzaine de jeunes filles et garçons se tenaient dans son ombre. Leur tenue de soie fine, du même bleu que celui du carrosse, me tira une grimace. Ils avaient l'air frigorifié, quand bien même il faisait bon pour un soir d'octobre écossais.
Tandis que Dumbledore et Madame Maxime échangeaient de politesses – et quelques consignes pour prendre soin des impressionnants palominos –, je ne pus m'empêcher de penser à Christopher, lui qui avait toujours rêvé d'étudier à Beauxbâtons. Si l'uniforme de Durmstrang lui donnait fier allure, accentuant la largeur de ses épaules et l'étoffant à cause de l'épaisseur des fourrures il aurait sans doute eu l'air encore plus frêle que ce qu'il avait été avant de rejoindre Durmstrang dans les habits français.
Même si ce bleu-ci était sans doute celui qui faisait le plus ressortir ses yeux.
Madame Maxime et ses élèves se mirent à l'abri du froid dans le Grand Hall et je resserrai les pans de ma cape d'hiver autour de moi, avant d'étouffer un bâillement. Je n'aimais guère faire le pied de grue pendant des heures et j'espérai que la délégation de Durmstrang ne tarderait plus.
A la façon dont Theodore Nott tendit l'oreille à ma droite, je sus que l'attente se terminait. Un grondement étouffé semblait venir des montagnes, mêlé à un autre bruit plus aigu sur lequel je ne sus mettre de mots.
- Le lac ! s'écria Lee Jordan en le montrant du doigt. Regardez le lac !
De l'endroit où nous nous trouvions, au sommet de la pelouse en pente douce dominant le parc, je voyais nettement la surface lisse et noire de l'eau qui, soudain, ne fut plus lisse du tout. De grosses bulles se formèrent et des vagues vinrent lécher les rives boueuses du lac. Enfin, un tourbillon apparut en son centre, comme si on venait d'ôter une bonde géante, au fond de l'eau...
La forme noire d'un long mât s'éleva lentement au milieu du tourbillon...
- Un bateau, soufflai-je.
Je compris un peu mieux pourquoi Christopher m'avait fait promettre de lui raconter l'arrivée de Dursmtrang, puisqu'il ignorait comment ses camarades allaient réussir à rejoindre Poudlard grâce à leur moyen de transport.
Lentement, majestueusement, un vaisseau émergea alors de l'eau, dans le scintillement argenté du clair de lune. Il avait quelque chose d'étrangement spectral, telle une épave sauvée d'un naufrage, et les faibles lueurs qui brillaient derrière ses hublots, comme enveloppées de brume, ressemblaient à des yeux de fantôme. Enfin, dans un bruit de cascade, le vaisseau apparut entièrement, tanguant sur les eaux tumultueuses du lac, et glissa vers la rive. Quelques instants plus tard, j'entendis l'ancre tomber dans l'eau et le bruit mat d'une passerelle qu'on abaissait sur le rivage.
Tout comme pour la délégation de Beauxbâtons, il y avait une douzaine d'élèves, tous enveloppés dans une épaisse cape de fourrure familière.
Je reconnus Igor Karkaroff grace à une description de Christopher : de la même taille que Dumbledore, athlétique, il était toutefois bien plus jeune que notre directeur, malgré ses cheveux argentés.
- Dumbledore ! s'écria-t-il avec chaleur en s'avançant sur la pelouse. Comment allez-vous, mon cher ami, comment allez-vous ?
- Le mieux du monde, merci, professeur Karkaroff, répondit Dumbledore.
Karkaroff serra la main de Dumbledore quand il fut à sa hauteur.
- Ce cher vieux Poudlard, dit-il en regardant le château avec un sourire.
J'haussai un sourcil : Karkaroff semblait connaître le château, ce qui expliquait peut-être son absence d'accent.
- Quelle joie d'être ici, quelle joie, vraiment... Viktor, venez donc vous réchauffer... Ça ne vous ennuie pas, Dumbledore ? Viktor est légèrement enrhumé...
Karkaroff fit signe à l'un de ses élèves de le rejoindre. Lorsque le garçon passa devant eux, j'aperçus un nez arrondi et d'épais sourcils noirs. Je reconnus Viktor Krum sans grande surprise, pas après que Christopher ait mentionné son arrivée imminente en Écosse dans plusieurs de ses lettres.
La délégation de Durmstrang ouvrit la marche vers le Grande Salle et le professeur Rogue nous fit signe de les suivre, puisque nous étions les plus proches des grandes portes.
Karkaroff s'arrêta juste avant les portes. Il échangea quelques mots en bulgare avec ses élèves, et je profitai que nous passions devant eux pour essayer de reconnaître mes cousins. Je fus agréablement surprise de trouver autant de filles que de garçons parmi les potentiels champions, mais leur épais couvre-chef en fourrure, et le manque de lumière dans la hall, ne me permit pas de distinguer qui était Roksana et qui pouvait être Radimir.
Pansy, Draco, Crystal et moi nous installâmes à nos places habituelles, au milieu de la table. Il me sembla que la Grande Salle était encore plus décorée que quelques jours plus tôt, quand d'immenses bannières représentant les différentes maisons avaient été installées, mais cela était peut-être seulement dû à la vaisselles argentée et aux bougies plus nombreuses que d'habitude.
Dans tous les cas, les élèves de Beauxbâtons ne semblaient pas particulièrement impressionnés par la décoration, non plus qu'ils avaient réussi à se réchauffer près des cheminées. Trois filles avaient même gardé des écharpes et des châles sur leurs épaules.
- J'espère qu'ils ont pensé à emmener des vêtements chauds, ou l'hiver écossais va leur paraître bien long, me souffla Crystal.
- Si ce n'est pas le cas, je me ferais une joie de leur tailler quelque chose sur mesure, dit Pansy.
J'eus un sourire – un an plus tôt, Pansy n'aurait certainement pas mis son talent en avant de la sorte –.
- Vous pensez que Durmstrang va s'installer avec quelle maison ? demanda Draco.
- Avec nous, bien évidemment, répondit Nott d'un ton sec, après avoir levé les yeux au ciel. Karkaroff a fait ses classes à Serpentard.
- Comment tu peux savoir ça ? s'étonna Blaise.
- Je sais beaucoup de choses, éluda-t-il.
- Un de ses cousins est à Durmstrang, rectifiai-je.
Cela me valut un regard noir qui ne réussit pas à m'impressionner. Nott était doué pour découvrir des secrets, mais lui aussi avait recours à la bonne vieille méthode des informateurs, et sans doute plus souvent que ce que j'imaginais.
Il eut toutefois raison concernant les élèves de Durmstrang : tandis que Karkaroff rejoignait les autres professeurs – s'asseyant à la droite de Dumbledore, laissant la place à sa gauche libre pour Madame Maxime –, ses élèves prirent place à notre table.
Quand Krum s'assit à la gauche de Draco, j'eus l'impression que mon cousin se mettait à vibrer d'excitation. Il réussit toutefois à ne pas s'embarrasser, retrouvant le contrôle sur ses émotions en l'espace de quelques secondes. Son expression se fit plus neutre – elle aurait sans doute ravi Lucius – et il se pencha vers Krum, la main tendue.
- Je suis Draco Malefoy. Bienvenue à Poudlard !
Krum serra la main offerte et eut un sourire poli en réponse, qui réussit à peine à adoucir son air renfrogné. D'autres élèves de Durmstrang – deux garçons et une fille – s'étaient installés à côté de nous. Ils détaillaient la Grande Salle avec intérêt, échangeant quelques mots en bulgare que je ne sus reconnaître. Je fus toutefois rassurée de ne pas entendre de russe, ce qui aurait sans doute été la langue favorite de mes deux cousins.
Ou pas, d'ailleurs.
Une vague de chaleur fit battre mon cœur plus vite. Je n'aimais guère être sur le qui-vive de la sorte. Je ne savais pas assez de choses sur mes deux cousins pour espérer pouvoir les reconnaître...
Après une ultime hésitation, je me penchai à mon tour vers les quatre visiteurs.
- Sauriez-vous me dire qui sont Radimir Lomonosov et Roksana Mesyats ?
Je fus aussitôt la cible de quatre regards très surpris. Les quatre élèves échangèrent ensuite de nombreux coups d'œil et Viktor Krum fut silencieusement désigné pour me répondre.
- Que leurrr veux-tu ?
Je forçai un sourire.
- Ce sont mes cousins. Je ne les ai jamais rencontrés mais je sais qu'ils font partie de la délégation de Durmstrang. J'ai hâte de faire leur connaissance.
Krum plissa les yeux.
- Comment peux-tu savoirrr ça si tu ne les connais pas ?
- J'ai un ami à Dursmtrang. Christopher Rowle. Il est dans le peloton 5 de la compagnie du Lion.
L'un des deux garçons dit quelque chose qui ressemblait beaucoup à « Björn Lothbrok », ce qui me tira presque un sourire en coin.
Krum passa une main sur son crâne aux cheveux raz, puis parcourut la table des yeux. Il se pencha ensuite vers moi, un doigt pointé sur sa gauche.
- Roksana est celle qui a les cheveux roux foncés. Radimir est assis en face d'elle. Quel est ton nom ?
- Alya Lestrange, soufflai-je, mon regard toujours fixé sur mes deux cousins.
Ils étaient fidèles à la description que Christopher m'en avait fait. Radimir avait une expression qui me rappela celle que Lucius arborait toujours dès que nous étions en sortie dans le monde sorcier – cet espèce d'air supérieur, un sourire faux sur les lèvres qui ne réussissait pas à adoucir la froideur de son regard –. Il se tenait très droit, son regard fixé sur la table des professeurs.
Un coup d'œil dans cette direction m'apprit que Dumbledore ne tarderait plus à prendre la parole.
Je pris toutefois le temps de détailler Roksana : elle avait retiré sa capuche de fourrure, et ses mèches rousses cascadaient dans son dos. Elle avait beau être plus petite et un peu plus ronde que les deux autres filles assises à ses côtés, elle me sembla toutefois plus gracieuse, son visage harmonieux et son port de tête parfait.
Elle tourna la tête dans ma direction et nos regards se croisèrent. Son sourire avenant se figea en un rictus, dévoilant ses dents.
Christopher m'avait prévenu qu'elle devenait dangereuse une baguette à la main, mais peut-être l'était-elle tout autant désarmée.
Je refusai toutefois de détourner les yeux. Elle était sur mon terrain ici. Elle avait beau être plus âgée que moi, je restai celle qui avait le plus d'influence à Poudlard.
J'attrapai mon verre à l'aveugle et je le levai dans sa direction, ajoutant un clin d'œil sans y réfléchir à deux fois.
Ce n'était pas parce que je devais faire croire à tout le monde que j'étais l'héritière Lestrange que je ne pouvais pas utiliser des tactiques dignes de Sirius Black et Judy Adler de temps en temps.
Autour de nous, les discussions prenaient fin peu à peu, et Roksana fut la première à tourner la tête vers la table des professeurs.
Dumbledore était debout, un sourire bienveillant aux lèvres.
- Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, chers fantômes et, surtout, chers invités, bonsoir, dit Dumbledore en adressant aux élèves étrangers un sourire rayonnant. J'ai le très grand plaisir de vous souhaiter la bienvenue à Poudlard. J'espère et je suis même certain que votre séjour ici sera à la fois confortable et agréable.
L'une des filles de Beauxbâtons, qui avait toujours un cache-nez enroulé autour de la tête, éclata d'un rire ouvertement moqueur.
En face de moi, Pansy leva les yeux au ciel.
- Ces français, siffla-t-elle. Jamais contents.
Je secouai la tête – elle n'avait pas tout à fait tort, mais elle pouvait parler –.
- Le tournoi sera officiellement ouvert à la fin de ce banquet, annonça Dumbledore. Mais pour l'instant, je vous invite à manger, à boire et à considérer cette maison comme la vôtre !
A peine Dumbledore s'était-il assis que les plats sur la table se remplirent de mets divers. Il y avait bien plus de variétés que d'ordinaire. Une assiette de foie gras était entourée d'une soupe de poisson dont je ne sus retrouver le nom et d'un ragoût de viande qui n'était certainement pas anglais.
- On dirait bien que les Elfes sont passés aux recettes internationales ce soir, remarqua Millicent d'un ton appréciateur.
Elle prit une tranche de foie gras et un toast.
- Quel dommage qu'il n'y ait pas de fleur de sel, c'est la meilleure façon de relever le goût...
Je lui fis confiance – Millicent avait un palais très fin, en plus d'un très bon goût en décoration – et je préférai me rabattre sur une portion du ragoût bulgare.
Cela me ferait au moins un sujet de discussion neutre avec mes deux cousins.
Le repas passa assez vite. Draco essaya plusieurs fois de faire la conversation avec Viktor Krum – évoquant son entraînement avec Temple Murray, l'entraîneur des Attrapeurs de l'équipe nationale Britannique, ou flattant sa performance lors de la finale de la Coupe de Quidditch – mais il n'obtient que quelques grognements et finit par abandonner bien avant l'arrivée des desserts.
Je me forçai à manger en silence, glissant un regard vers Roksana et Radimir de temps en temps. Ils semblaient apprécier la nourriture et passer un bon moment. Contrairement à Krum, ils faisaient la conversation à d'autres septièmes années de Serpentard, et je me promis de demander à Jin Wan ce qui s'était dit, puisqu'elle me sembla être assise assez proche pour entendre.
En espérant qu'elle n'avait pas passé le repas à théoriser sur le nom des possibles prétendants de Poudlard ou sur la façon dont le champion allait être sélectionné, ce qui était fort possible.
Une chose était sûre, ils me semblaient bien plus spontanés que ce que j'avais imaginé pendant toutes ces semaines. Moi qui pensais trouver deux intrigants mystérieux, je m'étais lourdement trompée.
J'avais spéculé sur la façon dont ils pourraient me nuire avec Crystal, Pansy et Draco. Nous avions fini par nous mettre d'accord sur le fait qu'ils resteraient discrets – ils n'avaient rien à gagner à dévoiler un scandale, s'ils savaient la vérité, du reste – et qu'il me suffirait de garder mes distances, mais je n'étais plus tout à faire sûre qu'il s'agisse de la meilleure stratégie.
Je n'écoutai que d'une oreille le discours de Dumbledore, retenant à peine les grandes lignes du tournoi – une Coupe de Feu antique se chargerait de choisir les trois champions, il ne serait plus possible de faire marche arrière pour les champions une fois qu'ils seraient choisis, trois épreuves auraient lieu et le gagnant serait celui qui obtiendrait le plus de points –.
Mon cerveau tournait à plein régime, essayant de réajuster ma stratégie concernant mes deux cousins, m'inspirant malgré moi des intrigues que Narcissa avait su démêler depuis que j'étais en âge de me souvenir, imaginant difficilement quelle réaction la société sorcière attendait d'Alya Lestrange ou ce que mes parents auraient pu faire à ma place.
- Voilà. A présent, je crois que le moment est venu d'aller dormir. Bonne nuit à tous.
La phrase de clôture de Dumbledore m'arracha un sursaut. J'hésitai une poignée de secondes de plus – je ne voyais que deux possibilités, et il me fallait choisir, maintenant ! – puis je me levai.
Je fus au niveau de Radimir et Roksana en une dizaine de pas. Je pris une profonde inspiration et forçai un sourire particulièrement faux sur mes lèvres.
Ils me virent arriver – comment pouvait-il en être autrement, je marchai dans la direction opposée à la sortie – et je les vis se tendre.
Tant mieux.
- Дорогие мои кузены ! Добро пожаловать в Хогвартс !
Mes chers cousins ! Bienvenue à Poudlard !
Je me félicitai d'avoir rouvert mon livre de russe ces derniers temps. Ma prononciation n'était sans doute pas parfaite, mais je savais que je n'avais pas fait de faute de grammaire. La surprise dans les yeux de Radimir valait presque toutes ces heures passées avec Monsieur Vasilovich.
Tandis qu'il se remettait, je fis face à Roksana.
- Toutes mes félicitations pour t'être brillamment qualifiée, Roksana. Je suis sûre que la Coupe de Feu saura se ranger à l'avis des professeurs de Durmstrang.
Il me sembla qu'elle eut du mal à rester impassible, même si son expression fut trop fugace pour que j'arrive à l'interpréter. Elle échangea un regard avec Radimir, puis eut un sourire crispé.
- Spasiba.
- Il n'y a pas de quoi. Bien entendu, je suis sûre que les épreuves étaient très complexes, et faire partie des finalistes est déjà une belle réussite, n'est-ce pas ?
Radimir plissa les yeux et je me retins in-extremis de ne pas lui faire un clin d'œil.
Avez-vous fait bon voyage ? continuai-je, mettant leur étrange torpeur à profit. J'avoue que j'ai bien du mal à imaginer combien de temps il vous a fallu pour venir d'aussi loin... Beauxbâtons, c'est presque la cheminée à côté en comparaison.
- Tu sembles étrrangement bien rrenseignée, kuzina, remarqua Radimir.
Son accent était un peu moins marqué que celui de Krum et il me rappela un peu celui de Monsieur Vasilovich.
J'eus un geste vague de la main, reproduisant à la perfection celui que Narcissa aimait agiter devant le nez de commères telles que Regina Zabini ou Lauryn Parkinson.
- N'exagérons pas...
Radimir ne sembla pas vouloir se contenter de ma réponse, mais il n'eut pas le temps d'essayer de m'interroger.
- Lestrange ? Tu connais nos invités ?
Avelina Odgen, la préfète de septième année, me dévisageait ouvertement, même si son regard semblait me mettre en garde.
J'ignorai juste contre quoi.
- Connaître n'est pas le mot, mais Roksana et Radimir sont des cousins éloignés. Les Lestrange ont quelques liens en Russie... C'est la première fois que je les rencontre pour être tout à fait honnête, mais je suis ravie de leur venue. J'espérais sans trop y croire qu'au moins un de mes cousins soit sélectionné.
Odgen fronça les sourcils, avant de se tourner vers mes cousins.
- Votre directeur m'a demandé de venir vous prévenir que vous repartiez pour votre navire.
- Ne le faisons pas attendrre, dit Radimir. La bonne nuit, kuzina.
Je lui répondis par un sourire, inclinant légèrement la tête. Je vis Radimir se pencher vers Roksana, et j'aurais bien aimé entendre ce qu'il lui souffla à l'oreille.
Odgen, elle, ne bougea pas.
- Je comprends un peu mieux pourquoi ils ont posé des questions sur Malefoy et toi. Méfie-toi, Lestrange. Je doute qu'ils soient aussi sympathiques que ce qu'ils veulent faire croire.
- Merci pour la mise en garde, Odgen. Je pourrais toujours mettre le feu à leur cape s'ils se montrent trop désagréables.
Elle eut un sourire. Pendant la première année, elle avait sans doute été celle qui avait mis le plus souvent fin à mes débuts d'incendie lorsque je m'acharnai à maîtriser mes sortilèges.
- Je n'en doute pas. Bonne soirée, Lestrange.
Elle s'éloigna pour rejoindre les autres septièmes années, et je fis de même. Draco, Pansy et Crystal m'épiaient de loin, faisant preuve d'un cruel manque de discrétion.
- C'était quoi ça, petite ?
- Ma famille n'est pas de celles qui se laissent menacer, dis-je simplement. On retourne à la salle commune ?
…
Samedi 31 Octobre 1994, Poudlard, Ecosse.
Il y eut la berceuse, puis un éclair vert.
Je rouvris les yeux dans un sursaut et il me fallut une longue minute pour réaliser que le tissu qui semblait tourner au-dessus de moi était celui de mon lit, dans le dortoir de Serpentard. Je passai une main encore tremblante sur mon front humide, essayant de reprendre un semblant de contrôle sur mon souffle et de calmer les battements désordonnés de mon pauvre cœur.
Mes yeux me brûlaient, un goût âcre saturait ma bouche et ma gorge était si serrée que j'étais sûre que mes camarades de chambre pouvaient entendre le bruit sifflant que l'air faisait.
Je basculai sur le côté, ramenant mes jambes contre mon corps, tandis que ma main glissait sous mon oreiller, à la recherche du pull en laine beige que j'avais coincé entre le matelas et la tête de lit.
J'enfouis mon visage dans les mailles usées, à la recherche d'une odeur que les années avaient depuis longtemps emportée.
La brûlure sous mes paupières devint plus irrésistible et je ne pus qu'étouffer mon premier sanglot pour ne pas réveiller mes trois camarades.
Une autre fois, j'aurais peut-être essayé de réprimer les larmes, mais je n'en avais pas l'énergie, et encore moins l'envie. Je laissai la tempête passer, m'agrippant à un maigre pull en laine, tandis que, venue de nulle part, la berceuse jouait quelque part dans mon esprit.
Quand bien même elle hantait mes cauchemars, elle restait dans un coin de ma tête une fois que j'étais réveillée, et je me raccrochai aux quelques notes dont j'avais gardé le souvenir.
Les larmes me laissèrent dans une étrange torpeur qui faillit me précipiter à nouveau dans les bras de Morphée, ce à quoi je ne pouvais pas céder.
Aujourd'hui, c'était Halloween, et si je voulais quelques heures de tranquillité avant d'affronter Narcissa Malefoy dans le bureau de Minerva McGonagall, je devais renoncer à l'idée même d'une grasse matinée.
Je restai encore quelques minutes à savourer la chaleur de mes draps, puis je repoussai les couvertures. Le pull retrouva sa cachette et je filai dans la salle de bain. La douche termina de me réveiller et chassa les traces de larmes sur mes joues. La veille, j'avais pris soin de laisser mes vêtements dans la salle de bain, sachant parfaitement que je serais debout en première. Ma robe était en laine grise, parfaite alliée contre le froid des couloirs. Je laissai mes cheveux détachés, appréciant comme tous les matins de ne plus avoir à me battre avec la dizaine de papillotes qui m'avaient permis d'avoir de parfaites anglaises pendant des années.
Sans ce subterfuge, il s'avérait que mes cheveux étaient à peine bouclés, ce qui me convenait très bien. Moins je ressemblais à Bellatrix, mieux je me portais.
Je traversai le château en silence, mes pas me guidant naturellement vers la Grande Salle, quand bien même il était sans doute trop tôt pour le petit-déjeuner.
Je n'avais pas faim – le repas de la veille avait été copieux et le ragoût bulgare plus riche que ce que j'avais cru – mais ma dernière visite à l'infirmerie m'avait valu une nouvelle mise en garde – j'avais échoué à prendre du poids, sans doute parce que j'étais trop préoccupée entre mon rendez-vous avec Narcissa et l'arrivée de mes cousins –. Je devais donc m'obliger à manger quelque chose.
Je fus particulièrement surprise de trouver autant de monde dans la Grande Salle, et je crus rêver quand Draco me fit un signe de la main depuis le milieu de la table des Serpentards.
Comment ?
Mes vœux de tranquillité semblaient avoir été ignorés et je rejoignis mon cousin avec un soupir, sachant très bien qu'il n'hésiterait à venir à moi dans le cas contraire.
- Que fais-tu déjà debout ? dis-je en m'asseyant en face de lui.
Il me sourit, légèrement moqueur.
- Étant donné la date d'aujourd'hui, tu as quasiment fait une grasse matinée, chère cousine. Et je voulais voir qui allait mettre son nom dans la Coupe.
Je me retournai en direction du hall. De sa place, Draco avait un parfait observatoire sur la Coupe de Feu, toujours entourée d'un cercle bleuté.
- Alors, beaucoup de prétendants ? demandai-je en commençant à me servir des œufs et des pommes de terre.
J'eus le droit à un résumé de tout ce qui s'était passé depuis que Draco s'était installé ici – seul –. Les élèves de Durmstrang avaient déjà déposé leurs noms, tout comme Spinnet de Gryffondor, Montaigue de Serpentard et Davies de Serdaigle.
- Pas Merula Snyde ?
Il haussa les épaules.
- Pas encore... Ou alors, elle l'a fait avant que tout le monde se lève.
Je fis la moue – j'espérai surtout que Merula Snyde n'avait pas changé d'avis – puis je reportai mon attention sur mon assiette, essayant de me convaincre qu'elle n'était pas si remplie que cela.
Je fus interrompue dans mon calvaire quotidien par l'arrivée du courrier, un dizaine de minutes plus tard – je m'étais donc levée étonnamment tard pour un trente-et-un octobre –.
Une chouette blanche se posa devant moi, m'arrachant un sourire. Je n'étais pas vraiment surprise que Christopher ait pensé à moi aujourd'hui. Je donnai un morceau de bacon à la chouette en échange de ma lettre et me gardai bien de la reprendre tandis qu'elle se désaltérait dans le verre de jus d'orange de Draco.
Son juron me tira un éclat de rire moqueur, et je crus qu'il allait me vider son verre au visage.
- C'est pas vrai ! Même quand il est à l'autre bout de l'Europe, Rowle arrive à me gâcher la journée !
- Il sera sans doute ravi de l'apprendre !
Il plissa les yeux et se pencha vers moi.
- Tu as de la chance que ce soit Halloween, cousine, siffla-t-il.
- Mais bien sûr, répliquai-je, consciente que même si la date avait été différente, il ne m'aurait pas fait grand-chose pour m'être juste moqué de lui.
Pas quand il était d'une si charmante humeur avec toute l'excitation du Tournois des Trois Sorciers.
Sans plus en rajouter – il était capable de se vexer, ce qui feraient les affaires de Narcissa cette après-midi – j'ouvris la lettre de Christopher.
Maellyn,
J'espère que cette lettre ne te trouvera pas trop morose. Des fois que tu l'aies oublié, tu n'as plus vraiment de raison de te sentir misérable le jour d'Halloween. Je ne doute pas que tu trouveras une autre date qui te donnera une occasion de pouvoir mijoter dans ton malheur, avec ce dramatisme qui sied si bien aux Black.
Dans tous les cas, comment vont mes camarades de Durmstrang ? Nous avons salué leur départ aujourd'hui et j'ignorai que l'école possédait un tel navire ! De ce que je sais, il appartenait à Nerida Vulchanova, notre fondatrice. C'était une sorcière brillante, une duelliste hors-pair et, apparemment, une grande amatrice de navigation. La légende veut qu'elle avait des origines Vikings, mais j'ignore quelle peut bien être la part de vérité là-dedans.
Ta rencontre avec Lomonosov et Mesyats s'est-elle bien passée ? La petite sœur de Radimir – qui est dans la même année que moi – m'a soufflé que son frère n'allait faire qu'une bouchée de toi lors de notre dernier entraînement. Je lui ai répliqué qu'il risquait de faire une indigestion, coriace comme tu es, mais fais tout de même attention. Radimir est de loin le plus vicieux des deux, et je le trouve un peu dérangé.
Pas grand chose de bien nouveau de mon côté. Anton te passe le bonjour et te souhaite bon courage avec tes deux « cousins ». L'Alchimie est toujours aussi intéressante, tout comme l'Arithmancie. Je désespère que l'étude des Runes devienne un jour stimulant – je n'ai eu qu'un cours avec Binns, mais je t'assure qu'il est captivant à côté de Monsieur Norgad –.
Nous avons enfin commencé les combats magiques à proprement parler. Je dois admettre que cela me convient nettement mieux. J'ai encore des lacunes en termes de combat physique, mais au moins suis-je plus difficile à mettre K.O. maintenant.
Le tournoi aura lieu la semaine prochaine et j'ai presque hâte d'y être pour vraiment mesurer mes progrès ! Je suis sûr que nous allons surprendre tout le monde avec mon peloton !
Il ne me reste plus qu'à te souhaiter bonne chance pour ton rendez-vous avec Lady Malefoy. Je suis sûre qu'elle va se montrer conciliante. La seule explication à ses piètres décisions ces dernières années, c'est qu'elle t'aime trop pour renoncer à s'occuper de toi. Ce n'est pas un maigre avantage que tu détiens à toi seule, et c'est sans compter ce qu'elle serait capable de faire pour que Draco lui pardonne à son tour. Dans tous les cas, n'oublie pas que je veux tous les détails !
Je t'embrasse,
Chris.
- Rowle va bien ?
- Très bien, mais tu ne dois pas être surpris étant donné que tu as reçu une lettre de sa part en début de semaine.
Draco releva le menton et me lança un regard en coin.
- Christopher est l'une des rares personnes que tu écoutes maintenant que ma mère n'a plus voix au chapitre. Et puis, ça me fait du bien d'avoir quelqu'un à qui me plaindre quand tu es impossible.
J'haussai un sourcil.
- Moi, impossible ?
- Précisément. Je suis prêt à parier que tu vas disparaître dans le château jusqu'à notre petit rendez-vous pour méditer sur ta triste condition. Tu es parfois si dramatique.
Cette fois, je plissai les yeux.
- Tu peux parler.
- Je suis théâtral, ce n'est pas tout à fait la même chose.
- Je crois que c'est la première fois que je t'entends le reconnaître.
Un léger sourire étira ses lèvres.
- Ne le répète pas à Pansy.
Je retins un sourire à mon tour, terminai mon assiette puis je fis le tour de la table pour l'embrasser sur la joue, avant de m'en aller trouver un endroit tranquille.
Christopher n'avait pas tout à fait raison quand il affirmait que je n'avais plus de raisons de ressentir Halloween. Certes, ce n'était plus le jour où ma mère m'avait abandonné. Au contraire, c'était celui où j'avais été libéré de de son joug.
Pour entrer sous celui de Narcissa Malefoy.
J'eus un soupir en arrivant dans le couloir qui m'avait accueillie l'année dernière. La poussière avait disparu et il me semblait plus lumineux, sans doute parce que les fenêtres avaient été nettoyées, elles aussi. Le tournoi des Trois Sorciers avait du bon, finalement.
Je fus bientôt installée presque confortablement, enveloppée dans ma cape pour conserver la chaleur, le regard perdu sur le parc. Le temps était clément aujourd'hui : quelques rayons de soleil se reflétaient sur la neige qui s'était emparée des sommets entourant le château et très peu de nuages. Tandis que les flancs des montagnes étaient encore bien verts, la forêt Interdite était devenue un camaïeu de rouge, brun et orange, donnant parfois l'impression qu'elle était en feu.
Depuis mon observatoire, je pouvais voir l'endroit où j'avais aperçu Patmol, le jour de l'anniversaire de Draco. Je me demandai parfois – très souvent – où il pouvait bien être, s'il était bien caché, s'il n'était pas trop à la merci des éléments ou de la faim. J'avais beau lui avoir souhaité un hiver précoce dans ma dernière lettre – ce que Crystal avait jugé cruel –, je savais que je ne le pensais pas vraiment.
La dernière chose que je voulais pour mon père était qu'il ait plus froid encore que l'année dernière, quand les Détraqueurs encerclaient Poudlard.
Il faisait preuve de tellement d'imprudence, à rester dans le pays où il était le plus recherché, mettant sa vie en danger quand il aurait pu être en sécurité.
Loin d'ici.
L'avantage de l'avoir si près était que j'avais reçu sa réponse en un temps record. Il m'avait fait remarquer que j'avais une plume aussi assassine que celle de Narcissa – ce qui ne m'avait pas fait très plaisir – avant de m'expliquer qu'effectivement, Judy et lui – et moi aussi, techniquement – avaient bien passé la nuit de la Saint Valentin dans un poste de police moldu – ma mère voulait voir la Tamise depuis le London Bridge et qui était-il pour lui dire non ? – quand bien même il ignorait comment je pouvais savoir ça – personne d'autre que ma mère et lui avaient été au courant à l'époque –.
Je ne lui avais pas encore répondu. J'attendais de voir Narcissa d'abord, et peut-être aussi son anniversaire – Pansy avait déterré la date dans le Registre des Vingt-Huit Consacrées – dans quelques jours.
La vérité, c'était qu'une part de moi aimerait le voir, en vrai, juste quelques minutes.
Je sentis mes yeux me brûler et je fermai les paupières quelques secondes, le temps que les larmes refluent.
Je réussis à retrouver mon calme, et je me décidai à m'occuper pour ne plus me laisser absorber par cette mélancolie qui alourdissait mon cœur. J'allais avoir besoin de tous mes moyens dans quelques heures, quand bien même Crystal et Pansy étaient convaincues que mes larmes étaient ma meilleure arme face à Narcissa.
Je ne pleurerai pas devant elle.
Après avoir rédigé le début de ma réponse à Christopher – je le connaissais assez pour savoir qu'il attendait des détails, lui aussi – je parcourus à nouveau le dossier que Crystal m'avait donné deux semaines de cela. Il contenait plus de photos de mes parents ensemble que ce que mon père possédait – il n'apprécierait sans doute pas d'apprendre qu'il avait été suivi à l'époque –.
L'une d'entre elles avait été prise de moins loin que les autres. Ma mère était figée dans un éclat de rire, tandis qu'elle semblait avoir empêché mon père de s'écraser lamentablement au sol.
Je la glissai dans mon manuel de métamorphose, me promettant de l'envoyer à mon père quand je lui répondrai.
Il n'aurait pas dû dire que ma plume ressemblait à celle de Narcissa.
Je me réfugiai ensuite dans un livre que Crystal m'avait donné sur l'histoire moldue des États-Unis, arguant qu'il fallait que je soigne mon patriotisme si je ne voulais pas me faire renier par Burt White.
La matinée fila bien plus vite que ce que j'aurais pu penser quand je m'étais réveillée quelques heures plus tôt.
Sans vraiment savoir comment j'étais arrivée là, je me retrouvai devant la porte du bureau de McGonagall, mon cœur battant un peu plus vite que ce que j'aurais aimé, mes paumes de mains humides et une boule désagréable au niveau de mon ventre.
Je n'étais pas descendue manger, ce qui me vaudrait sûrement une remontrance de plus de la part de Pomfresh. Crystal et Draco me rejoignirent quelques minutes plus tard, discutant à voix basse. A la façon dont ils se turent en s'approchant de moi, j'étais prête à parier que j'avais été leur sujet de conversation.
Draco me tendit une banane et un morceau de tarte à la citrouille, son regard désapprobateur, mais il eut la grâce de ne rien dire.
Minerva McGonagall nous rejoignit à quatorze heures précises et je pris une profonde inspiration pour rassembler mon sang-froid, tandis qu'elle ouvrait la porte de son bureau d'un geste de baguette compliqué.
Narcissa était déjà à l'intérieur, très élégante dans une robe bleu nuit qui mettait sa silhouette parfaitement en valeur. Elle avait rassemblé ses cheveux en un chignon travaillé et son maquillage était impeccable. Malgré cela, il me semblait qu'elle avait maigri depuis la dernière fois que je l'avais vue, et elle n'avait pas réussi à camoufler entièrement la plaque rouge à la base de son cou.
Je retins un sourire satisfait – elle méritait d'être misérable – et j'ajoutai ces deux détails à la liste de ses points faibles.
- Bonjour, Minerva, souffla-t-elle finalement. Encore merci à vous de nous laisser utiliser votre bureau. J'ai bien conscience de l'immense faveur que vous me faites.
Le professeur McGonagall arqua un sourcil, comme elle seule savait le faire.
- Ce n'est pas à vous que je fais une faveur, Lady Malefoy. Je n'ai pas su me positionner en faveur des intérêts de Maellyn ces deux dernières années, mais soyez assurée que je me targue d'apprendre de mes erreurs. J'espère que vous savez en faire de même.
Elle se tourna vers moi avant que je n'ai eu le temps d'appréhender tout à fait sa réplique.
- Je serais dans ma salle de classe, Miss Black. S'il y a le moindre problème, vous pouvez tout à fait venir me chercher.
La possibilité de voir Minerva McGonagall transformer Narcissa en crapaud me laissa rêveuse pendant une folle seconde. Toutefois, elle nous laissa seuls et je repris mes esprits en sentant le regard insistant de Narcissa sur moi. Je tendis mon esprit vers mon Mur, juste pour vérifier qu'il était bien là, intact malgré la tempête qui m'avait secouée durant l'été, et peut-être même plus solide qu'avant.
Surtout quand il s'agissait de protéger mes pensées de Narcissa.
Elle désigna les deux canapés que le professeur McGonagall avait fait installer à côté de la grande bibliothèque qui recouvrait tout un mur de son bureau. Comme convenu, Crystal se retrouva entre Draco et moi.
Bon nombre d'adultes du monde sorcier aurait été intimidé de se retrouver en face de Lady Malefoy, mais mon amie me sembla étrangement sereine. Ses cheveux avaient repoussé depuis la rentrée, mais elle les avait coupé court à nouveau la veille, ne laissant qu'un demi-centimètre sur la peau de son crâne. Elle avait l'air plus âgée ainsi, et ses traits semblaient plus affûtés.
Narcissa la détailla pendant un long moment, avant de se tourner vers moi, un pli entre ses yeux.
- Comment vas-tu, Alya ?
Je retins difficilement un rictus mauvais.
- Ça ne te regarde pas, dit Draco à ma place, son ton à la fois sec et glacial.
Elle serra les lèvres, puis porta une main tremblante à son front, avant de se redresser, lissant un pli invisible sur sa robe.
- Très bien... Je suppose que tu es Crystal Malhorne ? reprit-elle ensuite. J'ai beaucoup entendu parlé de toi.
Crystal inclina la tête.
- J'ai beaucoup entendu parler de vous aussi, Lady Malefoy. C'est un honneur de pouvoir vous rencontrer enfin.
Elle avait fait tomber son accent Sud-Africain au profit de celui de Belfast, auquel je n'arrivais pas à m'habituer.
- Toutefois, j'ai du mal à comprendre ta présence aujourd'hui, jeune fille.
- Femme.
Narcissa eut un mouvement de recul.
- Pardon ?
- J'ai commencé mon Initiation dans mon clan. Je suis une jeune femme, pas une jeune fille.
Narcissa haussa un sourcil, ouvrit puis referma la bouche, pour finalement se tourner vers Draco.
- Puis-je avoir au moins un semblant d'explication, Draco ?
Les coins de la bouche de mon cousin frémirent, mais il réussit à garder une expression neutre. Nous avions réussi à déstabiliser Narcissa Malefoy en l'espace de quelques minutes, ce qui constituait déjà une belle prouesse.
Ce n'était que le début.
- Crystal est ici parce qu'elle est un parti intéressé. Elle représente la collaboratrice de Grant Adler.
- Oh. La mystérieuse collaboratrice nord-irlandaise dont je ne sais rien. Il me semblait avoir cru comprendre que tu étais originaire d'Afrique du Sud, Crystal ?
Crystal eut un sourire.
- C'est une longue histoire, et je doute que vous ayez vraiment besoin de la connaître.
- Voyez-vous cela ? Je ne sais pas à quoi vous croyez jouer, tous les trois, mais je ne vais certainement pas me plier à tous vos caprices.
- Nous ne jouons pas, sifflai-je.
Elle se figea au son de ma voix et je ne fis pas le moindre effort pour cacher la haine qu'elle m'inspirait.
- Tu as effacé la mémoire de mon grand-père et de mon oncle, rappelai-je. Par ta faute, ils ont disparu, et nous savons tous les quatre que si tu es ici, c'est que tu n'as pas réussi à les retrouver par tes propres moyens. Alors oui, tu vas te plier à nos caprices, parce que c'est le moins que tu puisses faire.
Il me sembla que sa respiration devenait aussi saccadée que la mienne. Elle fit un geste vers moi. Cette fois, un rictus dévoila mes dents et je plissai les yeux pour la mettre au défi de seulement m'effleurer.
Morgane en soit témoin, je réussissais à conjurer des flammes avec le moindre sortilège, et elle pourrait bien se retrouver à l'infirmerie en un temps record.
Elle retrouva difficilement sa composition.
- Je vois que de plus en plus de personnes sont au courant. Dois-je m'attendre à voir un article de Rita Skeeter faire la une de La Gazette dans les semaines à venir ?
C'était presque tentant de confirmer ses craintes, mais Crystal reprit la main.
- Oh, elle ne m'a rien dit. Je suis au courant depuis des mois. Bien avant elle, même.
- Je suis surprise que Maellyn te considère encore comme une amie, dans ce cas, Crystal.
Elle eut un sourire éclatant.
- C'est encore une longue histoire, mais ce n'était pas à moi de dévoiler un tel secret. En outre, j'aurais été obligée de lui confier le mien pour la convaincre. Ma grand-mère n'aurait pas vraiment apprécié, et c'est le genre de femme que l'on ne met en colère qu'une seule fois dans sa vie.
Narcissa plissa les yeux à son tour.
- Il va pourtant falloir que tu m'expliques comment tu as pu découvrir la véritable identité d'Alya Lestrange par tes propres moyens, Crystal.
Le sourire de mon amie disparut et elle se pencha légèrement. Son expression était devenue dure, de celle qu'elle prenait toujours quand elle négociait pour de vrai.
- Il se trouve que Grant Adler et Burt White ont repris contact avec ma grand-mère après douze longues années de silence. J'ai consulté le dossier qu'elle garde sur eux, juste pour me rafraîchir la mémoire. Il y avait une photo de Judy Adlerenceinte et de Sirius Black, ainsi qu'une note sur la disparition de leur fille le 9 Août 1981. Vous avez vraiment de la chance que personne ne se doute de rien dans votre monde doré, Lady Malefoy.
Narcissa se redressa, drapée dans sa fierté – grand bien lui en fasse – et le regard qu'elle portait sur Crystal particulièrement sombre.
Presque dangereux.
Peut-être que des menaces fusaient derrière les yeux gris de Narcissa, et peut-être même que Crystal était à même de les entendre, mais elle resta immobile, son expression imperturbable.
Le silence s'intensifia au point de me donner l'impression que le plafond en pierre pesait désormais sur mes épaules.
Finalement, Crystal me fit signe, et je sortis le dossier qu'elle m'avait confié sur ma mère. Je le tendis à regret à Narcissa qui sembla se faire violence pour l'accepter. Elle le parcourut aussitôt, haussant les sourcils face à la quantité de photographies, avant de les froncer quand elle commença à parcourir les autres documents.
Je sus qu'elle venait de trouver le compte-rendu de la garde à vue de mes parents à la façon dont ses lèvres se serrèrent.
- Est-ce seulement vrai ? demanda-t-elle en tournant le document officiel vers nous. Non pas que j'en serais vraiment surprise, mais même un faussaire de piètre talent pourrait réussir à produire ce genre de document.
J'eus un sourire mauvais.
- J'ai écrit à mon père pour avoir la confirmation. D'après lui, personne d'autre à part ma mère n'était au courant.
Cela ne sembla pas lui plaire – sans que je n'arrive à deviner si elle était agacée d'avoir plusieurs coups de retard, ou seulement par le fait que je continuais à écrire à mon père –.
- Comment se nomme ta grand-mère, Crystal ?
- Gloria Ngozi.
Je ne l'avais sans doute jamais entendu dire quelque chose avec autant de fierté dans sa voix.
Narcissa reprit l'étude du dossier en silence, même si je n'étais pas bien sûre qu'elle soit vraiment en train de lire ce qu'elle avait sous les yeux.
A ma droite, Crystal eut un bref sourire, ce qui était définitivement bon signe. Malgré son jeune âge, elle avait assisté à ce genre de confrontations plus de fois qu'elle semblait capable de s'en souvenir. Sa grand-mère considérait que l'expérience était la meilleure façon d'apprendre un métier, et elle était de toute évidence décidée à ce que sa petite-fille soit un jour prête à prendre la relève.
Sans le savoir, elle avait aussi fait en sorte que Crystal soit une alliée de taille aujourd'hui.
Pour la première fois depuis longtemps, Narcissa Malefoy était en position de faiblesse, et Crystal était bien décidée à en tirer tout le parti qu'elle pourrait. Peut-être le faisait-elle pour elle avant tout, mais elle m'avait promis qu'elle s'assurerait que sa grand-mère tienne vraiment ses promesses.
Vu ce que je savais désormais à propos de Gloria Ngozi, je n'étais pas vraiment surprise qu'elle soit du genre à se faufiler dans des failles.
Narcissa releva la tête avec un soupir.
- Je suppose que Gloria Ngozi ne fait pas dans la charité. Quelles sont ses conditions ?
- Elle désire votre silence et la protection des Malefoy le jour de mon entrée dans le monde Sang-Pur.
- Mon silence ? Vais-je finalement entendre cette mystérieuse histoire ?
- Vous en savez déjà trop, Lady Malefoy. De ce que je sais, il n'est pas bon que vous sachiez quoi chercher dans la tête de personne qui vous déplaisent.
Narcissa plissa les yeux.
Une autre fois, elle se serait fendue d'une réplique assassine et d'une menace à peine masquée.
Elle devait être encore plus acculée que ce que j'avais imaginé.
Tant mieux.
- La demande de silence s'étend également à Maellyn, Draco, Pansy Parkinson et Christopher Rowle, tout comme la protection. Ma grand-mère ne veut prendre aucun risque et aimerait que je sois en mesure de pouvoir jouer la carte des Malefoy ou celle des Black le jour venu. Bien entendu, elle veut que tout cela soit scellé par un contrat magique.
Le masque faussement aimable de Narcissa se fissura, laissant apparaître une colère que je sentais à fleur de peau depuis que Crystal s'était positionnée comme sa véritable interlocutrice.
- Plaît-il ? siffla-t-elle.
Crystal haussa un sourcil.
- C'est à prendre ou à laisser. Ma grand-mère ne lancera pas la moindre personne à la poursuite de Grant Adler et Burt White sans garantie. Elle ne compte pas non plus rappeler les hommes qui sont à la recherche de Sirius Black. Toute cette histoire pourrait devenir très sale, très vite.
Narcissa nous dévisagea l'un après l'autre, Draco et moi, comme si elle était à la recherche d'une faiblesse quelconque dans les soutiens de Crystal, ou si elle voulait une preuve de notre folie sur nos visages.
Si signer un contrat magique était la seule façon de retrouver ma famille moldue et qu'il ne demandait que mon silence et mon amitié en échange, je devrais réussir à tenir mes engagements sans en perdre le sommeil.
Je n'avais jamais vraiment eu l'intention de raconter à tout Serpentard que Crystal les menait en bateau depuis ses onze ans, non plus que j'aurais hésité à l'introduire à la société Sang-Pur si l'occasion s'était présentée.
Narcissa n'avait pas non plus grand chose à perdre, sauf que l'idée d'être magiquement liée à ce qu'elle imaginait être une moldue, sur laquelle elle ne connaissait rien, et sur qui elle n'aurait probablement pas le moindre contrôle, n'était pas à son goût.
- Je vais avoir besoin de réfléchir à cette proposition, dit-elle finalement. Puis-je avoir un moment avec Maellyn et Draco ?
Crystal inclina la tête, courtoise, puis se leva.
- Ne tardez pas trop à me donner votre réponse, Lady Malefoy. Ma grand-mère n'est pas une femme patiente.
Elle se retira après une révérence qui me sembla légèrement moqueur.
La porte s'était à peine refermée que Narcissa perdait tout semblant de sang-froid, laissant entrevoir une colère qui m'aurait saisie d'effroi quelques mois plus tôt.
Il était quelques mois trop tard pour ça maintenant.
Je me contentai de m'affaler contre le dossier du petit canapé, les bras croisés sur ma poitrine, et un regard provoquant qui, je l'espérai, aurait rendu mon père fier.
- Nous en sommes donc là ? Dois-je me présenter avec un avocat la prochaine fois ?
- Tu as menti.
Elle eut au moins la décence de détourner le regard, avant de croiser à nouveau le mien après un lourd soupir.
- Je n'ai jamais voulu te faire du mal, Ma...
- Je me fiches de tes excuses, la coupai-je. Tout ça – je fis un geste vague avec mes mains – est entièrement de ta faute. Tu as de la chance que la grand-mère de Crystal puisse nous aider.
- Est-ce une façon de me dire que je dois accepter cette proposition grotesque ? Tu n'es pas encore d'âge à me commander, Maellyn.
Je me levai.
- Oh, tu vas accepter cette « proposition grotesque » ou je me ferais une joie de révéler ma véritable identité.
Elle plissa les yeux, le gris de son regard devenant sombre, et son maquillage peinant à cacher les rides sur sa peau.
Je n'avais pas souvenir qu'elles étaient si marquées quelques mois plus tôt.
- Je doute que tu sois si encline à faire de ta propre vie un enfer, Maellyn.
- Un enfer ? Pire qu'être obligée de me faire passer pour la fille de la meurtrière de ma mère ?
Elle pâlit.
- C'est bien ce qu'il me semblait.
L'air frais du couloir me fit l'effet d'un choc après la tension dans la pièce que je venais de quitter. Je fermai les yeux et je me raccrochai au mur de pierre du bout des doigts, m'obligeant à inspirer profondément pour chasser le début de vertige qui me faisait tourner la tête. Quand je rouvris les yeux, Crystal était en face de moi, un pli entre ses deux sourcils, et un sourire rassurant sur les lèvres.
- Ça va aller, Adler? souffla-t-elle.
J'hochai la tête. Pour être tout à fait honnête, j'étais soulagée que mon entrevue avec Narcissa soit terminée. Je lui en voulais toujours autant, et me retrouver dans la même pièce qu'elle me donnait à la fois envie de lui lancer tous les maléfices que je connaissais et de m'enfuir le plus loin possible, de préférence quelque part où elle ne pourrait pas me retrouver.
- Comment fais-tu pour garder un sang-froid pareil ? demandai-je.
- C'est Narcissa Malefoy, pas la femme qui m'a mentie pendant presque treize ans... J'ai trouvé que tu t'en étais pas trop mal tiré, pour une débutante.
Sa dernière phrase me donna l'impression de pouvoir respirer plus librement, et le coin de mes lèvres frémirent en un semblant de sourire qui me valut un clin d'œil.
La porte s'ouvrit derrière moi et je me redressai immédiatement, mes poings serrés et prête à en découdre si Narcissa revenait à la charge pour plaider contre ma requête.
Ce n'était que Draco, le teint un peu rougi et un regard sombre.
- Que s'est-il passé ?
- Elle a essayé de jouer la carte des larmes encore.
Malgré moi, j'en fus satisfaite. Je n'avais pas souvent vu Narcissa Malefoy pleurer – vraiment pleurer, pas seulement être envahie par l'émotion face à un poème ou à un morceau de musique – mais ma sortie devait l'avoir blessée pour qu'elle échoue à se retenir.
- Elle est partie ? demanda Crystal.
Draco haussa les épaules.
- Je ne suis pas resté pour le découvrir. On s'en est bien sorti, non ?
J'haussai un sourcil.
- Crystal s'en est bien sortie, cousin.
Il eut un vague signe de la main.
- Dans le doute, au cas où elle essayerait de nous poursuivre pour continuer cette conversation, on ferait bien de déguerpir. En plus, j'ai promis un compte rendu à Pansy.
- Je vais aller prévenir le professeur McGonagall qu'elle peut revenir dans son bureau.
- Dans ce cas, je vais aller écrire une lettre à ma grand-mère, elle m'a demandé tous les détails, et j'aimerais le faire tant que c'est encore bien frais dans ma tête.
Nous remontâmes le couloir ensemble. Draco prit la direction des quartiers de Serpentards, Crystal celle de la bibliothèque et je m'arrêtai un peu plus loin.
La porte de la salle de Métamorphose était ouverte. Le professeur McGonagall était penchée sur un rouleau de parchemins, un léger sourire sur les lèvres, ce qui était assez rare quand elle corrigeait le travail de ses élèves. Il devait s'agir d'un septième année, ou peut-être d'Hermione Granger, puisqu'elle continuait à exceller dans toutes les matières d'après Draco.
Une part de moi était un peu jalouse, parce que je savais à quel point il était difficile de lui tirer une telle expression.
Il fallait travailler dur pour atteindre l'excellence qu'elle exigeait.
Je frappai quelques coups sur le battant de la porte, et elle releva les yeux vers moi.
Elle me détailla une seconde, puis elle se redressa.
- Tout va bien, Miss Black ?
- Oui. Lady Malefoy est partie. J'ai pensé que vous aimeriez retrouver votre bureau.
- C'est prévenant de votre part. Et vous tombez bien.
Elle me fit signe d'approcher et, une fois devant son bureau, je reconnus le morceau de parchemin devant elle.
Il s'agissait de mes réponses à la cinquantaine de questions auxquelles j'avais dû répondre sur les Animagi, m'aidant de ses carnets et de longues heures passées à la bibliothèque à lire des livres de la Réserve. J'avais beaucoup appris – sur la Métamorphose et sur les Animagi en particulier – et j'avais hâte d'en venir à la pratique, même si cela ne serait certainement pas avant plusieurs années. Je devais au moins atteindre le niveau des septièmes années avant cela – après tout, il fallait des bases solides en métamorphose humaine –, et rien ne m'assurait que je réussirai dans tous les cas.
J'avais lu assez de récits de tentatives qui s'étaient terminées de façon désastreuse – ceux qui restaient coincés entre leur forme humaine et leur forme animagus étaient parmi les plus chanceux – pour ne pas avoir retenue une leçon essentielle.
Devenir Animagus était une entreprise très risquée.
- Ceci, dit-elle en désignant mon travail, est excellent, Miss Black.
Mes joues se mirent à me brûler.
- Merci, professeur, marmonnai-je.
- Je ne vous cache pas que j'ai été très surprise que vous me rendiez ce questionnaire aussi vite et je doutais d'y trouver des réponses de cette qualité.
- J'avais besoin de me changer les idées.
Principalement parce que mon père avait eu l'idée de revenir dans le pays où il était recherché par tout le département des Aurors.
- La lune sera pleine ce soir, Miss Black, ce qui, en conjecture avec la fin du mois d'Octobre, nous offre des conditions idéales.
Je relevai les yeux pour croiser son regard, la bouche entrouverte, incapable de formuler une réponse.
Était-elle vraiment en train de suggérer ce que je pensais ?
- Je vous serai gré de me retrouver devant la serre numéro 4 vers vingt-trois heures.
Il me fallut une longue minute pour reprendre mes esprits.
- Les conditions météorologiques en hiver sont rarement favorables pour l'Appel...
- J'ai passé plus d'hivers écossais que vous ne pouvez l'imaginer, Miss Black. Je pense que nous avons nos chances. Ne soyez pas en retard.
Je connaissais son ton définitif mieux que beaucoup d'élèves et je savais que la discussion était terminée. Je fis un premier pas en arrière.
- A ce soir, professeur.
- A ce soir, Maellyn.
Je regagnai la salle commune des Serpentards dans une sorte d'état second, dont je ne sortis qu'au moment de murmurer le mot de passe au pan de mur qui gardait l'entrée. Le vacarme qui régnait à l'intérieur me fit grimacer et je portai les mains à mes oreilles. Je compris malgré tout que la fièvre du Tournoi des Trois Sorciers s'était emparée de l'esprit de mes camarades. Warrington et Snyde étaient au centre de l'attention, les paris et les spéculations allaient bon train, et la fête d'Halloween de ce soir serait sans doute mémorable si l'un des deux venait à être choisi.
Une part de moi espérait que cela ne serait pas le cas. J'allais déjà avoir du mal à m'esquiver en l'état et que j'eus désormais une excellente excuse n'allait pas adoucir Pansy pour autant.
Je la repérai d'ailleurs avec mon cousin. Ils avaient réussi à s'installer à deux dans un fauteuil, dans un coin un peu à l'écart – souvent pris d'assaut par les couples en pleine démonstration d'affection – et parlaient à voix basse. Draco avait son expression sérieuse et concentrée, Pansy parlait beaucoup en agitant les mains, ses sourcils froncés. Ils n'étaient sans doute pas d'accord et ce n'était pas plus mal. Pendant qu'ils débattaient, je n'eus aucun mal à rejoindre mon dortoir et son calme salvateur.
Il n'y avait personne à l'exception de Crystal, penchée sur une lettre qu'elle noircissait à toute vitesse. Je la rejoignis sur son lit, m'asseyant en tailleur devant elle, renonçant à la relire en remarquant qu'elle avait encore choisi l'Afrikaan.
- C'est la jungle en bas, dis-je.
Elle eut une grimace.
- Je sais. Ma grand-mère attend aussi des informations sur le champion pour lancer la commande de souvenirs. Je pense que le business va être encore meilleur qu'avec le monstre de Serpentard ou l'évasion de Sirius Black.
J'eus un bref éclat de rire.
- Toutes les occasions sont bonnes pour faire des affaires alors ?
- C'est presque trop facile ici. Je n'ai même pas une concurrence digne de ce nom.
- Quand ta grand-mère aura retrouvé mon grand-père, peut-être que j'aurais les appuis pour te faire de l'ombre.
Elle ricana.
- Sans vouloir te vexer, tu ne seras qu'une petite débutante. Je joue à ce jeu depuis que je suis née.
- J'apprends vite et j'ai ça dans le sang.
Elle releva les yeux vers moi et je ne pus retenir mon éclat de rire plus longtemps. Je fus bientôt à bout de souffle, mon visage enfoui dans mes genoux, mon ventre douloureux et des larmes le long de mes joues. Crystal était affalée sur le lit, sa lettre oubliée et à chaque fois que nos regards se croisaient, notre hilarité repartait de plus belle.
Après mon réveil difficile et mon entrevue avec Narcissa, Merlin que ça faisait du bien !
Une fois que nous eûmes retrouver notre calme, Crystal termina sa lettre – elle avait vraiment dû tout raconter en détails vu la longueur – et elle me fit une place. Je m'allongeai à côté d'elle, ce qui était nettement plus confortable.
- Je pourrais t'apprendre tu sais. Les codes. Peut-être quelques ficelles aussi. Pas toutes, bien sûr, mais assez pour que Grant Adler n'ait pas trop honte de son unique petite-fille.
Je roulai les yeux.
- Je suis un petit génie de la Métamorphose. Je ne peux pas être douée partout.
Elle eut un sourire.
- J'attends toujours mes diamants, je te rappelle.
J'étais techniquement capable de transformer un caillou en diamant, mais le coefficient de viscosité d'une telle métamorphose était tel qu'elle ne tiendrait pas longtemps.
Bien sûr, Crystal n'aurait peut-être besoin que de quelques heures pour vraiment transformer des cailloux en or.
- Je peux t'apprendre les codes Sang-Purs aussi, si tu veux. J'ai eu un professeur implacable.
- Marché conclu, Black.
- C'est tout ? Je ne dois pas signer quelques part avec mon sang ?
- On ne réserve ça qu'aux gens auxquels on ne peut pas vraiment faire confiance.
Mon cœur loupa un battement, sans que je ne sache vraiment si c'était parce que Crystal me faisait confiance ou parce que j'aurais été la première à exiger un contrat magique concernant Narcissa.
Un bâillement me prit par surprise et je sentis mes paupières s'alourdir, ce contre quoi je me refusai à lutter. La soirée allait être longue et je n'avais pas beaucoup dormi la nuit passée.
Je me laissai happer par l'inconscience et je fus réveillée plus tard par les voix de Pansy et Crystal, chacune pronostiquant le déroulement de la soirée. Apparemment, Draco était convaincu que Potter allait y être mêlé d'une façon ou d'une autre, ce qui n'était même pas une théorie loufoque. Je me gardai bien d'ouvrir les yeux : le lit de Crystal était définitivement confortable et quelqu'un avait déposé une couverture sur moi. J'étais au chaud et presque tranquille, ce qui ne durerait pas.
Le matelas s'enfonça un peu à ma gauche et une main froide se referma sur la mienne.
- Tu crois qu'elle a le sommeil assez lourd pour que je puisse lui faire sa manucure pendant qu'elle dort ?
Je sentis la lime sur l'ongle de mon index.
- Essaye un peu pour voir, Parkinson, sifflai-je.
Elle ricana.
- Je savais bien que tu étais réveillée. Tu ne ronflais plus.
Je gardai les yeux fermés et ramenai ma main sous les couvertures.
- Je ne ronfle pas, marmonnai-je.
- Je t'assure que si, petite. Maintenant debout ! Pour une fois que tu n'es pas cachée dans un recoin poussiéreux du château, j'ai bien l'intention de superviser tes préparatifs !
Sans surprise, elle arracha mes couvertures.
- Je te déteste !
Pansy était déjà prête. Elle avait réussi à rassembler ses cheveux courts en une couronne de tresses qui dégageaient son visage. Elle était maquillée avec goût – l'œuvre de Millicent sans aucun doute – et ses ongles étaient recouverts d'un vernis qui changeait de couleur continuellement.
Il ne lui resterait qu'à enfiler sa robe après le banquet.
Crystal, elle, était sur mon lit, penchée sur un livre, et j'étais certaine qu'elle n'avait rien changé depuis que je m'étais endormie.
- Occupe-toi de Crystal d'abord et laisse-moi dormir.
- Malhorne n'a pas de cheveux et elle est déjà maquillée. A ton tour.
Il s'avéra que Crystal avait accepté de mettre un peu de mascara et un très léger fard qui faisait juste briller ses joues. Pansy avait autre chose de plus ambitieux en tête pour moi.
- Il est hors de question que je ressemble à une poupée de porcelaine, la prévins-je.
- Tout à fait d'accord. Ça n'ira pas avec ta robe de toute façon. En piste !
Je passai l'heure suivante à être littéralement torturée par Pansy et Millicent, ce qui amusa beaucoup Crystal. A la fin, j'avais une tresse impressionnante qui allait du milieu du sommet de mon crâne et se terminait au niveau de ma nuque. Millicent avait souligné mes yeux de noir et j'avais dû me battre avec Pansy pour que le reste soit un peu plus discret – il était hors de question que je mette du rouge à lèvre noir, je laissai ce genre de choix douteux à ma mère –.
L'heure du banquet mit fin aux tentatives de Pansy pour me faire céder. Je fus pour une fois contente d'avoir à monter à la Grande Salle, Halloween ou non. Draco insista toutefois pour que je m'assoie à côté de lui, Crystal à ma gauche.
Les élèves de Durmstrang ne tardèrent pas à nous rejoindre, et j'offris un sourire poli à mes deux cousins, retenant une grimace quand je vis Roksana prendre place juste à côté de Deloris, Sven et Hadrian.
J'avais peut-être négligé un petit détail dans toute cette histoire.
Je n'eus pas le temps de m'appesantir sur l'idée de Deloris s'alliant à Roksana et Radimir plus longtemps. Dumbledore annonça le début du banquet, les plats se remplirent, le choix aussi nombreux que la veille. Entre Pansy, Millicent et Draco, je ne pus échapper à une assiette bien remplie d'un plat français cette fois – de la blanquette de veau si je devinais juste – et toute ma concentration fut absorbée par le défi que je devais relever : terminer ma portion sans tout revomir aussitôt, ce qui ne manquerait pas de faire piètre impression.
- Voilà, dit Dumbledore, une fois que tous les plats se furent vidés, la Coupe de Feu ne va pas tarder à prendre sa décision. Je pense qu'il faudra attendre encore une minute. Lorsque le nom des champions sera annoncé, je demanderai aux heureux élus de venir jusqu'ici et d'aller se regrouper dans la pièce voisine — il indiqua d'un geste la porte située derrière la table des professeurs — où ils recevront leurs premières instructions.
Il prit alors sa baguette magique et fit un grand geste de la main. Aussitôt, toutes les chandelles s'éteignirent, sauf celles qui éclairaient l'intérieur des citrouilles évidées, et la Grande Salle fut plongée dans la pénombre. Les flammes bleues, étincelantes, qui jaillissaient de la Coupe, brillaient à présent avec un tel éclat qu'elles faisaient presque mal aux yeux. Tout le monde regardait, dans l'attente...
- Maintenant, souffla Crystal.
Brusquement, les flammes de la Coupe de Feu devinrent à nouveau rouges, projetant une gerbe d'étincelles. Un instant plus tard, une langue de feu jaillit et un morceau de parchemin noirci voleta dans les airs.
Je retins mon souffle.
Dumbledore attrapa le morceau de parchemin et le tint à bout de bras pour lire à la lumière des flammes, redevenues bleues, le nom qui y était inscrit.
- Le champion de Durmstrang, annonça-t-il d'une voix forte et claire, sera Viktor Krum.
Je joignis aussitôt mes applaudissements à ceux des élèves de Durmstrang, glissant un regard presque moqueur en direction de mes deux cousins. Bien entendu, ils ne laissaient rien paraître, et je ne les connaissais pas assez pour lire leur posture, mais j'étais presque certaine que Roksana était en colère.
Viktor Krum se leva de la table des Serpentard et se dirigea vers Dumbledore de sa démarche gauche. Il longea la table des professeurs et disparut derrière la porte qui donnait accès à la pièce voisine.
- Bravo, Viktor ! lança Karkaroff d'une voix si tonitruante que chacun put l'entendre distinctement malgré le tumulte des applaudissements. Je savais que vous en étiez capable !
Je savais par Christopher que Krum était le favori de Karkaroff, et qu'il avait fait en sorte que son petit protégé n'ait même pas à passer les épreuves de sélection, ce qui expliquait peut-être la colère de Roksana.
Le silence revint et tout le monde reporta son attention sur la Coupe, dont les flammes rougeoyèrent à nouveau. Un deuxième morceau de parchemin en jaillit, projeté par une langue de feu.
- Le champion de Beauxbâtons, annonça Dumbledore, sera une championne. Il s'agit de Fleur Delacour !
Une élégante jeune femme blonde se leva avec une grâce qui aurait pu rendre Narcissa Malefoy jalouse. Elle rejeta son voile de cheveux blond argenté derrière ses épaules et s'avança d'une
démarche fluide entre les tables des Serdaigles et des Poufsouffles. Elle donnait presque l'impression de glisser sur de l'eau et son port de tête était simplement parfait.
Sa sélection fut saluée par les applaudissements nourris des autres français. Un des garçons porta même ses doigts à sa bouche pour siffler.
Lorsque Fleur Delacour eut disparu à son tour dans la pièce voisine, le silence régna à nouveau mais, cette fois, la tension était telle qu'on avait presque l'impression de pouvoir la toucher du doigt. Le prochain champion désigné serait celui de Poudlard...
Je me surpris à croiser les doigts pour Merula Snyde.
Une fois de plus, les flammes de la Coupe rougeoyèrent, des étincelles jaillirent, une langue de feu se dressa dans les airs et Dumbledore attrapa du bout des doigts le troisième morceau de parchemin.
- Le champion de Poudlard, annonça-t-il, est Cedric Diggory !
- Oh non, pas lui ! ragea Draco, même si je fus sans doute la seule à l'entendre.
Les acclamations qui s'élevaient de la table des Poufsouffles étaient trop assourdissantes. Tous les élèves de Poufsouffle s'étaient levés d'un bond, hurlant et tapant des pieds, tandis que Diggory, avec un grand sourire, se dirigeait vers la porte située derrière la table des professeurs. Les applaudissements en son honneur se prolongèrent si longtemps que Dumbledore dut attendre un bon moment avant de pouvoir reprendre la parole.
- Excellent ! s'exclama Dumbledore d'un air joyeux, quand le vacarme eut pris fin. Nous avons à présent nos trois champions. Je suis sûr que je peux compter sur chacune et chacun d'entre vous, y compris les élèves de Durmstrang et de Beauxbâtons, pour apporter à nos champions tout le soutien possible. En encourageant vos champions, vous contribuerez à instaurer...
Mais Dumbledore s'arrêta soudain de parler et je compris aussitôt ce qui l'avait interrompu.
Le feu de la Coupe était redevenu rouge. Des étincelles volaient en tous sens et une longue flamme jaillit soudain, projetant un nouveau morceau de parchemin.
D'un geste qui semblait presque machinal, Dumbledore tendit la main et attrapa le parchemin entre ses longs doigts. Il le tint à bout de bras et lut le nom qui y était inscrit. Un long silence s'installa, pendant lequel il continua de fixer le parchemin, tous les regards tournés vers lui.
Enfin, Dumbledore s'éclaircit la gorge et lut à haute voix :
- Harry Potter.
Je clignai des yeux en direction de Dumbledore, attendant qu'il se reprenne et qu'il explique ce qu'il venait de se passer. Comme cela ne venait pas, je me détournai pour jauger la réaction de mes voisins, espérant que l'un d'entre eux pourrait m'éclairer, ou au moins me confirmer si, oui ou non, j'avais bien entendu.
Je trouvai Pansy la tête rejetée en arrière, un regard que je devinai meurtrier en direction des étoiles, et une litanie inaudible sur ses lèvres. Draco avait tourné la tête vers la table des Gryffondors, les lèvres serrées et les yeux plissés.
Crystal se pencha vers moi.
- Pourquoi ai-je l'impression d'être la seule à ne pas être surprise ? me souffla-t-elle. Il se retrouve tous les ans dans une galère !
Je grimaçai.
Crystal n'avait pas tort. Les rumeurs clamaient que Potter vivait une aventure extraordinaire chaque année depuis son arrivée à Poudlard, et je pouvais au moins témoigner pour l'an passé. Jusque-là, rien de tout cela n'avait paru prémédité, mais peut-être y avait-il pris goût ?
Harry Potter ! répéta Dumbledore. Harry ! Venez ici, s'il vous plaît !
Potter finit par se lever – trébuchant à moitié – et il remonta l'allée entre les tables de Gryffondor et de Poufsouffle, la tête basse. Il donnait l'impression de se rendre à son exécution – ce que semblait souhaiter les Poufsouffles – et il s'arrêta devant Dumbledore.
- Dans la pièce voisine, Harry, dit-il sans le moindre sourire.
Potter contourna la table des professeurs et rejoignit les trois autres champions.
Au moment où la porte se referma sur lui, la Grande Salle explosa en un concert de cris indignés, menés par les Poufsouffles, tandis que d'autres commentaient ce qui venait de se passer – Draco en tête –. Du côté des professeurs, Karkaroff et Madame Maxime semblaient agonir Dumbledore de reproches, Verpey avait l'air de prendre la chose avec humour et Croupton donnait l'impression d'être dans un étrange état second.
Il y eut soudainement plusieurs détonations assourdissantes, qui furent suivies d'un silence étonné. Le professeur McGonagall se tenaient devant les quatre tables, son visage terriblement sévère, et sa baguette levée.
- Il y a de toute évidence un problème et nous allons voir de quoi il en retourne. En attendant, il est l'heure pour vous de retourner dans vos quartiers respectifs. Immédiatement !
Nous connaissions tous assez le professeur McGonagall pour savoir quand nous ne devions pas la mettre au défi d'appliquer ses menaces, aussi tacites fussent-elles. Tout le monde se leva en même temps et il s'ensuivit d'une lente procession hors de la Grande Salle.
- Vous pensez que Potter a vraiment mis son nom dans la Coupe ? demanda Millie une fois que nous eûmes rejoint les escaliers menant aux cachots.
- Potter n'est pas assez doué pour passer la limite d'âge de Dumbledore, répondit Pansy, une moue dure sur les lèvres.
- Si ce qui se dit est vrai, il n'est pas non plus si mauvais que ça, rétorqua Crystal.
- Qu'est-ce que tu en penses, Théo ?
Nott glissa un regard en coin à mon cousin, puis rejeta les épaules en arrière, son air suffisant sur le visage, comme s'il avait déjà des dizaines de théories quand nous avions du mal à assimiler ce qu'il venait de se passer.
Poudlard avait semble-t-il deux champions, ce qui était une première historique pour un tournoi vieux de plus de sept siècles !
- Je veux bien imaginer que Potter ait pu tromper la limite d'âge – quand bien même j'en doute puisqu'aucun autre élève n'y est parvenu, et ce n'est pas faute d'imagination – mais selon toute vraisemblance, la Coupe a été convaincue qu'une quatrième école était dans la course. Cet Artefact est très complexe, un sorcier de quatrième année n'est pas en mesure de le corrompre.
- Intimidé par un bol en bois, Nott ? railla Pansy.
Il l'ignora, ce qui était sa dernière manie préférée quand quelqu'un lui disait quelque chose qu'il n'appréciait pas.
- Potter ne va quand même pas être obligé de participer, si ? demanda Tracey.
- Tout dépend s'il est tenté par la possibilité de devenir Cracmol, répondit Blaise. Vous avez entendu Dumbledore, non ? Potter est lié par un contrat magique à la Coupe de Feu. On sait tous ce que ça signifie.
Je grimaçai. Je m'étais un peu plus penchée sur la question des contrats magiques – après tout, j'étais censée en signer un bientôt – et j'avais appris que très peu avaient été brisés au cours de l'histoire. Ceux qui s'y étaient risqués étaient soit morts, soit devenus Cracmols, soit devenus fous. Cela ne donnait pas particulièrement envie de tenter l'aventure.
Je laissai Draco mener le débat des théories autour de la participation de Potter au Tournoi – un tel sujet allait le tenir en haleine pour l'année et Pansy ne tarderait pas à avoir envie de le soumettre à un sortilège de Silence –, préférant réfléchir à ce qu'avait dit Nott.
Si Potter n'avait pas mis son nom dans la coupe – il avait eu l'air assommé par la nouvelle, même s'il pouvait être un bon comédien – alors quelqu'un en avait après lui – la liste n'était pas si longue, et je craignais de connaître l'identité de celui qui arrivait en tête – et cette perspective était effrayante.
Si le Seigneur des Ténèbres revenait...
Un frisson remonta ma colonne et je sentis mon estomac se tordre, tandis qu'un goût métallique envahissait ma bouche.
C'est pour cela que j'ai décidé de revenir au Royaume-Uni. Je ne devrais pas être loin de Poudlard quand tu recevras cette lettre. Harry et toi risquez trop d'être en danger quand Voldemort reviendra et je veux être là pour vous protéger.
Je m'obligeai à prendre une profonde inspiration,
Il n'était pas encore revenu. Bellatrix était encore à Azkaban. Paniquer maintenant ne servirait à rien, sinon à convaincre mes camarades de Serpentard que j'avais définitivement les nerfs fragiles.
Une fois arrivée à la salle commune, je n'eus plus vraiment l'opportunité de me torturer à coup d'hypothèses plus ou moins réalistes. Pansy m'obligea à rejoindre son dortoir à la seconde où je passai l'entrée. Malgré mes protestations – je n'avais pas envie de prendre part à la fête d'Halloween – je dus enfiler la tenue qu'elle m'avait confectionné.
J'eus l'impression qu'elle passa une éternité à ajuster le nœud de ma ceinture. Elle remit ensuite ma coiffure à son goût – ravivant la brûlure de mon cuir chevelu au passage – pour enfin accepter que je regarde le résultat dans un miroir.
De dos, on pouvait penser que je portais une robe classique d'un rouge profond.
De face, c'était une autre histoire. La coupe asymétrique partait de mes chevilles jusqu'au haut de mes cuisses, dévoilant le pantalon à pinces noir que je portais en-dessous. Ma taille était rehaussée d'une large ceinture en tissu, noire elle aussi. Le haut de la robe avait un discret col rond, et les manches s'arrêtaient au niveau de mes coudes.
Pansy m'avait promis une surprise et j'en restai bouche-bée.
- Circée toute puissante, Parkinson, si tu ne révolutionnes pas la mode sorcière à ta sortie de Poudlard, je refuserai de t'adresser la parole pour le reste de ta vie.
Elle eut l'air satisfaite, mais elle se reprit vite.
- N'exagère pas, petite. J'ai piqué cette idée dans un magazine de mode américain. Il fallait que tu sois dans le thème « curiosité du monde », tout de même.
Mon cœur s'emballa à la mention des États-Unis et je détaillai à nouveau le reflet dans le miroir. Je me sentais plus moi-même dans cette tenue que dans les robes à la mode dans le monde Sang-Pur.
- J'espère que ça te donne au moins une bonne raison de faire acte de présence en bas.
- Je serais aussi très contente de passer la soirée habillée comme ça dans mon dortoir.
- Je me suis donnée du mal, petite ! La moindre des choses, c'est que tu me fasses de la publicité ! Tu as intérêt à avoir mis des bijoux corrects quand je serais changée.
Je me contentai du collier le plus simple que je possédai – et qui avait la grande qualité de ne pas être un cadeau de Narcissa – ainsi qu'un bracelet fin à mon poignet droit. La fille dans le miroir des quatrième année ne ressemblait plus à une parfaite petite héritière des Vingt-Huit Consacrées, et j'eus l'impression de remporter une victoire.
Un coup à la porte précéda l'arrivée de Crystal dans la tenue traditionnelle de son clan – une sorte de long tissu aux motifs rouge avec lequel elle devait s'envelopper le corps d'une façon très précise, réalisant plusieurs pliages compliqués au passage – un bandeau brodé de perles colorées ceignait son front, et des bracelets peints habillaient ses poignets. Elle détonerait au milieu de l'assemblée de la salle commune, et je savais déjà qu'elle n'hésiterait pas à remettre ceux qui oseraient lui faire une réflexion à leur place.
Peu se permettraient de dire quoique ce soit de toute façon. Crystal avait installé sa réputation depuis le moment où elle avait passé le seuil de la salle commune, et ceux qui ne la respectaient pas – même un peu – avaient tendance à tenir leur distance – ce qui était sans doute plus sage –.
- Parkinson s'est surpassée, dit donc, dit-elle en désignant ma tenue d'un geste du menton.
- Merci. Tu es très élégante toi aussi.
Un quart d'heure plus tard, nous étions toutes les trois dans la salle commune. Les dernières musiques à la mode s'élevaient d'un imposant gramophone, de nombreuses boissons – dont de l'alcool – étaient à disposition sur une table entre les deux escaliers qui menaient aux dortoirs, et les discussions étaient aussi feutrées que lors des réceptions des Vingt-Huit Consacrées. Des petits groupes constitués de deux – des couples, majoritairement –, trois, ou quatre personnes – des bandes d'amies réduites à l'essentiel – se portaient à la rencontre les uns des autres, un verre à la main. Je retrouvai sans mal tous les maniérismes que j'avais eu le loisir d'observer depuis que j'étais toute petite – la façon dont les garçons faisaient des gestes secs avec leur main, la manie des filles à rire à gorges déployées à la moindre plaisanterie, cette galanterie surannée des uns ou l'air autoritaire des autres –.
Au milieu de tout cela, Crystal semblait à l'aise, flattant avec stratégie et se montrant juste assez piquante pour une jeune fille de bonne famille. Elle évoluait aux côtés de Pansy et Draco, et j'avais comme l'impression que Draco avait décidé de lui faire profiter de l'influence des Malefoy dès maintenant.
J'avais accepté un verre de jus de citrouille pour faire illusion, et j'affichai mon meilleur air mauvais. Pour le moment, personne ne m'avait approché, à commencer par de potentiels courtisans, ce qui était sans doute un miracle.
Ça, ou alors Draco s'était montré particulièrement menaçant quand il avait rappelé à certains que j'étais loin d'avoir quatorze ans.
- La fête n'est pas assez bien pour toi, Lestrange ?
Je glissai un regard vers Deloris – très élégante dans le tartan écossais aux couleurs de sa famille, bien que légèrement hors thème – sans être vraiment surprise qu'elle soit venue jusqu'à moi pour se montrer désagréable.
- Je n'aime déjà pas Halloween en temps normal, ce n'est pas pour le célébrer d'une quelconque façon.
- Que fais-tu là, dans ce cas ?
- Acte de présence.
Et je ne comptais pas m'éterniser. J'avais réussi à faire accepter à Pansy que je devais disparaître avant vingt-trois heures pour retrouver McGonagall, et que cela ne tenait qu'à elle de m'aider à m'éclipser discrètement.
Ma cape d'hiver et mon écharpe étaient accrochées à la rampe de l'escalier. J'avais envie de m'en saisir à chaque fois que mes yeux tombaient dessus.
Il y avait trop de monde, trop de bruits et il faisait trop chaud à mon goût.
- Tu as fait un choix intéressant pour ta robe, Alya. Je n'aurais jamais imaginé que ta définition de « curiosité du monde » ait un rapport avec les moldus.
Je pris soin de rester de marbre. Je m'étais attendue à ce raccourci dès que j'avais compris que je porterai un pantalon.
- Surprise, dis-je en forçant un sourire mauvais. Même si, techniquement, c'est une tenue américaine.
- Imaginée par une créatrice Née-Moldue.
- Grand bien lui en fasse.
- Tu joues à un jeu dangereux, Alya. J'ai peur que tu fasses des choix que tu risques de regretter, et peut-être plus tôt que ce que tu sembles croire.
Je tournai la tête vers elle pour la dévisager ouvertement, essayant de lire sur son visage à quel point elle pensait ce qu'elle venait de dire. Elle était toutefois plus douée que moi quand il s'agissait de ne rien laisser paraître et elle aurait tout aussi bien pu bluffer pour ce que j'en savais.
Après tout, il ne me semblait pas que son père ait été un Mangemort lors de la guerre.
Certains de tes camarades à Serpentard savent peut-être plus de choses que tu ne le crois.
Je déglutis en repensant à la mise en garde de mon père. Je me promis de mentionner la réponse sibylline de Deloris à Crystal et Pansy. Après tout, Deloris aimait se vanter et être au cœur des conversations. Si elle pouvait retrouver un peu de popularité en clamant avoir des nouvelles du Seigneur des Ténèbres, je doutais qu'elle hésite longtemps.
Ce qui ne manquerait pas de nourrir les ragots.
- Tu sembles tenter par un autre jeu qui a conduit de nombreuses personnes en prison, Yaxley. Je t'assure que le pouvoir des Détraqueurs est loin d'être agréable.
Cela me valut un regard en coin mais décida Deloris à rejoindre Sven et Hadrian. L'horloge la plus proche indiquait vingt-deux heure trente – à peine cinq minutes de plus que la dernière fois que j'avais vérifié – et je sentis ma patience arriver à ses limites.
Je récupérai ma cape et mon écharpe aussi discrètement que possible, vérifiant au passage que Nott ou Deloris étaient occupés ailleurs – de tous les Serpentards, ils étaient ceux que j'imaginais bien me suivre – et je traversai la salle en direction de la sortie graduellement, longeant les murs.
L'air frais du couloir chassa aussitôt ma mauvaise humeur, apaisant les battements de mon cœur et le léger mal de tête que je sentais poindre depuis le repas.
Sachant que je flirtais avec la possibilité de croiser Rusard – l'heure du couvre-feu était dépassée depuis longtemps – je ne m'attardai pas.
J'aurais aimé rejoindre les serres immédiatement – tant pis si je devais attendre pendant une demi-heure dans le froid – mais je n'étais pas stupide. Deloris laisserait difficilement passer une occasion de me nuire – elle avait mal pris la fin de notre amitié et ses sous-entendus quant à ma soi-disant duplicité étaient teintés de menaces – et je refusais de croire que Nott avait renoncé à découvrir le secret que je cachais. Quand bien même ma sortie de ce soir n'avait rien à voir avec qui j'étais, je ne tenais pas à ce que l'un ou l'autre découvre que je me préparai à devenir Animagus.
Je fis donc un détour, même si cela augmentait les risques que je sois découverte par un professeur, empruntant une série de passages secrets qui me menèrent près de la tour Nord, me dissimulant quelques minutes derrière la tapisserie représentant une licorne, l'oreille tendue.
Le silence s'éternisa et j'eus un soupir de soulagement.
La patience n'étant pas le point fort de Deloris, cela éliminait la possibilité qu'elle ait pu me suivre. Il restait toutefois Nott, aussi quittai-je ma cachette aussi lentement que possible, le cherchant du regard.
Le couloir était désert, tout comme les escaliers qui menaient au sommet de la tour Nord.
Je me remis en route, allongeant le pas pour être à l'heure et empruntant le plus de passages secrets possible pour éviter les tableaux et les fantômes.
Le Baron Sanglant se garderait bien de me dénoncer aux professeurs, mais les préfets seraient certainement informés et je ne pourrais échapper à une leçon de morale demain.
Après un énième détour, je rejoignis enfin la sortie la plus proche des serres. J'avais finalement deux minutes d'avances et j'en profitai pour lever la tête vers le ciel, mes yeux trouvant la constellation du chien immédiatement.
Sirius était de retour dans le ciel Ecossais depuis quelques jours – deux semaines au maximum – et j'espérais que l'étoile protégerait mon père de lui-même.
Tandis que je formulais ma prière en silence, j'eus l'impression d'entendre un aboiement, ce qui me tira un bref sourire.
Il y eut un second aboiement, suivi d'une imprécation sévère.
L'air se bloqua dans mes poumons, mon cœur s'emballa malgré moi, et je baissai les yeux lentement en direction de la serre numéro 4.
Je repérai aussitôt le professeur McGonagall et sa cape d'hiver en tartan.
A ses côtés, il y avait un massif chien noir qui semblait avoir des difficultés à rester assis et immobile.
Je déglutis, à moitié convaincue que j'étais en train de rêver.
Le chien aboya à nouveau et le professeur McGonagall me fit signe de la rejoindre. J'étais un peu loin pour en être certaine, mais elle semblait plutôt fière d'elle.
Je pris une profonde inspiration.
Le premier pas en avant me donna l'impression que mes jambes étaient faites de gelée. J'avais soudainement chaud et froid en même temps.
Je ne pouvais pas détacher mon regard de Patmol.
Je l'avais presque rejoint quand il retrouva forme humaine. Il eut une étrange grimace, comme s'il n'arrivait pas tout à fait à faire apparaître un sourire en coin.
Je me perdis une longue seconde dans son regard gris, encore voilé par son passage à Azkaban et, soudainement, la réalité me rattrapa.
Ce fut comme si je venais de recevoir un coup de poing en plein ventre. L'air quitta mes poumons et j'enfouis mon visage dans mes mains.
Mon père était là.
En chair et en os.
Il n'était plus le dangereux criminel en cavale que j'avais croisé un an plus tôt, ni ce cousin qui était peut-être bien plus que ça.
Mon père était devant moi.
L'air revint dans mes poumons, affolant mon cœur, mes yeux se mirent à brûler et je ne pus retenir les larmes.
Deux mains attrapèrent mes épaules avec douceur, les serrèrent gentiment. Un bras glissa en travers de mon dos et je me retrouvai dans ses bras.
- Respire, chaton, souffla-t-il, avant d'embrasser le sommet de mon crâne.
J'hochai faiblement de la tête et je fis de mon mieux pour apaiser mon souffle, inspirant à chaque fois une odeur dont j'avais été privée jusque-là.
J'eus l'impression de rester dans le noir une éternité, et je n'arrivais pas à me résigner à ôter les mains de mon visage, de peur que tout cela ait été une hallucination cruelle, quand bien même je pouvais sentir les battements d'un deuxième cœur près de mon visage.
- Est-ce que ce sont des larmes de joie ou de tristesse ? me demanda-t-il finalement, sans cesser de me bercer lentement.
Sa voix était aussi rauque que dans mon souvenir, sûrement parce qu'il n'avait pas beaucoup d'occasions de parler.
- De rage, répondis-je. Je suis toujours en colère contre toi.
Il eut un bref éclat de rire – qui ressemblait à un aboiement – et il resserra sa prise sur mes épaules.
- J'aurais dû m'en douter.
Il me libéra progressivement et j'essuyai mes joues humides rapidement, avant de croiser mes bras sur ma poitrine pour lui faire face.
- Que fais-tu là ?
Il secoua la tête mais, cette-fois, j'eus le droit à un sourire en coin légèrement moqueur.
- Minerva m'a appelé à l'aide. Elle est une Animagus depuis si longtemps qu'elle n'était plus trop sûre de la façon de s'y prendre...
J'avais complètement oublié la présence de mon professeur. Je sentis mes joues me brûler – j'avais pleuré devant elle ! – et je la vis lever les yeux au ciel du coin de l'œil.
- Je croyais vous avoir demandé de ne pas reprendre forme humaine avant que nous soyons en sécurité dans la serre, Sirius.
Son ton sévère était celui qui précédait souvent un retrait de points ou une retenue. Je me recroquevillai un peu, par habitude.
Mon père éclata à nouveau de rire.
- Je ne risque rien ici, Minnie. On y va ?
Le surnom faillit bien me tirer une exclamation outrée, encore plus quand le professeur McGonagall eut un simple geste las en réponse. Elle ouvrit la porte de la serre numéro 4 sans rien ajouter – sans doute aurait-elle collé n'importe quel élève pendant des mois s'il s'était risqué à une telle familiarité –. Mon père m'incita à avancer d'une simple pression entre mes omoplates.
- Une chance que le professeur Chourave ait des Mandragores. On avait eu un mal de chien à nous procurer des graines à l'époque, et j'ignore encore comment nous avons réussi à en faire pousser une seule... Je ne sais pas si elle est toujours au Manoir Potter.
- J'en parlerai à Madelyn. C'est une plante qui rentre dans la composition de nombreuses potions dangereuses. Il ne faudrait pas qu'elle tombe entre de mauvaises mains...
Celles de Peter Pettigrow, par exemple, pensai-je aussitôt.
- Installez-vous, je vais chercher la plante.
Comme dans toutes les autres serres, il y avait des tables assez grandes pour accueillir quatre personnes, et des tabourets hauts. Dans la pénombre – allumer la lumière aurait attiré l'attention, ce que je préférai éviter étant donné la présence de mon père – je n'arrivais pas à déterminer quel genre de plantes étaient là.
Si tout se passait comme prévu, je n'aurais jamais à le découvrir, puisque je comptais bien arrêter la Botanique après mes BUSES.
Mon père s'installa à ma gauche et je ne pus m'empêcher de le détailler du coin de l'œil. Il était bien moins maigre qu'en juin dernier, ses cheveux lui arrivaient désormais au niveau du menton – comme s'il n'avait pas pu se résigner à couper plus court – et il avait troqué sa tenue de bagnard contre une robe de sorcier noire à peu près en bon état. Il ressemblait davantage aux photos du dossier que m'avait donné Crystal.
- Serpentard célèbre toujours Halloween, n'est-ce pas ?
Je haussai les épaules.
- Pansy a insisté pour que j'y aille...
Il fronça les sourcils.
- Pansy ?
- Parkinson.
Cette fois, il grimaça, puis se frotta le front.
- Je suppose que c'est inévitable...
- C'est une bonne amie, lui confiai-je. Un peu tyrannique, mais elle pense à bien. La plupart du temps.
- La plupart du temps ?
- Disons qu'elle n'est pas à Serpentard pour rien...
McGonagall revint, une plante de presque un mètre de haut dans son sillage. Elle la déposa délicatement sur la table d'un geste de sa baguette.
- Comme vous le savez, Miss Black, vous allez devoir garder une feuille de Mandragore dans votre bouche jusqu'à la prochaine pleine lune. Cela va sans dire que, sans magie, c'est une tâche presque impossible. J'ai un peu moins d'une heure pour vous apprendre le sortilège qui sécurisera la feuille. Il faudra que vous le renouveliez matin et soir, par précaution.
Je fis la moue. C'était, à mon sens, la partie la plus pénible du processus.
- Ce n'est qu'un mauvais moment à passer, chaton. Ça, et la première transformation, bien sûr.
Tous les livres que j'avais lu avaient utilisé beaucoup d'adjectifs pour décrire la première transformation – douloureux, terrifiant, difficile, dangereux –. Un mauvais moment à passer était peut-être un léger euphémisme.
- Tu te souviens de la tienne ?
Il passa une main sur son visage.
- Oui. James avait réussi à convaincre ses parents de passer les vacances de Noël en Australie, où on était quasiment sûr d'avoir de l'orage. Heureusement que les chambre d'hôtel étaient immenses et que nos formes Animagus n'étaient pas trop imposantes, ni trop sauvages… Je me suis toujours demandé si Fleamont n'avait pas vu clair dans notre jeu.
Le professeur McGonagall laissa échapper un lourd soupir puis se pinça l'arête du nez.
- C'est un miracle que cette idée n'ait pas mal tourné.
- Devrais-je être inquiet pour ma fille unique ?
Elle haussa un sourcil.
- Maellyn est bien plus douée en Métamorphose que vous quatre Maraudeurs. Elle réussira, peut-être même avant l'été, ce qui fera d'elle la plus jeune Animagus de l'histoire du Royaume-Uni.
- La plus jeune Animagus déclarée.
- La plus jeune Animagus tout court. Maintenant, ce sortilège, Miss Black.
Il me fallut quelques instants pour réussir à me concentrer. Le professeur McGonagall était avare de compliments et je ne savais pas vraiment quoi penser de sa déclaration. Je n'étais pas non plus convaincue de parvenir à devenir Animagus en si peu de temps – pas quand il me restait tant à apprendre et que le processus en lui-même était aussi complexe –.
Chaque chose en son temps.
Le sortilège n'avait pas l'air trop compliqué – même en prenant en compte mes difficultés –. Le geste était une sorte de « u » étalé, légèrement asymétrique le geste du poignet devait être vif et sec et la formule était crustulum.
Il me fallut toutefois une dizaine d'essais avant d'obtenir un résultat convenable, dont deux mirent le feu aux morceaux de parchemin que j'étais censée collé sur ma peau.
Du coin de l'œil, je vis les coins de la bouche de mon père frémirent.
- Ce n'est pas marrant, sifflai-je.
- Absolument pas. Et je suis sûr que tu vas réussir.
Je plissai les yeux – il risquait de moins rire si je lui lançais un sortilège – et je repris mes tentatives.
A minuit moins cinq, le professeur McGonagall jugea le résultat satisfaisant.
- Vous demanderez toutefois à Miss Malhorne de renforcer ce sortilège pendant les premiers jours. Et si jamais votre tempérament vous ôte à nouveau toute retenue.
Je faillis lui rappeler que ce n'était pas ma faute, que mon père était terriblement imprudent, mais elle me demanda d'ouvrir la bouche et de placer la feuille sous ma langue.
- C'est l'emplacement le plus pratique, croyez-moi. Sachez toutefois que la feuille de Mandragore est très amère. Je vous conseille de manger des bonbons au miel les premiers jours.
Un coup de baguette de sa part et je sentis la feuille épouser parfaitement ma gencive, à la façon d'une seconde peau. Je passai ma langue dessus, parcourant les fines nervures de la feuille, réalisant à peine ce que cela représentait.
La première étape pour devenir Animagus.
L'élément essentiel de la potion d'Appel.
Le goût le plus immonde qu'il m'avait été donné de connaître.
Ma bouche se remplit d'une salive comme brûlante, ma langue me donna l'impression de peler et j'eus un haut le cœur.
Une main apaisante se posa entre mes omoplates et mon père déposa une coupelle devant moi.
Je crachai une première fois, mais le goût persista. Mon ventre gargouilla – un présage de mauvaise augure –, je toussai à plusieurs reprises, ce qui fit larmoyer mes yeux.
- C'est infâme. Ça me donne envie de vomir.
Le professeur McGonagall plissa les yeux.
- Hors de question. Je ne veux pas de problèmes avec Madame Pomfresh. Dois-je vraiment vous rappeler que vous non plus ? Vous allez vous habituer.
Face à son air strict, je me tournai vers mon père, qui eut une piteuse grimace d'excuse.
- Les premiers jours sont vraiment désagréables, après on s'habitue. Il y a un sortilège qui ôte la sensation de goût mais, selon moi, c'est encore pire.
Je me forçai à déglutir, sans que cela ne change rien à mon calvaire. C'était pire que de manger un énorme morceau de chocolat particulièrement noir. Pire que de croquer dans une endive crue. Pire que bon nombre des potions que j'avais été obligée d'avaler durant l'été.
Et c'était permanent. Impossible de chasser le goût avec de l'eau ou un quelconque breuvage.
- Il n'y a vraiment rien à faire ?
- Non. Et si cela est vraiment trop pour vous, Miss Black, la suite le sera d'autant plus. Mettez cette obstination familiale ridicule à contribution.
Je relevai la tête pour lui lancer un regard sombre, mais elle me tournait déjà le dos, la Mandragore dans son sillage.
- Ça va aller, chaton ?
Je déglutis à nouveau, maintenant ma langue contre mon palais – c'était à peine moins pire ainsi – et j'optai pour plusieurs respirations profondes, semblables à celles que le Médicomage Perrin m'avait appris pour juguler mes nausées.
J'avais envie d'arracher cette maudite feuille – des siècles que les sorciers avaient découvert le processus pour devenir Animagus, et personne n'avait trouvé de solution ? Vraiment ? – mais je savais pertinemment que je n'en ferai rien.
Pas si je voulais devenir la plus jeune Animagus de l'histoire du Royaume-Uni.
Je pris donc sur moi et je me redressai pour faire face à mon père.
Il me détaillait en silence, son regard gris si perçant que j'eus l'impression que mon Mur était fait de verre et qu'il aurait été capable de deviner jusqu'au dernier de mes secrets.
- Merci d'être venu, soufflai-je finalement.
Il me fit un clin d'œil.
- Je n'aurais loupé ça pour rien au monde, chaton.
Une seconde de silence.
Comment vas-tu ?
Je grognai.
- Là, tout de suite, j'ai envie de vomir.
Il haussa un sourcil et je détournai le regard un bref instant.
- Ça peut aller, avouai-je. Je préférerai que tu sois loin d'ici, mais je suppose que c'est aussi impossible que de demander à ne plus être obligée de me faire passer pour Alya Lestrange alors…
Sa main passa de mon dos à mon épaule. Il la serra doucement.
- Tu n'as pas besoin de t'inquiéter pour moi. Les Aurors n'ont pas la moindre idée de l'endroit où je me trouve et je te rappelle que je réussis à leur échapper depuis le début. Si je pouvais faire autrement, je préférerai aussi être loin d'ici, mais j'ai bien peur que les récents développements ne me laissent guère le choix. Narcissa finira bien par retrouver Grant et Burt. Ta situation s'arrangera plus vite que tue ne le penses.
J'hochai la tête en silence. Je savais que si je révélais ma véritable identité à la société sorcière – d'une façon à être crue – je serais peut-être obligée de quitter le Royaume-Uni. Lucius n'accepterait pas que je reste au manoir, une bonne partie de Serpentard veillerait à rendre ma vie difficile, et c'était sans oublier toute la haine pour la famille Black qu'on me vouerait.
C'était le scénario le plus pessimiste, mais cela impliquait que je puisse me réfugier ailleurs.
Et s'Il revenait.
Si Bellatrix s'échappait...
Un frisson remonta ma colonne vertébrale et mes entrailles se serrèrent.
Douce Circée, si Bellatrix s'échappait.
Mon père attrapa ma main en douceur, me ramenant à la réalité.
- J'ai cru comprendre que tu avais une piste concernant Grant et Burt ?
Je faillis tout lui raconter – comment j'avais aperçu Crystal devant le Hell's Angels, que sa grand-mère était Cracmolle et qu'elle avait conclu un accord qui incluait une prime pour sa capture, que les négociations étaient en cours pour que Gloria Ngozi mette ses ressources à contribution pour retrouver ma famille moldue – avant de me souvenir que j'avais promis à Crystal de ne pas dévoiler son secret, à quiconque.
Je me mordis les lèvres, cherchant une façon plus neutre de lui expliquer sans trahir la confiance de Crystal, avant de réaliser que je ne pouvais pas mentir à mon père.
- C'est compliqué, dis-je finalement. Et j'ai promis de me montrer discrète...
Mon père plissa les yeux, puis serra ma main.
- Dis-moi ce que tu peux dans ce cas.
J'eus un soupir.
- La grand-mère d'une amie a des contacts avec des associés de mon grand-père. Ces personnes ont un réseau et des ressources, possiblement les moyens de les retrouver. La grand-mère de mon amie ne fera pas de gestes tant que Narcissa n'aura pas accepter ses termes. Ce n'est donc pas gagné.
- Et ces personnes savaient que Judy et moi avions été arrêtés au Tower Bridge de Londres ?
- Ces personnes suivaient ma mère pendant son séjour à Londres. J'ai tout un tas de photos en guise de bonne foi.
Il me dévisagea à nouveau, les deux sourcils levés et les lèvres serrées.
- Ces personnes ont de la chance que Judy ne puisse pas leur faire regretter leur audace, dit-il enfin. Je doute beaucoup qu'elle aurait apprécié d'être espionnée.
C'était fort possible, mais il était bien trop tard pour lui poser la question.
- Elle t'avait parlé de Belfast ?
Il sembla réfléchir, ses yeux dansants dans le vide, son front plissé et sa mâchoire verrouillée. Il eut un grognement qui me rappela sa forme Animagus.
- C'était il y a si longtemps, Maellyn... Je t'enverrai un hibou si ça me revient. En attendant, je vais rappeler à Narcissa qu'elle s'est mise dans cette situation toute seule et qu'elle a plutôt intérêt à accepter les conditions sans trop faire la difficile. Quoi d'autre depuis ta rentrée, chaton ?
Je lui racontai mes quelques progrès en Sortilèges, mes déboires avec le sortilège de Disparition, mes succès avec ceux d'Apparition et mon ressenti sur mes nouvelles matières. Je passai sous silence la présence de mes deux cousins Lestrange et ce qui s'était déroulé un peu plus tôt concernant Potter.
Il le saurait bien assez tôt et je n'avais pas envie de mentionner son filleul ce soir.
Le professeur McGonagall mit fin à notre conversation d'un raclement de gorge, arguant qu'il se faisait tard et qu'elle souhaitait s'entretenir avec mon père avant qu'il ne regagne sa cachette.
Je me retrouvai dans ses bras pour la deuxième fois de la soirée, cette fois sans que cela me fasse pleurer.
- Je ne suis pas loin, chaton. Si jamais tu as besoin...
- Je sais.
Je savais aussi que je ne prendrai pas le risque qu'il soit repris si je pouvais l'éviter.
- Sois prudent, papa.
- Évidemment. Je te l'ai promis. Je t'aime, Maellyn.
Il embrassa mon front.
Je reculai d'un pas en direction du château à contrecœur. Je n'avais pas vraiment envie de retrouver mon dortoir et mon rôle d'Alya Lestrange.
- Ne te fais pas attraper par Rusard. Tu es la fille d'un Maraudeur, tu as une réputation à tenir.
Je levai les yeux au ciel, mais un sourire m'échappa quand même. Il se glissa dans la peau de Patmol et je le détaillai une dernière fois avant de me retourner pour rejoindre le château.
J'avais un goût amer dans la bouche et ce n'était pas seulement à cause de la feuille de Mandragore coincée sous ma langue.
…
Samedi 31 Octobre 1994, Poudlard, Ecosse.
Il suivit sa fille des yeux jusqu'à ce qu'elle soit à l'intérieur du château, puis il reprit forme humaine.
- Merci de m'avoir prévenu, Minerva, souffla-t-il.
Elle eut un bref sourire et serra son épaule avec force, avant de retrouver un air plus sévère.
- Ce n'était pas tout à fait désintéressé. J'espère qu'elle sera un peu moins perturbée par votre retour maintenant qu'elle a pu constater par elle-même que vous n'êtes pas plus en danger ici qu'ailleurs.
- Perturbée ?
Le professeur McGonagall resserra les pans de sa cape autour d'elle.
- En colère, principalement, ce qui ne s'accorde pas très bien à sa magie. Pour le reste, je pense qu'elle commence à accepter sa situation, à défaut de pouvoir y changer grand-chose. Elle est bien entourée. Draco Malefoy la considère comme sa petite sœur, avec la surprotection qui va avec. Pansy Parkinson prend ses intérêts très à cœur. Du reste, si je me fie à la verve dont elle fait preuve dès qu'un de ses camarades ose ne serait-ce que la critiquer. Et Crystal Malhorne est une bonne amie. L'une des rares personnes qui parvient à faire en sorte que Maellyn se montre raisonnable.
Il fit de son mieux pour éviter de s'appesantir que, selon ses propres termes, être entouré de Serpentards n'était pas une bonne chose, mais quel choix avait-il ? Maellyn avait grandi avec Draco, c'était naturel qu'un lien fort les unisse. Elle évoluait dans le monde Sang-Pur depuis son tout jeune âge, évidemment qu'elle s'était fait des amis parmi eux, et il devrait sans doute être soulagé d'apprendre que ce n'étaient pas que des accointances comme ce qu'il avait connu.
Dans une autre vie, Maellyn aurait été la cousine de son filleul et sûrement l'amie de la cadette Weasley.
Dans une autre vie.
- Et il y a vous.
- Il y a moi, effectivement. Je pense qu'elle m'en veut encore un peu d'avoir fait partie des personnes qui savaient, mais qui ont préféré ne rien lui dire. Elle me fait toutefois confiance.
Il se raccrocha à ça, même si ce n'était pas grand-chose. Savoir que Minerva McGonagall veillait sur sa fille unique était réconfortant, surtout maintenant que Narcissa était en disgrâce aux yeux de Maellyn.
Il lui fallait quelqu'un sur lequel elle puisse compter.
- Vous avez mentionné Madame Pomfresh... Elle est encore malade ?
- Elle n'a pas d'appétit et a des nausées dès qu'elle est contrariée. Cela, ajouté au fait qu'elle saute facilement des repas si elle estime qu'elle a mieux à faire ailleurs, explique pourquoi elle est un peu amaigrie. Poppy en a vu d'autres avant elle. Depuis qu'elle lui a promis de l'obliger à prendre tous ses repas à l'infirmerie, j'ai ouïe dire que la situation est sous contrôle.
Minerva avait un étrange sourire au coin des lèvres. Il haussa un sourcil.
- Ce n'est pas une idée de Madame Pomfresh, n'est-ce pas ?
- Disons que la fierté de votre fille est son plus grand ennemi. Ce qui, j'en suis sûre, ne vous surprend pas tellement.
Il eut un bref éclat de rire.
Elle le lui avait répété tellement de fois pendant ses années à Poudlard – le lui avait fait copier en retenue à quelques occasions – que James avait fini par lui suggérer de se le faire tatouer quelque part, histoire que le message rentre encore plus durablement.
Le souvenir fit disparaître le léger sourire sur ses lèvres, tandis qu'un poids s'installait sur sa poitrine. Minerva l'avait accueilli avec un air grave un peu plus tôt. Elle avait mentionné Harry, et la nécessité qu'il reste une fois que Maellyn serait partie, parce qu'elle devait lui parler.
- Qu'est-il arrivé à mon filleul ? demanda-t-il, après avoir rassemblé son sang-froid du mieux qu'il put.
S'il s'agissait de quelque chose de grave – encore – il était certain qu'il ne resterait pas calme longtemps, mais il pouvait au moins essayer.
- Installons-nous dans la serre. Nous en avons pour un moment et vous avez suffisamment pris de risques pour ce soir.
C'était loin d'être rassurant.
Il retrouva la place qu'il avait occupé à côté de Maellyn, Minerva en face de lui.
Pour la première fois depuis longtemps, il regretta de ne pas avoir un paquet de cigarettes avec lui.
- Vous avez entendu parler du Tournois des Trois Sorciers ?
Il plissa les yeux.
- Pré-au-Lard ne parle que de ça.
- La Sélection des Champions a eu lieu dans la soirée...
Son visage se ferma. Elle pinça ses lèvres si fort que sa bouche n'était plus qu'une fine ligne. Il comprit avant même qu'elle continue sa phrase, mais il contint l'explosion de sa colère, juste quelques minutes.
Juste le temps d'être sûr.
- Harry a été désigné comme le quatrième champion de la compétition.
Il sentit une vague de chaleur se déployer dans sa poitrine, accélérant son cœur et lui donnant envie d'aller chercher son filleul pour s'exiler avec lui en lieu sûr – Maellyn aussi – mais un détail le retint.
- Le quatrième champion ? C'est quoi ces conneries ?
Minerva ôta ses lunettes et pinça l'arête de son nez.
- Dumbledore avait mis en place une limite d'âge afin que seuls les élèves majeurs puissent mettre leur nom dans la Coupe de Feu. Quelqu'un a réussi à convaincre la Coupe que quatre écoles prenaient part au Tournoi, ce qui ne s'est jamais produit. Alors selon vous, Sirius ?
Il serra les dents. Si Harry n'avait pas pu mettre son nom – il doutait de toute façon que son filleul soit suffisamment stupide au point de vouloir risquer sa vie encore – et s'il était bien trop jeune pour corrompre un artefact magique vieux de presque un millénaire – et pas assez doué en sortilèges pour tout ce qu'il en savait –, c'était que quelqu'un d'autre l'avait fait pour lui.
Quelqu'un qui comptait peut-être sur le fait qu'un gamin de quatorze ans était loin d'être assez chevronné pour réussir les épreuves d'un Tournoi qui avait déjà fait des morts.
Il se leva, faisant tomber le tabouret. Il marcha jusqu'à la porte de la serre avant de faire demi-tour et d'abattre ses deux mains sur la table devant Minerva.
- Il ne peut pas prendre part à ce foutu Tournoi !
Elle secoua la tête.
- Il n'a pas le choix, Sirius. La Sélection par la Coupe entraîne la signature d'un contrat Magique. Vous savez aussi bien que moi ce que cela implique.
Une nouvelle vague de chaleur le traversa et il dut fermer les yeux cette fois. L'air arrivait difficilement à ses poumons, son cœur battait trop vite, et sa magie crépitait le long de ses membres, prête à faire exploser l'objet le plus proche s'il relâchait son attention.
Harry risquait de perdre la vie s'il participait à ce putain de Tournoi, et il la perdrait très certainement s'il ne participait pas.
Il rouvrit les yeux.
- Dumbledore ne peut rien faire ?
- Dumbledore n'est pas encore au-dessus des lois qui régissent la Magie.
Il serra les poings, tapa la table à nouveau. La vague douleur dans sa main droite lui redonna un peu de lucidité. Orion était avocat. Il l'avait vu rédiger des contrats magiques depuis qu'il était petit et il avait bien retenu que la sémantique se devait d'être très précise si l'on ne voulait pas que le parti adverse puisse se glisser dans les mailles du filet.
- Que dit ce putain de contrat magique exactement ?
Minerva lui lança un regard sévère qui le laissa de marbre. Il avait autre chose à faire que de surveiller son langage.
- Que les champions désignés doivent passer chacune des épreuves. Ou mourir en essayant.
- J'aimerais bien que quelqu'un vérifie. Juste pour être certain que mon filleul ne va pas risquer sa vie à cause d'une erreur de traduction.
Minerva fronça les sourcils et sembla vraiment s'attarder sur sa réponse.
- Je suppose qu'il doit être possible de trouver la version écrite du contrat magique. Je crains toutefois que Harry n'ait pas le choix concernant la première épreuve dans trois semaines.
Il se laissa tomber sur le second tabouret, la tête dans ses mains.
Godric tout puissant. Quand, exactement, allait-on laisser ce gamin tranquille ?! Il avait déjà survécu à Voldemort – trois fois si ce que lui avait raconté Remus était vrai – et si une nouvelle guerre se déclarait, il serait au cœur de la tourmente...
Et maintenant ça ?
Promets que tu prendras soin de lui, Patmol, et de Lily, s'il m'arrive quelque chose. Promets-moi mon frère...
Sa respiration se fit sifflante. Ses yeux se mirent à brûler.
Il serra les dents et s'obligea à se redresser.
Il devait protéger Harry.
- Je veux voir Dumbledore.
Minerva eut un rictus mauvais.
- J'ai cru que vous n'alliez jamais me le demander, Sirius.
…
On dirait bien que c'est Bubus qui va passer un bon quart d'heure !
J'avoue que j'ai pas mal hâte d'avoir votre retour sur :
- Narcissa, qui continue de chercher des solutions pour retrouver Grant Adler et Burt White (pas sûre qu'elle soit une grande fan de celle proposée par Draco).
- Pansy qui, j'espère, révolutionnera la mode sorcière britannique quand la guerre sera terminée (bonne chance à celleux qui essaieront de se dresser sur son chemin. Et bon courage aux models).
- Le petit moment de connivence entre Ginny et Maellyn (les ennemies de mes ennemies sont mes amies, ou quelque chose comme ça).
- L'arrivée des délégations de Beauxbâtons et de Durmstrang et, plus précisément, de Roksana Mesyats et Radimir Lomonosov (que d'émotions).
- Maellyn, toujours aussi dramatique le jour d'Halloween (même si elle progresse).
- La confrontation entre Narcissa et Crystal (sa grand-mère lui a tout appris).
- Les retrouvailles entre Maellyn et Sirius (of course ! Vous pensiez tout de même pas que j'allais laisser passer l'occasion longtemps, si ? On dit merci Minerva).
- Sirius, pas vraiment ravi par la tournure des événements concernant Harry (on dit merci Minerva, encore).
J'oublie sans doute beaucoup de choses. Mes chapitres deviennent trop longs pour que je fasse une liste détaillée.
Un petit coup de gueule ce mois-ci, quand même. Parce que j'ai remarqué depuis un moment que, de toute évidence, de plus en plus de personnes lisent cette histoire. Si j'en suis très touchée, je ne peux pas m'empêcher d'être un peu énervée quand je vois que le taux de review est de 0,8 % pour le dernier chapitre et de 1,2 % en moyenne.
Écrire prend du temps. Ce que vous lisez en quelques heures me demande un à deux mois de travail, parce que j'ai une vie à côté. Mettre à jour prend aussi du temps. La moindre des choses, c'est de laisser une review de temps en temps. Personne n'attend des dissertations de quinze pages et une analyse du texte comme lorsqu'on passait le bac de français. Juste un petit mot pour dire ce que vous avez aimé, ce qui vous a fait rire ou pleurer. Rien qu'un petit retour, parce que lorsqu'on vous donne quelque chose gratuitement, la moindre des politesses est de dire merci.
C'est juste la base.
En attendant la suite, je vous invite à aller faire un tour du côté du UA complet de cette histoire : There will be time.
Prenez bien soin de vous, portez votre masque, lavez-vous les mains et n'achetez surtout pas le dernier livre – transphobe – de JK Rowling.
Orlane.
Mis à jour le samedi 26/09/2020
