Disclaimer : Les personnes trans sont tous·tes merveilleux·euses. Celleux qui oeuvrent contre leurs droits méritent qu'on leur crache au visage. Bon mois des Fiertés aux concerné.e.s!
Attention: Rated T pour le langage et les scènes violentes.
RàR :
Katimyny :
Coucou ! Merci beaucoup pour ta review ! Je plussoies, Christopher est un très bon ami (et une très belle personne keur:keur:keur). Le nouveau chapitre est assez long aussi, il devrait t'occuper un moment : Bonn lecture !
Liyly
Hey ! Merci beaucoup pour ta review ! Je suis ravie que la relation entre Chris et Maellyn continue à te plaire ! Bonne lecture !
Cécile :
Hello ! Merci beaucoup pour ta review ! L'avenir de Narcissa est plein d'incertitudes : il y a des choses que je sais, mais aussi pas mal de trucs sur lesquels elle garde le secret pour le moment. Ce qui est sûr, c'est qu'elle sera du côté qui l'arrange le plus dans cette nouvelle guerre xD. Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !
Ane aux mines :
Salut ! Merci beaucoup pour ta review et pour tous tes jolis compliments ! Je suis vraiment touchée que cette histoire te plaise autant ! Je te laisse avec la suite ! Enjoy;)
Juliette :
Hey ! Merci beaucoup pour ta review ! Et merci pour cette remarque sur les Serpentards, parce que j'essaye vraiment de dépasser la vision stéréotypée des Serpentards que nous donne Harry à voir ! L'obsession de Draco pour Harry m'a toujours fait beaucoup rire xD
Le programme d'entraînement de Durmstrang fait des merveilles sur Maellyn, j'aurais dû la mettre au footing bien plus tôt !
Merci pour Chris et Maellyn ! Ils sont si choux tous les deux keur:keur:keur !
Lucius ronge son frein pour Chris, comme le bon Serpentard qu'il se vante d'être (même si c'est très discutable), il attend juste le bon moment pour faire éclater sa vangeance. Stay tuned;)
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !
Camille :
Salut ! Merci beaucoup pour ta review ! Ravie que toute la saga Black Sunset t'ait autant plu ! Oui, le tome 5 étant ce qu'il est, je ne pourrais pas couper à certains points clés du canon, snif… On a encore un peu de temps d'ici là et j'espère que le voyage sera à la hauteur ! Bonne lecture !
Chantal :
Hey ! Merci beaucoup pour ta review ! J'espère que la suite te plaira ! Bonne lecture !
Merci à Katimyny, Surion1243, Lilyly, Cécile, Ane aux mines, Tiph l'Andouille, Nyanna, lapetitegrande38, Juliette, tzvine, Camille, henrismh, feufollet, Sun Dae V, Meliroxyet Chantal pour leur review. Sans vos messages, j'aurais eu encore plus de mal à mettre à jour ici !
Bonjour à toutes et à tous !
Et me voilà de retour par ici ! (« enfin ! » diront les mauvaises langues xD). Le rythme ralentit au lycée, ce qui me permet de sortir peu à peu dans la gangue du hiatus imposé par les dures réalités de la vraie vie…
Rassurez-vous, en tout cas, je n'ai pas complètement été à l'arrêt depuis janvier ! J'ai officieusement terminé l'écriture de Supernova (j'ai quelques trucs à rectifier avant d'avoir vraiment terminé) et j'ai également terminé les deux premiers chapitres de la suite !
Bref, vous êtes surtout là pour lire ce nouveau chapitre tant attendu, donc il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture !
La honte doit changer de camp.
Si vous ne laissez pas de reviews, vous n'êtes plus les bienvenu·e·s sur mes histoires. Au fond, ça ne change rien pour moi.
Un grand merci à Sun Dae V pour son travail de bêta ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !
Black Sunset
Partie IV : Supernova
Chapitre 18
Supernova: cataclysmic explosion caused when a star exhausts its fuel and ends its life. Supernovae are the most powerful forces in the universe.
Lundi 1er Août 1995, Azkaban, Mer du Nord.
Sous la lumière de la pleine lune, Azkaban avait presque des allures pittoresques. Les rayons argentés transformaient la brume en un voilage brillant. Les tours torturées devenaient plus mystérieuses qu'inquiétantes et même la mer semblait plus calme.
Bien entendu, Azkaban restait Azkaban. Les silhouettes des Détraqueurs se découpaient nettement dans le ciel sans nuage et les hurlements de loups-garous, enfermés dans la forteresse, ajoutaient une note un peu lugubre.
Cette nuit, elle se sentait plus envoûtée qu'inquiète.
D'abord, parce que la Marque sur son avant-bras gauche avait retrouvé toute sa noirceur. Les vagues de chaleur qui la traversaient plusieurs fois par jour lui laissaient penser qu'Il était déjà en train de faire grossir ses rangs et d'organiser la reconquête de tout son pouvoir.
Ensuite, et peut-être surtout, le morceau de parchemin qu'elle avait trouvé sous sa gamelle aujourd'hui était la preuve qu'Il ne l'avait pas oubliée.
Et qu'il était en chemin.
Elle ne serait sans doute pas libre dès demain. Il lui faudrait se montrer patiente – et à l'affût – avant de pouvoir laisser Azkaban derrière elle, mais c'était la première fois, depuis des années, qu'elle entrevoyait la possibilité de quitter cet endroit autrement que morte.
Elle serra la photographie sur sa poitrine.
Si elle se fiait aux informations qu'elle arrivait parfois à glaner, à la position des étoiles dans le ciel et aux températures plus chaudes, Alya devait être sur le point de fêter ses quatorze ans.
Viviane toute puissante.
Elle avait laissé un nourrisson aux soins de sa sœur cadette et elle retrouverait une jeune femme quand elle quitterait cet endroit, juste à temps pour la guider dans ses pas et lui apprendre tout ce que le Seigneur des Ténèbres lui avait un jour appris.
Un frisson remonta sa colonne vertébrale.
Bientôt.
…
Mercredi 3 Août 1995, Manoir Malefoy, Angleterre.
Le manoir était parfaitement silencieux. A deux heures du matin passés, tout le monde était censé dormir ou s'être retiré dans sa chambre. La pluie, qui avait rythmé les deux derniers jours, s'était finalement arrêtée dans la soirée. Derrière les fenêtres, le parc était assoupi.
Je changeai de position pour la énième fois depuis que j'avais éteint la lumière, une bonne heure plus tôt. Mon cœur cognait à grands coups dans ma poitrine, j'avais chaud et mon cerveau avait décidé de ruminer la même pensée à l'infini, comme chaque nuit depuis l'enterrement d'Euphémia Rowle.
Je plaquai un oreiller sur mon visage et poussai un cri de rage.
Merlin, Viviane et Circé, je le haïssais !
Peut-être comme je n'avais jamais haï personne, ce qui en disait très long compte tenu de ce dont Narcissa s'était rendue coupable : même si je refusais toujours d'entendre ses excuses et ses explications sur la question, je savais qu'elle n'avait pas tout manigancé dans le but de rendre ma vie misérable.
Lucius Malefoy n'avait jamais eu cette prétention. Quand j'étais plus petite, il semblait s'amuser à me terroriser en me promettant de m'envoyer en Russie si je ne me comportais pas comme une parfaite jeune fille de bonne famille. J'avais fini par comprendre qu'il n'en avait pas vraiment le pouvoir, ce qui ne lui avait pas échappé. Il était donc devenu cassant, toujours prompt à me critiquer, voire même à m'insulter si l'occasion se présentait. Ses manigances pour me trouver un mari dans le dos de sa femme exceptée, il lui était difficile d'influencer ma vie puisque Narcissa avait toujours pris ma défense quand il se montrait excessif.
Sa réaction face au coup d'éclat de Christopher m'avait fait comprendre qu'il avait trouvé un angle d'attaque qui me laissait sans défense.
Rien ne l'empêche plus de mettre Christopher à la porte, Maellyn. Tu n'as pas le choix.
Je repoussai mon oreiller et le drap qui s'était entouré autour de mon corps. Il était inutile d'insister je n'arriverai pas à m'endormir.
Je rallumai la lampe à huile sur ma table de chevet, illuminant ma chambre d'une lueur orangée. Je ne voyais rien qui puisse me permettre de me calmer suffisamment pour que j'ai une chance de dormir cette nuit, ne serait-ce qu'une heure ou deux. La seule chose que j'avais envie de faire était rejoindre les anciennes écuries pour me défouler sur le sac de frappe jusqu'à ce que le tissu se déchire ou que mes phalanges se mettent à saigner, sauf que cela ne manquerait pas d'attirer de nouveaux ennuis à Christopher.
Merlin, il faisait une chaleur étouffante.
J'ouvris la porte fenêtre. L'air frais de la nuit s'engouffra dans ma chemise de nuit, m'arrachant un frisson. Je fermai les yeux, savourant la légère brise sur la peau de mon visage, regrettant qu'il n'y ait pas de bourrasques de vent ce soir.
Je rouvris les yeux.
Évidemment !
Il ne me fallut que quelques minutes pour enfiler ma tenue de Quidditch des Harpies – qui commençait à être trop petite – et je m'élançai du balcon, me maudissant en silence pour ne pas y avoir pensé plus tôt. L'Eclair de Feu devint aussitôt une extension de ma volonté. Je n'eus qu'à me plaquer sur le manche pour qu'il gagne en vitesse. J'accélérai jusqu'à déformer le paysage baigné d'une lueur argenté autour de moi. Le froid de la nuit, encore chargé d'humidité après les nombreuses averses, ne tarda pas à devenir une seconde peau. Mes doigts s'engourdirent, mes oreilles se mirent à me brûler et si mes joues étaient en feu, ce n'était plus à cause de la chaleur. Je multipliai les accélérations et les freinages brusques qui me faisaient partir en tonneaux dans les airs, ravie de constater que les entraînements de Christopher me permettaient de contrôler plus finement mon balai. Je sentais une force nouvelle dans mes bras et dans mes jambes, et j'avais de bien meilleures réflexes.
Une accélération plus fulgurantes que les autres me ramena plus près du manoir que prévu et ma dernière cascade manqua de se terminer de façon abrupte contre un mur en pierre. Sur un autre balai que l'Eclair du Feu, mon coup de hanche catastrophé n'aurait pas été salvateur. Je restai figée dans les airs, mes bras secoués de spasmes, le souffle court.
L'adrénaline dans mes veines entêtante.
Une part de moi avait envie de refaire exactement la même chose, juste pour voir si j'avais eu de la chance ou si mes nouveaux muscles me permettaient des figures jusque-là impossibles.
- Maellyn !
La voix de mon cousin me sortit de mes rêveries. Il me fallut quelques secondes pour le trouver, la lumière de la lune sur ses cheveux blonds donnait l'impression qu'il avait une auréole au-dessus de la tête.
- Tu aurais pu te tuer !
Je levai les yeux au ciel, ce qui ne m'empêcha pas de tirer sur le manche de mon balai pour monter à sa hauteur, au niveau de l'observatoire.
- Je me serais seulement blessée, répliquai-je en me posant sur le parapet en pierre.
Il croisa les bras sur sa poitrine.
- Tu n'as aucun sens du danger quand tu voles, grogna-t-il. Et après, tu t'étonnes que ma mère ait toujours refusé de t'acheter un balai de course ou que Pansy passe son temps à te le confisquer.
- Je ne prends que des risques calculés. Que fais-tu là ?
Il me désigna le ciel étoilé d'un signe du menton – les nuages étaient partis, la lune masquait certaines constellations mais c'était une nuit magnifique – puis il se laissa tomber sur l'imposante chaise longue, qui nous avait longtemps accueilli, Draco, Narcissa et moi.
Je l'imitai, réalisant avec une pointe de tristesse que je n'étais pas remontée ici depuis la soirée d'anniversaire de Draco, un an plus tôt.
Il passa un bras autour de mes épaules et je me lovai un peu plus contre lui. Il avait pris l'habitude de mettre le parfum que Pansy lui avait offert pour ses quatorze ans et l'odeur me fit plisser le nez : la note de tête rappelait le cuir tandis que le bouquet était fleuri. Je ne comprenais pas le choix de Pansy.
Il appuya son menton sur le sommet de mon crâne.
- Je n'arrivais pas à dormir, souffla-t-il.
- Moi non plus, soupirai-je.
Son bras se raffermit autour de mes épaules.
- Chris, hein ?
Je me tendis malgré moi.
- Oui... Et toi ?
Il hésita. Je couvris sa main de la mienne, empêchant ses doigts de télégraphier sa réponse sur ma peau.
- Mon père a profité de notre entrevue pour évoquer le Seigneur des Ténèbres.
Je me redressai brusquement, manquant de lui mettre un coup de tête au passage.
- Pardon ?!
Il garda son regard braqué sur les étoiles. Je dus me faire violence pour ne pas attraper son menton pour qu'il me regarde en face. Draco avait des défauts – dont un côté obsessif parfois gênant – mais il ne m'avait jamais obligée à lui confier quelque chose quand je n'en avais pas envie. Je reposai ma tête sur son épaule avec douceur, ma main jouant avec ses doigts.
- Selon lui, je pourrais obtenir la Marque dès l'été prochain.
Je serrai les paupières. Douce Circé, la rumeur selon laquelle il fallait avoir au moins seize ans pour prêter allégeance au Seigneur des Ténèbres était donc vraie. Mon regard tomba sur son avant-bras gauche dénudé, sa peau encore plus blanche illuminée par la lune. Je n'arrivais pas à imaginer la Marque des Ténèbres à la place de l'entremêlement de veines bleutées, pas plus que je n'y parvenais sur le mien.
Si cela était encore possible, la haine brûlante que je ressentais pour Lucius Malefoy devint encore plus forte. La vague de chaleur qui me traversa fit remonter un goût amer dans ma bouche, me donnant la nausée. Comment pouvait-il prétendre aimer son fils et le jeter en pâture à un psychopathe ?!
- Il faut que tu partes, Maellyn, dit Draco, sa voix tremblante. Il faut que tu te mettes en sécurité. Ma mère se voile la face si elle pense qu'elle va réussir à faire de nous des Occlumens en mesure de cacher une telle information aux yeux du Seigneur des Ténèbres. Il va te tuer.
Je n'aimais pas du tout les trémolos dans la voix de mon cousin. Ma gorge se serra.
Je connaissais la peur qui lui volait son souffle et écrasait son cœur dans sa poitrine. A la seule idée de ce qui pourrait lui arriver si je fuguais pour les États-Unis, la même terreur s'insinuait en moi.
- Si je reste, je serais en danger. Si je pars, c'est toi qui le seras. Et Pansy, et Christopher. Je ne vous condamnerai pas.
Ce fut à son tour de se tendre. D'un geste brusque, il me libéra et se tourna vers moi. Son expression était fermée, son regard gris sombre, sa mâchoire verrouillée. Je relevai le menton et croisai les bras sur ma poitrine. S'il croyait que j'allais me laisser intimidée, il se trompait lourdement. J'avais tenu tête à Lucius Malefoy avant lui et je comptais bien en faire de même avec Bellatrix Lestrange et le Seigneur des Ténèbres dans les années à venir s'il le fallait.
- Tu es tellement naïve, grinça-t-il. Si tu restes, je serais autant en danger, peut-être même plus. Si tu pars, et que je ne sais pas où tu es, la seule chose qu'on pourra nous reprocher à Pansy, Christopher et moi, c'est d'avoir ignoré la vérité. Si ça ne tient qu'à ça, je suis certain que ma mère peut effacer cette information de notre mémoire ! Si tu restes, nous allons devoir mentir en permanence. Ça, sans oublier qu'Il risque de me demander de tuer des gens, Maellyn. Et qui crois-tu qu'il menacera de torturer si j'en suis incapable ? Si je refuse ?
Ses yeux se mirent à briller. Il se détourna, planta ses coudes dans ses cuisses et enfouit son visage entre ses mains, le corps secoué de tremblement. Je m'attendais à ce que des sanglots brisent le silence entre nous.
Je déglutis difficilement, incapable de deviner ce que je pouvais faire, ou dire. Je n'avais pas pensé à ma décision de cette façon-là. Combien d'autres paramètres avais-je ignoré, exactement ? Qui pouvait vraiment prédire comment les choses allaient tourner, dans les mois à venir ? Le Ministère refusait de reconnaître Son retour, il faisait tout pour discréditer Potter. L'Ordre du Phénix – ou qu'importe le nom de l'organisation menée par Dumbledore – serait-il suffisant pour éviter le pire ? Que ferait Bellatrix, une fois libérée ? Et Rodolphus ?
Les questions se mirent à tourner dans mon esprit, les ramifications des conséquences si nombreuses et si imprévisibles que le monde se mit à tanguer autour de moi. Je portai une main tremblante sur mon front moite.
Fuir était-elle vraiment la meilleure solution ? Je fermai les yeux pendant une minute, essayant de reprendre le contrôle sur la peur, de retrouver un peu de sang-froid pour analyser la situation avec la logique que le professeur McGonagall m'avait aidé à forger.
Si je fuyais – à condition que Gloria Ngozi puisse me faire disparaître –, je ne risquerai plus rien, c'était une certitude. Bellatrix Lestrange ne me retrouverait pas aux États-Unis et, surtout, elle avait déjà prouvé par le passé qu'entre sa fille et le Seigneur des Ténèbres, elle le choisissait, lui. Christopher pouvait partir avec moi ou trouver refuge chez Anton. Cela laissait Pansy et Draco. Pansy était une fille, il était peu probable qu'on lui demande de prendre la Marque. Dans le monde Sang-Pur, le devoir d'une jeune femme en âge de se marier était de se préparer à être une bonne épouse et une bonne mère. Oh, bien sûr, cela n'empêcherait pas Pansy de fouiner et de prendre des risques si elle jugeait que cela en valait la peine. Quant à Draco…
Douce Circé, il n'avait jamais aimé la vue du sang, même s'il refuserait de le reconnaître. Il n'aurait pas d'autre choix que de prendre la Marque, puis d'obéir, tout ça sous le regard de Lucius, Bellatrix, du Seigneur des Ténèbres et de tous les autres Mangemorts. Il n'aurait pas le droit à l'erreur.
S'il ne se faisait pas tuer – par le camp adverse ou par le Seigneur des Ténèbres –, il ne serait plus jamais le même.
Et il serait seul.
Je rouvris les yeux. Draco me détaillait, ses yeux bordés de rouge mais ses joues sèches. Je soutins son regard.
- Je ne partirais qu'à une seule condition, dis-je finalement.
Il plissa les yeux.
- Laquelle ?
- Que Pansy, Christopher et toi partiez avec moi.
Il ouvrit la bouche, la referma puis m'adressa un regard noir, lourd de reproches.
J'eus un sourire dur.
- Si tu restes, je reste.
...
Dimanche 6 Août 1995, Manoir Malefoy, Angleterre.
Je fus réveillée par la chaleur familière au niveau de mon sternum. Ma main se referma sur ma baguette avant que les dernières brumes du sommeil ne se soient complètement diffusées. Un bâillement me fit monter les larmes aux yeux. Je lançai l'incantation du Souhait, ma voix rauque. La sensation de fraîcheur qui se diffusa depuis mon cœur jusqu'au bout de mes doigts m'arracha un frisson.
Je rangeai ma baguette et refermai les yeux pour grappiller une heure ou deux de sommeil supplémentaires.
C'était à ce moment précis, au lever du soleil, que la présence du deuxième cœur, qui battait beaucoup plus vite que le mien, était le plus remarquable. J'avais l'impression qu'ils étaient physiquement imbriqués l'un dans l'autre, même si je ne sentais que les vibrations du mien quand je posais la main sur ma poitrine.
C'était une expérience assez déconcertante et, pourtant, je m'y étais vite habituée. En journée, je n'y faisais plus attention. Mes humeurs ou l'exercice n'influençaient jamais le rythme de ces battements et la vibration constante avait même un côté apaisant.
Toutefois, j'avais hâte de passer à l'étape suivante. Chaque jour, j'étudiai la page des prévisions météorologiques de La Gazette et je ne manquai jamais le bulletin du soir de la RITM. Pour le moment, aucun orage n'avait été annoncé dans les environs du manoir. Ma seule chance se trouvait peut-être en Italie, où les chaudes journées d'été étaient plus propices aux orages soudains, mais encore fallait-il que Narcissa se décide à nous emmener en vacances là-bas après mon bal de Débutante.
Mon souffle se bloqua dans mes poumons et je me redressai dans un sursaut.
Si Azkaban n'avait pas altéré les souvenirs de mon père, j'avais eu quatorze ans dans la nuit !
Un grognement passa mes lèvres.
J'avais quatorze ans.
Je basculai à nouveau en arrière, rebondissant gentiment sur le matelas.
Ce n'était pas une surprise. Je savais que cela devait arriver un jour – sauf si j'étais frappée de malchance, très jeune – et qu'il n'y avait rien pour y échapper.
A moins, bien sûr, que je fête cet anniversaire en particulier aux États-Unis auquel cas, les conséquences ne seraient pas si désastreuses.
Selon l'étiquette Sang-Pur, j'étais désormais une jeune femme, que l'on pouvait courtiser et demander en mariage.
Comme si ma vie n'était pas assez compliquée comme ça.
Deux coups légers à ma porte m'annoncèrent qu'il n'y avait pas la moindre chance pour que je me rendorme. Christopher apparut, vêtu de sa tenue de sport. Le sourire qu'il m'adressa était forcé.
- Joyeux anniversaire, Maellyn, souffla-t-il. Intéressée par un peu d'exercice ?
Je repoussai mes draps. Depuis l'enterrement d'Euphémia et les restrictions de Lucius, nous n'étions pas retournés courir. Ça, ajouté au fait que j'étais particulièrement en colère contre Lucius, expliquait sans doute pourquoi j'avais de nouveau du mal à m'endormir et pourquoi j'avais perdu l'appétit.
Viviane en soit témoin, je lui ferais payer, d'une façon ou d'une autre.
- Laisse-moi deux minutes pour me changer, dis-je finalement.
Il referma la porte de ma chambre avec un petit signe de tête. Il me fallut un peu plus de deux minutes pour me préparer. Le reflet dans le miroir n'avait pas changé depuis hier. Je n'avais pas du tout l'air plus mâture ou plus à même de paraître crédible dans une robe de mariée.
Je rassemblai mes cheveux en une queue de cheval, ce qui accentuait ma ressemblance avec ma mère. Ainsi coiffée, et vêtue de l'uniforme de Durmstrang, je n'avais plus l'impression d'être Alya Lestrange. Quelques minutes plus tard, nous nous retrouvâmes à l'abri dans le bois. J'eus l'impression que Christopher se détendit à la seconde où nous n'étions plus en vue du manoir. Il commença à trottiner devant moi en silence, m'encourageant à le suivre d'un seul coup d'œil par-dessus son épaule.
Il resta devant, sa foulée souple, ses muscles jouant à la perfection. Si j'avais un peu moins de mal à le suivre qu'au début de l'été, j'étais encore loin d'avoir son aisance, et il me fallait plusieurs pauses sur le parcours, mais j'étais moins essoufflée et je n'avais plus l'impression que mes jambes voulaient se détacher du reste de mon corps sur le dernier kilomètre. Je commençais même à apprécier l'exercice en lui-même. Comme je devais me concentrer sur mon souffle et veiller à ne pas poser les pieds n'importe où, ma tête se vidait peu à peu de toutes les pensées parasites, ce qui me faisait un bien fou.
Nous n'échangeâmes pas plus de dix mots tout du long, étirements compris. A la fin, je me laissai tomber sur le sol, mon dos contre le tronc d'un arbre. Ma respiration s'était apaisée, mais mon cœur battait encore un peu plus vite que d'habitude, me donnant l'impression que la peau de mon visage pulsait.
Christopher haussa un sourcil.
- Il y a un mois, tu grimaçais au lieu de sourire.
J'haussai les épaules.
- Il faut croire que j'ai pris goût au régime spécial de Durmstrang. Qui l'eut cru, hein ?
- De nous deux, tu es celle qui était la plus à même d'apprécier une saine dose d'exercices physiques.
Je ramenai les jambes contre ma poitrine et je déposai mon menton sur mes genoux. Le Christopher devant moi n'avait plus rien à voir avec le garçon timide avec lequel j'avais grandi. D'aussi loin que je puisse me souvenir, il avait toujours rechigné à me suivre dans mes jeux quand il passait quelques jours au manoir, préférant m'observer, un livre à la main.
Aujourd'hui, non content d'être devenu un adepte de la course à pied, il pouvait aussi mettre un adulte à terre en quelques coups.
Durmstrang – et son année au manoir Rowle – l'avait endurci.
Il passa encore quelques minutes à étirer ses épaules avant de s'asseoir à côté de moi. J'attrapai sa main droite avec autorité. Les plaies laissées par la rencontre entre son poing et le visage de Thorfinn Rowle étaient complètement guéries, la fracture de ses deux doigts également, comme s'il ne s'était rien passé.
Ce n'était pas le cas.
Lucius avait sauté sur l'occasion pour se venger. La présence de Christopher semblait tout juste tolérée. Il n'avait plus le droit de m'entraîner dans les anciennes écuries – Parky montait une garde vigilante en journée – et nous n'avions pas eu de moment seul à seul depuis l'annonce des nouvelles règles le concernant.
Le lendemain de l'enterrement, Christopher avait reçu un courrier notarié lui annonçant qu'il était officiellement renié par la famille Rowle au complet. Cela aurait pu être une bonne nouvelle si les conséquences n'étaient pas aussi sérieuses : si Lucius décidait de le chasser du manoir, il n'avait plus nulle part où aller et il était théoriquement sans le sou.
Lucius n'était pas la seule raison pour laquelle nous n'avions pas passé beaucoup de temps ensemble la semaine passée. Christopher restait cloitré dans sa chambre en journée et son expression sombre aux repas n'invitait pas à la discussion.
Je serrai sa main entre les miennes.
- Comment vas-tu ? soufflai-je finalement.
Les muscles de sa mâchoire tressautèrent. Il me jeta un regard en coin et resta silencieux.
- Ça peut aller, répondit-il
Son ton sec laissait à penser le contraire. J'aurais aimé insister, mais l'expérience m'avait appris qu'il avait horreur que j'essaie de lui arracher des confidences quand il n'en avait pas envie. Je serrai sa main un peu plus fort entre les miennes. Ensemble, nous avions traversé des choses plus difficiles ces dernières années, je n'avais pas l'intention qu'il oublie que je serais toujours là pour lui.
- Tu as eu des nouvelles d'Anton ?
Les coins de ses lèvres tressautèrent et je sentis mon sourire tordu jouer sur les miennes. Il ne l'avait pas beaucoup évoqué depuis le début des vacances, et jamais de lui-même, mais l'effet était immédiat sur son humeur.
Quand il parlait de son petit-ami, il ressemblait un peu moins au petit soldat de Durmstrang et beaucoup plus au Christopher avec lequel j'avais grandi.
De la même façon que j'avais dû lire entre les lignes lorsqu'il se confiait sur sa vie au manoir Rowle et la cruauté d'Euphémia, je devais m'attacher à tous les détails qu'il acceptait de me donner concernant Anton.
Contrairement à ce que je m'étais toujours imaginée, Anton n'était pas l'héritier d'une grande famille Sang-Pur. L'un de ses arrière grand-pères avait su se tailler une place de choix dans les méandres du pouvoir, forgeant une réputation qui continuait de favoriser ses descendants, ce qui expliquait peut-être pourquoi le père d'Anton était devenu diplomate et pourquoi Anton n'avait rejoint Durmstrang qu'en troisième année. Sa mère, elle, était issue du monde Sang-Pur français, et il avait une petite sœur, Anastasia. Pour le reste, il était un bon élève et partageait la passion de Christopher pour les échecs et les romans policiers moldus.
D'après ce que j'avais compris, Christopher et lui s'étaient tournés autour une bonne partie de l'année scolaire, avant de franchir le pas entre l'amitié et plus lors des vacances de printemps.
Je n'avais pas réussi à savoir lequel des deux avait pris les devants.
- Il m'a répondu hier.
- Et ?
- Il regrette de ne pas avoir été là pour assister à la scène. Il est toutefois convaincu que sa famille possède une pensine quelque part, qu'il ne manquera pas d'utiliser à bon escient. Ah, et il a failli envoyer une beuglante injurieuse à Lucius.
J'éclatai de rire.
- J'aime beaucoup ton petit-ami, Chris. J'ai hâte de le rencontrer.
Il secoua la tête.
- Comme si j'allais faire cette erreur.
Cela lui valut un coup de coude.
- Ce n'est pas juste ! Crystal sera là à mon bal de Débutante !
Son sourire ne fit que s'élargir.
- Oh, et j'ai vraiment, vraiment hâte de pouvoir lui parler. Je vais même lui proposer que nous entamions une correspondance assidue.
A la seule idée de ce que cela pourrait donner – Crystal et Christopher, faisant cause commune contre moi, pour le reste de ma vie –, j'avais encore moins envie que mon bal de Débutante ait lieu.
- Finalement, c'est une excellente chose que tu n'y assistes pas, grommelai-je.
- J'ai déjà tout arrangé avec Draco.
Évidemment.
Christopher et Draco n'avaient pas été fichus de se supporter l'un l'autre pendant des années et, en l'espace d'un été, ils avaient réalisé qu'ils avaient un point commun majeur – moi –, qui effaçait tous leurs anciens griefs.
C'était bien ma chance.
- On va manger ?
Mon ventre gargouilla sa réponse. Christopher se leva d'un bond, m'entraînant sur mes pieds à la seule force de son bras droit. Je gardai sa main dans la mienne jusqu'au manoir.
Avant de rejoindre la petite salle à manger où était servi les petits déjeuners, je repassai par la salle de bain pour me laver – je puais – et m'habiller – une robe à fine bretelle, puisque la journée s'annonçait ensoleillée –.
La rumeur d'une conversation enthousiaste se faisait entendre depuis le couloir. Je reconnus sans vraie surprise la voix de Pansy, mêlée à celles de Draco et Christopher. La quatrième voix était familière, sans que je n'arrive à mettre un nom dessus.
Je compris un peu mieux quand je poussai la porte.
Nymphadora Tonks était installée autour d'une table débordante de plats – les elfes faisaient un effort supplémentaire à chaque anniversaire –. Ses cheveux roses, sa veste en jean et ses piercings dénotaient dans la décoration très classique de la pièce.
Je n'eus pas le temps de lui demander ce qu'elle faisait là, car Pansy fondit sur moi, me serrant dans ses bras à me couper le souffle.
- Joyeux anniversaire, petite !
Draco se montra plus mesuré – sûrement l'effet de la présence de Tonks à sa droite –. Je déposai un baiser sur sa joue avant de m'installer à sa gauche.
Pansy croisa les doigts sous son menton, un sourire amusé aux lèvres.
- La nouvelle génération Black au complet ! Qui l'eut cru ?
Tonks eut une exclamation dégoûtée, Draco assassina Pansy du regard et je ne pus retenir un sourire.
Ce n'était pas faux.
- Que fais-tu là, Tonks ? demandai-je en commençant à me servir en bacon.
- Ma cousine préférée fête ses quatorze ans aujourd'hui. Il paraît que c'est toute une histoire dans le monde Sang-Pur.
J'haussai un sourcil.
- Je suis ta seule cousine, répliquai-je.
Elle me glissa un clin d'œil, puis sortit un objet rectangulaire de l'intérieur de sa veste.
- Remus n'était pas en mesure de te déposer ceci et Sirius a insisté.
Mon cœur fit une embardée.
Le miroir !
J'allais parler à mon père !
Je tendis la main pour le récupérer mais Tonks porta la sienne en arrière.
- J'ai ordre de ne te le donner qu'après que tu aies mangé un copieux petit-déjeuner.
Mon grognement les amusa énormément.
- Sirius est une vraie mère poule, hein ? Remus et moi, on trouve ça très drôle !
Je décidai de l'ignorer – le ton des dernières lettres de mon père m'avait permis d'en venir à cette conclusion par moi-même – et je me concentrai sur mon petit-déjeuner.
- Les vacances se passent bien ?
Ma fourchette se stoppa à mi-chemin entre l'assiette et ma bouche. Pansy fit la moue, Draco semblait décidé à ignorer sa question et le visage de Christopher s'était fermé.
Tonks grimaça.
- A part ça ! On est samedi et je ne suis pas d'astreinte ! Détendez-vous, les jeunes !
Je me raclai la gorge.
- Ça peut aller, marmonnai-je. Narcissa parle de nous emmener en Italie après mon bal de Débutante.
- L'Italie, hein ? Sardaigne ? Ma mère m'a raconté qu'elle y allait souvent quand elle était plus petite.
J'hochai la tête. Narcissa nous avait dit la même chose, deux étés plus tôt. A la différence des séjours de son enfance, nous n'étions pas restés dans la seule ville sorcière de l'île Mal di Ventre. Narcissa avait préféré un hôtel cinq étoiles moldu, surplombant la Méditerranée. Cela changerait sans doute cette année.
- Tu seras du voyage, Parkinson ?
Pansy secoua la tête.
- Non… Ma mère a déjà du mal à me laisser venir ici, elle n'est pas prête de m'autoriser à quitter le pays.
Son sarcasme fit rire Tonks, et le moment de gêne se dissipa complètement. Tonks prit bien soin d'éviter le sujet délicat du retour de Voldemort – elle était une Auror, nous étions des enfants de Mangemorts reconnus, ce n'était pas de bon goût – et évoqua donc la météo, sa dernière course poursuite dans l'Allée des Embrumes – elle avait arrêté un trafiquant de chaudron et démantelé tout son réseau – et le nouvel album des Bizar'Sisters, son groupe préféré.
Je me tournai vers elle à l'exacte seconde où je terminai mon assiette.
Elle se leva.
- J'ai promis à Narcissa de prendre le thé avec elle dans le salon d'hiver. Draco, tu veux bien me montrer le chemin ?
Draco me lança un regard accusateur – comme si c'était moi qui avais donné l'idée à Tonks – mais se leva quand même.
Tonks déposa le miroir dans ma main tendue.
- J'ai aussi ramené des cadeaux mais, d'après Parkinson, tu ne les auras pas avant ce soir.
Si Pansy avait pris en main le programme de la journée – ou du reste, aidé Draco –, il était inutile d'essayer de négocier.
Et, de toute façon, j'avais mieux à faire.
Je rejoignis ma chambre au pas de course. Les elfes étaient passés faire mon lit, aussi puis-je m'installer confortablement contre les nombreux oreillers.
- Sirius Black, dis-je.
J'espérais avoir bien compris comment me servir du miroir l'été dernier, ou j'étais bonne pour traverser tout le manoir et demander le mode d'emploi à Tonks.
Mon reflet fut remplacé par le visage souriant de mon père.
- Joyeux anniversaire, chaton !
Je ramenai mes genoux contre ma poitrine.
- Merci ! Comment vas-tu ?
Il avait rasé sa barbe et j'avais l'impression qu'il avait repris du poids depuis la dernière fois que je l'avais vu. Le miroir ne me laissait rien deviner de plus, aussi, je ne pouvais pas être certaine qu'il soit complètement en sécurité.
- Je vais très bien. Et toi ?
Il pencha la tête sur le côté, son regard gris balayant mon visage avec intensité. Si j'avais eu l'intention de lui cacher une part de la vérité, je doutais que j'y serais parvenue.
J'haussai les épaules.
- Je n'ai pas vraiment envie de fêter mes quatorze ans, soufflai-je.
Mon bal de Débutante était imminent, Christopher ne pourrait pas y assister et Lucius allait sans doute trouver une autre idée pour rendre la soirée plus détestable encore.
- Ça ne sera qu'un mauvais moment à passer. Tu peux toujours faire semblant de t'évanouir au milieu de la soirée. Avec un peu de chance, ça découragera même certains de tes prétendants.
La façon dont il cracha le dernier mot – comme si ses dents étaient trop serrées pour laisser passer le son – m'apprit qu'il n'aimait pas plus l'idée que moi, sinon encore moins.
- C'est ce que tu as fait lors de ta fête d'anniversaire ?
Il eut un sourire en coin.
- Non.
- Tu n'as pas eu de fête ?
Il fit durer le silence, une manie que Draco n'avait pas été chercher si loin de toute évidence.
- Walburga avait organisé une fête, bien sûr. Plus au nom de l'étiquette qu'autre chose. J'ai réussi à m'échapper juste avant le toast.
Puisque j'avais assisté à mon lot de fêtes d'anniversaire et de bals de Débutantes, je savais que le toast avait lieu dès que tous les invités de marque étaient arrivés. S'il y avait bien un moment où le principal intéressé se devait d'être présent, c'était celui-ci.
Le regard de mon père devint plus malicieux.
- Walburga était furieuse.
Ma rencontre avec son tableau me laissait penser que c'était un euphémisme. Il avait de la chance d'être toujours vivant.
- Où es-tu allé ?
- Chez James.
Pendant une folle seconde, je m'imaginais faire la même chose. Cela ne serait pas très dur : Pansy serait d'accord pour faire diversion et le réseau de Cheminée me mènerait directement chez Crystal, de l'autre côté de la mer d'Irlande.
Lucius serait furieux.
- Si ça ne tenait qu'à moi, tu prendrais le premier Portoloin pour les États-Unis.
Je m'étais attendue à ce qu'il soulève cette idée dès que j'avais reconnu le miroir dans la main de Tonks. Si les choses étaient différentes, j'aurais demandé à la grand-mère de Crystal de tout organiser depuis longtemps.
- On pourrait s'y cacher tous les deux, dis-je simplement.
Il grimaça puis se frotta le front de façon compulsive.
- Je ne peux pas quitter le pays, Maellyn. Harry a besoin de moi ici.
Je levai les yeux au ciel.
- Il peut venir aussi si ce n'est que ça. Draco le critique beaucoup, mais je suis sûre qu'il n'est pas si insupportable.
Si je quittais le pays avec Sirius Black – le fugitif le plus recherché du pays – et Harry Potter – le sorcier de quinze ans le plus connu dans le monde magique –, mon cousin allait en faire une crise cardiaque.
- J'ai cru comprendre qu'il y a une sorte de rivalité entre Draco et lui. Je peux lui proposer, mais je doute qu'il accepte.
Foutu Gryffondor.
Ma pensée me fit grimacer. Je pouvais me moquer autant que je voulais de Harry Potter, et de sa proportion à jouer les héros, j'avais pris une décision au début de l'été qui ressemblait plus à une Gryffondor qu'à une Serpentarde.
Finalement, le Choixpeau avait peut-être eu de bonnes raisons de me proposer Gryffondor, lors de ma répartition.
- Puisqu'on parle des Malefoy, pas d'amélioration avec Lucius ?
Mon regard sombre le fit ricaner.
- Il est toujours aussi malfaisant, et je n'ai même plus la possibilité de me défouler. Il va finir par provoquer un accident magique, que je n'essaierai pas d'empêcher.
- Il fait partie des Mangemorts qu'on surveille de près. Il fera tôt ou tard une erreur qui le conduira à Azkaban. Tonks est censée rappeler à Narcissa qu'il vaudrait mieux qu'aucun contrat de mariage ne soit signé avant la fin de cette guerre.
Je doutais que cela fasse une grosse différence. Narcissa était au courant des manigances de Lucius depuis des mois – le professeur McGonagall lui avait même envoyé une lettre à ce sujet –, sans que cela n'ait changé quoique ce soit. Ironiquement, le seul moyen pour moi d'échapper à un mariage avec Théodore Nott était que Rodolphus et Bellatrix Lestrange s'échappent d'Azkaban. Il était peu probable que Lucius ose s'opposer à eux sur le sujet – l'étiquette Sang-Pur le lui interdisait et Bellatrix retrouverait son titre de Premier Lieutenant, la plaçant en position de force par rapport à lui –. Bien entendu, cette perspective ne pouvait qu'encourager Lucius à conclure avec Nott avant cela et s'il échouait, je ne voulais pas imaginer qui Bellatrix me ferait épouser.
Quelques mois plus tôt, toute cette histoire de mariage arrangé me donnait des sueurs froides. Maintenant, avec le Seigneur des Ténèbres de retour et Bellatrix bientôt libérée, ce n'était qu'un problème lointain.
Il fallait déjà que je survive à la guerre avant de penser à me marier.
Je fis de mon mieux pour ignorer la façon dont mes entrailles se refroidirent à cette possibilité.
- Et toi ? Tu ne peux toujours pas me dire où tu es ?
- Non. Mais je suis en sécurité et à l'abri. Je peux même me défendre si les choses tournent mal.
Il fit jouer une baguette magique entre ses doigts.
- C'est vraiment ta baguette ?
Il hocha la tête.
- Quelqu'un a fait jouer ses relations. Si tout se passe comme prévu, les Aurors vont même finir par m'oublier un peu.
Dumbledore.
Je déglutis. Cela semblait trop beau pour être vrai. Puisque Draco s'amusait à collectionner les articles qui mentionnaient Potter, il ne manquait pas de commenter la chute de notre directeur. La veille, il avait été mis en minorité à la Confédération Internationale des Mages et Sorciers dont il avait dû quitter la présidence au début de l'été. Cela s'ajoutait au fait qu'il avait été limogé de son poste de président-sorcier du Magenmagot et la rumeur voulait que le Ministère soit sur le point de lui retirer l'Ordre de Merlin, première classe.
- C'est une bonne nouvelle, Maellyn, reprit mon père, me ramenant à la réalité.
Je fis de mon mieux pour retrouver une expression neutre, tout en me promettant de demander confirmation à Tonks plus tard. Elle travaillait au département des Aurors, elle serait en mesure de me dire si, oui ou non, ses collègues allaient cesser leurs recherches.
- De toute façon, ils ne me trouveront pas là où je suis et Dumbledore refuse que je sorte.
Son ton amer me fit plisser les yeux. Comme il venait de le dire, il était en sécurité : c'était censé être une bonne nouvelle. Il…
- Vermine ! Saletés ! Résidus de pourriture et d'abjection ! Bâtards, mutants, monstres, quittez cette maison ! Comment osez-vous souiller la demeure de mes aïeux ?
Les cris lointains nous tirèrent un même sursaut. Je crus une folle seconde qu'il était attaqué, avant que je ne reconnaisse la voix qui hurlait des obscénités. Je sentis mes yeux s'écarquiller.
J'avais déjà été la cible de telles insultes, crachées par la même voix, l'été dernier.
Walburga !
Sauf que ma grand-mère était décédée depuis presque dix ans. Il devait s'agir de son tableau qui se trouvait...
Qui se trouvait ?
J'eus beau me creuser le cerveau, je fus incapable de retrouver où se situait la maison d'enfance de mon père.
Alors que je n'avais pas eu ce problème un an plus tôt !
Dans le miroir, mon père fronça les sourcils.
- Tout va bien, chaton ?
- Les cris… C'était la voix de ma grand-mère, n'est-ce pas ?
Son expression se ferma.
- Certainement pas.
Je fis la moue.
- Si, c'était sa voix, j'en suis sûre ! Elle est morte et il n'existe qu'un seul portrait d'elle. Il se trouve…
L'adresse était quelque part dans ma mémoire mais c'était comme essayer d'attraper une savonnette mouillée ! J'eus tout le mal du monde à retenir un cri de rage.
Mon père serra les lèvres, avant de soupirer.
- On a protégé l'endroit où il se trouve. Tu ne parviendras pas à t'en souvenir, Maellyn. Et Walburga n'est pas plus ta grand-mère qu'elle n'était ma mère. Quoiqu'en dise le Registre, je considère qu'Euphémia Potter aurait été la seule personne à pouvoir briguer ce titre.
Je décidai d'ignorer sa remarque concernant la mère de James Potter, trop agacée par cette histoire d'adresse qui se dérobait à ma volonté.
Je m'étais rendue là-bas des dizaines de fois quand j'étais petite ! Je me souvenais des têtes d'Elfes empaillées en haut des escaliers, de la couleur des canapés verts dans le grand salon et des noms brodés à l'or fin sur la tapisserie.
Je savais où il était !
Sauf que je ne le savais plus.
Il resta silencieux un long moment, la mâchoire verrouillée.
- Quand es-tu venue ici ?
Ici.
Là-bas.
Cet endroit où il avait grandi et où il était de retour mais dont le nom continuait à m'échapper. La protection de Dumbledore était sacrément efficace !
C'était peut-être pour le mieux.
Je soupirai, définitivement agacée.
- L'été dernier. Pansy voulait découvrir où tu vivais pendant la guerre et elle pensait qu'on pourrait trouver quelque chose là-bas. J'ai failli rester bloquée dans le conduit de la cheminée, Kreattur a essayé d'égorger Pansy et Walburga m'a insultée de traînée.
Il eut une drôle d'expression, comme s'il était partagé entre le rire et la colère.
- J'avais juré que, moi vivant, tu n'y mettrais jamais un orteil.
Sa voix était devenue plus grave et un tic nerveux agitait sa joue gauche. Il passa une main tremblante sur son front et il lui fallut quelques secondes pour reprendre le dessus sur ses émotions. Je décidai de garder pour moi le fait que Narcissa nous avait emmené prendre le thé chez Walburga au moins une fois par mois quand elle était encore vivante.
Il s'éclaircit la gorge.
- Alors, avais-je laissé des indices derrière moi ?
La lettre que nous avions trouvé – et que je gardai précieusement dans mon coffret à bijoux – me revint en mémoire. Vu comment s'était terminé notre aventure au Hell's Angels,j'avais refusé de me rendre du côté de l'ancienne maison d'Alphard Black, surtout qu'elle n'aurait pas manqué d'être surveillée par des Aurors.
- Toi, non, mais Regulus avait gardé une lettre que tu lui avais écrit où tu lui indiquais ton adresse.
Il me dévisagea.
- Vraiment ?
- Oui… Tu veux que je te l'envoie ?
Il secoua la tête, son regard lointain.
- Non, je vois de quelle lettre tu parles… Je… J'ai toujours pensé qu'il l'avait brûlée sans même la lire.
Je voulais lui demander comment son frère – mon oncle – était mort, mais j'avais l'impression que ce n'était pas le moment.
Et que cela m'entraînerait sur une pente très glissante.
- Tu peux me promettre quelque chose, chaton ?
J'hochai la tête.
- Ne va jamais là-bas, d'accord ?
J'ouvris la bouche pour lui demander pourquoi, sauf que ses yeux étaient devenus étrangement brillants et que son reflet s'était mis à trembler.
- Promis.
Il approuva ma réponse d'un signe de tête. Le sourire qui étira ses lèvres me sembla particulièrement forcé.
- Alors, quel est le programme pour aujourd'hui ? Tu as ouvert tes cadeaux ?
Je ne pus que me plaindre que Pansy et Draco avaient sans doute organisé quelque chose de fantasque dont ils gardaient la surprise. Le mieux que je pouvais faire, c'était de lui écrire dès ce soir pour tout lui raconter.
Il rit doucement.
- James était un peu comme ça aussi. Ses parents lui ont toujours organisé des anniversaires incroyables, alors il faisait pareil pour Remus, Peter et moi.
- Et quelle a été sa plus grande réussite ?
Il prit le temps de réfléchir.
- Sans doute le premier, même si ce n'était pas son idée la plus originale. Il m'a fait croire toute la journée qu'il avait oublié que c'était mon anniversaire – je crois qu'il avait même convaincu toute notre maison de ne pas le mentionner – et il m'a organisé une fête surprise digne des grandes victoires de Quidditch. On a fait du bruit jusqu'à deux heures du matin et il a reçu une semaine de retenue, mais je crois qu'il s'en fichait.
- Et l'idée la plus originale ?
Son sourire se crispa, ce qui me fit regretter ma question.
- Mes vingt-et-un ans, souffla-t-il. Il s'est arrangé pour que Walburga soit à Édimbourg pour la journée et on a pu piéger la maison à la moldue, Judy et moi. La cerise sur le gâteau a sans doute été que c'est Bellatrix qui a déclenché le plus de pièges.
Il avait déjà mentionné cette anecdote. Ce n'était pas la première fois que son expression devenait amère quand il évoquait ma mère, sans doute parce que sa mort l'avait plus meurtri que ce que je pouvais imaginer.
Merlin, je l'avais à peine connue et elle me manquait atrocement.
- Comment va ton ami ?
La question me prit un peu par surprise. Je lui avais raconté ce qui s'était passé lors de l'enterrement d'Euphémia Rowle dans ma dernière lettre et les conséquences de son geste.
- Il passe le plus clair de son temps dans sa chambre. On est allés courir ce matin, et je n'ai pas réussi à lui arracher de confidences… Il a l'air malheureux et je n'aime pas le voir comme ça. Sa mère a assez gâché sa vie, sa mort devrait l'avoir soulagé, pas abattu.
- Je peux lui parler, si tu veux.
- Comment ça ?
Il grimaça.
- Je crois que je suis assez bien placé pour savoir ce qu'on ressent après s'être fait renier. Non pas que je regrette quoique ce soit, mais je n'en garde pas un excellent souvenir non plus.
J'avais beau lui avoir parlé de Christopher en espérant qu'il pourrait me donner des conseils, je n'avais pas imaginé une seule seconde qu'il puisse proposer de prendre les choses en main de cette façon.
- Je… Il doit être dans sa chambre.
Je me levai, le miroir à la main. Une fois arrivée devant la porte, mon poing resta suspendu devant le panneau de bois.
Mon père se racla la gorge. Je frappai deux fois.
Christopher apparut. Il avait troqué sa robe grise pour des vêtements moldus que je n'avais jamais vu. Il avait l'air plus décontracté ainsi, même si son sourire était un peu forcé.
- Pansy ne t'a pas dit de te changer ?
Les plans de la journée allaient nous mener dans le monde moldu, donc. Je lui tendis le miroir pour toute réponse.
- Mon père veut te parler.
Il perdit son sourire.
- Pardon ?
Je décidai de lui laisser la surprise.
- Ça ne prendra pas longtemps, dis-je, forçant le miroir dans sa main droite. Je vais aller me changer en attendant.
Il attrapa mon poignet.
- Attend que Parkinson te le dise. Elle pense que je ne peux rien te cacher.
- Et elle a raison. Amuse-toi bien.
Mon père salua mon départ d'un éclat de rire qui rappelait sa forme Animagus.
Puisque je n'avais pas la moindre idée de l'endroit où nous allions – et que Pansy pouvait très bien avoir cousu ma tenue parce qu'elle trouvait la mode moldue plus inspirante –, je décidai qu'il était plus sage d'attendre.
Faute d'autre chose, je me remis à la recherche du nom du lieu où se cachait mon père, sans plus de succès…
Tout ce dont j'étais certaine, c'était qu'il s'agissait du dernier endroit où j'aurais imaginé mon père trouver refuge – ce qui était peut-être l'idée –. Je ne gardais pas un très bon souvenir de ma dernière visite, et pas seulement parce que j'avais été blessée sur le trajet en cheminée. Les pièces sentaient le renfermé et la poussière, la lumière donnait l'impression que tout était verdâtre et les chuchotements des portraits dans le hall d'entrée étaient oppressants.
Surtout, il y transpirait comme une impression de médiocrité mêlée de désolation. L'âge d'or de la famille Black était révolu.
Lors de ma visite, je n'avais pas eu de mal à imaginer pourquoi mon père avait fugué l'été de ses seize ans. Même débarrassé de la poussière, le manoir ne ressemblait pas à un foyer, sans oublier que Walburga m'avait semblé aussi malfaisante qu'Euphémia Rowle.
C'était toutefois moins pire que les caves de Pré-au-Lard.
Je me raccrochai au fait qu'il y était plus en sécurité qu'en Écosse. Du reste, tant qu'il ne lui venait pas l'idée de sortir ou de prendre part à une mission dangereuse de l'Ordre du Phénix.
Un éclat de rire étranglé me donna l'impression d'avoir avalé du verre.
Pour tout ce que j'en savais, mon père était plus en sécurité que moi. J'allais rencontrer plus de Mangemorts durant l'été que lui, ma route ne tarderait pas à croiser celle du Seigneur des Ténèbres et tout cela sans prendre en compte Bellatrix.
Deux coups à ma porte me ramenèrent à la réalité. Christopher était un peu plus pâle que je l'avais laissé, et ses yeux étaient bordés de rouge. Il avait toutefois un petit sourire aux lèvres et j'avais l'impression qu'une partie de sa tension avait quitté ses épaules.
Il me tendit le miroir, son regard semblait dire merci.
La porte se referma en silence. Mon père me glissa un clin d'œil.
- Il a l'air gentil, souffla-t-il.
- C'est mon meilleur ami, répondis-je.
Deux nouveaux coups retentirent, dignes de Pansy.
Sauf que ce n'était pas Pansy.
- Sirius ! Ta pause a duré assez longtemps !
Je baissai la tête vers le miroir. La voix était définitivement familière.
- Weasley ? Que fait-elle là-bas ?!
J'eus le droit à un large sourire moqueur.
- Je n'ai pas le droit de répondre à cette question. Mais j'apprends beaucoup de choses.
Je rouvris la bouche pour protester : Weasley n'était peut-être pas la plus grande commère de Poudlard, mais elle n'était pas objective. Il ne pouvait pas se fier qu'à sa version !
- Je dois y aller, chaton. On a besoin de moi…
Mon cœur fit une embardée douloureuse. Je ne m'attendais pas à ce que notre conversation arrive à sa fin aussi rapidement.
- Profite bien de ta journée, Maellyn. Ne laisse pas l'étiquette Sang-Pur te voler tes quatorze ans.
Je forçai un sourire.
- Je vais faire de mon mieux.
Il me dévisagea, les yeux légèrement plissés, pendant ce qui me sembla être une éternité. Grandir dans le monde Sang-Pur m'avait appris à avoir une bonne maîtrise de mes expressions, aussi réussis-je à donner le change.
- Je t'aime, chaton. A très vite.
- Sois prudent.
J'eus le droit à un dernier clin d'œil, qui échoua à me redonner le sourire. Le miroir me renvoya mon reflet, ce qui me donna la soudaine envie de le lancer à travers la pièce. Au prix d'un immense effort, je le posai sur mon bureau et je me laissai tomber sur la chaise.
Mes yeux me brûlaient et l'injustice rendait ma salive plus amère que d'habitude.
J'ignorais comment ou pourquoi, mais Ginevra Weasley était avec mon père alors que j'étais coincée au manoir Malefoy, à devoir supporter Lucius et sur le point de participer à une mise aux enchères de ma propre vie dans une semaine.
Quelles étaient les chances pour que Potter soit également là-bas ?
La première larme qui roula sur ma joue faillit être suivie par un cri de rage.
- Pourquoi tu pleures ?
J'essuyai mes joues rapidement, maudissant Pansy en silence. J'étais certaine qu'elle n'avait pas frappé avant d'entrer.
- Je ne pleure pas.
Ma voix était étranglée, ce qui la rendait trop aiguë. J'eus l'impression de m'étouffer à moitié en reniflant trop sèchement. De nouvelles larmes s'échappèrent, me tirant un sanglot.
Pansy me prit dans ses bras, avec sa brusquerie habituelle. Je me raccrochai à sa taille, même si je me sentais un peu stupide.
Pansy reposa son menton sur le sommet de mon crâne.
- Tu n'es pas censée pleurer le jours de ton anniversaire, murmura-t-elle.
- Je déteste être Alya Lestrange.
Elle resserra sa prise sur mes épaules, embrassa mes cheveux un peu sèchement, puis tapota mon dos. Mes larmes se tarirent aussi vite qu'elles étaient apparues. Pansy m'obligea à relever mon visage vers elle. Elle essuya mes joues consciencieusement.
- Tu sais que tu n'as qu'une lettre à envoyer pour être débarrassée de ça, pas vrai ?
Je me dégageai de sa prise sans douceur.
- Tu ne vas pas remettre ça sur le tapis, Parkinson.
Elle croisa les bras sur sa poitrine à son tour, un sourcil levé pour faire bonne mesure.
- Je remettrais ça sur le tapi autant de fois que je devrais te consoler parce que jouer la comédie devient un peu trop pour toi. Je doute que Voldemort se montre aussi concilient.
Elle avait prononcé le nom du Seigneur des Ténèbres avec un aplomb qui me fit sursauter.
Elle leva les yeux au ciel.
- C'est son nom, Black. Si tu veux faire partie des rebelles, tu vas devoir t'habituer à le prononcer sans te mettre à trembler comme une feuille.
Je déglutis.
- Est-ce que ça veut dire que, toi aussi, tu es une rebelle ?
Elle ouvrit la bouche à deux reprises avant de me répondre.
- N'exagérons rien. Je veux juste faire en sorte que ni toi, ni Draco, ne vous fassiez tuer en cours de route, ce qui va me donner assez de cheveux blancs comme ça. Maintenant, si tu veux bien te changer. Nous allons dans le monde moldu.
Sans plus d'indications, j'enfilai le seul short en jeans qui m'allait encore, un chemisier à manche courte fleuri et une veste légère, ainsi qu'une paire de baskets. Draco et Christopher nous attendaient dans le hall, ainsi que Tonks.
- Draco m'a expliqué le programme pour la journée, je suis à deux doigts de vous accompagner.
Son regard malicieux me tira un sourire.
- Je ne manquerai pas de te dire ce que j'en ai pensé une fois que le mystère sera levé. Merci pour le miroir, cousine.
- De rien. Amusez-vous bien, les petits !
Elle disparut dans la cheminée après un dernier clin d'œil. Je me tournai vers Pansy et Draco, mes sourcils haussés pour avoir enfin des informations. Ma seule réponse fut deux sourires énigmatiques un peu trop identiques.
- Avant toute chose, on va avoir besoin de tes nouveaux talents en Métamorphose. Après ce que tu as fait subir à Yaxley cet hiver, tu ne devrais pas avoir trop de mal à nous rendre méconnaissables, tous les quatre. Ça évitera les questions si jamais on se fait remarquer.
La précaution était pleine de bon sens, aussi sortis-je ma baguette de la poche intérieure de ma veste. Il ne me fallut que quelques minutes pour altérer l'apparence de Pansy – un joli roux foncé, un nez plus fin et un menton plus rond –, de Draco – brun, un teint olivâtre et des yeux marrons – et Christopher – des cheveux châtains qui lui arrivaient aux épaules et des yeux verts –. Je me contentais de rendre mes cheveux blonds, sachant pertinemment que cela suffirait à me rendre invisible aux yeux de toute la société Sang-Pur.
Draco me dévisagea longuement, avant de grimacer.
- C'est un miracle que personne ne se doute de rien, marmonna-t-il.
Il disparut dans la cheminée, et nous l'imitâmes. Notre premier arrêt fut le Chemin de Traverse, suivi du Chaudron Baveur. Personne ne sembla nous reconnaître – à part Nott, j'imaginais difficilement que quiconque puisse faire le lien avec des héritiers de grandes familles Sang-Pur – et nous pûmes rejoindre le monde moldu avec une facilité déconcertante.
Tandis que le bruit de la ville remplaçait les rumeurs feutrées du bar, je ne pus retenir un éclat de rire. Au milieu de la foule et des immeubles immenses, je me sentais insignifiante et anonyme.
Libre.
Pansy m'attrapa le bras pour m'obliger à avancer. Je remarquai avec regret que nous nous éloignions de la rue passante sans que je n'arrive à deviner quelle serait la prochaine étape, surtout quand nous dépassâmes la station de métro. J'avais eu l'occasion d'emprunter celui de Belfast à plusieurs reprises lors de mes vacances chez Crystal, et je savais que trop bien que cela faciliterait notre traversée de Londres – je ne gardai pas un excellent souvenir de notre randonnée de l'été dernier –.
- Où allons-nous ? demandai-je.
- Tu es familière avec le concept de surprise, n'est-ce pas ?
Je fis la moue face à l'ironie de Pansy. Ce n'était pas la première surprise que l'on m'organisait – Circé en soit témoin, Narcissa avait élevé le concept au rang d'art lorsqu'il s'agissait de nos anniversaires – mais les connaissances de Draco, Pansy et Christopher sur le Londres moldu étaient somme toutes théoriques.
Ma surprise pouvait donc facilement se transformer en jeu de piste pour retrouver le Chaudron Baveur.
Draco hésita au croisement entre notre rue et une sorte de ruelle. Il vérifia quelque chose sur un morceau de parchemin, demandant son avis à Christopher à voix basse. Je faillis jeter un regard en coin à Pansy quand ils s'engagèrent dans la ruelle trop étroite pour que deux voitures se croisent.
Cela ne semblait pas être un problème, puisque les piétons marchaient au milieu de la voie. Des guirlandes de petites lanternes rouges, décorées de symboles que je ne reconnaissais pas, étaient suspendues entre les immeubles en brique. Des petites boutiques et des restaurants se succédaient pendant cinq cent mètres, puis nous débouchâmes sur une jolie petite place. Les lanternes étaient plus nombreuses ici et, plus généralement, le rouge semblait prédominer. Draco et Christopher se stoppèrent devant une haute arche de bois dont le toit vert était surplombé par deux dragons dorés qui se faisaient face. Des symboles, eux aussi dorés, qui ressemblaient à ceux sur les lanternes rouges, semblaient expliquer pourquoi cette arche se trouvait-là, puisque son style ne ressemblait pas à ce que j'avais déjà vu de Londres.
Deux mains se posèrent sur mes épaules.
Je ne pus retenir un cri de surprise, ce qui fut salué par un rire définitivement familier.
- Crystal ! m'écriai-je en me retournant.
Mon amie, le visage barré par un sourire satisfait, se tenait devant moi.
Alors qu'elle était censée se trouver en Afrique du Sud, dans le clan de sa grand-mère, jusqu'à la semaine prochaine !
Comme l'été dernier, elle avait à nouveau rasé ses cheveux, ce qui la faisait paraître plus âgée qu'elle ne l'était vraiment, et donnait l'impression que ses pommettes étaient plus saillantes.
- Joyeux anniversaire, Adler.
Je clignai des yeux.
- Que fais-tu ici ?
Son sourire s'élargit.
- Il y a eu un petit changement de programme dans mon clan, alors je suis rentrée plus tôt que prévu. Ce qui est une bonne chose, puisque j'ai été essentielle à l'organisation de cette journée !
Je vis Draco lever les yeux au ciel du coin de l'œil.
- Et tu dois être Christopher !
Il tendit sa main droite devant lui, et je ne pus que grimacer tandis que Crystal la serrait avec enthousiasme.
- Ravi de faire ta connaissance, Malhorne.
- Crystal, je t'en prie.
Leur connivence était déjà évidente, sans que je n'en sois vraiment surprise. Crystal n'avait pas arrêté de me dire qu'elle avait hâte de rencontrer Christopher et Christopher n'était pas en reste.
Elle prit naturellement la direction des opérations, puisqu'elle était plus à l'aise dans le monde moldu que nous quatre réunis. Elle ouvrit la porte d'une voiture plus rectangulaire que les autres, mais qui nous permettait de tous nous asseoir à l'arrière. Nous étions séparés du conducteur par une vitre fumée.
- Très beaux déguisements, Maellyn. Je vois que tu n'as pas perdu la main pendant le mois de juillet ! Si le tien n'accentuait pas ta ressemblance avec ta mère, j'aurais presque pu ne pas vous reconnaître !
Pansy voulut mettre à profit le fait que nous étions dissimulés du conducteur pour retrouver son apparence normale, mais si je pouvais jeter des sortilèges au manoir en toute impunité, ce n'était plus vrai dans le monde moldu. Draco pâlit un peu quand il comprit qu'il allait « ressembler à Potter » toute la journée.
- Alors, quelles sont les nouvelles du monde sorcier ? Je suis rentrée hier et je n'ai pas eu le temps de lire tous les numéros de La Gazette qui m'attendaient dans ma chambre.
Pansy et Draco se chargèrent de lui faire un résumé de la situation – la disgrâce de Dumbledore, la campagne contre Potter, le déni du Ministère concernant le Seigneur des Ténèbres –. La grande discrétion dont les Mangemorts faisaient preuve ne leur avait pas permis d'en découvrir un peu plus.
Je n'écoutais que d'une oreille, mon regard fixé sur les rues de Londres, essayant de deviner quelle était notre destination, tout en récitant le nom des endroits que je reconnaissais en silence.
- Et que disent les gentils ?
Crystal ponctua sa question d'une légère claque sur mon genou gauche.
- Pas grand-chose de plus, j'en ai peur. Ils surveillent certains Mangemorts et ils ont peut-être une idée de ce que cherche le Seigneur des Ténèbres, mais mon père n'a pas pu m'en dire plus. Il m'a toutefois fait promettre que nous serions prudents et que nous ne chercherions pas les ennuis.
Crystal approuva d'un signe de tête.
- Je ne manquerais pas de te rappeler cette promesse.
Christopher sembla soulagé par sa remarque. Mon regard sombre le laissa impassible.
- Je te connais assez pour savoir que tu n'es pas toujours raisonnable, Maellyn. Durmstrang est bien trop loin de Poudlard pour que je puisse y changer quelque chose.
De nous cinq, je doutais vraiment d'être la plus imprévisible, mais je savais reconnaître quand je me trouvais en infériorité numérique.
La voiture commença à ralentir, ce qui mit de toute façon fin à la discussion.
- On arrive !
Crystal poussa la porte à la seconde où le véhicule se stoppa complètement. De nombreuses voitures étaient arrêtées autour de nous, chacune respectant une case tracée au sol. Les personnes qui venaient d'arriver se dirigeaient tous vers un grand bâtiment, dont l'entrée principale était surmontée par l'inscription : « Centre commercial Brent Cross ». D'autres noms, associés à des logos, étaient visibles un peu partout. J'en reconnus certains pour les avoir croisés à Belfast (dont le « M&S »), ce qui me permis de deviner qu'il y avait beaucoup de boutiques rassemblées dans le bâtiment.
Crystal prit à nouveau la tête de notre petit groupe.
Le bruit et la lumière à l'intérieur me firent marquer un temps d'arrêt.
Le moins que je pouvais dire, c'était que je comprenais mieux pourquoi il y avait autant de voitures à l'extérieur.
Les allées étaient bondées par des personnes de tous âges : des enfants poussés dans des sortes de landaus en passant par des personnes âgées, munies d'une canne, ou encore, des groupes d'adolescents semblables au nôtre. Le brouhaha des conversations était difficilement atténué par la musique qui semblait venir de partout.
Pansy se mit à me serrer le bras avec force pour m'obliger à avancer.
- Crystal m'a promis plein de magasins de vêtements !
Nous n'avions pas fait une dizaine de pas que j'en repérai non moins de cinq. Pansy allait définitivement trouver son bonheur ici.
Crystal s'arrêta devant une sorte de carte.
- Nous sommes ici, dit-elle en pointant le symbole rouge. Il y a trois étages. En rouge, ce sont les boutiques de vêtements en bleu, celles de technologie en vert, tout ce qui touche à la décoration et en violet, les restaurants. Si on se perd, on se donne rendez-vous ici dans deux heures. Ça ira ?
Elle avait pointé du doigt un rassemblement de cases violettes au dernier étage. Draco hocha la tête, l'air un peu absent, mais Christopher semblait avoir vraiment écouté, ce qui me rassura.
Sans vraie surprise, Draco rentra dans la première boutique qui exposait des objets semblables à sa game-boy, et insista pour que Christopher l'accompagne. Crystal nous servit de guide, à Pansy et moi.
Malgré le bruit, les éclairages éblouissants et la chaleur, j'aurais été contente de juste me promener. Privés de magie, les moldus s'étaient adaptés autrement pour faire tout ce que nous faisions avec une baguette magique, et la variété des boutiques me donnaient presque le tournis.
Pansy n'avait d'yeux que pour les boutiques de mode. Crystal la mena donc vers les créateurs plus haut de gamme.
J'eus l'impression qu'elle devenait une enfant le matin de Noël quand elle découvrit un magasin de lingerie française.
- Millie serait folle si elle voyait tout ça !
Le petit sourire de Crystal me laissa penser qu'elle n'avait pas choisi cet endroit au hasard.
- Merci, lui soufflai-je, tandis que nous observions Pansy manipuler les différents modèles depuis l'entrée de la boutique.
- Tu n'as encore rien vu, Adler.
Je n'en doutais pas une seconde. Le centre commercial ne se contentait pas de rassembler des boutiques. Il y avait des échoppes de nourritures en plus des restaurants, des jeux pour les enfants – que j'aurais adoré plus petite – et des stands de massages. J'avais même aperçu un panneau qui indiquait la direction d'une galerie d'art, ce qui ne manquerait pas de ravir Draco.
J'avais cru que Pansy se contenterait de regarder, mais elle ne tarda pas à accoster une vendeuse, qui l'aida à choisir différents modèles.
- J'ai besoin de votre avis, les filles.
Même si je savais que cela allait se terminer avec Pansy en sous-vêtements dans une cabine, je n'eus pas le cœur de refuser.
- Tu as de l'argent moldu ? demandai-je à Crystal, pendant qu'elle se changeait.
Crystal fit jouer une carte en plastique, du genre qui ressemblait à celles rangées dans le porte-monnaie de ma mère.
- Ma grand-mère s'est arrangée avec Lady Malefoy. Je suis censée être la voix de la raison.
- Bon courage.
Pansy me surprit en étant très raisonnable – elle prit seulement trois ensembles, un en dentelle noir, le deuxième vert forêt et le troisième jaune moutarde, ce qui lui allait étonnement bien au teint – et fut bien plus rapide que ce que je la pensais capable pour les essayer.
Quand nous rejoignîmes l'allée, sa démarche s'était faite sautillante.
- A ton tour, petite. J'ai repéré une boutique de la même marque que tu portes. Je suis sûre qu'on va trouver notre bonheur.
Avec le retour du Seigneur des Ténèbres et la libération imminente de Bellatrix, je n'étais pas convaincue que remplir ma garde-robe de vêtements moldus soit une si bonne idée. Toutefois, je n'avais plus qu'un seul short à ma taille et l'enthousiasme de Pansy était contagieux.
La vitrine Chanel était une parfaite exposition du style français, tout en coupes classiques, tissus de qualités et prix exorbitants.
A la différence de ma séance shopping à Paris, je ne m'étonnais plus que les vêtements moldus dévoilent autant de peau ou que les coupes soient plus ajustées. Pansy me choisit deux shorts – l'un en jean, l'autre dans un joli tissu fluide rouge – trois hauts – un débardeur à fines bretelles, un nouveau chemisier fleuri et un t-shirt brodé – et une jolie robe dont la couleur me rappela celle qu'elle m'avait cousue pour la fête d'anniversaire de Draco.
Pansy fut moins facilement impressionnée par les différentes boutiques de chaussures – sa fascination pour le cuir de dragon la mènerait à sa perte – mais elle resta immobile devant une vitrine de robes de mariée pendant presque un quart-heure.
- Je commence à regretter mon choix, souffla Crystal.
Je réussis à sortir Pansy de sa rêverie en lui rappelant que Christopher et Draco devaient nous attendre.
S'ils ne s'étaient pas perdus entre temps.
Nous empruntâmes un escalator – une sorte d'escalier magique – pour rejoindre le dernier étage. Tandis que nous montions sans le moindre effort, je vis mon cousin descendre sur l'escalator en face du nôtre.
- Que fait-il ? s'étonna Crystal.
Je n'en avais pas la moindre idée, mais il semblait ravi par l'expérience.
Christopher nous attendait, son expression un peu trop blasée pour quelqu'un qui était d'ordinaire content de se retrouver dans le monde moldu.
- Ton cousin s'amuse à monter et descendre avec ces machines depuis dix minutes, m'apprit-il. J'ai l'impression de surveiller un enfant de trois ans.
Crystal éclata de rire tandis que Pansy et moi secouions la tête.
- C'est génial, non ? s'extasia Draco en nous rejoignant. Il faudrait la même chose à Poudlard, ça nous ferait gagner un temps fou !
- Je te laisse en faire la proposition à Dumbledore, Malefoy, railla Crystal. Vous avez faim ?
Crystal ne nous avait pas donnés rendez-vous au troisième étage par hasard : de nombreuses tables étaient entourées par une vingtaine d'échoppes de nourritures. La gastronomie de nombreux pays était représentée : des pizzas italiennes aux sushi japonais, en passant par des hamburgers américains ou même une paëlla espagnole.
Puisqu'il était impossible que nous tombions tous d'accord sur un même menu, Crystal nous proposa de prendre plusieurs plats pour les partager ensuite. Notre table croula donc sous les assiettes et les boîtes d'emballage. Mon cheeseburger se retrouva coupé en quatre, le fish and chips de Draco connut un sort identique, la soupe chinoise de Christopher fut beaucoup plus compliquée à échanger, Pansy rechigna à partager ses sushis et Crystal se moqua de nous quand nous qualifiâmes ses manchons de poulet de « trop épicés ». Le tout fut accompagné de boissons trop sucrées qui ravirent mon cousin et de sauces dont je n'arrivais pas à nommer les ingrédients.
Le déjeuner était bien différent de ce à quoi j'avais été habituée lors de mes précédents anniversaires, qui avaient eu lieu Chez Gusteau pour la plupart. Toutefois, la nourriture était bonne – parfois surprenante –, personne ne me fit de réflexion parce que je mangeais en utilisant mes doigts et je ris à en avoir mal au ventre.
Je fus presque déçue quand Crystal annonça que nous devions rejoindre le lieu de la prochaine activité, au risque d'en louper le début.
Nous n'eûmes pas à marcher longtemps, puisque le cinéma se trouvait lui aussi au troisième étage, en arrière de l'endroit où nous venions de manger. Cinq affiches – immobiles – surmontaient la porte d'entrée. Les noms Clueless, Waterworld, Free Willy 2, Nine months et Appollo 13 n'avaient pas le moindre sens pour moi et les images associées aux titres ne m'aidaient pas à deviner quel était le but d'un cinéma.
A l'intérieur, il n'y avait que deux guichets pour acheter des tickets – ce dont Crystal semblait s'être déjà chargée – et un stand de friandises qui me fit plisser le nez. Après tout ce que nous venions de manger, la seule odeur du sucre me souleva le cœur.
Draco ne fut pas de mon avis. Si Crystal l'avait écouté, il aurait volontiers acheté un peu de tout, quand bien même il avait déjà goûté à la majorité des barres chocolatées si je me souvenais bien de ce que Tonks m'avait envoyé pour son anniversaire. Il eut le droit à des popcorns etun petit pot de glace.
Crystal donna ses tickets à une femme puis nous remontâmes un couloir vers la salle 2. Je ne fus pas vraiment surprise de découvrir une salle sombre et des rangées de fauteuils d'un rouge profond. Quelque chose entre la possibilité de manger des friandises et les affiches à l'extérieur m'avait fait penser à la soirée film que Crystal avait décrété pendant les vacances de Pâques.
Il n'y avait pas trente personnes dans la salle.
- Il vaut mieux se mettre au milieu, on verra mieux, expliqua Crystal.
Je me retrouvai entre Christopher et elle, puis venaient Draco et Pansy.
- Un petit topo sur l'histoire, parce qu'il s'agit d'une suite et c'est très mal vu de discuter une fois que cela aura commencé, aussi, ça évitera les questions.
Pour faire bonne mesure, elle asséna une claque sur la main que Draco avait tendu vers ses popcorns.
- Il y a essentiellement deux personnages principaux. Willy et Jesse. Jesse a été abandonné par sa mère quand il était petit, il a eu une enfance compliquée et il est donc devenu un petit délinquant en puissance. Une nuit, il ne trouve rien de mieux que d'entrer par effraction chez Willy et de dessiner sur les murs. Il se fait arrêter et il se retrouve obligé de nettoyer ses bêtises. Au fur et à mesure, il devient ami avec Willy. Maintenant, Willy a été enlevé à sa famille quand il était petit et il n'a pas la possibilité de les rejoindre parce que Willy est spécial. Un jour, les propriétaires de la maison décident plus ou moins de se débarrasser de Willy, alors Jesse, aidé de Randolf, l'aide à s'enfuir pour qu'il puisse retrouver sa famille.
Son air malicieux et sa façon un peu vague de raconter l'histoire me laissait penser qu'elle était loin de tout nous dire.
Une autre chose était évidente.
- Tu n'as pas choisi cette séance par hasard.
Elle gloussa.
- Non. Tom et moi, on trouvait que ça tombait drôlement bien. Et, dans tous les cas, vous ne devriez pas avoir trop de mal à comprendre la partie non magique, souffla-t-elle.
Après quelques publicités – dont le sens m'échappa parfois –, la pièce fut plongée dans le noir.
Le début de l'histoire était assez simple à comprendre, même si Crystal avait oublié de préciser que Jesse avait été adopté dans la première partie. L'arrivée surprise de son petit frère sembla compliquer le programme de leurs vacances et je ne pus qu'être ravie d'être une sorcière si cela m'évitait un trajet aussi long en voiture pour rejoindre une destination.
Draco serait sans doute capable d'être aussi pénible qu'Elvis !
Plus le film avançait, plus je devenais convaincue que Crystal avait laissé un détail crucial de côté.
- Willy est une baleine ?!
Le cri de Draco fut suivi par un concert de « chut » et plusieurs personnes se retournèrent dans notre direction. Il faisait trop sombre pour que je sois sûre, mais j'aurais mis ma baguette à brûler que nous étions devenus la cible de regards haineux.
La suite était digne des aventures de Harry Potter.
Une marée noire, trois orques bloquées dans une baie, un méchant bien décidé à les enfermer dans un aquarium géant, une nouvelle évasion menée par Jesse, sa petite-amie et Elvis, le tout couronné par du feu sur l'océan et un sauvetage en hélicoptère.
Le film se terminait quand même bien : Willy repartait rejoindre sa mère après avoir sauvé Jessie des flammes et Elvis était adopté à son tour.
Pour être tout à fait honnête, j'avais préféré ce film à celui des lions parlants que m'avait montré Crystal chez elle.
La musique devint un peu moins forte et la lumière se ralluma. Je remarquai alors les reniflements qui venaient de ma gauche.
La réaction de Pansy me prit de court. Des larmes roulaient librement sur ses joues et elle avait plaqué une main sur sa bouche pour atténuer ses sanglots. Draco la fixait, comme frappé par la foudre.
J'en perdis le contrôle sur ma mâchoire.
Elle essuya ses joues d'un geste brusque et nous jeta un regard sombre.
Puisqu'ils étaient encore brillants et bordés de rouge, l'effet n'était pas aussi terrifiant que d'habitude.
- Si l'un d'entre vous parle de ça à qui que ce soit, je commencerai par vous arracher la langue avant de vous tuer lentement, grogna-t-elle.
Elle se leva pour faire bonne mesure, même si cela ressemblait plus à une fuite. Draco lança un regard accusateur à Crystal avant de se précipiter derrière elle.
- Et bien, je n'avais pas prévu ça, dit-elle. Vous avez aimé ?
J'hochai la tête. Je n'avais jamais entendu parler d'une histoire pareille dans aucun roman que j'avais pu lire, certaines répliques étaient amusantes et les orques étaient de magnifiques animaux.
Christopher eut un sourire.
- Jesse est définitivement un Gryffondor, dit-il.
Crystal éclata de rire.
- Définitivement !
Quand nous rejoignîmes Pansy, elle avait repris le dessus sur ses émotions. Son visage portait encore des traces de larmes et son regard semblait nous mettre au défi de le lui faire remarquer.
- La voiture vient nous chercher dans deux heures. Deux possibilités : soit on se donne rendez-vous devant l'entrée, soit je vous emmène dans mon endroit préféré.
- Je pense que c'est à Maellyn de décider, puisque c'est son anniversaire.
Pansy et Draco approuvèrent la remarque de Christopher d'un signe de tête.
Comme je n'avais pas envie que nous passions les deux dernières heures dans le monde moldu chacun de notre côté – et que j'étais curieuse de découvrir l'endroit préféré de Crystal –, je pris la deuxième option.
Cette fois, il nous fallut rejoindre le rez-de-chaussée, et traverser une bonne partie du magasin. Christopher passa un bras autour de mes épaules.
- J'aime beaucoup Crystal, me dit-il.
- Quelle surprise, raillai-je, ce qui le fit rire.
C'était la première fois que je le voyais aussi décontracté depuis l'annonce de la mort d'Euphémia Rowle et le fiasco de son enterrement. Cette journée loin du manoir Malefoy était une véritable aubaine, et pas seulement pour moi.
La boutique préférée de Crystal s'appelait « Le Palais ». Depuis l'allée, je ne voyais que des grosses machines et beaucoup de lumière.
- Vous allez avoir besoin de ça.
Elle nous donna une dizaine de pièces chacun, puis poussa la porte de la boutique.
C'était comme rentrer à nouveau dans le centre commercial un peu plus tôt. Des dizaines de musiques différentes semblaient venir de partout et formaient une cacophonie indescriptible. La multitude de flashs de lumières et d'écrans attiraient sans cesse le regard, si bien que je mis du temps à comprendre le but de cette boutique.
Des jeux vidéos.
Chaque machine permettait de jouer à un jeu vidéo différent. Draco se précipita vers celui qui avait le même nom qu'une de ses cassettes – tetris –. Crystal lui expliqua patiemment qu'il devait insérer l'une des pièces, puis appuyer sur le bouton vert afin de pouvoir jouer, avant de le laisser se débrouiller.
- Suivez-moi...
Elle s'arrêta devant une machine plus imposante que les autres, où deux personnes sautaient sur des blocs de couleur.
- Tom et moi, on adore s'affronter sur celui-ci. L'écran indique quel symbole il faut toucher et il faut être en rythme avec la musique pour gagner les points. Si on se trompe, on a perdu.
Le défi que cela impliquait intrigua Pansy. Elle se proposa pour affronter Crystal dès que la place fut libre.
Sans réelle surprise, elle fut éliminée très vite, mais sa défaite la fit beaucoup rire.
Christopher donna un peu plus de fil à retordre à Crystal, sans doute parce qu'il avait une meilleure coordination que Pansy, en plus d'une excellente mémoire.
Je fus la dernière à passer, ce qui était un véritable atout. La séquence avait commencé de façon identique à chaque fois et j'avais au moins retenu le début.
- Prête, Adler ?
- Pour te mettre une raclée ? Toujours !
Elle inséra sa pièce avec un éclat de rire.
Il s'avéra que la place de spectatrice était beaucoup plus facile. Je réussis à suivre le rythme au début, mais je perdis le fil dès que les instructions s'enchaînèrent plus vite.
Nous passâmes le reste de l'après-midi à nous affronter sur la machine. Draco nous rejoignit un peu plus tard et il ne fut même pas le plus mauvais. Quand le moment de rejoindre la voiture arriva, mes joues étaient douloureuses d'avoir trop ri et j'avais plusieurs fois essuyer des larmes de joie.
Je n'étais pas sûre d'avoir eu un anniversaire meilleur que celui-ci.
Le trajet du retour se fit dans un silence agréable. Mon cousin avait attrapé ma main avec autorité et observait le monde moldu avec intensité. Pansy donnait l'impression de somnoler, tandis que Christopher et Crystal échangeaient des regards bien trop complices.
Je n'étais pas aveugle. Je savais qu'ils avaient profité que je sois occupée à défier Draco ou Pansy pour discuter en toute discrétion.
Au fond, cela ne changerait pas grand-chose, puisqu'ils avaient souvent le même point de vue...
Il y eut un coup sec sur la séparation avec le conducteur, puis le véhicule commença à ralentir.
- Vous saurez retrouver votre chemin ? demanda Crystal.
- Évidemment, répondit Draco.
Crystal se tourna vers Christopher. La façon dont il hocha la tête sembla la convaincre qu'il n'y aurait pas de problème.
Avant d'y réfléchir à deux fois, je la pris rapidement dans mes bras.
- Merci pour cette journée, Malhorne, soufflai-je.
Elle fit un geste vague de la main, mais j'étais sûre que ses joues étaient devenues plus rouges.
- A dans une semaine, Adler. Ne t'attire pas d'ennuis d'ici là, d'accord ?
Christopher promit d'y veiller, et nous prîmes la direction du Chaudron Baveur. Là-bas, personne ne nous remarqua.
Après le tumulte du monde moldu, le manoir Malefoy me donna l'impression d'entrer dans un mausolée.
Narcissa nous attendait, les bras croisés sur sa poitrine, mais un léger sourire aux lèvres.
- Pile à l'heure, remarqua-t-elle. Tout s'est-il passé comme prévu ?
Même si cette journée n'aurait pas été possible sans son accord – et son aide – je ne pus résister à l'envie de lui tourner le dos.
- Oui, mère.
- Parfait ! Les elfes terminent d'installer la suite. Vous avez le temps de vous changer. Bonne soirée.
Le bruit de ses talons s'éloigna rapidement et je soupirai de soulagement : après une journée comme celle-ci, je n'avais pas du tout envie de supporter un dîner pesant avec Lucius et elle.
- La suite ? demandai-je.
- Un anniversaire n'est pas vraiment un anniversaire sans bougies, sans gâteaux et sans cadeaux, cousine. Est-ce que tu peux faire disparaître tout ça ?
D'après lui, j'avais fait exprès de choisir des caractéristiques qui le faisaient ressembler à Potter, ce qui était peut-être vrai. Dès que je leur eus rendu leur apparence normale, Draco fut le premier à s'élancer vers l'escalier, Pansy à sa suite.
- Si j'étais toi, je mettrais ma tenue de bain, me souffla Christopher en passant à côté de moi.
L'étang, donc.
La perspective de passer le reste de la soirée au bord de l'eau me tira un sourire. Cela faisait longtemps que nous n'avions pas connu un été aussi ensoleillé au manoir. Résultat, Christopher et moi avions pris l'habitude de nous rafraîchir dans l'eau après nos entraînements, et Draco nous avait souvent rejoint.
Puisque c'était mon anniversaire, je réussirai même à obtenir de Pansy qu'elle se baigne, ce qui constituerait une première !
Ce fut donc le pas léger que je rejoignis ma chambre. Je me changeai rapidement, préférant une robe sorcière plutôt qu'une tenue moldue – j'ignorais si Lucius allait essayer de gâcher ma soirée, mais j'étais certaine qu'il en était capable –. Christopher vint me chercher quelques minutes plus tard.
- Draco et Pansy nous rejoindrons, me dit-il.
Les elfes étaient encore en train de s'affairer au niveau de la pergola. Le nombre de plats que je pouvais deviner sur la table – spécialement rajoutée pour l'occasion – me fit presque craindre que des invités surprises allaient nous rejoindre plus tard. Christopher me guida jusqu'au bout du ponton. Nous nous assîmes, nos pieds frôlant la surface de l'eau et le soleil encore chaud malgré l'heure.
Après l'omniprésence de bruits du monde moldu, autant de calme semblait irréel.
- Tu n'es pas obligé de me le dire, mais qu'est-ce que mon père t'a dit, finalement ?
Je m'attendais à ce qu'il se tende ou que son visage se ferme. Il eut un sourire amusé et secoua la tête.
- Je savais que tu me poserais la question.
- Et bien, c'est mon père, grommelai-je.
Il rit doucement, puis laissa le silence s'installer. Je fis de mon mieux pour ignorer la pointe de déception. Tout ce qui m'importait vraiment, c'était que mon père ait su trouver les mots pour le rendre un peu moins misérable.
- Il m'a dit que ce n'était pas de ma faute, ce qui m'était arrivé, souffla-t-il. Que j'avais le droit d'être en colère ou triste, mais que je n'étais pas seul. Il... Il m'a dit que tout finirait par s'arranger, que j'étais sans doute mieux sans eux.
- Tu n'es pas seul, Chris. Lucius pourra dire tout ce qu'il veut, je serais toujours là.
- Je sais.
Il y eut un nouveau silence, à peine troublé par les chants des oiseaux.
Il se pencha vers moi.
- Il m'a dit que ma sortie était plus spectaculaire que la sienne et qu'il était un peu jaloux.
Je secouai la tête.
- Oui, je l'imagine bien dire une chose pareille. Autre chose de ridicule ?
- Il m'a promis de me briser les jambes si je te brisais le cœur.
Cette fois, j'éclatai de rire. Outre le fait que je n'avais jamais imaginé que Christopher puisse un jour devenir mon petit-ami, une telle mise en garde était complètement inutile puisqu'il préférait les garçons.
Quelques minutes plus tard, Draco et Pansy ne nous avaient toujours pas rejoint, aussi décidai-je que j'avais le temps pour une ultime baignade avant que le soleil ne soit trop bas dans le ciel. J'abandonnai ma robe sur le ponton et Christopher m'imita aussitôt.
La fraîcheur soudaine de l'eau me fit un bien fou, emportant la transpiration et les odeurs du Londres moldu avec elle. Fidèles à nos habitudes, je ne tardai pas à arroser Christopher comme je l'avais fait de nombreuses fois durant l'été, jusqu'à ce qu'il plonge et réussisse à me faire couler en attrapant une de mes chevilles.
En remontant à la surface pour reprendre de l'air, j'aperçus Pansy et Draco descendre la pente douce qui menait jusqu'à l'étang.
- Tu sais ce qui me ferais plaisir pour mon anniversaire ?
Christopher tourna la tête en direction du manoir.
- Mettre Parkinson à l'eau ?
Je ricanai.
- Tu lis si bien dans mes pensées !
- Tu sais qu'elle va nous tuer, n'est-ce pas ?
J'ignorais ce que Pansy reprochait à l'étang – hormis l'odeur de l'eau qui, il était vrai, sentait parfois la vase – mais, d'aussi loin que je puisse me souvenir, elle avait toujours refusé catégoriquement d'y tremper plus que ses pieds.
- Pansy aboie plus qu'elle ne mord.
- Avec toi !
- S'il-te-plaît, Chris ?
Je fis de mon mieux pour lui lancer un regard suppliant – qui fonctionnait presque toujours avec lui – ce qui n'était pas aussi facile quand je devais aussi me concentrer pour garder la tête à la surface.
Il grommela, mais j'étais presque sûre que c'était sa façon à lui de dire « d'accord ».
Pansy nous repéra dans l'eau et sa course changea de trajectoire. Elle avait l'air d'avancer à grands pas, ce qui n'était jamais bon signe.
- Qu'est-ce que vous faites ?!
En deux brassées, j'eus rejoint le ponton et je pus poser mes coudes sur la première planche pour m'éviter de battre continuellement des bras et des pieds.
- Il fait encore bon et j'avais envie de me baigner. L'eau est très bonne, Pansy.
Elle croisa les bras sur sa poitrine.
- Il est hors de question que je me baigne là-dedans.
- J'ai bu la tasse plusieurs fois et je ne suis jamais tombée malade.
Derrière elle, je vis Christopher se hisser hors de l'eau sans un bruit.
- Je suis très heureuse de l'apprendre. Sors. Maintenant.
- S'il-te-plaît, Pansy ? C'est mon anniversaire.
- Inutile de me faire les yeux doux, Black. Ça ne prend pas avec NON !
Christopher venait de la soulever du sol avec une facilité déconcertante.
- REPOSE-MOI TOUT DE SUITE !
Il raffermit sa prise et se mit à courir. J'eus juste le temps de m'éloigner du ponton que, déjà, ils atterrissaient tous les deux dans l'eau dans un splash retentissant, suivi par une vague qui m'éloigna un peu d'eux.
Pansy remonta aussitôt à la surface, battant des bras autour d'elle avec frénésie, comme pour s'assurer que Christopher s'était éloigné – ou pour mettre la main sur lui et l'étrangler.
Le regard meurtrier qu'elle posa sur moi après avoir repoussé ses cheveux me fit pencher pour la deuxième option.
- Elle est bonne, tu ne trouves pas ? tentai-je.
Elle éructa un cri de rage et commença à nager dans ma direction. Elle était plus grande que moi, mais j'avais plus d'entraînement qu'elle – et je savais où étaient les endroits où j'avais pied, ce qui était un atout –. Elle réussit quand même à me couler deux fois, m'arrosant copieusement le reste du temps. Quand Draco nous rejoignit dans l'eau, la bataille devint un peu plus rangée : Chris et moi contre Pansy et lui. Tous les coups étaient à peu près permis. Pansy se montra très vicieuse, ce que les clefs de bras de Christopher ne permettaient pas toujours de compenser. A bout de souffle, je finis par me hisser sur le ponton, les bras tremblants et le ventre douloureux d'avoir trop ri.
- Tu abandonnes, petite ? se moqua Pansy.
- Oui. J'ai trop faim.
Christopher sortit de l'eau à son tour et aida Pansy à en faire de même, comme pour se faire pardonner de l'avoir jetée dedans pour commencer.
Je fus surprise que Pansy ne profite pas de sa main tendue pour le précipiter à son tour dans l'étang.
L'un des elfes – sans doute Parky – était venu déposer des serviettes sur le ponton, et avait aussi séché la robe de Pansy, qu'elle avait rapidement enlevée pour être plus à l'aise.
Je pris le temps d'essorer mes cheveux avant de les éponger.
- Tu m'avais caché que Christopher était devenu si musclé, me souffla-t-elle, tandis que les garçons rejoignaient la pergola en faisant plus ou moins la course.
Malgré moi, je sentis mes joues chauffer. J'avais bien sûr remarqué – je n'étais pas aveugle – mais je connaissais assez Pansy pour savoir qu'elle ne manquerait pas d'extrapoler une telle confidence.
Elle fréquentait trop Draco pour son propre bien.
- Durmstrang a ses avantages, répondis-je, en essayant de garder un ton léger.
Puisque sa main se referma sur mon bras, je sus que mon choix de mots n'avait pas été le meilleur.
- Ses avantages, hein ? Je commence à comprendre pourquoi Lord Malefoy vous a interdit de continuer vos entraînements. Un garçon, une fille, sans chaperon la majeure partie de la journée...
Elle agita ses sourcils, comme si son sous-entendu avait été si subtile que ça.
- On est juste amis, contrai-je, à défaut de pouvoir lui dire que le cœur de Christopher était déjà pris.
Elle leva les yeux au ciel.
- Draco et moi, on est juste amis aussi, ça nous a pas empêchés de nous embrasser. Plusieurs fois.
Je grimaçai. Il y avait certaines choses que je préférais ignorer concernant leur amitié et leurs arrangements.
Dans tous les cas, cette discussion avait assez duré.
- Je ne suis pas toi et Christopher n'est pas Draco, dis-je en me levant. Maintenant, j'ai faim et on m'a promis des cadeaux.
A la façon dont elle plissa les yeux, je sus qu'elle ne manquerait pas de remettre le sujet sur le tapis.
Les elfes s'étaient donnés du mal et le buffet qu'ils avaient installé pouvaient sans doute nourrir une vingtaine de personnes. Entre les petits sandwichs, les diverses salades, les viandes froides et le choix de fromage, je n'avais pas la moindre excuse pour ne pas trouver quelque chose à mon goût. Je remplis mon assiette et rejoignis les garçons sur les fauteuils du salon de jardin. Un feu brûlait dans le brasero, éloignant la fraîcheur venant de l'étang, des bougies à la citronnelle étaient censées décourager les moustiques et Pansy alluma la radio.
Je me rencognai contre les cousins dans mon dos, mon regard perdu sur la surface calme de l'étang dont la couleur reflétait le ciel embrasé par le début du coucher de soleil.
Nous avions dû rester dans l'eau plus longtemps que ce que je pensais.
- Alors, cousine, contente de ta journée ?
- Je n'aurais pas pu rêver mieux. Merci à tous les trois.
Ils échangèrent une série de regards satisfaits.
- Attends un peu de voir tes cadeaux, reprit Draco.
Puisqu'il s'agissait de mes quatorze ans, j'étais certaine de recevoir au moins une chouette, ce qui ne m'empêchait pas d'être curieuse pour le reste.
Après le coucher du soleil – et mon Incantation d'Appel –, les elfes revinrent avec le gâteau. Je reconnus sans mal une création de chez Gusteau. Comme d'habitude, le chef avait mis les fruits frais à l'honneur et les bougies étaient réparties de façon harmonieuse.
Patty les alluma d'un claquement de doigts tandis que Pansy, Christopher et Draco se mettaient à chanter.
- Fais un vœu, petite !
Même si aucun des vœux que j'avais pu souhaiter lors de mes anniversaires ne s'était réalisé, j'hésitai avant de souffler mes bougies. Toutes les choses que je désirais vraiment semblaient plus inaccessibles les unes que les autres – que mon père soit innocenté, que le Seigneur des Ténèbres ne soit jamais revenu, que Bellatrix ne quitte jamais Azkaban, que nous soyons épargnés par la guerre –.
Toutes.
Sauf une.
Peut-être.
Je souhaite retrouver Burt White et Grant Adler.
Je réussis à souffler toutes mes bougies en un seul essai. Les volutes de fumée qui enveloppaient mon gâteau mirent plusieurs secondes à se dissiper, emportant mon vœu avec elles.
Je relevai la tête vers le ciel, déçue de le trouver encore trop clair pour y apercevoir les étoiles, même si c'était sans doute mieux comme ça. Ma famille moldue devait penser qu'elles étaient assez nombreuses à s'être dressées entre eux et moi.
Machinalement, ma main gauche se referma sur le médaillon que Draco m'avait offert à Noël.
- Maellyn !
Je sursautai. Christopher haussa les sourcils, puis me désigna l'assiette qu'il me tendait d'un geste du menton.
- Oh, merci.
Il n'y avait pas que des fruits dans le gâteau. Une pâte blanche, assez épaisse et légèrement citronnée, reposait sur une fine couche croustillante. Le tout était à peine sucré mais très crémeux en bouche.
Je n'eus pas le temps de prendre une deuxième bouchée que Draco réclama que j'ouvre mes cadeaux.
- Quoi ?! Je veux voir ce que Tonks t'a offert !
- Elle m'a offert quelque chose ? soufflai-je.
Bien entendu, je savais qu'elle avait envoyé une large sélection de sucreries moldues à Draco pour son anniversaire, et elle avait laissé entendre ce matin qu'elle était venue déposer le miroir et des cadeaux, mais son geste me toucha.
Un an plus tôt, nous étions des étrangères l'une pour l'autre et voilà qu'elle m'offrait des cadeaux.
Je me promis de découvrir sa date d'anniversaire.
Les cadeaux avaient été installés à côté du buffet, sur un coffre qui renfermait de nombreuses serviettes sèches et quelques couvertures colorées.
- Par lequel dois-je commencer ?
- D'après Tonks, le gros est de la part de ton père, m'indiqua Draco.
La tentation fut trop forte. Il était emballé dans du tissu et il me sembla que quelque chose bougea à l'intérieur quand je le soulevai.
J'avais une petite idée de ce dont il s'agissait aussi, je me montrai aussi délicate que possible quand j'enlevai le tissu.
Je dévoilai une cage dorée très élégante. A l'intérieur, la chouette s'agita et poussa un cri indigné avant de me fixer, l'air un peu renfrogné.
- Bonjour, soufflai-je, aussi doucement que possible. Pardonne-moi de t'avoir laissée dans le noir si longtemps, mais on m'a interdit d'ouvrir mes cadeaux plus tôt.
Cela me valut un nouveau cri, juste un peu moins indigné que le précédent. Elle n'était toutefois pas la première chouette que j'avais à amadouer. J'attrapai un morceau de roast-beef dans le plat encore sur la table.
Elle accepta mon offrande. C'était une petite chouette – bien plus petite que celle de Narcissa – mais elle était très élégante, avec son plumage brun, tacheté de blanc, et ses grands yeux jaunes.
- Je vais t'appeler Mirza, décidai-je.
- Une signification particulière derrière ce choix, petite ?
J'eus un sourire.
- Oui, la constante de Mirzakhani.
- La constante de Mirzaquoi ?
Je secouai la tête. Merlin, Pansy et Draco allaient passer leur BUSES l'année prochaine ! Ils pouvaient être certains qu'ils allaient être interrogés dessus, d'une façon ou d'une autre.
- Mirzaqui, tu veux dire, Draco. C'est l'une des constantes les plus importantes en Métamorphose !
Pansy pinça l'arête de son nez.
- La métamorphose... Tu es irrécupérable.
- Tu peux te moquer, tu as appelé la tienne d'après une couturière !
- Une styliste. Merlin, Black, tu n'écoutes rien.
Sa réponse valait un aveu, ce que ne manqua pas de lui faire remarquer Christopher.
- Que dirais-tu d'aller te dégourdir les ailes, hein, Mirza ? Il y a tout ce qu'il te faut à la volière, mais ne te fais pas remarquer par Lucius, d'accord ?
J'ouvris la cage et il me sembla que Mirza me remerciait du regard avant de s'envoler.
Je décidai ensuite d'ouvrir le deuxième gros paquet, emballé dans un papier argenté.
- C'est de ma part, petite.
Il s'agissait d'une robe, très certainement réalisée par Pansy. Je la dépliai avec précaution, puis je la plaquai au niveau de ma poitrine, juste pour deviner ce qu'elle pourrait rendre une fois sur moi. Le col – carmen si je ne me trompais pas – était bordé d'un velours aussi sombre qu'un ciel sans étoile. La doublure en soie – d'un joli bleu nuit – était recouverte d'une tulle très fine, aux reflets argentés. Le bas de la robe s'évasait largement – ce qui serait du plus bel effet – et des sequins donnaient l'impression de s'être accrochées toute seule à la tulle. Pour finir, une fine ceinture argenté marquait la taille.
C'était à la fois simple, élégant et terriblement moderne.
Pansy s'était surpassée, et je savais à quelle occasion je la porterai.
- Ce n'est pas une armure, mais c'est ce que j'ai pu faire de plus approchant, tout en restant politiquement correcte. Tu remarqueras que les sequins forment des constellations.
Le détail rendit presque l'idée de mon bal de Débutante moins intimidante.
- Elle est magnifique, Pansy. Je n'aurais pas pu rêver mieux pour mon bal de Débutante. Merci.
Malgré la pénombre, je vis ses joues rosir un peu, ce qu'elle essaya de cacher en secouant sa main dans un geste vague. Je repliai soigneusement la robe avant d'attraper une nouvelle boîte. La qualité du papier noir m'apprit tout de suite que le cadeau venait de Draco.
Je crus d'abord qu'il s'agissait d'un album photo – le classeur ressemblait à ceux stockés dans le petit salon bleu –. En l'ouvrant, je compris que Draco ne s'était pas contenté de récupérer des photos.
Il les avait dessinées.
Je n'avais que quelques mois sur la première page, ma tâche de naissance d'autant plus visible car c'était la seule partie où il avait rajouté de la couleur. Je tournai les pages doucement. Draco avait fait un dessin pour chacune de mes quatorze années. Il était présent sur certaines, parfois remplacé par Christopher, Pansy ou Crystal.
Chacun des dessins était magnifiquement réalisé, mais ce fut le dernier qui me coupa le souffle.
Ma mère, mon père et moi sourions en direction d'un objectif imaginaire. Azkaban avait épargné mon père, ma mère débordait de vie et la joie sur mon visage était digne de ce que j'avais ressenti au cours de la journée.
- Merci, cousin, soufflai-je, ma voix humide et mes yeux brûlants.
Je ne pouvais imaginer le temps que cela avait dû lui prendre et j'étais d'autant plus touchée qu'il offrait rarement ses dessins à quelqu'un, quand bien même il n'avait pas à rougir de son trait de crayon.
J'eus le droit à un sourire timide, le plus rare d'entre tous.
Le paquet suivant était de la part de Tonks. Il contenait deux espèces de moufles en mousse, qui ne me laissait aucune liberté de mouvement une fois enfilés. Je fus un peu soulagée de trouver un mot.
Sirius a l'air si inquiet à l'idée que tu t'entraînes au combat que je me suis dit que des protections adéquates te seraient utiles. Ce sont des gants de boxe, il paraît que tu as ça dans le sang.
Encore un joyeux anniversaire, cousine.
Je trouvai également deux livres : un sur les duels de la part de Remus Lupin – accompagné d'un petit mot du même ton que celui de Tonks, à croire qu'ils avaient été faire leurs achats ensemble – et un autre de la part du professeur McGonagall – un recueil de biographie sur tous les Animagus connus –, ce qui me laissa sans voix.
- Tu es officiellement sa chouchoute, petite. J'espère que tu sauras en tirer parti.
Mes joues étaient particulièrement chaudes, aussi mon regard noir ne sembla pas l'impressionner plus que ça.
Il ne restait donc que le cadeau de Christopher. Il contenait un appareil que j'avais aperçu chez Crystal ainsi qu'une petite quinzaine de cassettes, qui ressemblaient à celles que lui faisait son oncle.
Je plissai les yeux.
- Où as-tu eu ça ?
- A Saint-Pétersbourg.
Je fis tourner la première cassette – 1981 – entre mes doigts.
- C'est l'écriture de Crystal.
Il serra les lèvres, puis détourna le regard.
- Je lui ai peut-être écrit au début de l'été pour lui demander de l'aide. Je commence à être à court d'idées !
- Oh, je ne manquerais pas d'appliquer la même technique pour ton anniversaire.
Son expression semblait me mettre au défi d'envoyer une lettre à Anton, ce pour quoi il était déjà beaucoup trop tard. Il avait ouvert les hostilités.
Cela ne m'empêcha pas de les embrasser tous les quatre pour leurs cadeaux. Rien de ce que je pourrais recevoir lors de mon bal de Débutante n'aurait plus de valeur à mes yeux, quand bien même je savais que certaines familles allaient faire le jeu de la surenchère.
La reste de la soirée fut beaucoup plus calme, entre nos conversations feutrées, le crépitement du feu dans le brasero, le bruit des insectes et la musique diffusée par la RITM.
Mon bâillement me fit monter les larmes aux yeux et je reniflai sèchement, avant de me nicher à nouveau contre Christopher. Je ne m'étais pas sentie aussi sereine depuis l'annonce du retour de Voldemort – peut-être même depuis la Cabane Hurlante – et je n'avais pas envie d'être à demain.
- Et maintenant, un petit point météo. Si vous pensiez que le ciel dégagé de la journée vous permettrait d'observer les étoiles dans d'excellente conditions, je suis au regret de vous annoncer qu'une perturbation orageuse devrait traverser une bonne partie de l'Angleterre pendant la nuit, apportant avec elle une légère baisse des températures pour le début de la semaine. Le Pays de Galles devrait encore profiter du soleil demain et il y aura de très belles éclaircies en Écosse.
Je me redressai, mon cœur battant plus vite et ma main se posa sur le médaillon que le professeur McGonagall m'avait offert.
Une perturbation orageuse.
Enfin !
Je me levai, toute idée de fatigue oubliée.
- Où vas-tu ?
- Chercher ma potion d'Appel ! Il va y avoir de l'orage !
Je traversai le parc en courant, ignorant mes pieds nus et le fait qu'aucun éclair n'avait encore retenti au loin. Il n'y avait pas d'urgence mais j'avais attendu ce moment tout l'été !
La boîte qui protégeait ma potion était exactement là où je l'avais laissée. Je pris également le livre qui avait aidé mon père – et James Potter – à devenir Animagus, puisqu'il regorgeait de conseils pour la première transformation.
Le plus important restait de trouver un endroit où personne ne viendrait me déranger, et suffisamment vaste pour que l'animal dont je prendrai la forme ne se blesse pas.
A Poudlard, le professeur McGonagall avait repéré une salle de classe dont plus personne ne se servait, et je m'étais rabattue sur les anciennes écuries pour le Manoir Malefoy.
Je faillis m'y rendre directement, mais j'avais encore du temps devant moi – si tant est que l'orage ait bien lieu – et il valait mieux que je rejoigne Draco, Pansy et Christopher pour leur expliquer ce que j'allais faire.
- Je crois avoir compris de quoi il s'agit, mais j'espère me tromper, ronchonna Pansy.
- C'est une tradition familiale, répondis-je en retrouvant ma place.
J'avais du mal à rester assise. L'excitation et l'appréhension se disputaient la première place, rendant mes entrailles glaçantes, puis brûlantes en l'espace de quelques battements de cœurs. Mes aisselles étaient soudainement bien trop humides, ce qui était très désagréable.
- Et le professeur McGonagall est d'accord ? releva Pansy.
- C'est son idée.
Elle secoua la tête.
- Tu as quatorze ans ! Si le ministère refuse que des sorciers mineurs se lancent dans le processus, c'est qu'il doit y avoir une raison !
- Le professeur McGonagall sait ce qu'elle fait, intervint Draco.
- Et de toute façon, c'est trop tard. Ne pas boire la potion peut avoir de plus graves conséquences qu'une première transformation ratée.
- Tu veux dire qu'il peut t'arriver quelque chose de plus grave que de rester coincée dans un corps mi-homme, mi-bête ?
De ce que j'avais lu, les personnes qui n'avaient pas été en mesure de réaliser le rituel de Passage – quelle que soit la raison – étaient soit tombées gravement malades, soit étaient décédées sur le champ.
Pansy n'avait pas besoin de connaître les détails.
- Si l'orage éclate, je vais rejoindre les écuries. Vous ne pourrez entrer qu'une fois que l'orage sera passé.
- Et si jamais tu te transformes en poisson ? Pour tout ce que j'en sais, ils ne font pas les malins longtemps hors de l'eau.
- Je vais prévoir une grande bassine d'eau au cas où et je resterai à côté.
Idéalement, j'aurais dû trouver une caverne avec une source d'eau naturelle, mais le professeur McGonagall m'avait assurée que ce n'était pas nécessaire.
- Je suis la seule à être inquiète ? Christopher !
Il leva les mains devant lui.
- Il est un peu trop tard pour faire machine arrière... Je suis sûr que tout va bien se passer.
Si je respectais le rituel à la lettre et si la potion d'Appel avait été réalisée dans les règles de l'art, je n'aurais pas grand-chose à faire. Ma magie était censée retourner à un état intuitif et prendre en charge la première transformation.
En théorie.
Je m'interdis de penser aux facteurs qui pouvaient faire tout mal tourner ou à l'éventualité que ma magie se retourne contre moi.
- Je reste convaincue que ce n'est pas une bonne idée.
- Dans ce cas, je ne te propose pas de parier ?
Je fronçai les sourcils. De quoi Draco parlait-il ?
- Moi, je pense que sa forme Animagus va être un chien, reprit-il, l'air tout à fait sérieux.
Christopher ricana.
- Les formes Animagus ne sont pas génétiques. Une idée, Pansy ?
Pansy prit le temps de réfléchir. Je vis son regard se poser sur l'étang – désormais plongé dans le noir – et un sourire en coin étira ses lèvres.
- Une loutre. Il doit bien avoir une raison pour laquelle elle passe autant de temps dans ce maudit étang.
Je voulus demander à Christopher ce qu'il avait imaginé : il était très doué pour deviner à quelle maison une personne appartenait, peut-être son intuition était-elle aussi bonne pour les formes Animagus, mais le premier grondement résonna au loin.
Je déglutis.
L'orage était définitivement en chemin.
Pendant le quart d'heure qui suivit, l'intervalle entre deux grondements se fit de plus en plus court. L'oreille aux aguets, j'étais incapable de me concentrer sur autre chose. Même relire les conseils du livre de Métamorphose avait requis toute ma concentration, sans vraiment l'obtenir, surtout que je m'étais aperçue que je connaissais les trois pages du chapitre presque par cœur.
Faute de mieux, j'avais rongé tous mes ongles, dont trois jusqu'au sang. Mon cœur battait trop vite, mes entrailles étaient traversées par des vagues brûlantes et j'avais tout le mal du monde à rester assise.
Je voulais que l'orage soit déjà au-dessus du manoir afin de pouvoir commencer le rituel. Cela aurait au moins l'avantage de m'occuper l'esprit. Il y avait une liste de choses à faire, dans un ordre précis, puis ma magie devrait s'occuper du reste, si tout se passait bien.
Si tout se passait bien...
Cette fois, mon estomac se contracta.
Douce Viviane... Et si rien ne se passait comme prévu ? Si Pansy avait raison ? Si j'étais trop jeune ? Si ma magie était trop immature pour une telle entreprise ? Quand bien même le professeur McGonagall m'en pensait capable, très peu de personnes de mon âge s'étaient lancées dans le processus et, pour tout ce que j'en savais, c'était la mort de l'un d'entre eux qui avait poussé le Ministère de la Magie à imposer d'être majeur pour devenir Animagus.
Il devait bien y avoir une raison !
Le nouveau grondement, suivi par un éclair à l'horizon, me fit sursauter. Je pris une profonde inspiration pour reprendre mon sang-froid. Comme je l'avais dit à Pansy, il était trop tard pour s'inquiéter et essayer de faire machine arrière. A moins de fuir à l'autre bout du pays pour éviter l'orage – ce qui me semblait compliqué à organiser au pied levé –, je me devais de boire la potion d'Appel.
Lorsque les premières gouttes d'eau troublèrent la surface de l'étang, je sus qu'il était temps pour moi de rejoindre les écuries.
Mes jambes me donnèrent l'impression d'être faites de coton. Christopher m'agrippa le bras avec force, m'aidant à rester debout.
- Ça va aller, Maellyn ?
J'hochai la tête, ma gorge trop serrée pour prononcer des mots, encore moins une phrase rassurante, d'autant que je sentais le regard inquiet de Pansy sur mon visage.
Ils insistèrent pour faire le chemin avec moi. Draco s'occupa du sortilège qui maintenait la porte des écuries verrouillée – la dernière lubie de Lucius – tandis que Christopher remplissait une large bassine en métal d'eau.
Draco m'attira contre lui sans douceur.
- Je suis sûr que tout va bien se passer. McGonagall a beau être une Gryffondor, elle n'est pas stupide.
- Merci, cousin.
Il me libéra.
- On reste là, d'accord ?
Je repoussai mes épaules en arrière, relevai le menton, puis je fis un premier pas en arrière, me mettant à l'abri de la pluie.
Je vis l'éclair, plus proche encore, suivi d'un grondement que je sentis dans mes os. Prêt de mon cœur, les battements de ceux de l'Animagus s'accélérèrent encore, la sensation devenant presque douloureuse dans ma poitrine.
Je rejoignis la bassine au milieu de l'allée qui séparait les boxes. L'avantage de ce bâtiment était qu'il me permettait de toujours voir le ciel, puisque le toit n'était pas complètement fermé. La tempête continuait de se rapprocher. Le vent se mêla à la pluie, faisant craquer la charpente au-dessus de moi.
Un nouvel éclair illumina l'intérieur du bâtiment. J'eus l'impression que quelque chose essayait de sortir de ma poitrine, écrasant mon cœur sans pitié pour y parvenir, grattant les os de ma cage thoracique.
Je serrai les dents pour ravaler la douleur, puis pointai ma baguette sur mon cœur, mes mains tremblantes.
- Amato Animo Animato Animagus.
La douleur s'accentua. Des larmes se mirent à couler le long de mes joues sans que je ne puisse les contenir, brouillant ma vision. Je réussis quand même à ouvrir la petite boîte qui protégeait ma potion d'Appel. Le bouchon céda facilement. Je pris une profonde inspiration et je la portai à mes lèvres.
Amato Animo Animato Animagus.
Le mélange était gluant et proprement infâme, comme une centaine de feuilles de Mandragore à la fois et un goût de terre répugnant. Je dus m'y reprendre à deux fois avant de réussir à vider ma bouche, soulagée de n'avoir qu'une seule gorgée à avaler, même si le goût persistait sur ma langue. Le liquide coula lentement dans ma gorge et mon estomac gargouilla.
Amato Animo Animato Animagus.
Le nouvel éclair – plus proche, plus puissant – sembla résonner dans chacune de mes cellules. La douleur explosa dans ma poitrine. Des points noirs se mirent à danser devant mes yeux.
Je tombai à genoux, le corps secoué de tremblements de plus en plus puissants. La pièce se mit à tourner autour de moi. J'avais chaud et froid à la fois. Les deux cœurs dans ma poitrine battaient aussi vite l'un que l'autre.
Amato Animo Animato Animagus.
J'enfouis ma tête dans mes bras, les yeux fermés et les dents serrées pour supporter la douleur. Des éclairs de couleurs passèrent sous mes paupières. La pièce tanguait tellement que j'avais l'impression d'être sur un frêle esquif en pleine tempête.
Amato Animo Animato Animagus.
La litanie étouffait tous les autres sons. Elle se répétait à l'infini dans mes oreilles. L'orage n'était plus qu'une rumeur lointaine.
Amato Animo Animato Animagus.
Des tourbillons dorés dansaient sous mes paupières. J'avais presque l'impression qu'ils formaient des lettres.
Amato Animo Animato Animagus.
Puis la douleur devint aveuglante.
Mes os se brisaient. Mes muscles s'étiraient. Mes tendons étaient trop tendus. Ma peau était en feu. Ma tête allait exploser.
AMATO ANIMO ANIMATO ANIMAGUS !
Ma tête explosa.
Un dernier éclair de lumière blanche sous mes paupières.
Puis le noir absolu.
Le monde était devenu étrange. Les couleurs étaient plus brillantes et tout ce qui m'entourait semblait avoir triplé de taille. Les sons étaient plus riches – l'eau qui tombait sur le toit, le vent qui soulevait des vestiges de paille, le craquement de la porte du boxe devant moi – et particulièrement dérangeants.
Le monde n'était pas le seul à être devenu étrange.
Je pouvais sentir une présence à l'aura de ma conscience. C'était chaud, vif et curieux.
Et encore craintif.
La présence s'éloignait à chaque fois que je tendais mon esprit vers elle.
Mon corps bougea sans que je ne l'ai décidé et avec une rapidité qui était toute nouvelle. J'avançai par petits bons, la sensation de l'air devenue étrange sur mon corps.
Sur mon nouveau corps.
De toute évidence, j'avais considérablement rétréci car la bassine en métal semblait aussi grande que la pergola dehors.
Je regrettai que le métal ne soit pas brillant.
- L'orage est passé !
- Le livre dit qu'il ne faut pas entrer ! Imagine si elle s'est transformée en panthère ! Elle n'aura pas le contrôle sur sa forme animale et je n'ai pas envie de me faire dévorer !
Je reconnus les voix de Draco et Pansy. Ils se tenaient devant la porte de l'écurie et j'avais l'impression de me tenir à quelques centimètres d'eux.
Leur conversation effraya la présence dans mon esprit – je le sentis – et je décollai.
Douce Viviane.
Je volai.
Si j'avais pu, j'aurais éclaté de rire.
Je volai.
Ma forme Animagus était un oiseau !
C'était mille fois mieux que de voler sur un balai. Chaque plume était faite pour s'appuyer sur l'air et sentir les différents courants qui le traversaient. Les muscles des ailes permettaient un vol d'une précision dont je n'avais pu que rêver jusqu'ici. L'expérience fut trop courte à mon goût.
Je trouvai refuge sur l'une des poutres, à l'abri des regards et du danger que représentaient Draco et Pansy pour l'animal que j'étais devenue.
Comme de nombreux auteurs l'avaient écrit, je n'avais aucun contrôle sur la part animale de ma forme Animagus et je découvrais seulement à quel point ils avaient raison. J'avais l'impression d'être une simple spectatrice embarquée dans une étrange machine et je n'étais même pas sûre que l'oiseau avait conscience que j'étais là.
Elle repéra une araignée un peu plus loin, les mouvements de l'insecte évidents malgré la distance et la pénombre. Un court vol et un coup de bec plus tard, je fus obligée d'accepter qu'une araignée venait de rejoindre le délicieux repas que j'avais mangé un peu plus tôt.
Dehors, Christopher avait pris le parti de Pansy et empêchait Draco d'entrer, ce qui était aussi bien.
Je savais que je ne devais pas rester trop longtemps sous ma forme Animagus. Les nouvelles sensations et la dominance de la part animale formaient une combinaison entêtante, qui pouvait me faire oublier ma connexion avec mon corps humain. La transformation réciproque devenait alors encore plus délicate.
Personne ne serait en mesure de lancer le sortilège qui me forcerait à reprendre forme humaine, ce qui était de toute façon très déconseillé lors de la première transformation.
Je m'obligeai donc à me concentrer, appliquant l'un de mes exercices d'Occlumencie pour projeter l'image du bac d'eau en contrebas, espérant que les livres disaient vrais et que l'oiseau comprendrait qu'elle devait redescendre.
Je dus m'y prendre à plusieurs reprises pour que le message passe : si je projetais l'image avec trop de force, l'oiseau avait l'impression d'être en danger, et si je gardais mon esprit à la lisière du sien, je n'arrivais pas à attirer son attention.
Finalement, l'oiseau quitta son perchoir dans un bond et plana jusqu'au sol, ajustant minutieusement l'inclinaison des ailes pour atterrir sur le bord de la bassine en fer. Il faisait trop sombre pour que je discerne le reflet avec précision, mais l'oiseau avait l'air minuscule, à peine plus gros qu'un moineau.
Je me concentrai sur les battements de cœur de l'oiseau, ce qui me permit de discerner ceux, beaucoup plus lents, du mien. Je fis de mon mieux pour faire abstraction de tous les messages qui me parvenaient grâce aux sens de l'oiseau et j'imaginais mon corps le plus clairement possible.
Amato Animo Animato Animagus.
J'eus l'impression d'être traversée par un courant d'air, puis le sol bascula sous moi, mes fesses heurtèrent lourdement le sol, il y eut un bruit de ferraille et je me retrouvai trempée. Je rouvris les yeux, un peu désorientée.
Il me fallut quelques secondes pour comprendre que j'avais retrouvé forme humaine sur le bord de la bassine de fer, ce qui l'avait naturellement fait basculer.
Ah, et j'étais apparemment nue.
- Maellyn ? Tout va bien ?
La voix inquiète de mon cousin me fit oublier mon embarras.
- Tout va bien.
- On peut entrer ?
Je me redressai vivement, un bras plaqué sur ma poitrine au cas où il déciderait de ne pas attendre ma réponse.
- NON ! Laissez-moi deux minutes.
Par chance, la vieille tenue de sport de Durmstrang était toujours accrochée là où je l'avais laissée. Mes jambes protestèrent quand je me relevai – comme si j'avais couru trop longtemps – et mes gestes étaient malhabiles tandis que j'enfilais mes vêtements. Mes autres muscles n'étaient pas en reste, ce qui était peut-être normal.
Je me souvenais juste assez de la douleur qui avait déchiré mon corps un peu plus tôt pour ne pas avoir envie de recommencer.
- C'est bon ?
- Oui.
Draco fut le premier à apparaître, le front barré d'un pli. Il me dévisagea, les sourcils froncés, puis son regard se posa sur la bassine renversée.
- Tu t'es transformée en poisson ?
Je secouai la tête et il ne chercha pas à cacher son soulagement.
- Sans vouloir être méchant, ça aurait été la pire forme Animagus possible. Pourquoi tu t'es changée ?
Pansy ricana.
- Oui, Black, où sont tes vêtements ?
Son ton m'indiqua clairement qu'elle avait une petite idée de la réponse, aussi décidai-je de l'ignorer pour me tourner vers Christopher, le seul à avoir un peu de bon sens.
- Alors ? demanda-t-il, un sourire aux lèvres.
Sa question eut le mérite d'attirer l'attention de Draco et Pansy. Je gardai le silence quelques secondes, juste parce que je le pouvais.
- Un oiseau, soufflai-je finalement.
Pansy et Draco eurent le même cri de rage. Le sourire de Christopher s'étira et il tendit une main vers eux.
- Je vous l'avais dit. Vous me devez dix Gallions chacun.
…
Mercredi 9 Août 1995, Manoir Black, 12 Square Grimmauld, Londres, Angleterre.
Il poussa la porte avec le plus de délicatesse possible, soucieux de ne pas réveiller le tableau de Walburga Black. Il avait passé la nuit dans l'Allée des Embrumes, espérant croiser des loups garous dans l'un des nombreux bars – sans succès – puis il avait enchaîné avec un tour de garde au Département des Mystères – durant lequel il avait eu l'impression de passer chaque seconde à lutter contre le sommeil –.
Il n'était pas d'humeur à se faire insulter à pleine puissance vocale.
Il déposa sa cape sur le porte-manteau à côté de la jambe de troll qui faisait office de porte-parapluie.
Il hésita entre rejoindre directement sa chambre et dormir pendant une paire d'heures ou avaler quelque chose avant.
Tonks choisit pour lui. Elle descendait les escaliers le plus silencieusement possible, une main sur le mur et l'autre sur la rambarde pour être sûre de ne pas tomber.
- Ah, Remus ! Tu tombes bien !
Elle lui fit signe de le suivre dans la cuisine d'un geste de la main. Puisque discuter dans l'entrée risquait de réveiller Walburga, il n'eut pas d'autre choix que d'obtempérer, non sans grogner.
Merlin, il avait mal à la tête et ses paupières étaient brûlantes.
Elle s'appuya sur la table, les bras croisés sur sa poitrine et les lèvres serrées.
Il haussa un sourcil.
- Tu pourrais aller parler à Sirius ?
- A propos de quoi ?
- Et bien, c'est un peu ça le problème...
Il passa une main lasse sur son visage. Sirius était à cran depuis son arrivée Square Grimmauld. S'il connaissait assez l'enfance de son ami pour comprendre pourquoi et le laisser tranquille quand il devenait cassant, c'était loin d'être le cas de tout le monde. Molly lui avait reproché plusieurs fois de montrer un mauvais exemple à ses enfants – elle avait remarqué son penchant pour les alcools forts –, Severus Rogue prenait un malin plaisir à le provoquer à chaque réunion – Sirius n'avait pas besoin de ses discours pour s'imaginer qu'il n'était qu'un poids mort pour l'Ordre – et les autres avaient tendance à ne pas prêter une grande importance à ses interventions – sans doute parce qu'ils n'arrivaient pas à se convaincre tout à fait de son innocence –.
Dans tous les cas, il lui revenait souvent d'arrondir les angles au nom de Sirius. Cela ne le dérangeait pas – il aurait pris sa défense de toute façon – mais, aujourd'hui, il préférait avoir dormi un peu avant de s'y risquer.
- Que s'est-il passé ?
- Il s'est enfermé dans sa chambre avec la bouteille de Whisky-Pur-Feu que Dingus a ramené hier.
Ce n'était pas une nouveauté en soi. Il était fort probable qu'il accompagne sa descente de la bouteille de trop nombreuses cigarettes jusqu'à s'en rendre malade ou jusqu'à ce qu'il perde connaissance.
- Crois-en mon expérience, il vaut mieux le laisser tranquille dans ce cas-là.
Tonks se mordit la lèvre inférieure, le front plissé par l'inquiétude.
- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée... Il avait l'air vraiment bouleversé ce matin. Et ça l'a pris d'un coup ! Il était d'assez bonne humeur quand il est descendu, il a échangé deux trois plaisanteries avec Harry, Ron et Hermione. Et puis il a quitté la pièce comme s'il allait être malade. Sauf qu'il a pris le temps de prendre une bouteille d'alcool avec lui juste avant de disparaître et qu'on ne l'a pas revu depuis.
Il soupira.
Merlin, c'était dans ces moments-là que James lui manquait le plus. Il avait toujours été le plus doué d'entre eux pour consoler quelqu'un, et Sirius en particulier. Il n'avait jamais compris comment, mais James devinait toujours la raison des humeurs sombres de Sirius, parfois d'un seul regard, parfois au bout de quelques secondes de discussion avec lui. Il savait quand arracher des confidences et quand laisser peser le silence. Plus important encore, il savait quoi dire et comment arranger la situation.
Sauf que James était mort. Il ne restait que lui et il s'était promis d'être là pour Sirius après l'avoir laissé croupir pendant douze ans à Azkaban.
- Je vais aller le voir.
Un sourire soulagé illumina le visage de Tonks. Il lui fallut une seconde pour réaliser que c'était vraiment le cas : son teint semblait plus clair, ses cheveux plus brillants qu'au début de leur conversation.
- Je suppose qu'il n'a rien avalé de la journée ?
- Je doute qu'il ait demandé à Kreattur de lui monter un plateau repas.
Molly n'avait pas dû tenter sa chance car il restait un sandwich dans le garde-manger. Il attrapa aussi un verre qu'il remplit d'eau, même s'il ne croyait pas trop en ses chances de le faire boire à Sirius.
Du temps de Walburga, la chambre où Sirius s'était installé était réservée aux invités de marque de la famille Black. Elle avait été relativement épargnée par toutes les vermines et Sirius n'y avait quasiment pas mis les pieds quand il était plus jeune.
Il frappa trois coups sur la porte.
- Sirius ? Est-ce que je peux entrer ?
Il plaqua son oreille contre le battant de bois pour essayer de deviner la situation à l'intérieur. Il n'y eut pas de réponse, mais il entendit nettement un bruit liquide.
Sirius était toujours conscient, donc.
Il prit une profonde inspiration et abaissa la poignée. Aucun sortilège ne l'empêcha de pousser la porte.
La pièce était plongée dans la pénombre – les rideaux étaient fermés – et de la fumée tournoyait encore au niveau du plafond. L'odeur du tabac froid accentua son mal de tête.
Sirius était avachi à même le sol, la bouteille de Whisky presque vide dans une main, son visage enfoui dans l'autre. Ses longues mèches noires masquaient son expression mais s'il se fiait aux tremblements de ses épaules, il pleurait.
Il sentit son cœur se serrer. Il avait plus vu Sirius pleurer au cours du dernier mois que pendant toutes ces années où il l'avait connu avant.Les larmes avaient longtemps été le privilège de James, puis celui de Lily. Il n'avait eu le droit qu'aux remarques acides, aux cris et aux insultes.
Aux coups de poings, parfois.
Il referma la porte avec douceur et s'assit à côté de lui. Il déposa le verre d'eau et le sandwich à bonne distance des mégots éparpillés sur le parquet, puis passa un bras autour de ses épaules. Sirius se tendit, tenta de se dégager, mais il raffermit sa prise, tirant gentiment sur le bras qui tenait encore la bouteille pour l'attirer vers lui.
- Allez, Patmol...
Un sanglot rauque déchira le silence, si lourd qu'il eut l'impression d'entendre le cœur de Sirius se briser en morceaux. Son frère cessa de résister. Sa tête roula sur son épaule, il se mit à trembler de plus belle et un gémissement passa ses lèvres.
Remus réussit à le caler un peu plus contre lui, sa joue posée sur le sommet de son crâne. Il lui prit la bouteille avec le plus de douceur possible, puis agrippa sa main à la place.
Merlin, Tonks avait raison. Sirius était encore plus abattu qu'après l'interrogatoire de Kingsley. Il n'avait pas la moindre idée de ce qui pouvait s'être passé pour le mettre dans cet état, surtout si cela avait été aussi brutal que ce qu'elle lui avait rapporté.
Sirius avait tendance à garder ses émotions verrouillées jusqu'à l'explosion mais cette dernière était toujours précédée de signes avant-coureur.
Il n'eut qu'à baisser les yeux pour trouver sa réponse. Il y avait une photo dissimulée par la jambe de Sirius. Le manque de lumière ne lui permettait pas d'en distinguer tous les détails mais elle était clairement moldue et la silhouette blonde ne pouvait être celle d'une seule personne.
Judy Adler.
Son cœur rata un battement.
Merde.
Comment avait-il pu être aussi stupide ? Il avait oublié.
Il ne connaissait pas la date exacte, mais il savait que Judy avait été assassinée quelques jours après la naissance de Maellyn. Il aurait dû demander à Tonksquel jour, il aurait dû s'arranger pour être là, juste au cas où, il aurait dû...
Il raffermit un peu plus sa prise autour des épaules de Sirius, sans trouver les mots pour le réconforter.
Quatorze ans plus tôt, il avait eu du mal à croire à la folle rumeur qui était parvenue jusqu'à lui, relayée par un loup-garou qui connaissait un brigadier. Le peu de détails qu'il avait réussi à glaner au fil des années ne lui permettait que d'imaginer la nuit d'horreur que Sirius avait vécu. Judy avait reçu un Avada, sa meutrière était repartie avec Maellyn et Sirius avait retrouvé un corps sans vie dans la nurserie vide à son réveil. Il n'y avait pas eu de duel, pas de cris, pas de bruit.
Pas d'adieux.
Aujourd'hui, il ne pouvait même pas lui promettre que tout allait s'arranger et que le pire était derrière lui après toutes ces années. Voldemort était de retour, il ne tarderait pas à libérer Bellatrix d'Azkaban. En plus de côtoyer des Mangemorts, Maellyn serait tôt ou tard confrontée à Bellatrix, avec toutes les conséquences que cela pouvait comporter. Il savait que Sirius était inquiet pour sa fille.
Qui ne le serait pas ?
Le fanatisme de Bellatrix l'avait conduite à se lancer à la recherche de Voldemort après Halloween et à torturer les Londubat jusqu'à la folie dans l'espoir de trouver des informations sur lui. Elle n'épargnerait pas son héritière.
Il attendit que les larmes se tarissent, sa fatigue oubliée et son mal de tête une vague présence au niveau de ses tempes.
Sirius finit par se redresser. Il renifla sèchement, essuya ses joues avec le dos de sa main, son regard vissé sur la porte de sa chambre. Remus attrapa le verre d'eau et le lui tendit sans un mot. A sa plus grande surprise, Sirius le vida d'un trait.
- Merci.
Sa voix était rauque, ses mains tremblaient. Les ombres de la pièce semblaient se refléter sur son visage, creusant ses traits. Il ressemblait à la photo de son avis de recherche, quand bien même Molly avait dû réussir à lui faire reprendre au moins cinq kilos depuis son arrivée Square Grimmaurd et qu'il se rasait plus souvent.
Il saisit la photo du bout des doigts. Les coins étaient abîmés et elle avait été pliée et dépliée des dizaines de fois. De ce qu'il pouvait voir, Judy était figée dans un éclat de rire tandis que Sirius semblait à mi-chemin d'une chute spectaculaire.
Merlin qu'ils étaient jeunes, tous les deux.
- Où as-tu eu ça ? demanda-t-il doucement.
- Maellyn. Si j'ai tout compris, la grand-mère de son amie avait fait suivre Judy à l'époque.
Il haussa les sourcils. Outre Draco Malefoy et Pansy Parkinson, qui endossaient volontiers le costume de grand frère et grande sœur surprotecteurs, Maellyn n'avait qu'une amie à Poudlard.
- La grand-mère de Crystal Malhorne ? Je croyais qu'elle était Sang-Pur.
Sirius fit la moue.
- Apparemment, ma fille n'est pas la seule Sang-Mêlée à se cacher dans l'antre des Serpentards.
L'amertume dans la voix de Sirius lui indiqua que ce n'était pas le moment d'insister sur la question.
- Tu te souviens quand elle a été prise ?
Sirius fit jouer le papier glacé entre ses doigts un long moment. Le silence était à peine troublé par la rumeur des conversations dans le Manoir. La voix de Molly Weasley était de celles qui traversaient les murs et les plafonds.
- Tu te rappelles de l'attaque du stade à Londres ? Avant la naissance de Harry ?
Il n'eut pas besoin de fouiller longtemps sa mémoire pour voir de quoi Sirius parlait. Durant les deux dernières années de la guerre, il avait passé beaucoup de temps parmi les loups garous, aussi avait-il évité de participer à de nombreuses attaques. Étrangement, cela n'avait gravé que plus profondément les souvenirs de celles où il avait été présent. L'attaque du stade Stamford Bridge avait fait des milliers de morts, causés à la fois par les sortilèges, mais aussi par les flammes dans le bâtiment. Il avait eu l'impression de passer une éternité à à rassembler les corps avec les moldus.
Il hocha la tête.
- Judy travaillait dans un bar pas loin. Je l'avais accompagnée à pied pour son service parce qu'elle avait passé la journée à m'aider à réparer ma moto. C'était avant qu'on se mette ensemble.
Mais au moment où le prénom avait commencé à devenir familier. Sirius ne semblait pas remarquer qu'il citait la jeune femme à presque chacune de ses phrases, ce qui avait fait beaucoup rire James, jusqu'à ce que Lily lui fasse promettre de le laisser tranquille.
- Je crois que je n'ai jamais su comment c'est arrivé, ça, dit-il après une ultime hésitation.
Judy était décédée, rien de ce qu'il pourrait dire ne changerait ça, mais peut-être pouvait-il aider Sirius à se souvenir des bons moments.
- Je croyais que tes supers sens de loup-garou t'avaient permis d'en savoir beaucoup trop, pendant toutes ces années ?
Il eut un bref éclat de rire. Puisqu'il était un loup-garou, ses sens étaient plus affûtés que celui d'un homme normal, notamment en ce qui concernait l'ouïe et l'odorat. A Poudlard, Sirius avait eu de nombreuses petites-amies, qui ne restaient jamais longtemps dans le paysage, et James avait toujours été agacé par le fait qu'il devait lui arracher des confidences à ce sujet. Aussi, il avait souvent aidé en laissant entendre que l'odeur de Sirius était plus féminine que d'habitude.
- Ne sois pas mauvais joueur, Patmol.
Sirius ouvrit le paquet de cigarettes et soupira en le trouvant vide. Il le vit jeter un coup d'œil à la bouteille de Whisky, dans laquelle il ne devait pas rester plus de deux verres, puis il bascula la tête contre le matelas derrière lui, les yeux fermés.
- Elle a débarqué chez moi avec toutes ses affaires parce qu'elle s'était prise la tête avec le mec chez qui elle créchait. Elle était trempée et de mauvaise humeur et... Je me suis foutu d'elle parce que la photo sur sa carte d'identité donnait l'impression qu'elle sortait de prison. Elle m'a embrassé pour me distraire et récupérer sa carte. Elle... Je ne pensais pas que ça irait aussi loin avec elle.
Sa voix était à nouveau humide et sa respiration tremblante.
- Ouais... Parfois, ce genre de choses prend un peu par surprise.
Sirius renifla, puis tourna la tête vers lui.
- C'est ce qui s'est passé avec Madelyn McGonagall ?
La question le prit complètement au dépourvu. Son cœur fit une étrange embardée et son estomac lui donna l'impression de disparaître avant de réapparaître, plus lourd qu'une seconde plus tôt.
- Je ne vois pas du tout de quoi tu parles.
Sirius ricana, son sourire un peu mauvais.
- Vraiment ? Je ne suis pas James, Lupin, mais je ne suis pas aveugle non plus.
Il serra les dents. Sirius haussa un sourcil.
- Ne sois pas mauvais joueur, Lunard.
Il soupira, vaincu.
- On s'est fréquentés pendant un moment, avoua-t-il finalement.
- Ce qui signifie que vous avez couché ensemble.
Il grimaça mais il ne pouvait pas le contredire sur ce point.
- Et c'était amical jusqu'à ce que ça ne le soit plus. De son côté, du reste.
- Et du tien.
Il secoua la tête. Merlin, si seulement. Ça aurait peut-être tout changé.
- Non. C'était juste après la fin de la guerre. James, Lily, Peter venaient de mourir. Je pensais que tu avais trahi... Je n'étais pas... Je ne pouvais pas et... Peut-être qu'avec le temps, ça aurait pu marcher mais elle a trouvé du travail chez Gringotts et elle est partie en Égypte donc...
- C'était pratique.
Il ouvrit la bouche, puis la referma sans avoir prononcé un seul mot. Il n'avait pas tort. Madelyn s'était montrée compréhensive, à l'époque. Elle lui avait envoyé des lettres pendant plusieurs mois, auxquelles il n'avait jamais répondu. Elle avait essayé de reprendre contact avec lui quand elle était revenue au Royaume-Uni pour Noël et il s'était caché derrière son travail pour ne pas avoir à la revoir, parce que c'était plus simple comme ça.
Sirius se pencha, attrapa la bouteille de Whisky et avala deux longues gorgées.
- Ne sois pas aussi stupide la prochaine fois, Lunard, d'accord ?
Il plissa les yeux.
- La prochaine fois ?
Sirius sembla vouloir dire quelque chose, mais il se stoppa, son regard fouillant son visage avec intensité.
Pour quelqu'un qui avait vidé une bouteille entière de Whisky-Pur-Feu, il semblait presque trop cohérent.
Le grondement de son estomac mit fin au silence et Remus lui tendit le sandwich que Molly avait préparé. Il l'accepta de bonne grâce et l'avala en silence.
- Ça va aller, Patmol ?
Il haussa les épaules.
- Je n'ai pas le choix. Judy est... morte, mais si quelque chose arrive à Maellyn, je la crois tout à fait capable de trouver un moyen de revenir de l'au-delà pour me le faire payer.
...
Je ne vais pas vous mentir, Sirius a une santé mentale très très fragile pendant toute la durée du tome 5…
Behind the Scene :
- La saison 3 de Stranger Things venait de sortir quand j'ai écrit ce chapitre, je plaide coupable pour le clin d'œil très appuyé.
- Sauvez Willy I et II sont deux de mes films préférés (malgré le destin tragique de l'Orque). J'étais donc ra-vie que le deuxième opus soit à l'affiche, début août 1995.
- Maryam Mirzakhani était une mathématicienne iranienne, seule détentrice de la Médaille Fields, l'équivalent du prix Nobel. Maellyn et moi, on est des fans !
Après tout ce temps, j'avoue que j'ai hâte d'avoir votre retour sur :
- Le retour (tant attendu?) de Bellatrix (son moment approche…)
- Draco, Maellyn et leur insomnie, qui conduit à une discussion qu'ils risquent de ravoir souvent.
- L'anniversaire de Maellyn (le vrai), sa discussion avec son papa chéri (et Tonks qui s'impose, sans vraie surprise).
- La virée dans le monde moldue, Crystal en prime, que j'ai pris beaucoup de plaisir à écrire.
- La soirée au bord de l'étang (the place to be), avec le gang, tout en douceur et intimité.
- La première transformation de Maellyn et c'est Patmol qui va être fier (certain.e.s avaient deviné juste pour sa forme Animagus, félicitations à elleux!).
- Sirius qui accuse le contrecoup de tous les morts pour lesquels il n'a pas pu faire son deuil (et Remus qui est là pour lui, toujours).
Je suis encore loin de faire tout le tour de ce chapitre, alors n'hésitez pas à me dire quelle est votre scènes préférée.
D'ici la prochaine MàJ (pour laquelle je ne vais pas promettre de délais), n'hésitez pas à aller faire un tour du côté de Gravity, parce que mon cher Spin-Off fait partie intégrante de cette histoire !
Sur ces bonnes paroles, n'oubliez pas de me laisser une petite review avant de partir ! Sans déconner, ça prend littéralement deux minutes !
Orlane.
Mis à jour le samedi 11/06/2022
