Disclaimer : Les personnes trans sont tous·tes merveilleux·euses. Celleux qui oeuvrent contre leurs droits méritent qu'on leur crache au visage.

Attention: Rated T pour le langage et les scènes violentes.


RàR :

Lara : Coucou ! Merci beaucoup pour ta review ! Merci pour le bal de débutante de Maellyn, je suis ravie que l'attente en ait valu la peine ! Tous tes compliments m'ont fait super plaisir ! Ça me fait vraiment chaud au cœur de savoir que cette histoire te plait autant. Bonne lecture !

Kasia : Hello ! Merci beaucoup pour ta review ! Je suis vraiment touchée que mon histoire te plaise autant ! Merci du fond du cœur pour tous tes compliments ! Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !


Merci à Lara, MmeDelux, Tiph l'Andouille, FoxyCha24, Luluberlue972, Sun Dae V, feufollet, Kasia, Niris et rrosre pour leur review. Vos messages sont mes rayons de soleil ! Vous n'avez pas idée à quel point ça m'aide à avancer !


Bonjour à toutes et à tous !

Comme dit le proverbe, tout vient à point à qui sait attendre… Me revoilà donc par ici (plus précisément, sur cette partie de l'histoire ^^). J'espère que vous allez bien !

Franchement, quand je pense que les studios Warner ont eu le temps d'annoncer un reboot (je me sens vieille) de la saga en série depuis ma dernière MàJ, ça en dit quand même long (BTW, loin de moi l'envie de casser l'ambiance, mais on ne donne plus d'argent à Rowling, hein ? Elle est pour les personnes Trans ce qu'Ombrage est pour les lycanthropes. Je dis CARTON ROUGE!)

Bon, je vais être honnête, je ne pensais pas mettre autant de temps avant de mettre à jour par ici. Vous pouvez adresser vos reproches à cette foutue société capitaliste qui dévore mon temps libre et crée des failles spatio-temporelle qui me donnent un peu le vertige !

Depuis la dernière fois, il y a eu le Nano, on a changé d'année, mes élèves ont passé le bac, j'ai terminé le chapitre 5 de la prochaine partie (quasi 30k, on change pas une équipe qui gagne) et j'ai mis deux fois à jour du côté de Gravity (une sombre histoire de timeline à rattraper, celleux qui savent savent:wink:wink:wink:).

Ceci étant dit, je vous laisse avec le nouveau chapitre. Maellyn y donne ses lettre des noblesses à son surnom « ado terrible ». Accrochez bien vos ceintures, parce celui-ci est une vraie montagne russe ! Bonne lecture !


La honte doit changer de camp.

Si vous ne laissez pas de reviews, vous n'êtes plus les bienvenu·e·s sur mes histoires. Au fond, ça ne change rien pour moi.

Un grand merci à Sun Dae V pour son travail de bêta (en particulier pour celui-ci, qui lui a donné de l'urticaire xD) ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !


Black Sunset

Partie IV : Supernova

Chapitre 20


Supernova: cataclysmic explosion caused when a starexhausts its fuel and ends its life. Supernovae are the most powerful forces in the universe.


Mercredi 31 Août 1995, Résidence de Ted et Androméda Tonks, Angleterre.

Narcissa réajusta le foulard autour de ses cheveux et la paire de lunettes de soleil sur son nez. Elle surveilla la rue pendant plusieurs longues secondes pour être certaine que personne – ni moldu, ni sorcier – ne pourrait la voir tandis qu'elle rejoignait la maison de sa sœur.

Viviane toute puissante, elle avait oublié.

Lors de la première guerre, elle avait parfois eu à rendre visite à Sirius et Androméda quand certaines choses ne pouvaient être dites par lettres. Il y avait eu la fugue de Sirius, la mort de Cygnus, suivie par celle d'Orion, la naissance de Draco, puis le décès de Regulus. A chaque fois, elle avait usé de stratagèmes pour être certaine que Bellatrix – et le reste du monde Sang-Pur – n'ait jamais connaissance de ses écarts.

Bellatrix aurait sans doute pris cela comme une trahison et elle ne souhaitait pas être la cible d'un Endoloris pour la seule raison qu'elle estimait que les liens du sang étaient indestructibles.

Les traits d'Androméda s'affaissèrent quand elle la reconnut en dépit de son déguisement, et elle jeta à son tour un regard prudent avant de refermer la porte.

Une fois à l'intérieur, l'air se fit plus léger. Elle suivit sa sœur dans le jardin où un thé glacé les attendait à l'ombre.

Par sécurité – et parce qu'il lui serait plus facile de cacher ses réactions à Androméda – elle garda ses lunettes de soleil.

- Je doute que je puisse continuer encore longtemps à prendre le risque de venir jusqu'ici, annonça-t-elle en s'asseyant.

Androméda hocha la tête.

- Cela sera sans doute plus prudent. Je ne tiens pas beaucoup à ce que des Mangemorts viennent frapper à ma porte. Je suppose que ce n'est plus qu'une question de jours avant que Bellatrix ne sorte, n'est-ce pas ?

Elle avala difficilement sa gorgée de thé. En toute honnêteté, elle n'avait jamais pensé que cela puisse un jour se produire. Malgré les conditions de détention qu'elle avait réussi à acheter au prix fort, elle s'était attendue à recevoir une lettre d'Azkaban lui annonçant le décès de sa sœur des années de cela. Maintenant que le Seigneur des Ténèbres était de retour, il était évident qu'il allait faire libérer sa plus fidèle lieutenante, même si Bellatrix était rongée par la folie.

- C'est l'une de Ses priorités…

Le verre d'Androméda vacilla. Elle le reposa sur la table entre elles, puis passa une main tremblante sur son front.

Une part d'elle voulut la rejoindre pour la prendre dans ses bras, sans qu'elle ne sache tout à fait qui elle espérait rassurer. Elle savait toutefois qu'elle ne pouvait plus prétendre à ce niveau d'intimité avec sa sœur aînée.

Elles auraient pu se réconcilier, des années de cela, juste après la fin de la guerre. Leurs parents étaient décédés, Bellatrix n'était plus une menace, Sirius n'était plus là pour se mêler de ce qui ne le regardait pas… Elle savait qu'elles n'en étaient pas passées loin, surtout après qu'Androméda ait accepté de s'occuper de Draco pendant ces mois horribles où le Ministère l'avait privée de ses enfants. Elle ignorait ce qui l'avait retenue, alors. Sa fierté sans doute. Ou la peur de la perdre à nouveau si le monde Sang-Pur se dressait à nouveau entre elles…

Peut-être avait-elle juste été lâche.

Ce n'était pas la première fois qu'elle le regrettait.

Elle regrettait beaucoup de choses ces derniers temps.

Androméda retrouva vite ses esprits – l'éducation Sang-Pur l'avait profondément marquée –.

- Lucius a repris du service, je suppose ?

- Évidemment… Ce n'est pas comme s'il avait le choix.

Sa sœur haussa un sourcil.

- Tu crois vraiment qu'il aurait refusé s'il avait pu ?

Elle porta sa tasse à ses lèvres pour seule réponse. Lucius était aveuglé par les promesses de pouvoir du Seigneur des Ténèbres. Il pensait qu'après l'avènement de la société Sang-Pur, il finirait Ministre ou président du Magenmagot ou Merlin seul savait quoi d'autre. Il disait qu'il faisait ça pour Draco, pour que leur fils ait le meilleur avenir possible, mais elle n'était plus dupe. Elle avait espéré que son arrestation à la fin de la première guerre lui aurait servi de leçon, ou que les Endoloris qu'il avait reçu quand la nuit où Il était revenu lui fasse réaliser qu'il ne serait jamais rien d'autre qu'un pion pour le Seigneur des Ténèbres, tout cela pour être déçue.

- Il veut que Draco prenne la Marque dès que possible, avoua-t-elle.

L'expression scandalisée de sa sœur lui tira un sourire triste. Elle avait été en colère aussi – elle avait crié, plaidé, menacé et failli s'en remettre aux maléfices les plus vicieux qu'elle connaissait – puis Lucius lui avait répliqué qu'Il les tuerait, tous les trois, si Draco ne rejoignait pas ses rangs.

- Tu devrais en parler à Dumbledore. Je suis certaine qu'il t'aidera.

Elle faillit rire. Elle n'était pas désespérée au point de s'en remettre à Albus Dumbledore. Elle n'aurait su dire pourquoi, mais elle n'avait jamais cru en son personnage bienveillant. Il ne valait pas mieux que les autres.

Sans compter qu'elle avait une issue de secours qui prendrait tout le monde par surprise.

- Draco partira avec Maellyn. Tout est déjà arrangé. J'attends juste de retrouver Grant Adler et Burt White. Ils sont de toute évidence très doués pour disparaître, ils sauront faire en sorte que mes enfants soient en sécurité.

Gloria Ngozi lui avait certifié que ce n'était qu'une question de mois. Son cœur saignait déjà à l'idée d'une telle séparation, mais c'était la meilleure porte de sortie qu'elle pouvait leur offrir.

Elle ne laisserait pas la Marque des Ténèbres les détruire comme elle avait détruit Regulus et aliéné Bellatrix.

- Maellyn et Draco sont d'accord ?

- Ce sont des enfants. Je ne compte pas leur laisser le choix.

Ils pourraient crier, pleurer ou supplier, sa décision était prise. Les envoyer de l'autre côté de l'Atlantique lui donnerait sans doute l'impression qu'on lui arracherait le cœur à main nue, et il lui faudrait aussi quitter le Royaume-Uni à son tour – elle ne portait pas la Marque, elle pouvait disparaître – au risque de devoir affronter la colère de Lucius et Bellatrix, mais elle était prête à traverser les Enfers pour les protéger.

- Pour avoir eu une adolescente sous mon toit il n'y a pas encore si longtemps, je peux t'assurer que tu te trompes si tu crois que Draco et Maellyn sont encore deux enfants, et encore plus si tu penses qu'ils vont se laisser dicter leur conduite aussi facilement.

- Draco m'écoutera. Et Maellyn écoutera Sirius.

Androméda se pencha vers elle.

- J'ai beaucoup de mal à l'imaginer, toutefois, puisque tu refuses systématiquement d'écouter mes conseils, je vais m'abstenir de te les donner. Tu ne pourras pas dire que je ne t'avais pas prévenue.

Elle salua sa réponse par un silence accusateur qui ne sembla même pas l'émouvoir. Androméda termina son verre de thé glacé sans la lâcher des yeux avant de reprendre.

- Quand comptes-tu annoncer publiquement le mariage entre Alya Lestrange et Théodore Nott ?

Elle serra les paupières brièvement.

Voilà pourquoi Androméda l'avait invitée à prendre le thé en dépit du risque que cela représentait. Elle était prête à parier que Maellyn s'était plainte à Sirius et que ce dernier avait laissé la lourde tâche de lui demander des comptes à Androméda, ce qui était sans doute plus raisonnable. Il était impossible de discuter avec Sirius quand il était en colère – et il devait être furieux –. Une confrontation entre eux deux – surtout après tout ce qui s'était passé depuis son arrestation – se déroulerait encore bien plus mal que cette dernière fois, dans le caveau Black.

D'un autre côté, Androméda était devenue maîtresse dans l'art de la condamner avant même d'avoir tous les éléments.

- Avant que tu ne m'accuses de faire du trafic d'enfants, Lucius sait que Sirius est un Animagus non déclaré et en quoi il se transforme. Il n'hésitera pas.

Androméda referma sèchement la bouche qu'elle venait d'ouvrir pour se défendre. Ses traits s'affaissèrent et il lui fallut plusieurs secondes pour accuser le choc.

Parfois, elle lui donnait l'impression d'être devenue encore plus naïve qu'une Poufsouffle. Peter Pettrigrow avait été l'instrument du retour du Seigneur des Ténèbres, bien sûr qu'il n'avait pas manqué de l'informer du vilain petit secret des Maraudeurs.

Et puisque Lucius savait très bien qu'elle était prête à tout pour protéger les rares membres de la famille Black encore vivants, il avait attrapé l'opportunité à pleines mains.

- Je suppose que Sirius ignore ce détail ?

- Évidemment. Il serait capable d'écrire lui-même aux Aurors pour éviter des fiançailles Sang-Pur à Maellyn. De toute façon, Maellyn aura disparu aux États-Unis bien avant que ce fichu contrat soit rédigé ou que Bellatrix s'échappe d'Azkaban.

Androméda serra les lèvres.

- Et si ce n'est pas le cas ?

Ses mains se remirent à trembler à la possibilité – que Maellyn soit fiancée à quatorze ans, Draco marqué à quinze, que Bellatrix revienne, que tous ses secrets éclatent au grand jour, qu'Il gagne la guerre… –. Ses yeux se mirent à la brûler.

C'était une excellent chose qu'ils soient dissimulés derrière des verres fumés.

Elle renifla sèchement et rejeta ses épaules en arrière.

- Il le faut.

Dimanche [hum hum Vendredi] 1er Septembre 1995, King Cross, Londres.

Je suivais les Malefoy à travers la foule compacte amassée sur le quai 9 3/4 sans vraiment voir ce qui m'entourait. La tête baissée, mes épaules voûtées, j'espérais un peu disparaître derrière le sac de ma mère.

Il était toutefois difficile de passer inaperçue avec un chariot imposant, une malle qui l'était tout autant et la cage dorée de Mirzha.

Cela frôlait l'impossible quand on s'appelait Alya Lestrange. Deux garçons s'étaient déjà proposés pour pousser mon chariot – comme si j'étais impotente ou quelque chose –. Je n'avais pas posé un seul orteil dans le Poudlard Express et les regards que je sentais sur ma nuque me donnaient envie de hurler.

D'ici à ce que nous ayons – enfin – rejoint les wagons rutilants du train, la possibilité de passer tout le trajet dans les toilettes des filles – ou dans le compartiment à bagages – était devenue très séduisante. Cela ne manquerait pas de faire jaser mais je n'en avais rien à faire.

Peut-être que cela se lisait sur mon visage, car Lucius plissa les yeux en une menace silencieuse quand je croisai son regard.

- Vous ne manquerez pas de bien vous comporter durant les cours de Dolores Ombrage. Il ne faudrait pas attirer inutilement l'attention du Ministère sur les noms Malefoy ou Lestrange.

Vu le déni dont faisait preuve le Ministère de la Magie, je pourrais clamer haut et fort que la Marque des Ténèbres ornait de nouveau le bras de mon oncle sans que personne ne daigne me croire.

C'était presque regrettable qu'Alastor Maugrey n'ait pas accepté de rester une année de plus. Il se serait fait un plaisir de passer au manoir Malefoy pour vérifier mes dires.

Je n'écoutai que d'une oreille le reste de ses recommandations, laissant mes yeux vagabonder loin derrière lui. Le départ était imminent, il y avait de moins en moins d'élèves sur le quai et les parents qui attendaient que le train se mette en marche pour partir disparaissaient presque derrière la fumée épaisse de la locomotive.

Un aboiement me fit tourner la tête vers la gauche.

Un énorme chien noir faisait des cabrioles autour d'un groupe d'adolescents un peu trop familiers. Je fermai les yeux, comptai jusqu'à dix, pinçai discrètement la peau fine de mon poignet gauche.

Je devais avoir eu une hallucination, parce qu'il ne pouvait pas s'être montré aussi stupide !

Patmol était toujours là. Il avait cessé de faire son intéressant pour s'asseoir sagement aux pieds de Harry Potter. Il remuait la queue comme s'il était le chien le plus heureux du monde.

Ses yeux gris étaient fixés sur moi. Il aboya à nouveau.

- On dirait bien que ton cousin se languit d'Azkaban, Narcissa très chère.

La remarque de Lucius me confirma que je n'étais pas la seule à avoir remarqué la présence de Sirius Black sur le quai 9 3/4. Mon sang devint brûlant dans mes veines, la sensation accentuée par les battements désordonnés de mon cœur dans ma poitrine.

Je secouai la tête de gauche à droite aussi subtilement que je le pus, soucieuse que Lucius ne commence pas à s'imaginer des choses quand, vraiment, j'avais envie de lui hurler son inconscience au visage.

Merlin, Viviane, Morgane et Circé. Il avait promis !

Un coup de sifflet retentit. Je me détournai.

Face à moi, Lucius avait une expression mauvaise sur le visage, comme s'il était satisfait d'avoir fait blêmir son épouse. Narcissa lui adressa un regard sombre, puis releva le menton, avant de nous faire face à nouveau.

- Soyez sages et travaillez bien. Écrivez, d'accord ?

Ma seule réponse fut une révérence particulièrement raide. Du coin de l'œil, je vis Patmol se dresser sur ses pattes arrière et donner l'impression qu'il était en train d'enlacer son filleul. Je saisis ma malle d'une main et la cage de Mirzha de l'autre.

Mon geste brusque arracha un cri courroucé à ma chouette.

Je laissai mon cousin recevoir sa traditionnelle étreinte maternelle et serrer la main de son père sur le quai pour monter dans le train. Malgré tous les enchantements, ma malle était lourde au bout de mon bras. Le boucan qu'elle faisait sur le sol du couloir avait l'avantage de prévenir mes camarades de mon arrivée et de leur laisser le temps de se pousser pour que je puisse passer. Les chuchotements que je surpris dans mon sillage m'apprirent que mon expression mauvaise ne tarderait pas à faire le tour de Poudlard.

Je m'en fichais royalement.

Tout ce que je savais, c'était que ma magie me donnait l'impression que des fourmis se promenaient sur la peau de mes bras, parce que mon père, Sirius Black, l'homme le plus recherché du pays, n'avait rien trouvé de mieux que d'accompagner son filleul le jour de la rentrée des classes, sous sa forme Animagus, quand bien même cette dernière était connue de tous les sbires du Seigneur des Ténèbres.

Si quelqu'un – même Draco, Crystal ou Pansy – essayait de se dresser sur mon chemin, je n'étais pas certaine de réussir à me maîtriser et peut-être que ma magie se porterait sur quelque chose de plus violent qu'un sortilège d'expulsion.

Mes pas me menèrent au wagon commun, qui avait le bon goût d'être quasiment désert. La petite banquette où nous nous étions installées avec Crystal l'année dernière était libre. Je m'aidai d'un Wingardium Leviosa – que je réussis du premier coup, parce que ma colère était un véritable atout en Sortilèges – pour ranger ma malle dans le filet à bagage, puis je calai la cage de Mirzha à ma droite.

Une fois installée, je rabattis la capuche de ma cape d'été sur mes cheveux, assombrissant mon visage. Peu de personne viendrait me chercher ici et, avec un peu de chance, je réussirai à les éviter.

J'étais certaine que je pourrais les convaincre de me laisser tranquille avec un seul regard sombre.

Seule, sans distraction à porter de vue, ni la moindre envie de me changer les idées, je ne pouvais que rejouer ce que j'avais vu sur le quai de la gare en boucle.

Patmol, Harry Potter, Hermione Granger, tout le clan Weasley et des alliés notoires de Dumbledore comme Remus Lupin ou Maugrey Fol-Œil rassemblés en public. De toute évidence, personne ne s'était dit qu'afficher aussi ouvertement son allégeance au Survivant était peut-être une mauvaise idée quand le Ministère refusait de croire au retour du Seigneur du Ténèbres, ce qui lui laissait la voie libre pour faire disparaître celles et ceux qui se dressaient sur son chemin.

En comparaison, une annonce dans La Gazette aurait plus discrète : personne n'aurait été en mesure de suivre ce charmant petit groupe après le départ du train. Et peut-être que Maugrey était un excellent Auror, et peut-être que mon père pensait qu'il pouvait narguer les Mangemorts comme il avait nargué le Ministère pendant près de deux ans en restant en Écosse après son évasion, mais des dizaines de Mangemorts se trouvaient sur le quai.

Il suffisait d'une seule embuscade réussie pour se débarrasser de beaucoup de personnes gênantes.

Des gouttes de sueur glacée coulèrent le long de ma nuque. Un frisson me secoua. Mon souffle s'emballa.

J'enfouis mon visage dans mes mains tremblantes pour essayer de reprendre le dessus sur mes émotions.

Un mois plus tôt, mon père m'avait assuré qu'il était en sécurité, qu'il ne prendrait pas de risques inutiles et que je n'avais pas à m'inquiéter pour lui.

Merlin, Morgane, Viviane et Circé, il était censé ne pas avoir le droit de quitter la cachette que Dumbledore lui avait trouvé !

Le poids invisible que je sentais parfois sur mes épaules devint écrasant. Mon cerveau me donna l'impression de vouloir exploser.

C'était juste trop.

Il y avait eu les mensonges de Narcissa. La disparition de ma famille moldue. Le retour du Seigneur des Ténèbres. L'évasion annoncée de Bellatrix et Rodolphus Lestrange. La situation précaire de Christopher. Mes fiançailles imminentes…

Et maintenant, Sirius Black ne trouvait rien de mieux à faire que de parader en public ?

Des larmes brûlantes s'échappèrent de mes yeux. J'eus tout le mal du monde à retenir le sanglot qui essayait de se frayer un chemin dans ma gorge serrée, trop consciente que cela ouvrirait la porte à tous ceux qui torturaient ma poitrine.

Je laissai donc les larmes couler en silence, même si cela ne servait à rien. Il valait sans doute mieux que je les libère ici plutôt qu'à Poudlard.

- Ah, tu es là ! Je commençais à me demander si tu n'étais pas restée sur le quai !

La voix de Crystal me sortit de ma torpeur bien longtemps après. Je me redressai dans un sursaut, essuyant mes joues au passage, avant de tourner la tête vers la fenêtre.

La silhouette de Londres avait disparu. Il n'y avait plus que des champs à perte de vue maintenant que nous traversions l'Angleterre.

Crystal déplaça Myrzha, ce que ma chouette salua d'un hululement agacé, reprit par Vinnig, la chouette de Crystal.

- Ça va ?

J'eus une grimace ironique. Le reflet dans la vitre me permettait de deviner mes yeux rouges et mon expression était un autre aveu.

- Maellyn ? souffla Crystal.

Son regard insistant sur l'arrière de mon crâne me donnait l'impression que des fourmis rampaient sur ma peau. Je me dégageai sèchement quand elle posa une main sur mon épaule.

- Je vais très bien, Malhorne, grognai-je.

Il y eut un long silence.

- Tu as déjà menti de façon plus convaincante, Lestrange.

- Si tu le dis.

Je me calai un peu plus contre la vitre, mon front sur le verre glacé, les vibrations du train une distraction comme une autre, puis je fermai les yeux, priant pour que le sommeil m'emporte et que je me réveille à Pré-au-Lard.

Ça ne réglerait aucun de mes problèmes, mais j'aurais au moins l'impression d'avoir eu le droit à un répit de quelques heures.

Si, bien sûr, les cauchemars ne prenaient pas le relais.

Je n'en avais quasiment pas eu de l'été – étrangement, le manoir Malefoy semblait les avoir tenus à distance – mais je n'avais pas particulièrement envie d'invoquer Bellatrix Lestrange ou de voir mon père subir le baiser des Détraqueurs pour autant.

Je dus vraiment m'endormir car, quand je revins à moi, ma nuque était douloureuse et mes yeux étaient bouffis. Je me redressai en grimaçant, des dizaines de malédictions sur le bout de ma langue.

Crystal était toujours installée à ma droite. Les jambes croisées, elle lisait avec attention le livre de Raeslyn Majere que Christopher m'avait offert au dernier Noël. A ce rythme, elle allait finir par le connaître par cœur.

Sans relever les yeux de sa lecture, elle me tendit son paquet de patacitrouilles.

Je grognai pour seule réponse. J'ignorais si je devais blâmer mon père ou ma sieste, mais je me sentais barbouillée.

Contrairement à son habitude, Crystal n'insista pas, ce que je regrettai presque. Cela m'aurait donné une parfaite occasion de lui cracher mon venin au visage.

- Parkinson et ton cousin sont passés pendant que tu dormais.

Je m'enfonçai un peu plus dans mon siège, dans une posture qui aurait fait hurler Lucius, et je me détournai vers la vitre. Le paysage était de plus en plus vallonné et la position du soleil me laissa penser que l'après-midi était bien entamée.

J'avais sans doute dormi plus longtemps que ce que je pensais.

A l'exception de trois élèves de septième année – Serdaigle si ma mémoire était exacte – installés de l'autre côté du wagon, il n'y avait presque personne. Le silence était à peine troublé par le bruit du train. Je n'avais rien pour me distraire, aussi ne tardai-je pas à ressasser ce qu'il s'était passé à la gare, conjurant des scénarios plus catastrophiques les uns que les autres.

Pour tout ce que j'en savais, Sirius Black était déjà aux mains du Seigneur des Ténèbres ou dans une cellule au Ministère.

- Tu peux m'en parler si tu veux, dit Crystal.

Je lui jetai un nouveau regard en coin. Elle fixait toujours son livre mais j'étais presque certaine qu'elle m'observait.

- De ?

- De ce qui tourne en boucle dans ta tête. Je suis sûre que ce n'est pas aussi grave que ce que tu t'imagines.

- Parce que tu sais tout, hein ?

Elle fronça les sourcils, puis tourna la tête vers moi.

- Non. Mais je te connais depuis assez longtemps pour savoir que tu n'es pas la personne la plus optimiste ce qui, en plus de ta tendance à l'excès, résulte souvent en des scénarios catastrophes. Je veux juste t'aider.

La tendance à l'excès était l'un des défauts de la famille Black et le rappel raviva ma colère encore frémissante.

- Je n'ai pas besoin de ton aide, Malhorne.

Elle haussa un sourcil, son expression moqueuse.

- Mais bien sûr.

J'aurais aimé avoir quelque chose à répliquer à ça, mais la colère semblait avoir anéanti ma répartie. Je ne pus que jeter un regard sombre à Crystal, espérant un peu qu'elle le salue d'un nouveau commentaire sarcastique que je pourrais peut-être contrer, cette fois.

Elle avait déjà repris sa lecture, ses sourcils froncés et son expression concentrée, m'ignorant comme pour me faire comprendre que je n'étais pas intéressante.

En désespoir de cause – et parce que je me sentais trop fébrile pour espérer me rendormir –, je me levai et je pris la direction des toilettes.

Entre ma capuche toujours rabattue sur mes cheveux et le fait que la fin du train était plus tranquille en règle générale, je ne croisai personne, ce qui était un répit bienvenu. L'eau fraîche sur mon visage fit disparaître les dernières traces de larmes et me donna un air plus réveillée.

Pour le reste, mon expression offrait un bon aperçu de ma mauvaise humeur, accentuant ma ressemblance avec Bellatrix Lestrange.

C'était peut-être aussi bien, au fond. Narcissa avait profité de notre dernière leçon d'Occlumencie la veille pour me mettre en garde. Le retour du Seigneur des Ténèbres rendait ma situation très précaire. Je ne pouvais pas me permettre le moindre faux pas à Poudlard. Je devais endosser pleinement le rôle d'Alya Lestrange, au risque de subir le même sort que ma mère. Ou que les Londubat.

Et c'était sans parler ce qui pourrait arriver à toutes les personnes auxquelles je tenais. Si mon secret éclatait au grand jour au mauvais moment, le Seigneur des Ténèbres – Bellatrix – pourrait très bien décider de tuer Narcissa, Draco, Pansy et Christopher pour faire bonne mesure.

Quelqu'un frappa à la porte des toilettes, me faisant sursauter.

Après un dernier regard en direction de mon reflet, je pris une profonde inspiration pour calmer les battements trop rapides de mon cœur et je poussai la porte.

Ginny Weasley attendait, les bras croisés sur sa poitrine. Son regard brun s'illumina d'une étrange façon quand elle me reconnut ce qui, assorti à son sourire mauvais, me fit serrer les poings. Elle se redressa, son menton relevé.

Elle était désormais un peu plus grande que moi et cela me donna une raison de plus de la haïr.

- Si tu visais la parfaite tenue Mangemort, Lestrange, tu as oublié le Masque.

Ma colère – frémissante jusque-là, mais sous contrôle – n'attendait rien de plus pour se déchaîner. Je sentis ma magie crépiter le long de ma peau tandis que ma respiration m'échappait.

De la part de n'importe qui d'autre, j'aurais sans doute réussi à me contenter d'une réplique acide. Ou peut-être même aurais-je forcé un sourire mauvais – comme une promesse pour plus tard – avant de rejoindre Crystal.

Il s'agissait toutefois de Ginny Weasley. Il était hors de question que je lui laisse le dernier mot en règle générale, mais encore plus maintenant que je savais qu'elle avait passé une partie de son été avec mon père, dans cette mystérieuse cachette où s'étaient retranchés les soutiens du Survivant.

Sans que je n'y réfléchisse à deux fois, j'armai mon bras.

Une langue de douleur remonta jusqu'à mon épaule quand mon poing s'écrasa sur son visage, puis mes phalanges se mirent à pulser.

L'air éberlué de Weasley était particulièrement satisfaisant, même s'il fut vite remplacé par un mélange de haine et de colère.

J'eus un éclat de rire mauvais.

L'adrénaline avait remplacé la colère dans mes veines. Mon esprit était plus clair, comme si les lourds nuages qui l'encombraient depuis mon réveil s'étaient dissipés.

Weasley eut un cri de rage juste avant de se jeter sur moi.

J'échouai à placer un seul des enchaînements que Christopher m'avait fait répéter tout l'été. Ma tenue, le couloir étroit, la rage de Weasley, rien ne se prêtait à un duel en bonne et due forme. Je tombai rapidement au sol ce qui, étrangement, rendit les choses plus simples.

Il n'était pas question de finesse, juste d'avoir le dessus sur Ginevra Weasley.

Par tous les moyens.

Quand Weasley m'agrippa les cheveux, je lui mordis le poignet jusqu'à sentir le goût du sang.

Quand elle m'asséna un coup de coude en plein visage, qui me fit voir des étoiles, je lui pinçai un sein.

Elle enfonça ses ongles dans ma joue, je lui crachai au visage.

Puis je perdis le compte.

Je reçus sans doute autant de coups que je réussis à lui en porter. Mon nez devint douloureux, tout comme ma cuisse gauche, et mon cuir chevelu était brûlant. J'avais vaguement conscience des cris autour de nous, peut-être d'entendre mon prénom – ou celui de Weasley – mais ma vision était comme un tunnel dont les murs auraient été peint de rouge.

J'avais de nouveau le dessus sur Weasley, même si elle avait une poignée de mèches noires dans les mains, j'étais au-dessus d'elle, en position pour lui asséner un coup de grâce, quand quelqu'un m'agrippa les épaules. Je fus emportée en arrière. J'eus beau me débattre et pousser un cri de rage, je ne faisais pas le poids face aux deux garçons qui me tenaient fermement.

En moins d'une minute, je me retrouvai dans le wagon à bagages. Je fus poussée sans ménagement contre une malle, ce qui ne m'empêcha de me relever aussi vite que possible pour leur faire face. Ma bagarre avec Weasley m'avait presque laissée un goût de trop peu. Je me fichais bien qu'ils soient plus âgés et plus lourds que moi, j'étais prête à en découdre.

La porte du wagon se rouvrit presque aussitôt sur Irène Denholm, une Poufsouffle que la rumeur voulait brillante.

Et qui, si je me fiais au badge brillant sur sa poitrine, était la nouvelle Préfète-en-Chef. Elle me dévisagea, son expression dangereuse.

- Alya Lestrange, c'est ça ? demanda-t-elle d'un ton sec qui me rappela celui du professeur McGonagall.

Je croisai les bras sur ma poitrine et je relevai le menton.

Elle fit claquer sa langue sur son palais et plissa les yeux

- Tu as déjà fait perdre cinquante points à ta maison et gagné une retenue. Réfléchis bien.

Je ravalai un soupir agacé. Pansy n'allait pas manquer de me tuer si je laissai ma fierté aggraver mon cas.

- C'est bien mon nom, grinçai-je.

Ma langue était malhabile dans ma bouche et ma mâchoire douloureuse.

- Je préfère ça. Que s'est-il passé, au juste ?

Je n'eus qu'une fraction de seconde pour me décider.

- Weasley m'a attaquée comme la sauvageonne qu'elle est, répondis-je. Je n'ai fait que me défendre.

J'étais certaine que Weasley ne manquerait pas de tenir exactement le même discours que moi, mais puisque personne n'avait assisté au début de notre affrontement, cela serait sa parole contre la mienne.

Denholm me dévisagea longuement.

- L'état de tes mains me laissent penser que tu as fait bien plus que « seulement te défendre ».

Je baissai les yeux. Les phalanges de ma main gauche étaient écorchées et montraient déjà les premiers signes d'hématomes. Du sang maculé les ongles de ma main droite, sûrement quand j'avais griffé Weasley.

Je savais que la liste de mes blessures ne s'arrêtaient pourtant pas à ça.

- Je suppose que l'état de mon visage raconte une toute autre histoire, répliquai-je. Je ne me suis pas fait ça toute seule.

Mon œil gauche pulsait. Je pouvais le sentir gonfler à mesure que les secondes s'égrainaient. Mon nez saignait, ma mâchoire était douloureuse. Sans magie, je risquai de faire peur à voir demain.

Denholm fit la moue.

- Je verrai bien ce que me dira Miss Weasley. En attendant, tu peux être certaine que ton directeur de maison sera prévenu d'ici à ce qu'on arrive à Pré-au-Lard. Il vaudrait mieux qu'il n'y ait pas d'autre incident.

Je haussai les épaules. Rogue allait sans doute remettre en cause mon intelligence, ce qui ne serait pas la première fois, et il n'était pas exclu qu'il me rajoute une deuxième heure de retenue pour faire bonne mesure. Je survivrai.

Elle me désigna la porte d'un signe de tête, ce que je ne me fis pas redire à deux fois. Même si ma bagarre avec Weasley avait probablement déjà fait le tour de train, je rabattis la capuche de ma cape sur mon visage pour dissimuler l'étendue des dégâts.

- Je commençais à me demander si tu ne t'étais pas noyée, commenta Crystal, toujours plongée dans sa lecture.

- Ouais, j'ai eu un contretemps.

Elle releva la tête et écarquilla les yeux en me voyant.

- Un contretemps ? répéta-t-elle.

Je me glissai difficilement à ma place. Mes nerfs étaient en train de retomber. J'avais froid et les endroits où j'avais mal étaient en bonne voie pour doubler en nombre.

- Que s'est-il passé ?!

J'appuyai mon mouchoir sous mon nez avec délicatesse.

- Weasley s'est jetée sur moi.

Je n'avais pas besoin de tourner la tête pour savoir que Crystal me dévisageait ouvertement à son tour. Elle me connaissait toutefois un peu mieux que la Préfète-en-Chef.

- Il va vraiment falloir que tu apprennes à mentir, Lestrange, grinça-t-elle.

Je grognai.

- Et que tu apprennes à régler autrement tes problèmes.

Je ne répondis pas. Frapper Weasley avait été satisfaisant sur le moment – pour tout un tas de raisons – mais je commençai déjà à le regretter.

- Tu devrais retourner aux toilettes pour te nettoyer un peu.

- Pourquoi faire ? Pomfresh fera tout disparaître en un coup de baguette.

- Pomfresh est infirmière, pas faiseuse de miracles. Mais très bien, fais-en qu'à ta tête pour changer ! Tu feras moins la maligne si elle ne peut rien pour ton œil au beurre noir.

Il me suffirait de faire un peu de Métamorphose pour régler le problème. Ça ne serait pas si dramatique.

J'avais dans l'idée d'attendre notre arrivée sans lui dire un mot de plus. Malgré la douleur diffuse sur mon visage, mes mains et mes côtes, je commençai déjà à somnoler. Je n'aurais aucun mal à me rendormir.

- Par Viviane toute puissante !

Le cri de Pansy me tira une grimace. Je m'enfonçai un peu plus dans mon siège, même s'il était beaucoup trop tard pour disparaître sous ses yeux.

- On dirait que tu t'es battue à main nue avec un ours, Lestrange !

- Ce n'est pas très gentil pour Weasley, raillai-je.

Elle fit claquer sa langue contre son palais, ce qui n'était jamais un bon signe.

- Ce n'est pas le moment de faire de l'esprit, petite. Lève-toi, on va aller aux toilettes t'arranger un peu.

- Je…

- Je ne te demande pas de discuter. Bouge !

Sa voix avait pris cette intonation dangereuse qui n'aurait rien eu à envier à celle de Narcissa. Contrairement à cette dernière, Pansy n'hésiterait pas à se servir de sa baguette ou à me traîner par le bras sans douceur à travers tout le train. J'obtempérai avec un soupir agacé qui me valut une claque derrière le crâne quand je fus à son niveau.

- Mais ça va pas !

- Je pourrais très bien te retourner la question, petite. Allez !

Sans surprise, Pansy n'était pas la plus douce des infirmières. Elle agrippa mon menton d'une main et nettoya mon visage avec un morceau d'essuie-main humide.

- Elle n'est pas passée loin de te casser le nez.

- Je ne suis pas passée loin de lui casser le sien, ça nous met à égalité.

Elle plissa les paupières, ses yeux noirs brillèrent d'une étrange façon, puis elle pressa son chiffon de fortune sur les griffures qui décoraient mon cou.

Je ne pus que la maudire en silence.

Elle insista ensuite pour que je me lave soigneusement les mains puis elle arrangea mes vêtements du mieux qu'elle put.

- Ta chemise est sans doute ruinée, mais tu ressembles un peu moins à une vagabonde.

Je restai silencieuse. Si mon père avait été repris ou attaqué par des Mangemorts, l'état de ma chemise ou ce qu'on pourrait bien penser de moi serait anecdotique.

Pour mon plus grand agacement, mes yeux se remirent à me brûler.

- Alors, que s'est-il vraiment passé ?

- Weasley s'est jetée sur moi.

- Sans raison ?

- Depuis quand a-t-elle besoin d'une raison ?

Pansy resta silencieuse pendant quelques secondes, ses sourcils haussés, comme si elle pensait vraiment que j'allais me confier aussi facilement.

- C'est marrant, Weasley soutient que c'est toi qui a porté le premier coup.

- Elle ment. Denholm t'a envoyé m'interroger ou c'est une impression tenace ?

- Non. Elle m'a par contre demandé de m'assurer que tu ne ferais rien d'autre de stupide d'ici à notre arrivée.

- Ce n'est pas de ma faute si je me suis faite agresser, si ?

Pansy croisa les bras sur sa poitrine.

- Je vais être honnête avec toi, Black, j'ai beaucoup de mal à croire que ce soit vraiment le cas.

- Pense ce que tu veux. On peut sortir d'ici ou Denholm t'a précisé que je devais finir le voyage dans les toilettes des filles ?

Elle marmonna quelque chose qui ressemblait beaucoup à une malédiction, mais elle ouvrit la porte quand même avant de me raccompagner jusqu'à ma place. Crystal et elle passèrent le reste du trajet – une interminable demi-heure – à discuter à voix basse. Je pouvais sentir les nombreux coups d'œil qu'elle lancèrent dans ma direction, mais je m'abstins de commentaire.

Un mal de crâne commençait à irradier mes tempes, et j'ignorais si je devais blâmer mon père ou Weasley pour ce charmant cadeau.

Dans tous les cas, je savais que je devais m'estimer heureuse que Draco ne soit pas encore venu m'enquiquiner.

Bien entendu, le répit ne fut que de courte durée puisqu'il m'attendait sur le quai de Pré-au-Lard avec Vincent et Gregory. Il secoua la tête, désapprobateur.

- Tu es stupide, dit-il.

- Venant d'un expert en la matière, je vais le prendre comme un compliment.

Il faisait plus frais qu'à Londres. Le ciel s'assombrissait à vue d'œil, les derniers rayons du soleil donnaient l'impression que certains toits étaient en feu.

- Les première année en rang par deux, s'il vous plaît ! Toutes les première année, en rang devant moi !

La voix était sèche et énergétique, complètement différente de celle du garde-chasse, qui se chargeait habituellement de mener les premières années vers les barques. La femme qui le remplaçait tenait une lanterne à bout de bras, ce qui me permit de reconnaître le professeur Gobe-Planche, qui avait remplacé Hagrid l'année dernière.

Crystal tira sur mon bras, m'obligeant à avancer. Draco abusa de son badge pour s'accaparer une calèche au détriment d'un groupe de deuxième année.

J'eus beau me caler contre la porte et fixer l'extérieur par la fenêtre pendant tout le trajet jusqu'au château, cela ne suffit pas à décourager mon cousin de m'expliquer par le menu à quel point ma bagarre avec Weasley était la pire idée que j'avais jamais eu.

- Tu peux être certaine que mon père va en entendre parler et qu'il ne manquera pas de t'envoyer une beuglante, surtout qu'il nous a demandé de faire profil bas. S'il découvre que tu as utilisé tes poings plutôt que ta baguette, cela va lui donner une raison de plus de t'interdire de passer du temps avec Christopher l'été prochain. Vraiment, Maellyn, tu aurais pu choisir une autre façon de commencer l'année.

- Draco, je te jure que si tu continues à jouer les donneurs de leçon alors que tu ne manques jamais une occasion pour provoquer Potter, je vais très facilement me laisser tenter par un deuxième round. On verra si tu es aussi endurant qu'une fille.

Il eut une exclamation outrée, Pansy m'asséna un coup de coude, Crystal marmonna quelque chose en Afrikaan, Vincent et Gregory ricanèrent un peu bêtement, ce qui me donna une excellente excuse pour les assassiner du regard.

- Denholm a envoyé un hibou pour prévenir Madame Pomfresh que tu passerai la voir avant le début du banquet, me dit Pansy quand la calèche s'arrêta. Malhorne, tu veux bien l'accompagner ?

- Je connais le chemin, dis-je en poussant la porte.

Pansy m'attrapa le bras pour m'empêcher de me lever.

- Tu serais capable de te laisser tenter par un deuxième round avec Weasley si personne n'est là pour te rappeler à l'ordre. Serpentard a assez perdu de points comme ça.

Je me dégageai sèchement et, sans attendre ni Crystal, ni personne d'autre, je pris la direction de l'infirmerie. C'était aussi bien que je ne puisse pas assister à la chanson stupide du Choixpeau ou à la Répartition. Si ma chance tournait, Pomfresh allait même insister pour que je mange sous sa surveillance et que je passe la nuit là-bas.

Cela ne m'éviterait pas complètement les reproches de mes camarades de Serpentard ou une remontrance de la part de Rogue, mais je serais tranquille ce soir.

Des bruits de pas précipités derrière moi m'apprirent que Crystal était sur mes talons.

- Tu sais, je me fiche de supporter ton sale caractère en règle générale, mais c'est quand même plus facile quand je sais pourquoi tu es d'une humeur massacrante.

- Ça ne te regarde pas.

Quelque chose entre mon ton mordant et mon regard noir la convainquit de ne pas insister.

Et si j'eus l'impression qu'elle avait l'air blessé, ce ne fut pas très difficile d'ignorer la culpabilité qui me serra le ventre.

Madame Pomfresh m'attendait de pied ferme, les bras croisés sur sa poitrine.

Weasley n'était pas encore arrivée.

- Cela doit sûrement être une sorte de record, Miss Lestrange. Asseyez-vous sur le lit de droite et je préfère vous prévenir tout de suite, je ne veux pas entendre le son de votre voix une fois que Miss Weasley nous aura rejoint.

Elle devait avoir l'intention de me renvoyer dans la Grande Salle juste après car je n'eus pas à me changer. Elle m'ausculta avec son efficacité habituelle. Je n'avais rien de cassé à part un bout de dent et elle devrait réussir à me soigner complètement même si je mériterais plutôt de guérir toute seule, au moins pour contempler les conséquences de ma bêtise tous les matins dans le miroir.

Quand Weasley arriva – accompagnée par Luna Lovegood –, Madame Pomfreh referma les rideaux autour de mon lit et s'éclipsa pendant une petite minute le temps de l'installer à l'autre bout de la pièce.

Elle lui tint le même discours qu'à moi. Weasley protesta que tout était de ma faute.

- Je me fiche bien de savoir qui a commencé, Miss Weasley. J'ai presque terminé avec elle, que je ne vous entende pas jusqu'à ce que je revienne parce que je peux aussi retirer des points et mettre des retenues s'il le faut.

Quelques coups de baguettes sur mon visage plus tard, un bandage serré autour de ma main gauche et deux potions à prendre pendant une semaine – après laquelle j'étais priée de revenir la voir –, Madame Pomfresh me désigna la porte d'un geste du menton.

- Tachez de vous tenir correctement, Miss Lestrange. La prochaine fois, votre œil au beurre noir devra cicatriser sans mon aide. Croyez-moi, ce n'est pas très esthétique.

Je la remerciai du bout des lèvres, au moins pour acheter ma tranquillité. Crystal se décolla du mur avec nonchalance puis m'emboîta le pas. Nous passâmes devant Luna Lovegood, absorbée par la lecture du dernier numéro du Chicaneur.

- Si je devais désigner un vainqueur à partir de vos blessures respectives, je dirais que tu as gagné, me dit-elle, quand nous nous fûmes assez éloignée.

Cela me tira presque un sourire amusé.

- Il faut dire que j'ai frappé la première.

- Sans blague.

Toute l'école était installée dans la Grande Salle, aussi était-il impossible que notre arrivée passe inaperçue, surtout que la Répartition était terminée et que les plats étaient déjà arrivés. Je sentis les regards accusateurs des Gryffondors sur moi quand nous passâmes devant leur table, puis ceux plein de jugement de nos condisciples. Sans surprise, Draco et Pansy nous avaient gardé une place.

Les émotions de la journée m'avaient coupé l'appétit, ce que l'année passée m'avait appris à ignorer. Le repas me donna l'impression de durer une éternité, pendant laquelle je fis des petits tas de nourriture dans mon assiette pour donner le change.

Cette fois, Pansy, Draco et Crystal me fichèrent la paix.

A mesure que les plats se vidèrent, les conversations devinrent plus feutrées. Je posai mon menton sur la paume de ma main droite pour observer la table des professeurs. Le professeur Dumbledore en était à sa deuxième part de gâteau et en grande discussion avec le professeur McGonagall. Il ne semblait pas du tout prêt à commencer son discours de début d'année.

En tout et pour tout, il y avait deux nouveaux visages parmi les professeurs.

Enfin, façon de parler.

Le professeur Gobe-Planche avait déjà remplacé le garde-chasse l'année précédente et c'était loin d'être la première fois que je croisais Dolores Ombrage, puisqu'elle était une habituée des soirées Sang-Pur.

J'étais presque certaine qu'elle avait été présente à mon bal de Débutante.

Lorsque Dumbledore se décida – enfin – à se lever, le silence tomba aussitôt sur la Grande Salle. C'était comme si les bougies brillaient moins fort tout d'un coup et qu'un puits de lumière l'entourait.

Il n'était pas exclu que cela soit vraiment le cas.

- À présent que nous sommes tous occupés à digérer un autre de nos somptueux festins, je vous demande de m'accorder quelques instants d'attention afin que je puisse vous donner les traditionnelles recommandations de début d'année, déclara Dumbledore. Les nouveaux doivent savoir que la forêt située dans le parc est interdite d'accès – il ne serait d'ailleurs pas inutile que quelques-uns de nos plus anciens élèves s'en souviennent aussi.

Je vis Draco se tendre du coin de l'œil, les souvenirs de sa retenue en première année toujours aussi frais. Et dire que Lucius s'imaginait que son fils allait faire un parfait Mangemort…

- Mr Rusard, le concierge, m'a demandé de vous rappeler, pour la quatre cent soixante-deuxième fois selon lui, que l'usage de la magie n'est pas autorisé dans les couloirs entre les heures de cours et que beaucoup d'autres choses sont également interdites, dont la liste complète est désormais affichée sur la porte de son bureau. Nous aurons cette année deux nouveaux enseignants. Je suis particulièrement heureux d'accueillir à nouveau parmi nous le professeur Gobe-Planche qui assurera les cours de soins aux créatures magiques. J'ai également le plaisir de vous présenter le professeur Ombrage qui enseignera la défense contre les forces du Mal.

Il me sembla que les seuls applaudissements furent le fait des Serpentards – dont leurs parents avaient dû tenir le même discours que Lucius – et de quelques Serdaigles – qui savaient sans doute à qui ils avaient à faire –.

-Les essais pour la constitution des équipes de Quidditch de chacune des quatre maisons auront lieu le…

Il s'interrompit en lançant un regard interrogateur au professeur Ombrage. Comme celle-ci n'était pas beaucoup plus grande debout qu'assise, il y eut un moment d'incertitude au cours duquel personne ne comprit pourquoi Dumbledore s'était tu. Le professeur Ombrage s'éclaircit alors la gorge – Hum, hum – et il devint manifeste qu'elle s'était levée avec l'intention de faire un discours.

J'eus un soupir excédé. La journée avait été assez longue comme ça. Je voulais retrouver la tranquillité de mon dortoir !

Pendant un instant, Dumbledore sembla un peu pris au dépourvu, il se reprit vite. D'un geste élégant, il laissa la parole à Dolores Ombrage. J'enfouis mon visage dans mes mains.

- Merci, cher directeur, pour ces aimables paroles de bienvenue.

Si je savais qui était Dolores Ombrage et quel était son rôle au ministère, je lui avais rarement adressé la parole. J'avais donc complètement oublié qu'elle avait une voix de petite fille, haut perchée et un peu voilée, qui n'était vraiment pas très agréable à écouter.

- Je dois dire que c'est un grand plaisir de revenir à Poudlard et de voir tous ces joyeux petits visages levés vers moi !

Crystal se pencha vers moi.

- Je ne veux pas dire, mais Dumbledore a un don pour choisir des profs plus loufoques les uns que les autres.

- C'est le Ministère qui a nommé Ombrage, répondis-je.

Crystal tourna la tête vers moi, les yeux ronds.

- Pourquoi ?

- Je sais que tu étais dans ton clan pendant une partie de l'été, Malhorne, mais je vais avoir du mal à croire que tu sois passée à côté de la chute de Dumbledore.

Ombrage s'éclaircit à nouveau la gorge – hum, hum – mais lorsqu'elle reprit son discours, sa voix était beaucoup moins voilée. Elle parlait plutôt comme une femme d'affaires et les mots qu'elle prononçait avaient le rythme morne d'un discours appris par cœur.

Même si j'avais été de meilleure humeur et moins fatiguée, je n'aurais pas réussi à suivre son monologue longtemps.

J'avais presque l'impression d'avoir été propulsée dans un cours de Binns, le sentiment d'autant plus tenace que Crystal s'était redressée et avait cet air concentré que je lui trouvai toujours en histoire de la magie. C'était presque étrange de ne pas la voir prendre des notes. Autour de moi, mes condisciples de Serpentard faisaient très bien semblant d'écouter – un art que nombre d'entre nous avaient poli lors des interminables soirées mondaines –. Aux autres tables, c'était une toute autre histoire. Certains avaient le regard vide, d'autres discutaient à voix basse avec leur voisin. Il me sembla que seule Hermione Granger écoutait vraiment chez les Gryffondors.

Mon regard croisa par erreur celui de Weasley. Elle eut un rictus auquel je répondis par un sourire moqueur, curieuse de voir si elle répondrait à la provocation.

Ombrage cesserait sans doute de parler si Weasley se jetait sur moi.

Quelqu'un m'asséna un coup de talon sur mon tibia. Je ne fus pas surprise que ce quelqu'un ne soit personne d'autre que Pansy.

- Une bagarre, ça va peut-être suffire pour la journée, non ? siffla-t-elle.

- Attention, Parkinson, tu es en train de faire honneur à ton insigne.

Cela me valut un deuxième coup, plus fort, qui laisserait un bleu à coup sûr.

- Méfie-toi, Lestrange, cet insigne pourrait me permettre de te compliquer la vie si je le décide.

Crystal m'assena un coup de coude à son tour quand j'ouvris la bouche pour répliquer, ce que Pansy salua d'un sourire satisfait. Je tournai la tête vers la table des professeurs, le menton relevé.

- … car certains changements seront pour le mieux alors que d'autres, à l'épreuve du temps, apparaîtront comme des erreurs de jugement. De même, certaines coutumes anciennes seront conservées à juste titre tandis que d'autres, usées et démodées, devront être abandonnées. Aussi, n'hésitons pas à entrer dans une ère nouvelle d'ouverture, d'efficacité, de responsabilité, avec la volonté de préserver ce qui doit être préservé, d'améliorer ce qui doit être amélioré, et de tailler dans le vif chaque fois que nous serons confrontés à des pratiques dont l'interdiction s'impose.

Enfin, Ombrage se rassit et Dumbledore applaudit. Les autres professeurs l'imitèrent, mais sans réel entrain. Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu les lèvres du professeur McGonagall aussi serrées.

- Merci beaucoup, professeur Ombrage, pour ce discours très éclairant, dit-il en s'inclinant vers elle. À présent, comme je vous l'annonçais, les essais pour la constitution des équipes de Quidditch auront lieu le…

- Le Ministère ne l'a pas vraiment nommé comme professeur, pas vrai ? me souffla Crystal.

D'après ce que Pansy et Millicent avaient appris au fil des différents bals de l'été, Ombrage ne se cachait pas de vouloir mettre de l'ordre à Poudlard et d'être prête à employer tous les moyens à sa disposition pour y parvenir. Elle avait aussi laissé entendre qu'elle espérait bien remplacer Dumbledore au poste de Directrice d'ici à la prochaine rentrée scolaire. Avec le soutien de Fudge, elle en était sans doute capable et, en prime, les grandes famille Sang-Pur lui en seraient éternellement reconnaissantes.

C'était une énième bataille politique pour lesquelles je n'avais pas le moindre intérêt. J'avais assez d'hypocrisie dans ma vie.

- Malgré sa nomination, Ombrage est toujours sous-secrétaire d'État, précisai-je à Crystal.

- Je vois que Fudge a choisi la subtilité, donc.

Le Seigneur des Ténèbres avait retrouvé ses pouvoirs et ses fidèles, mais la seule chose qui intéressait notre Ministre était de montrer à ses électeurs qu'il avait le dessus sur Albus Dumbledore. Il était stupide.

Des bruits retentirent soudain dans la Grande Salle, annonçant la fin du banquet.

- Draco et moi, on doit s'occuper de briefer les première années. Ne fais rien de stupide avant demain matin, petite. Le mot de passe est « Audaces fortuna juvat ». Malhorne, je compte sur toi.

Je me retins de justesse de lui adresser un geste grossier.

- Miss Lestrange, un instant.

La voix traînante me stoppa alors que je n'avais pas fait cinq pas en direction des portes de la Grande Salle. Un peu plus loin, je vis que le professeur McGonagall se dirigeait à grands pas vers Weasley.

- On se retrouve au dortoir, me dit Crystal.

Résignée, je pivotai vers mon directeur de maison. Ses cheveux noirs avaient l'air presque propres, comme s'il avait fait un effort pour la rentrée. Il me sembla toutefois que les cernes qui soulignaient ses yeux étaient une nouveauté et qu'il avait l'air un peu amaigri. D'un geste sec, il m'invita à le suivre. Nous passâmes par l'entrée des professeurs – une petite porte derrière leur table – puis nous nous frayâmes un chemin à travers la masse compacte d'élèves qui rejoignaient les cachots. C'était une bonne chose que Rogue soit aussi craint car mes camarades préférèrent se plaquer contre le mur plutôt que de le ralentir.

Dans un dernier tourbillon de cape, nous tournâmes dans le couloir qui menait à son bureau.

- De toute ma carrière, c'est la première fois – la première fois – que je suis obligé de convoquer une élève de Serpentard dans mon bureau le jour de la rentrée ! J'espère que vous avez une excellente explication, Miss Lestrange, parce que je ne vais certainement pas me contenter d'une seule retenue si ce n'est pas le cas.

Il me désigna la chaise en face de son bureau. En me redressant pour lui faire face, je réalisai que je n'avais pas peur. Ni de lui, ni des conséquences de ma bagarre avec Weasley.

Au fond, que représentait une retenue ou une leçon de morale face au retour du Seigneur des Ténébres, à l'évasion imminente de Bellatrix Lestrange, à la possible mort de mon père ?

Cette dernière possibilité me serra le ventre une fois de plus. Aucun hibou de La Gazette n'était venu apporter une édition spéciale pendant le banquet, Ombrage n'avait pas profité de son discours pour annoncer la capture de Sirius Black et Potter m'avait semblé serein toute la soirée. Cela ne signifiait pas pour autant qu'il était sain et sauf. Les Mangemorts pouvaient très bien lui être tombé dessus, ce que le Ministère ignorerait.

- Et bien ?!

Je sortis de mes pensées avec un sursaut.

- Weasley s'est jetée sur moi quand je sortais des toilettes des filles. Je me suis juste défendue.

Il haussa un sourcil puis plissa légèrement les yeux. Je sentis son esprit humide heurter mon Mur, ce qui me donna une excellente raison de le transformer en une muraille imprenable. Je n'avais pas oublié la douleur qui avait suivi l'excursion de Rogue dans ma tête, plus d'un an de cela.

- Auriez-vous quelque chose à me cacher, Miss Lestrange ?

- C'est mon esprit. C'est privé. Je n'ai aucune obligation à vous laisser jouer les Légimens sur moi.

- Pourtant, il s'agit du moyen le plus rapide de me prouver que votre version des faits est la vérité.

Je croisai les bras sur ma poitrine.

- Je préfère encore être collée jusqu'à la fin du mois.

- Ce n'est pas un problème. J'ose espérer que cela vous servira de leçon, Miss Lestrange. Si ma mémoire est exacte, c'est déjà la deuxième fois qu'une altercation avec Miss Weasley vous vaut un passage à l'infirmerie. Apprenez à vous défendre ou arrêtez de la provoquer. Dans tous les cas, vous avez intérêt à ce qu'il s'agisse de la dernière fois que je vous fais la leçon à ce sujet. Retournez dans votre dortoir.

Les couloirs étaient déjà vides. Je rejoignis les quartiers des Serpentards d'un bon pas, pressée de tirer les rideaux autour de mon lit à baldaquin. Puisque Pansy et Draco étaient en train d'expliquer les règles de vie aux nouveaux élèves, mon arrivée passa presque inaperçue.

Si je sentis quelques regards me suivre jusqu'à ce que je disparaisse en haut des escaliers qui menaient à mon dortoir, je réussis plutôt bien à les ignorer.

Installée sur son lit de façon à faire face à la porte, Deloris fut la première chose que je vis en entrant. Son expression familière me fit marquer un temps d'arrêt, et il me fallut quelques secondes pour comprendre pourquoi.

Elle avait la même quand elle s'apprêtait à ouvrir un cadeau le jour de son anniversaire.

- Est-ce vrai ce que l'on raconte, Alya ? demanda-t-elle d'une voix mielleuse.

Les bavardages de Crystal et Jin se turent aussitôt. Le silence qui s'installa dans le dortoir sembla accentuer la soudaine tension entre Deloris et moi.

Mon poing gauche me donna l'impression de se mettre à vibrer.

C'était tentant, vraiment, mais je ne pouvais pas me permettre un tel éclat avec une fille des Vingt-Huit Consacrées.

Je pris une profonde inspiration.

- Cela dépend de ce que l'on dit sur moi, mais si tu fais référence au fait que je te trouve toujours aussi insupportable, alors oui.

Deloris éclata de son rire haut perché, celui que j'avais toujours trouvé faux.

- Rassure-toi, le sentiment est parfaitement mutuel. Non, je parlais plutôt de la rumeur selon laquelle tu te serais battue comme une chiffonnière avec Weasley ?

Je haussai les épaules.

- Elle s'est jetée sur moi comme la sauvageonne qu'elle est, mentis-je à nouveau tout en ôtant ma cape. Je suis sûre que ça ne surprend pas grand monde.

- D'après elle, c'est toi qui a porté le premier coup. Tu as pensé à ce que dira ta mère quand elle apprendra que sa fille unique se bat à la moldue avec une traître au sang ?

Le goût acide dans ma bouche me donna envie de lui cracher au visage.

Deloris pensait sans doute que Bellatrix aurait honte que je n'aie pas pensé à sortir ma baguette magique – cela ne m'avait même pas traversé l'esprit –, bien qu'elle aurait approuvé le choix de ma victime. D'un autre côté, ma mère – Judy Adler – serait sans doute satisfaite que je ne me cache pas toujours derrière un bout de bois comme elle l'avait fait plus jeune, mais elle aurait eu son mot à dire sur le genre de personne qui méritait mes poings.

- Qui sait, peut-être qu'elle me félicitera, raillai-je.

- Ou peut-être qu'elle te fera subir le même sort qu'aux Londubat ? Je n'irai pas jusqu'à dire que tu le mérites un peu, mais tu as besoin d'être remise à ta place, Lestrange. Je me ferai une joie de lui raconter toutes tes fautes quand elle nous aura rejoint. Je tiens une liste très précise.

Je passai à deux doigts de rendre Judy Adler très fière, où qu'elle soit, avant d'attraper ma baguette pour la pointer sur Deloris. Crystal s'interposa aussitôt entre nous deux, ses bras écartés et son regard décidé. Malgré sa haute taille, je réussis à voir l'expression satisfaite de Deloris, toujours assise sur son lit comme s'il s'agissait d'un trône.

- Tu as eu assez d'ennuis pour la soirée, Lestrange ! Elle n'est même pas digne de ta magie. Range cette baguette !

Son ton autoritaire n'était pas sans rappeler celui de Gloria Ngozi, sans que cela ne suffise à me décider. J'étais assez en colère pour réussir mes sortilèges. Initiation ou pas, Crystal était désarmée, je devrai réussir à l'écarter, ce qui me laisserait la voie libre pour régler le problème de Deloris. J'étais bien décidée à la transformée en grenouille, puisqu'elle en était terrifiée. Toutefois, il s'agissait d'une métamorphose que je ne maîtrisais pas tout à fait, elle pourrait bien rester coincée sous cette forme pour un moment.

Cela lui servirait sans doute de leçon à elle aussi.

- On peut savoir ce qu'il se passe ?

La voix de Pansy résonna comme un coup de fouet. Un regard dans sa direction m'apprit que je devais remercier Jin pour son arrivée tonitruante. Pansy n'hésiterait pas à me lancer le maléfice le plus vicieux qu'elle connaissait si je m'en prenais à Deloris, aussi abaissai-je ma baguette.

Si cela était encore possible, le sourire de Deloris s'élargit encore plus. Quelque chose dans son regard vert me laissa penser qu'elle n'en avait pas fini avec moi.

- Je préfère ça. J'aurais détesté te rajouter une autre retenue, petite. Je repasse dans une demi-heure, vous avez toutes les quatre intérêt à être dans vos lits ou je vous jure que vous vous souviendrez de la punition que j'imaginerais pour vous. Et ramasse ce sourire stupide, Yaxley. N'imagine pas une seule seconde que je ne vois pas clair dans ton jeu.

Deloris donna l'impression qu'elle venait d'avaler quelque chose d'amer.

- Bon sang, Alya, qu'est-ce que tu as aujourd'hui ? me souffla Crystal, juste assez fort pour que je puisse l'entendre, sa main légère sur mon épaule.

Je me dégageai sèchement.

- Je te l'ai dit, ça ne te regarde pas.

J'ouvris ma malle pour sortir mon pyjama.

Mes yeux tombèrent sur mon Éclair de Feu, bien en évidence au-dessus de tous mes vêtements.

- Si tu veux mon avis, ça ne te réussit pas vraiment de tout garder pour toi.

- Quand je voudrais ton avis, Malhorne, je ne manquerais pas de te le demander.

- Alya…

Sa voix sonnait pleine de pitié. Deloris éclata de rire, même si j'ignorais pourquoi. Je pouvais sentir le regard de Jin sur ma nuque.

Ma magie sembla créer des feux d'artifice miniatures sur ma peau. Mon poing gauche vibrait à nouveau. J'avais chaud.

Un peu envie de pleurer, aussi.

J'attrapai mon balai d'une main, ma cape de l'autre, puis pivotai sur mes talons. Crystal cria mon prénom juste avant que je ne claque la porte avec tant de force que les Êtres de l'Eau avaient sans doute perçu le bruit sourd. J'ignorais si Crystal essaya de me suivre mais au cas où, je me mis à courir dès que je fus dans le couloir. Le couvre-feu avait commencé. Si je me faisais prendre, j'étais bonne pour une autre retenue.

Je m'en fichais royalement.

Une fois dehors, j'eus l'impression de pouvoir vraiment respirer pour la première fois depuis que j'avais aperçu mon père sur le quai de la gare à Londres. D'un geste, j'enfilai ma cape, puis je décollai d'un vigoureux coup de talon.

Il me fallut une vingtaine d'accélérations, terminées par des freinages brusques qui me faisaient faire des tonneaux étourdissants, pour que je commence à laisser la colère derrière moi. Il ne resta bientôt que l'inquiétude dévorante que j'avais pour mon père. Il me fallut aller plus vite, oser des virages si serrés que l'Éclair de Feu protesta, pousser les sortilèges de freinage au maximum de leur capacité pour que mon cœur se vide enfin.

Entre l'obscurité grandissante, les quelques rafales de vent et le froid qui engourdissait mes doigts, ce fut sans doute un miracle que je ne perde pas le contrôle de mon balai, ce qui aurait pu signifier une chute ou une collision avec l'un des murs du château.

J'ignorais combien de temps j'étais restée dans les airs mais si je me fiais à la position de la lune dans le ciel et à mes jambes flageolantes, sans doute trop longtemps. Je me laissai tomber sur l'un des bancs du gradin, mon regard perdu en direction du Lac Noir. Des frissons commencèrent à me faire claquer des dents.

Mon lit m'appela à nouveau mais à la seule idée de devoir traverser le parc, puis le château, j'eus un bâillement qui me laissa les yeux larmoyants. Les nuits n'étaient pas si fraîches, je pourrais sans doute dormir ici sans attraper la mort.

Et si j'étais malade demain matin, cela me donnerait une excellente raison pour ne pas aller en classe et passer la journée au lit.

Je dus somnoler un peu car je fus réveillée par une main qui me secouait doucement.

- Que faites-vous ici à cette heure, Miss Black ?

Le professeur McGonagall semblait aussi agacée par mon comportement que par le discours de Dolores Ombrage un peu plus tôt.

J'haussai les épaules.

- J'avais besoin de voler, dis-je simplement.

Elle s'assit à mes côtés avec un soupir.

- Je crois savoir que vous avez déjà fait perdre cinquante points à votre maison et gagné un mois de retenues aujourd'hui. Beaucoup penseraient que vous auriez pu vous abstenir de transgresser le couvre-feu.

- J'ai aussi failli me battre en duel avec Deloris Yaxley, grognai-je.

Elle pinça l'arrête de son nez entre son pouce et son index.

- Et moi qui pensais que vous n'aviez pas hérité de la bêtise de votre père… Que se passe-t-il, Maellyn ?

La mention de mon père était la dernière chose dont j'avais besoin. Mes yeux se mirent aussitôt à me brûler – pas de fatigue, cette fois – et je me mordis la joue pour ne pas laissait les larmes couler.

Échouai.

J'essuyai mes joues d'un geste rageur, mes mains glacées sur ma peau brûlante.

- Allons, allons…

Elle me tapota le dos plusieurs fois, son geste aussi rigide que ceux de Pansy. Mes larmes se transformèrent en sanglots. Sans que je ne sache vraiment comment, je me retrouvai avec mon visage enfoui dans son épaule. Elle me laissa pleurer tout mon saoul puis me tendit un mouchoir quand je me redressai.

- Je pense qu'il serait plus sage que je vous accompagne à l'infirmerie. Madame Pomfresh va vous donner un Filtre de Paix. Tout ne semblera pas aussi terrible après une bonne nuit de sommeil. Et je vous promets d'avoir une petite discussion avec votre père au plus vite, d'accord ?

Mon cerveau était trop engourdi pour que je puisse me souvenir si je m'étais aussi confiée à mon insu. J'hochai la tête lentement avant de la suivre.

Lundi 2 Septembre 1995, Poudlard, Écosse.

Pour un endroit où nous étions censés nous reposer, l'absence de rideaux le long des innombrables fenêtres de l'infirmerie rendait impossible la possibilité de faire une grasse matinée.

Avec la rentrée, un tel programme était de toute façon inconcevable – Madame Pomfresh était intraitable – mais j'aurais au moins apprécié de pouvoir dormir jusqu'à sept heures.

Les premiers rayons du soleil semblèrent réveiller ma forme Animagus en premier. Je sentis l'esprit de l'oiseau voltiger dans le mien, son petit cœur excité dans ma poitrine. Nous commencions doucement à nous apprivoiser l'une l'autre. Je n'avais pas encore trouver un nom qui lui conviendrait, non plus que je parvenais à maintenir ma transformation plus de dix minutes, mais je la sentais moins craintive au fond de moi.

Si la journée de la veille n'avait pas été si mauvaise, je me serais sans doute laissée tenter par un essai matinal – je préférais m'entraîner le soir en général, mais il était tôt et j'étais seule dans l'infirmerie –.

Aujourd'hui, je préférais enfouir mon visage dans mon oreiller avec un grognement pour grappiller une heure de sommeil supplémentaire.

Ce fut un échec cuisant.

Mes pensées s'envolèrent vers mon père. La logique voulait qu'il soit sain et sauf. Le professeur Lupin ou Tonks m'auraient prévenue s'il lui était arrivé quelque chose après qu'il ait quitté King Cross. Pourtant, je ne parvenais pas à éloigner la possibilité que sa folie lui avait peut-être coûté la vie. S'il lui était arrivé quelque chose – ce qui n'était sûrement pas le cas –, il ne pourrait pas dire que Potter – ou moi, pour ce que cela changeait – étions en danger et qu'il n'y avait pas d'autre choix.

C'était ce qui me mettait le plus en colère.

Il était recherché par tous les Aurors du pays, les Mangemorts avaient ordre de le tuer à vue si l'occasion se présentait, et il décidait de se pavaner sous les yeux de tout le monde parce qu'il en avait la possibilité ?

N'avait-il rien appris de la première guerre ?

Cette fois, même Christopher n'allait pas réussir à lui trouver des dizaines d'excuses comme l'année dernière quand il était revenu à Poudlard.

Il s'était montré particulièrement stupide et téméraire. Personne ne me ferait changer d'avis là-dessus.

- Miss Lestrange, il est l'heure. J'ai envoyé un Elfe vous chercher un uniforme propre pour la journée.

Je me redressai avec un soupir.

- Je peux prendre mon petit-déjeuner ici ?

Elle écarta les rideaux qui entouraient mon lit, un sourcil levé.

- Vous avez conscience que je vais vous obliger à terminer votre plateau, n'est-ce pas ?

J'haussai les épaules. Je préférai encore me forcer à manger que subir la remontrance de Pansy et l'interrogatoire de Crystal. Je ne pourrais compter que sur Draco pour m'aider à me défendre contre leurs assauts, et il n'était pas le meilleur argumentateur à peine sorti du lit.

Quand je revins de la salle de bain, mon visage propre et un uniforme qui sentait la lessive à la fleur d'oranger sur le dos, mon repas m'attendait sur mon lit. Je regrettai de ne pas avoir de quoi lire pour me distraire un peu.

Comme si un dieu invisible avait entendu ma prière, un hibou se posa sur le rebord de la fenêtre la plus proche de mon lit.

L'écriture sur l'enveloppe me fit serrer les dents autant qu'elle me donna l'impression qu'un poids venait de tomber de ma poitrine.

Chaton,

J'espère que le trajet en train s'est bien passé. Passe une belle rentrée.

Papa.

Je fis une boule compacte avec le morceau de parchemin sans prendre le temps de le relire. Si les circonstances avaient été différentes, j'aurais sans doute été touchée par l'attention mais en l'état, j'avais plus envie de lui répondre par une beuglante que de le remercier chaleureusement. Le trajet de la veille avait été le plus mauvais de mes quatre rentrées. La journée s'annonçait aussi maussade.

Et c'était de sa faute.

Je terminai mon petit-déjeuner quand le professeur McGonagall entra dans l'infirmerie, mon emploi du temps dans la main.

- J'ai pensé que vous auriez besoin de cela pour préparer vos affaires ce matin. Votre directeur de maison s'est chargé de prévenir votre cousin que vous aviez passé la nuit ici, cela afin qu'il ne se mette pas en tête que vous auriez fugué ou que sais-je encore.

Draco n'allait pas manquer de me tomber dessus pour réclamer des détails.

- Merci, professeur.

Je ne parlai pas seulement de l'emploi du temps. A la façon dont ses yeux bruns se mirent à briller, je sus qu'elle m'avait comprise.

- La prochaine fois, je préférerai que vous veniez directement frapper à la porte de mon bureau. J'ai passé l'âge des randonnées nocturnes dans le parc du château.

J'eus un bref sourire.

- Dépêchez-vous ou vous allez être en retard en Sortilèges.

Ma grimace – cette journée ne pouvait pas commencer d'une pire façon – lui fit secouer la tête.

Je dus traverser le château d'un bon pas, mon balai sur l'épaule, pour rejoindre mon dortoir – vide, une petite victoire – et arriver devant la salle du professeur Flitwick à temps.

Il me désigna la place à côté de Luna Lovegood.

N'importe qui d'autre aurait refusé que je m'assois à la même table qu'elle après ce que j'avais fait à son amie la veille. Lovegood me détailla des pieds à la tête, ses grands yeux bleus globuleux étrangement perçants, comme si elle me faisait passer un test dont j'ignorais la teneur exacte.

- Bonjour, Alya.

- Bonjour, Luna.

Son ton était un peu plus sec que d'habitude, mais toujours aussi rêveur, aussi fus-je incapable de déterminer à quel point elle me haïssait. Il était inutile que je me torture à ce sujet : Lovegood était capable de s'être imaginée que j'avais été possédée par une créature imaginaire, ce qui expliquait pourquoi je m'en étais prise à Weasley, et d'être déjà passée à autre chose.

Comme tous les ans, nous passâmes la première heure à réviser les sortilèges de l'année dernière, dont celui d'euphorie, ce qui eut un drôle d'effet sur la colère que je sentais toujours au fond de moi.

Puisque j'étais globalement de mauvaise humeur, je ne m'en sortis pas trop mal : je réussis à produire quelque chose à chacun de mes essais, rien d'étrange ne se produisit, et le professeur Flitwick m'accorda même dix points quand je fus la première à me souvenir de la formule du sortilège Lasso.

- Au fait, Alya, je voulais te donner ça.

C'était un exemplaire du dernier Chicaneur, un magazine que personne ne prenait au sérieux, en partie parce que Xenophilius Lovegood écrivait la majorité des articles. Sur la couverture, je reconnus difficilement une caricature de Cornelius Fudge, un sac d'or à la main, son autre main

serrée sur la gorge d'un gobelin.

« Jusqu'où ira Fudge pour s'emparer de Gringotts ? »

J'haussai un sourcil puis je parcourus les autres titres des yeux.

CORRUPTION À LA LIGUE DE QUIDDITCH :

Comment l'équipe des Tornades a-t-elle fait pour gagner ?

LES SECRETS DES ANCIENNES RUNES RÉVÉLÉS

SIRIUS BLACK : tueur ou victime ?

Mon cœur s'accéléra.

- Sirius Black est de ta famille, non ?

J'hochai la tête en silence.

- Je pense qu'il est innocent.

Venant d'une fille qui croyait que les Ronflacks Cornus existaient – entre autres choses –, sa confession n'aurait pas dû être aussi réconfortante.

J'eus un sourire, un peu malgré moi.

- Peut-être que c'est le cas, soufflai-je. Merci pour le magazine.

Sans vraie surprise, Crystal m'attendait dans le couloir.

- Rassure-moi, tu n'as pas passé la nuit à l'infirmerie parce que ta séance de vol s'est mal terminée, pas vrai ?

- Non.

Elle ouvrit la bouche, comme pour enchaîner sur d'autres questions, avant de se raviser. Nous primes la direction des cachots pour le cours de potions. Je devais sans doute m'estimer heureuse de n'avoir aucun cours en commun avec les Gryffondors aujourd'hui.

Weasley m'avait promis de se venger. Je doutais qu'elle se dérobe longtemps.

Histoire de décourager toute discussion avec Crystal, je rouvris le Chicaneur pour lire l'article sur mon père.

Pour être tout à fait honnête, je m'étais attendue à des élucubrations fantasques – il s'agissait quand même du Chicaneur –. La théorie des Lovegood réussit à me laisser sans voix.

Un redoutable tueur en série ou un innocent chanteur de variétés ?

Plus je progressais dans ma lecture, plus je secouais la tête. Rien de tout cela n'avait le moindre sens – quand bien même ce Doris Purkiss avait choisi pour nom de scène Sirius Black et qu'il lui ressemblait –.

Ça avait le mérite de changer des histoires sordides sur les Black et les Lestrange.

Crystal fronça les sourcils en détaillant la couverture.

- Qui publie un truc pareil ?

- Le père de Luna.

- Et des gens l'achètent ?

- Il faut croire. Il existe depuis des années.

Elle secoua la tête.

- Je serais curieuse de savoir ce que le professeur Babbling pense de l'article sur les anciennes runes.

- Qui sait, ça sera peut-être plus intéressant que son cours.

- Tu dis ça parce que tu n'aimes pas l'histoire.

L'arrivée de nos camarades de Serpentard m'empêchèrent de me lancer dans une critique approfondie de cette discipline – Deloris serait bien capable d'aller tout raconter au professeur Babbling –. Crystal s'installa à côté de moi en potion et, peu à peu, je réussis à enfermer ma colère et ma mauvaise humeur dans un coin de ma tête, profitant des nombreuses distractions offertes pour penser à autre chose.

A la fin de l'heure, Rogue m'apprit que ma première retenue aurait lieu avec Rusard à vingt heures. Je m'estimai heureuse qu'il ne commente pas le fait que j'étais sortie voler la nuit dernière, non plus que j'avais dormi à l'infirmerie.

Draco et Pansy eurent même le bon goût de me laisser tranquille à la pause déjeuner.

Le hibou qui se posa devant moi, entre le plat et le dessert, ne manqua pas d'attirer l'attention de tous les Serpentards. Puisque j'avais déjà reçu une lettre de mon père quelques heures plus tôt, il s'agissait sans doute d'une lettre de reproches de la part de Lucius.

Je devais déjà m'estimer heureuse qu'il ne m'ait pas envoyée une beuglante.

Ce n'était toutefois pas l'écriture de mon oncle sur l'enveloppe.

Le tampon, lui, indiquait que son origine était autrement plus exotique.

- Qui tu connais en Australie, toi ? me demanda Crystal.

- Personne.

Elle eut le toupet d'être sceptique, alors qu'elle était bien au fait de la liste de mes amis ou de ma famille…

Ma famille !

Mes mains se mirent à trembler.

Se pourrait-il ?

L'enveloppe contenait une carte postale. Il s'agissait d'un dessin représentant un serpent, décoré de motifs géométriques.

Au dos, le message me fit l'effet d'une douche froide.

Mon cœur me donna l'impression de se décrocher de ma poitrine.

Bonne rentrée, Alya !

(J'espère en tout cas que cette carte postale arrivera à temps, il parait que les services postaux australiens ne sont pas très efficaces).

(J'espère aussi que tu as passé un bon été, malgré les circonstances).

Alex D.

Je relus le message deux fois pour être bien sûre, avant de le tendre à Crystal.

Mon amie ne tarda pas à se fendre d'un sourire moqueur.

- J'ignorais que vous étiez devenus si bons amis.

- Ce n'est pas le cas.

- Ca y ressemble pourtant beaucoup.

Je levai les yeux au ciel.

- Il parvient à être agaçant même depuis l'autre bout du globe !

Crystal éclata de rire, puis se pencha vers moi, une étincelle moqueuse dans ses yeux noirs.

- C'est Nott qui va être jaloux d'une telle correspondance !

J'eus envie de lui vider mon verre d'eau au visage. Cela dût se lire dans mon regard, car rit à nouveau, de toute évidence ravie de son trait d'esprit.

- Je te déteste !

Quand nous retrouvâmes la salle commune après un cours d'Arithmancie puis d'Astronomie, Draco, Pansy et tous les autres Serpentards de leur année étaient déjà revenus de leur dernier cours. Mon cousin me fit un signe pour que je les rejoigne, ce qui faillit me convaincre d'aller m'enfermer dans mon dortoir – dans la salle de bain, même, si je voulais éviter Pansy –. Il avait toutefois une étrange expression, comme un mélange d'excitation et de satisfaction que j'avais appris à associer à une seule chose.

D'une façon ou d'une autre, Harry Potter s'était encore attiré des ennuis.

C'était sans doute la meilleure distraction que je pouvais espérer.

- Bonne journée ? dis-je, un sourire un peu forcé aux lèvres.

Pansy leva les yeux au ciel à sa droite.

- Excellente. Potter s'est fait virer du cours d'Ombrage en moins d'une demi-heure et la rumeur veut qu'il soit en retenue tous les soirs de la semaine. C'est un crétin.

Puisque j'avais réussi à obtenir un mois de retenue avec le professeur Rogue la veille, je n'étais pas certaine que l'intelligence de Potter ait grand-chose à voir là-dedans, mais Draco n'était pas obligé de le savoir.

- Qu'a-t-il fait ?

Draco me raconta l'affrontement entre Dolorès Ombrage et Harry Potter lors du cours de Défense, avec tant de détails que je faillis lui demander s'il ne s'était pas arrangé pour y assister en personne.

Dans tous les cas, il se disait qu'Ombrage comptait aborder la Défense contre les Forces du Mal d'un point de vue purement théorique, ce que Potter avait jugé stupide – j'étais obligée de reconnaître que j'étais d'accord avec lui sur ce point –. Bien entendu, le ton était monté. Potter avait fini rappeler que Diggory avait été assassiné par le Seigneur des Ténèbres deux mois plus tôt, sans doute pour pointer du doigt qu'ils avaient tous besoin de pratiquer les sortilèges de Défense.

Ombrage l'avait envoyé voir le professeur McGonagall.

- On ne peut pas lui reprocher d'avoir tort sur le fond mais, vraiment, c'était couru d'avance qu'un tel discours ne passerait pas avec Ombrage, résumai-je.

Dolorès Ombrage n'était pas du genre à écouter un élèves de cinquième année remettre en cause la façon dont elle faisait cours pour commencer, et après la campagne que le Ministère avait mené tout l'été pour discréditer Potter et Dumbledore, il aurait gagné son temps à hurler ses arguments face à un mur.

- Tout le monde ne parle que de ça, reprit Pansy. Le Ministère a l'air d'avoir convaincu pas mal de familles durant l'été que Potter est un menteur et que Dumbledore est gâteux.

- Il faut avouer que cette explication est beaucoup plus séduisante que la vérité, rappela Blaise.

Il avait parfaitement raison mais cela n'empêcha pas Crystal de se lancer dans une diatribe contre Fudge et tout son gouvernement plein de fiel, qui me fit penser à la façon dont elle parlait du gouvernement britannique moldu.

Draco attrapa ma main bandée avec douceur.

- Ça va, cousine ?

J'haussai les épaules.

- Mon père est un idiot qui va finir par se faire tuer, répondis-je, à peine assez fort pour qu'il puisse m'entendre.

Il fronça les sourcils, puis écarquilla les yeux.

- C'est pour ça que tu as frappé Weasley ?

- Peut-être. Si tu me le permets, je vais aller prendre de l'avance sur mes devoirs, parce que Rogue m'a arrangé un tête à tête avec Rusard après manger.

Son expression pincée accentua sa ressemblance avec sa mère. Il secoua la tête.

- Continue comme ça, et tu vas rendre ton père fier, me glissa-t-il.

Je lui tirai la langue.

Samedi 7 Septembre 1995, Poudlard, Écosse.

- La belle aux bois dormants, il est onze heures passées.

Je reconnus le bruit de mes rideaux autour de mon lit, puis une main me secoua gentiment l'épaule.

J'enfouis mon visage dans mon oreiller en grognant.

- Fatiguée.

- Tu aurais dû penser à ça avant de mettre Rogue au défi de te coller tous les soirs jusqu'à la fin du mois. Estime-toi heureuse que j'ai réussi à convaincre Pansy de me laisser te réveiller. Debout !

Crystal m'arracha mes couvertures, puis s'installa en tailleur dessus pour être certaine que je ne puisse pas les rabattre sur moi.

- Je te déteste, dis-je en me redressant difficilement.

Malgré l'heure tardive, j'avais quand même l'impression que mes paupières pesaient plusieurs tonnes chacune.

Crystal avait raison. J'aurais dû réfléchir et dire à Rogue ce qu'il voulait entendre le jour de la rentrée. C'était ce que n'importe quel autre Serpentard aurait fait à ma place. Le provoquer était une idée digne d'un Gryffondor.

Ce n'étaient pas tant les devoirs – nombreux, nous étions en quatrième année, les BUSES étaient pour l'année prochaine, il nous fallait travailler dur si nous voulions atteindre le niveau attendu – ou les retenues qui étaient à l'origine de ma fatigue.

Je n'avais pas réussi à faire une nuit complète depuis celle que j'avais passé à l'infirmerie. Les cauchemars m'attendaient au cœur de la nuit. Des mélanges étranges où se croisaient les visages de mon père et de Bellatrix, où je portais parfois la Marque, qui se terminaient tous par un éclair de lumière verte et un silence oppressant. En général, je n'arrivais pas à me rendormir, ce qui rendait l'intervention de Crystal presque cruelle.

Elle me tendit deux scones.

- Tu sais que mon Médicomage m'a certifié que j'étais en pleine forme à la fin de l'été ?

Je ne m'expliquais toujours pas comment, mais j'avais réussi à reprendre tous les kilos qui me faisaient défaut depuis cette nuit dans la Cabane Hurlante.

- Tu peux remercier Chris pour ça. Et je doute qu'il t'encouragerait à sauter des repas pour autant. Mange.

Elle avait cet air décidé contre lequel je n'avais pas assez d'énergie pour me battre. Il était parfois plus simple de lui céder.

- Nott te cherchait.

- Grand bien lui fasse. Je n'ai pas de temps à lui consacrer.

- Ce n'est pas très gentil de parler comme ça de ton futur fiancé.

Avec ce que j'avais appris à la fin de l'été, j'étais certaine que ce n'était plus qu'une question de mois avant que Nott ne fasse sa demande officielle – sûrement pendant les vacances de Noël –. Certains jours, je me rassurai en me disant que cela aurait pu être pire. Nott n'était pas plus enthousiaste que moi et il semblait décidé à se tenir scrupuleusement à l'étiquette Sang-Pur pour acheter sa tranquillité.

Le reste du temps, savoir que j'allais être fiancée dès mes quatorze ans et que j'allais devoir jouer la comédie encore plus que d'habitude me donnait envie de hurler jusqu'à ce que mes cordes vocales se déchirent.

- Personne n'a encore signé quoique ce soit, j'ai le droit de me montrer aussi désagréable que je le souhaite. Rien d'autre ?

Elle pinça les lèvres.

- Quoi ?

- Termine ton scone ?

Le morceau dans ma bouche se transforma en cendre.

- Quoi ?!

Elle me dévisagea un long moment, avant de sortir un morceau de La Gazette de la poche de sa robe.

Je sentis le sang quitter mon visage.

- Ce n'est pas si grave, me dit-elle précipitamment. Et ce n'est peut-être même pas vrai. Et je suis certaine qu'il va se mettre en sécurité…

Je ne l'écoutais déjà plus que d'une oreille. L'article était dissimulé sous une publicité pour Mme Guipure. Un an plus tôt, il aurait été en première page.

SIRIUS BLACK DE RETOUR A LONDRES ?

Le ministère de la Magie a reçu d'une source digne de foi une information selon laquelle

Sirius Black, l'assassin de sinistre réputation, qui s'est évadé d'Azkaban il y a un peu plus de deux ans, se cacherait actuellement à Londres ! Le ministère a le devoir d'avertir l'ensemble de la communauté des sorciers que Black est un homme très dangereux. Ancien bras droit de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, il a tué treize personnes, dont douze moldus...

Mes mains tremblaient tellement que je ne réussis pas à lire la fin de l'article.

Ils l'avaient retrouvé. Ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'il ne l'arrête. Il allait recevoir le Baiser du Détraqueur et ça serait fini.

L'air se raréfia dans mes poumons. Mon cœur battait à toute vitesse dans mes oreilles. Mes yeux étaient brûlants.

- Oh, Maellyn…

Crystal me prit dans ses bras avec douceur.

- Respire, Adler, me souffla-t-elle à l'oreille.

Sa main formait des cercles réguliers dans mon dos. Je fis de mon mieux pour me concentrer dessus, même si mon cerveau était absorbé par les scénarios catastrophes qui tournaient dans ma tête, nourris par les cauchemars de la semaine passée et la peur viscérale que j'avais de perdre mon père.

Il me fallut de longues minutes pour retrouver le dessus sur mes émotions. Les yeux bouffis, le nez et la gorge douloureux, je me sentais hébétée.

Crystal essuya mes joues avec un mouchoir puis me le tendit pour que je puisse me moucher.

- Je suis certaine que les seules personnes qui savent vraiment où se trouve Sirius Black n'ont pas du tout l'intention de le vendre au Ministère. C'est sans doute une fausse rumeur. « Une source digne de foi », tu parles ! Fudge essaye de faire croire qu'ils ont une piste.

Je secouai la tête lentement.

- Les Mangemorts savent pour sa forme Animagus.

Cela ne sembla pas la surprendre.

- Oui, je suppose que Pettigrow ne s'est pas gêné pour le vendre... Tu penses que ça a un lien ?

Je n'avais pas vraiment envie de parler de ça maintenant et encore moins dans notre dortoir. Crystal serra la main qu'elle tenait encore entre les siennes et la confidence passa mes lèvres.

- Il a accompagné Potter et les Weasley au Poudlard Express. Il n'aurait pas dû sortir.

Elle entrouvrit la bouche de stupeur, puis fronça les sourcils.

- Oh. Je comprends un peu mieux pourquoi tu étais d'une humeur massacrante dans le train. Et pourquoi tu as frappé Weasley.

J'haussai les épaules.

- Il m'a promis d'être prudent. Je n'appelle pas ça être prudent.

Une expression étrange passa sur ses traits. Son masque dur tomba. Elle eut un sourire tremblant.

- Non, ce n'est pas prudent… Et en même temps, c'était peut-être sa seule chance d'accompagner Potter et de te voir monter dans le train comme tous les parents le font tous les ans. Tom et Ouma ne peuvent jamais m'accompagner jusqu'au quai mais ils sont au moins là. Pas mes parents.

Je n'eus rien à répondre à ça. Crystal parlait très peu de ses parents, à propos desquels elle ne m'avait confié que quelques détails. Toutefois, ce n'était pas la première fois qu'elle me rappelait que j'avais de la chance d'avoir encore mon père quand le sien était décédé depuis des années.

Ce fut à mon tour de lui serrer la main.

- J'ai peur qu'il se fasse reprendre. Ou que les Mangemorts le capturent.

- Il leur échappe depuis plus de deux ans, Maellyn. Ils ne vont pas l'avoir comme ça.

- Le Ministère sait qu'il est à Londres !

- La belle affaire ! Londres est une ville immense. Pour le moment, ils ne l'ont pas attrapé et les Mangemorts ont sans doute autre chose à faire que de le traquer.

J'eus un soupir. J'aurais aimé être aussi confiante, mais je savais que la chance de mon père n'allait pas durer éternellement. Tôt ou tard, il allait prendre un risque qui signerait sa fin.

- Tout serait plus simple s'il décidait de s'exiler à l'autre bout du globe, là où personne n'ira jamais le chercher.

Crystal haussa un sourcil.

- C'est marrant, je pourrais dire la même chose de toi.

- C'est différent !

- Mais bien sûr. Va t'habiller au lieu de dire n'importe quoi. J'aimerais qu'on regarde le devoir de Botanique avant le déjeuner.

Il s'avéra très vite que Crystal était décidée à ce que nous terminions tous nos devoirs aujourd'hui afin de pouvoir profiter de notre dimanche. Puisque j'avais pris plus de retard qu'elle, et que j'avais une retenue le soir même avec Rusard, pour changer, je n'eus pas d'autre choix que de mettre les bouchées doubles pour tenir son rythme.

Cela eut au moins le mérite de m'occuper l'esprit. Je n'eus pas trop le temps de m'appesantir sur cet article de La Gazette – ce qui ne m'empêcherait pas de l'envoyer à mon père pour lui prouver que son imprudence avait eu des conséquences sérieuses –. Quand l'heure de ma retenue arriva, je n'avais pas d'autre envie que d'aller me coucher.

- Courage, petite. Après celle-ci, tu n'en auras plus que pour trois semaines.

- Parfois, je me demande si tu m'aimes tant que ça, Parkinson.

Elle sembla outrée que je sous-entende qu'elle puisse m'aimer, ce qui lui valut tout un tas de moqueries de la part de Draco, Millicent et même Daphnée.

- D'aussi loin que je me souvienne, Pansy, tu l'as toujours défendue bec et ongles !

Je serais vraiment bien restée pour entendre ce que les autres avaient à dire, mais je pouvais sentir les yeux de Rusard sur ma nuque depuis les portes de la Grande Salle.

- A plus tard, soufflai-je à Crystal.

Rusard m'accueillit avec un grognement, puis me fit signe de le suivre.

Au cours de la semaine, j'avais déjà nettoyé la salle des trophées, préparé des ingrédients pour Rogue, aidé Mme Pince à ranger tout un arrivage de livres et, depuis deux soirs, j'étais de corvée d'argenterie dans les cuisines.

Ce qui était stupide, parce que j'étais certaine que les Elfes de Maison auraient pu s'en charger en claquant des doigts.

Rusard chatouilla la poire sur le tableau qui marquait l'entrée des cuisines. Une pile de cuillères à soupe n'attendait que moi, comme les deux autres fois, ainsi qu'un chiffon et une fiole de potion récurrente – dont l'odeur me donnait mal à la tête au bout d'une heure –.

- Baguette.

Je la lui tendis sans un mot.

L'inconvénient de cette tâche ingrate – et à la différence des devoirs donnés par mes professeurs – était que mon cerveau y voyait la parfaite opportunité pour me passer en boucle les évènements de la journée – de la semaine, des mois – passée.

L'avantage, c'était que je pouvais passer ma colère sur les tâches incrustées dans l'argenterie gobeline. Ce n'était pas aussi satisfaisant que l'expression éberluée de Weasley après mon premier coup de poing, mais cela ne risquait pas de me coûter des retenues supplémentaires et l'Elfe qui contrôlait mon travail semblait satisfait par la brillance du métal.

Le plus agaçant était que je savais que ma colère ou mes larmes ne changeraient rien. Mon père me l'avait prouvé l'année dernière. Il était aussi obstiné que moi. Il était revenu en Écosse pour protéger Potter – non pas que cela ait changé grand-chose – et peut-être qu'il me justifierait sa présence sur le quai de King's Cross de la même façon. Qu'il fallait que quelqu'un accompagne Potter au train, qu'il était son parrain, qu'il avait promis de le protéger et tant pis s'il se mettait en danger au passage.

Sa sécurité n'était juste pas ce qui était le plus important à ses propres yeux quand elle était vitale aux miens.

La cuillère – parfaitement polie – me renvoya mon reflet, juste un peu déformé.

Au fil de l'année dernière, j'avais appris à reconnaître Judy Adler dans la couleur de mes yeux, la forme de mon nez et mon sourire tordu. Je savais toutefois qu'il y avait une part de mon père en moi. Pas seulement le caractère ou les cheveux noirs. Le pli entre mes deux sourcils, mon expression décidée, la forme de mon menton.

Je lui ressemblais aussi.

Je lui ressemblais beaucoup. Trop, peut-être.

Un soupir passa mes lèvres.

Je veux la détruire.

Mon père était prêt à tout risquer pour Harry Potter et moi.

Jusqu'où serais-je capable d'aller à mon tour pour tenir ma promesse ?

- Miss Alya, Dobby vous a préparé un chocolat chaud comme Dobby sait que Miss Alya l'aime. Dobby n'a pas oublié.

La petite voix aiguë, que je n'avais pas entendu depuis des années, me fit sursauter. Les grands yeux verts globuleux de l'ancien Elfe de Lucius me dévisageaient. C'était étrange de ne plus le voir vêtu du torchon marqué des armoiries Malefoy. Non pas qu'il avait opté pour l'uniforme de Poudlard.

A la place, il portait un bonnet en laine un peu informe, une cravate bleu électrique sur sa poitrine nue, un short orange pour enfant et des chaussettes dépareillées.

Un seul de ces accessoires aurait suffi à faire hurler Pansy au scandale.

- Merci Dobby, soufflai-je.

C'était la première fois que je le revoyais depuis sa libération – accidentelle, à en croire Lucius –. Draco m'avait bien dit l'avoir aperçu dans les cuisines une fois ou deux l'année dernière, mais je n'avais pas eu cette chance. D'une certaine façon, je comprenais qu'il préfère garder ses distances.

- Je suis contente de te revoir, dis-je doucement. Tous les autres Elfes se portent bien, au manoir. Ils ne le disent pas, mais je suis sûre que tu leur manques.

Ses yeux devinrent brillants, mais il baissa aussitôt la tête.

- Miss Alya est trop gentille. Dobby sait bien que sa famille a honte de lui.

La mère de Dobby avait été inconsolable, l'été qui avait suivi sa libération. Parky ronchonnait plus qu'avant, même si c'était peut-être dû à l'âge. Ses deux sœurs étaient les seules à être restées indifférentes.

Dobby n'avait pas besoin de savoir ça.

- J'aime beaucoup ta cravate. Très élégante.

- Vraiment, Lestrange ? Il fallait le dire, j'aurais porté la même le soir de ton bal de Débutante.

L'intervention de Nott sembla faire éclater la petite bulle autour de l'Elfe et moi.

- Si Miss Alya a besoin de quelque chose d'autre, Miss Alya ne doit pas hésiter à demander.

- C'est gentil.

Rusard m'avait expliqué le premier soir que je ne devais rien demander aux Elfes. J'étais en retenue, j'avais une tâche à accomplir. J'avais quand même eu le droit à une tasse de thé et à une part de tarte à chaque fois.

J'avais comme l'impression que le concierge n'était pas très apprécié.

Nott s'installa en face de moi.

- Comme tu peux le voir, je suis très occupée, et je ne suis pas censée recevoir de visite. Sois bref.

Mon ton cassant le laissa indifférent. Il réajusta la cravate de son uniforme – qui était toujours impeccable, même après un cours de Botanique – puis croisa les mains devant lui, comme s'il s'apprêtait à négocier le prix de son âme.

Ou plutôt de la mienne.

Je pris une nouvelle cuillère pour ne pas avoir à soutenir son regard insistant.

- J'ai reçu une lettre de mon père ce matin.

- C'est ce que Crystal a laissé entendre.

- Oh, donc elle t'en a parlé. Est-ce la raison pour laquelle tu as passé la journée à m'éviter ?

Je ne pus retenir un éclat de rire moqueur.

- Tu n'es pas le centre de l'univers, Nott. J'étais à la bibliothèque pour faire mes devoirs avec Crystal. Je n'appelle pas ça « t'éviter ».

Dans le reflet de la cuillère, je fus presque sûre qu'il avait l'air agacé, presque à deux doigts de s'en aller même.

Je relevai la tête, mon sourire tordu sur les lèvres et un sourcil haussé. Ce fut à mon tour de rester indifférente face à son regard sombre.

- Se pourrait-il qu'il soit tombé gravement malade et que le vent tourne enfin dans la bonne direction ?

- Non. C'est même plutôt le contraire. Il m'a annoncé s'être arrangé pour forcer Lady Malefoy à donner toute son attention aux négociations de notre contrat de fiançailles. Il a bon espoir que ce dernier soit fin prêt d'ici Halloween.

J'eus l'impression de me prendre deux gifles cinglantes. Le sang quitta mon visage.

- Plaît-il ? coassai-je.

Il haussa un sourcil.

- Tu n'as pas vu l'article dans La Gazette ?

J'étais trop occupée à digérer le fait que je pourrais être fiancée dès Halloween pour lui répondre.

- Celui sur Sirius Black ?

La mention de mon père m'aida à reprendre mes esprits. Au moins en partie.

- Qu'est-ce que Sirius Black a à voir là-dedans ?

- Narcissa Malefoy est connue pour être prête à tout pour sa famille. Sirius Black a beau avoir été renié il y a des années, elle le considère toujours comme son cousin. On l'a tous vu sur le quai 9 3/4 le jour de la rentrée, mon père en a déduit qu'il était de retour sur Londres, puisque la rumeur veut que l'Ordre du Phénix se soit reconstitué en juin dernier.

Mes mains se mirent à trembler.

On l'a tous vu sur le quai 9 3/4 le jour de la rentrée.

Viviane toute puissante.

Le Ministère de la Magie a reçu d'une source digne de foi une information selon laquelle Sirius Black se cacherait actuellement à Londres !

Je pris mon visage entre mes mains pour reprendre mon souffle. Je ne pouvais pas me permettre de fondre en larmes devant Théodore Nott.

Là, tout de suite, j'avais pourtant envie de pleurer. De rage ou d'impuissance, je n'étais pas encore décidée, mais mes yeux me brûlaient déjà.

Lucius tenait Narcissa avec le secret de mon père depuis le retour du Seigneur des Ténèbres. Elle n'avait pas eu d'autre choix que d'accepter de me fiancer avec Nott. Elle espérait toutefois me faire gagner du temps – elle pensait que je m'exilerais aux États-Unis, j'espérais que Bellatrix mettrait fin à toute cette folie à sa sortie d'Azkaban –.

En une seule phrase murmurée à l'oreille de Fudge, Archibald Nott venait de lui prouver qu'il n'hésiterait pas à livrer Sirius Black au Ministère.

- Ton père est la « source digne de foi » de Fudge ? demandai-je quand même, juste pour être certaine d'avoir bien compris la profondeur de mes nouveaux ennuis.

Nott serra les lèvres.

- Mon père est la source digne de foi de beaucoup de personnes au Ministère, Lestrange.

Ma gorge se serra. Je m'obligeai à prendre une profonde inspiration.

A la façon dont Nott détourna les yeux, j'en déduis que les miens devaient être brillants.

- On est fichu, donc.

- On est fichu depuis le début, Lestrange. Mon père obtient toujours ce qu'il veut. Il a décidé que tu serais la futur Lady Nott, tu peux être certaine que cela arrivera. C'est ce que je n'ai pas arrêté de te dire !

C'était peut-être facile à dire pour lui. Je connaissais son point de vue sur la question. Il n'aimait pas l'idée de se savoir fiancé aussi jeune, mais il savait qu'un mariage avec une fille des Vingt-Huit Consacrées était inévitable. Je devais sans doute me sentir flattée qu'il considère que je sois un choix convenable.

De mon côté, j'avais quatorze ans depuis à peine un mois. Narcissa m'avait toujours promis qu'elle ne m'obligerait pas à faire un mariage de convenance. Depuis que je savais que j'étais une Illégitime, je m'étais convaincue que je pourrais échapper à tout ce cirque à ma sortie de Poudlard.

Merlin, Viviane, Morgane et Circé. Je n'avais que quatorze ans !

Une seule larme m'échappa, que j'essuyai aussitôt.

- Pourquoi ?

Ma voix était chevrotante. J'avais horreur de ça.

- Vraiment, Lestrange ? Tu n'as jamais entendu parler de notre devoir de perpétuer nos lignées…

- Pourquoi moi ?! le coupai-je. Les Nott et les Lestrange se détestent depuis cinq générations. Pourquoi moi ?

A la façon dont il me dévisagea, j'eus l'impression qu'il essayait de deviner si j'étais prête à entendre la suite. Ou peut-être calculait-il la probabilité que sa réponse me fasse fondre en larmes.

Je serrai les dents et je relevai le menton.

Il soupira.

- De ce que j'ai cru comprendre, mon père pense qu'il s'agit du seul moyen pour m'éviter la Marque des Ténèbres.

C'était la dernière chose à laquelle je m'attendais. Alya Lestrange était la descendante de deux familles Sang-Pur prestigieuses – ce qui allait de pair avec une fortune colossale – et j'étais la nièce des Malefoy.

A quel moment étais-je devenu un joker ?

- Parce que je prendrai la Marque ?

Je savais que si Bellatrix s'échappait et qu'elle se mettait en tête de faire de moi son héritière, il me serait quasiment impossible de m'y soustraire.

Elle était capable de me tuer si je refusais.

Nott sembla prendre le temps de réfléchir à sa réponse, ce qui était assez rare pour être relevé.

- Je ne suis même pas sûr. Ta mère est la seule femme à avoir pris la Marque, rien ne garantit qu'Il fera aussi une exception pour toi. Mon père n'est pas du genre à compter sur la chance pour ça. Il doit y avoir autre chose.

Je me redressai, le poids sur mes épaules soudain un peu moins lourd. Si Lord Nott avait un plan, peut-être pourrions-nous le doubler et éviter si ce n'étaient pas les fiançailles, au moins le mariage.

- On dirait qu'on sait ce qu'il te reste à faire, dans ce cas.

- Merci, Lestrange. Je ne t'ai pas attendue.

Je repris ma cuillère et mon chiffon.

- Tiens-moi au courant.

Mercredi 15 Septembre 1995, Poudlard, Écosse.

La cloche annonçant la fin des cours déchira le silence de la salle de Défense, tirant quelques sursauts et de très nombreux soupirs de soulagement. Je refermai le livre de Théorie des

stratégies de défense magique par Wilbert Eskivdur, notre véritable professeur de Défense cette année.

Si je pensais que très peu de personnes réussiraient à enseigner cette discipline encore moins bien que Gilderoy Lockhart, j'avais été corrigée dès la première heure avec le professeur Ombrage. Même si Lockhart ne maîtrisait pas du tout son sujet, et qu'il était plus préoccupé par ce que pensait ses élèves de lui que par la qualité de ses cours, au moins reconnaissait-il que, sans pratique, il était impossible d'apprendre à se défendre.

A ma droite, Crystal marmonna une énième malédiction à l'encontre de notre professeur en Afrikaans.

- Bonne fin de journée à toutes et à tous. N'oubliez pas, j'interrogerai certains d'entre vous à l'oral sur les principes de base à l'usage des débutants lors de notre prochain cours.

- Bonne journée, professeur Ombrage, singeai-je comme tous les autres.

La semaine dernière, elle nous avait fait tous rasseoir quand nous n'avions pas répondu en cœur.

- On va à la bibliothèque ? me demanda Crystal.

- Sans moi. J'ai ma leçon avec le professeur McGonagall. Il faut d'ailleurs que je me dépêche.

Son expression s'assombrit davantage. Les cours de Défense avaient le même effet sur elle que les cours de Sortilèges avaient sur moi. Nous ne passions pas un bon moment et toute contrariété supplémentaire ressemblait à un acharnement injuste du destin.

- Tu ne serais pas obligée de courir si tu n'avais pas toutes ces retenues !

Je levai les yeux au ciel. Je commençais à en avoir assez d'entendre cet éternel refrain.

- Vraiment ? Pansy et toi auriez dû me le dire plus tôt !

En chemin, je croisai les Gryffondors de mon année, Ginny Weasley en tête. Elle m'adressa un regard assassin que je ne pus que saluer d'un sourire en coin. A ma plus grande surprise, elle n'avait pas encore essayé de se venger, mais nos rares échanges avaient été tendus. Crystal m'avait fait promettre de ne pas jeter d'huile sur le feu, j'avais bien du mal à m'y tenir, et la situation ne tarderait pas à exploser.

Il suffirait d'un jour où je serais de mauvaise humeur et où elle aurait envie d'en découdre pour que nous terminions à l'infirmerie – encore –.

Le professeur McGonagall arriva après moi devant son bureau. Elle fit un geste compliqué pour le déverrouiller puis me fit signe de passer devant elle.

- Si l'on peut dire une chose, c'est que vos nombreuses retenues ne font pas mon affaire, Miss Black, dit-elle en s'installant.

Je me ratatinai sur mon siège. A mesure que les jours passaient, je regrettai de plus en plus d'avoir tenu tête à Rogue le jour de la rentrée. J'avais du mal à faire tous mes devoirs, je ne pouvais pas profiter des derniers rayons du soleil pour voler un peu et je n'avais même pas trouvé le temps de répondre à la lettre de Christopher. Par-dessus ça, le professeur McGonagall avait eu des difficultés à trouver un moment pour que nous puissions reprendre nos leçons particulières, ce qui ne la ravissait pas.

- Ce n'est pas de ma faute, marmonnai-je quand même.

J'étais bien décidée à soutenir jusqu'à ma mort que Weasley avait tout commencé, et tant pis si ce n'était qu'à moitié vrai.

Il y eut un long silence. Quand je risquai un regard vers mon professeur, ses lèvres ne formaient qu'une mince ligne, ses sourcils étaient haussés si hauts que les lignes sur son front étaient devenues innombrables et elle me détaillait par-dessus ses lunettes carrées.

Je croisai les bras sur ma poitrine, bien décidée à ne pas prononcer un mot de plus concernant cette histoire.

Elle fit claquer sa langue. Son expression devint assortie à son regard sévère.

- Vous avez conscience que j'étais la directrice de maison de Gryffondor pendant les sept années d'études de votre père, n'est-ce pas ?

Mon silence buté la laissa de marbre.

- N'est-ce pas ?

Jedétournai les yeux brièvement.

- Oui.

Elle hocha la tête, pour approuver ma réponse ou saluer mon effort vocal.

- En sept ans, je l'ai reçu dans ce bureau, avec ou sans ses amis, si souvent que je serais incapable de retrouver le compte exacte. Ne croyez pas une seule seconde que je ne vois pas clair dans votre jeu.

- Mon jeu ?

- Votre jeu, celui de votre père, de votre oncle et de tous les autres Black qui ont un jour arpenté les couloirs de Poudlard et que j'ai eu la mésaventure de croiser.

Il me semblait que mon père avait été une exception dans sa famille. Je ne voyais vraiment pas ce que Regulus et lui avaient bien pu avoir en commun, non plus que je pouvais imaginer Bellatrix, Androméda ou Narcissa comme le fauteur de troubles qu'il avait été.

J'ignorais où elle voulait en venir.

- Ce n'est pas en vous attirant des problèmes ici et en collectionnant les retenues que vous allez arranger ce qui vous tracasse, quoique cela puisse être. Je vous l'ai déjà dit et je n'ai pas peur de le répéter, ma porte vous est toujours ouverte, et pas uniquement si vous avez des questions en Métamorphose.

J'ouvris la bouche pour protester – je n'étais pas mon père, je ne me comportais pas comme une Gryffondor sans cervelle et Ginny Weasley m'avait provoquée – mais elle m'interrompit d'un geste de la main.

- Votre père est en sécurité, Miss Black. Je vous en donne ma parole.

Je croisais les bras sur ma poitrine avec un grognement. Elle haussa un sourcil, comme lorsqu'elle m'incitait à compléter mes réponses pendant nos leçons.

- Il ne l'était pas quand il était sur la voie 9 ¾.

Elle me détailla en silence, une étrange lueur dans ses yeux sombres. J'avais l'impression d'être une transformation complexe qui méritait toute sa concentration.

- Ne faites pas comme s'il s'agissait de la première fois qu'il prenait un risque calculé pour vous voir ou pour protéger Harry Potter.

- La gare était pleine de Mangemorts ! contrai-je.

Ma réponse sembla l'agacée, ce qui n'était jamais bon signe.

- Et il était accompagné d'une escorte de personnes redoutables. Contrairement à vous, ce n'est pas sa première guerre. Cessez donc de gaspiller votre énergie à vous préoccuper de choses qui ne sont pas de votre âge. Je vous rappelle que vous avez un Concours International à remporter.

Son ton définitif et son expression semblait me mettre au défi de faire autre choque qu'acquiescer, aussi hochai-je la tête.

- Bien, il est grand temps que vous me montriez votre forme Animagus et les progrès que vous avez fait depuis votre première transformation.

Je déglutis. Je n'avais pas eu le temps de me transformer une seule fois depuis la rentrée. Je ne pensais pas que ma forme Animagus serait le sujet de ma première leçon cette année !

- Elle est encore craintive.

- C'est normal pour un oiseau. Je me ferais discrète. Allons !

Aujourd'hui, le professeur McGonagall ne semblait pas vouloir entendre le mot « non » de ma part. Je fermai les yeux. Après la discussion que je venais d'avoir, il me fallut un moment avant de réussir à me concentrer sur les battements de cœur rapides près du mien – le lien le plus facile à trouver entre ma forme Animagus et moi – puis, peu à peu, je sentis la conscience quelque part dans un coin de ma tête. Quand je réussis enfin à l'approcher, il ne me resta plus qu'à imaginer que sa conscience se fondait dans mon corps et la mienne dans le sien.

La transformation n'était pas douloureuse – pas depuis cette première fois – mais c'était étrange, comme enfilé un costume trop étroit et parfait à la fois.

Le monde était bien différent quand je rouvris les yeux. Les couleurs vibrantes, les sons décuplés. La pièce ressemblait à un royaume entier qu'il me fallait conquérir.

Devant moi, le professeur McGonagall souriait.

Sous son regard attentif, je réussis à voleter de ma chaise à une étagère, de l'étagère au manteau de la cheminée et, enfin, sur le dossier de l'un des canapés, d'où je pouvais voir toute la pièce.

Toutefois, je ne tardai pas à sentir la fatigue monter, ce qui affaiblissait la connexion avec ma forme Animagus. Ma conscience pouvait facilement basculer dans l'ombre de la sienne. Je resterai coincée plusieurs heures, si ce n'était pas plusieurs jours.

Je me posai à terre, puis je me concentrai sur mon propre corps.

Mon souffle était court quand je repris forme humaine.

- Dix-sept minutes, m'informa le professeur McGonagall. C'est acceptable un mois après votre première transformation, mais il va falloir que vous entraîniez régulièrement. Vous n'êtes pas sans savoir que la maîtrise d'une forme Animagus est un long chemin, qui demande un investissement total.

Les quelques pas jusqu'à la chaise n'auraient pas dû être aussi difficiles.

- Je dois toutefois admettre que je suis impressionnée, Miss Black. Ce que vous avez accompli, ce n'est pas rien. Vous pouvez être fière.

Mon visage devint un peu chaud, sans que cela ne m'empêche de sourire pour autant.

Le professeur McGonagall passa ensuite une longue demi-heure à me tester sur tout un tas de questions théoriques que nous avions travaillé l'année dernière. Si je n'avais pas relu mes notes pendant l'été, il était fort possible que j'aurais été ridicule. Elle me demanda ensuite une transformation humaine – mes ongles en griffes –, une conjuration – une simple tasse de thé – et le bannissement d'une souris – dont seule la queue disparut –.

- Bien. Nous allons reprendre notre travail sur les sortilèges de bannissement, dans ce cas. Vous ne pouvez pas continuer à bloquer éternellement sur ce sujet.

Sans vraie surprise, elle me donna de la lecture supplémentaire et un devoir, même si j'avais l'impression d'avoir fait le tour de la théorie l'année dernière.

- Entraînez-vous tous les jours pour votre forme Animagus.

- Entendu, professeur.

- Très bien. Et faites-moi le plaisir d'écrire à votre père. Il était d'une humeur maussade hier, ce qui rend nos réunions plus pénibles qu'elles n'ont besoin de l'être.

Les coups secs sur la porte me volèrent l'opportunité de protester ou de lui demander ce qu'elle entendait par « réunions ».

Je faillis percuter Dolorès Ombrage de plein fouet en ouvrant la porte.

- Miss Lestrange ? Que faites-vous ici ?

- Miss Lestrange est aussi une de mes élèves, Dolorès. Ai-je besoin de votre accord pour m'entretenir avec elle dans mon bureau ?

Ombrage eut le sourire le plus faux qu'il m'ait été donné de voir depuis très longtemps.

- Ne soyez pas ridicule, Minerva, minauda-t-elle. Je suis juste surprise. J'avais cru comprendre que Miss Lestrange était l'une de vos meilleures élèves.

- C'est le cas. Miss Lestrange, je crois savoir que vous ne pouvez pas vous permettre de vous attarder. Que voulez-vous, Dolorès ?

Je fis de mon mieux pour ne pas prendre trop personnellement son ton sec, ni la façon dont elle venait de me jeter hors de son bureau. Depuis qu'Ombrage avait été nommée « Grande Inquisitrice » par le décret d'éducation numéro 23 quelques jours plus tôt, ce n'était pas la première fois que je remarquais une certaine tension chez les professeurs et pas seulement parce qu'Ombrage avait entrepris de les inspecter. En faisant d'Ombrage la Grande Inquisitrice de Poudlard, Fudge assumait publiquement le fait qu'il l'avait nommée professeur de Défense afin qu'elle lui rapporte comment les choses se passaient à Poudlard. C'était sans doute qu'une question de mois avant qu'Ombrage ne remplace Dumbledore.

Et c'était sans doute précisément pourquoi le professeur McGonagall donnait parfois l'impression – et seulement à qui savait lire ses expressions – qu'elle se retenait difficilement de lui jeter un maléfice – ou de la transformer en grenouille –.

Pansy m'avait d'ailleurs raconté dans tous les détails comment s'était déroulée son inspection. D'après elle, Ombrage n'était pas passée loin de se faire retirer des points et de gagner une retenue en prime pour l'avoir interrompue deux fois.

Je doutais sincèrement qu'Ombrage puisse reprocher quoique ce soit à la façon d'enseigner du professeur McGonagall. La rumeur voulait que le professeur Trelawney ne puisse pas en dire autant.

- Nous passons les BUSES l'année prochaine. Il y aura une épreuve pratique et le cours de cette skrefies n'est qu'un interminable club de lecture !

- Plains-toi, Malhorne. Je passe mes BUSES cette année. Avec un peu de chance, tu auras quelqu'un de compétent en cinquième !

Crystal assassina Pansy du regard puis planta sa fourchette dans son morceau de viande avec violence, ce qui faillit me convaincre de m'asseoir en face de Draco plutôt qu'à sa droite.

- Je m'en fiche. J'irai demander demain au professeur Rogue si nous pouvons reformer le club de duel.

- Bonne chance avec ça.

Elle ne prononça pas un autre mot du reste du repas, ce qui ne m'offrit guère d'excuses pour ne pas repenser à ma discussion avec le professeur McGonagall.

Je n'aimais pas la façon dont la honte me brûlait le visage à chaque phrase rejouée dans ma tête. J'étais censée être plus intelligente que ça. Me battre avec mes camarades et provoquer mes professeurs ne m'avaient attiré que des ennuis et rallongé ma liste de préoccupations – Weasley mûrissait sa vengeance, Rogue était suspicieux, Deloris arrosait Poudlard de rumeurs sur moi –. J'allais devoir apprendre à me contenter de longues sorties en balai ou sous ma forme Animagus pour gérer ma colère, à défaut de pouvoir m'adonner au combat magique avec Christopher comme durant l'été.

Je n'aimais pas non plus l'inquiétude qui me serrait la gorge concernant mon père, parce que même si je lui en voulais encore d'avoir paradé sur le quai 9 ¾, je n'aimais pas l'idée qu'il soit misérable là où il était – quelle qu'en soit la raison –.

Je n'avais même pas décidé de ne pas lui répondre comme je l'avais fait après son retour en Écosse… Je n'avais juste pas eu le temps.

Absorbée par mes pensées, je ne réussis qu'à avaler une partie du contenu de mon assiette, même si ce n'était pas très grave, au fond. J'allais passer une soirée de plus à astiquer de l'argenterie dans les cuisines – j'en étais aux couteaux – aussi n'échapperai-je pas à un en-cas au cours de la soirée.

A part le fait que Dobby portait désormais cinq bonnets superposés les uns aux autres – chacun plus informe que le précédent – et qu'un rat fut sauvagement assassiné par la boule de poils orange qui servait de chat à Hermione Granger, ma retenue passa aussi vite que les autres.

La salle commune des Serpentards était vide, à l'exception de quelques septième années. Si j'avais désespérément envie d'aller me coucher, je m'installai quand même à l'une des tables, puis je sortis un morceau de parchemin, ma plume et de l'encre.

Papa,

Désolée pour le long silence. Si je me fie à ma dernière conversation avec le professeur McGonagall, tu ne seras pas surpris d'apprendre que je passe toutes mes soirées en retenue depuis la rentrée, ce qui, en plus des devoirs, ne m'a guère laissé le temps de te répondre.

Tu ne seras pas non plus surpris d'apprendre que je t'en veux beaucoup d'être venu à King's Cross. Tu m'as promis d'être prudent et ce n'était pas prudent. Il va te falloir faire preuve de beaucoup d'imagination pour me convaincre que cette sortie était nécessaire pour la sécurité de Potter ou la mienne !

Je peux t'assurer que Lucius t'a remarqué, ce qui signifie sans doute que c'est le cas de beaucoup d'autres Mangemorts. Il n'y a pas besoin d'être un Auror pour deviner que « la source digne de foi » de Fudge porte la Marque.

Un premier bâillement me laissa les yeux humides. Je décidai qu'il ne servait à rien que je lui précise que cette même source s'appelait Archibald Nott et qu'il lui avait donné l'occasion de prendre l'ascendant sur Narcissa lors des négociations pour mon contrat de fiançailles. Plus les jours passaient, plus je me résignais face à l'inéluctable. Narcissa ne parviendrait pas à me tirer de cette impasse, je ne comptais pas m'exiler aux États-Unis pour échapper à un mariage qui n'aurait sans doute jamais lieu et je craignais surtout que mon père décide de se rendre au manoir Nott pour assassiner le père de Théo à mains nues, ce qui pourrait bien se terminer avec le baiser des Détraqueurs.

Je n'étais pas à un acte de comédie de plus.

Je dus me creuser la cervelle pour me souvenir de ce qu'il m'avait dit d'autre dans la lettre que j'avais reçu fin août.

Inutile de dire que mes vacances en Sardaigne me semblent bien loin et que je préférerais être là-bas plutôt qu'à Poudlard. On pourra peut-être y retourner un jour, quand toute cette histoire se sera arrangée ? (Et, oui, le marchand de glace existe toujours. Draco a sans doute été son meilleur client de l'été).

Draco a bien sûr été nommé Préfet, en binôme avec Pansy, ce qui a été une surprise.

J'ai repris mes leçons avec le professeur McGonagall aujourd'hui et elle semble satisfaite de mes progrès. Je parviens à maintenir ma forme animagus dix-sept minutes mais je suis encore épuisée après. J'ai ordre de m'entraîner le plus souvent possible, ce qui risque d'être compliqué pendant les deux prochaines semaines.

A part tout ça, ma rentrée s'est bien passée. Les cours d'Ombrage sont ineptes au possible et elle est une véritable nuisance. Lucius n'a pas manqué de nous envoyer une lettre à Draco et moi pour nous préciser que nous devions nous arranger pour entrer dans ses petits papiers. Rusard n'a rien trouvé de mieux que de me faire astiquer l'argenterie de Poudlard. L'avantage, c'est que les Elfes m'offrent un thé et des gâteaux pendant ma retenue. Grant et Burt sont toujours introuvables.

Essaye de te faire discret d'ici ta prochaine lettre. J'ai pris goût à ne plus lire ton nom dans La Gazette.

MB.

Je relus rapidement ma lettre pour être certaine de rien oublier, puis je la glissai dans mon manuel de Métamorphose. Il me faudrait me lever un peu plus tôt le lendemain pour la confier à Mirzha, je me dépêchai de rejoindre mon lit le plus silencieusement possible.

Samedi 25 Septembre 1995, Poudlard, Écosse.

Crystal n'avait pas disparu dans le rayon d'Arithmancie que je repoussai le brouillon de mon devoir de Sortilèges avec un dernier regard dans sa direction.

Ma meilleure amie était un tyran.

Comme chaque weekend depuis la rentrée, Crystal était décidée à ce que nous ayons terminé nos devoirs avant le dîner, afin de pouvoir profiter de notre dimanche. Puisque j'avais toujours mes retenues, c'était surtout valable pour elle. Nous n'avions pas arrêté de travailler une seule seconde depuis qu'elle m'avait tiré de mon lit deux heures plus tôt. Je commençais à avoir faim et j'en avais plus qu'assez de me creuser la tête sur le sortilège d'Attraction, que j'étais bien décidée à maîtriser plus rapidement que Potter l'année dernière.

C'était une question de principe.

Je sortis la lettre de Christopher, soigneusement rangée dans mon livre d'Histoire de la magie après que j'ai échoué trois cours de suite à lui répondre, parce que Crystal insistait que le cours de Binns ne devait pas être utilisé pour rattraper sa correspondance en retard.

Ça, et elle m'avait promis de ne pas me prêter ses notes si je ne faisais pas au moins semblant d'écouter.

Chris,

Comment vas-tu depuis ta dernière lettre ? Je suis contente que ta rentrée se soit bien passée et qu'Anton se porte bien. Tu n'oublieras pas de lui passer le bonjour de ma part.

Puisque je sais de source sûre que Draco et Crystal t'ont déjà envoyé une lettre chacun, je suppose qu'il ne sert à rien que je revienne en détails sur la mienne. Tu seras sans doute ravi d'apprendre que j'ai su mettre à profit les conseils que tu m'a prodigué cet été en matière de combat rapproché. A en croire Crystal, Weasley était bien plus amochée que moi. Je crois que le seul avantage de mes retenues a été de me rendre quasiment introuvable dans le château, aussi n'a-t-elle pas encore eu l'occasion de se venger. Crystal n'arrête pas de me dire que ce n'est pas une bonne chose mais je pense plutôt que sa menace n'était que du vent.

Je suppose que Crystal a dû profiter de sa dernière lettre pour se plaindre en long, en large et en travers d'Ombrage, aussi vais-je me contenter de te dire que je suis assez d'accord avec elle et que je n'exclue pas la possibilité de l'aider à cacher son corps quand elle l'aura froidement assassinée.

J'ai eu une discussion assez démoralisante avec Nott pendant l'une de mes retenues. Figure-toi que

La main de Crystal se posa sur mon papier à lettre, m'empêchant de terminer ma phrase.

- Viviane toute puissante, Malhorne !

Elle prit place à ma droite, si proche que ses genoux touchaient mes cuisses.

- Tu ne devineras jamais ce que je viens d'entendre ?

- Quelqu'un t'a pris de vitesse pour le meurtre d'Ombrage ?

Elle plissa le nez.

- Pitié, Lestrange, je ne vais certainement pas gâcher mon futur pour une skrefies comme elle !

A la façon dont elle me regarda, je crus lire « contrairement à toi » sur le fond de ses yeux noirs.

- Granger était en train de discuter avec Hannah Abbot, de Poufsouffle. Apparemment, elle aimerait former un club de défense. Je n'ai pas réussi à tout entendre, mais je suis presque sûre qu'elle a laissé entendre que Potter se chargerait de leur apprendre tout ce qu'il sait !

Il ne fallait surtout pas qu'une information pareille tombe dans l'oreille de mon cousin.

- Et alors ?

- Et alors, je pense que c'est une excellente idée ! Je ne suis pas la plus grande fan de Potter, mais si la moitié des rumeurs sur lui sont vraies, il sait y faire !

Je fronçai les sourcils, un peu perdue, avant de comprendre. Je retins difficilement un éclat de rire.

- Malhorne, tout le monde sait que tu es ma meilleure amie. Granger ne voudra jamais de toi dans son petit club. Je suis même prête à parier qu'elle ne voudra d'aucun Serpentard.

L'excitation de Crystal retomba aussitôt. Son air renfrogné me tira une grimace désolée.

Fidèle à elle-même, elle avait été demander à Rogue s'il accepterait de leur donner des leçons de duel comme lors de notre première année. Notre directeur de maison s'était fendu d'un « non » particulièrement sec puis l'avait chassée de sa salle de classe d'un geste négligent. Crystal n'avait même pas eu le temps d'évoquer un seul des arguments qu'elle avait préparé pendant plusieurs jours.

- Tu as sans doute raison, marmonna-t-elle.

Son abattement ne dura pas longtemps. Elle ne manqua pas de me faire une remarque cinglante parce que j'étais censée faire mon devoir de Sortilège, pas répondre à Christopher, me menaçant presque de me voler sa lettre si je n'étais pas capable de me discipliner.

Je passai donc le reste de la journée à gratter furieusement des dizaines de centimètres de parchemin pour rattraper le retard que j'avais accumulé, tout en désespérant de pouvoir un jour répondre à mon meilleur ami.

Ce soir-là, ma retenue consista à graisser les pièces d'armure de tout un couloir de l'aile Est. Peeves se sentit obligé de me tenir compagnie et je ne dus mon salut qu'au Baron Sanglant qui l'envoya enquiquiner quelqu'un d'autre.

Sur le chemin vers ma salle commune, je me répétai à l'infini qu'il ne me restait plus que cinq retenues, que j'avais clairement fait le plus dur et que, si cela pouvait me consoler, Rusard n'avait pas encore eu l'idée de me faire nettoyer la volière. Si j'en croyais mon père, c'était la pire retenue qu'il avait eu de toute sa scolarité, ce qui n'était sans doute pas peu dire.

Dans la salle commune, Crystal était installée près du feu avec Draco, Pansy et Millie. Ils semblaient tous les quatre en pleine discussion et, quelque chose dans leur expression, me fit plisser les yeux.

Je n'aurais su dire pourquoi, mais cela sentait le roussi.

Quand elle m'aperçut, Crystal sauta sur ses pieds. Dès qu'elle fut assez proche, elle s'agrippa à mon bras à la façon d'un Strangulot. Je n'eus pas d'autre choix que de la suivre, puis de m'asseoir entre Draco et elle, juste en face de Pansy.

Ils dégageaient tous une sorte d'énergie fébrile, du genre qui précédaient une mauvaise nouvelle pour Potter et sa bande.

Toutefois, Crystal et Millie n'avaient pas pour habitude de prendre part à leur bêtise, ce qui était loin de me rassurer.

- Qu'avez-vous inventer en mon absence ? demandai-je, prudente.

Mon cousin se redressa sur le canapé.

- Et bien, Malhorne a eu une assez bonne idée.

- Une idée brillante, le corrigea-t-elle, avec cet aplomb sans faille qui était le sien.

- Puisque Potter a décidé de monter son petit club de défense, et qu'il est hors de question qu'il obtienne de meilleurs résultats que moi aux BUSES, on a pensé que…

La potion que j'avais utilisé sur les armures n'avaient pas eu raison de mes facultés intellectuelles. Je fis le lien très bien toute seule.

Je tournai la tête si vite vers Crystal que je fis surprise de ne pas me briser quelque chose.

- C'est ça que tu appelles une idée brillante, Malhorne ?

- Si Potter peut le faire, je ne vois pas pourquoi on s'en priverait !

- Potter est comme il est, mais il a le mérite de savoir de quoi il parle. Pas nous.

Draco, Pansy et Millie avaient pris part au club de duel, trois ans plus tôt, avec Rogue. Fol-Œil nous avait appris les bases des duels l'année dernière. Il s'agissait toutefois d'une expérience très relative.

- Ce n'est pas parce que Potter fait un truc qu'on est obligé de l'imiter, rappelai-je.

Pansy me dévisagea avec dégoût.

- Je me fiche de Potter ! Je veux avoir ma BUSE en Défense, petite !

Je refermai la bouche.

Je n'avais pas pensé à ça.

Ca n'expliquait pas en quoi cette idée nous concernait, Crystal et moi.

- Ce n'est pas la première fois qu'on a un prof incompétent. Ombrage partira à la fin de l'année comme tous les autres avant elle.

- Oui, et avec notre chance, on tombera sur quelqu'un de pire. Il s'agit de mes BUSES, Lestrange. Je ne vais pas m'en remettre à ma bonne étoile.

- En outre, j'ai l'impression que nous allons avoir besoin de savoir nous défendre dans les années à venir, ajouta Pansy.

Le rappel me glaça. Le Ministère avait beau s'être enfoncé dans un déni total, nous savions tous les cinq que le Royaume-Uni était à nouveau en guerre contre le Seigneur des Ténèbres. Draco prendrait la Marque dès son seizième anniversaire, Bellatrix pouvait très bien insister auprès de Lui pour que je suive son exemple, et le père de Nott était prêt à fermer les yeux sur cinq générations de conflits avec les Lestrange pour éviter un tel sort à son fils unique.

Qui pouvait prédire ce qui attendait Pansy et Millicent ?

Je veux la détruire.

Je passai une main lasse sur mon visage.

- Très bien, quel serait le plan ?

Jeudi 30 Septembre 1995, Manoir Black, 12 Square Grimmauld, Londres, Angleterre.

Quand il avait accepté de rejoindre l'Ordre du Phénix, dix-huit ans plus tôt, il avait cru qu'il passerait le plus clair de son temps sur le terrain – à affronter des Mangemorts, à espionner, à sauver des moldus – avec James, Lily, Peter et Sirius à ses côtés. Il savait qu'il y aurait des morts – mais pas lui, pas eux – et que cela serait dangereux – c'était la guerre, après tout, et le camp d'en face ne faisait pas de prisonniers – mais pour le gamin de dix-sept ans qu'il était, cela ressemblait aussi à une aventure épique, pour ne pas dire romanesque.

S'il avait pris part à un bon nombre de batailles dès sa sortie de Poudlard, sa vie n'était pas devenue digne d'un roman d'espionnage – il concédait tout juste que quelqu'un aurait pu écrire une tragédie poignante sur le destin des Maraudeurs –. Il avait passé la majorité de son temps en mission chez les loups-garous pour essayer de les rallier à leur cause – ou, au moins, les convaincre de ne pas rejoindre Voldemort – il avait vite réalisé que la mort n'épargnait personne. Pour le reste, il avait perdu le compte des réunions auxquelles il avait assisté. Assis dans la cuisine sinistre du manoir Black à faire semblant d'être passionné par le rapport de Rogue sur Voldemort – beaucoup de blabla pour résumer le fait que Severus avait encore du travail pour regagner la confiance de son maître –, il ne pouvait s'empêcher de penser que cette nouvelle guerre le verrait plus souvent ici que dehors, une baguette à la main.

Il comprenait la nécessité de se réunir. Il fallait organiser les tours de garde au département des Mystères, recouper les informations des unes et des autres en espérant mettre à jour les dessins de Voldemort, chercher de nouveaux alliés, trouver des moyens pour protéger celles et ceux qui pourraient être en danger à leur insu…

Il y avait juste des jours où il préférerait passer son tour. Rester chez lui avec une tasse de thé et un bon livre.

Ses yeux se posèrent sur la chaise vide à sa droite. Il se frotta le menton d'un geste compulsif, puis leva le regard vers le plafond. Puisqu'il n'était pas doté d'un œil magique comme Maugrey, qui lui aurait permis de voir à travers le plafond, il échoua à deviner la raison pour laquelle Sirius ne s'était même pas donné la peine de descendre.

Non pas qu'il soit surpris. Depuis le départ de tous les adolescents pour Poudlard, Sirius était maussade. Il s'efforçait de passer le plus souvent possible pour lui tenir compagnie mais il savait que c'était trop peu. Au fil des semaines, il avait vu son ami se renfermer. La dernière fois, il avait dû invoquer l'esprit de James en silence pour réussir à lui arracher des phrases de plus de trois mots. Il savait qu'il buvait beaucoup – Mondingus essayait encore de se racheter à ses yeux en le ravitaillant à chaque réunion – et il fumait – trop, aussi –. Pour tout ce qu'il en savait, il passait le plus clair de ses journées dans la chambre de sa mère avec Buck pour seule compagnie.

Ce n'était pas Azkaban.

Ce n'était pas beaucoup mieux.

- Je vous tiendrai au courant pour la prochaine réunion, annonça Dumbledore. Soyez prudents.

Il se leva aussitôt. Molly avait apporté une tarte pour accompagner le café qu'elle ne manquait jamais de servir. Il avait réussi à en garder une part pour Sirius. Il se faufila à l'étage, aussi discret que possible. Rogue ne s'était pas gêné pour commenter l'absence de son ennemi de jeunesse, il n'était pas d'humeur à supporter une autre tirade sarcastique à cette heure.

Sans la joyeuse bande d'adolescents – et leur tentatives pour les espionner – le manoir Black était encore plus glauque que d'habitude. Les chuchotements des tableaux semblaient oppressants, il avait toujours peur que Kreattur lui saute dessus au détour d'un couloir, et la poussière profitait de l'absence de Molly pour reconquérir les coins et les recoins.

Il frappa doucement à la porte de la chambre de Sirius.

- Patmol, je peux entrer ? demanda-t-il.

Il y eut un bruit sourd de l'autre côté de la porte, suivi d'un grognement.

Sans véritable surprise, Sirius était étalé au sol. Il était juste assez cohérent pour se redresser, mais la position verticale semblait hors de sa portée.

Il déposa la part de tarte sur la commode en bois précieux – et envahie par les cendriers plein à craquer – puis passa ses bras sous les aisselles de Sirius pour l'aider à se relever. Sirius essaya de le repousser, mais on aurait plutôt dit qu'il essayait de nager dans l'air.

Une fois assis sur le lit, il bascula sur les oreillers sans grâce, évitant de justesse ce qui ressemblait beaucoup à une tâche de vomi auquel on aurait jeté un Récurvite mal réussi.

Sobre, Sirius n'était déjà pas le meilleur en sortilège mais ivre, les résultats ne pouvaient être qu'approximatifs.

- Tu as besoin d'une douche, dit-il.

Sirius avait les cheveux assez sales pour faire de la concurrence à Rogue, une barbe de plusieurs jours qui le vieillissait et son caleçon – le seul vêtement qu'il daignait porter – semblait avoir connu des jours meilleurs – et son lot de Récurvite –.

En plus d'exposer la collection de tatouages de Sirius – le symbole de l'Ordre sur son bras gauche, les prénoms de Maellyn et Judy dans une calligraphie soignée sur le droit, les constellations du lion et du chien entrelacés sur sa poitrine, la devise des Maraudeurs entourant les initiales LQPC sur son épaule – le fait qu'il soit quasi-nu lui permit aussi de remarquer bon nombre de cicatrices – celle sur son mollet gauche lui tira une grimace coupable, mais la bosse étrange sur son tibia droit ou ce qui ressemblait à une brûle de cigarette sur son ventre devaient être des souvenirs d'Azkaban –. Ses côtes un peu plus saillantes lui confirmèrent qu'il s'était amaigri en l'espace d'un mois.

Il soupira, puis passa une main lasse sur son front.

Merlin en soit témoin, il n'était vraiment pas le meilleur pour ça. Il se sentait incapable de trouver les mots pour le secouer un peu. Ses dernières tentatives en la matière – qui se résumaient à lui rappeler qu'il avait Maellyn et qu'il avait Harry, que les deux gamins comptaient sur lui – n'avaient pas été de grands succès.

Il fallait dire que Maellyn était en colère contre lui pour son coup d'éclat sur le quai 9 3/4 et que Harry avait des douleurs à sa cicatrice.

- Je vais aller te faire couler un bain, tu empestes. Et tu vas aussi avaler quelque chose.

- Pas faim, grommela-t-il.

- Je m'en fiche.

Les Black ne se satisfaisant que du meilleur, la salle de bain attenante à la chambre d'amis était digne de celle des préfets à Poudlard. Le bain se remplit vite, des bulles colorées en prime.

L'armoire de toilette était, elle, vide. Il faudrait qu'il pense à acheter de quoi faire une potion anti-gueule de bois, ça pourrait être utile.

Dans son état, Sirius ne put pas vraiment l'empêcher de le mettre à l'eau.

- Je reviens. Tâche de ne pas te noyer.

Dans la chambre, il ouvrit les fenêtres en grand, défit les draps, vida les cendriers d'un coup de baguette, fit disparaître les – trop – nombreuses bouteilles vides.

Il allait avoir une discussion avec Mondingus Fletcher à la première occasion.

Il trouva sans difficulté une paire de draps propres dans l'armoire, puis rejoignit la cuisine pour préparer quelque chose de plus nourrissant qu'un morceau de gâteau.

Il ne s'attendait pas à ce que Minerva l'ait pris de vitesse. Elle lui tendit un bol contenant un ragoût quelconque bien chaud.

- Du thé ?

- Je doute qu'il descende.

- J'en serais surprise aussi.

Sirius était toujours dans l'eau quand il remonta et peut-être un peu plus sobre.

- Tu ne peux pas continuer comme ça, Patmol, souffla-t-il.

- Il n'y a rien d'autre à faire dans cet endroit maudit.

- Ce n'est pas tout à fait vrai. Tu es censé faire des recherches pour trouver un moyen de rompre la connexion entre Harry et Voldemort.

Dumbledore avait affirmé que c'était impossible. Sirius était convaincu qu'il leur cachait quelque chose. Il était bien décidé à trouver quoi.

En attendant que le contact parisien de Madelyn leur prépare une sélection pertinente – qu'Andy s'était déjà proposée d'aller récupérer –, Minerva avait rapporté des livres de la Réserve.

Bien sûr, ce n'était pas parfait. Cela ne donnait pas à Sirius la possibilité de quitter le manoir Black, et il pouvait passer de longues heures seul à se convaincre qu'il n'était qu'un poids mort pour l'Ordre, mais c'était mieux que rien.

- J'ai terminé les livres de Minnie. J'attends ceux de ton ex.

Il leva les yeux au ciel. Il savait que Sirius n'allait jamais oublier sa confidence à ce sujet.

- Minerva va regarder si elle peut en trouver d'autres en attendant.

- Ça m'est égal.

Il soupira. Il n'aurait jamais pensé dire ça un jour, mais il préférait encore quand Sirius était en colère. Il ne savait que faire de cette version résignée.

- Je t'ai monté de quoi manger et des draps propres. Je repasse plus tard.

Sirius le salua d'un doigt d'honneur qu'il méritait peut-être.

Après tout, il ne faisait pas grand-chose pour le sortir de Square Grimmauld.

Minerva lui adressa un sourire forcé en lui tendant sa tasse de thé.

- C'est dans ces moments-là que James et Lily me manquent le plus, avoua-t-il après deux gorgées.

Ce n'était pas la première fois qu'il se faisait la réflexion. Ses deux amis lui manquaient souvent – tout le temps, presque –. Quand bien même il avait largement passé plus de temps avec leur absence qu'en leur compagnie, la marque qu'ils avaient laissé en lui était profondément gravée sur son âme.

Dans les moments difficiles, il rêvait des yeux verts de Lily et de la voix réconfortante de James.

Il savait que Sirius aussi.

- Comment s'est passée votre rentrée ? demanda-t-il pour changer de sujet.

Le visage de Minerva se ferma, son expression dure n'était pas sans évoquer celle de Madelyn.

- Et bien, je dois composer avec Dolorès Ombrage et le retour de Lord Voldemort, aussi dois-je reconnaître qu'elle ne fera pas partie de mon top 10 d'ici la fin de ma carrière.

Sa gorgée de thé devint amère. Entendre le nom d'Ombrage suffisait à lui donner envie de frapper quelque chose, puisqu'elle était la principale responsable de la dégradation de ses conditions de vie. A cause des lois qu'elle avait fait passer les unes après les autres, il lui était quasiment impossible de trouver du travail ou un logement. S'il avait eu du mal à convaincre ses semblables de ne pas rejoindre les rangs de Voldemort lors de la première guerre, il ne se faisait guère d'illusions cette fois.

Ombrage avait offert des alliés de choix au Seigneur des Ténèbres.

- Comment vont Harry et Maellyn ?

Minerva serra les lèvres. Il sut que la réponse n'allait pas lui plaire.

- Monsieur Potter a joué les révolutionnaires en classe de Défense contre les Forces du Mal par deux fois, aussi a-t-il déjà purgé deux semaines de retenues avec le professeur Ombrage. Miss Black, elle, s'est battue avec Miss Weasley dans le Poudlard Express puis a joué les fortes têtes avec le professeur Rogue, aussi a-t-elle gagné le droit à un mois de retenues. En prime, elle a pensé qu'il serait intelligent de braver le couvre-feu pour aller voler en pleine nuit dès le premier soir.

Il écarquilla les yeux, puis éclata de rire, un peu malgré lui.

- Cela ne vous donne pas trop une impression de déjà-vu, Minerva ?

Elle secoua la tête.

- Un peu. Une chance que Miss Granger ait une main de fer et que Maellyn soit trop pragmatique pour perdre à nouveau son temps en retenue.

Ils terminèrent leur thé en silence. Minerva lui donna plusieurs fois l'impression de tendre l'oreille vers les étages, ce qu'il ne pouvait s'empêcher de faire aussi. Sirius ne les rejoindrait pas mais s'il décidait de faire quelque chose de stupide, sans doute cela rimerait-il avait quelque chose de bruyant.

Minerva finit par se lever. Elle serra son épaule en passant près de lui.

- Je pense qu'il ne s'est jamais senti aussi seul que maintenant, souffla-t-elle. Ne le laissez pas sombrer ou nous ne le ramènerons jamais à la surface.

Il hocha la tête.

- Promis, professeur.

Avec un dernier sourire crispé, elle disparut dans le hall. Il prit une profonde inspiration avant de rejoindre les étages à son tour.

A sa plus grande surprise, Sirius avait fait son lit et mangé.

Les oreilles de Patmol se tournèrent dans sa direction quand il entra, lui confirmant qu'il ne dormait pas.

Il caressa la tête du molosse, puis s'allongea sur le lit.

Et peut-être était-ce la fatigue ou la pénombre ou des années de regrets pour ne pas avoir dit l'essentiel quand il était encore temps ou tout autre chose.

Dans tous les cas, les mots passèrent ses lèvres tout pareil.

- Je t'aime, mon frère.

Le silence lui répondit pendant de longues secondes, puis le matelas s'affaissa avec les mouvements de Patmol.

Il s'allongea contre lui, sa tête posée sur sa poitrine, presque au-dessus de son cœur.

Il entoura son cou de son bras et offrit un sourire à la nuit.

- Bonne nuit, Patmol.


J'espère que Sirius a compris qu'il ne serra plus jamais seul keur:keur:keur.


Après tout ce temps, j'avoue que j'ai hâte d'avoir votre retour sur :

- Ce petit tea-time entre Andy et Narcissa (qui laisse une petite note de mauvaise foi de la part de Lady Malefoy, mais c'est un peu sa marque de fabrique).

- Maellyn et sa rentrée mouvementée (je ne sais même pas par quoi commencer… Elle est infernale, très injuste avec son père, et visiblement pas mieux que lui. Elle m'a fatiguée et, clairement, je suis d'avis qu'elle a un peu mérité chacune de ses trente retenues !).

- Nott, qui a quelques théories intéressantes concernant les motivations de son paternel (et qui a bien compris qu'il devrait mettre de l'eau dans son vin, au risque de perdre un œil!)

- Minerva McGonagall, une prof vraiment, vraiment fière de sa petite protégée (pour ses progrès en métamorphose, un peu moins concernant son comportement xD)

- Crystal, Pansy et Draco, bien décidés à fonder leur propre club de duel (c'est Ombrage qui va être contente!)

- Sirius, au fond du trou, mais Remus qui veille (ils me brisent le cœur, tous les deux, vous avez pas idée à quel point!)

Vous pouvez également saluer le clin d'œil d'Alexis Delacour (les vrai·e·s savent), le petit caméo de Dobby, ou Ombrage, qui casse clairement l'ambiance à elle toute seule !

Je suis encore loin de faire tout le tour de ce chapitre, alors n'hésitez pas à me dire quelle est votre scènes préférée.


La dernière ligne droite est en vue au lycée. Je ne promets pas de poster vite, mais j'espère dans pas trop longtemps, du côté de Gravity ! (j'ai une histoire de timeline sur le feu).


Une dernière annonce : les rumeurs vont bon train ces derniers temps sur une possible fin de règne pour ce site. Si jamais le pire devait advenir, vous me retrouverez du côté de AO3 sous le même pseudo !


Sur ces bonnes paroles, n'oubliez pas de me laisser une petite review avant de partir ! Sans déconner, ça prend littéralement deux minutes !

Orlane.

Mis à jour le dimanche 07/05/2023