Eddie tournait en rond.
Il détestait être retenu loin de Buck. Il avait le sentiment que s'il ne pouvait pas avoir un contact physique avec lui, le jeune homme en profiterait pour lâcher prise. Ça le rendait fou d'être maintenu loin de lui.
La porte s'ouvrit soudain et une femme en uniforme entra.
Elle semblait être déterminée et portait un regard dur. Eddie avait envie de se faire tout petit mais il refusait de se laisser intimider.
Il devait sortir d'ici.
– Assis, lâcha-t-elle d'une voix qui ne laissait aucune place à l'argumentation.
Eddie se glissa sur la chaise et elle s'installa face à lui.
Elle sortit les dossiers qu'il avait laissé dans la chambre de Buck lorsqu'il avait été arrêté. Eddie se redressa tentant de ne pas se tortiller sur sa chaise, comme un gamin pris en faute. Elle releva les yeux vers lui.
– Vous m'expliquez ?
– Vous ne me croiriez pas, répondit-il.
– Mon mari, votre capitaine, pense que vous voulez tuer Buck pour récupérer son fils.
– N'importe quoi ! s'insurgea-t-il en se levant brusquement.
– Assis ! aboya-t-elle.
Eddie prit une profonde inspiration pour se calmer et se réinstalla sur la chaise.
– Je ne ferais jamais de mal à Buck.
– Mais vous l'assignez en justice pour la garde de celui qu'il considère comme son propre fils.
– Une erreur, admit-il. J'ai réagi sous le coup de l'émotion. J'étais perdu et je vais demander à mon avocat de tout arrêter. J'aime Buck, et je ne ferais jamais rien pour le blesser. Au contraire, je cherche un moyen de faire enfermer celui qui l'a mis dans cet état, affirma-t-il encore en lui désignant les dossiers.
– Admettons, lâcha-t-elle suspicieuse. Mais pourquoi le faire dans sa chambre ?
Eddie ne savez pas quoi lui dire. Elle ne pourrait jamais croire qu'il entretenait une conversation avec Buck, pas dans l'état dans lequel il était. C'était tellement fou que personne ne pourrait le croire.
– J'ai besoin d'être près de lui, se contenta-t-il de répondre. Je ne peux pas le laisser tout seul.
– Il n'est pas seul. Il a sa famille.
– Il a besoin de moi, insista-t-il. Et j'ai besoin de lui. Je l'aime.
Elle ferma les yeux comme si cette conversation était une épreuve.
Puis, Eddie compris soudain qui elle était. Buck parlait beaucoup de l'épouse de son père, qu'il considérait comme sa vraie mère.
Il était la seule qu'il avait connue.
– Comment l'avez-vous rencontré ? s'enquit-elle.
– C'est la partie de l'histoire que vous ne croirez pas.
– Vous seriez surpris, insista-t-elle.
– Vous l'aurez voulu. A la caserne, il y a un peu plus d'un mois. Je sais qu'il est dans le coma depuis cinq mois mais pourtant je maintiens ce que je dis. On s'est revu le lendemain et on ne s'est plus lâché. J'ignorai qu'il était dans le coma, qu'il était votre fils, j'ai même mal réagi quand j'ai tout découvert. Mais c'est la vérité. Je ne sais pas comment c'est possible. Je ne comprends pas la moitié de ce qui s'est passé mais je sais que c'était réel. Buck est mon âme sœur et je sais que j'ai l'air d'un fou mais c'est vrai. Sergent, si je ne retourne pas vers lui, Buck va mourir.
– Il est dans le coma depuis cinq mois, il pourrait le rester pendant des mois encore.
– Il a dit qu'il était fatigué, la contredit-il. Il est en train de lâcher prise. Je refuse de le laisser faire.
– Bobby a obtenu une injonction du juge. Vous ne pouvez plus l'approcher.
– Je dois y retourner. Buck pense qu'il a mis ses affaires en ordre. Il va arrêter de se battre.
Le sergent retint ses larmes avec peine. Eddie savait qu'en tant que mère de substitution de Buck, elle devait beaucoup souffrir de la situation.
– Il vous aime, lâcha-t-il. Quand il m'a parlé de vous, il vous a décris comme une femme forte et pleine d'amour. Une maman ours terrifiante mais aimante avec une telle passion.
– Ça lui ressemble beaucoup, lâcha-t-il en essuyant ses larmes.
– Je dois retourner vers lui, le convaincre de rester avec nous. Je vous en prie.
– Je suis désolée mais son état s'est dégradé, affirma-t-elle. Ses organes commencent à le lâcher. Si vous l'aimez, vous devez lui dire au revoir.
Eddie ferma les yeux de douleur.
Buck abandonnait alors. Il n'avait plus la force de se battre. S'il comprenait bien sa conversation avec sa grand-mère, c'était déjà un miracle qu'il ait tenu aussi longtemps.
– Je vais vous emmener le voir mais vous devez me dire ce que vous savez sur le sujet.
– Parlez au pompier Gutierrez ! articula-t-il. Buck est monté là-haut pour le protéger de Simmons. Il doit aussi savoir quelque chose sur la mort de Ravi Panikkar. C'est votre meilleure chance de le coincer.
– D'accord, souffla-t-elle. Allez, venez !
Eddie se leva et suivit la mère de Buck jusque dans sa voiture.
Il savait qu'elle allait certainement devoir convaincre son mari de le laisser s'approcher de Buck mais Eddie en avait besoin de le voir.
Elle avait raison, il devait lui dire au revoir.
– Comment s'appelait-il ? s'enquit-il alors qu'elle se garait devant l'hôpital. Votre âme-sœur, celui que vous avez perdu ?
Elle tourna son regard vers lui, étonnée qu'il ait compris
– Vous n'avez pas été surprise que je puisse parler avec Buck malgré son coma, lui expliqua-t-il. Vous avez forcément vécu ça et ma grand-mère dit que la mort est inéluctable.
– Il s'appelait Emmett, confirma-t-elle.
– Je suis désolé pour votre perte.
– C'était il y a longtemps. Venez.
Il la suivit le long des couloirs.
Il vit les poings de son capitaine se serrer à son arrivée mais sa femme alla à sa rencontre pour lui expliquer la situation. Eddie en profita pour se faufiler dans la chambre de Buck, faisant abstraction de la dispute du couple.
Il alla le rejoindre et se glissa dans le lit entre ses bras.
– Je t'aime, souffla-t-il en sanglotant. Je t'aime tellement.
– Je t'aime aussi, répondit Buck.
– Je ne suis pas prêt à te perdre.
– Je sais mais tu es fort. Eddie, tu dois continuer de vivre. Christopher va avoir besoin de toi.
– Je sais et ça me tue.
– Tu prendras soin de lui ? s'enquit-il. Tu me promets ?
– Je te le promets, lâcha-t-il en entremêlant son auriculaire avec le sien.
– Et s'il te plait, ne l'éloigne pas de ses grands-parents, il a besoin d'eux aussi.
– Je ne le ferai pas, promit-il encore.
– Et prends soin de mon père. Il n'en a pas l'air mais il est très fragile. Ses vieux démons pourraient ressurgir.
– Je m'occuperai de lui.
Eddie refusait de regarder l'âme de Buck disparaitre.
Il avait niché son visage en pleurs dans son cou, respirant son odeur si familière, comme pour s'imprégner de lui avant sa disparition.
Il sentit l'âme de Buck déposer un baiser sur sa tempe ce qui renforça ses pleurs.
– Adieu, mon amour, souffla Buck.
Eddie sentit soudain qu'on l'empoignait.
Il se retrouvait en larmes sur le sol alors que les médecins avaient envahi la chambre de Buck et entouraient le corps de l'homme qu'il aimait.
Le cœur de Buck venait de cesser de battre.
