Hello ! :)
Voici donc le chapitre 4, j'espère qu'il vous plaira !
CW : Etat dépressif implicite. Fais attention à vous.
CHAPITRE 4 – Un tourbillon d'incertitudes
La porte de sa chambre n'était jamais fermée. Grande ouverte ou entrouverte mais jamais close. En revanche, depuis son retour de Poudlard, Erine ne supportait pas qu'on ait accès à son espace. Elle n'avait aucune explication et vivait mal la distance qu'elle s'imposait avec sa famille mais elle était incapable de les accepter ici.
Cette année, elle avait refusé de se rendre chez ses grands-parents. Cela avait provoqué une confrontation avec ses parents qui estimaient qu'elle devait faire des efforts et que ses grands-parents souhaitaient la voir. Elle n'avait pas cédé, l'environnement Moldu d'Oxford l'aurait achevée c'était certain.
Ses journées étaient rythmées sur un même programme : devoirs et révisions, flûte traversière – elle évitait le piano car elle n'aurait jamais eu le droit de fermer la porte du bureau, lecture et films. Elle ne sortait de sa chambre qu'au moment des repas ou bien quand elle était sûre de ne croiser personne.
Elle pensait souvent à ses amis qui avaient cette chance d'être ensemble ou à Olivier qui pouvait se rendre au lieu secret. Depuis qu'elle avait toutes ces informations, elle se sentait mise à l'écart. Elle s'efforçait de sourire quand il venait la voir une heure par semaine ou bien de paraître la plus Erine Green possible comme au match de quart de finale.
L'été dernier lui manquait terriblement et cette situation lui pesait lourdement. Mais cette distance avait son avantage : il était plus simple pour elle de cacher toute cette peine qu'elle ressentait. Cette émotion qui n'avait fait que s'accentuer la veille quand elle avait reçu son nouvel insigne.
Pour sa septième et dernière année, elle avait été désignée Préfète-en-Chef. Elle en avait sauté de joie, elle avait tant espéré avoir ce grade quand elle était devenue Préfète en cinquième année. C'était pour elle une grande fierté, cela prouvait que ses professeurs et Albus Dumbledore avaient confiance en elle. Mais sa joie s'était progressivement éclipsée.
Elle n'avait jamais douté que Cedric Diggory aurait obtenu le titre de Préfet-en-Chef. Il avait toutes les qualités requises pour être à ce poste. Depuis le match amical de fin d'année, elle s'était obstinée à penser qu'ils auraient été tous les deux à la tête des Préfets. Ils en avaient régulièrement parlé lors de leur sixième année même si Cedric était resté très modeste – digne de Poufsouffle.
Mais Cedric n'était plus.
Elle était triste et cela était légitime. Cependant, il ne s'agissait pas de son émotion dominante. Non, elle était en colère. Sa mort n'aurait jamais dû avoir lieu, Cedric s'était juste trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Cedric avait été tué sans aucune pitié.
Elle était en colère contre le Ministère de la Magie. Chaque jour, elle lisait La Gazette du Sorcier et chaque jour, son état empirait. Elle était écœurée de lire un tel ramassis de bêtises. Elle était excédée que le Ministère et les journalistes puissent prétendre que Dumbledore était sénile et Harry Potter un menteur.
Elle était en colère qu'aucun n'ait conscience du potentiel danger qui se profilait dans le monde sorcier britannique. Les doutes étaient sensés mais rien ne les empêchait de prendre garde. Non, le Ministère décidait de passer sous silence toute la situation et laissait les risques s'étendre.
En plus de cette rage, elle ne pouvait nier qu'elle avait peur. En tant que Né-Moldue, elle serait évidemment une des premières cibles du monde que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom souhaiterait mettre en place. Elle craignait les répercussions de ce retour pour les sorciers, pour les Moldus, pour sa famille, pour sa sœur et pour elle-même.
Et puis, il y avait ce hibou qu'elle avait reçu au petit-déjeuner…
Assise au bord de sa fenêtre en baie, elle lisait à nouveau un de ses livres préférés. Dans ces périodes, elle avait besoin de confort. Elle n'avait pas le courage de se plonger dans la nouveauté, il était préférable de nager en eaux sûres. Son semblant de tranquillité fut de courte durée car Holly entra dans sa chambre sans son autorisation.
L'impétuosité de sa colère se déchaîna contre sa sœur. Elle se moquait de savoir ce qu'elle avait à lui montrer. Sa sœur n'avait même pas pris la peine de toquer et elle voulait être seule. Elle se leva violemment et assombrit inconsciemment ses yeux onyx.
-SORS DE LA ! hurla-t-elle. JE T'AI DIT DE NE PAS ENTRER SANS AUTORISATION.
-J'ai beau demander, tu ne me laisses jamais entrer ! s'exclama Holly et elle crut voir une pointe d'inquiétude dans l'océan que représentaient ses yeux.
-ALORS C'EST QUE JE NE VEUX PAS DE TOI !
Si sa petite sœur n'était pas apte à comprendre ses requêtes, elle devait agir peu importait que la manière soit correcte ou non. Elle n'en avait que faire de ce qu'elle penserait, elle n'avait qu'à la respecter. Erine saisit sa baguette magique et lança un sort qui claqua la porte au nez de sa sœur.
Elle ne fit pas attention aux cris de sa sœur et elle se laissa tomber au sol. Des larmes brûlantes de ressentiment s'imposèrent sur son visage. Elle tenta vainement de les effacer mais elles étaient trop nombreuses. Elle cogna sa tête contre ses bras fuyant ses interrogations.
En voulait-elle vraiment à Holly ou à elle-même ?
Chez les Green, il était courant que des petites chamailleries viennent animer la maison et les repas. Mais en aucun cas la tension n'avait été aussi venimeuse. Habituellement bavardes, les deux sœurs étaient plongées dans un lourd silence. Leurs seuls échanges étaient les œillades assassines qu'elles s'adressaient.
L'ambiance pesante à table ne plaisait pas à Henri et Olivia Green. De plus en plus inquiets du comportement de leur fille aînée, ils avaient tenté maintes approches pour percer la carapace qu'elle se forgeait. Mais leur fille restait inaccessible.
-Qu'avez-vous fait aujourd'hui les filles ? essaya de désamorcer la situation Henri Green.
-Devoirs et lecture, marmonna Erine qui n'avait pas touché à la nourriture présente dans son assiette.
-Erine a failli me décapiter en fermant la porte de sa chambre d'une extrême violence, dénonça Holly qui en voulait à sa sœur.
Les parents se tournèrent vers leur aînée ne sachant comment réagir. Ils avaient bien conscience qu'elle vivait une période compliquée mais l'agressivité était interdite sous leur toit. Ils virent son regard courroucé et elle répliqua bien avant qu'ils ne puissent trouver une solution.
-Tu n'as pas du tout l'impression de déblatérer un flot de conneries par hasard ?
-Erine ! Parle autrement ! la réprimanda sa mère.
-Ce n'est pas ce que tu as fait peut-être ? la défia de mentir sa sœur avec arrogance.
-J'ai fermé la porte devant toi car tu ne respectes pas ma vie privée ! se défendit-elle en espérant que ses parents viendraient à son secours.
-Ta vie privée ? dit Holly dans un rire aigu qui n'avait rien de naturel. Tu es cloîtrée dans ta chambre à ne rien faire ! Si tu continues à être aussi méchante avec moi, j'enverrai une chouette à Violet !
-T'es vraiment une gamine Holly, tu le sais ça ? tempêta Erine.
-ERINE ! DANS TA CHAMBRE ! MAINTENANT !
Son père s'était levé d'un bond, aussi furieux qu'une Vélane. Il lui désignait du doigt la sortie de la salle à manger mais elle fut paralysée quelques secondes. Elle se tourna vers sa mère lui donnant la chance de la soutenir mais elle hocha la tête. Elle était seule face à eux.
Si c'était ainsi, ils auraient donc ce qu'ils voulaient. Elle fusilla du regard sa petite sœur qui paraissait beaucoup moins fière et elle se leva brusquement laissant tomber sa chaise derrière elle. Mais elle ne prit pas la peine de la relever.
-Il ne faut pas s'étonner que je ne veuille pas passer du temps avec vous quand je prends tout dans cette maison !
Elle entendit son père la gronder de ramasser la chaise et elle se décida à le provoquer un peu plus. Elle décrocha sa baguette de sa ceinture et lança un sort qui rangea la chaise sous la table. Ses parents détestaient cela et leurs grognements le prouvaient une nouvelle fois.
-Essaie d'être plus compréhensive avec ta sœur, s'il te plaît, dit calmement Olivia à sa cadette.
Honteuse d'avoir poussé à bout sa grande sœur, Holly laissa ses cheveux noirs fermer l'accès à son visage. Elle ne reconnaissait pas sa sœur, elles se déchiraient un peu plus chaque jour et elle ne parvenait pas à trouver le fil qui les relierait à nouveau.
De retour dans sa chambre, Erine claqua encore la porte à faire trembler les murs de la maison. Elle lança sort de verrouillage et sort d'insonorisation, ils en avaient assez fait. Puis elle se jeta sur son lit pour s'abandonner aux larmes.
Son cœur battait à mille à l'heure et tout son corps bouillonnait. Elle se sentait exclue de tout : de son groupe d'amis et de sa famille mais surtout d'elle-même. Elle ne s'était jamais sentie aussi perdue. L'éclat de lumière qui la caractérisait tant avait disparu.
Elle n'était plus elle-même et elle s'enfonçait progressivement. Elle devait retrouver cette partie d'elle qui ramenait toujours ses amis là où ils devaient être, elle devait la retrouver pour elle-même.
Pour cela, elle ne voyait qu'une solution : elle devait accepter d'être aidée. Une seule personne pouvait prendre assez de distance pour l'épauler.
Oli.
Je suis vraiment désolée de te déranger. J'ai vraiment besoin de voir quelqu'un. Est-ce que je peux passer chez toi ?
Cela peut attendre, dis-moi juste quand tu es libre.
Et si ce n'est pas possible, ce n'est pas grave. Je sais que tu es occupé avec la Ligue, ne t'embête pas pour moi.
Merci..
Erine.
Morphée n'était jamais venue lui tendre les bras. Le marchand de sable avait oublié sa chambre. Elle avait compté moutons et hippogriffes mais rien n'avait suffi. Ses pensées l'avaient maintenue éveillée.
Elle espérait qu'Olivier ait un peu de temps pour elle, même cinq minutes. Cependant, elle savait que cela ne serait pas évident. La semaine précédente, le Club de Flaquemare s'était qualifié en demi-finale et il devait s'entraîner pour affronter les Tornades de Tutshill.
Enveloppée dans les draps de son lit, elle ressassait tout ce qui causait sa peine. Tous ces incidents qui s'accumulaient, dont certains sur lesquels elle ne parvenait pas à mettre de mots. Au plus profond d'elle, elle espérait qu'Olivier les évoquerait un à un… S'il pouvait la recevoir…
Elle sursauta quand un claquement se fit entendre. Elle dégagea un œil de son refuge et découvrit Jazz qui virevoltait devant sa fenêtre en baie. Sans une pointe d'hésitation, elle sortit de son lit pour ouvrir à sa chouette et ainsi récupérer la réponse de son meilleur ami.
Je finis l'entraînement à 19h. Tu peux venir si tu apportes à manger.
Le soir arrivé, Erine se décida enfin à se vêtir correctement. Elle avait passé la journée en pyjama et bien que Londres soit une ville très ouverte d'esprit, elle ne tenait pas à s'y déplacer ainsi. Elle enfila un jean et un T-Shirt tout simple puis une légère veste. Elle coiffa rapidement ses cheveux noirs en une queue de cheval et claqua la porte pour descendre les escaliers.
Encore vexée de la veille, elle hésita à prévenir ses parents. Mais au moment où elle frôla la porte d'entrée, elle estima qu'ils ne méritaient pas une soirée d'angoisse. Elle opéra un demi-tour et laissa une note sur la table de la cuisine mentionnant qu'elle serait chez Olivier.
Les pas d'Holly se firent entendre, sa petite sœur n'avait jamais été aussi calme. Erine se dépêcha et la croisa dans le couloir. Volontairement, elle l'ignora malgré le nœud dans sa gorge qui exprimait la douleur qu'était ce gouffre entre elles. Lorsqu'elle ouvrit la porte, elle entendit la voix de sa sœur prononcer « Je suis dé… » mais elle ferma la porte avant la fin de sa phrase.
Comme lui avait demandé son meilleur ami, elle passa dans un fast-food afin de ne pas arriver les mains vides. Elle n'était pas certaine que ce soit dans les recommandations du Nutrimage sportif mais Olivier devait bien avoir le droit de se faire plaisir de temps en temps. Son ami n'avait pas connaissance de cette gastronomie Moldue, elle prit donc un hamburger et des frites. De toute façon il n'était pas difficile.
Rapidement, elle arriva devant l'immeuble sorcier où logeait Olivier depuis bientôt un an : leur soi-disant nouveau QG où ils ne s'étaient plus retrouvés depuis leurs premiers pas ici. Cette pensée lui fit l'effet d'un uppercut. Cette proximité perdue avec ses amis lui rappelait pourquoi elle était ici et son cœur se serra. Une vague de stress la submergea et elle fut tentée de faire demi-tour. Cependant, le soulagement qu'elle avait ressenti le matin même en lisant le courrier la décida à prendre l'ascenseur.
Elle toqua trois fois trois fois à la porte d'entrée et attendit patiemment. La porte s'ouvrit et malgré son exécrable humeur depuis des semaines, elle était encore capable d'afficher son plus beau sourire.
-Livraison à domicile ! cria-t-elle en tendant devant elle le sac plein de nourritures.
-Ne crie pas comme ça. Tu n'es pas toute seule ici ! remarqua-t-il un sourire en coin.
Il la laissa entrer et elle sortit un à un ce qui serait dévoré en quelques minutes. Il l'observa avec beaucoup de perplexité avant qu'elle ne lui demande de s'asseoir alors même qu'elle était chez lui.
-Alors comment vis-tu ta célébrité, Dubois ? demanda-t-elle retardant la conversation redoutée.
-Je te laisse juger par toi-même, répondit-il en désignant une pile de courriers.
-Des fans ? s'étonna-t-elle, elle ne s'était pas attendue à ce qu'il en soit déjà là.
-Oui, soupira-t-il. Je suis bien heureux que le Club les réceptionne, je suis un peu tranquille ici au moins. J'ai déjà eu plusieurs demandes en mariage, figure-toi !
-Et bien, je n'avais pas exagéré l'année dernière, se moqua-t-elle. Est-ce qu'une certaine Violet Lupin est dans le lot ?
-Même pas !
En même temps, ils s'esclaffèrent avant de commencer leur repas. L'estomac d'Olivier se tordait de faim depuis la fin de l'entraînement et il était ravi de pouvoir enfin se rassasier. Autour de leurs hamburgers, Erine lui énuméra tous les articles qu'elle avait lus à son sujet.
Après le match contre les Harpies de Holyhead où il avait fait ses preuves, il avait fait la Une de la Gazette du Sorcier qui le voyait comme le jeune espoir du Club de Flaquemare. Le Journal de la Ligue ainsi que le Quidditch Times n'avait manqué de le combler d'éloges. Sans compter Sorcière Hebdo qui avait rédigé un incroyable article plus pour le côté ragots que sportifs, bien évidemment. Tous s'interrogeaient sur sa situation amoureuse mais le Club de Flaquemare avait décidé de préserver sa vie privée de tout cela tant qu'il n'était pas titulaire.
Pendant tout le repas, ils échangèrent sur le Quidditch. Erine était plutôt satisfaite d'avoir réussi à camoufler ses états d'âme aussi longtemps. Mais Olivier et elle se connaissaient depuis six ans, elle lisait dans son regard qu'il n'était pas dupe. Elle allait bientôt devoir s'ouvrir, courageuse ou non, le moment était arrivé.
-Qu'est-ce qui ne va pas ?
D'une question, Olivier avait brisé les quelques secondes de silence pour en créer un nouveau plus pesant cette fois. Elle mâchouilla sa joue d'angoisse réfléchissant à la manière dont elle allait pouvoir s'expliquer. Elle n'y avait vraiment pensé, pourtant une idée globale lui vint. Elle réalisa à quel point la théorie de Violet était réelle.
-Tu sais ce que Vio nous répète parfois ? Ces histoires de fils ? il acquiesça. Et bien, depuis quelques temps, j'ai l'impression qu'ils nous déchirent. La mort de Cedric, la division au Ministère, Vio et les jumeaux qui sont ensemble… Et moi… Je me sens perdue au milieu de tout cela…
L'état d'Erine préoccupa plus qu'Olivier n'aurait pu y penser. Sa meilleure amie n'allait que très rarement mal, la situation était donc urgente. D'autant plus qu'elle demandait d'elle-même de l'aide, il devait agir. Agir mais pas n'importe comment.
Il écouta son récit, tout son isolement et ses altercations avec sa famille mais surtout celles avec Holly. Les sœurs Green avaient une légère tendance à se taquiner et se chamailler mais jamais elles n'avaient été distantes. La culpabilité de son amie était visible. Il n'avait aucun conseil à lui apporter mais il n'avait qu'une idée en tête. Une qui l'aiderait à prendre du recul mais surtout qui la rassurerait.
-Tu devrais en parler à Violet. Si elle savait, elle ferait tout pour que tu restes avec eux pour le reste des vacances.
-Non… refusa-t-elle sans pour autant le penser réellement. Ce n'est pas une bonne idée et mes parents m'en voudraient.
-Tu devrais penser à toi avant tout, lui recommanda-t-il. C'est dommage mais tu n'en profites même pas. Sache que tu n'es pas seule. Je vais souvent là-bas, je peux en discuter avec Remus pour que tu viennes avec moi.
-Non. Laisse tomber. On m'aurait proposé si je pouvais venir… comme Hermione…
Toutes ses réfutations le déstabilisaient et il commençait à être à court d'options. Il ne pouvait pas se contenter de l'écouter alors il usa de sa dernière possibilité. La seule qu'il était capable de lui offrir.
-Dans ce cas, tu peux venir quand tu veux ici. Même quelques jours, je n'y vois aucun problème.
-Non, réfuta une nouvelle fois son amie. Cela inquiéterait Vio.
-Cela peut rester entre nous, proposa-t-il, il n'aimait pas cacher des choses à sa petite-amie mais il ne pouvait pas trahir leur meilleure amie.
-Certainement pas ! Je ne voudrais pas que tu lui mentes. Et puis, si elle apprenait qu'une fille avait passé la nuit chez sans toi sans qu'elle ne soit au courant, je ne suis pas sûre qu'elle apprécierait.
-Tu n'es pas n'importe quelle fille, je te rappelle ! Elle comprendrait, j'en suis certain. Et il y a un lit dans la chambre d'amis maintenant !
Elle n'accepta pas même si elle se retint de décliner, il vit qu'elle était partagée. Tout comme lui, elle devait songer au fait que cela ne pouvait que l'aider à souffler. D'une pensée, il passa en revue toutes les explications d'Erine. Il repensa à toute l'année passée, à tous les échos qu'il avait entendus. Il était persuadé qu'elle omettait des éléments.
-Je peux te poser une question ? demanda-t-il.
-Vas-y, marmonna-t-elle.
-Que s'est-il passé à Noël ?
-Je n'ai pas envie d'en parler ! s'exclama-t-elle désarçonnée qu'il aborde ce sujet qu'elle pensait enterré. D'autant plus que tout s'est arrangé, ce serait créer des problèmes pour rien.
Cette fois-ci, elle préféra détourner le regard. Elle savait qu'Olivier n'insisterait pas, il avait toujours respecté sa volonté. Cependant, elle ne souhaitait pas l'affronter pour autant et lui tendre cette baguette qui l'inciterait à poursuivre. Elle comprit qu'elle se trompait sur toute la ligne quand Olivier prononça des mots qui prouvaient qu'il ferait tout pour elle.
-Tu te souviens lors de ma sixième année quand tout allait mal pour toi ? Je n'ai pas été capable d'être présent, je ne recommencerai pas aujourd'hui.
-Tu es présent, Oli. La preuve, tu m'as accueillie.
-Tu as plus d'un problème, tenta-t-il à nouveau.
-JE TE DIS QUE LE PROBLEME EST REGLE !
Son haussement de ton la trahit et elle s'en maudit. Elle avait demandé à Violet de garder ce secret pour elle. Et alors qu'elle pensait que sa meilleure amie aurait fini par craquer auprès d'Olivier, elle en avait été la responsable. Elle ne pouvait plus faire marche arrière.
Toutes ses pensées contradictoires refirent surface : cette peur et cette colère le jour même, la culpabilité le lendemain, l'incompréhension les jours suivants, ce qui lui avait semblait le pardon des mois après et ce hibou la veille… Ce hibou dont elle n'avait réussi à poser aucun mot.
-Tu veux aller te promener ? demanda Olivier à sa grande surprise.
-Il est vingt-et-une heure, chuchota-t-elle.
-Et il fait encore jour. Allez une petite balade au bord de la Tamise ?
L'air frais de Londres eut une vertu apaisante sur Erine, son meilleur ami avait eu une merveilleuse idée. On reconnaissait bien là une personne qui avait l'habitude d'être dehors et qui avait été élevé à l'endroit le plus reposant qu'elle connaissait. Cela ne faisait aucun doute que si ses amis récupéraient la maison de Dauphy's Sea, ils la verraient plus que régulièrement.
Ils longèrent le fleuve mythique de Big Ben vers le Tower Bridge. Elle sentait les petits coups d'œil d'Olivier dans sa direction, elle était certaine qu'il hésitait sur la manière d'aborder le sujet. Elle se mordilla la joue réfléchissant à comment lui apprendre sans trop en dire, elle devait être courageuse. Car cette fois-ci, elle n'échapperait pas aux questions.
-Je ne te dirai pas de qui il s'agit. Tu ne sauras pas les détails. Cela reste entre nous. Tu ne dis rien à Freddie et Georgie. Je ne veux pas de conseils ou quoi que ce soit.
-Promis, répondit-il tout simplement.
Tout en continuant de marcher, elle lui raconta l'incompatibilité avec son cavalier français. Puis, elle en vint au plus long moment de toute sa vie. Au contraire de Violet qui avait su chacune des émotions qui l'avaient traversée, elle fut plus concise avec Olivier. Elle lui expliqua simplement qu'elle avait embrassé un garçon jusqu'à ce qu'elle veuille rentrer parce qu'elle avait froid mais qu'il l'avait retenue pour l'embrasser plus fort. Elle vit son meilleur ami devenir rouge de fureur et elle ne regretta pas de n'avoir prononcé aucun nom. Elle finit son énoncé avec le dernier détail qui lui donnait toujours autant de frissons.
-Aucun prénom ? grogna-t-il.
-Non, Oli, murmura-t-elle. J'ai commencé à lui parler à nouveau à la fin de l'année car je suis persuadée qu'il ne vaut pas ce qu'il m'a montré ce soir-là. Je n'ai pas besoin que vous vous en occupiez, c'est à moi de faire ces choix. Mais… Il m'a envoyé une lettre hier pour qu'on se voit. Je pense qu'il m'aime vraiment.
-Et tu vas dire ? marmonna-t-il, il contenait sa colère elle en était certaine.
-Je ne sais pas… avoua-t-elle. Je suis bien tentée de le voir, cela me ferait sortir mais…
-Tu n'as pas confiance, mit-il les mots à sa place.
-Je crois…
Elle n'avait pas pris le temps d'y réfléchir mais juste y songer la rendait plus que perplexe. Elle avait apprécié Luke. Elle l'avait détesté. Maintenant, elle ne savait plus. Elle voulait lui accorder une seconde chance mais elle n'était pas certaine d'être prête.
-S'il t'aimait vraiment, il te respecterait, dit soudainement mais surtout fermement Olivier.
-J'ai dit que je ne voulais rien avoir, répondit-elle froidement.
-Je le sais. Mais je suis ton meilleur ami, je peux quand même te donner mon avis.
-Être mon meilleur ami ne te donne pas tous les droits.
-Dit celle qui s'est immiscée dans mes sentiments et ceux de Violet, dit-il avec ironie car il était loin de lui en vouloir.
Argh. Elle grimaça car il n'avait pas totalement tort. Cependant, cela lui rappela les quelques mots que Luke lui avait adressés juste avant leur séparation. Elle ne vivait que pour leur amitié à en oublier d'autres relations. Elle faisait tout pour leur bien, elle passait tout son temps avec eux. C'était de sa faute si Luke et elle s'étaient séparés. C'était sa faute et si elle avait été plus ouverte l'événement de Noël ne serait jamais arrivé.
Elle se trouva de nouveau perdue dans un tourbillon d'incertitudes. Sa balance mentale pesait encore et encore toutes les émotions et tous les doutes. Peut-être aurait-elle mieux fait de se laisser noyer pour mieux remonter à la surface, plutôt que résister pour garder la tête hors de l'eau. Tout aurait été sûrement plus simple que s'étouffer progressivement.
Arrivés près de la Tower of London, Olivier l'arrêta et elle ne l'avait jamais vu aussi sérieux – en dehors du Quidditch bien sûr. Quoi qu'il lui dirait, elle était persuadée que cela lui tenait à cœur.
-Tu es libre de tes choix Erine et aucun de nous n'a son mot à dire. Notre seul rôle est d'être présent pour toi peu importe ce qu'il se passe dans ta vie mais surtout peu importe tes décisions – qu'elles soient bonnes ou mauvaises. C'est ce que je fais maintenant. Tu as besoin de soutien, du nôtre ou celui de Holly. Tu peux choisir de revoir ce garçon mais fais attention à toi.
-Je sais ce que je fais, murmura-t-elle.
-Je n'ai jamais douté de toi. Erine Green a toujours fait ce qui était le mieux pour elle. Je te le dis juste. Pour aujourd'hui, je te propose de rester cette nuit. Cela te fera du bien, je pense. Pour les jours à venir, je tiens à te proposer une nouvelle fois de parler à Remus. Tu fais ce que tu veux de cela.
-D'accord pour ce soir, pour le reste je vais y réfléchir.
Elle ne mentait pas. Elle allait vraiment y réfléchir. Luke avait peut-être raison mais elle savait au plus profond d'elle que chacun de ses amis l'aiderait à aller mieux. Surtout et plus que tout, elle savait qu'elle avait besoin d'eux.
Trois jours plus tard, Erine scella les boucles de sa valise, posa son balai dessus et enferma Jazz dans sa cage. Elle se laissa tomber sur son lit et observa la chambre qu'elle allait quitter plus tôt que prévu.
Honnêtement, elle n'avait pas mis très longtemps à prendre une décision. Le soir même, elle avait déjà émis un semblant de réponse à Olivier. Son meilleur ami avait paru soulagé qu'elle songe réellement à sa proposition.
Ils avaient passé une très bonne soirée ensemble et elle était revenue moins nerveuse même si elle avait poursuivi son isolement. La présence de sa famille l'avait moins agacée et elle avait été presque aimable avec eux.
La veille, elle avait évoqué à ses parents et sa sœur son envie de rejoindre ses amis. A sa grande surprise ni son père ni sa mère n'avait été surpris, seule Holly avait paru déçue. Ses parents l'avaient tout de suite rassurée, ils comprenaient parfaitement et estimaient que cela lui ferait du bien. Rien d'autre ne comptait à leurs yeux.
La sonnette retentit dans toute la maison. Habituellement, Holly aurait dévalé les escaliers pour aller ouvrir mais Erine savait qu'elle ne le ferait pas. Sa petite sœur savait qui venait et elle ne souhaitait plus la contrarier.
Elle descendit toutes ses affaires en bas de l'escalier à l'aide d'un sort – vive la magie. Puis, elle ouvrit la porte et fut étonnée de voir le père de son amie. Elle avait pensé qu'Olivier serait là mais il n'en était rien.
-Bonjour Monsieur Lupin. Olivier n'est pas là ?
-Bonjour Erine. Tout d'abord, tu peux m'appeler Remus, lui dit son ancien professeur de sa typique voix calme. Et non, il était préférable que je sois seul pour t'amener au quartier général. Tu es prête ?
-Oui, elle alla passer la porte mais tourna la tête vers les escaliers. Juste une minute, s'il vous plaît.
Elle attendit qu'il acquiesce puis elle monta les marches deux à deux. Elle expira fortement devant la porte blanche décorée d'un sticker Athéna et de petites étoiles. Elle toqua trois fois trois fois et espéra que sa petite sœur vienne lui ouvrir. Quelques secondes, les yeux bleus de Holly l'observèrent comme s'ils venaient de voir un fantôme.
Erine n'attendit pas que l'hésitation la submerge et elle prit sa petite sœur dans ses bras pour la serrer fort contre elle. Holly passa à son tour ses bras autour d'elle comme si elle avait attendu ce moment depuis des années. Elle ne doutait pas que c'était le ressenti qu'elle avait eu.
-Je suis désolée, Holly, murmura-t-elle.
-Moi aussi, chuchota sa sœur à son tour. Fais attention à toi.
-On se voit à Poudlard, dirent-elles d'une même voix.
Elles se détachèrent et Erine se sentit plus légère. Un poids en moins. Elle en avait encore d'autres à perdre mais elle était sur le bon chemin. Sa décision était la bonne, elle en était certaine. Olivier avait eu raison et elle, elle avait choisi la bonne aide.
Quelques minutes plus tard, elle se retrouva devant la chambre occupée par les jumeaux. Elle fit à peine un pas que les bras de celle qu'elle considérait comme sa deuxième sœur se retrouvèrent accrochés à son cou. Elle entendit les jumeaux dirent en chœur « Te voilà enfin Aigle Amateur ». Et elle sut qu'elle était à sa place.
Et voilà ! :D
Ce chapitre vous a-t-il plu ? :) Un peu déprimant, je vous l'accorde mais ça va aller... (Peut-être). Qui veut faire un câlin à Erine ? Pensez-vous que son état va s'améliorer maintenant qu'elle est au Square Grimmaurd ? Et le retour à Poudlard ? Avez-vous aimé ces moments Erine/Olivier ? Leur amitié me tient vraiment à coeur donc j'espère parvenir à faire ressentir ce lien qui les unit.
Au prochain chapitre "Parrains, marraines et filleuls" : Des oreilles qui traînent. Une course dans les escaliers. Un Sirius fidèle à lui-même. De la défense et des protestations. Des réponses encore trop évasives. Des boîtes à photos. Des révélations. L'année tragique de 1981. Une ressemblance frappante. Une vie qui aurait été bien différente. Un innocent.
N'hésitez pas à laisser un review, cela fait toujours plaisir et est encourageant.
For those of you who don't speak french but who read the fanfiction, you can write a review in english. That's okay ! :) Thank you for being here.
A bientôt.
Blue.
