Hello ! Je suis un peu submergée ces derniers temps et le moral n'était pas au beau fixe, mais ça va mieux dorénavant et quelques notifs d'AO3 m'ont rappelé que j'avais la publication de Nec Spe Nec Metu encore en cours. Je suis désolée, ça m'est complètement sorti de l'esprit ! Je profite donc de ma pause de midi pour vous donner le chapitre huit (j'ai failli me tromper de version d'ailleurs... fichtre), en particulier à toi, Titou Douh hihi : ui, Aristote est in loooove ! Seulement 10 chapitres, mais les trois derniers seront vraiment plus longs que les précédents ! et je poursuivrai l'écriture de la suite pendant l'été au plus tard... donc tu auras MORE ahah ! Merci pour tes reviews ici, ailleurs et tes kudos (coeur)

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Chapitre 8, Morceaux de pleurs – Juillet rassuré

Aristote regardait le tableau de Mademoiselle Ambuela qu'il avait fait encadrer. Elle le lui avait donné le vendredi soir, avant qu'ils ne s'embrassent à perdre haleine. Elle l'avait prié de ne le dérouler qu'au lendemain, lorsqu'il serait de retour chez lui et loin d'elle. Il avait obéi plus parce que la bouche d'Ambuela avait requis toute son attention que par réel attrait pour la patience.

C'était une vue magnifique des vignes de Fortarôme, quelque chose de magique avec le vent qui soufflait et les couleurs qui s'assombrissaient selon l'heure qu'il faisait au Pays-de-Galles. Il n'avait plu qu'une seule fois depuis qu'il avait accroché le tableau dans son bureau au ministère de la Magie. La tempête qui s'était déchaînée dans le tableau l'avait assez inquiété mercredi soir, tant et si bien qu'il avait envoyé une lettre à Ambuela pour lui demander si tout était normal. Elle avait répondu que même un tableau avait besoin d'eau et de laisser exploser sa colère.

Il avait ri.

« Mr Parkinson, en ce qui concerne la Reine des Croates…

— Bien sûr Mr Bulstrode, j'ai du nouveau », répondit-il à son assistant qui prendrait bientôt sa place.

Caryl Bulstrode lui avait fait parvenir une lettre de motivation tout à fait intéressante alors qu'il n'était encore qu'en sixième année à Poudlard. Edmond, le mari de Frida, avait dû le pousser à tenter sa chance. Il était son cousin au second degré. L'étudiant qu'il était alors était travailleur et déjà passionné par l'histoire d'Europe de l'Est et des Balkans. Aristote lui avait proposé de venir en stage auprès de lui dans les bureaux de l'Ambassade, à Sarajevo. Six ans plus tôt, le climat était nettement moins tendu avec l'Allemagne de Vogel, et Pelagius Slughorn avait trouvé cette idée magnifique. Les années avaient passé, Caryl avait pris trois ans pour faire son Grand Tour et apprendre les langues, les coutumes et nouer des relations. Il était revenu cette année pour finir sa formation auprès d'Aristote, avant de repartir pendant trois mois, et d'enfin revenir.

« Snežana Širola, reine sorcière des Croates, s'est effectivement vue approchée par un roi moldu, comme la princesse Despina, infante de la Serbie sorcière, l'avait rapporté, reprit Aristote. Mais Despina s'est trompée : Snežana n'a accepté aucun accord avec les autorités moldues. Elle sait très bien que les contestations populaires sorcières sont proches des peuples moldus en contestation eux aussi. Une telle alliance contrarierait ses opposants anti-moldus, ses opposants anti-royauté et même son cercle proche très raciste, soit tout son peuple, et elle ne veut enflammer la situation pour rien au monde.

— C'est elle qui vous l'a dit ?

— Bien sûr que non, en convint Aristote en appréciant la vigilance de son assistant. Elle n'avouera jamais rien de la sorte, elle est bien trop fière. C'est son ministre qui m'a l'a rapporté. La situation semble particulièrement tendue à l'approche du mariage entre le roi bosniaque et la princesse serbe. Les Croates et les Slovènes sont particulièrement à cran. Les Dalmates craignent de se faire envahir et les Albanais renforcent leurs frontières. J'ai hâte que ce mariage ait lieu afin de savoir quels seront les positions de Vlad et Despina par la suite.

— Le roi bosniaque est un tranquille, il…

— Oh ne croyez pas cela, Mr Bulstrode, l'interrompit Aristote en riant jaune. Pelagius pense que la princesse Despina « s'est calmée » pour reprendre ses termes, mais je me méfie. Vlad est peut-être calme à l'écrit et en façade, mais j'ai entendu parler d'assez de ses caprices pour regarder toute cette situation avec prudence. L'un comme l'autre serait capable de faire du chantage dans l'apport de troupes qu'ils fournissent à la recherche de Nurmengard et de Grindelwald pour obtenir plus de pouvoir au sein des Balkans.

— Certes mais ce ne seraient que des mots…

— Mr Bulstrode, avec qui avez-vous dû suivre des leçons de Défense cette année ? » l'interrompit Aristote.

Tout en se levant, il enroula le rouleau de parchemin qu'il avait fini de lire. Caryl Bulstrode se leva à son tour. La journée supplémentaire qu'Aristote lui avait demandée touchait à sa fin, et il avait sans nul doute hâte de quitter le Ministère pour rentrer chez lui en ce samedi après-midi.

« Avec Durducorps, répondit aussitôt Caryl Bulstrode en fronçant les sourcils.

— Un grand sorcier, approuva Aristote. Il reste cependant dommage qu'il ne vous ait pas répété la maxime à laquelle j'eus droit à votre âge de la part des Maugrey.

— La maxime ?

Vigilance constante, Mr Bulstrode ! » s'exclama Aristote en frappant dans ses mains.

Ahhh à vingt-deux ans, il faudrait que Caryl Bulstrode s'endurcisse un peu tout de même. Il en fallait si peu pour le faire sursauter.

« Vigilance constante, répéta-t-il avec embarras. Durducorps dit plutôt Un ami, dix ennemis.

— C'est-à-dire ? demanda Aristote peu sûr de comprendre.

— Un ami est redoutable comme dix ennemis, parce qu'on s'en méfie dix fois moins, expliqua-t-il avec une grimace.

— Je crois que je vais préférer Vigilance constante, répliqua Aristote avec un sourire de circonstance. Je fermerai derrière moi, vous pouvez y aller. Et n'oubliez pas de me rejoindre directement à l'ambassade lundi matin.

— Bien sûr, Mr Parkinson. À lundi. »

Aristote attendit que Caryl Bulstrode prenne ses affaires et quitte le bureau pour regarder à nouveau le tableau de Mademoiselle Ambuela.

Il crut l'entendre rire lorsque le vent souffla à nouveau sur les vignes de peinture.

Il était content de passer la soirée avec Pollux et Irma. Même la présence de Melania lui importait peu. Il voyait Ambuela lundi soir à Pré-au-Lard, il se régalerait de son badinage et de ses baisers, de ses caresses et de ses rires. Il n'avait pas pu se libérer ces derniers soirs à cause du travail, mais lundi, peu importe ce qu'il se passerait, il serait avec elle.

Il prit son chapeau et sa cape, et quitta son bureau. Après les enchantements d'usage, il se dirigea vers les cheminées du hall pour se rendre au 12, Square Grimmaurd.

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« Aristote ! » entendit-il tout de suite lorsqu'il sortit de la cheminée.

Il ouvrit les yeux et tira discrètement sa baguette pour ôter toute la suie que ses vêtements avaient dû attraper dans le réseau de Cheminette avant de serrer la main de Pollux.

« Je suis heureux de te voir, ajouta Pollux en lui souriant prudemment.

— Moi aussi », reconnut-il.

Il se rendit compte qu'il mourait d'envie de parler d'Ambuela à son meilleur ami. Il mourait d'envie de lui partager son bonheur de la même manière que Pollux lui avait longuement parlé d'Irma lorsqu'ils étaient à Poudlard.

« Bonsoir Aristote », l'accueillit à son tour Irma.

C'était fou comme son amie n'avait pas changé depuis qu'ils avaient quitté l'école de Sorcellerie. Elle avait toujours ses joues rebondies de bonheur, et ses cheveux bruns remontés dans un chignon tout à elle. Elle était toujours la même pour Aristote, la gentille et patiente Irma, l'amie avec laquelle il avait discuté de tous ses questionnements adolescents.

« Bonsoir Irma, la salua-t-il gentiment avant de l'embrasser amicalement. Je suis content de te voir. »

À Irma aussi il avait tant envie de parler d'Ambuela, de lui dire qu'il était amoureux, enfin, lui aussi, et d'une personne qui l'aimait en retour. Il avait envie de l'entendre se réjouir pour lui et d'être heureuse avec lui.

« Aristote, cela faisait si longtemps ! »

Il avait appréhendé la rencontre avec Melania. Il avait craint qu'elle ne cherche à l'attendre toute seule dans le Grand Salon et à lui poser des questions depuis qu'il n'avait pas répondu à sa lettre. Il avait craint, un peu, aussi, qu'un relent de tendresse vienne l'étouffer et lui donner la nausée. Il avait peut-être un peu craint d'avoir une quelconque réaction qui l'aurait mis ensuite mal à l'aise vis-à-vis de Mademoiselle Ambuela.

Mais rien.

La voix de Melania ne lui provoqua aucun frisson, aucune envie, aucun sourire différent. Elle ne le faisait plus sourire depuis deux ans, certes, mais elle lui avait provoqué au moins un sentiment de peur, d'incertitude, d'espoir aussi.

Mais là, rien du tout : il la revoyait comme par le passé, comme une amie. Brune, belle certes, mais froide finalement, un peu fausse aussi, trop fausse plutôt, et trop calme. Il n'y avait pas de vie face à lui.

La vue d'Arcturus, son mari, derrière elle, ne lui provoqua pas non plus de réaction. Aucune jalousie, aucune frustration ne le traversa et il se détendit tout à fait. Il prit la main que Melania tendait pour la lui serrer, comme le faisait tous les hommes lorsque son cinglé de mari était derrière elle.

« Bonsoir Melania. Bonsoir Arcturus. C'est un plaisir de pouvoir dîner avec vous ce soir, dit-il avec une honnêteté qui le surprit lui-même et lui fit un bien fou. Où sont les enfants ? »

Il se sentait enfin parfaitement à l'aise chez son meilleur ami, comme lorsqu'ils étaient encore à Poudlard et que Melania n'habitait pas au 12, Square Grimmaurd puisqu'elle portait encore le nom de Macmillan. C'était une véritable libération. Tout cela grâce au sourire, à la joie du vivre et à l'humour badin de Mademoiselle Ambuela. Qu'est-ce qu'il avait hâte de parler d'elle à ses amis !

« Ah, Alphard, mon grand, comment allez-vous ? demanda-t-il aimablement au fils de Pollux et Irma qui attendait avec ses parents au salon.

— Bien Mr Parkinson, répondit l'enfant avec une précaution et un respect qui donna le sourire à Aristote. Je suis de plus en plus impatient d'entrer à Poudlard, ajouta-t-il fièrement.

— Comme je vous envie, Alphard, se moqua-t-il gentiment en essayant de se rappeler de sa propre entrée à Poudlard. Je crois que ce sont à tous nos meilleures années, n'est-ce pas Pollux ?

— C'est fort probable, approuva Pollux avec sa réserve habituelle.

— Mr Parkinson, reprit Alphard avec empressement. Père et Mère refusent de me dire en quoi consiste la Cérémonie de Répartition. Walburga reste muette comme une tombe elle aussi, mais peut-être que vous pourriez…

— Alphard, voyons, c'est traditionnel, nous ne pouvons rien dire, l'interrompit Aristote avec affection. Où est votre sœur ? »

Son propre éclat de rire honnête et bruyant lui fit un bien fou. Depuis quand n'avait-il pas ri aussi ouvertement au 12, Square Grimmaurd ? Des années sûrement.

« Mais Mr Parkinson, si je suis pris au dépourvu, je risquerai de…

— Alphard, n'embête pas Aristote ainsi, intervint Irma en poussant son fils dans le couloir. Et va chercher ta sœur.

— Elle est en train de faire des choses de filles », commenta Alphard en levant les yeux au ciel.

Est-ce qu'il avait parlé ainsi de Frida à cet âge-là ? C'est fort probable, songea-t-il avec amusement.

« Alphard, le rappela aussitôt à l'ordre Pollux.

— Laisse, Pollux, c'est de son âge. J'espère qu'il n'est pas trop intenable, intervint-il en regardant l'enfant quitter la pièce. La rentrée n'est que dans un mois. Aurais-tu du Brandy-Pur-Fruit, Pollux ? J'ai goûté avec une amie, l'autre jour, et je dois avouer que cela change agréablement du Whiskey-Pur-Feu.

— Avec une amie ? » s'étonna Melania pendant qu'ils s'asseyaient tous dans les canapés.

Ahhh Mademoiselle Ambuela. Même s'il avait eu la tête ailleurs mardi soir, il avait savouré le Brandy-Pur-Fruit qu'elle lui avait fait goûter. Il en avait commandé une caisse pour Sarajevo d'ailleurs. Le Ministère finirait par lui demander de réguler sa consommation d'alcool si ça continuait. Tant pis.

Ambuela était plus qu'une amie. Elle était son amie. Sa fiancée. Enfin presque. Dans quelques semaines, il lui en parlerait. Elle était la femme de sa vie, il en était sûr. Elle était le bonheur qu'il voulait autour de lui pour l'éternité.

« Oui, une amie, répéta-t-il avec hésitation. Je… Je dois vous avouer », dit-il plus bas.

Il regarda ses amis, Pollux, Irma, Melania et même Arcturus. Oui, il avait envie de partager son bonheur avec ses amis. Il regarda rapidement s'il n'y avait personne dans le couloir avant de tirer sa baguette pour fermer la porte. Les enfants étaient bien gentils mais ils avaient la langue trop bien pendue.

« Je crois que je suis enfin tombé amoureux, dit-il en sentant son cœur exploser dans son corps.

— Oh Aristote, enfin ! se réjouit aussitôt Irma à côté de lui en prenant ses mains dans les siennes.

— Oui, amoureux, répéta-t-il en riant.

— Qui est-ce ? demanda aussitôt Pollux avec un large sourire.

— C'est une jeune femme merveilleuse qui ne me demande rien mais qui me donne tout, dit-il avec émerveillement. Si tout se passe bien, je la demande en mariage avant de partir à Sarajevo, promit-il.

— Mais depuis combien de temps la connais-tu ? s'étonna Melania.

— Un peu moins d'un mois, et je ne me suis jamais senti aussi serein de toute ma vie, se confia-t-il.

— Mes félicitations, Aristote », entendit-il Pollux et il lui répondit par un large sourire.

Pollux l'avait tellement vu et entendu se lamenter, qu'il y avait de quoi se réjouir. Il avait craint une petite seconde que Pollux ne se méfie, mais rien : ses amis étaient seulement heureux pour lui. Et il en fut encore plus heureux.

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« Où l'as-tu rencontrée ? » reprit Irma à la fin du repas.

La table avait été débarrassée et les enfants avaient été autorisés à s'éloigner. Dans la petite cour du 12, Square Grimmaurd, Walburga lisait sagement un livre à l'écart, pendant que ses deux petits frères jouaient aux échecs plus loin.

« Tout bêtement à un bal, alors que je ne m'y attendais absolument pas, reconnut-il toujours au comble de la joie. Elle m'est rentrée dedans et a renversé mon verre de Whiskey-Pur-Feu, raconta-t-il avec délice. Elle est restée discuter avec moi pour s'excuser et puis nous nous sommes revus ensuite.

— Oh Aristote, je suis si heureuse pour toi. Je commençais à croire que tu resterais seul et je m'en affligeais auprès de Pollux encore hier. Maintenant que je vois l'effet que son affection a sur ton humeur et même ton physique…

— Mon physique ? s'étonna-t-il en riant.

— Tu souris, tu ris, tu… on voit que tu es heureux, souffla Irma en lui souriant largement.

— Je suis heureux », reconnut-il à voix haute.

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Aristote n'aimait pas devoir se rendre aux toilettes chez les Black, tout simplement car cette pièce était associée à Melania. Mais comme le dîner durait, et comme il refusait de partir sous un prétexte aussi stupide, il se leva.

« Excuse-moi, Irma, l'interrompit-il. Je reviens dans un instant, et tu pourras me raconter la seconde bêtise de Cygnus.

— Oh je ne sais pas si tu veux l'entendre celle-ci, se moqua gentiment Irma.

— Je suis certain que si », répondit-il avec un sourire en reposant la serviette sur la table.

Il rentra dans le 12, Square Grimmaurd et monta au premier étage en pensant encore à Mademoiselle Ambuela. Irma lui parlait toujours de ses enfants avec affection. Pollux aussi, mais Irma mettait encore plus de tendresse dans ses mots. Est-ce que, l'année prochaine, lorsqu'il aurait épousé Ambuela et qu'ils auraient des enfants, il parlerait d'eux de la même manière ? S'il la demandait en mariage avant de partir, qu'il revenait dans quatre ou six mois pour l'épouser, l'an prochain ils seraient…

La porte des commodités claqua devant lui lorsqu'il tendit la main pour la pousser. Il se retourna en serrant les dents au son des pas précipités derrière lui. Ne lui dites pas que…

Melania n'avait finalement pas compris. Elle se tenait à un mètre de lui, sur les marches de l'escalier et avait relevé sa robe pour courir. Ses yeux noirs lui parurent encore plus sombres qu'il y a un mois et demi, et sur sa robe bleu nuit ses mains longues et sèches lui firent penser à des serres de vautour. Sa maigreur maladive couronna le tout : elle lui fit penser à une Harpie. Lorsqu'elle ouvrit la bouche, le mépris et la détresse qui froissèrent ses lèvres l'exaspérèrent.

Elle avait tout gâché.

« Tu m'enfermes hors des commodités, cette fois-ci ? lui dit-il en levant les yeux au ciel. Ouvre la porte, s'il te plaît.

— Aristote, j'ai besoin de comprendre. Pourquoi ne m'as-tu pas répondu ? Et qui est cette femme ? Qu'est-ce…

— Tu sais très bien que quand on ne répond pas à une lettre, c'est que tout est fini, Melania », répondit-il posément en croisant les bras devant lui.

Avec un peu de chance, elle se contenterait de cette explication car il ne parlerait pas d'Ambuela avec elle. Peut-être pouvait-elle rester son amie, mais leur amitié serait entièrement différente que celle qu'il avait avec Irma. Cette simple insistance lui faisait regretter toute une après-midi qui l'avait pourtant réjoui.

« C'est cette femme que tu as rencontrée ? répondit-elle en s'approchant de lui et il recula d'un simple pas. Je comprends, tu veux des enfants et une compagne à tes côtés. Mais nous deux…

— Il n'y a jamais eu de nous deux, Melania, réfuta-il patiemment, comme s'il discutait avec une diplomate. Ni il y a quinze ans, ni depuis quatre ans. S'il te plaît, je préserve mon amitié avec Pollux et Irma et même avec toi et Arcturus, ne complique pas les choses. Conduis-toi en amie et laisse-moi être enfin heureux. »

Melania se contenta de le regarder et d'assimiler ce qu'il lui disait. Peut-être fallait-il tout de même une explication pour clore cette partie de sa vie. Voilà, le point final était posé et ils pouvaient tous les deux passer définitivement à autre chose. Il lui sourit avec amitié et lui montra la porte pour qu'elle l'ouvre.

Elle lâcha sa robe pour le pousser contre le mur et s'appuyer sur ses épaules pour essayer de l'embrasser. Il recula la tête au dernier moment, se cogna contre le mur, se recula tout de même encore en sentant les mains de Melania se poser sur son visage

« Melania ! Mais arrête de… »

Il lui attrapa les mains pour l'éloigner de lui, lui arracha un cri de frustration, croisa son regard complètement fou et se sentit trembler de panique. Mais qu'est-ce qu'il lui prenait, mais…

« Mais ça suffit ! s'exclama-t-il en couinant lorsque le bras gauche de Melania lui échappa.

— S'il te plaît, Aristote, ne… ne fais pas ça, ne… »

Sa main droite se posa aussitôt sur son épaule pour la repousser. Mais qu'est-ce qui lui prenait ?

« Mais enfin, qu'est-ce qui te prend ? »

S'il la lâchait pour attraper sa baguette, elle…

« Arrête de…

— Aristote ? Melania ? »

Il réussit enfin à repousser Melania. Il ferma les yeux et serra les dents avec terreur. Et voilà. Il avait suffi de quelques petites secondes pour que Pollux arrive et voie leur proximité plus qu'amicale. Il allait perdre son meilleur ami, son seul ami, tout ça pour une femme qu'il avait quitté un mois et demi plus tôt, et qui venait de… Mais qu'est-ce qui avait pris à Melania ? Qu'est-ce qu'elle avait voulu faire en se jetant sur lui ? Est-ce que…

Il lissa sa robe en tremblant sans oser tourner la tête vers Pollux. Peut-être que Pollux pourrait comprendre… Non, s'il avait surpris Pollux avec… avec Frida, il ne le lui aurait certainement pas pardonné, quoi qu'il aurait pu lui dire.

Lorsque le silence devint trop pesant il releva finalement la tête.

Pour tomber sur Pollux… et Arcturus.

Sa main se glissa dans la poche de sa robe pour prendre sa baguette lorsque Melania chougna en courant dans les bras de son mari.

Le regard de Pollux était terrible. Il avait très bien compris : mariée et brune et quittée… Comme Amalric Durducorps disait : un ami, dix ennemis. La chute était sans doute dix fois pire lorsqu'un ami vous décevait ainsi.

« Aristote ? Que se passe-t-il ? » demanda lourdement Pollux.

Un nouveau sanglot de Melania renversa tout dans sa tête et lui fit perdre ses moyens. C'était elle qui s'était jeté à son cou, mais l'inverse était bien plus logique. Elle… Elle n'allait tout de même pas l'accuser de l'avoir forcée en quoi que ce soit ?

Il n'avait qu'à dire la vérité. Il avait déjà tout perdu son meilleur ami de toute façon. Il n'avait qu'à dire que Melania avait été sa maîtresse et qu'elle venait d'essayer de… renouer. Les doigts de la main droite de Pollux s'agitaient dans le vide contre sa cuisse, comme lorsqu'il était inquiet et fébrile.

Comme lorsqu'il ne savait pas quoi faire.

Mais qu'il comprenait la situation inextricable.

Aristote regarda rapidement Arcturus qui semblait partir dans une de ses crises de paranoïa ahurissantes dont Pollux lui avait parlé à mots couverts. Il regarda Melania et eut pitié d'elle et même de son mari cinglé qui ne méritait pourtant pas ce qu'elle lui avait fait. Ce qu'ils lui avaient fait.

« Rien, essaya-t-il de plaider sans plaisir mais avec une amertume tenace dans le coin de la bouche. Melania essayait d'ouvrir la porte bloquée et elle est tombée, ajouta-t-il en se trouvant complètement stupide à essayer de couvrir Melania auprès d'Arcturus. Je l'ai rattrapée et…

— Ne mens pas, Parkinson ! » s'emporta néanmoins Arcturus.

Il eut juste le temps de tirer la baguette qu'il tenait étroitement dans sa main pour lancer un sortilège du Bouclier. Lorsqu'il entendit Pollux doubler sa propre voix, les sons ne lui parvinrent plus.

Il tourna aussitôt la tête vers Pollux qui ne le regardait pas pour fixer l'endroit où le sortilège de son cousin s'était heurté à leur double bouclier. Il voyait Pollux respirer, il l'entendait aussi. La lourdeur de ses gestes faillit le faire tomber à ses pieds pour le supplier d'écouter ses explications à présent qu'il l'avait protégé. Oui, Melania avait été sa maîtresse pendant quatre ans. Oui, il avait espéré qu'elle quitte son mari. Oui, il avait pensé au scandale qui aurait entaché la Maison des Black. Oui, il l'avait trahi. Mais ce n'était pas lui qui était marié ! Et c'était elle qui venait de se jeter sur lui alors qu'il l'avait quittée et qu'il la repoussait.

« Comment as-tu pu… reprit Arcturus en poussant Melania derrière lui. Je te vois depuis quatre ans, à tourner autour de Melania ! Melania n'a rien vu parce que Melania a le cœur trop bon ! Mais à présent…

— Calme-toi, Black, l'interrompit-il en regardant uniquement Pollux. J'ai rattrapé Melania pour qu'elle ne tombe pas. C'est tout. »

Il aurait mieux fait de la laisser tomber il y a des années. Il n'aurait jamais dû aller la voir il y a quatre ans, lorsqu'elle lui avait demandé à lui parler en privé après un dîner où ils s'étaient revus pour la première fois depuis dix ans. Il n'aurait pas dû écouter les inquiétudes d'Irma sur l'apathie de leur amie et la dépression qui l'étouffait depuis son second accouchement.

La voix de Pollux lui parvint de manière surréaliste.

« Melania, que s'est-il passé ? »

Pollux essayait-il de trouver une issue potable à la situation en gagnant du temps ?

Ou bien doutait-il à la suite des accusations d'Arcturus ?

Aristote regarda Melania et la pria de marcher dans le jeu, de ne pas gâcher leur amitié à tous les cinq, et encore moins celle qu'il avait avec Pollux et Irma. Ses grands yeux noirs luisaient de terreur à présent.

« Je… j'ai cru… » commença-t-elle et il crut que c'était bon.

Mais Arcturus se remit à envoyer maléfices sur maléfices dans sa direction. Il faillit se faire percuter par un sortilège qui passa au travers de son bouclier mais il se baissa assez vite pour que l'éclair aille se ficher dans le mur derrière lui. Il lui proposait une situation parfaite, et elle n'était pas capable de mentir un tout petit peu ? Alors qu'elle ne faisait que ça depuis quatre ans ? Alors qu'ils ne faisaient que ça depuis quatre ans ?

Si elle n'était pas capable de mettre un peu de conviction dans ses propos, il n'y avait aucune chance pour qu'Arcturus pense autre chose qu'au fait… qu'il avait voulu abuser de Melania. Alors que… Merlin, mais qu'est-ce qui avait pris à Melania ? Ambuela, pourquoi Ambuela n'était pas venue avec lui ? Un regard de sa part et il se serait senti mieux.

« Bien sûr, évidemment, railla-t-il en sentant la colère enflait dans sa poitrine comme cela ne lui était jamais arrivé. Je vous annonce que je suis amoureux et j'attends ce moment pour m'approcher de Melania ? C'est ridicule et absurde. Excuse-moi Pollux, mais je vais m'en aller avant de dire un mot de trop. »

Il marcha à reculons jusqu'au Grand Salon en se sentant trembler de la tête aux pieds. Ambuela, penser au sourire et aux yeux chocolat d'Ambuela. Il avait Ambuela. Et Ambuela savait la vérité. Elle comprendrait qu'il n'avait rien voulu. Qu'il n'avait pas fait de mal à Melania.

« Arcturus, Melania a dit qu'elle avait cru. »

La voix hésitante de Pollux l'arrêta un instant. Il regarda son meilleur ami lui jeter un coup d'œil froid et hocher la tête pour lui faire signe de partir. Est-ce qu'il avait bien tout compris et préférait un mensonge pour cacher un scandale ? Ou est-ce qu'il le couvrait simplement quelle que soit la vérité ? Aristote faillit ajouter quelque chose, n'importe quoi pour demander à Pollux de l'écouter, mais un cri d'Arcturus l'arrêta.

« Oui j'ai cru et j'ai paniqué, c'est tout, souffla Melania avec si peu de conviction que la nausée submergea Aristote lorsqu'il prit une poignée de poudre de Cheminette. Tout va bien Arcturus. Aristote est parti, et je me suis méprise et…

— Je vais le tuer, je vais le… »

Il donna l'adresse de l'auberge de Fortarôme.

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Il resta sans doute un long moment sans avoir la moindre réaction lorsqu'il arriva dans l'auberge.

Le patron dut le reconnaître puisqu'il l'appela par son nom, le mena au comptoir et lui proposa un verre de Whiskey-Pur-Feu qu'il accepta d'un hochement de tête.

La teinte ambrée du Whiskey-Pur-Feu se superposa rapidement sur celle chêne doré du comptoir. Le glaçon, à sa surface lui donna le tournis et le vertige.

Qu'est-ce qui s'était passé ? Qu'avait encore voulu lui faire Melania ?

Et Pollux, que pensait son meilleur ami ? Avait-il compris que Melania avait été sa maîtresse ? Ou croyait-il qu'il avait voulu abuser d'elle ? Que ce qu'il avait dit à mots couverts sur Ambuela était un mensonge destiné à détourner l'attention ? Lui parlerait-il à nouveau un jour ? Non, Pollux avait forcément tout compris, sinon il ne l'aurait pas laissé partir.

Et Ambuela… Si Melania lui intentait un procès parce qu'elle était trop lâche pour avouer ce qu'elle avait fait à Arcturus, que croirait Ambuela ? Je vais le tuer. Et si Arcturus s'en prenait à lui ? Ou à Ambuela ? Il suffisait de chercher un tout petit peu pour savoir que son grand amour était Ambuela ! La communauté sorcière aimait bien trop les potins et était bien trop petite pour que les secrets tiennent plus de quelques mois.

Il imagina Ambuela le regarder avec terreur et dégoût. Il l'imagina le laissait tout seul, l'abandonner et…

« Vous allez bien, Mr Parkinson ? demanda le barman à mi-voix.

— Oui pourquoi ? » demanda-t-il en relevant la tête de son Whiskey-Pur-Feu.

Il se rendit compte qu'il devait faire une drôle de tête au son rauque de sa voix.

« Excusez-moi, vous connaissez mon nom mais j'ignore le vôtre. Miss Fortescue a dû me le dire mais…

— Eliud Jones, lui rappela le barman. Vous attendez Miss Fortescue ? Vous savez, il commence à faire tard. Je vais devoir fermer.

— Oh », ne trouva qu'à répondre Aristote.

Il se sentait tellement vide, comme ces fois où il venait de quitter Melania sans avoir réussi à lui parler de ses désirs et de ses attentes. Il se sentait aussi vide qu'avant Ambuela.

« Voulez-vous prendre une chambre ? lui demanda Mr Jones avec hésitation.

— Non, je vais sortir. Excusez-moi », s'emmêla-t-il en payant son Whiskey-Pur-Feu pas même fini.

Il regarda son verre dans lequel le glaçon avait fondu et repensa à ce kirsch que Mademoiselle Ambuela avait bu d'un trait aux Trois-Balais il y avait presque deux semaines. Il en fit de même avec le fond de son verre. Ceci ne lui piqua même pas la gorge cette fois-ci.

« Bonne soirée, Mr Jones », dit-il avec lassitude.

Il n'écouta pas vraiment ce que Mr Jones lui disait et s'en alla au grand chêne où il avait passé une soirée enchanteresse avec Ambuela. Il s'y assit et pria de toutes ses forces pour qu'elle vienne. Mais elle ne vint pas.

Quelle heure était-il ? Il regarda sa montre en s'aidant de la lumière de sa baguette. Quatre heures du matin. Ses parents devaient se faire un sang d'encre. Tant pis. Peut-être qu'il était même recherché à l'heure actuel. Arcturus était tellement cinglé. Peut-être qu'il était parti à sa recherche plutôt.

Pollux. Irma. Ses deux seules vraies amitiés. Parties en fumée pour… pour rien. Une histoire de coucherie. C'était pathétique.

Ambuela se levait à quatre heures pour aller dans les vignes, sauf le dimanche. Elle prenait son temps le dimanche pour…

Il s'entendit renifler. Pollux avait raison. Il avait été stupide de fréquenter et d'aimer une femme mariée. Mais qu'avait-il…

Il chercha un bout de parchemin dans sa poche et tomba sur son agenda. Il déchira une des pages destinées à des notes au début du calepin, et écrivit à Ambuela. Au pire, elle ne se réveillerait pas.

Mademoiselle Ambuela, pourriez-vous venir au grand chêne, s'il vous plaît ? Je

Je vous aime. Avait-il encore le droit de lui écrire de tels mots ? Il aurait dû se méfier. Il n'aurait jamais dû mentir à Pollux. Il… Tout était sa faute.

Et dire qu'il se vantait d'être une personne rationnelle.

Il plia la feuille et l'enchanta vaguement. Heureusement qu'il ne pleuvait pas. Il l'envoya dans l'air vide et froid de la nuit en reniflant encore piteusement. Les étoiles. La Grande Ourse. Cassiopée, là, le W comme avait dit Ambuela. Apprendrait-il d'autres étoiles, un jour ?

Quelque chose lui piqua violent la joue et son « aïe » résonna bien faiblement en comparaison de la douleur qui pesait sur son cœur. Il baissa la main et trouva un avion de papier sur ses genoux. Est-ce que…

Il déplia la lettre en tremblant. C'était sûr, elle ne voulait plus lui parler. Elle…

Tout va bien, Aristote ? Ne voulez-vous pas venir plutôt à ma fenêtre ?

Il essaya de transplaner devant la maison qu'elle lui avait désignée comme étant celle de ses parents, mais il avait l'esprit bien trop embué. Il était tellement pathétique, tellement…

Il se traîna maladroitement dans les ruelles du village à la lumière de sa baguette magique jusqu'à voir une lueur à une fenêtre du premier étage de la maison de ses parents. Il s'approcha le plus silencieusement possible. Merlin, mais qu'est-ce qu'il faisait à se présenter à elle ainsi, en pleine nuit, le cœur en vrac et…

« Aristote, c'est vous ? » entendit-il.

Il ouvrit les yeux pour la trouver accoudée à sa fenêtre, une longue tresse brune reposait sur son épaule. Elle portait une chemise de nuit blanche, sans motif, si pure, alors que lui… Ses chaussures étaient crottées, sa robe noire et boueuse, son visage défait et…

« Aristote ?

— Ambuela, souffla-t-il avec soulagement en levant sa baguette allumée pour lui laisser voir son visage.

— Aristote, dit-elle en souriant si largement malgré ses yeux gonflés de sommeil que le monde cessa de tourner autour de lui.

Il savoura son rire étouffé, ses yeux à moitié ouverts, le bâillement qui lui dévoila le bout de ses dents. Il le savoura comme si c'était la dernière fois.

« Vous voulez monter ? chuchota-t-elle en se mordant les lèvres. Vous êtes bien trop romantique, vous… Aristote ? reprit-elle en voyant sûrement que quelque chose n'allait pas. Qu'est-ce qui se passe ? Vous… Est-ce que vous… »

Pleurez ? C'était lorsqu'elle lui était apparue, il n'avait un instant plus pensé à rien. Tout avait disparu mis à part elle, la lumière, la beauté, le bonheur et la sérénité. Il n'avait plus senti ce poids sur son cœur ni les mains moites de Melania sur ses joues et partout sur son corps.

Il regarda Ambuela s'éloigner de la fenêtre avant de fermer douloureusement les yeux. Elle voulait du rire, elle. Une personne lumineuse comme elle voulait du rire, pas des pleurs. Surtout pas venant de lui. Il était pathétique à frissonner de terreur en repensant au regard fou de Melania, à la voix froide de Pollux, aux maléfices qu'il avait failli recevoir…

« Montez », entendit-il.

Il rouvrit les yeux pour voir une échelle entre la terre et la fenêtre de la chambre d'Ambuela. Il ne pouvait pas faire ça, en pleine nuit, la déranger et…

« Allez, venez », insista-t-elle.

Il passa une main distraite sur son visage avant de monter à l'échelle lentement en se concentrant sur la voix de Mademoiselle Ambuela qui l'appelait doucement, avec des mots tendres et rassurants. Lorsqu'il passa ses jambes dans sa chambre et qu'il releva la tête vers elle, il se rendit compte de l'incongruité et du pathétisme risible de la situation.

« Excusez-moi, je… »

Elle entourait déjà ses bras autour de lui dans une étreinte douce et chaude. Il la serra contre lui en réponse et vint nicher son nez dans son cou pour respirer son odeur et le parfum de ses cheveux doux et brun chocolat. Heureusement qu'il aimait le chocolat, entre ses yeux et ses cheveux… Elle était même le meilleur chocolat contre la dépression.

« Qu'est-ce qui vous arrive, Aristote ? » lui demanda-t-elle en décrochant sa cape et en lui prenant son chapeau.

Elle ne le regardait pas avec pitié, elle discutait même assez normalement même si sa voix était un peu plus calme et douce. Il regarda ses mains nues poser les vêtements sombres sur une chaise avant de laisser promener son regard dans la pièce. Une armoire en bois sombre, une commode agrémentée d'un miroir, une chaise, et un immense lit à baldaquin. Les draps étaient en vichy mauve. La couette, mal mise, arborait des roses bleues.

« Votre robe est en train de tout salir. Je peux ? » demanda-t-elle en levant les mains vers les boutons de sa robe.

Il se recula d'un bond en posant une main sur ses boutons. Le visage d'Ambuela se figea avant de s'affaisser lentement.

« Le dîner s'est mal passé, dit-il en sentant sa gorge se comprimer sous la peur.

— Il est quatre heures du matin, Aristote, le coupa Ambuela en pinçant les lèvres. Qu'avez-vous fait entre temps ?

— J'étais à l'Auberge de Llywelyn le Dernier.

— Pardon ? » s'étonna-t-elle en écarquillant les yeux.

Un drôle de bruit fit vibrer le parquet et Ambuela posa son index sur sa bouche framboise pour lui faire signe de se taire. Il la regarda avec incertitude. Elle ne semblait plus du tout endormie. Le bruit retentit à nouveau avant de s'éteindre.

« Un ronflement de mon père, chuchota-t-elle avec un rire nerveux. Parlons plus bas et venez vous asseoir à côté de moi, l'invita-t-elle en se mettant à faire son lit.

— Mais ma robe est sale, reconnut-il en reniflant encore.

— Je sais nettoyer de l'alcool mais pas la boue, reconnut-elle avec embarras. Je peux vous prêter une de mes robes de chambre si vous voulez, même si elle risque d'être trop petite.

— Je veux bien », accepta-t-il avec hésitation.

Il la regarda finir de remettre en place la couette de son lit avant d'aller à son armoire. Les motifs fruités de ses robes lui arrachèrent un sourire. Après quelques secondes de recherche, elle finit par lui tendre une robe de chambre vert pomme en faisant le moins de bruit possible.

« Retournez-vous, la pria-t-il sans oser bouger à cause du parquet grinçant.

— Si vous voulez, dit-elle et il ne sut si elle se retenait de rire ou si elle s'inquiétait encore plus.

— Merci », souffla-t-il en ouvrant sa robe.

Il s'en débarrassa rapidement ainsi que de sa chemise de corps avant d'enfiler la robe de chambre qu'Ambuela lui avait prêtée. Les manches lui arrivèrent à la moitié des avant-bras, le bas à mi-mollet et il put à peine la fermer sur son torse. Mais elle sentait tout elle.

« Vous êtes décent ? demanda-t-elle et là il fut certain qu'elle se moquait.

— Oui », reconnut-il et il se sentit stupide de cette mise en scène.

Un peu plus stupide lorsqu'elle gloussa en le voyant, et un peu moins en même temps. Elle riait, et ce son calma les battements désordonnés de son cœur lorsqu'il la vit ainsi, riante dans une robe de chambre blanche. Pour un peu, il aurait pu imaginer qu'ils allaient se coucher comme un couple marié depuis des années.

Il sentit son regard glisser sur lui, vit ses joues rougir, et le malaise le saisit en même temps que la crainte. Lorsqu'elle fit un pas vers lui, il se recula.

« Venez vous asseoir, dit-elle en s'éloignant sans insister, et me dire ce que vous faites là, en pleine nuit et pourquoi… »

Il la regarda monter sur son lit et lui sourire gentiment pour qu'il la rejoigne. Il hésita à s'asseoir plutôt sur la chaise avant d'y voir ses vêtements crottés. Il s'installa en face d'elle avec précaution. Lorsqu'elle tendit les jambes devant elle, il s'empara de ses chevilles pour regarder ses pieds nus. C'étaient des pieds, ils n'étaient pas forcément beaux, mais ils étaient doux, et c'étaient ceux d'Ambuela. Il remonta ses mains sur ses chevilles avec curiosité en traçant de petits cercles avec ses pouces.

« Aristote ? »

Tout à la découverte de sa peau, il avait oublié le monde qui l'entourait et ce qu'il s'était passé. Peut-être qu'il pouvait vraiment tout oublier en se perdant contre elle ? Peut-être… Non, tout reviendrait le lendemain. Il avait essayé de tout oublier en rejoignant Melania au septième ciel pendant quatre ans, il savait que c'était stupide et que toute la réalité revenait de manière bien plus violente ensuite.

« La soirée était bien. J'étais heureux de voir Irma et Pollux. Leurs enfants sont très sages et nous avons pu discuter tranquillement jusqu'à ce que je monte aux commodités et… »

Pourquoi était-il monté dans cette malheureuse pièce ? Pourquoi n'était-il pas plutôt rentré chez ses parents ?

« Et ? » insista doucement Ambuela en s'approchant de lui.

Elle s'assit juste devant lui pour l'encourager à répondre.

« Je vous aime, vous le savez, n'est-ce pas ? » dit-il en posant craintivement ses mains sur ses joues.

Il ne le faisait pas comme Melania l'avait fait. Il le faisait parce que les joues d'Ambuela étaient douces et qu'elle le laissait faire. Il ne le faisait pas contre sa volonté. Il… Lorsqu'elle hocha la tête avec un sourire timide, il se pencha pour l'embrasser doucement et lentement, comme la première fois qu'ils s'étaient embrassés. Les mains d'Ambuela se posèrent timidement sur son torse et il se sentit bien, entouré de tant de douceur. Elle l'écouterait. Elle comprendrait.

« Je suis monté au premier étage, souffla-t-il en se reculant pour glisser ses mains dans les siennes. Mais Melania m'a suivi.

— Melania ? Votre maîtresse était Melania Macmillan-Black ? comprit-elle avec stupéfaction. L'épouse de l'héritier des…

— Oui, l'épouse d'Arcturus, finit Aristote. Comment la connaissez-vous ? demanda-t-il avec hésitation.

— Oh je ne la connais pas personnellement, le rassura tout de suite Ambuela, mais tout le monde sait qu'elle est l'épouse de l'héritier des Black et puis mon cousin la connaît, et il m'a déjà un peu parlé d'elle. Mais… Arcturus et Melania sont vos amis ? Mais…

— Arcturus est fou, en convint-il. Melania ne le savait pas en l'épousant de ce que j'ai compris, rapporta-t-il sans y croire. Elle était à Poufsouffle quand j'étais à Serpentard à Poudlard. Il y avait dans ma maison également Irma et Pollux. Je ne comptais pas revoir Melania il y a quatre ans, mais Pollux m'a invité chez lui, et elle était là. Et… voilà.

— Eh bien, j'ai de la concurrence, finit par dire Ambuela pour rompre le silence.

— Non, vous… je vous aime et Melania n'est rien pour…

— Je plaisantais Aristote, l'interrompit-elle en se rapprochant un peu de lui. Et ensuite ? »

Il respira profondément avec soulagement. Voilà, il avait enfin dit le nom de son ancienne maîtresse à Ambuela. Et elle réagissait plutôt bien.

« Elle m'a suivi à l'étage et elle a essayé de me convaincre de revenir vers elle, alors que je leur avais dit que j'étais enfin amoureux, et…

— Vous leur avez parlé de moi ? s'étonna Mademoiselle Ambuela.

— Je n'ai pas dit ni votre nom ni votre prénom, dit-il comme elle l'avait dit quelques jours plus tôt. Mais je voulais tellement leur dire que j'étais enfin heureux et amoureux.

— Je suis assez surprise mais très flattée, l'interrompit-elle avec un sourire timide et un rire discret.

— J'aurais peut-être mieux fait de m'abstenir, je… Melania… Pollux et Arcturus sont arrivés alors que je repoussais Melania et… et…

— Que vous la repoussiez ?

— Je pense que Pollux a compris que c'était Melania l'ancienne maîtresse dont je lui avais parlé mais Arcturus a commencé à m'attaquer en disant que j'avais voulu abuser de Melania », finit-il sans tenir compte de la remarque de Mademoiselle Ambuela.

Laquelle écarquilla les yeux et lâcha ses mains.

« Pardon ? Mais… comment peut-il dire ça ? Ce…

— Je ne sais pas ce qui a pris à Melania mais quand je lui ai dit de me laisser être heureux avec vous et de se conduire en amie, elle m'a sauté dessus en criant que je n'avais pas le droit de lui faire ça, dit-il à toute vitesse en sentant les larmes lui monter aux yeux. Elle… Elle a toujours su ce qu'elle voulait. Quand… Quand j'avais dix-neuf ans, au mariage de Pollux et Irma, elle… J'étais amoureux d'elle, pendant mes dernières années à Poudlard, j'étais amoureux d'elle, confessa-t-il dans le désordre. Et quand elle m'a suivi dans ces fameuses toilettes au mariage de Pollux et Irma et qu'elle m'a fait des avances je… Je ne voulais pas vraiment au début, je… Mais j'étais amoureux et… j'avais dix-neuf ans et… Et le lendemain je partais dans les Balkans pour ma formation alors…

— Vous avez couché avec elle il y a quinze ans ? bafouilla Mademoiselle Ambuela.

— Pire je… C'était la première fois que je…

— Oh Merlin, bredouilla Ambuela en portant ses mains à sa bouche. Et il y a quatre ans…

— Je suis allée chez Pollux et elle était là et… elle m'a donné rendez-vous et… et je comptais simplement lui dire que son attitude n'avait pas été correcte dix ans plus tôt, qu'elle aurait au moins dû répondre à l'unique lettre que je lui avais envoyée, qu'elle m'avait manipulé et qu'elle n'avait eu aucune pitié, mais elle n'allait pas bien et je… je…

— Mais elle vous a forcé ? s'horrifia Mademoiselle Ambuela.

— Non, je… J'avais vingt-neuf ans, j'étais venu de moi-même et…

— Elle vous a fait du chantage ! Mais… argh, je vais aller lui montrer, moi, qu'on ne traite pas les gens comme ça ! Pour qui se prend-elle ? Ce n'est pas parce qu'on est malheureux qu'on doit rendre les autres malheureux ! Et…

— Ambuela ? s'exclama une voix de femme derrière la porte. C'est encore une lettre de Zoely qui te met hors de toi ?

— Non, maman, c'est…

— Eh bien parle moins fort ! Tu ne crois pas qu'on veut dormir à cette heure-ci ? Et c'est quoi ces manières de t'enfermer à clé ?

— Excuse-moi, Maman, je…

— Je ne veux plus t'entendre !

— Oui, Ma…

— Qu'est-ce que j'ai dit ? »

Aristote regarda Ambuela avec effarement. Toute sa détresse s'en était allée au moment où une voix inconnue – qui s'avérait être celle de Mrs Fortescue – avait retenti. Elle était déjà partie en partie lorsqu'Ambuela, loin de le repousser, s'était mise à crier sa rage contre Melania. Elle… Elle ne le repoussait pas. Et elle le croyait.

« Vous me croyez ? insista-t-il en reprenant ses mains.

— Pourquoi je ne vous croirais pas ? s'étonna Ambuela.

— Eh bien je… On ne se connaît que depuis un mois et demi et quiconque – moi de même – aurait sauté à la conclusion inverse.

— Et vous avez eu mille fois la possibilité d'obtenir tout ce que vous vouliez de moi, reconnut-elle en rougissant. Vous avez toujours été honnête, vous m'avez envoyé des lettres sans vous méfier une seule seconde…

— Me méfier ? s'étonna-t-il

— Je pourrais vous faire du chantage très facilement si j'en avais envie. Je vous déconseille, Damoiseau le diplomate, d'être aussi léger avec d'autres que moi, pouffa-t-elle et il se trouva stupide avant de rire avec elle. D'ailleurs, vous n'avez pas du courrier de l'horrible…

— L'horrible ?

— Votre ancienne maîtresse ! Je ne vais tout de même pas prononcer son prénom, s'offusqua Ambuela à voix basse. S'il vous reste des lettres d'elle, vous êtes assuré qu'elle vous laissera tranquille, non ?

— Je crois que j'ai tout brûlé à part sa dernière lettre… Ah non, il en reste peut-être dans certains livres à la réflexion, dit-il.

— Eh bien voilà. »

Il se contenta de la regarder sourire puis bâiller. Deux petites larmes coulèrent de ses yeux à la fin de son bâillement. Il bâilla à son tour avant de rire avec elle. Elle était merveilleuse. Elle…

« Vous voulez bien dormir un peu ? lui demanda-t-elle en bâillant encore. Je dîne chez ma tante demain… enfin, tout à l'heure.

— Dormir avec vous ? demanda-t-il avec hésitation.

— Ce sera plus confortable que par terre, se moqua-t-elle. Mais si vous n'êtes pas à l'aise à cause de ce qui s'est passé tout à l'heure, je comprends », souffla-t-elle.

Elle posa sa main sur sa joue avant de s'approcher pour l'embrasser. Il la remercia mille fois de le laisser lui-même combler les derniers centimètres et de prendre en considération son désarroi.

« Je vous remercie.

— De quoi ? Je vous aime, répondit-elle en souriant.

— Je vous ai réveillée, je pleurniche…

— Elle vous a…

— Je vais mal alors, je vous empêche de dormir, je vous réveille, et…

— J'adore que vous me réveilliez en pleine nuit », dit-t-elle en se laissant tomber sur son lit.

Son regard coquin et son ton mutin lui rappelèrent bien trop qu'ils étaient installés sur son lit. Lorsqu'elle rapprocha ses jambes de sa poitrine pour tirer les draps et l'inviter à venir dessous avec elle, il prit diablement conscience que la robe de chambre vert pomme ne couvrait presque rien de sa peau, et qu'il sentirait toute la chaleur et la peau d'Ambuela contre lui.

Ce n'était pas… Il ne voulait pas qu'elle se fasse des idées. Il n'avait vraiment pas la tête à plus que des petits bisous réconfortants. Mais il ne voulait pas s'éloigner d'elle non plus.

Il la rejoignit sous les draps avec hésitation. Elle s'empressa de se glisser dans ses bras et de laisser sa main vagabonder sur son torse à peine couvert. Son contact l'apaisa, le détendit et l'inquiéta à la fois.

« Je… Je n'ai pas… Je ne veux pas vous empêcher de dormir, dit-il avec hésitation en la sentant se coller un peu plus à lui et réchauffer le moindre morceau de froid de son corps.

— J'adore que vous m'empêchiez de dormir, souffla-t-elle en embrassant son torse.

— Ambuela, je… Je n'ai pas envie, dit-il simplement en se souvenant de leur première discussion.

— Je me doute bien, dit-elle en se blottissant dans ses bras. Mais moi j'ai très envie, donc n'hésitez pas la prochaine fois. Bonne nuit. »

Il avala rapidement sa salive en regardant le baldaquin au-dessus de lui un moment. Lorsqu'il ferma les yeux, il fut certain que son sommeil serait sans rêve.

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Je vais m'organiser pour mettre les deux derniers chapitre avant la nouvelle année ! C'est la bonne période pour les niaiseries hihi. Bonne journée !