CHAPITRE 22

L'imagination de Rose partit en roue libre. Qu'est-ce qu'il avait l'intention de faire ? Une dizaine de scénarii se télescopèrent dans sa tête et elle fit un mouvement pour reculer loin de lui, mais sa prise autour de son bras était trop forte, et elle paniqua complètement.

Un bruit familier résonna dans la salle et bientôt la main de William se refermait sur le vide. La panthère recula sans lâcher l'homme des yeux, mettant une distance entre eux. Maintenant capable de prendre la fuite pour protéger Rose et épargner son cœur, elle se détendit un peu. Pour se hérisser la seconde suivante quand il prit la parole.

- Mais qu'est-ce qui te prend ?!

La queue noire fouetta l'air et il se pinça l'arête du nez.

- Excuse-moi de t'avoir attrapée si violemment. Je voulais qu'on continue notre conversation en privé. Parce que non, je n'ai rien contre la discrétion, ajouta-t-il un peu sèchement.

Il soupira et avisa un siège sur lequel il s'installa, posant les coudes sur ses genoux.

- Ma Rose, qu'est-ce qui se passe dans ta tête ? De quelle nouvelle copine tu parles ? Pourquoi je voudrais rompre avec toi ?

Il posa le menton sur son poing et la considéra longuement. Il n'avait visiblement plus l'intention de parler et l'animal comprit ce qu'il attendait. De mauvaise grâce, il disparut pour laisser place à Rose, qui resta debout.

- Je parle de la copine de Ludmila.

William fronça légèrement les sourcils mais la laissa parler.

- Vous allez vous voir quand alors ? demanda-t-elle comme si cela l'intéressait.

- Mais… jamais…

Ses sourcils se froncèrent encore plus, Rose croisa les bras.

- Ah, tu en as trouvé une autre entre temps ? N'hésite pas à me la présenter une fois qu'on sera redevenus juste amis.

Il se leva brutalement et se rapprocha vivement d'elle. Elle resta immobile, comme clouée au sol et ne bougea pas un muscle lorsqu'il l'attira contre elle dans une étreinte de laquelle elle ne pourrait s'échapper qu'en se transformant de nouveau.

- C'est pas possible d'être aussi dramatique, soupira-t-il près de son oreille.

D'une main, il lui releva le menton et l'obligea à le regarder.

- Il va falloir que tu apprennes à me faire confiance… et à te faire confiance aussi.

Elle haussa un sourcil, il sourit doucement.

- Je n'ai aucune intention de voir une autre fille que toi, ma Rose.

Sa façon affectueuse de prononcer son prénom avec ce possessif commençait à faire fondre sa façade glaciale.

- Parce que je suis complètement obsédé par toi, ajouta-t-il en souriant un peu plus. Tellement que j'ai envie de te garder pour moi tout seul quelques temps…

- Oui mais…

- Donc j'ai dit oui à la fille hier, pour que nos amis, qui sont de gros fouineurs, partent du principe que je papillonne toujours à droite à gauche…

Rose eut un rictus au verbe « papillonner ».

- Tu préfères « baiser » ? demanda-t-il crument et elle rougit instantanément. C'est ce qui me semblait. Et que notre relation garde son caractère secret encore un peu plus longtemps.

Flûte.

Elle n'arrivait plus à rester tendue entre ses bras. Elle se sentait se détendre de plus en plus, subjuguée par leur étreinte et ses mots si doux.

- Je n'ai aucune intention de la voir… tu es la seule qui m'intéresse. Et tu sais quoi ? marmonna-t-il. Je me souviens même pas de son prénom.

Rose leva les yeux au ciel et il sourit.

- Je suis désolé qu'on n'ait pas parlé de ce cas de figure, et je n'avais pas prévu de me faire aborder hier soir.

- Moi non plus, ronchonna-t-elle. J'avais oublié à quel point tu es populaire auprès de la gent féminine.

- Dis, c'est pour ça que tu m'esquives depuis hier ?

Elle hocha la tête et baissa un peu les yeux.

- Tu devrais être flattée, lança-t-il d'un coup.

- Parce que… ?

- Parce que je suis super populaire et que toutes les filles me veulent !

- Toutes ?

- Oui, bon, pas toutes, concéda-t-il. Seulement celles intéressées par les hommes forts.

Réprimant un sourire, Rose se tortilla sans toutefois chercher à se défaire de lui.

- Et je devrais être flattée parce que tu es un Don Juan et que…

- Et que je refuse des rendez-vous avec d'autres filles exprès pour toi !

- Non mais vraiment, siffla-t-elle en tentant cette fois de le repousser, ses mains plaquées sur son torse.

Il ne bougea pas d'un centimètre et eut un rire bas puis posa un rapide baiser sur sa joue.

- Désolé, c'était trop tentant. Bon, en même temps, avec un corps de rêve comme le mien, je peux pas leur en vouloir, soupira-t-il avant de lui adresser un sourire innocent au possible.

- C'est pas la modestie qui t'étouffe, maugréa-t-elle, tout en pensant que ce n'était après tout pas complètement faux.

Et aussi parce que…

- Pourquoi tu fais la grimace ?

Ses épaules se haussèrent, il imprima un baiser sur son autre joue.

- Parle-moi ma Rose… dis-moi ce qui se passe dans ta tête…

- Je grimace parce que je sais très bien ce que cette fille voulait.

- Quelques jours en ma charmante compagnie pour apprendre à mieux me connaitre ?

- Ben tiens, ronchonna Rose, gigotant encore entre les bras musclés qui la retenaient. Dis, tu me lâches ?

- Non. Alors qu'est-ce qu'elle voulait ?

Elle abandonna la lutte et soupira.

- Plutôt quelques heures en ta charmante compagnie, corrigea-t-elle. Et pas pour apprendre à mieux te connaitre.

- Ah bon, et pour quoi faire ? continua-t-il, visiblement amusé.

- Oh arrête, tu sais très bien pourquoi.

Il dut sentir que son agacement recommençait à poindre et ne la poussa pas plus, mais posa encore ses lèvres sur sa joue.

- Et toi non ? ne put-il s'empêcher de demander.

- Bien sûr que non ! protesta-t-elle, clairement outrée.

- Ah, mince.

- Enfin, si, se corrigea-t-elle de peur de le vexer. Mais pas seulement, c'est ce que je veux dire.

- Ouf, murmura-t-il et ses lèvres frôlèrent le cou de Rose qui ne retint plus son sourire.

Il l'embrassa délicatement sous l'oreille et replongea ses yeux dans les siens.

- Alors, décision commune : quand je me ferai à nouveau accoster par des hordes de jeunes filles en délire, on…

- Je prendrai sur moi pour les éliminer une à une, rétorqua Rose très calmement.

William se mit à rire et l'embrassa encore dans le cou, changeant de côté.

- Merlin que ça me plait quand tu es jalouse comme ça, souffla-t-il. Désolé pour ce quiproquo hier. J'ai vraiment pensé agir au mieux, et comme tu n'as pas réagi, je pensais que tu avais compris.

- C'est pas grave. Maintenant on sait ce qu'on doit faire.

Elle s'agita encore dans ses bras, consciente qu'elle était encore dans sa tenue de yoga, anxieuse d'aller prendre une douche avant qu'il ne soit dégouté.

- Pourquoi tu te tortilles comme ça ? protesta-t-il doucement.

- Parce que… yoga… transpiration…

Pour toute réponse, il colla son nez dans son cou et inspira profondément. Elle lui mit une tape sur le torse.

- Mais arrête ! C'est crade !

- Tu sens bon, gronda-t-il. Tu sens toi.

Lorsqu'il releva la tête, ses yeux s'étaient assombris et Rose s'immobilisa. Elle avança inconsciemment la tête vers lui et lia ses lèvres aux siennes. Perdue dans leur baiser, elle prit conscience que lui aussi sortait du sport – sa tenue en attestait – et se rendit compte qu'elle n'était pas gênée par son odeur. C'était même plutôt le contraire. Elle planta ses ongles dans sa nuque et il répondit en la plaquant contre lui, un grondement bas roulant dans sa gorge. De toute évidence, il n'était absolument pas gêné par leurs tenues peu seyantes et leur manque de douche post-entrainement. Rose ondula sans le vouloir contre son bassin et cette fois un gémissement bas, presque une expiration, échappa à William, à laquelle elle faillit répondre. Il abandonna ses lèvres et sourit.

- Doucement tigresse.

- Je t'ai fait mal ? s'enquit-elle aussitôt, perplexe.

- Ah non, rit-il doucement. Plutôt le contraire.

- Le monstre est réveillé ? taquina-t-elle, un sourire flottant sur ses lèvres.

- Voilà… et ne l'appelle pas comme ça, c'est de pire en pire.

- Mais… c'est toi qui as commencé !

- Une grave erreur.

Il l'embrassa encore, moins profondément, desserra leur étreinte, puis baissa les yeux. Sa bouche articula un juron silencieux et Rose perdit le combat de resserrer sa cape autour d'elle alors qu'il détaillait sa tenue, écartant les pans du tissu noir.

- Et tu me cachais ça sous une cape !

Rose joua machinalement avec la couture de son haut, il vint repousser sa main pour y étaler la sienne, sur sa peau qui apparaissait entre le haut court drapé et le legging. Il la caressait lentement du pouce et finit par revenir vers le visage de Rose qui se mordillait la lèvre pour retenir un sourire.

- Désolé, chuchota-t-il.

Puis ses yeux repartirent explorer le corps de Rose, moulé dans le tissu émeraude. Elle sourit, et vint placer ses doigts sous son menton pour le forcer à relever la tête.

- Oh, coucou ! s'amusa-t-elle sur un ton léger. Mes yeux sont là.

- T'es sûre ? Non parce que j'aurais juré qu'ils étaient par ici…

Il laissa trainer ses doigts sur son ventre et effleura ses seins au passage, elle lutta pour ne pas lui plaquer d'office ses mains sur sa poitrine. À la place, elle s'approcha de lui et chercha son regard des yeux, puis l'embrassa avant de reculer de quelques pas et de refermer sa cape autour d'elle. Il cligna des yeux, comme sorti d'hypnose.

- Vraiment, vraiment désolé, répéta-t-il. Et en même temps, pas tant que ça…

Ils échangèrent un sourire et se prirent spontanément la main. Lorsque William fit un pas en avant, Rose en fit un en arrière. Il souffla, frustré et finit par la lâcher pour croiser les bras.

- Faire la cour, tout ça… rappela gentiment Rose.

- Oui je sais, mais pff, aussi… fit-il en désignant Rose.

Puis il eut une pause, les yeux dans le vague. Rose haussa un sourcil, il revint à la réalité, le visage soudainement un peu plus dur.

- Tu t'habilles comme ça à tous les cours de yoga ?

- Oui, répondit-elle, son sourcil toujours haut.

- Y'a d'autres garçons dans le groupe ?

Comprenant où il voulait en venir, elle décida d'en profiter un peu.

- Oh, oui, une dizaine… surtout des débutants, comme moi, alors on est dans le même groupe. On se met par-là, dit-elle en pointant vers un coin un peu isolé de la salle.

Elle faillit perdre le fil de ce qu'elle disait quand elle vit les biceps se contracter. Il s'agaçait, elle jubilait et surtout, profitait de la vue.

- On s'entraide, c'est bien, on progresse vite… on forme un bon groupe.

- Vous vous aidez comment ? grogna-t-il presque.

- On s'aide à corriger nos mouvements, tu sais, comme ça…

Elle fit mine de toucher quelqu'un et de le faire changer de position, et fut récompensée par une contraction de mâchoires qui lui coupa la parole. Merlin mais c'était pas possible que ça lui fasse autant d'effet…

William sembla prendre sur lui et inspira par le nez.

- Et euh, ils s'appellent comment ces… types ?

Rose se mordit la lèvre et haussa les épaules.

- Je sais pas, je leur demande pas leurs prénoms… pas besoin de les connaitre pour faire ce dont j'ai besoin avec eux.

La bouche de William s'ouvrit sous le choc. Il fit un pas en avant, rejoignit Rose et posa son front contre le sien après l'avoir entourée de son bras droit.

- Tu me fais marcher ? grogna-t-il.

- Courir, plutôt, murmura-t-elle. Je dirais même que tu galopes.

- Vilaine.

Elle pouffa et l'enlaça, puis embrassa le bout de son nez.

- Il y a trois garçons, dont Marc, et c'est le seul dans mon groupe de débutant. Et non, je ne connais pas leurs prénoms, parce que je ne leur parle jamais.

- Manipulatrice, marmonna-t-il.

- C'était irrésistible, sourit-elle. Embrasse-moi maintenant.

Il ne protesta pas et obtempéra immédiatement, laissant sa main droite courir dans le dos de Rose pendant qu'il suçotait ses lèvres et les léchait. Elle sentit ses doigts s'installer sur ses fesses et il la rapprocha de lui d'une poussée. Elle tirailla sans le vouloir ses cheveux, luttant pour ne pas le griffer trop fort. William prit sa bouche d'assaut de sa langue et bougea son bassin tout en maintenant Rose plaquée contre lui. Elle s'abandonna complètement entre ses bras, les genoux de plus en plus cotonneux, et eut une petite exclamation qui se mua en un léger gémissement quand il saisit sa longue tresse et la tira avec douceur pour faire pencher sa tête en arrière, puis embrassa son cou, sous l'oreille jusqu'à la clavicule. Il revint encore une fois sur ses lèvres, relâcha la pression sur ses cheveux et caressa sa joue de son pouce avant de s'écarter. Rose était pantelante, les joues rougies, les yeux brillants et il eut un sourire si charmeur qu'elle oublia de respirer quelques secondes. Ils s'observèrent quelques secondes avant que William ne parle.

- Madame est-elle satisfaite par la qualité du baiser ?

- Plutôt, répliqua-t-elle aussitôt et il se mit à rire.

- Et qu'est-ce qu'il faudrait pour que tu répondes « parfaitement satisfaite » ?

Elle lui sourit et s'empêcha de répondre « un orgasme », parce qu'il était trop tôt et qu'elle n'était pas sûre de la réaction qu'il pourrait avoir.

- Tu rougis ma Rose…

- Désolée, marmonna-t-elle. Je te le dirai quand je le saurai.

Il secoua la tête, clairement amusé, mais n'insista pas.

- Bon, pour le moment on est assez mauvais pour cette histoire de « prendre notre temps ».

- Tu trouves ? s'étonna Rose.

Elle pensait qu'il trouverait que tout était beaucoup trop lent avec elle.

- On brûle les étapes ! On a même pas eu notre premier rendez-vous officiel pour que je te ravisse et te fasse tomber dans mes filets de Don Juan !

- Merlin qu'est-ce que ça va être quand tu vas essayer de me séduire alors, fit-elle avec un sourire.

- Ah ça…

Il fit comme elle et ne répondit pas clairement, alors elle n'insista pas et désigna la porte du menton.

- On y va ? J'ai comme une idée qu'on a complètement raté le diner… soupira-t-elle alors qu'il souriait largement.

- C'est possible… Allons voir s'il reste quelque chose. Pars devant, je te rejoins d'ici une minute.

Elle pencha légèrement la tête sur le côté et il eut un sourire en coin.

- J'ai une situation… monstrueuse à gérer. Pars, sinon je vais pas m'en sortir !

Rose se mit à rire et attrapa son sac en l'entendant marmonner avant de se glisser hors de la salle :

- Non mais une tenue aussi moulante, c'est pas possible de m'infliger ça aussi…

Un sourire aux lèvres, elle passa devant la Grande Salle et constata avec soulagement que le diner n'était pas entièrement terminé, même si leurs amis n'étaient plus là. Elle s'assit en bout de table et remplit deux assiettes en attendant que William la rejoigne, ce qu'il fit après une ou deux minutes. Ils mangèrent rapidement, conscients que la salle serait bientôt vidée, et se hâtèrent de remonter dans leur tour, discutant calmement des cours, espacés d'un mètre ou deux. William terminait une pomme qu'il avait prise pour la route « pour éviter la tentation de poser mes mains sur toi », ce qui avait fait rire Rose. Ils échangèrent un bref baiser avant de rentrer innocemment dans la Salle Commune.

Mercredi midi, William intercepta discrètement Rose dans un couloir alors qu'ils se croisaient entre deux cours.

- Ma Rose, chuchota-t-il rien que pour elle. Vendredi soir, on se voit ?

- Premier rendez-vous officiel ? répondit-elle sur le même ton, un sourire aux lèvres.

Il acquiesça et lui décocha son sourire charmeur.

- Tu veux faire quoi ?

- J'ai déjà une idée… je m'occupe de tout, car je suis un homme fort, et toi tu te laisses faire car tu es…

Elle haussa un sourcil.

- Une aristo pas dégourdie, termina-t-il, ravi, alors qu'elle retenait un rire. Dix-huit heures en bas de la tour Serdaigle ?

- D'accord, sourit-elle.

Il lui pressa la main et ses yeux brillèrent lorsque Rose laissa ses ongles courir sur sa paume avant qu'ils ne se séparent.

Vendredi après-midi, les adeptes du yoga se retrouvèrent dans la chambre des septièmes pour leur second cours de la semaine. Ils faisaient leurs mouvements sur des serviettes étalées sur la moquette bleue, tous tournés vers Padma qui menait leur séance.

- Respirez… et on continue l'enchainement. Posture du chat, inspirez…

Rose avait fermé les yeux et se laissait porter par la voix calme de son amie. Ils changeaient de position quand la porte s'ouvrit un peu brutalement.

- Euh…

- Salut Will, marmonna Marc, la tête en bas.

Padma ignora son interruption et continua à donner des instructions comme si de rien n'était.

- Désolé, souffla-t-il, je venais juste chercher des livres… je passe en coup de vent.

Rose le suivit de regard entre ses jambes et réprima un sourire en le voyant marcher tout discrètement… sur de la moquette. Puis elle se redressa dans la position de la montagne et ne le vit plus.

Une fois dans la posture du triangle, elle s'aperçut qu'il était toujours là, assis sur son lit, visiblement concentré.

- Dis donc, chuchota-t-elle, il est long ton coup de vent…

Elle entendit Mandy glousser et sourit à son tour.

- J'ose plus passer, je veux pas déranger tu comprends, rétorqua-t-il sur le même ton.

Rose eut un petit bruit de gorge amusé et se concentra sur Padma à nouveau. Ils terminèrent leur enchainement et Padma leur sourit.

- Je pense qu'on a le temps pour le refaire, si vous êtes partants ?

Ils hochèrent tous la tête et elle jeta un œil à William, s'attendant à ce qu'il parte. Il se leva et elle reprit les noms des postures.

- Posture du chat… Inspirez, bloquez quinze secondes.

Un juron à peine murmuré parvint aux oreilles de Rose et elle se retint de rire, sentant que William s'était à nouveau arrêté dans son élan. Elle remua subtilement des hanches et un livre chuta au sol. Elle faillit déraper tellement ses épaules se secouaient à force de rire. Non mais vraiment… quel cliché masculin.

- Allez Will, va-t'en, intima Marc. Tu me déconcentres à nous observer comme ça.

- Euh, oui, pardon, bafouilla l'intéressé.

Il ramassa son livre et Rose entraperçut son regard bleu, alors elle lui adressa un petit clin d'œil auquel il répondit de la même manière, puis il quitta la chambre sans un bruit. Elle se concentra à nouveau sur la fin de leur cours sans cesser de sourire. Une fois dans la posture allongée de repos, elle ferma les yeux et se détendit, profitant du moment de calme avant que le stress ne la gagne pour son premier rendez-vous officiel avec William.

- Merci tout le monde, chantonna la voix apaisée de Padma.

Ils se sourirent en se redressant, tous un peu dans les nuages après presque une heure passée ensemble. Lisa et Rose échangèrent un regard et sortirent de la chambre les premières. Rose fila sous la douche, prit son temps et se posta, emballée dans sa serviette, devant son armoire. Elle n'eut pas à réfléchir longtemps ; elle savait déjà ce qu'elle allait mettre. Elle sortit la même tenue que celle qu'elle avait portée à l'anniversaire de William l'an dernier : la jupe en jean noire et le haut rouge un peu court, avec le nœud décoratif sur le devant. Elle choisit des sous-vêtements noirs, enfila des bas et laça ses Doc Martens en dernier, puis sortit à la réflexion un gilet du placard, au cas où. Elle prendrait aussi sa cape, car elle n'avait pas la moindre idée de là où ils se rendraient. Elle avait séché ses cheveux et les disciplina, en remonta une partie pour faire un demi-chignon qu'elle fixa avec une grande pince, laissant le reste de ses longueurs lâchées. Lisa lui tendit un crayon marron doré avec lequel elle souligna ses yeux, puis un tube de mascara. Voilà, c'était le seul maquillage qu'elle ferait ce soir. La rousse opina, apparemment satisfaite.

- Pas trop nerveuse ?

- Un peu… mais pas trop, parce que c'est William et qu'on se connait bien.

Elle prit le temps de réfléchir un peu plus.

- J'ai surtout hâte de le retrouver, confia-t-elle avec un sourire auquel Lisa répondit.

- Tu vas dire quoi aux autres ?

- Que j'ai un rendez-vous ce soir… sans préciser avec qui. Ça passe, non ?

- Tout à fait d'accord. Allez, il faut que tu descendes, sinon tu vas être en retard.

- Quelque chose me dit qu'il serait moins lourd que Blaise si je me pointais en retard, marmonna Rose alors que Lisa riait doucement en hochant la tête, puis elle lui fit signe de filer.

Rose sortit de la chambre après un grand sourire et traversa la Salle Commune.

- Tu vas où ? s'étonna Michael.

- Je sors ce soir… dit-elle vaguement, avisant Terry sourire et Derek lever le pouce dans sa direction. M'attendez pas.

Elle leur fit un signe de la main et s'engouffra dans les escaliers, prenant soin d'attacher sa cape autour de son cou pour se protéger du froid qui régnait dans les couloirs du château. Ses doigts se tordirent avec nervosité quand elle ne vit pas William en bas de la tour.

- Rose !

Elle se retourna et le regarda arriver par un des couloirs. Il fut bientôt à sa hauteur et lui lança un grand sourire auquel elle répondit.

- Désolé, je suis en retard, parce que j'ai été distrait dans ma propre chambre par un…

Rose se mordilla la lèvre alors qu'il marquait une pause.

- Charmant postérieur, termina-t-il, la faisant finalement rire.

- Aucune importance. On va où ?

- Tu verras.

Il lui présenta son bras et Rose glissa sa main dans le creux de son coude, puis suivit son rythme dans les couloirs.

- C'est quoi ton panier ? demanda-t-elle avec curiosité.

- Tu verras, répéta-t-il, lui faisant hausser un sourcil. Je marche trop vite ?

- Un tout petit peu… mais je peux accélérer aussi.

- Non, non, on va aller plus lentement… J'avais oublié que tu n'avais pas mon énergie folle ni ma musculature d'athlète.

- Non, moi j'ai juste un charmant postérieur, lui rappela-t-elle.

- Mais ! Qui a dit que je parlais du tien ?!

Elle lui mit un petit coup de coude qui le fit rire doucement, puis pointa vers les portes de la Grande Salle. Il secoua la tête et l'entraina un peu plus loin, jusqu'à…

- La salle de Divination, s'amusa Rose. Elle t'a plu à ce point ?

Il lui sourit sans lui répondre et la fit entrer, puis il sortit sa baguette de sa poche et ferma magiquement la porte avant de se tourner vers elle.

- C'est quoi l'autre déjà ? pour bloquer les sons ?

Rose farfouilla sous sa cape, mais William l'arrêta d'un geste, puis se rapprocha rapidement d'elle.

- Elle est où ?

- Au même endroit que la dernière fois, s'amusa-t-elle.

- Je peux ?

Elle opina, soudainement incapable de former des mots sensés. Il commença par dégrafer l'attache de sa cape et la faire glisser de ses épaules, ses yeux glissant rapidement sur sa tenue, un sourire flottant sur ses lèvres.

- Pas mal… chuchota-t-il en tirant doucement sur le nœud devant son ventre. Ça me rappelle des souvenirs…

Rose sourit à son tour, satisfaite : c'était le but. Il lui caressa le bras et continua à dévaler son corps jusqu'à atteindre l'ourlet de sa jupe, puis il faufila sa main dessous, repoussant le jean en remontant. Leurs regards étaient accrochés et la bouche de Rose s'entrouvrit malgré elle pendant que les doigts cherchaient sa baguette avec délicatesse. William regarda finalement ce qu'il faisait, ses prunelles allant et venant sur la jambe de Rose. Il saisit le manche de la baguette et la délogea lentement du bas dans lequel elle était coincée, puis la tendit à Rose tout en lui rajustant sa jupe. Elle se racla la gorge et se tourna vers la porte.

- Discretio obice.

- Merci ma Rose.

Il reprit son panier à la main et lui tendit l'autre pour l'inciter à le suivre. Elle la saisit et ils allèrent jusqu'au bout de la pièce, dans une sorte d'alcôve qu'il désigna de la main.

- C'est notre restaurant pour ce soir, annonça-t-il. Et ça, c'est un pique-nique.

Rose le regarda d'un air qu'elle espéra pas trop niais et le laissa l'entrainer dans l'alcôve, leurs pieds s'enfonçant dans l'herbe. Elle regarda le plafond et vit les étoiles, reflétées grâce au même sort que celui de la Grande Salle. Elle nota l'air un petit peu anxieux de William qui attendait visiblement qu'elle fasse un commentaire.

- Tu as eu une excellente idée, murmura-t-elle. Comment tu as fait pour le pique-nique ?

- J'ai eu un peu d'aide pour aller jusqu'aux cuisines, avoua-t-il en dépliant une couverture, en tendant l'extrémité à Rose.

Ils l'étalèrent par terre et William lui fit signe de s'installer. Rose était surprise de ne pas avoir froid malgré les températures hivernales du moment. Elle replia ses jambes sous elle pendant que William s'asseyait à son tour. Un petit sourire s'installa sur ses lèvres et il la regarda.

- Oui ?

- J'attends que tu me séduises, s'amusa-t-elle.

- Mais ! J'ai commencé depuis qu'on s'est retrouvés !

Elle pouffa doucement devant son air offensé.

- Aucun respect, maugréa-t-il avant de lui adresser un sourire désarmant. Je sais comment te séduire de toute façon : est-ce que tu veux manger ?

Rose se mit à rire, mais secoua la tête.

- Non ?

Il sortit quand même deux bouteilles de Bièraubeurre du panier, les décapsula et en tendit une à Rose. Ils trinquèrent dans un léger tintement et se sourirent.

- À notre premier rendez-vous officiel dans un endroit pas du tout officiel, lança sérieusement William.

- Et à tous les suivants, murmura Rose.

Elle le regarda boire une gorgée, consciente de le fixer très peu discrètement.

- Je suis désolé pour tout à l'heure, lança-t-il.

Rose pencha la tête sur le côté, perplexe.

- D'être resté trois plombes dans la chambre pendant le cours de yoga. J'étais parfaitement subjugué par une certaine demoiselle, mais ce n'est pas une raison…

- Je suis désolée d'avoir remué des fesses, continua Rose avec un sourire. Bien que ta réaction ait été très amusante.

Il eut un petit air interdit.

- Ça faisait pas partie de votre mouvement ? interrogea-t-il d'une petite voix.

- Pas du tout, admit Rose, rapidement hilare devant son air dépité.

- Je me suis fait avoir comme un débutant, sourit-il finalement. Sorcière.

Elle eut un petit geste d'évidence et but à son tour.

- Je peux te poser une question ?

Rose opina tranquillement.

- Zabini… tu lui parles encore ?

- Non, lâcha-t-elle, déconcertée. Pas du tout. Pourquoi ?

- La façon dont il te regarde parfois, dit-il en haussant les épaules.

- Il me regarde ? s'étonna Rose. Première nouvelle.

- Tu n'avais pas remarqué ?

- Bien sûr que non… mais toi, oui, sourit-elle doucement.

- Je remarque beaucoup de choses que tu ne vois pas apparemment… lui, Summerby…

- Mais tu vas pas recommencer, protesta-t-elle avec le sourire. Je te signale qu'il ne m'a pas adressé la parole depuis le diner chez Slug.

Rose marqua une hésitation.

- Tu n'es pas allé lui parler quand même ?

- Ah non, pas encore… je vais peut-être faire ça demain, tiens…

- Non ! contra-t-elle en riant. Laisse-le tranquille, le pauvre…

- Et elle le protège en plus !

Le rire de Rose tinta dans l'alcôve, puis elle reprit un air sérieux.

- Et toi, tu parles toujours à tes ex-copines ?

Il se tortilla, un peu mal à l'aise, puis secoua la tête.

- Je crois qu'elles me détestent toutes.

- Non, nia Rose avant de pouvoir s'en empêcher.

- Tu as l'air bien sûre de toi.

Rose prit une inspiration et se mordilla la lèvre.

- Allez, dis tout à William.

Elle secoua imperceptiblement la tête, amusée.

- Il y a quelques semaines, j'ai entendu une de ces filles discuter dans les toilettes avec ses amies. Elle parlait de toi.

Il eut une grimace peu rassurée et attendit la suite.

- Bref, elle ne te détestait pas du tout. Elle disait même que c'était connu que tu ne cherchais pas de relation stable ou long terme, et que d'après elle, elles savaient dans quoi elles s'embarquaient en te fréquentant. J'ai même été surprise qu'elle n'utilise pas de terme péjoratif à ton égard.

- Mais je suis un parfait gentleman, moi, marmonna-t-il. C'était laquelle ?

Rose secoua fermement la tête, refusant de dévoiler l'identité de Ludmila, et il n'insista pas.

- Rebecca est revenue à la charge, confessa William d'un coup, faisant hausser un sourcil à Rose. Pendant un cours, hier après-midi. Elle m'a demandé si j'avais réfléchi à sa proposition.

- Et ? Tu lui as dit que son costume d'Halloween nous manquait à tous ?

Un rire secoua ses épaules.

- Non ! Et je lui ai dit que je n'étais pas intéressé. Elle faisait sacrément la tête après, mais bon. Elle s'en remettra.

- J'ai toujours du mal à y croire, maugréa Rose. Après ce qui s'est passé entre vous…

- Moi aussi. Mais que veux-tu, je suis irrésistible.

Elle sourit, amusée et termina sa boisson puis désigna le panier de pique-nique.

- Ah, tu me rassures ! J'avais peur que tu aies l'appétit coupé.

- Je suis un peu stressée, mais pas à ce point…

- Stressée ? À cause de quoi ?

- Ben… de ça…

Elle fit un geste entre lui et elle, puis lui adressa un sourire timide.

- C'est pas la première fois que tu as un rancard, si ?

- Avec toi, si. C'est suffisant.

- Je te fais peur ?

- Pas du tout. J'ai juste envie que tout se passe bien, c'est tout…

- Moi aussi, confirma-t-il avec un sourire qui la rassura plus que des mots. Tiens, mange !

Ils partagèrent leur repas en papotant.

- C'était la première fois que tu descendais dans les cuisines ? Tu as vu tous les elfes ?

- Oui ! Mais bon j'étais complètement blasé, après mes vacances chez la famille Wayne… Terry est convaincu que ceux de Poudlard t'aiment bien.

Elle soupira.

- Ça fait mille fois que je lui explique, ça n'a rien à voir avec moi… peut-être que je suis plus à l'aise que vous, tout simplement.

- C'est ton autorité naturelle ça, ça impressionne, taquina-t-il. Comme avec mes joueuses de Quidditch.

Il réfléchit un instant.

- Elles t'aiment bien, tu sais. Je ne sais pas ce que tu leur as fait, mais elles n'ont pas arrêté de parler de toi lundi soir.

Rose sourit, toute contente.

- Je les ai rassurées un peu, avant leur premier match…

- J'ai entendu, oui, sourit-il. C'était gentil de ta part. Comme quoi, le rôle de coach est naturel pour toi !

Elle lui tira un peu la langue en se rappelant leur fête de l'an passé.

- Je me demande ce qu'ils font, maintenant…

- Qui ?

- Les septièmes de l'année dernière ! Roger, Luke, Selena… et Owen…

Les yeux bleus s'assombrirent un peu et William eut un petit air renfrogné que Rose trouva adorable.

- Aucune idée…

- Et toi ? Tu vas faire quoi l'an prochain ? Parce qu'on parle, on parle… mais comme c'est un rancard amoureux, il faudrait quand même que je sache ce que tu comptes faire de toi une fois sorti de Poudlard. T'en avais pas parlé de ça, dans ton CV…

Il se mit à rire et elle l'imita, puis il se plongea dans ses pensées quelques secondes.

- J'ai toujours eu dans l'idée de poursuivre le Quidditch, avoua-t-il enfin. Mais avec la situation actuelle… j'ai pensé tenter l'examen pour la formation d'Auror. Ou celle de la Brigade de tireurs d'élite… la formation est moins longue.

Le regard inquiet posé sur lui le fit sourire et il tendit la main à Rose qui s'en saisit.

- Je suis sûre que tu serais formidable dans ce rôle, finit-elle par dire, forçant son anxiété à disparaitre en elle. Tu pourrais faire abdiquer n'importe qui rien qu'en leur parlant.

Il se mit à rire et pressa ses doigts dans les siens.

- Et toi ?

- Je n'en ai absolument aucune idée, admit-elle après un silence. Je n'ai pas spécialement envie de travailler pour le Ministère.

- Tu voudrais faire comme ton père ?

- Ah non !

Ils se mirent à rire.

- Il n'y a que lui qui peut faire un truc pareil… moi, ça ne m'intéresse pas du tout. Je préfèrerais faire quelque chose de, je sais pas, d'utile, je suppose. Mais je ne suis pas plus avancée.

- Tu as encore le temps pour y réfléchir. Et puis, tu pourras toujours faire comme tous les enfants riches : le tour du monde avant de décider quoi faire de ta vie !

- C'est une idée, ça… sourit Rose. J'irai avec mon père à Seattle, et puis je voyagerai pour rencontrer toute ta famille… ce qui prendrait un temps considérable.

- Ah oui, tu devrais partir tout de suite, s'amusa-t-il. Tu n'as toujours pas eu de réponse de ton père ?

- Pour ma baguette et la maladie ? Non, aucune… j'ai dépassé le stade de l'angoisse, ce qui est une chose positive.

- Tu crois qu'il évite de te répondre ?

- Je ne pense pas… je suis à peu près sûre qu'il est à Seattle depuis un moment, et j'ai expédié ma lettre au Manoir par réflexe.

- Au pire, tu pourras en discuter avec lui pendant les vacances de Noël ?

- C'est ce que je me suis dit. Tu sais déjà où tu vas voyager en décembre ?

- Cinq jours en Espagne direct en sortant du train, puis le reste aux Pays-Bas. J'espère pouvoir me garder quelques jours de tranquillité…

Rose le considéra avant de continuer.

- Tu es majeur maintenant, tu fais bien comme tu veux…

- Ah tu n'as rencontré qu'une toute petite partie de la personnalité de ma mère à la gare en juin dernier, crois-moi ! Si elle a décidé d'un planning, je vais le suivre… Sinon j'en entendrai parler pendant des années.

Un rire échappa à Rose alors qu'elle imaginait cette petite femme toute adorable sermonner son grand fils très musclé.

- Tu crois que tu vas essayer de vivre tout seul cet été ?

- Ça dépend ce que je fais après les ASPIC… peut-être que je profiterai de l'été pour rester avec ma famille et chercher un logement pour septembre.

Il changea de position et eut un air rêveur.

- Ah, vivre tout seul, enfin ! Après sept ans à supporter trois autres garçons et onze à supporter mes sœurs ! J'ai hâte.

Rose souriait en l'écoutant, amusée.

- Je ne te demande pas si tu as hâte d'habiter toute seule ?

- Pas la peine en effet, murmura Rose. Je sais déjà ce que ça fait. Et de toute façon, j'ai déjà mon futur logement qui m'attend.

- Ton père t'obligerait à rester au Manoir tu penses ?

Elle secoua la tête.

- Ça m'étonnerait. Mais pour l'instant, je n'arrive pas à m'imaginer vivre ailleurs.

- Tes grands-parents y ont vécu en même temps que ton père ?

- Je crois… ils sont morts il y a très longtemps. Je ne les ai même pas connus.

Un petit silence s'étira entre eux.

- C'est vraiment juste toi et ton père hein ?

Rose acquiesça.

- Les derniers Wayne… enfin, à ma connaissance.

Elle s'essuya les mains sur la serviette que William lui avait tendue et se mit à quatre pattes pour aller fouiner dans le panier de pique-nique.

- Mais ! Qu'est-ce que tu fais ?

- Je cherche le dessert, marmonna-t-elle.

William se pencha vers elle et repoussa ses mains. Elle enroula ses doigts aux siens et recula pour le laisser faire.

- Tiens, voilà…

Il lui tendit une crème au chocolat et elle sourit.

- Merci. Même toi tu en as pris une ?

- Soirée exceptionnelle, dessert exceptionnel.

Elle pouffa avant de plonger sa cuillère dans la crème et ferma les yeux en prenant la première bouchée. Lorsqu'elle les rouvrit, William la regardait, la cuillère en l'air.

- Ben alors…

Elle posa son dessert et prit celui de William, puis lui tendit une cuillère pleine.

- Fais aaah.

Il se mit à rire et obéit. Rose l'imita inconsciemment et regarda sa pomme d'Adam quand il avala le dessert.

- C'est bien, félicita-t-elle. Maintenant tu gères tout seul.

Elle se rassit et se préoccupa de son propre dessert, qu'elle termina en un temps record. William rangea tous les couverts pêle-mêle dans le panier et le repoussa sur le côté. Il fit signe à Rose de s'approcher de lui et elle obtempéra sans arrière-pensée.

- T'as du chocolat, là… marmonna-t-il en désignant les coins de ses lèvres.

Il n'attendit pas de réponse et vint poser sa bouche à cet endroit. Rose sentit sa langue lécher délicatement sa peau et elle ferma les yeux. William recula légèrement et l'examina.

- C'est bon ? s'enquit-elle.

- Absolument pas. Viens là, gronda-t-il.

Et il l'attira encore plus près de lui alors qu'elle lâchait un petit rire. Il l'enlaça et posa franchement ses lèvres contre les siennes pendant que les mains de Rose entouraient sa nuque. Elle n'osait pas se coller complètement contre lui, car cela aurait voulu dire se mettre à califourchon et voir sa jupe remonter complètement sur ses cuisses…

- Pourquoi t'es à six kilomètres ? ronchonna-t-il en essayant de la rapprocher de son torse.

Elle eut un sourire et rompit leur baiser.

- Parce que c'est notre premier rendez-vous et que j'essaie d'éviter de te grimper dessus tout de suite.

- Je vois pas le rapport.

Son ton buté fit rire Rose, et il la laissa reculer, sans toutefois lâcher sa main. Il poussa un soupir parfaitement dramatique et s'allongea sur le plaid, entrainant Rose avec lui. Elle se lova contre lui et il passa son bras derrière sa tête pour l'avoir plus près de lui. Elle ne savait pas trop comment s'installer et elle gigota un peu le temps de trouver une position confortable. D'habitude elle s'étalait comme une étoile de mer sur Derek, mais elle n'était pas sûre que ce soit la meilleure idée dans ce contexte. Un rire silencieux secoua les épaules de William.

- On dirait que c'est la première fois que tu fais ça, s'amusa-t-il.

Elle s'immobilisa une fraction de seconde.

- Rose ? reprit-il avec hésitation.

- Oui, bon, maugréa-t-elle.

Il n'ajouta rien, posa un baiser léger sur son front et l'attira un peu plus contre lui, trouvant magiquement une position bien plus confortable pour elle et elle se détendit enfin, calmant sa panique qui commençait à lui suggérer que peut-être, elle et William n'étaient pas compatibles s'ils n'arrivaient pas à se coucher l'un contre l'autre ! Elle se trémoussa, mais de contentement cette fois et poussa un petit soupir satisfait qui fit encore rire William. Elle avait posé sa main sur son torse recouvert d'une chemise à carreaux rouges et le caressait en douceur, machinalement. Elle ferma les yeux quand la main de William se mit à caresser son dos.

- Au fait… commença-t-elle doucement, je voulais te demander…

- Oui ?

Elle leva un peu le visage vers lui et sourit en constatant qu'il avait fermé les yeux lui aussi.

- Pourquoi tu fantasmes sur ma robe rouge ? lâcha-t-elle d'un coup avant d'en perdre le courage.

Les iris bleues se rivèrent aux siennes. Son air hésitant l'incita à ajouter :

- Tu n'es pas obligé de répondre, laisse tomber, c'est trop personnel.

- Dit-elle en faisant sa moue à laquelle je suis incapable de résister, maugréa William avant de lui sourire. À cause de la première fois où je t'ai vue avec cette robe – tu dois même pas t'en souvenir. On étudiait tous ensemble dans la Salle Commune, et tu t'étais levée pour chercher un livre dans une bibliothèque.

- Un dictionnaire de Runes, précisa Rose. C'est ça que je cherchais. C'est le jour où tu m'as crié dessus.

- Crié dessus ? Tu exagères pas un peu ?

- Bon, disons… que tu m'as parlé vraiment sèchement. Continue, dit-elle en embrassant furtivement son cou.

Il se racla la gorge.

- Tu étais juste à côté de moi, évidemment… et je n'arrivais pas à m'empêcher de te regarder. Même Nassim s'en était rendu compte. Et tu as commencé à te pencher… de plus en plus… et j'ai aperçu, juste un peu, tes bas sous la jupe qui se soulevait.

William la regardait et elle lui sourit pour qu'il poursuive.

- J'étais complètement distrait et j'ai renversé…

- Une bouteille d'encre, termina-t-elle. Je m'en souviens.

- Voilà. Depuis, ta robe rouge me fait beaucoup d'effet.

Il se tortilla un peu, comme mal à l'aise, et Rose posa encore ses lèvres dans son cou. Puis elle recula le visage et fronça les sourcils.

- Tu étais fâché contre moi ce jour-là.

- Pas vraiment… plus contre moi-même. D'être incapable de ne pas te regarder.

- Me mater éhontément oui.

Un petit rire secoua ses épaules.

- Accordé. Et j'avoue que quand tu as commencé à jouer avec Idriss, j'ai un peu perdu mon sang-froid.

- Jaloux parce que je jouais avec lui ?

- Un peu, admit-il. Et aussi… tu te souviens, il t'a demandé de faire une révérence ?

- Oui, sourit-elle, toujours amusée par ce moment. C'est même à cet instant que tu es intervenu.

- Il y avait les septièmes derrière toi, révéla-t-il. Dont cet… dont Owen.

Rose ne put retenir un sourire.

- J'avais remarqué qu'il te regardait, et quand tu as commencé à te pencher… j'ai pas supporté l'idée qu'il voit ce que je venais de voir, marmonna-t-il.

Comprenant enfin, Rose eut un léger rire, complètement attendrie, puis se redressa pour un bref baiser sur ses lèvres. Il retint quelques secondes son visage près du sien et l'embrassa encore en douceur, puis la laissa se réinstaller contre son épaule. Elle reprit ses caresses sur son torse, glissant ses doigts entre les interstices de la boutonnière, touchant le t-shirt noir dessous.

- Moi c'est ton t-shirt blanc, lâcha-t-elle subitement.

- Ah bon ?

Elle hocha la tête et le regarda à nouveau.

- Tu étais habillé comme ça à ta fête d'anniversaire l'an dernier. « Mon plus beau t-shirt blanc », tu as dit quand Idriss t'a reproché de ne pas avoir fait plus d'efforts vestimentaires.

Il se mit à rire.

- J'avais oublié ça. Quelle mémoire ! Tu as fait exprès cet été à la plage ?

- De ?

- De mettre mon t-shirt au lieu de celui de Derek.

- Promis que non, dit-elle sérieusement. J'étais en panique de me couvrir et j'ai pris le premier vêtement blanc sans réfléchir.

- Merlin j'ai cru que j'allais imploser quand je t'ai vue avec, chuchota-t-il, un sourire aux lèvres.

- Pourtant tu ne voulais pas que je te le rende ?

- Mets-toi à ma place. Tu portes mon t-shirt, tu es nue dessous et je sais que si je le reprends, je vais avoir un souci… monstrueux à gérer ensuite.

Rose se mit à rire contre lui.

- Donc, non, je ne voulais pas que tu me le rendes, s'amusa-t-il alors qu'elle l'embrassait encore dans le cou.

- C'est amusant que tu sois autant jaloux, lança Rose après un silence.

- Amusant ? Super…

Elle rit face à son dépit.

- Non mais, disons que c'est curieux alors. Parce que ce n'est pas moi qui suis constamment observée par des brochettes de prétendants qui soupirent d'extase dès que je respire.

- Et c'est moi qui suis jaloux ?! s'esclaffa William.

Rose lui envoya un sourire innocent, il y répondit puis reprit un air sérieux.

- Je crois que tu te rends pas compte de toutes les personnes qui te regardent, surtout. Tu n'avais même pas remarqué que Zabini t'observe parfois.

- C'est vrai… concéda-t-elle finalement.

- Mais moi je sais qui te regarde, ronchonna-t-il. J'ai leurs noms et leurs maisons. Zabini, Summerby…

Elle leva les yeux au ciel.

- Le Poufsouffle de ton cours de Moldus…

- Non mais vraiment ! rit-elle. Il s'appelle Ernie MacMillan et notre amitié est purement platonique.

- Le Gryffondor irlandais de sixième…

- Seamus ? Ah bon ?

- Ben je vois que tu l'appelles par son prénom, continua-t-il sur le même ton. Je vais l'avoir à l'œil alors…

Il perdit son air irrité quand le rire de Rose résonna dans son oreille et il lui sourit, puis lui caressa la joue. Elle se redressa encore pour être sûre qu'il la voie bien.

- Tu es conscient qu'ils ne m'intéressent absolument pas, ces types ?

- Vraiment ? Et pourquoi ?

- Parce qu'aucun n'est toi.

- Bonne réponse, sourit-il avant de planter un baiser sur ses lèvres qui souriaient.

Rose reposa sa tête contre lui et reprit ses douces caresses, allant du col de sa chemise à son ventre. William avait fermé les yeux et elle en profita pour détailler ses traits détendus. Elle leva la main et passa les doigts contre ses joues qui se recouvraient au fil des jours d'une barbe qu'il laissait pousser – elle souriait chaque fois qu'elle les voyait, se rappelant sa pensée pas très poétique de les sentir contre ses cuisses. Il ouvrit les yeux au contact de ses doigts et les prunelles bleues plongèrent dans les siennes. Ils s'embrassèrent, plus longuement, laissant leurs langues se toucher et jouer ensemble. Plus leur baiser s'approfondissait, plus William se tournait vers elle, ses doigts se coulant sur son visage. Bientôt il fut couché sur le côté et elle l'imita. Il coula sa main le long de son corps, de la cuisse à l'épaule, et ses doigts dérivèrent vers sa clavicule, passèrent sur sa poitrine, entre ses seins sans les toucher, allèrent jusqu'à son ventre. Il tirailla encore sur le nœud de son haut et passa finalement la main sous le tissu, ses lèvres toujours collées à celles de Rose. Son pouce suivit la bordure inférieure du soutien-gorge de Rose et elle rata une respiration. Il recouvrit son sein de sa main, pressa légèrement et elle lui mordilla la langue, ce qui le fit sourire pendant leur baiser. Sa main disparut de sa peau et il vint saisir la jambe de Rose pour la passer autour de ses hanches et se plaquer à elle plus efficacement. Il caressa sa cuisse et s'arrêta à la lisière de son bas. Rose avait passé la main sous les vêtements de William et lui touchait la peau avec délectation. Un petit bruit bas lui échappa quand le bassin de William ondula contre le sien, une fois, deux fois, trois… Il se racla la gorge.

- Pardon. J'arrête. Premier rancard, tout ça…

Il s'immobilisa un instant et ne reprit pas leur baiser devant l'expression de Rose.

- Ah non, ne fais pas cette moue !

Rose bougea son propre bassin et William ferma les yeux, comme au supplice. Elle voulait encore sentir son érection sur elle et la sentir frotter contre elle, pour revoir encore des étoiles…

Soudain William enfonça ses doigts sous la jupe de Rose, dans la chair de ses fesses, et plaqua brutalement son bassin contre le sien. Un gémissement roula dans la gorge de Rose qui répondit de la même manière et se pressa contre lui, les ongles enfoncés dans la peau de son ventre. William mordit sa lèvre inférieure un peu plus fort que d'habitude et un nouveau petit cri plaintif lui répondit. Rose se frotta instinctivement à lui alors qu'il reprenait ses mouvements de bassin. Elle resserra sa jambe autour de lui, très consciente de la pression que ses doigts exerçaient sur sa peau nue sous la jupe. Il toucha la dentelle de sa culotte et cette fois ce fut lui qui poussa un grognement bas, enfonçant sa langue dans la bouche de Rose, qui vit plusieurs étoiles d'un coup et gémit un peu plus fort. Il explora sa bouche de sa langue, sans douceur, et Rose se sentait fondre entre ses bras. Il recula et jura à voix très basse.

- Tu me rends fou, gronda-t-il avant d'aller embrasser son cou, sans jamais arrêter ses mouvements de bassin.

- Oh… William…

Un grognement lui répondit et la main gauche de Rose s'accrocha désespérément au col de la chemise de William, gémissant de plus en plus. Elle n'était pas sûre, mais il lui semblait qu'elle n'était pas loin d'atteindre l'orgasme. Est-ce que c'était faisable, comme ça ? Elle n'avait jamais essayé…

- J'ai tellement envie de te faire jouir, fit à nouveau William, sa voix de plus en plus tendue et basse.

- Oh vas-y, pantela-t-elle, accrochant ses yeux aux pupilles dilatées à ceux de William, qui étaient plus sombres que jamais.

Elle ne savait pas que c'était possible, mais il plaqua encore plus leurs deux corps et elle se laissa onduler en rythme contre lui, ses gémissements se perdant dans la bouche de William, qui suçait ses lèvres et sa langue dès qu'il le pouvait, des grondements rauques s'échappant de sa gorge.

- Oh… oh !

Les yeux vert s'écarquillèrent et restèrent figés dans ceux de William qui l'encouragea.

- Vas-y, jouis…

L'orgasme la saisit avec un dernier coup de bassin qui résonna en elle et elle resserra automatiquement sa jambe autour de ses hanches, les muscles tremblants, les doigts crispés sur lui.

- Oh ma Rose…

Il eut un frisson similaire au sien et poussa encore un gémissement guttural, leurs hanches se mouvant brutalement, prolongeant le plaisir de Rose et déclenchant celui de William. Il saisit sa bouche contre la sienne et elle eut l'impression d'avaler son cri de jouissance. Elle sentait ses propres muscles pulser, satisfaite, estomaquée d'avoir joui sans qu'il ne la touche… et qu'il ait joui sans qu'elle ne le touche. Ils reprirent leur souffle ensemble, échangeant un long regard, s'embrassant encore et encore.

- C'était fou, haleta-t-il finalement.

Incapable d'articuler, elle se contenta de hocher la tête et de poser un baiser sur ses lèvres. Elle grimaça quand il relâcha la pression sur sa fesse et passa sa main par-dessus sa jupe.

- Je t'ai fait mal ?

- Non, chuchota Rose. Pas du tout. C'était juste un peu… intense.

Elle allait avoir des bleus, c'était évident, mais elle n'avait pas l'intention de lui dire ; sinon il allait encore culpabiliser. Et peut-être ne plus la toucher comme il venait de le faire, ce qui serait extrêmement dommage et frustrant.

- J'avais peur que tu t'enfuies, tu comprends.

- Aucune chance, souffla-t-elle avant de l'embrasser et de détendre la pression de sa jambe autour de lui.

Un silence confortable s'étira entre eux, ils se contentèrent de se regarder pendant un moment. Puis William finit par sourire, d'un sourire satisfait qu'elle ne voyait pas souvent.

- T'as joui, se réjouit-il, lui arrachant un petit rire. Et moi aussi.

- Et c'était incroyable, compléta-t-elle, contaminée par sa bonne humeur.

- Imagine quand on utilisera nos mains, lui murmura-t-elle à l'oreille et elle soupira d'envie.

Son regard un peu lointain incita William à lui caresser le visage.

- À quoi tu penses ?

- On avait dit qu'on prendrait notre temps…

- Mais ça faisait partie de mon plan pour te séduire, figure-toi.

Elle lâcha un petit rire et lova ses mains contre son cou.

- Ça a marché ? s'enquit-il ensuite.

- Absolument, soupira Rose.

William eut un petit bruit approbateur et embrassa sa gorge alors qu'elle renversait automatiquement la tête en arrière.

- Heureusement que j'avais dit que je ne te grimperai pas dessus, marmonna-t-elle quand il s'éloigna.

- On était sur le côté, tu n'étais pas sur moi, donc : promesse tenue, rétorqua-t-il aussitôt, la faisant encore sourire.

Il l'embrassa sur le front et s'éloigna un peu d'elle.

- Ma Rose, juste deux minutes s'il te plait… chuchota-t-il alors qu'elle commençait à faire la moue. Ferme les yeux.

- Pourquoi ?

Les coins de ses lèvres frémirent.

- Parce que je vais me nettoyer et que c'est pas hyper sexy. Je veux garder le mythe entier sinon je vais devoir reprendre mon plan séduction dès le début.

- Oh.

Elle ferma les yeux et l'entendit prononcer la formule familière, puis deux grands bras l'enlacèrent à nouveau et elle souleva les paupières. Ils restèrent l'un contre l'autre encore un moment, sans forcément parler, heureux d'être ensemble. Rose repoussa dans un coin de sa tête la petite voix qui disait que maintenant qu'ils avaient joui, peut-être que William n'aurait plus autant d'intérêt pour elle… Elle secoua un peu la tête et se lova plus près de lui, il poussa un grognement de satisfaction.

Ils durent somnoler un peu, mais furent bien réveillés lorsque l'horloge de l'école sonna vingt-deux heures.

- Merde. On a loupé l'heure limite.

Ils grimacèrent et se relevèrent, rangèrent ce qu'ils avaient laissé trainer et sortirent de la salle de Divination à la hâte. Ils ne croisèrent personne sur le chemin du retour et se tinrent automatiquement la main, s'arrêtant ici ou là pour un baiser rapide. Leurs amis n'étaient déjà plus dans la Salle Commune et ils s'embrassèrent encore furtivement en bas des escaliers des filles.

- Miss Wayne, ce fut un plaisir…

- Monsieur Van Alten, plaisir partagé… littéralement.

Ils se sourirent avec complicité, et Rose monta les marches après un dernier baiser.

- Une revenante ! s'exclama Mandy si tôt qu'elle eut fermé derrière elle.

Rose lui adressa un sourire, la tête encore un peu ailleurs.

- T'étais où ? demanda Padma avec curiosité.

- J'avais un rancard, c'est tout.

- Avec qui ?!

Le petit cri de Mandy fit lever les yeux au ciel à Lisa. Rose lui répondit d'un haussement d'épaules.

- Un type…

- Oui, merci, je m'en doute. Lequel ?

Rose glissa vers la salle de bains et lui adressa un nouveau sourire.

- Si je le revois je te dirai, d'accord ?

Un grommellement lui indiqua que la blonde n'était pas d'accord du tout, mais elle ne protesta plus. En retournant vers son lit, Padma osa toutefois demander :

- C'était bien, quand même ?

- Très bien. Un vrai gentleman.

- Vous vous êtes embrassés ? questionna Mandy.

- Mandy…

- Mais quoi ! Je veux pas savoir qui c'est, juste ce que vous avez fait !

- Tu es trop curieuse pour ton propre bien, s'amusa Lisa.

- Oui, on s'est embrassés, dévoila Rose avec calme.

- Et alors ?

Elle se mit à rire et confirma que c'était très bien – et c'était peu de le dire, mais elle ne donna évidemment aucun détail avant de leur souhaiter bonne nuit et de fermer ses rideaux. Elle était étonnée que ni Padma ni Mandy n'ait mentionné William, mais tant mieux après tout… en caressant distraitement Kietel, elle se repassa quelques scènes de sa soirée et sourit béatement avant de s'endormir lentement.

Mandy et Padma ne cessaient de se tourner vers Rose, qui posa sa cuillère et haussa un sourcil, amusée par leur comportement.

- Allez, dis-nous…

- Non.

- Vous dire quoi ? intervint Nassim, toujours curieux.

- Avec qui elle est sortie vendredi soir.

- Elle refuse de cracher le morceau.

Rose réprima un sourire en voyant Lisa lever les yeux au ciel. Leurs amies lançaient des œillades pleine d'espoir à Rose.

- T'as eu un rancard ?

- On dirait, sourit-elle vers Marc.

Elle ne manqua pas le regard hésitant qu'il jeta à William, qui ne réagit pas spécialement. Idriss ouvrit la bouche pour insister, mais William l'arrêta en posant sa main sur son bras.

- Fichez-lui la paix, dit-il avec fermeté.

- Merci Will.

Un regard étonné parvint à Rose qui ne répliqua rien et termina son repas tranquillement.

Au troisième soupir de Mandy, Terry se tourna vers elle.

- Qu'est-ce qui t'arrive ?

- Tout le monde roucoule ! Je suis jalouse.

Elle pointa Anthony et Lisa, Derek et Terry, puis Rose.

- N'oublie pas William et sa nouvelle conquête, se moqua Nassim.

- Laquelle ? s'enquit Padma.

- Parmi toutes celles qui lui courent après pour quelques minutes de plaisir, tu veux dire ?

William croisa les bras et se pencha vers son ami.

- Laisse donc ma vie sentimentale à ceux que ça concerne et retourne t'occuper de ta main droite avant que je t'empêche de t'en servir pour le restant de l'année, menaça-t-il à voix basse, un sourire dans la voix.

Nassim ouvrit la bouche et Rose s'étouffa à moitié avec sa gorgée d'eau, alors que le reste du groupe s'esclaffait.

- Ok, ok, compris, maugréa Nassim.

Les sixièmes passèrent une bonne partie de la journée enfermés à la Bibliothèque pour étudier, laissant sans regret la neige se déchainer dehors. Plongée dans ses devoirs, Rose parvint à ne pas trop penser à William de la journée, même si Derek lui mettait de réguliers coups de coude pour la faire revenir au présent. Elle repensait à leur première soirée ensemble et imaginait la suivante… avant de se reprendre et de continuer à essayer de comprendre la nouvelle potion proposée par Slughorn. Derek l'aida à mi-voix, captant de temps à autre son regard et lui lançant des sourires entendus.

Le lendemain, elle observait, les bras croisés et l'air préoccupé, Marc avancer son mémoire sur la confection de baguettes. Tout en massant distraitement juste au-dessus de son sein gauche, elle pensait à son père qui ne lui avait toujours pas répondu, et en dehors du fait qu'elle aurait aimé savoir si oui ou non, il savait qu'elle était malade, elle commençait à s'inquiéter pour lui. Peut-être qu'elle allait lui écrire une nouvelle lettre ? Juste pour lui demander si tout allait bien ?

- Ça va ma Rose ? chuchota une voix près d'elle.

Elle réprima un frisson en sentant la chaleur près d'elle et revint à la réalité, souriant doucement à William qui s'était installé à côté d'elle sur le sofa, résistant à l'envie de se lover contre lui.

- Je pensais à mon père… je commence à me faire du souci, avoua-t-elle.

William avait visiblement la même envie qu'elle puisqu'il effleura sa main et plongea son regard dans le sien. Elle secoua doucement la tête et recula en changeant de position, regrettant amèrement leur décision de rester discrets. Il lui lança un sourire craquant et s'absorba dans la contemplation des flammes dans la cheminée, à peu près au moment où Mandy et Idriss les rejoignirent devant le feu.

Un court silence s'installa.

- Bon… on joue ?

- Ah, perdu ! s'exclama Derek en faisant un clin d'œil à William. Tu me dois une bière.

- De quoi ?

Le regard d'Idriss allait de son capitaine à son coéquipier.

- J'avais parié que tu passerais le dimanche sans vouloir jouer, sourit William. Mais j'ai perdu.

- C'est malin ça, ronchonna leur ami.

Il ne se laissa pas démonter pour autant et sauta sur ses pieds.

- On joue alors !

- Oui Idriss, soupira Marc en posant sa plume. Ça ne sert à rien de résister de toute façon, ajouta-t-il à l'attention de Padma qui le regardait, clairement amusée.

Bientôt ils se lancèrent dans une partie d'un énième jeu moldu auquel Rose ne comprenait pas grand-chose – sauf qu'il fallait être riche. Et de toute évidence…

- Par Merlin qu'elle est mauvaise, souffla Nassim.

- Que quelqu'un aille prévenir son père. Il ne faut surtout pas lui confier la fortune familiale, dans six mois il ne reste plus rien.

Rose ne protesta même pas et se contenta de croiser les bras en tirant la langue à ses amis.

- Bon, allez, fais équipe avec moi, soupira William, l'air épuisé d'avance.

- Ah non, commencez pas à tricher !

- À tricher ?! Mais comment tu veux qu'on triche, elle n'a plus rien ! Je la récupère dans la rue, errant comme un chat abandonné !

- Miaou.

Lisa fut la première à rire, alors que William lançait un regard impénétrable à Rose.

- Voilà, tu vois. Pauvre petit chat. Fais une tête malheureuse, chuchota-t-il à Rose. Vends-toi, un peu.

Elle envoya son regard le plus triste à Idriss, qui céda rapidement.

- Bon, bon… c'est juste pour pas que tu te retrouves à perturber les autres joueurs maintenant que t'as plus rien. Mais t'es sage hein ?

Elle se retenait à grand peine de pouffer et envoya un sourire innocent à Nassim qui la regardait avec suspicion.

- Promis.

- Je la surveille, assura William.

Et il l'attira de force contre lui, sans laisser ses mains sur elle, fort heureusement ; elle ne savait pas si elle aurait tenu bien longtemps sans prendre spontanément feu. Elle laissa William lui montrer ce qu'ils avaient, lui expliquer ses idées pour les tours suivants… sans rien enregistrer du tout.

Je suis irrécupérable.

Après plusieurs tours, il finit par intervenir, excédé :

- Non, mais non !

- Quoi ? râla-t-elle aussitôt.

- C'est pas possible une catastrophe pareille.

Elle se mordilla la lèvre, partagée entre l'agacement et le rire.

- À partir de maintenant, tu te contentes de lancer les dés. Et de bouger le pion, éventuellement.

Rose lui lança son regard le plus condescendant possible et laissa tomber les dés sur les genoux de William.

- Je suis pas ton assistante, rétorqua-t-elle avec acidité. Débrouille-toi.

Puis elle se leva et marmonna qu'elle allait faire un tour.

- Tu l'as vexée, entendit-elle Mandy reprocher à William. C'est malin.

- Rose, attends !

Elle tourna à peine la tête pour le voir se lever et continua vers la sortie de la Salle Commune.

- Mais qu'elle est têtue, râlait-il, toujours derrière elle.

En un instant, ils étaient tous les deux hors de la Salle Commune, la porte refermée derrière eux. William ouvrit la bouche pour commencer à parler, les mains légèrement levées en signe de défense, puis se tut lorsqu'il vit Rose s'approcher de lui. Et un sourire s'épanouit sur ses lèvres.

- Quelle com…

Elle étouffa la fin de sa phrase en posant sa bouche contre la sienne. Il l'enlaça immédiatement et répondit à son baiser, un léger grondement roulant dans sa gorge quand Rose se lova – enfin – contre lui. Aussitôt ses doigts étaient dans ses boucles et elle noua ses mains derrière sa nuque, profitant de la chaleur de sa peau.

Leur baiser ne dura pas longtemps et Rose recula de quelques pas, jetant un regard vers les escaliers. Le temps que quelques étudiants entrent dans la Salle Commune, elle reprit contenance et rajusta ses vêtements. William ne la quittait pas des yeux et arborait un sourire charmeur, une épaule appuyée contre le mur.

- Quelle comédienne, reprit-il alors qu'ils étaient à nouveau seuls dans le couloir.

Il franchit les quelques pas qui les séparaient et l'attira à nouveau contre lui.

- Tu n'es pas vexée alors ?

- D'être mauvaise au Monolopy ? Absolument pas.

- Monopoly, corrigea-t-il, appuyant chaque syllabe d'un léger baiser sur ses lèvres. Incorrigible. Même pas vexée que j'ai été aussi…

- Condescendant et rabaissant ?

Il grimaça.

- Pas vraiment. C'était plutôt drôle… et tu plaisantais, non ?

- Complètement.

Rassurés tous les deux, ils échangèrent un nouveau baiser, pendant lequel Rose laissa William lui mordiller la lèvre inférieure et il la laissa planter ses ongles – pourtant courts – dans sa nuque avec un petit grognement satisfait.

Elle sourit, amusée de déjà se souvenir qu'il semblait bien aimer lorsqu'elle faisait ça. Un soupir lui échappa quand elle décida de reculer doucement, s'éloignant peu à peu de lui.

- Tiens au fait, je t'ai pas dit, mais mercredi soir je n'ai rien de prévu dans mon planning surchargé.

- Ça alors, moi non plus, répliqua Rose.

- Tu crois qu'on devrait faire quelque chose tous les deux ?

Elle fit mine de réfléchir, se mordilla la lèvre.

- Pourquoi pas… Allez, si ça te fait plaisir !

Il se mit à rire et elle l'imita.

- Bon, ce ne sera pas très original, mais on pourrait diner à nouveau rien que tous les deux… dans un coin sombre du château ? proposa-t-il sans avoir trop l'air d'y croire.

- Ça me va, sourit Rose. Tu n'as pas l'air convaincu par ton idée ?

- Je me demande au bout de combien de temps il va falloir que j'en fasse un peu plus pour t'impressionner.

Elle haussa les épaules, mais rentra dans son jeu.

- Au cinquième rendez-vous, voyons, c'est connu ça… improvisa-t-elle. Pendant les quatre premiers on apprend à se connaitre, et au cinquième, paf…

Un sourcil se haussa quand Rose vit son expression aguicheuse mais elle garda son sérieux.

- Tu tentes de conclure, termina-t-elle. Donc il faudra m'impressionner à ce moment-là.

- Je vais commencer à y réfléchir.

Il l'attira pour l'embrasser de nouveau, Rose se laissa emporter dans leur baiser.

- Ma Rose… souffla-t-il après un moment contre ses lèvres.

- Mmh ?

- Retour à la réalité.

Il ajouta un baiser sur son nez qui la fit sourire et elle rouvrit les yeux.

- Rentre en premier. Je reviens dans quelques minutes.

Il acquiesça et disparut pendant qu'elle reprenait son souffle et vérifiait que ses vêtements n'étaient pas sens-dessus-dessous. Elle regardait par une des fenêtres sans vraiment voir le paysage, prise par ses réflexions sur William et elle. Un sourire s'étala sur son visage en pensant à leur prochain rendez-vous, puis fronça les sourcils : il fallait vraiment qu'ils arrivent à se maitriser et à ne pas se toucher à la moindre occasion s'ils voulaient avoir une chance de garder le secret encore un peu plus longtemps. Hors de question qu'ils fassent encore équipe à un jeu de société… voire qu'ils s'assoient côte à côte sur un canapé.

Quand elle rentra, elle posa solennellement sa main sur l'épaule de Derek.

- Alors, la diversion a fonctionné ? Tu as gagné ?

- À merveille mon chat.

- De quoi ?! s'exclama Idriss, les yeux écarquillés.

Rose lui envoya un regard très sérieux, puis un sourire forcé dévoilant toutes ses dents.

- Je le savais qu'elle tricherait ! Will, interdiction de jouer avec elle !

L'intéressé se mit à rire et capitula rapidement. Rose s'étira et passa la main dans les cheveux de Derek, l'air distrait, puis suivit le reste du groupe pour aller diner.

- Tu devrais peut-être aller voir Pomfresh ? suggéra son meilleur ami en la voyant appuyer ses doigts sur son sternum, encore une fois.

- Que veux-tu qu'elle fasse… Elle va encore me dire que mon cœur bat trop vite, maugréa Rose, et me conseiller d'éviter les émotions fortes.

- Elle a dit qu'il fallait que tu passes dès que c'était anormal, rappela-t-il sérieusement.

Elle haussa les épaules, il insista.

- Juste pour me rassurer ?

- Très bien, céda-t-elle en un soupir. J'irai la voir demain si ça ne va pas mieux.

Derek parut satisfait par sa promesse et retourna vers son assiette, laissant Rose retourner sur sa planète. Depuis la rentrée, elle allait voir régulièrement l'infirmière de l'école à la demande de cette dernière, qui était au courant de la mort d'Olivia et des pertes de contrôle auxquelles Rose avait dû faire face depuis le mois de juillet. Ses amis le savaient vaguement mais elle n'en avait pas parlé dans les détails. De toute façon, que leur dire ? Qu'elle avait perdu plusieurs fois le contrôle les jours suivants la mort d'Olivia, que son père l'avait retrouvée hagarde dans le Manoir ou son parc, la mémoire vide après plusieurs heures de disparition ? Que personne ne savait ce qu'elle avait fait pendant ces instants-là ? Personne ne l'avait jamais vue perdre le contrôle et se transformer, personne ne l'avait retrouvée pendant une de ses absences. On ne la revoyait qu'une fois que c'était terminé, que Rose l'humaine était de retour, le cerveau en compote et les muscles tremblants.

Ces absences s'étaient peu à peu espacées pendant l'été et à sa connaissance, elle n'en avait pas eu d'autre depuis la rentrée, seulement de longues heures à lutter pour ne pas se transformer lorsqu'elle ne le voulait pas. Les seules fois où elle avait perdu, c'était quand William s'était affiché pour la première fois avec Rebecca puis quand il l'avait précipitée dans la salle de Divination la semaine précédente. Ce qui était nouveau depuis la mort d'Olivia, c'était de sentir quasiment en permanence son second battement de cœur à l'unisson avec le premier. Quand tout allait bien, il ne la dérangeait pas plus que ça, elle s'habituait lentement à sa présence ; mais dès qu'elle s'agaçait un peu ou s'inquiétait, il se manifestait plus fortement, résonnant dans sa poitrine presque douloureusement selon les moments.

Et Poppy Pomfresh n'avait rien de nouveau à apprendre à Rose, ni à lui proposer, c'était évident, mais si aller la voir pouvait rassurer Derek… elle irait, évidemment.

Elle se massa une dernière fois les côtes en s'allongeant, regardant le plafond de son lit sans le voir. Kietel s'installa d'autorité sur sa poitrine et elle enleva sa main pour ne pas le gêner.

« Ma chérie,

Pardonne-moi de te répondre si tard. J'ai failli ne jamais recevoir ta lettre, entre Seattle et Toronto où j'ai passé les dix derniers jours.

J'ai également pris plus de temps que nécessaire pour te répondre, je dois te l'avouer.

Je suis ravi que ton semestre se déroule bien, et que toi et tes amis fassiez un peu la fête – dans la mesure du raisonnable, s'entend.

Je connais bien la famille Macmillan, ce sont des gens très sympathiques. Mes parents étaient très amis avec les grands-parents paternels de ton nouvel ami, mais je les ai perdus de vue depuis des années.

Maintenant, le sujet qui doit le plus t'intéresser.

Oui, je savais que tu étais probablement porteuse de cette maladie. Je n'avais aucune certitude ni aucune réelle connaissance de ce que ça impliquait vraiment – le nom même, je ne l'ai appris qu'en même temps que toi, dans le bureau de Dumbledore. Tout ce que je savais, c'était que tu pouvais l'avoir, et que si elle se déclenchait, la seule issue connue était que tu meures. C'est terrible de l'écrire, mais j'imagine, encore plus terrible de le lire. Je préfèrerais qu'on en parle de vive voix, et je m'en veux de te faire attendre jusqu'aux prochaines vacances.

Si tu souhaites avoir plus d'explications, je te conseille d'aller discuter avec Madame Pomfresh, qui en sait beaucoup, beaucoup plus que moi et possède un classeur qui te sera fort utile pour tout comprendre. Va le lui demander, il te revient de le lire. Je n'en connais moi-même pas le contenu exact, seulement qu'il représente des années de recherches scientifiques et qu'il te concerne en premier plan – tu comprendras vite.

Pardonne-moi de ne pas t'en dire plus par écrit.

J'espère que tu pourras m'entendre lorsque nous nous retrouverons en décembre.

Avec mon affection,

Ton père,

E.A.W »

La lettre se froissa dans le poing serré de Rose, dont le regard était dur et distant. Elle se redressa d'un coup et ramassa son sac, bien déterminée à suivre les indications de son père – de son traitre de père – dès maintenant.

- Rose…

- Il savait, fit-elle sèchement.

- Mon chat, attends…

- Il savait ! répéta-t-elle en dégageant son bras de la poigne de Derek.

Elle fit un geste las de la main et quitta la table des Serdaigles en plein petit-déjeuner. William sembla amorcer un mouvement pour la suivre mais elle le vit s'interrompre sous la pression d'un regard noir. Derek avait bien fait : elle avait besoin d'être seule pour aller à l'infirmerie.

Elle y entra brutalement et traversa la longue pièce, le parchemin toujours serré dans sa main droite. Elle frappa à la porte du bureau et n'attendit pas qu'on lui réponde ; elle avait senti la présence de l'infirmière, ses sens aux aguets, son double rythme cardiaque emballé.

- Miss Wayne… ?

Sans parler, Rose défroissa la lettre et la laissa tomber sur le bureau, des mimiques énervées se succédant sur son visage. Quand enfin le regard étonné de Pomfresh se leva, elle se contenta de hausser un sourcil, aussi haut qu'elle le pouvait. Devant le mutisme de son ainée, Rose finit par lâcher :

- Vous saviez. Tous les deux. De quoi il parle, avec ce classeur ? Pourquoi c'est vous qui l'avez ? Quel est le lien avec le fait que mon père savait ?

Elle reprit longuement son souffle et les yeux de Pomfresh suivirent les doigts de Rose qui pressaient ses côtes sous son sein gauche.

- Asseyez-vous, miss Wayne, ordonna l'infirmière d'une voix douce.

L'étudiante n'obtempéra pas et croisa les bras. L'ordre fut réitéré et Rose se laissa finalement choir sur le fauteuil faisant face à Pomfresh, conservant sa posture très rigide.

- Je savais, admit-elle finalement.

- Comment ?

- La personne qui a réalisé le plus d'avancées scientifiques à ce sujet était une ancienne interne à moi, du temps où je travaillais à l'hôpital de Sainte Mangouste. Elle m'a tenue au courant de tous les développements de ses recherches et expériences.

- Pourquoi ?

- Parce que le sujet m'intéressait, tout simplement. Et qu'elle me faisait confiance.

- Le classeur ?

Les questions courtes de Rose firent sourire l'infirmière, qui répondait calmement.

- Elle me l'a confié avant de quitter le pays pour poursuivre ses recherches. Elle n'en avait plus besoin et ne voulait pas le laisser entre de mauvaises mains.

- Pourquoi elle n'en avait plus besoin ?

- Parce qu'elle le connaissait par cœur.

Pomfresh s'autorisa un petit sourire devant l'air buté de Rose, qui n'arrivait malgré tout pas à dissimuler son incompréhension.

- Quel rapport avec mon père ?

Un soupir lui répondit et l'infirmière croisa les mains sur son bureau.

- S'il ne vous l'a pas dit lui-même, je suis peut-être mal placée pour vous le dire…

- Je ne vais pas attendre encore un mois sans savoir.

Rose regardait son ainée, qui semblait en proie à un débat interne.

- Vous voulez voir le classeur ? demanda-t-elle avec douceur.

Rose se contenta de hocher la tête puis de regarder Pomfresh déverrouiller magiquement un placard dissimulé dans le mur et en sortir un épais porte-document, qu'elle posa délicatement sur son bureau avant de le tourner vers Rose. Il n'y avait aucune inscription dessus et il était entièrement blanc. L'infirmière défit l'attache qui le maintenait fermé et se rassit. Rose allait l'ouvrir mais s'interrompit.

- Pourquoi aurait-il pu tomber entre de mauvaises mains ? De qui la scientifique avait peur ?

- Elle craignait que son travail soit repris par certains collègues moins scrupuleux qu'elle. Elle conduisait des recherches très délicates, parfois controversées, et ne voulait pas prendre le risque que son travail soit discrédité après son départ.

- Pourquoi son travail aurait été discrédité ? Elle a fait quelque chose de mal avant de partir ?

- Non… sourit l'infirmière. Disons que ses recherches sont devenues beaucoup plus personnelles, et que ce n'est pas bien vu par la communauté scientifique.

- Personnelles ? dans quel sens ?

Un petit silence s'étira.

- Elle a eu un enfant, expliqua-t-elle doucement.

Rose lâcha le classeur et fixa l'infirmière, fascinée par ce qu'elle racontait.

- Cet enfant était imprévu, et son arrivée a précipité sa décision de partir poursuivre son travail dans d'autres pays. C'est elle-même qui m'a expliqué que rester en Angleterre représentait un obstacle aux avancées qu'elle aurait pu faire en partant.

- Quel rapport avec son bébé ? demanda Rose du bout des lèvres.

Elle avait les mains moites et son double battement de cœur lui assourdissait le cerveau.

- Elle savait que cette enfant pouvait être porteuse de cette maladie.

La voix de Pomfresh s'était faite encore plus douce.

- Elle voulait absolument continuer ses travaux pour essayer de mieux la comprendre et pouvoir, éventuellement, sauver son enfant… si jamais elle en était atteinte.

Un étrange tintement résonnait dans les oreilles de Rose, qui bafouilla sa question suivante.

- Et la… le bébé, elle est partie où avec ? Est-ce que… elle l'a sauvé ?

- Rose, fit lentement l'infirmière, elle n'est pas partie avec son bébé. Elle l'a laissé avec son père et a quitté le pays après m'avoir confié son classeur.

Rose n'était plus sûre de bien entendre ce qu'on lui disait, le bruit dans ses oreilles l'assommait à moitié. Une main forte recouvrit la sienne qui avait commencé à trembler. Elle secoua la tête, comme pour refuser ce qu'elle venait d'entendre.

Mais ça avait du sens, tellement de sens… Cette scientifique qui quittait le pays pour son travail et abandonnait sa famille derrière elle.

- Non…

Sa mère qui avait disparu alors que Rose n'était qu'un bébé. Sa mère, une « scientifique de renom », elle se souvenait de ce que l'infirmière avait dit presque deux ans auparavant.

- Non.

C'était la même personne.

- C'est vrai ? questionna d'un coup Rose, les yeux pleins de larmes et la voix vacillante.

Le hochement de tête de Pomfresh la fit craquer et elle se mit à pleurer. Un mouchoir apparut devant son nez et elle l'attrapa avec gratitude, puis se moucha, toujours perdue.

- Elle… elle m'a abandonnée… pour… son travail ?

Comme elle ne recevait pas de réponse, elle essuya d'autres larmes. Ses deux parents avaient au moins ce point commun : ils étaient tous les deux obsédés par leur travail, au point d'en oublier parfois leur famille. Son père, quand elle allait le revoir… Qu'est-ce qu'il aurait à dire pour se défendre ? Pour justifier de ne pas lui avoir dit la vérité ?

Rose reposa les yeux sur le classeur.

- Elle est où ?

- Votre mère ? Je ne sais pas, répondit prudemment Pomfresh. Elle ne m'a pas dit où elle partait et je n'ai jamais eu de nouvelles.

Rose acquiesça lentement, consciente que l'infirmière n'avait aucun intérêt à lui mentir. Elle frotta machinalement sa poitrine.

- Vous souffrez ?

- Toujours depuis juillet, admit Rose du bout des lèvres sans croiser le regard inquisiteur.

Elle désigna le classeur blanc.

- Tout est dedans ?

- Tout ce qu'elle a fait jusqu'en mai 1979. Elle a suspendu ses recherches quand elle a appris qu'elle était enceinte. Je n'ai pas eu de nouvelles pendant presque un an…

La Nouvelle-Zélande, pensa aussitôt Rose.

- Et elle est revenue me voir pour me le confier en mai 1980.

Et c'était à ce moment-là qu'elle avait abandonné son mari et sa fille, en Nouvelle-Zélande, où Rose allait encore passer un an et demi, jusqu'à la chute du Mage Noir en fin d'année 1981.

Rose opina avec lenteur et ouvrit brutalement la couverture.

- Vous voulez le lire ?

- Oui. Je peux ?

- Évidemment.

La sonnerie qui retentit contra ses plans et Rose sursauta en regardant l'heure. Elle avait manqué son premier cours de la matinée ! Elle referma le classeur avec précipitation et jeta un regard incertain à l'infirmière.

- Revenez en fin de journée, quand vous aurez terminé vos cours. Je vous laisserai l'accès à mon bureau pour que vous puissiez le lire.

Tout en parlant, elle avait griffonné un mot qu'elle dédoubla et confia à Rose.

- Pour votre professeur de neuf heures et celui de dix heures.

- Merci, murmura Rose. À ce soir.

Elles échangèrent un regard et Rose fila entre les couloirs pour s'arrêter en dérapant devant la salle de DCFM. Elle entra, s'excusa de son retard et confia le mot d'excuse de Pomfresh à Rogue, qui en profita tout de même pour retirer à Rose autant de points qu'elle avait de minutes de retard, et s'effondra sur une chaise à côté de Derek.

Les heures s'écoulèrent très lentement et elle ne cessait de faire des gestes impatients à ses amis.

- Je vous raconte plus tard, répéta-t-elle pour ce qui lui semblait être la centième fois de la journée alors qu'ils la regardaient avec curiosité pendant le déjeuner.

Sitôt le cours de Potions terminé, elle se présenta au bureau de Madame Pomfresh, qui la laissa entrer et sortit le dossier de sa mère.

- Je vous laisse le lire, je dois m'occuper de mes patients.

Rose hocha la tête et ouvrit une nouvelle fois le lourd classeur et se plongea dans son contenu.

Pomfresh avait dit vrai, il contenait une quantité effroyable de rapports, de documents scientifiques avec des données et des termes que Rose ne comprenait absolument pas, des graphiques, des chiffres…

Si elle comprenait bien l'ensemble, c'était un résumé de la situation quand sa mère avait commencé à s'intéresser au sujet, d'anciennes recherches et expériences faites par ses prédécesseurs. Elle ne se découragea pas et continua à tourner les pages. Puis marqua un temps d'arrêt en découvrant un petit carnet, bien protégé du temps. Elle le fit glisser d'une pochette et l'ouvrit.

« Journal de bord de Lauren Wayne

Vendredi 16 juin 1978

Mon collègue Armand Dieterich m'a parlé d'une patiente qui a été admise l'an dernier dans son hôpital de Berlin. Il a pu me transmettre son dossier médical, que je joins à ce journal. Il estime que ça a un lien avec mon nouveau projet de recherche.

Il m'a aussi invitée à venir voir la malade quand je le souhaitais.

Vendredi 28 juillet 1978

Je reviens de Berlin, où la patiente vient de décéder.

J'y ai passé plus d'un mois à examiner son état, l'évolution de sa maladie. Toutes mes notes consignées sont jointes à ce journal.

Mais plus important, je suis parvenue à isoler des souches du virus, que j'ai rapportés sous haute surveillance avec moi. Sans l'appui du Professeur Wilbius, je n'y serais pas arrivée.

Dès demain, mon équipe et moi commencerons des examens dans mon laboratoire personnel, afin de pouvoir étudier le germe. »

Et ça continuait comme ça, sur des pages… l'écriture fine, serrée et très nette de sa mère s'étalait de jour en jour, rapportant les succès et les échecs de façon plus compréhensible que les innombrables rapports scientifiques et graphiques présents dans le classeur. La dernière entrée datait du 14 mai 1979 et Rose dut reculer pour ne pas faire tomber de larmes sur le vieux cahier en lisant que sa mère était enceinte et suspendait ses recherches.

- Mon chat ?

Rose releva la tête vers Derek qui se tenait dans l'encadrure de la porte, l'air soucieux. Elle lui tendit la main et le regarda s'asseoir sur l'autre chaise, puis lui présenta le carnet de bord, qu'il lut rapidement.

- C'est le carnet de la scientifique qui étudiait ma maladie, souffla Rose. C'était ma mère.

Les yeux noirs se figèrent dans leur lecture et remontèrent vers les siens, pour ne plus les lâcher.

Alors Rose répéta ce dont elle avait discuté le matin avec l'infirmière, reliant les points entre eux, levant le voile sur le mystère du départ de sa mère, le mutisme de son père…

- Elle est partie à cause de moi, conclut-elle.

- Mon chat, dis pas ça…

Elle désigna les documents autour d'eux et le carnet en dernier.

- Les preuves sont là ! Si je n'étais pas née, elle n'aurait pas voulu absolument poursuivre ses recherches, et elle ne serait pas partie…

Elle reprit son souffle.

- Et si mon père n'avait pas insisté pour quitter l'Angleterre, peut-être qu'elle ne serait pas partie non plus… c'est sa faute aussi.

Derek secoua la tête, visiblement pas d'accord, mais n'insista pas. Il désigna le classeur.

- Elle savait que c'était possible de survivre ?

- Je ne crois pas… d'après ce que j'ai compris, toutes ses tentatives ont été des échecs. Il y a même un rapport très détaillé sur une patiente qui n'a pas survécu…

Rose le montra du doigt après avoir tourné les pages et secoua la tête à son tour.

- Elle était bloquée. Elle n'arrivait plus à avancer, et… elle est tombée enceinte. De moi.

Ils restèrent un long moment silencieux, contemplant sans les lire les documents laissés par la mère de Rose. La grande main de Derek caressait machinalement celle de Rose, qui ne savait pas si elle aurait l'énergie pour sortir de l'infirmerie. Elle se sentait vide. Derek se racla la gorge.

- Et ton père… tu crois qu'il sait tout ça ?

- Aucune idée… dans sa lettre il dit que non, mais je ne sais pas s'il dit la vérité, ou s'il ment encore pour se protéger.

Elle refit lire la lettre à Derek.

- J'ai vraiment l'impression qu'il est sincère…

- Je verrai à Noël avec lui.

- Tu n'as plus l'air en colère, nota son ami.

- Je suis… fatiguée, avoua-t-elle.

Elle se laissa aller en arrière sur sa chaise et massa sa poitrine. Toute la journée, elle avait subi les assauts de son second cœur, et toute la journée, elle l'avait repoussé.

- Je voudrais juste…

Sa phrase resta en suspens et Derek la comprit. Il hocha la tête et referma le carnet de bord pour le replacer dans sa pochette, puis il remit les attaches pour sceller le classeur et le fit glisser du côté vide de l'infirmière. Puis il se leva et tendit la main à Rose.

- On rentre.

Elle acquiesça et le suivit hors de l'infirmerie, après avec remercié et salué Pomfresh pour la soirée.

- Attends-moi là, dit-il en entrant seul dans la Grande Salle, pleine à craquer d'étudiants qui dinaient.

Il revint quelques instants plus tard avec de quoi manger pour eux deux et s'excusa immédiatement.

- Pourquoi tu t'excuses ?

Il n'eut pas le temps de répondre que Rose comprit : il était suivi par dix silhouettes qui les rejoignirent dans le couloir. Rose réprima un sourire et suivit docilement Derek qui mena tout le monde vers leur tour, jusqu'à sa chambre où ils se répartirent pour terminer leur repas, attendant que Rose leur parle. Elle soupira, attendrie, et leur rapporta une version condensée de ce qu'elle avait appris depuis le matin. Personne ne fit vraiment de commentaire, mais les regards choqués de ses amis indiquaient à Rose qu'ils suivaient parfaitement. Elle termina avec une petite grimace et laissa une main forte retirer ses doigts de sa poitrine sur laquelle elle les pressait furieusement depuis qu'elle avait commencé à parler.

- Ah, oui, désolée, marmonna-t-elle. J'ai du mal à contrôler la bête depuis quelques mois.

Elle se frotta les tempes et soupira.

- Ça vous dérange si je me transforme pour la soirée ?

- Absolument pas, répondit aussitôt Terry avec douceur.

Rose lui lança un sourire reconnaissant et bientôt put étirer les muscles de son corps félin, soulagée que la pression s'allège. Elle s'allongea aux pieds de Derek et regarda ses amis ranger les reliefs de leur repas. D'un accord tacite, ils passèrent la soirée tous les douze dans la chambre, comme ça leur arrivait de temps en temps – moins depuis quelques mois, c'était vrai. L'animal ne cessait de jeter des coups d'œil vers William, regrettant de ne pas pouvoir se blottir contre lui, se remémorant la nuit paisible qu'ils avaient passé tous les deux le soir de l'enterrement d'Olivia.

- Bon allez, lança d'un coup le capitaine de Quidditch, tu l'as assez eue pour toi toute seule.

Il poussa Lisa sans grand ménagement et prit sa place aux côtés de Rose, au pied du lit de Derek.

- Mais ?! n'eut que le temps de protester la rousse avant de céder de bonne grâce. Rose, s'il t'embête, mords-le.

Un ronronnement lui répondit et William prit un air vexé, qu'il perdit bien vite quand les yeux verts se tournèrent vers lui.

- Allez gros chat, ronronne pour moi.

Un petit bruit – probablement dédaigneux – échappa au félin qui tourna la tête et il se mit à rire. La panthère le regarda à nouveau quand des doigts se perdirent dans sa fourrure, puis elle finit par poser la tête sur son genou et se laissa caresser, les paupières à demi fermées. Lorsqu'un léger ronronnement résonna, William eut une légère exclamation de victoire… pour aussitôt se prendre un coup de queue en plein visage.

- Ok, pardon.

Les oreilles remuèrent et les caresses reprirent. Complètement détendue, elle finit par s'endormir, bercée par les mains de William et les voix de ses amis autour d'elle.

Elle ne se réveilla pas lorsque la main quitta son pelage, ni quand William discuta stratégie de Quidditch avec ses joueurs installés à proximité. Aucun rêve ne vint troubler sa petite sieste, et elle revint au présent en douceur, peu à peu réveillée par les murmures autour d'elle, qui se transformèrent en voix claires. Elle ouvrit lentement les yeux et aussitôt une voix enjouée tinta au-dessus d'elle.

- Ah, salut la Belle au Bois Dormant ! Je suis confortable ?

- Désolée, murmura Rose en se retournant pour poser sa nuque sur la cuisse de William et le regarder.

Elle se figea et baissa les yeux : elle était humaine ! Et ils étaient en public !

- Mince, je suis désolée Will, débita-t-elle d'un coup en pivotant pour se redresser. Je ne savais pas que j'étais redevenue humaine.

- Pas de souci, lança-t-il d'une voix légère. Je sais que je suis irrésistiblement confortable, que veux-tu…

Elle esquissa un sourire et évita son regard. Elle n'était absolument pas embarrassée de s'être autant blottie contre lui, évidemment, mais il fallait qu'elle joue le jeu de la fille gênée. Elle effleura discrètement sa main et avisa son petit sourire en coin alors qu'il baissait les yeux vers son magazine posé sur son autre genou.

Rose s'étira et sourit à ses amis qui s'étaient lancés dans diverses activités. Elle n'avait absolument pas envie de quitter William maintenant… surtout que sa sieste avait enfin apaisé son double battement de cœur. Étonnée, elle toucha machinalement au-dessus de sa poitrine et réprima un sourire : elle ne sentait plus qu'un seul rythme cardiaque. Il était temps.

Anthony bailla et bientôt la moitié de la pièce l'imita par réflexe. Il sourit et remonta ses lunettes sur son nez puis suggéra que chacun rejoigne ses quartiers pour la nuit. Mandy, Lisa et Padma furent les premières sorties, bientôt suivies par les septièmes qui semblaient épuisés aussi.

- Ah Will, j'ai tes notes de Potions, je te les rends, attends… marmonna Derek en fouillant sur son bureau, retenant le dernier septième qui patienta au pied du lit.

Terry retint Rose par le bras et ils échangèrent quelques mots. Rose rassura son ami – oui, tout allait bien malgré tout – et il ne la relâcha que lorsqu'il sembla soulagé. Puis il lança un grand sourire innocent lorsque Rose se rendit compte que Derek venait de saluer William qui s'apprêtait à sortir de la chambre au même moment.

- Manipulateur, souffla Rose, amusée.

Elle suivit William dans le couloir désert. Ils se firent face quelques secondes et un sourire fendit le visage de William, auquel Rose ne put s'empêcher de répondre.

- Tu t'es transformée sur moi, taquina-t-il.

Elle perdit son sourire.

- Je suis vraiment désolée, marmonna-t-elle. C'était pas du tout discret. Mais je ne l'ai pas fait exprès.

Il haussa les épaules, peu perturbé.

- Bon, je t'avoue, d'habitude je me vexe quand une fille s'endort sur moi comme ça, alors que je suis en train de la toucher.

Rose pouffa.

- Ah parce que ça t'est déjà arrivé ?

- Non, admit-il après réflexion. Comment je dois le prendre ?

Elle prit sa main dans la sienne et posa sa paume sur sa poitrine, pour qu'il sente ses battements de cœur, si calmes, si réguliers. Il comprit aussitôt et un sourire charmeur rendit les jambes de Rose toutes molles.

- Alors je le prends très bien.

Rose hocha la tête, amusée et regarda la main de William glisser entre ses seins pour venir se poser sur sa taille. Son regard se refit sérieux.

- Pour ce que tu nous as raconté… je suis vraiment désolé, ma Rose.

Elle sourit doucement, touchée par sa délicatesse et, après un regard pour s'assurer qu'ils étaient seuls, elle vint nicher sa tête contre sa poitrine. Il l'enlaça immédiatement et elle le sentit poser un baiser sur sa tête. Elle ferma les yeux et inspira longuement son odeur.

- C'est fou comme je me sens bien dans tes bras, confia-t-elle à voix basse.

- Moi aussi, souffla la voix chaleureuse au-dessus de sa tête.

Il passait machinalement les doigts dans ses boucles et Rose ne put réprimer un petit sourire. Elle finit par décoller sa tête de son torse et le regarder.

- Arrête sinon je vais me rendormir.

Mais ses doigts vinrent caresser son visage, comme s'il ne l'avait pas entendue. Elle en profita pour toucher sa barbe qui poussait et effleura sa lèvre du pouce. Elle se hissa sur la pointe des pieds au moment où il inclinait la tête vers ses lèvres, et ils s'embrassèrent avec douceur, se touchant encore du bout des doigts.

William poussa un léger soupir en s'écartant un peu de Rose, auquel elle répondit d'un sourire.

- Merci de m'avoir prêté ton genou.

- Quand tu veux, sourit-il.

Encore un baiser se posa sur ses lèvres.

- Bonne nuit ma Rose.

- Bonne nuit William, murmura-t-elle à son tour avant de quitter la chaleur de ses bras.

Rose soupira légèrement et décida de retourner à l'infirmerie après les cours du mercredi. Elle avait très mal dormi les nuits précédentes, revoyant dans sa tête les documents que Madame Pomfresh l'avait laissée lire dans son bureau. Elle était tellement perturbée par ce qu'elle avait découvert – sa mère la scientifique, toutes ses recherches autour de la maladie de Rose, son carnet de bord… qu'elle n'avait pas pu regarder tout ce que contenait l'épais dossier. Elle ne pensait plus qu'à ça. Tant pis pour la soirée devoirs, il fallait qu'elle continue sa lecture, même si elle pensait ne rien apprendre de renversant, maintenant. Elle espérait, surtout, ne rien apprendre de renversant ; le mystère qui entourait le départ de sa mère était bien assez lourd comme ça à porter, elle ne voulait pas qu'on lui en rajoute en plus !

Après le dernier cours de la journée – Sortilèges, elle quitta ses amis et retourna se présenter à l'infirmerie. Elle ne sut pas si Madame Pomfresh était ravie de la voir, en tout cas elle ne paraissait pas surprise.

- Installez-vous sur ce lit, s'il vous plait, intima l'infirmière après lui avoir remis le dossier de sa mère. J'ai besoin de mon bureau.

Rose posa les fesses au bord du matelas et la remercia, soulagée de se retrouver avec le lourd classeur sur les genoux. Elle l'ouvrit et se perdit de nouveau dans les multiples documents qu'il contenait, assise en tailleur au bout du lit, des papiers étalés devant elle. Elle avait fait des tas pour éviter de tout mélanger et relisait pour la deuxième fois le rapport concernant la fameuse patiente de Berlin, que sa mère avait regardé mourir dans d'atroces souffrances. En lisant les impressions de sa mère, elle se demanda si Derek et Blaise avait ressenti les mêmes choses lorsqu'ils avaient assisté à sa transformation un an et demi auparavant. Les descriptions du document ne lui rappelaient que vaguement ce dont elle, elle se souvenait : tout semblait si… superficiel dans le rapport, même s'il était évident que cette patiente – victime, ne put s'empêcher de penser Rose – avait énormément souffert.

Rose soupira et replia les feuillets pour les ranger, et se concentra sur la suite chronologique : les tests en laboratoire de sa mère et son équipe. Elle terminait sa lecture en se massant distraitement la poitrine quand des pas lui firent relever la tête.

- Te voilà.

Elle mit quelques secondes à se sortir l'esprit du dossier.

- William ?

Il s'arrêta devant elle, et elle fut, comme parfois, incapable d'évaluer son expression.

- Tu me cherchais ?

- On dirait.

Cette fois l'ombre d'un sourire apparut au coin de ses lèvres. De plus en plus confuse, Rose reposa les documents qu'elle tenait en main et commença à hausser un sourcil. Puis elle plaqua la main sur sa bouche.

- Oh par Circée, je suis désolée ! J'ai complètement oublié ! Je suis en retard ?

- Pas encore, s'amusa-t-il. Il n'est même pas dix-huit heures.

- William, est-ce que… ça t'embête si on remet ça à plus tard ?

Elle se mordilla la lèvre.

- J'ai un peu l'esprit ailleurs…

Il regarda les papiers étalés sur le matelas et le classeur blanc.

- C'est le dossier de ta mère ? Je croyais que tu l'avais déjà lu, ajouta-t-il quand elle opina.

- Je n'avais pas terminé lundi soir, il y a tellement de choses là-dedans…

Il n'avait pas encore réagi à son oubli, et en plus de culpabiliser, elle se demandait ce qu'il allait dire ou faire. Par Merlin, et s'il déclarait que c'était terminé entre eux parce qu'elle l'avait oublié ? Et s'il tournait les talons sans parler, la laissant dans le flou ? Et s'il se rendait compte qu'une relation avec elle serait plus compliqué qu'une avec, disons, Ludmila ou Rebecca ou…

- À quoi tu penses, ma Rose ?

Elle ne l'avait pas vu s'asseoir à son tour et la regarder avec intensité. William décoinça une lèvre maltraitée des dents de Rose et lui sourit en désignant la pièce autour d'eux.

- Je sais que tu as très envie de me coincer dans un lit avec toi, mais l'infirmerie quand même, c'est un peu trop public, non ?

À sa propre surprise, elle se mit à rire doucement, puis hocha la tête.

- Bon, alors je reste, mais pas de mains baladeuses, taquina-t-il.

- Rester ? Mais William… protesta-t-elle.

Est-ce qu'il l'avait entendue demander le report de leur rancard ? Et pourquoi il voudrait rester, la regarder lire ?

Il lui sourit et désigna les documents sous leurs yeux.

- C'est important pour toi ? demanda-t-il à voix basse.

- Oui, souffla Rose en y jetant un œil à son tour.

- Alors c'est important pour moi aussi.

Prise de court, Rose le regarda, la bouche entrouverte. Puis un sourire s'épanouit sur son visage et elle se rapprocha de lui pour poser un baiser sur sa joue.

- Merci.

Il haussa légèrement les épaules, comme si c'était évident.

- Ça compte quand même comme deuxième rancard ? s'amusa-t-il en la regardant.

- Absolument, sourit Rose.

- Ah, parfait. On se rapproche du cinquième alors.

Le sourire faussement innocent qu'il lui adressa ensuite fit rire Rose et elle commença à se détendre. Il se pencha près de son oreille pour murmurer :

- Je peux t'embrasser quand même un peu ?

Pour toute réponse, Rose glissa ses lèvres contre les siennes, impatiente de le sentir contre elle.

- Je prends ça pour un oui, marmonna-t-il sans rompre leur contact.

William l'enlaça et la rapprocha rapidement de lui. Rose déplia les jambes pour être à son tour au bord du matelas, les jambes dans le vide, sa cuisse collée contre celle de William, son buste plaqué sur le sien. Elle entrouvrit la bouche lorsqu'une langue caressa sa lèvre inférieure et réprima un soupir quand des doigts glissèrent de son cou à sa taille, effleurant ses seins au passage. Ils s'embrassèrent longuement, et le sourire charmeur de William lorsqu'ils se séparèrent empêcha le cerveau de Rose de tourner correctement.

- Heureusement qu'on avait dit pas de mains baladeuses, lança-t-il, faussement sérieux, en décrochant les doigts de Rose du col de sa chemise.

Il n'essaya même pas de rajuster sa cravate ni sa chemise débraillée et Rose se mordilla inconsciemment la lèvre en voyant qu'elle était parvenue à défaire les premiers boutons de son vêtement. La bouche de William atterrit sur la sienne et il suçota suffisamment sa lèvre pour qu'elle arrête son geste et desserre les dents. Rose revint à la réalité alors qu'il rompait leur nouveau baiser.

- Dis, tu peux parler, murmura-t-elle.

Elle le regarda retirer ses grandes mains de sa peau et lisser le pull et le chemisier qu'il avait froissés en les repoussant tout en lui lançant un large sourire angélique. Les yeux bleus se posèrent à nouveau sur les liasses posées en tas sur le matelas. Rose haussa un sourcil quand elle l'entendit demander :

- Faut commencer par où pour comprendre ? Si tu veux bien que je lise, ajouta-t-il rapidement.

- Évidemment, répondit-elle aussitôt.

Elle réfléchit un instant puis lui désigna quelques papiers. William s'en empara et vint s'installer plus confortablement sur le lit, près de Rose qui lui fit de la place avant de reprendre les détaillés rapports des tests laboratoire sur les rats. Ses yeux se dirigeaient malgré elle sur l'homme à côté d'elle, si concentré et sérieux, si compréhensif, si patient…

- Arrête de me mater, j'arrive pas à me concentrer.

Si séduisant. Son sourire charmeur lui faisait toujours le même effet, même après presque deux ans à le connaitre, même après ce qu'ils avaient vécu, même maintenant qu'ils étaient – officieusement – en couple. Elle se racla discrètement la gorge et reporta son regard sur les papiers qu'elle tenait.

Au bout de quelques minutes, elle ne put réprimer un petit ricanement en lisant, pour la centième fois probablement, les prénoms des rats de laboratoire.

- Regarde les noms des cobayes, s'amusa-t-elle quand William la regarda, intrigué.

- Blue… Green… Red…

- Il ne manque plus que Rose, pouffa-t-elle discrètement.

Il fronça les sourcils.

- Tu crois que…

- Mais non, c'est à cause de ma grand-mère, rappela-t-elle en comprenant.

- Ah oui, c'est vrai. L'amatrice de roses blanches.

Rose eut un geste d'évidence et un sourire et se replongea dans sa lecture en même temps que William. Il était très impliqué et ne parlait presque pas, sauf pour poser une question courte de temps en temps, à laquelle Rose n'avait pas forcément de réponse. Depuis quelques minutes, il avait nonchalamment posé la main sur le genou de Rose et caressait machinalement sa peau du bout des doigts. Elle lui avait jeté un coup d'œil quand il avait initié le contact, mais il n'avait même pas interrompu sa lecture et Rose avait été d'autant plus attendrie par son geste. C'était si naturel, qu'il soit là près d'elle, à la toucher par automatisme alors qu'il faisait autre chose. Émue, Rose se mordilla la lèvre, cette fois consciemment. Il fallait qu'elle s'empêche de prononcer tout haut les mots qui venaient de lui traverser l'esprit.

Je l'aime. Par Circée, je l'aime.

William retira sa main et Rose haussa un sourcil ; est-ce qu'elle avait pensé trop fort ?

Mais il ne faisait que rouvrir le dossier blanc et tourner les pages qui restaient. Rose détourna le regard pour classer les documents qu'elle venait de terminer de lire.

- Ma Rose… il y a des photos, là.

Rose redressa vivement la tête. Il désignait une pochette au fond du classeur.

- Tu veux que je les sorte ?

Elle acquiesça et le regarda faire, comme hypnotisée. William sortit quelques photos et ils se rapprochèrent l'un de l'autre. Rose s'appuya contre William quand il les lui tendit et elle les retourna. Ils grimacèrent en même temps devant le premier cliché : une grande cage dans laquelle des rats avaient été placés. Ils couraient furieusement, comme pour essayer de s'échapper du papier glacé. Rose tourna la photo et lut :

- « Red, Blue, Green, Black, 5 octobre 1978 ». Ce sont les premiers sujets de ma mère. Elle a même noté les dates où ils sont morts, regarde…

Rose glissa la photo derrière la pile pour voir la suivante.

- C'est qui ?

Elle haussa les épaules et retourna le cliché.

- « Armand Dieterich et Frieda Eckmann, 17 juin 1978 ».

Rose réfléchit un instant et tourna rapidement les pages du carnet de bord de sa mère.

- Son collègue allemand…

- Et la patiente allemande, supposa William.

Rose la contempla un instant. Elle avait l'air si jeune… et tellement fatiguée, malgré son petit sourire. Elle se tourna vers William quand il déglutit un peu fort.

- On dirait toi… il y a deux ans. Enfin, presque deux ans.

Elle ne pouvait que lui donner raison : l'épuisement, la maigreur, les cernes, et cette évidente volonté de vivre malgré tout. Frieda n'avait pas eu sa chance. La photo disparut à l'arrière du paquet à son tour. Cette fois, ils observaient une demi-douzaine de personnes, toutes vêtues de blouses de laboratoire et très souriantes. Rose les analysa du regard, mais se rendit vite à l'évidence : elle ne savait pas si l'une des femmes était sa mère. Elles étaient trois, et William pointa une petite blonde.

- On dirait Mandy.

- C'est vrai, sourit Rose.

Ça ne pouvait pas être sa mère, elle ne lui ressemblait pas du tout. Les deux restantes étaient brunes, élancées, et il était impossible de voir la couleur de leurs yeux – mais elle n'était pas sûre que ça l'aurait aidée. Elle retourna le cliché et lut les noms, cherchant une Lauren Wayne. Ses yeux se bloquèrent sur l'un des noms et elle tourna encore la photo. C'était la dernière personne à droite. Elle l'observa avec intensité, sans rien dire, et ne releva les yeux que lorsque William prit la parole.

- Ta mère n'est pas sur la photo… tu crois que c'est son équipe ?

Rose haussa un sourcil et tourna de nouveau le papier. Elle avait peut-être mal lu ?

- « Donna Spencer, Javier Pires, Susan Wu, Aamer Tahseen, Ṣógúnlè Bosede, Lauren Lestrange, à Sainte Mangouste, mars 1971 ».

William marqua une pause, apparemment en pleine réflexion.

- Lestrange… comme les Mangemorts qui se sont échappés d'Azkaban ?

Rose s'abstint de répondre et se contenta de pointer vers le visage de sa mère.

- C'est elle ?

Elle hocha la tête, perdant le courage de regarder William. Il prit la photo et relut les noms inscrits au stylo noir.

- Lauren Lestrange ?

Et il retourna encore le document pour regarder la femme brune qui souriait. Puis leva la tête vers Rose, qui assembla ses forces et le regarda à son tour.

- C'était avant leur mariage, je suppose, dit-elle d'une voix un peu rauque.

William lâcha un juron à voix basse, apparemment stupéfait.

- Une Lestrange ? finit-il par dire.

Rose opina doucement. Elle détestait parler de ça, des origines de sa famille, parce que Sang-Pur, ça voulait souvent dire, association avec des sorciers intégristes, souvent devenus Mangemorts du temps du Mage Noir. William glissa deux doigts sous son menton pour la forcer à relever la tête et lui sourit.

- Ça te gêne, hein ?

- Terriblement, souffla-t-elle.

Il caressa sa joue de son pouce, sans perdre son sourire.

- Ça n'a aucune importance, tu le sais ? Tu n'es pas responsable des liens familiaux de tes parents.

Elle força un petit sourire timide et accepta le léger baiser qu'il lui fit, sentant le nœud dans son ventre se dénouer progressivement. Alors elle osa partager ce qu'elle savait.

- Mon arrière-arrière-grand-père a eu deux fils, commença-t-elle. Le premier est le grand-père de ma mère, et le second est celui de Rodolphus Lestrange, le Mangemort.

Elle avait prononcé le dernier mot du bout des lèvres et William s'était penché pour mieux l'entendre.

- Je ne sais pas s'ils se sont déjà rencontrés… je crois que Père m'a dit un jour que ma mère n'était pas très proche de sa famille, à part de ses parents.

Un autre baiser vint ponctuer sa phrase et elle ne put empêcher un sourire.

- Merci d'avoir partagé, chuchota William, sa main toujours contre sa joue.

Il l'embrassa encore, plus longuement cette fois, et Rose ne savait pas si c'était pour la remercier ou la rassurer, mais elle ferma les yeux et se laissa emporter par la douceur de William. Il abandonna ses lèvres et posa son front contre le sien, les yeux toujours fermés, alors Rose en profita pour observer son visage aux traits détendus.

Je l'aime.

Tu l'as déjà pensé ça…

Rose se mordilla une nouvelle fois la lèvre et sourit malgré elle.

- Il reste une photo, murmura-t-elle doucement quand il s'éloigna d'elle.

Un geste rapide de William dévoila la dernière photo. Rose poussa un « oh » d'exclamation. Il était inutile de regarder la légende cette fois : c'était la photo d'un couple le jour de leur mariage.

Son père n'avait jamais été aussi beau que ce jour-là, pensa Rose immédiatement. Il irradiait le bonheur et jetait de fréquents coups d'œil vers sa femme, resplendissante dans sa robe blanche – quoique démodée maintenant. Elle aussi souriait largement, comme sur la photo précédente, avec plus d'amour toutefois. Difficile d'imaginer que cette personne visiblement pleine de joie et d'énergie quitterait brutalement sa famille une dizaine d'années après son mariage. Un petit soupir lui échappa et elle regarda un long moment ses parents, sa main lovée dans la chaleur de celle de William. Quand elle leva la tête pour le regarder, ses yeux bleus étaient déjà sur elle, et elle entrouvrit la bouche en voyant son regard si pénétrant. Elle se sentait presque hypnotisée et ne résista pas à l'envie de se blottir contre lui. Il passa immédiatement le bras autour de sa taille pour la plaquer contre lui tandis que les mains de Rose coulaient autour de son cou.

Le baiser qu'ils partagèrent leur fit lâcher les photos qui s'éparpillèrent sur le lit sans qu'ils s'en soucient. Leurs langues s'enroulèrent l'une contre l'autre, leurs corps se pressèrent avec avidité et Rose faillit s'installer sur les cuisses de William avant de se rappeler qu'ils étaient dans l'infirmerie et que Madame Pomfresh pouvait sortir de son bureau à tout moment.

Est-ce que William avait pensé à la même chose ? Ils rompirent leur étreinte en même temps et reprirent leur souffle sans trop s'éloigner l'un de l'autre. Ils restèrent un moment lovés sur le matelas avant que Rose ne fasse un geste vers les documents étalés autour d'eux.

- Je vais ranger…

William déplia ses jambes et se releva pour l'aider. Ils réorganisèrent les papiers qui retrouvèrent leur place dans le classeur blanc. Rose rassembla les photos et sembla hésiter un instant.

- Tu veux la prendre ?

Elle jeta un œil vers lui.

- J'ose pas, murmura-t-elle.

- Prends-la, insista-t-il. Elle ne sert à personne à rester dans ce vieux dossier.

Rose opina doucement et glissa avec précaution la photo de mariage de ses parents dans son sac, protégée par son livre de Sortilèges.

- J'ai l'impression de la voler, continua-t-elle.

- Tu ne voles rien du tout, c'est ton héritage, affirma William.

Elle lui adressa un sourire, presque convaincue par ce qu'il disait et ferma les lanières du classeur, puis regarda l'heure.

- On a le temps de manger dans la Grande Salle. Les autres y sont peut-être encore ?

Un petit grommellement fit hausser un sourcil à Rose.

- J'aurais préféré te garder pour moi toute la soirée.

Elle sourit et se hissa sur la pointe des pieds pour l'embrasser sur la joue, toujours touchée quand elle comprenait que William voulait passer du temps avec elle.

- Alors j'ai une idée. Attends-moi, je vais rendre le dossier à Pomfresh.

William lui fit son sourire charmeur et la regarda s'éloigner vers le bureau.

- Voici le dossier, lança Rose en le posant sur le bureau. Je vous remercie de m'avoir laissée le lire encore.

- C'est normal, Miss Wayne.

L'infirmière marqua un temps d'hésitation.

- Vous le voulez ? Pour le garder avec vous, ou le rapporter chez vous ?

Étonnée de la proposition, Rose la considéra quelque secondes avant de secouer la tête.

- Je pense qu'il est plus en sécurité avec vous. Avec Père nous essayons d'éviter que quiconque puisse découvrir ma… condition. Avoir ce dossier avec nous pourrait poser problème… Vous voulez bien continuer à le conserver ?

L'infirmière accepta immédiatement et Rose fut soulagée de le voir disparaitre de nouveau dans le placard caché. Elle la remercia encore une fois et rejoignit rapidement William qui attendait. Elle lui prit spontanément la main et l'entraina avec elle.

- Viens.

Un coin de la bouche de William se souleva en un léger sourire et Rose dut se retenir de venir l'embrasser au milieu de l'infirmerie. Elle le guida les yeux presque fermés jusqu'aux cuisines de l'école, chatouilla la poire du tableau et entra dans la vaste pièce, William sur ses talons, leurs doigts fermement entrelacés.

Elle avait hésité un instant à venir manger avec lui ici, le souvenir d'une soirée passée avec Blaise ici-même lui étant revenu en mémoire. Mais elle n'allait pas se priver de diner juste pour ça après tout ! Alors elle sourit aux elfes de maison qui, malgré le diner en cours dans la Grande Salle, étaient venus se courber devant eux. Elle leur demanda un repas pour deux d'une voix ferme et haussa un sourcil quand elle vit William sourire largement en la regardant.

- Madame Wayne aux commandes… commenta-t-il simplement, et elle eut un petit rire.

Elle commença à se diriger vers les marches avant de repenser, encore une fois, au moment qu'elle avait partagé ici avec Blaise, et à l'inconfort de rester assise sur la pierre froide. Se tournant vers les elfes, elle demanda qu'ils viennent dresser une table tout en désignant le mur où elle souhaitait qu'ils l'installent.

Bonus : une table entre vous deux t'empêchera de lui sauter dessus en public… en théorie.

Son sourire toujours en coin de la regarder diriger les elfes de l'école, William récupéra sa main et, devant la moue de Rose, s'expliqua :

- Ça risque de devenir compliqué pour manger sinon…

Son regard pétillant faillit faire oublier de respirer à Rose, qui se racla la gorge quand leur repas leur fut servi. C'était improbable la capacité qu'il avait à la mettre à moitié en transe rien qu'en la regardant.

- Tu m'as toujours regardée comme ça ? demanda-t-elle subitement, surprise par elle-même.

- Comment ?

Elle haussa les épaules, ne sachant pas comment expliquer ce sentiment et joua avec sa fourchette dans son assiette.

- Quand tu me regardes en ce moment, parfois j'ai l'impression que…

Elle chercha ses mots et fuit son regard. Ce qu'elle s'apprêtait à dire était parfaitement présomptueux et elle grimaça.

- Que tu es la seule personne qui mérite mon attention ?

Elle n'aurait pas mieux dit et se contenta d'acquiescer.

- Peut-être parce que c'est ce que je ressens, dit-il doucement en caressant le dos de sa main avant d'entrelacer leurs doigts une nouvelle fois.

Par Circée.

Son ventre se serra et la puissance de son battement de cœur n'eut rien à voir avec son Animagus. Elle essaya de transmettre tout l'amour qu'elle ressentait pour William dans un regard, à défaut d'avoir le courage de le lui dire pour le moment. Il leva leurs mains jusqu'à ses lèvres et embrassa la paume de Rose à plusieurs reprises, sans jamais la quitter des yeux, alors elle pensa qu'elle avait réussi, et esquissa un sourire.

Il lui fallut quelques instants avant d'être capable d'aligner deux pensées cohérentes, et pendant ce temps, William avait posé sa main sur la table et entamé son diner. Elle l'imita machinalement et planta enfin sa fourchette dans sa tourte aux légumes.

- Tu vas dire quoi aux autres pour ton absence ? interrogea Rose avec curiosité. Moi c'est facile, j'étais à l'infirmerie avec le classeur. Mais toi ?

Il réfléchit avant de répondre.

- Je dirai que j'étais en rancard avec une fille.

Un sourire joueur détendit les traits de Rose.

- Ah oui ? Laquelle ?

- La copine de Ludmila, annonça-t-il après quelques secondes.

- Dommage que tu te souviennes pas de son prénom, taquina Rose.

- Gemma, rétorqua-t-il aussitôt.

Les yeux verts s'assombrirent et une mimique amusée échappa à William.

- Idriss me parle d'elle depuis trois jours, expliqua-t-il calmement. Il veut absolument savoir si je sors avec elle ou pas.

Les lèvres pincées de Rose se détendirent peu à peu et il secoua la tête.

- Et c'est moi qui suis jaloux, soupira-t-il, la faisant finalement sourire.

Après un silence pendant lequel leurs yeux ne se quittèrent pas, il lança :

- Et toi, avec qui tu es sortie vendredi dernier ?

- « Un type », répéta-t-elle.

- Sérieusement ? rit-il. Et il a pas de prénom ?

- Pas pour le moment… j'ai dit qu'il en aurait un si je le revoyais.

William se mit à rire et elle l'imita.

- J'ai hâte de savoir. J'espère qu'il ne sera pas mieux que moi.

- Aucun risque, fit Rose tranquillement en posant ses couverts.

Un nouveau sourire charmeur lui serra le ventre et elle eut une folle envie de venir s'installer sur ses genoux avant de se déshabiller.

Calme-toi, Wayne.

Elle se racla la gorge et lui sourit avec tendresse, remettant sous clé ses pensées lascives. William regarda l'heure.

- On y va ? Le diner dans la Grande Salle est terminé je pense.

Ils quittèrent les cuisines main dans la main et traversèrent le couloir pour se rapprocher de la tour Serdaigle, tout en discutant de leur méthode pour retrouver leurs amis.

- Tu y vas en première, décida William. Tu diras que tu es allée manger dans les cuisines parce que le repas était terminé, ce qui n'est pas complètement un mensonge.

- Et toi ? Tu vas attendre dehors ?

- J'ai pas de meilleure idée, fit-il en haussant les épaules.

Rose lâcha sa main alors qu'ils croisaient un groupe d'étudiants qu'ils ne connaissaient pas et sourit au grognement réprobateur de William.

- C'est le jeu… Et si on rentrait ensemble ? Je pense que ce serait encore moins suspect. On dira qu'on s'est croisés en remontant, voilà tout.

William considéra la proposition et hocha lentement la tête.

- Et qui imaginerait qu'on élaborerait pas un plan plus complexe pour cacher notre liaison secrète ? dit-il avec amusement.

- Exactement, sourit Rose. Cachés à la vue de tous.

- Quelle génie.

Un rire bas lui répondit et il coula son bras autour de sa taille avant de l'embrasser furtivement dans le cou sans s'arrêter de marcher. Rose soupira presque, de plaisir et de frustration, et se détacha de lui pour le tenir par la main alors qu'ils montaient les marches de la tour Serdaigle. Dès qu'elle percevait des bruits, avant que William ne les entende, elle lâchait sa main et il s'éloignait quelque peu d'elle avec naturel. Rose ne pouvait s'empêcher de sourire à chaque fois. C'était frustrant, mais en même temps, très excitant de devoir se cacher, et William avait clairement la même opinion vu l'air amusé qu'il avait à chaque fois qu'ils se séparaient pour mieux se retrouver la seconde d'après. Ils firent une pause à mi-chemin pour s'embrasser fougueusement, ne résistant plus à la tentation de se gouter encore une fois. William fit reculer Rose sans même s'en rendre compte et la plaqua contre le mur en pierre. Un gémissement bas échappa à Rose et elle sentit ses genoux céder ; heureusement qu'ils étaient collés l'un à l'autre et que William la tenait fermement, ses lèvres courant sur la peau sensible de son cou. Elle avait peu à peu planté ses ongles dans sa nuque et avait senti, contre son ventre, à quel point William aimait ce contact. Il lui caressa les bras et vint prendre ses mains dans les siennes. Bientôt il amenait ses bras au-dessus de sa tête, une seule de ses mains maintenant en place les poignets de Rose contre le mur, l'autre se perdant sous le chemisier blanc. Rose ondula contre William et leurs gémissements se mêlèrent dans leurs bouches. Lorsqu'il pressa la paume de sa main autour de son sein, le petit cri de Rose résonna dans les escaliers.

- William, susurra-t-elle, ne sachant pas si elle voulait qu'il continue ou qu'il arrête.

- Ma Rose, gronda-t-il.

Il recula la tête pour la regarder et Rose retint un nouveau gémissement rien que sous le feu de ses yeux assombris de désir. William expira lentement et relâcha les poignets de Rose après les avoir décollés du mur et embrassés l'un après l'autre.

- Désolé, fit-il à voix basse. Je me suis… emballé.

- Ne t'excuse pas, répondit Rose d'une voix éraillée. Et recommence un de ces quatre.

Un rire discret secoua les épaules de William qui l'embrassa rapidement.

- Promis.

Il s'éloigna d'elle pendant que Rose remettait ses propres vêtements en place et passait une main dans ses cheveux pour les discipliner. William retira sa cravate et déboutonna encore un peu plus sa chemise sous son pull, puis adressa un sourire désolé à Rose qui avait haussé un sourcil.

- C'est plus réaliste si je sors d'un rancard…

Rose leva les yeux au ciel mais sourit malgré tout. Ils s'autorisèrent quelques minutes de calme, afin de reprendre leur souffle et que Rose retrouve sa couleur de peau normale, puisqu'elle avait rougi sous les baisers ardents de William. Ils terminèrent leur montée des escaliers en discutant calmement, espacés de quelques pas avant d'éviter toute tentation supplémentaire. Ils rentrèrent ensemble dans la Salle Commune et se dirigèrent vers le coin où leurs amis semblaient passer la fin de soirée.

Comme l'avait prédit Rose, personne ne fit de commentaire sur leur arrivée simultanée, surtout qu'ils s'assirent relativement loin de l'autre. Rose parla brièvement des photos qu'elle avait trouvé dans le dossier mais ne montra pas celle du mariage de ses parents elle voulait la garder pour elle – et William – pour le moment.

Lorsqu'ils se séparèrent tous pour aller se coucher, William parvint à glisser sa main dans le bas du dos de Rose, et rien que la pression de ses doigts apaisa Rose tout en allumant un désir en elle qui la fit discrètement soupirer. Ils n'échangèrent pas un mot de plus, et elle le vit disparaitre dans le couloir des garçons après un dernier sourire discret.

L'unique chose qu'elle parvint à faire en s'allongeant entre ses draps fut de se répéter qu'elle était tombée très amoureuse du séduisant capitaine de l'équipe de Quidditch de Serdaigle… et qu'elle avait la ferme intention de le garder pour elle toute seule.

Rose s'endormit avec le sourire aux lèvres, son unique battement de cœur apaisé.