Chapitre 9 : les chemins se séparent (juin 1999, Londres)

À l'inverse du printemps qui fut particulièrement ensoleillé et même, le plus chaud qui fut enregistré depuis trente ans, le mois de juin s'annonça maussade et pluvieux, à l'image d'une météo typiquement anglaise.

Les travaux au douze square Grimmaurd avancèrent progressivement, après la rénovation de leur salon au premier étage, Harry et Ginny envisagèrent de s'attaquer à la cuisine qui, malgré les services de Kreattur, conservait cet aspect sale et miteux. Harry et Ron étudièrent sans relâche pour leur examen d'entrée au Ministère, dans le service des Aurors.

Ginny réussit haut la main les sélections dans l'équipe féminine nationale et se préparait à l'approche du tournoi pour la prochaine rentrée. Drago s'était inscrit à un programme d'étude des potions à distance, mais ne semblait pas se réjouir de ses cours. Les livres reçus semblaient quelques fois infantiles, d'après ce qu'elle avait pu constater. En le feuilletant rapidement, elle tomba sur de vieilles recettes qu'ils avaient apprises à Poudlard comme un filtre de mort vivant, du polynectar et même une potion de ratatinage de 3ème année ! Souvent, Hermione avait l'intime conviction que Drago s'ennuyait à rester cloitrer dans la maison, et elle aussi, commençait à se lasser.

Elle se sentait perdue, pensa-t-elle le soir avant de s'endormir. Incapable de trouver un but, une ambition. Il lui semblait que tout le monde dans son entourage avait trouvé sa voie. Sauf elle. Même Neville avait des projets : sa grand-mère le forçait à obtenir ses ASPIC – par tradition familiale- tout en assistant le professeur Chourave dans ses cours. Plus tard, avait-il expliqué durant l'anniversaire de Ron, il envisageait même un poste à plein temps à Poudlard. Hermione l'enviait, réalisa-t-elle.

Depuis la soirée d'anniversaire de Ron, Drago et elle évitaient d'abord le sujet. Elle sentait un froid entre eux, comme une barrière invisible que chacun d'entre eux n'osait briser. En temps normal, ils se confiaient toujours l'un à l'autre sur leurs incertitudes, leurs peurs et désirs… mais plus maintenant, désormais. Hermione se refusait d'admettre qu'ils empruntaient – pour sa plus grande peur- des chemins et des envies différents. À plusieurs reprises, Drago lui manifesta son envie de s'installer dans le domaine des Malefoy, ce qu'il ne l'enchantait guère d'habiter dans la propriété de Narcissa et Lucius Malefoy, à quelques kilomètres de ce manoir qu'elle trouvait lugubre et plein de mauvais souvenirs.

Un après-midi, alors qu'il étudiait un livre intitulé « potions niveaux supérieurs à distance : comment obtenir son brevet », Hermione reçut un appel téléphonique de ses parents :

-Hermione ! Fit la voix enjouée de Mrs Granger, à l'autre bout du fil, comment vas-tu ma chérie ?

-Très bien maman, et vous ? Comment va papa ?

Elles échangèrent quelques nouvelles, sa mère lui racontant leur vie en Australie dans le petit bungalow qu'ils louaient à proximité du centre de Sidney.

-Si je t'appelle, poursuivit sa mère d'une voix claironnante, c'est pour t'annoncer que ton père et moi comptions rentrer en Angleterre ! Nous nous sommes lassés de la vie ici et surtout, tu nous manques terriblement ! Nous comptons rentrer pour les grandes vacances ce qui nous laissera plus d'un mois pour préparer nos affaires. Ton père est tellement enchanté de retrouver Londres, tu n'imagines même pas !

-C'est une excellente nouvelle ! S'enthousiasma Hermione à l'idée de retrouver ses parents.

-Bien sûr, Drago et toi pourriez rester à la maison, il y'a assez de chambres pour vous accueillir, mais je doute que notre présence soit l'idéale pour un couple de jeunes fiancés…

-Nous ne sommes pas fiancés, reprit sèchement Hermione. Écoute maman, j'en parlerai à Drago d'accord ? Il faut que je te laisse, l'eau est en train de bouillir et…

-Ne t'inquiète pas ma chérie, nous sommes tellement heureux de bientôt te revoir !

-Moi aussi maman, à bientôt.

Hermione raccrocha le téléphone, contrariée par la nouvelle qui venait de tomber. Elle était heureuse et excitée à l'idée de retrouver ses parents seulement leur retour précipité signifiait une chose qu'elle refoulait depuis plusieurs semaines : il était temps de prendre une décision.

Au dîner, Drago avait préparé un plat de lasagnes qui dégageait une odeur délicieuse. Ses talents culinaires s'amélioraient au fil du temps si bien qu'Hermione abandonna la cuisine.

-Tu parais soucieuse, remarqua Drago en terminant son assiette.

-Ma mère m'a téléphoné d'Australie cet après-midi… commença-t-elle.

Elle lui expliqua la situation délicate dans laquelle ils se trouvaient.

-Tu comprends, je ne suis pas enchantée à l'idée de cohabiter avec mes parents après avoir vécu ensemble tout ce temps…

-Mais c'est formidable ! S'écria Drago, enthousiasme. Nous pourrions emménager dans l'ancien vignoble de ma famille ! Mon père, bien sûr, est opposé au projet, mais je pense que ma mère pourrait arriver à la convaincre… il y'aura beaucoup de travaux d'agrandissement, mais j'ai suffisamment d'or dans mon coffre pour payer les meilleurs bâtisseurs !

-Drago, le coupa aussitôt Hermione, je ne veux pas vivre sur le même domaine que tes parents ! L'idée d'être à seulement quelques mètres de ce… manoir m'horripilent !

Son visage changea subitement d'expression.

-Mais… je ne comprends pas, l'endroit est idéal ! Nous étions si heureux quand on y avait été pique-niqué je croyais que c'est ce que tu voulais aussi !

-Je ne veux pas avoir affaire à tes parents, voilà ce que je veux !

-Tu crois vraiment que mes parents passeront nous apporter des gâteaux tous les samedis ?! ironisa-t-il. Que proposes-tu dans ce cas ?

-Je ne sais pas… avoua-t-elle perdue.

-Moi je le sais, lâcha-t-il d'un ton bourru, tu veux retourner à Poudlard passer tes ASPIC. Il est temps que tu arrêtes de te mentir à toi-même.

-Drago…

-Depuis la soirée d'anniversaire de Weasley tu y penses… c'est ce que tu veux ? Réussir haut la main tes études, gravir les échelons d'une carrière au Ministère et pourquoi pas, devenir Ministre de la Magie, c'est ça ?!

-Non ! Je ne veux pas tout ça, tu te trompes ! Tout ce que je souhaite c'est changer les choses, améliorer les conditions de vie de chaque espèce magique ! Abolir cette cruauté qu'ont les sorciers de se croire tout puissant ! J'ai subi ça, Drago ! On m'a torturé pour cette stupide raison ! Pendant des années, tu m'as insulté en me traitant de sang-de-bourbe, l'aurais-tu oublié ?! C'est ce que je veux faire et s'il faut pour cette raison, que je retourne à Poudlard durant un an, je le ferai !

Elle avait lâché, en l'espace d'un instant, tout ce qu'elle avait sur le cœur, tout ce qu'elle s'était résolue à ne pas admettre ces derniers temps. Son cœur battant, attendant une réaction de la part de Drago, elle s'apprêtait à ce qu'il explose, mais pour son grand étonnement il resta parfaitement calme, se contentant de la regarder droit dans les yeux.

-Tu as très bien compris ce que tu voulais, à présent. Et nous deux dans tout ça ?

-Nous pourrions toujours nous voir durant les week-ends de sortie à pré-au-lard, suggéra Hermione d'une petite voix. Et je reviendrais durant les vacances scolaires ! Nous avons vécu tellement pire Drago ! Nous arriverons bien à tenir pendant un an ! Tu pourras entièrement te consacrer à tes cours de potions par correspondance !

Cette idée ne sembla pas le réjouir. D'une voix lasse et remplie de déception, il conclut leur discussion :

-Puisque c'est ce que tu souhaites. Ne m'attends pas ce soir, je sors avec Blaise aux trois balais.

Sans qu'elle n'eût le temps d'ajouter quoique ce soit, il se leva de table et sortit sans se retourner de la maison en claquant la porte derrière lui.

Hermione passa la soirée seule, à guetter son retour. Lorsque la pendule du salon indiqua onze heures passées, elle décida d'aller se coucher et ce n'est qu'aux alentours d'une heure du matin qu'elle entendit la porte d'entrée s'ouvrir. Hermione fit semblant de dormir quand Drago vint la rejoindre dans le lit et blotti son corps contre le sien :

-Hermione, tu dors ? Je sais que tu fais semblant de dormir, ajouta-t-il en réponse à son silence, tu ne ronfles pas.

-Je ne ronfle jamais, s'offusqua-t-elle en laissant échapper un sourire.

Elle se retourna, se trouvant face à face, leurs visages à quelques millimètres l'un de l'autre.

-Je t'aime tellement, Granger.

-Ca veut dire que tu n'es plus fâché ?

-Ca veut dire qu'il faudra que je t'accompagne sur la voie 9/4 le premier septembre.

Elle le regarda, les yeux écarquillés.

-Drago ! Tu es certain ? Tu sais j'y ai beaucoup réfléchi pendant la soirée et je pense que…

-J'en suis certain, la coupa-t-il avant qu'elle continue davantage à parler. Tu as toujours rêvé d'obtenir tes ASPIC, depuis ta première rentrée à Poudlard ! Je ne veux pas enlever tes rêves et toutes tes ambitions, je veux être fier de toi. Et puis un an, ça passera vite !

-Oh Drago ! Merci ! S'écria-t-elle en l'embrassant fougueusement.

-J'y pense, dit-il entre deux baisers, il n'y a plus de temps à perdre jusqu'au mois de septembre !

Il se hâte de lui ôter sa chemise de nuit et l'attira vers lui sous la couverture.

Le lendemain, elle se rendit chez Harry et Ginny pour leur annoncer sa décision. Elle retrouva ses deux meilleurs amis dans l'arrière-cour de la maison. Un timide rayon de soleil perçait les nuages et éclairait le ciel. Harry et Ron se tenaient debout l'un devant l'autre, leur baguette dressée pour un duel.

-Un, deux, trois… flippendo !

-Expelliarmus !

Le rayon de lumière bleue ricocha sur un bouclier invisible et fracassa un vase en terre cuite.

-Excellent, commenta Hermione en applaudissant. Je vois que vous n'avez rien perdu de votre agilité à vous battre en duel. Cela dit, Ron, tu t'es un peu rouillé, j'ai cru qu'Harry allait te toucher à la dernière minute.

-C'est ça, continue de te moquer ! On passe l'examen de sélection demain.

-Devant les meilleurs Aurors du Ministère, ajouta Harry en se mettant à nouveau en position. Levicorpus !

-Protego !

-Ne soyez pas ridicule, le Ministère était prêt à vous engager sans formation ! Vous allez être fantastiques !

Harry et Ron décidèrent de s'accorder une pause et s'installèrent sur de vieilles caisses en bois renversées sur la terrasse. Quelques minutes plus tard, Kreattur arriva et leur apporta des boissons rafraîchissantes. Les épais nuages commençaient enfin à disparaître et un soleil éclatant – il était temps- s'installa en cette fin de matinée, annonçant pour la première fois depuis le début du mois de juin, une journée d'été.

-Merci Kreattur, dit Hermione en saisissant son verre.

À présent, Kreattur se retenait même de marmonner en sa présence et une légère grimace crispée marquait son visage lorsqu'Hermione s'adressait à lui.

-J'espère que tu le payes convenablement, Harry.

-Tu sais très bien qu'il refuse le moindre Gallion, l'idée d'habiter la noble maison des Black et de servir ses descendants est sa seule ambition. Sans oublier qu'il idolâtre cet horrible médaillon, ajouta-t-il d'une voix lugubre.

-Hermione, ajouta Ron, exaspéré, quand vas-tu cessé de nous parler de ton truc sale ! Laisse Harry tranquille avec ça !

-Pas sale ! mais S.A.L.E ! De toute manière je compte changer de nom prochainement, fit-elle d'un air satisfait. Le monde change, la plupart des sorciers se rendent enfin compte que toutes ces histoires de sang pur et de suprématie ne sont que des foutaises ! Bientôt, les elfes de maisons seront traités de manière égale !

Ron laissa échapper un ricanement.

-Je suis sérieuse, s'offusqua Hermione. Et je veux faire partie de ce changement ! C'est pour cette raison que j'ai pris une décision… je retourne à Poudlard l'année prochaine.

-Quoi ? Tu es sérieuse ? S'étonna Ron.

-Très sérieuse. Je veux obtenir mes ASPIC, comme Neville.

-C'est sa grand-mère qui l'y oblige, souligna Ron.

-Dans quel but, Hermione ? Tu le disais toi-même, n'importe qui est prêt à nous engager sur le champ.

-Je… et bien je ne sais pas encore ce que je veux faire précisément… mais je sais qu'il faut changer les lois et ça commence au Ministère de la Magie. McGonagall m'a assuré qu'il était préférable d'obtenir ses ASPIC alors je crois qu'il est faut que j'y retourne. Et… je me disais que vous aussi vous pourriez peut-être reprendre votre 7ème année… je veux dire, comme avant.

Harry et Ron s'échangèrent un regard, comme au bon vieux temps, pensa-t-elle avec nostalgie.

-C'est impossible, nous allons bientôt être Auror ! Nous passons notre premier examen demain, à quoi cela nous servirait d'avoir nos ASPIC ? Remarqua Ron.

-En plus, je vis avec Ginny et nous avons encore beaucoup à faire pour améliorer la maison.

-Oh… bien sûr, je comprends ! Quoiqu'il en soit moi, j'y retourne.

-Tu es certaine de ton choix ? demanda Harry. Pendant toute une année, ce n'est pas rien ! Poudlard a beaucoup changé, ça ne sera plus comme avant. Et qu'en pense Drago ?

Hermione ne put s'empêcher de remarquer que Ron regardait le jardin broussailleux de Harry avec beaucoup d'intérêt.

-Hé bien… il…

-Je vais aller me resservir, coupa Ron qui se précipita de rentrer à l'intérieur.

-Il m'en veut encore ? S'inquiéta Hermione à voix basse.

-Non, mais il vaut mieux éviter de lui parler de Drago en face. Alors ? Comment le prend-t-il ? Ou compte-t-il aussi terminer ses études ?

-Non, j'y vais seule et… il comprend et me soutient, mais… c'est très tendu entre nous ces derniers temps.

Elle lui raconta ses dernières semaines, les moments de morosités de Drago, le retour de ses parents le mois prochain et…

-Il s'ennuie, Harry. Je le vois très bien, il se désintéresse de ses cours par correspondance j'ai l'impression qu'il veut arrêter.

-Pourquoi ne s'inscrit-il pas dans une école ? suggéra Harry. Il pourrait se spécialiser le temps que tu passes tes ASPIC.

-Ça pourrait être une idée intéressante ! Trouva Hermione, le cœur plus léger. Il y'a l'institut de potion supérieur, à Londres. J'avais lu un livre pendant notre année de BUSE sur cette école, tu te souviens lorsque McGonagall distribuait des prospectus pour notre choix d'orientation ? Ils disaient que c'était une très vieille école réputée pour ses méthodes ancestrales.

-Vous avez fini vos bavardages ? Leur parvint sèchement la voix de Ron depuis la cuisine.

Ils laissèrent échapper un sourire exaspéré et le rejoignirent.

.