Je n'espérais pas un tel raisonnement par l'absurde
OST SNK qui se prêtent bien à l'ambiance =
Two-Lives -
- Shingeki Gt 20130218 Kyojin -
- Ymniam- Orch -
- Memory Lane (Vln ver.) -
- The Reason -
- The Other Side of the Sea -
- Friendships -
- Call Your Name -
… ( ) …
Dès que le bruit du martèlement des sabots sur la terre battue parvint aux oreilles de Jean, celui-ci se figea. Il hallucinait encore. C'était déjà la troisième fois en une demie-heure qu'il s'imaginait le retour de Marco. Le son résonnait avec d'autant plus d'insistance que le cavalier était censé revenir bientôt.
Il lui fallut une poignée de secondes supplémentaires pour s'apercevoir que le son perdurait, et il leva la tête vers sa provenance avec espoir. Un hennissement retentissant lui apporta la réponse. Marco revenait.
La seconde suivante, il percutait enfin que quelque chose clochait : Marco revenait au galop.
Quelque chose ne tournait pas rond. Qui disait galop disait urgence. Marco avait peut-être besoin d'aide ! Alarmé, il cessa de piétiner et se rua vers l'entrée, s'engouffrant à l'intérieur pour s'emparer d'une des haches, renversant au passage leur petit stock de baies.
-OH ! » s'offusqua Ruth, probablement vexée qu'on lui pique ses armes.
Il trébucha à la sortie, se réceptionna d'une main et fonça vers les bruits de cavalcade qui se rapprochaient, Ruth furibonde sur ses talons. Dès qu'il aperçut la silhouette du cavalier à portée de voix, il s'époumona :
-MARCO ! Qu'est ce qu'il se passe ?! »
Marco ne répondit pas à son appel et se contenta de les rattraper, arrachant des ébrouements nerveux à sa monture. Jean serrait le manche de la hache d'une telle force que sa main devenait aussi dure que le bois. Il ravala son inquiétude grandissante, s'imagina qu'il pouvait couper le tumulte des battements pressants de son cœur, et accéléra encore son rythme déjà débridé.
Marco fit passer Buchwald au trot, et une fois l'allure plus stable, il sauta à terre alors que le cheval continuait de décélérer. Il atterrit accroupi au sol et bondit pour courir à son tour vers eux et rattraper les cinq mètres qui les séparaient. Jean freina brutalement, plantant ses talons dans la terre, alors que Marco le saisissait par les épaules, et Jean ne sut pas s'il voulait l'empêcher de fléchir ou capter toute son attention.
L'inquiétude de Jean diminua considérablement face à son sourire lumineux, si bien que sa main redevint de chair et relâcha sa prise sur la hache, qui retomba avec un bruit sourd. Il se retrouva le nez à quelques centimètres de celui de Marco.
-J'ai trouvé un bassin ! s'exclama le jeune homme. Il est bien protégé par les arbres, et un peu dur d'accès sans Buch parce qu'il y a une bonne pente avant, mais l'eau est claire et propre !
-Attends, attends. » l'arrêta Jean en le repoussant de ses mains.
Marco se laissa faire et lui accorda une poignée de secondes pour reprendre son souffle.
-Un bassin ? reprit Jean. Pas de titans ou d'intrus, juste un bassin ? »
Marco acquiesça avec enthousiasme, et Ruth choisit ce moment pour prendre la parole, récupérant la hache et foudroyant Jean du regard au passage :
-Un nouveau point d'eau ? l'interrogea-t-elle, sceptique, le menton entre deux doigts.
-Plus près d'ici que l'autre, répondit Marco dont les yeux glissaient avec malaise entre ses deux partenaires. Il est juste plus difficile d'accès, mais on gagnerait quand même du temps, et on serait à portée des clochettes.
-Okay, montre-moi, trancha-t-elle, le poing sur la hanche. Jean, tu restes ici.
-Certainement pas. »
Elle avait beau se prendre pour la meneuse des opérations, Jean avait veillé à aiguiser encore plus son ton qu'elle. Il ne la laisserait pas le commander plus longtemps. Il avait mieux à faire que de céder à ses caprices, et surtout, il n'avait pas la même patience que Marco. Elle avait dépassé les bornes au moment où elle les traitait tous les deux comme ses larbins. Elle pivota la tête vers lui, avec une lenteur appuyée pour traduire tout son agacement. Qu'elle essaie ! Jean lui préparait sa meilleure lueur de défi.
L'expression de sa coéquipière se fendit sous la taillade assurée du jeune homme. Piquée au vif de la sorte, la frustration de Ruth n'en éclatait que plus.
-Et on peut savoir pourquoi ? articula-t-elle comme si elle crachait du givre.
-Parce qu'il faut aussi que je sache où il se trouve. Tout simplement. » fit-il en croisant les bras.
Elle poussa un énième soupir qu'elle croyait acéré, mais Jean n'eut aucun mal à l'ignorer. Il avait raison, car il en allait de leur coopération la plus efficace qu'il connaisse la route jusqu'au point d'eau. S'il y avait au moins un moyen de discuter avec Ruth, c'était de stratégie et de tactique d'alliance. Il la prenait à son propre jeu.
Comme si elle cherchait à chasser son exaspération, elle leva les yeux au ciel.
-Rends-toi utile et va chercher les gourdes, alors. »
Au lieu de lui obéir – ça lui aurait fait trop plaisir –, il s'avança d'un pas vers elle, profitant de ses quelques centimètres supplémentaires pour la toiser de toute sa hauteur.
À en juger par le feu assassin dans les prunelles de Ruth, les choses auraient pu escalader très vite si Marco n'était pas intervenu en brassant l'air entre eux pour interrompre le duel oculaire qui menaçait de dégénérer. Jean recula de mauvais gré, un œil méfiant sur la hache que Ruth serrait désormais. Il déglutit à sec et se tourna vers Marco pour écouter son intervention précipitée :
-On peut prendre un bain, aussi ! C'est important pour les sponsors qu'on se décrasse, vous croyez pas ?! »
Cette prise de parole accomplit le miracle inespéré d'accorder Ruth et Jean, dont les regards interloqués virèrent de concert sur Marco.
ooo
Sans Buchwald, qui ne pouvait transporter les trois en même temps, il leur fallut plus d'une dizaine de minutes pour rejoindre les lieux. Tout du long, Ruth menait la marche, occupée à calculer le temps de trajet et sa rentabilité pendant que Marco cherchait à les convaincre du bien-fondé de sa proposition. Jean se trimballait les gourdes, par compromis.
En arrivant, ils avaient définitivement une bonne raison de se laver. Le chemin était en effet escarpé, comme tout le reste de la zone. Ils durent franchir une butte au sommet d'une pente raide, que Buchwald avait dû contourner mais qui prenait moins de temps à escalader. Dans sa course déclinante, le soleil abandonnait derrière lui la fraîcheur qu'il avait emprisonnée toute la journée. L'escalade en était moins ardue.
Une fois arrivés, Jean comprit aussitôt l'engouement de Marco. C'était un petit coin de paradis : le ruisseau qui les abreuvait beaucoup plus bas devenait ici une rivière, qui s'était assez élargie pour former une cuve d'eau, flanquée d'un rocher au milieu qui scindait le flot en deux. Il pouvait apercevoir le fond et les galets qui roulaient et s'entrechoquaient dans un bruit sourd. Et des oiseaux qui piaillaient dans les alentours à qui mieux mieux, toujours pas fatigués.
Ruth scanna le périmètre d'un œil critique, avant de tourner les talons et de tendre la main vers Jean avec un haussement de sourcil acerbe :
-Donne-moi ça et allez faire vos affaires. Vous avez dix minutes. »
Faudrait savoir, tu veux me donner des ordres à tout va ou tout contrôler toi-même ?! grogna-t-il intérieurement avant de se reprendre. Marco était déjà intervenu tout à l'heure pour les tempérer, et sans ça ils se seraient probablement jetés à la gorge l'un de l'autre. Il fallait qu'il se ressaisisse, ou le volcan exploserait, et Marco ne pourrait rien y faire. Il laissa Ruth s'éloigner avec les deux gourdes.
-Merci de t'en occuper, Ruth. » lui lança Marco de son ton poli caractéristique (Jean se félicitait de reconnaître, dans cette intonation précise, tout l'agacement que son partenaire cherchait à dissimuler derrière de la civilité).
Elle s'éclipsa après un geste distrait de la main.
Une fois qu'elle eut complètement disparu de leur champ de vision, Marco déboutonna sa chemise. Jean, amusé, le regarda se déshabiller à toute vitesse, et détourna le regard brièvement pour s'asseoir en tailleur au sol, sondant les environs du regard. Il en fallait un opérationnel en cas de pépin. Marco ne serait pas des plus efficaces sans armes ni équipements sur lui.
Autour de lui, l'ambre s'était embrasée, les rayons mourants projetaient des reflets incandescents sur la verdure. Si la forêt prenait feu, il pourrait toujours se réfugier dans l'eau.
Les yeux sur les arbres, il entendit Marco entrer dans l'eau, qui lui arrivait probablement à la taille, et prendre une inspiration avant de plonger. Jean se tourna enfin vers le bassin et repéra les remous qui indiquaient une présence sous la surface. Marco rejaillit quelques secondes plus tard et Jean éclata de rire en voyant ses cheveux coller à son front et ses yeux.
-On dirait une méduse. » se moqua-t-il en plaçant ses mains derrière lui pour s'y appuyer.
Marco se contenta de rire à sa provocation et s'enfonça dans l'eau jusqu'au menton en poussant un soupir de satisfaction. Vu la rapidité de son entrée dans l'eau, la température devait être idéale. Il donnait envie à Jean d'en profiter à son tour. Le jeune homme se leva et rejoignit la rive pour enlever ses bottes et remonter les bords de son pantalon.
Des clapotements aquatiques lui annoncèrent que Marco le rejoignait. Jean leva le nez et constata qu'il s'adossait au bord des cailloux. Le jeune homme se laissa aller à observer les reflets cuivrés de la lumière de l'eau sur sa peau bronzée pendant quelques secondes. Le scintillement de l'onde révélait les tâches de rousseur qui parsemaient ses épaules. Ses joues prirent trop exemple sur le ciel et il détourna le regard.
Marco l'observait, attendant qu'il teste lui-même, et il avait envie d'effacer cet air narquois. Il plongea les pied jusqu'à la cheville et frissonna. Elle était tout de même plus froide que ce à quoi il s'attendait. Les remous de l'onde s'enroulaient autour de sa peau. Un assaut sur son épiderme qui cherchait à l'engourdir pour l'emprisonner dans une fraîcheur bienvenue. En effet, au bout d'un moment son corps s'habituait à la température, qui devenait très agréable. Il pataugea quelques minutes alors que Marco partait tenter des longueurs autour du rocher. Il revint assez vite, faute d'espace. Jean ferma les yeux un instant pour apprécier la plénitude des lieux, l'eau fraîche, les rayons du soleil, la tranquillité...
-Elle est bonne, pas vrai ?! fit Marco en revenant pour venir l'éclabousser de quelques gouttelettes.
-Plutôt, oui, répondit Jean en ignorant sa petite provocation.
-T'es sûr que tu veux pas venir me rejoindre ? proposa-t-il avec un sourire innocent.
-T'y tenais vraiment à cette baignade, c'est pas croyable.
-Ça te ferait beaucoup de bien aussi, tu devrais. T'en as beaucoup bavé ces derniers jours, et on a beaucoup travaillé alors qu'il a fait très chaud aujourd'hui. Sans compter qu'on aura peut-être plus l'occasion après.
-Mmh... » éluda Jean.
Dans sa bienveillance habituelle, Marco n'insista pas plus, se contenta d'acquiescer d'un air entendu, et retourna barboter là où il y avait le plus de profondeur (c'est-à-dire à peine plus d'un mètre). Des bribes de l'angoisse des dernières heures continuaient à serpenter dans ses veines, le rendant réticent à se départir de son uniforme. Mais l'enthousiasme de Marco les forçait à se diluer, comme il avait réussi à refouler l'angoisse de retourner au bunker.
-Jean, réflexe ! »
La tête de Jean vira vers l'avertissement de Marco, et il brandit son bras pour se protéger du projectile qui lui fonçait droit dessus. Il avait vu l'objet se désagréger sur sa trajectoire et comprit aussitôt qu'il s'agissait d'un truc visqueux qu'il n'avait aucune envie de réceptionner. Trop tard... Oh putain. La vase éclata sur son bras et son visage.
-Eurk ! » s'écria-t-il en se passant immédiatement la manche sur la bouche et le visage pour s'assurer qu'il n'avait rien avalé.
Il fouetta l'air pour dégager les morceaux poisseux qui collaient à sa manche et à son bras et fusilla Marco du regard. Ce dernier s'était planqué à la surface de l'eau, laissant à peine dépasser son nez, mais Jean pouvait deviner sans problème sa grimace mesquine et très satisfaite de lui-même. Il tressaillit et s'enfonça plus profondément dans la rivière.
-J'espère que tu as bien profité, Marco Bodt, gronda Jean en retirant sa veste d'un coup d'épaule. Parce que c'est ton dernier jour aux Hunger Games. »
Il se débarrassa des courroies sous le rire nerveux de Marco, fit passer sa chemise par-dessus sa tête en ignorant le picotement douloureux de ses épaules, retira bottes et pantalon et se glissa dans l'eau. Il serra les dents à la température mais refusa de la laisser le ralentir.
En face de lui, Marco se redressa et recula soigneusement vers la rive opposée, avant de se pétrifier dans ses gestes, les yeux écarquillés. Surpris, Jean fit volte-face pour regarder derrière son épaule. Rien. Seulement leurs fringues abandonnées sur la rive et le soleil qui continuait de se diriger vers sa douillette couche. Il se retourna de nouveau vers le jeune homme, et comprit que c'était Jean qu'il fixait de la sorte.
-T'as vraiment beaucoup de bleus, déplora Marco d'une voix inquiète.
-Oh, ceux-là ? C'est parti dans deux jours. » rétorqua Jean en haussant les épaules et en se retenant de porter la main à son omoplate droite, qui arborait la plus laide de ses blessures de guerre.
-Ça je veux bien le croire, mais t'as aussi... »
Il tapota sa propre clavicule du doigt et Jean passa une main coupable sur la plaie que son partenaire désignait.
-Je parie que tu l'as pas désinfectée, accusa Marco.
-Si ! se récria Jean.
-Quand ça ?
-Juste après !
-C'est tout ?
-...oui. »
Marco poussa un lourd soupir frustré et lui envoya une faible giclée d'eau.
-Tu devrais nettoyer ça plus souvent, le marronna-t-il dans un accent soucieux. On passe beaucoup de temps dans la terre et la forêt, je te signale. Passe de l'eau claire dessus, au moins. »
Jean grommela mais n'osa le contredire, alerté par son ton. À contre-cœur, il mit ses mains en coupe et rinça ses clavicules. La fraîcheur qu'il répandait sur sa nuque prenait des allures de torrent glacé sur la peau endommagée et sensible, mais il dut admettre que ça lui fit du bien de se débarrasser de la crasse. Le sourire rassuré de Marco en valait la peine, en tout cas. Il se mordit l'intérieur de la joue pour ne pas laisser son rictus amusé dévorer son visage.
Entre tout ce qu'il s'était passé depuis la bibliothèque, Jean avait surtout vu Marco de loin, gravité autour de son aura. Et pourtant, la collision de leur alliance n'avait pas engendré la moindre secousse, comme s'ils se connaissaient de longue date. C'était probablement grâce à la générosité de Marco, qui encourageait les élans de familiarité et d'honnêteté de Jean. De vulnérabilité, même.
Ça dépassait ce qu'il avait connu avec Hansi et Minha, qui avaient dû trimer pour le sortir de sa coquille, là où Marco avait à peine eu besoin d'une journée et d'une opération périlleuse au travail d'équipe improvisé pour y parvenir.
Marco avait décidément un cœur d'or. D'humeur légère, il baissa la main pour laisser la source filer entre ses doigts, avant de taillader la surface d'un geste brusque, droit vers Marco. La gerbe d'eau heurta le jeune homme de plein fouet et Jean plongea sous la surface pour échapper à la contre-attaque.
D'un seul coup, il se retrouva hors du monde, les oreilles remplies des vibrations de la rivière et de rien d'autre, les paupières verrouillées, la peau caressée par le courant. Un instant hors du monde, un instant loin de toutes ses préoccupations sur la vie, la survie, la mort. Au lieu de se contracter sous la froideur, ses muscles filtraient l'eau pour s'en imprégner et se détendre, et son corps se laissait fondre dans le mouvement. Un instant de fuite inespéré.
Il relâcha brutalement la pression avec un long soupir, mais aucun son ne s'échappa de sa bouche. Seules ses épaules se décrispèrent sensiblement, et ce fut seulement à ce moment qu'il saisit à quel point il était tendu ces derniers temps. Il comprenait pourquoi Marco insistait autant pour prendre un bain désormais.
Il rejaillit quelques instants plus tard avec satisfaction, mais il n'y avait personne dans son champ de vision. L'inquiétude le saisit aussitôt à la gorge.
-Marco... ? Marco ? »
En réponse, deux mains se logèrent contre ses omoplates pour le propulser en avant, et il retomba dans l'eau avec un cri. Il se releva aussitôt et vira vers Marco, dégoulinant.
-C'est qui la méduse maintenant ? railla le coupable en plaquant ses cheveux noirs en arrière des deux mains, afin d'éviter des moqueries supplémentaires.
-Tch. »
À cette provocation, il laissa ses doigts courir le long de son cuir chevelu trempé pour y remettre de l'ordre. En rouvrant les yeux, il s'aperçut que Marco n'avait pas bougé d'un pouce, et le considérait toujours. Mais aussi l'air plus détendu d'un seul coup. Une sorte d'énergie puérile le faisait rayonner. Jean manqua de laisser un soupir vaincu s'échapper, avant de se ressaisir : il avait un honneur à préserver après toutes ces farces ! Pour le ramener à la réalité de leur candide affrontement, il le provoqua d'un ton narquois :
-Tu m'as l'air bien euphorique pour quelqu'un qui va boire la tasse dans deux secondes.
-Mmh ? Tu penses pouvoir me faire tomber à l'eau aussi facilement ?
-Amène-toi. »
Répondant à sa menace, Marco recula et se voûta légèrement, mains en avant pour se préparer alors que Jean l'imitait, sourire aux lèvres. La seconde suivante, Jean envoyait une gerbe d'eau à son visage. Son adversaire vira la tête sur le côté pour l'éviter et Jean profita de la diversion pour se jeter sur lui. Marco l'esquiva, se retourna et le saisit à l'épaule pour le plaquer contre lui et lui infliger une clé de cou.
-Chuis étonné que t'ais encore de l'énergie à revendre ! » s'exclama Jean.
Il grimaça en sentant son épaule se faire malmener, mais parvint à glisser sa paume entre son cou et le coude de Marco avant qu'il ne verrouille tout à fait. Il tira sèchement pour se dégager et profita du mouvement pour déséquilibrer son adversaire.
-Va dire bonjour aux poissons de ma part ! » ricana-t-il en saisissant Marco par l'arrière du crâne, pour le forcer à plonger dans une gerbe d'éclaboussures et d'éclats de rires.
Les techniques de Hansi se révélaient utiles dans des circonstances pour le moins inattendues.
-Ne sous-estime pas un grand frère ! » contra Marco en rejaillissant.
Jean sentit une poigne tirer d'un coup sec sur son bras et quelque chose percuter sa cheville, l'obligeant à plonger à la suite du jeune homme. Il disparut dans l'eau, plus préoccupé par les dires de Marco que par l'humiliation de sa chute.
Un grand frère, hein ?, songea-t-il alors que les bulles s'éparpillaient autour de lui. C'était la première fois qu'il mentionnait sa famille à Jean, et le jeune homme s'imagina instantanément une tripotée de gamins au visage couvert de tâches de rousseur qui le suivaient comme des poussins. L'image lui était venue avec un naturel surprenant. Bien sûr que Marco était un grand frère !
Il émergea avec une large inspiration, la tête en arrière, et constata que Marco avait fait de même un peu plus loin avant de se laisser partir à la dérive tranquillement, les incitant à prendre une pause dans leur jeu. Jean lui accorda cette retraite stratégique de bon cœur et partit s'adosser à la rive pour profiter du courant.
Il promena ses yeux sur les environs : le parterre de boutons d'or, les oiseaux qui commençaient à se calmer, les galets humides qui reluisaient, les nuages couleur corail... rien à signaler.
Il entendit le bruit de l'eau qui dégoulinait alors que Marco en perçait la surface pour se redresser. Il se tourna vers lui et se figea. Son œil d'artiste avait déjà eu l'occasion d'observer, mais seulement de loin. Là, Jean mesurait mieux la largeur de ses épaules, le trait taillé de ses abdominaux et les ombres qui soulignaient ses biceps. À cette distance, il pouvait enfin situer l'emplacement exact de la moindre de ses taches de rousseur. Il vit quelques gouttes glisser le long de sa gorge jusqu'au creux de ses clavicules, et il ne put en détacher son regard.
Ses doigts le démangeaient. Il ne savait pas s'il avait envie de saisir un crayon et d'imprimer cette image sur le papier, ou de tracer lui-même à la main les contours du jeune homme.
-Jean ? »
Les yeux de Jean bondirent vers le visage de Marco, si vite qu'il se fit mal au cou, le rouge se répandant sur ses joues. Le regard de Marco était intrigué, un peu inquiet (il avait dû l'appeler plusieurs fois déjà), et...timide ?
L'adrénaline le fit réagir immédiatement. Il rejoignit Marco en deux foulées et claqua sa main sur son épaule, avant de la retirer et d'envoyer une pichenette sur sa paume aussitôt après.
-Moustique. éluda-t-il, car il ne se sentait pas capable de formuler une phrase cohérente.
-Oh. Merci. »
Jean se contenta de hausser les épaules et retourna dans l'eau jusqu'au cou et se laissa porter par le courant, priant pour que son comportement ait paru naturel au jeune homme. Il avait envie de se claquer le front, mais se retint. Plus indiscret, tu meurs ! Marco avait probablement déjà compris qu'il avait passé trente bonnes secondes à le reluquer ! Un râle mental de détresse l'envahit, qu'il ressassa un bon moment.
Dans son trouble intérieur, il remarqua à peine le petit rire timide de Marco, mais l'entendit au moins l'appeler :
-Jean, j'ai trouvé un poisson ! »
Interdit, l'interpellé se retourna vers Marco, qui brandissait fièrement son trophée de pêche, qui gesticulait comme un forcené sans parvenir à échapper à sa poigne.
-Qu-... Comment t'as réussi à choper ça ?! s'écria Jean, interloqué.
-Il m'a foncé droit dessus, j'ai juste eu à ouvrir les mains ! Je le garde, ou... ? »
Jean haussa un sourcil.
-Jette-le sur la rive, ça fera toujours des protéines.
-Ouais, bonne idée ! » s'emballa Marco en balançant le poisson loin de son habitat naturel.
Jean garda les yeux rivés sur Marco quelques secondes, le temps d'étudier la position qu'il prenait pour capturer ses futurs prisonniers. Il s'immergeait jusqu'aux épaules, les bras en avant, et s'immobilisait pour épouser le courant. Jean repéra une tâche de couleur grise qui se dirigeait droit sur Marco, ignorant tout du traquenard vers lequel il s'engageait. Telles des mâchoires infernales, les mains de l'aspirant pêcheur se refermèrent sur le nageur infortuné, qui se tortilla avec l'énergie du désespoir pour regoûter à la liberté... ! Il y parvint et fendit les flots loin du prédateur.
À la mine déconfite de Marco, Jean, lui, se fendit la poire. Le jeune homme avait l'air déçu des suites de son échec : il se gratta la joue, dépité, avant de se remettre en position. Cette fois-ci, Jean l'imita. Genoux fléchis, coudes scellés mais suffisamment espacés des épaules, les mains peut-être un peu trop tendues, mais les truites n'y verraient que du feu.
Lorsque l'une d'entre elles lui échappa des mains, faute de vivacité de sa part, il comprit qu'il avait sous-estimé la capacité d'observation du peuple aquatique. Frustré, il tourna la tête vers Marco qui faisait jaillir sa deuxième prise hors de l'eau. Il devinait le retour de la lueur de défi dans son propre regard, et retourna à son poste... se fustigeant en s'apercevant qu'il avait bougé tout du long, et donc indiqué sa position à la poiscaille !
-T'es adorable quand tu t'acharnes, ça se voit que t'y connais rien, commenta Marco d'un ton attendri. Décidément, toi et les animaux, c'est pas le grand amour. »
Tirant un trait définitif sur son projet de pêche, il pivota vers son voisin alors qu'il extirpait son troisième trophée. La surprise de ce qu'il venait d'entendre balaya la moindre once de jalousie quant au succès de Marco. A-Adorable ?
La troisième carpe ne finissait pas de sautiller sur la terre ferme que Jean fixait encore Marco, incapable de déterminer quelle tronche il tirait. Il aurait voulu que quelque chose en lui se débloque, parte à la dérive, emporté par le courant qui battait sur ses jambes, mais rien. Son cerveau se heurtait en boucle sur le même rocher, ce fichu mot inexplicable. Ses pieds demeuraient fermement campés dans la vase et il dévisageait un Marco de plus en plus écarlate.
Il voulait se racler la gorge pour dire n'importe quoi, prononcer un charme, une obscure incantation ou il ne savait trop quoi qui les avancerait, car Marco le scrutait les yeux grand ouverts. Il s'imaginait presque le voir frémir de là où il était, et Jean voulait lui venir en aide mais il n'arrivait même pas à s'éclaircir la gorge.
-Je... s'essaya Marco d'une voix blanche.
-Bon, les gars, ça fait dix minutes, là ! Magnez-vous, on y retourne ! »
La voix de Ruth retentit dans les airs, tranchant l'atmosphère et leur paralysie mutuelle. Marco regagna la rive en deux brasses, laissant Jean à sa perplexité quelques instants avant qu'il ne le suive. Les deux baigneurs renfilaient distraitement leurs vestes et leurs pantalons (ils sécheraient bien assez tôt grâce à la canicule), alors que Ruth se penchait au-dessus des trois merlans d'un air appréciateur.
-Pas mal. »
Et sur ces mots, elle entama la marche du retour, les poissons et les boissons plein les bras. Jean n'eut même pas de quoi proférer une insulte des plus raffinées pour la jeune femme au comportement insupportable – elle partait alors qu'il n'avait pas encore fini d'enfiler ses bottes ! –, il se contenta de terminer en vitesse, puis trottina à la suite des deux tributs du District Neuf pour les rattraper.
Marco avait proposé son aide à Ruth : il transportait désormais les poissons qu'il avait pêchés, marchant aux côtés de sa partenaire. Jean derrière.
Il avait l'impression d'avoir toujours la gorge nouée, qu'aucun son ne pourrait sortir, mais il choisit de ne pas s'en affoler plus. Il n'avait rien à dire de toute façon.
…
-C'est Sasha et Franz. »
Suite aux paroles d'Annie, le cerveau de Bertholt se mit à turbiner à toute allure. À peine ses pensées avaient-elles le temps de saisir et de comprendre la multitude de notifications qui s'affichaient, que de nouveaux signaux d'alarme retentissaient. La machine surchauffait, puisait sans précaution dans les ressources à disposition : calories, sang, oxygène. Son cœur battait la chamade au rythme du défilé infernal.
Devant lui, le teint de Christa prenait des nuances plus pales encore qu'un cadavre. Simple appréhension, ou anticipation comme les horreurs que ses méninges lui hurlaient ? Même la mâchoire d'Ymir se crispait. Dans ce qu'il ressentit comme un virage serré, son cou pivota vers son voisin les yeux de Bertholt n'abandonnaient pas leur quête d'espoir. Reiner ne regardait pas dans sa direction, trop affairé à guetter depuis le hublot malgré tous les défauts d'un tel poste d'observation. Il serrait les poings, ses jointures aussi livides que le visage de Christa.
Simple appréhension ou anticip- non, Bertholt ne voulait plus se poser la question.
D'autres sirènes résonnaient. Qui disait Sasha et Franz, disait Conny et Hannah : ils avaient probablement affaire à une alliance de taille, et peut-être mieux organisée qu'eux… Ces quatre-là venaient de districts ruraux, ils connaissaient bien mieux la forêt que les tributs des District Un et Deux (même Ymir était habituée à un centre urbain, celui des carrefours agités du District Six). Sans compter que Sasha était avec eux, et que tous avaient eu vent de ses compétences de survie en zone forestière. Sur ce point, les Districts Dix, Onze et Douze se révélaient plus avantagés qu'à première vue.
Dans ce cas, leurs adversaires préparaient sûrement un guet-apens qui se refermerait sur eux à la tombée de la nuit, une fois qu'Annie ne pourrait plus les surveiller.
Annie ! Elle ne disait rien, allait-elle bien ? Certes, elle devait rester silencieuse mais peut-être avait-elle un problème… elle était toujours là, derrière le bois, non ?
Un boulon du mécanisme lâcha et se projeta contre la paroi de son crâne d'où il sentit une douleur aiguë s'intensifier. Par réflexe, il y porta sa main et le lugubre chant strident d'une alarme rappliqua. S'ils s'en prenaient d'abord à Annie sans faire de bruit, ils pourraient les attaquer par surprise. Ymir avait encore besoin de deux bons jours de repos avant de convenablement se défendre, ils en viendraient à bout. Ils se jetteraient à deux, voire à trois, sur Reiner et le supprimeraient sous les yeux terrorisés de Christa. Après quoi, elle n'offrirait plus la moindre résistance et ils n'auraient qu'à lui trancher la gorge. Et lui ? Où est-ce qu'il se trouverait dans tout ça ? Avant ou après Reiner ? Il redoutait d'assister, impuissant, à la mort de ses plus proches alliés. Et Annie ? Il la verrait mourir, il la verrait s'en aller alors qu'ils ne se séparaient jamais ? C'était comme si on enfonçait une vis dans sa boîte crânienne, il serra les dents pour atténuer la douleur de la migraine.
Annie. Il ne pouvait pas la laisser toute seule.
Du mieux qu'il put, il mit en veilleuse les sirènes et commanda à son corps d'avancer. Après un délai intenable, la machine se consacra à sa nouvelle tâche, puis s'exécuta en bonne et due forme. Or, Bertholt avait à peine effectué le moindre pas qu'une main empoigna son épaule. Rompant lui aussi l'immobilité impuissante qui les étouffait, Reiner le retint.
Cette fois, il le regardait. Les sourcils froncés, l'air sévère, mais inquiet. Bertholt ne devait pas avoir une mine rassurante : il transpirait, une foreuse démolissait son crâne, et son cœur tambourinait à en percer sa cage thoracique pour foncer porter secours à Annie. Reiner le considérait comme s'il allait bientôt s'écrouler. Maintenant qu'il y songeait, il lui semblait bel et bien que ses jambes s'effondraient…
Non, c'était parce que Reiner, qui le tenait désormais par les deux épaules, l'encourageait à s'asseoir d'une pression ferme mais non moins rassurante. Ravi que quelqu'un prenne les commandes pour lui, Bertholt lâcha prise et ils s'assirent en même temps.
Les murs de bois réceptionnèrent son fessier et le bas de son dos, puis il rapprocha ses genoux le plus près possible de son torse, les ceinturant de ses bras. Enveloppé ainsi, il avait l'impression d'être en sécurité quand il refermait son corps, on comprenait qu'il demandait un instant de paix, alors les alarmes baissaient d'un ton.
Il ne décrochait pas ses yeux de Reiner, et lui non plus d'ailleurs. Une main toujours sur son épaule, il l'examinait encore. Pourtant Bertholt était déjà assis, il ne risquait plus de s'effondrer. Il s'essaya à un sourire pour le rassurer mais, comme l'expression de Reiner ne changeait pas, il en conclut qu'il manquait trop de conviction. Après tout, Annie était en danger, juste à côté. Depuis combien de minutes n'avait-elle pas donné de signe de vie ?
Il ouvrit la bouche pour implorer Reiner d'aller l'aider, mais ce dernier le coupa en lui signalant de se taire, un doigt devant les lèvres. Du menton, son voisin pointa en direction d'Ymir et Christa. Bertholt détacha donc son regard de Reiner pour le reporter vers les deux jeunes femmes, à présent assises elles aussi. Alors, il valait mieux qu'ils restent tous à couvert ? Reiner et Ymir s'échangèrent un hochement de tête entendu. Quelques minutes auparavant, ils s'étaient jaugés les uns les autres, désormais même leurs respirations s'alignaient. Et Annie, pouvaient-ils vraiment la laisser seule ?
Pourquoi l'avait-il laissée partir comme ça ? Parce qu'il avait retenu Reiner.
Le tribut blond fixait la porte, il s'inquiétait pour la martialiste mobilisée à sa place. Ymir entourait Christa de ses bras, comme un précieux trésor. Au moins, la demoiselle reprenait des couleurs, une main sur le poignet de la plus grande et les yeux clos. Le tableau apaisa quelque peu Bertholt, même Reiner semblait égayé.
Comme Annie quand elle essayait de se détendre, le blond bascula la tête en arrière, le regard fixé au plafond quelques secondes avant de se tourner vers le brun qui le dévisageait. Au lieu de cligner d'un air interrogateur, comme ceux d'Annie le feraient, les yeux de Reiner s'agitèrent, scannant tous les coins de la pièce à la recherche d'un appui où se poser. À l'évidence, Bertholt ne pouvait pas appliquer toutes ses clés de lecture, acquises grâce à Annie, sur Reiner et cela l'amusait : il était sa propre énigme avec ses propres codes secrets. Le brun souhaitait bénéficier du temps nécessaire à en percer quelques uns. Mais il leur faudrait survivre.
La sinistre pensée avait dû lui arracher un tressaillement, car la main de Reiner quitta son épaule et vint se poser sur sa tête. Puis, il lui frotta les cheveux comme il l'avait souvent fait à Eren durant leurs entraînements. Leur téméraire associé lui manquait-il ? Bertholt apprécia malgré tout le toucher des doigts qui filaient entre ses cheveux, un fugace massage qui soulagea sa migraine durant une agréable poignée de secondes. Une fois que Reiner eût écarté sa main, Bertholt se promit de le remercier, peu importe le déroulement de la soirée. En attendant, ils s'échangèrent un sourire.
Ce fut dans un bruissement de feuilles qu'Annie reparut. Les deux autres femmes cinglèrent leur tête vers leur coéquipière et Reiner se raidit, prêt à se redresser et entamer l'offensive. Quant à Bertholt, il relâcha ses genoux avec panique, son centre de gravité vira de bord : s'il ne s'était pas tenu assis, il se serait emmêlé les pinceaux dans ses propres jambes. Annie n'affichait aucune blessure, alors il retrouva son souffle ses épaules baissées indiquaient tout son apaisement, alors il put enfin faire le vide dans sa tête.
-Ils sont partis vers le Sud il y a plusieurs minutes, les informa-t-elle. Ils doivent être suffisamment loin pour relâcher la garde. On doit juste éviter de patrouiller ce soir. On pourrait toujours tomber sur eux »
Les cris des alarmes se noyèrent dans le rapport de la jeune fille. Bertholt recouvrait tous ses sens au fur et à mesure il se cogna au plafond en se redressant mais n'en avait cure, il lui semblait surtout que la fraîcheur bienvenue de la soirée ne se manifestait qu'à présent. Tous se relevèrent, ils partageaient la même délivrance, le même sourire fin mais sincère. Et Annie était en un seul morceau !
Bertholt brisa le sceau suffocant de l'immobilité et se précipita vers son amie… avant de se rappeler qu'elle n'aimait pas être saisie à bras-le-corps ! Il freina donc pile devant elle, se rattrapant de justesse en balbutiant un mélange d'excuses et d'explications auquel il ne comprenait rien lui-même. Mais, toujours aussi patiente avec lui, elle le considéra comme si elle décortiquait un hiéroglyphe, confuse mais à l'écoute, rassurée de le rassurer.
-T'es bien sûre qu'ils ne t'ont pas vue ? » s'inquiéta Reiner en s'approchant à son tour.
La venue de l'autre tribut rasséréna Bertholt, qui s'arrêta enfin de bafouiller. À la question du jeune homme, Annie commença par opiner avant de clarifier :
-Ils se souciaient plus de ce qui se trouvait en bas qu'en haut. Je crois qu'ils chassaient.
-Ils avaient du gibier avec eux ? »
Annie acquiesça de nouveau.
-Beaucoup ? pressa Reiner.
-De quoi nourrir une petite famille.
-Reiner, intervint Bertholt d'une voix soucieuse, tu penses que Conny et Hannah sont avec eux ?
-Ouais, à ce stade, le contraire m'étonnerait. Pendant l'entraînement, Conny et Sasha étaient tout aussi inséparables que Franz et Hannah.
-Oui, c'est ce que je me disais aussi… marmonna le brun pour lui-même mais Reiner tourna la tête vers lui, indiquant qu'il l'avait bien entendu.
-En tout cas, avec autant de butins de chasse, ils sont certainement plus que deux, énonça Annie.
-Mais il n'y a pas de risque qu'ils reviennent pour une offensive nocturne ? »
La question de Bertholt marqua un temps de pause dans leur échange. Annie ne broncha pas mais resta muette, Ymir baissa le menton, pensive, Christa et Reiner s'échangèrent une œillade furtive avant de détourner le regard, l'air fautif tous les deux.
-Je ne pense pas, déclara Annie en rompant le silence. Comme je disais, ils étaient plus préoccupés par leur dîner que par leur reconnaissance en périmètre inconnu. Ils n'ont rien vu.
-Et même s'ils avaient vu quelque chose, ils attaqueraient pas, intercéda Ymir. Croyez-moi, j'ai un peu côtoyé les spécimens et ils étaient pas du genre à s'en prendre aux autres. Ils vont surtout jouer la survie à fond, mais ils agresseront personne.
-Tu les as côtoyés ? répéta Reiner, si intrigué qu'il en devenait méfiant.
-Mouais, j'ai fait un peu de repérage avant les Jeux, avoua la jeune femme dans un soupir alors qu'elle joignait les mains derrière sa nuque. Je me suis dégotée un réseau de contacts pas piq- ouCH ! »
Elle se pencha et porta ses mains à ses côtes, en réprimant un grognement endolori : elle devait encore attendre avant de faire trop de mouvements amples. À côté d'elle, le regard soucieux de Christa se transformait de plus en plus en une mine joviale, et bientôt elle se mit à pouffer.
-T'es vraiment… incorrigible ! »
Elle peina à articuler, prise par des soubresauts enjoués qui se muaient en éclats de rire. Guettant plus d'informations chez ses camarades, Bertholt détailla tour à tour Annie, puis Ymir, puis Reiner. Ce dernier ouvrait grand les yeux comme s'il se retrouvait face à un fantôme.
-Ben qu'est-ce qu'il lui prend à celle là ? » s'étonna Ymir dans un large sourire.
Tout comme les garçons, elle n'y comprenait rien, ce qui apaisa Bertholt. Au final, ce devait être une simple réaction nerveuse : Christa relâchait toute la pression emmagasinée comme elle pouvait et plongeait dans une phase euphorique touchante. Il sentait les commissures de ses lèvres se redresser et même Annie esquissait un timide sourire. Seul Reiner demeurait abasourdi.
Ymir saisit l'épaule de sa voisine et la rapprocha d'elle dans une vive étreinte, frottant sa joue contre le cuir chevelu de la demoiselle dont le rire s'intensifiait, sûrement à cause des chatouilles.
-Moi aussi, Christa ! tonitrua-t-elle. (Elle faisait semblant d'être au bord des larmes.) Moi aussi j'ai adoré ce précieux moment d'intimité avec toi ! Laisse donc éclater ta joie ! »
La câlinée essayait de se justifier, mais aucun son compréhensible ne sortit de sa bouche. Pour toute réponse, elle posa les mains sur le coude de son affectueuse geôlière, se cramponnant du mieux qu'elle pouvait alors que des larmes de rire commençaient à poindre. À cette vue, Reiner se dégagea de sa torpeur et s'avança vers elles, bras croisés.
-Ymir, attention. Tu vas finir par la blesser, la réprimanda-t-il d'un ton froid.
-Oh ça va, elle est pas en sucre non plus ! »
À ces mots, Ymir reprit de plus belle, arrachant toute une gamme de pouffements à la plus petite. Cependant, leur nouvelle coéquipière et Reiner continuaient de se fixer et, d'un coup, il n'était plus question d'un simple câlin. Bertholt vit Annie se raidir à côté de lui, et il reconnut avec horreur la même tension qu'avant leur incident qui se réinstallait. Christa s'arrêta de rire.
Bertholt brûlait d'aller vers Reiner, de le dissuader d'empirer les choses en l'éloignant d'Ymir. La jeune tribut devait pourtant savoir qu'elle jouait avec le feu, à serrer Christa d'aussi près sous les yeux de celui qui se méfiait le plus d'elle ! Sauf si elle avait une idée derrière la tête, mais pouvaient-ils lui faire confiance ? Le brun ne connaissait pas assez Ymir pour la calmer, et il ne pouvait pas intervenir auprès de Reiner quand il s'agissait du bien-être de Christa. Dans ces moments, le blond devenait quelqu'un d'autre. Un Reiner qu'il ne connaissait pas.
Ou bien devait-il faire comme Annie qui se rangeait toujours du côté du blond, qu'il se comporte comme leur camarade ou un garde du corps expérimenté ? Les épaules de son amie se redressaient, à l'affût. Il dut lutter afin de ne pas copier sa position Ymir était très attentive aux langages corporels d'autrui, et avec Christa sous son coude, tout pouvait escalader trop vite si elle s'estimait en danger ! Elle ne devait surtout pas croire qu'ils se dressaient tous les trois contre elle.
Bertholt reporta son attention sur Christa (la plus à même de raisonner Reiner à présent) qui essayait de se détacher de l'emprise d'Ymir, mais sans grande conviction. Plus discrète que la brise de début de soirée, elle cherchait à s'évaporer des bras de la plus grande. Ymir s'en aperçut, cessa de fixer Reiner pour jeter un coup d'oeil à Christa et desserrer son étreinte, avant de relever le menton vers Reiner… et Bertholt ? Ses babines affichaient un sourire narquois, qui ne disait rien qui valût au jeune homme.
-Relax, on célèbre juste tendrement notre soulagement, hein Christa ? (Elle vira son regard sur sa captive qui acquiesçait, l'air perplexe, avant de refaire face au blond.) Mais si ça te contrarie alors, promis, j'lui fiche la paix !
« Franchement, Reiner, t'es quand même vache… poursuivit-elle d'un ton mielleux. J'vous signale que moi, j'ai rien dit sur votre grand moment de promiscuité, les gars ! »
Il aurait dû s'y attendre, pourquoi ne s'y était-il pas attendu plus tôt ? Ymir dissipait la tension en déviant le sujet de la conversation, mais ce nouvel aiguillage n'inspirait pas de bons augures à Bertholt. Sa gorge se serra quand Reiner pivota la tête vers lui, les yeux animés par une lueur égarée.
-Notre- quoi ? » lâcha-t-il d'une voix absente.
Vite ! Bertholt fouilla du regard les recoins de la pièce, il lui fallait juste une faille, un trou, quelque part où se cacher car il ignorait comment disparaître sous terre et les joues de Reiner prenaient la même teinte que le ciel, mais il ne repéra rien, alors il commença à agiter les bras comme un gallinacé qui tentait de s'envoler, ce qui ne manqua pas de divertir Ymir qui s'esclaffa pendant que Christa souriait, donc Reiner entreprit de résoudre le malentendu en expliquant qu'elle racontait n'importe quoi, que ses blessures lui causaient des hallucinations, et il jetait des coups d'oeil inquiets, implorants même, à Christa qui se contentait de le regarder creuser sa tombe, compatissante mais acceptant de bon cœur le rôle de complice officielle d'Ymir, alors Bertholt voulut lui venir en aide, mais il se retint d'y aller car cela les desservirait plus qu'autre chose et sollicita l'aide d'Annie à la place.
Elle cilla dans un singulier mouvement de tête. Oh non. Oh si, elle agita la main et entama un demi-tour. Pas maintenant. Elle s'avança vers le rideau. Elle souhaitait sûrement continuer un peu la confection de l'entrepôt avant la tombée de la nuit, mais elle choisissait le pire moment pour le laisser en plan. Ou alors elle le délaissait parce qu'elle consentait à participer à la boutade d'Ymir, elle aussi… Certes, elle aimait bien taquiner Reiner mais lui, elle devait savoir qu'il ne raffolait pas d'être au centre de l'attention comme ça !
-Anniiie… » se morfondit-il en la voyant disparaître derrière les feuilles.
Elle le connaissait bien et, quand il s'agissait de plaisanter, attendait les moments cruciaux pour l'abandonner et le laisser dans la panade. Mais, après un tel début de soirée, Bertholt n'avait pas trop envie de rire.
…
Après avoir soigneusement colorié la journée de nuances ombragées, la côte rocheuse s'était mise à déborder à la tombée de la nuit. La délicate courbe sombre qui avait progressé au ras du sol, glissant sur les sentiers, foulant l'herbe, recouvrant tout obstacle sur le canevas de l'arène, s'était évanouie dans le noir de la nuit. Anéantie par un ton plus fort, si fort que rien ne lui résistait. Il teintait tout d'un pigment obscur et froid, et même Eren peinait à reconnaître ses mains.
Mikasa se retourna dans son sommeil – ou son éveil, il hésitait encore – derrière lui, près de la paroi de la grotte. Leur nouvelle cachette se situait encore plus au Nord, là où ils n'avaient pas croisé de Titans (hormis une fine poignée de gigantesques âmes égarées) : une cavité creusée dans un relief rocheux, trop petit pour une montagne et trop escarpé pour une colline. Au petit matin, ils avaient quitté le lit asséché de la cascade, pour le plus grand bonheur du jeune homme dont l'endroit évoquait de sinistres souvenirs. Comme d'habitude, il avait laissé tout le boulot à Mikasa.
Il se leva, bondit hors de la plateforme sur laquelle il s'était hissée, et s'installa sur un large rocher afin d'observer sous un nouvel angle. Bouger ainsi lui évitait de succomber à la fatigue, et il était hors de question d'exiger le remplacement de Mikasa !
Il se chargerait de la totalité de la garde pendant qu'elle récupérerait, puis il reprendrait la route afin de profiter des avantages offerts par la nuit. Il lui devait bien ça. ''Il lui devait bien ça'' : il n'arrêtait pas de se le répéter mais, au final, il ne faisait rien pour elle. Il essaierait d'être moins un boulet que d'habitude en veillant en bonne et due forme, sans s'égarer dans le brumeux état apathique qu'il appelait désormais ''sommeil'' à défaut de vraiment réussir à dormir.
Le lendemain, ils entameraient le cinquième jour. Trois jours qu'il n'aurait pas rêvé, mais son corps ne se fatiguait pas, alors aucune raison de s'affoler.
Il reconnut la silhouette de la jeune femme qui s'aventurait hors de la caverne. Elle n'avait même pas besoin d'avancer à tâtons, elle voyait dans le noir comme un chat. Elle allait tout juste se poster à côté de lui qu'il la grondait déjà :
-Hé, retourne te coucher, t'en as besoin ! Je peux gérer. »
Elle tourna la tête vers lui mais, à cause des pigments nocturnes, il ne sut trop quelle tête elle tirait.
-Tu n'as rien mangé. » le gronda-t-elle en retour.
Son bras pointa en direction du pot, encore plein de viande de lièvre, qu'il avait laissé sur la plateforme.
-Tu m'avais promis que tu en mangerais petit bout par petit bout, pendant ta garde, poursuivit-elle, l'inquiétude résonnant dans chaque syllabe. Mais tu n'y as toujours pas touché.
-Désolé. Mais j'y peux rien si j'ai pas faim. J'ai pas besoin de manger en fait, j'ai encore plein d'énergie à revendre. Faut en garder pour les moments où on sera épuisés, ce serait du gâchis de manger maintenant.
-Ça pourrira si tu ne manges pas vite. Et là ce sera du gâchis, rétorqua-t-elle d'un ton catégorique.
-T'as qu'à la manger demain matin avant de partir en reconnaissance. Ça te nourrira bien et ça, ça nous évitera le gâchis. »
La silhouette de Mikasa baissa la tête et il se retint de soupirer. Il avait beau éviter d'être un poids, il trouvait toujours le moyen de l'attrister ! La routine la réconfortait toujours, donc, puisque jadis c'était elle qui lui donnait sa part de viande, le changement soudain la tracassait. Assez pour qu'elle se réveille en pleine nuit, dans l'espoir de le revoir manger de la viande de bon cœur.
-… enfin, s'il en reste demain. Peut-être que j'aurai tout mangé d'ici là, j'sais pas. On verra si j'ai faim, ajouta Eren à voix basse. Va dormir. »
Par bonheur, elle n'insista pas plus et s'éclipsa, montrant qu'elle acceptait ce maigre compromis. Eren lui murmura un « Bonne nuit » qu'il n'entendit pas – il avait ouvert la bouche et il avait senti un son en échapper – au même titre que la réponse de Mikasa. Elle, non plus, n'avait pas entendu. Pourtant, il ne pouvait pas être plus sincère il en avait assez de lui causer du souci et se morfondrait d'autant plus si cela l'empêchait de dormir, si cela la mettait en danger.
Tuer les autres tributs faisait partie du contrat depuis le début, il fallait qu'il se reprenne et qu'il se batte pour sa survie avant que quelque chose n'arrive à Mikasa.
Il se redressa et planta fermement ses pieds sur la roche, ancrant sa présence dans ce nouveau lieu. Une large cavité qui ressemblait trop à leur précédent repère pour chasser le souvenir de sa pathétique interaction avec un Titan. Il avait appris à les affronter, puis en avait confondu un avec un humain ! Une faute que même un débutant n'aurait pas commise ! Comme la vallée escarpée à la tombée de la nuit, les précieux entraînements de Mike disparaissaient, engloutis, signant l'échec d'Eren d'un sceau crépusculaire.
Il n'avait plus de raison d'être là, plus de raison de gagner. Il avait oublié comment être un tribut.
Génial, le spectacle que Mike avait sous les yeux… ! Certes Eren avait exigé qu'il les regarde, mais à présent il espérait que son instructeur avait la tête ailleurs : quand on n'avait jamais failli devant un Titan, au point de passer ses Hunger Games à leur faire la peau, on n'assumait pas trop la honte de voir son successeur se dégonfler !
Une tâche de lumière se frayait un passage à travers l'opacité des flots nocturnes. En plissant les yeux, Eren reconnut une luciole, alors il scanna les environs mais ne repéra pas d'essaim elle faisait cavalier seul. En toute logique, la lueur d'un seul insecte ne brillerait jamais assez pour attirer son regard : Eren s'imaginait la lumière, des formes et des silhouettes autour de lui. Il se faisait encore des films.
Des films où il entendait la voix de son instructeur lui rappeler qu'il devait canaliser son énergie, qu'il en avait à revendre et que cela lui servirait pour les Jeux, mais qu'il avait tendance à la laisser tourbillonner autour de lui jusqu'à ce qu'il en perde le contrôle. Il pouvait déchaîner toute une tempête, à condition d'être dans l'œil du cyclone. Il croyait avoir appris comment, après un mois d'entraînement…
Il n'atteindrait pas le niveau de Mike. Alors qu'il désirait tant l'imiter et n'avoir qu'à se préoccuper des Titans, au lieu de massacrer ses anciens camarades ! Des jeunes de son âge. Est-ce que Mike avait porté toute son attention sur les Titans dans le seul but de fuir les affrontements sanglants ? Cela ne lui ressemblait pas. Il avait joué à sa manière, gagnant grâce à son don, sans œuvrer activement à un moyen de stopper la machine meurtrière. Mais il leur avait bel et bien prouvé qu'ils pouvaient survivre sans s'entre-tuer !
Une cavalcade de pensées cascada en Eren. Non ! Il porta une main à son front pour se ressaisir, laissa son dos glisser le long de la paroi rocheuse, et s'assit. Œil du cyclone. Garder son calme. « Canalise ton énergie. » énonçait Mike. Réfléchir tranquillement. Efficacement.
Si Eren ne se focalisait que sur les Titans, comme Mike, il n'aurait pas à tuer les autres, mais à terme cela n'arrêterait pas le cours des Jeux. Pour freiner le mécanisme, il fallait plus d'un grain de sable dans l'engrenage.
Au lieu de survivre aux autres, ils devaient tous survivre aux Titans.
Ils pouvaient faire ça, pas vrai ? Décider de tous faire la paix et de rester en vie en n'achevant que les Titans, jusqu'à ce que le Capitole perde patience et annule ? Ça pouvait marcher, non ?
« Je pense que le seul vrai moyen de régler un problème, c'est en discutant. Se battre, ce n'est qu'une solution de facilité provisoire. » lui avait dit Armin, une fois… il ne savait plus quand exactement, sûrement après qu'Eren (enfin, Mikasa surtout) ait flanqué une bonne raclée à ses persécuteurs quotidiens… et voilà qu'il s'en rappelait. Ou alors il avait tout inventé et continuait de se faire des films.
Quand bien même il s'agissait d'un souvenir fabriqué de toutes pièces, il en avait besoin. Autrefois, il fonçait dans le tas sans réfléchir car la force de frappe de Mikasa lui donnait confiance. Désormais, il se fustigeait de dépendre d'elle et de la mettre en danger sans arrêt, encore plus de se servir d'elle comme une arme de dissuasion face à leurs anciens camarades.
« La loi du plus fort est injuste… du moins trop primaire ! » Dans ce cas, il leur fallait un nouveau but commun, rejeter la règle fondamentale du massacre jusqu'au dernier survivant. « Je trouve que les humains valent mieux que ça… » Ils étaient toute une troupe de fiers combattants, entraînés pendant un mois par des vétérans tout droit revenus de l'enfer. À eux, ils pourraient changer la donne !
Œil du cyclone. D'abord, bien s'organiser et faire les choses méthodiquement, efficacement. À l'approche de l'orage, les fourmis s'agitaient et Eren dut détendre ses jambes. Une seconde plus tard, il se remit debout et escalada la roche. Changer de poste lui apporterait un nouvel angle.
Lorsqu'il lui annoncerait son dessein, Mikasa aurait des réticences, il ne pourrait pas y couper. Mais il savait qu'il pouvait compter sur son soutien, tôt ou tard. Reiner, Annie et Bertholt ne seraient pas les plus compliqués à rallier étant donné leur affinité avec Eren. Et si Reiner marchait, alors Christa suivrait. Franz, Hannah, Conny, Sasha et Marco se rangeraient à l'avis de la majorité. D'autant plus s'il était question de conserver leur camaraderie : ils étaient les plus sociables ! Quant à Ymir, Jean et Ruth… pour l'heure, il ferait confiance à leur bon sens.
Le fourmillement persistait alors Eren changea à nouveau de poste, en dévalant la bute rocheuse puis bondissant jusqu'à la plateforme où il avait commencé sa garde. La 104e édition se distinguait par les liens forts noués entre les tributs au cours des entraînements… ils pouvaient le faire ! Ils pouvaient tous s'allier, arrêter de s'affronter, boycotter les Jeux tous ensemble en attendant que le Capitole déclare forfait !
L'odeur de lièvre bouilli chatouillait ses narines mais il se concentrait surtout sur sa mémoire, qui cherchait à mobiliser des informations précieuses. Personne n'avait jamais essayé avant eux, n'est-ce pas ? Bertholt, Marco ou Minha n'en avaient jamais parlé en tout cas… Dans ce cas, ils seraient les premiers à le faire ! Eren entraînerait les moins adeptes à la tridimensionnalité (il solliciterait sûrement l'aide de Mikasa, Reiner, Annie et Bertholt) : désormais, il restait suffisamment d'équipement pour tout le monde au bunker !
La perspective de la minutieuse marche à suivre, le temps de rallier tous les survivants, lui arracha un déplaisant gargouillis. Sans plus attendre, il saisit un morceau de chair à main nue et mordit dedans. La viande était tiède et sans saveur, mais elle lui donnerait des forces et il ne demandait rien de plus. Immobiles, les Titans ne représentaient pas de danger durant les gardes nocturnes, ce qui lui permit de plus se pencher sur ses calculs.
Dans ce genre de circonstances, il aurait presque souhaité avoir Armin à ses côtés… la violence des Hunger Games lui fit vite reconsidérer.
Il se lécha le doigt, le regard fixé sur son objectif : rassembler les tributs restant contre les Titans. Après quoi, il faudrait tenir le coup face aux nombreuses embûches que le Capitole orchestrerait pour briser les candidats. Il s'agirait de l'avoir à l'usure. Pour les deux camps. Il fallait juste que les tributs tiennent plus longtemps, et le tour serait joué. Ils l'emporteraient par la simple force de leur insubordination, ils ne se blesseraient plus et rentreraient tous vivants. Peut-être remettraient-ils en question l'utilité – voire l'existence même ! – des Jeux.
Ainsi concentré sur un point fixe, il vit une timide balle de lumière virevolter. D'autres lucioles avaient rejoint la première et l'essaim entamait son regroupement.
Votes du Public – Résultats du Quatrième Jour :
1. Mikasa Ackerman – District Douze : 20, 1 %
2. Annie Leonhardt – District Deux : 15, 3 %
3. Ymir – District Six : 14, 1 %
4. Reiner Braun – District Un : 10, 5 %
5. Sasha Braus – District Dix : 9, 4 %
6. Jean Kirschtein – District Sept : 8, 2 %
7. Christa Lenz – District Un : 7, 1 %
8. Ruth D. Kline – District Neuf : 6, 1 %
9. Marco Bodt – District Neuf : 4, 2 %
10. Bertholt Hoover – District Deux : 1, 5 %
11. Conny Springer – District Huit : 1, 3 %
12. Eren Jäger – District Douze : 1, 2 %
13. Franz Kefka – District Onze : 0, 54 %
14. Hannah Diamant : District Onze : 0, 46 %
… ( ) …
C'était le Beach épisode !
