On était rien que des gosses
OST SNK qui se prêtent bien à l'ambiance =
Nowhere to Go -
- Symphonicsuite Attack on Titan (Wmid) -
- Shingeki Vn – Pf 20130524 Kyojin -
- So Ist Es Immer -
- The Dogs -
- From You, 2,000 Years Ago -
… ( ) …
New Year, New JMIHG !
… ( ) …
Le Nord. Toujours vers le Nord. Continuer à grimper, voûtés sur les pierres, arc-boutés sur leur fatigue. Le soleil mourant avait déposé une fine couche de chaleur sur la nuque d'Eren, qui le pressait contre la pierre et la mousse. La corne de ses mains empêchait ses nerfs de faire leur travail, il ne captait presque plus rien sous ses doigts.
Il se hissa sur le plateau qu'ils visaient depuis une heure, et qu'il avait fixé avec la crainte de le voir disparaître sous ses yeux d'un moment à l'autre. Mikasa lui tendit une main pour l'aider. Il hésita mais finit par la prendre.
Une brise sèche frappa son visage et il se retourna pour détailler du regard la vallée devant eux, le souffle court. La forêt était interminable et dense, trouée de clairières qui avaient l'air de s'effondrer sur elles-même et sur leur gris plus clair. Il distinguait à peine le bunker.
-Regarde, les arbres géants. » pointa Mikasa.
Eren tourna à peine la tête, et les immenses troncs le saluèrent, oscillant au rythme du vent.
-Tu crois qu'il y en a là-bas ? demanda-t-il.
-Je pense, oui. C'est un point trop stratégique pour être ignoré. »
Qui donc s'y était rendu ? Ils n'étaient pas loin du plus haut point de l'arène, et d'ici, il distinguait la falaise qui s'affaissait sur les côtés, une pente bien moins raide que celle qu'il venait de franchir de front, mais beaucoup plus longue à emprunter.
Mikasa se détourna et reprit le chemin. Ils y étaient presque.
Presque arrivés jusqu'à où ? Il fronça les sourcils. L'arrière de la petite montagne. Pourquoi, déjà ? Se cacher des autres tributs.
Mais ils n'avaient croisé personne depuis des jours.
Il s'engagea à sa suite, entre les rochers toujours moins accueillants. La roche jetait sur eux des ombres froides et des éclats de lune aveuglants sans interruption. Il avait hâte au jour.
La gravité se jouait de lui. Il s'était habitué à se courber au sol, et voilà qu'il devait se redresser pour éviter de se faire emporter dans les pentes. Il fixa le sol devant lui, traçant le chemin à prendre pour esquiver les pierres mal enchâssées.
Ils accueillirent la forêt qu'ils rencontrèrent (le soleil avait arraché depuis longtemps la dernière couche de chaleur qu'il avait pourtant maudite quelques heures auparavant) par de profonds soupirs d'apaisement.
La sécurité qu'il ne ressentait pas parce qu'elle ressemblait trop à celle de tout à l'heure – d'il y a quelques jours.
-Ça a l'air bien, par ici. Il n'y a plus qu'à trouver une bonne cachette. » affirma Mikasa.
Eren hocha la tête, sondant les environs du regard. À cause de la fatigue, ses yeux avaient du mal à se focaliser, et il voyait flou les rangées d'arbres. Il pressa ses paupières et secoua la tête pour retrouver la netteté.
-Allons-y alors. »
Ils reprirent la marche, côté à côte. Il avait l'impression de ne plus faire que ça : marcher, s'arrêter, repartir.
Ses semelles se décollèrent laborieusement de l'herbe grasse et il posa le pied droit devant lui, puis le gauche, puis le droit, puis le gauche, et ainsi de suite, puis le droit, puis le gauche. Son regard alternait entre le sol qui virait sous ses pas et les arbres qui lui passaient derrière.
Au bout d'un moment, la fraîcheur souleva ses cheveux et il écarquilla les yeux. Devant lui s'étendait une large bande de terre vide, juste de la terre desséchée pourvue de quelques touffes d'herbes jaunes. Et encore devant, les arbres étaient rachitiques, presque entièrement dépourvues de feuilles et minces comme des allumettes. Encore plus loin, la forêt semblait reprendre vie. Mikasa et lui s'arrêtèrent, contemplant l'espace sous la chape de nuit avec un mauvais pressentiment.
Il y a quelque chose de bizarre. Il n'arrivait pas à le dire, parce qu'il savait que Mikasa pensait la même chose, mais elle reprenait la marche, continuait à avancer, décidée à en finir, et il n'eut d'autre choix que de l'imiter. Ils passèrent sur le terrain inégal en trottinant presque, tâtèrent les arbres qu'ils finirent par rejoindre comme pour s'assurer qu'ils étaient bien là, et retrouvèrent la forêt sans soulagement.
Un pas après l'autre.
Un bruit.
Un bruit de...
Un bruit de course ?
Non. Un grognement.
Non. Les deux.
Poisseuse, dense, l'adrénaline frémit dans son plexus et gravit ses artères escarpées jusqu'à son cœur, jusqu'à son cerveau, laissant derrière elle un sillon de goudron. Il releva sa tête lourde et sonda à nouveau les environs. À côté de lui, le chuintement des lames retentit.
Droit devant eux. Qui se rapprochaient à grande vitesse. Qui piétinaient la terre à un rythme trépidant. Quoi ? Quoi ?! Qui ?
À retardement, Eren dégaina ses propres lames, et renifla. Son nez le démangeait, mais il n'osait le gratter. Les bruits se rapprochaient.
Le premier hurlement lui perça la nuque. Une armée de frissons prit d'assaut sa peau et il serra les poings sur les manettes, les pieds fermement plantés dans le sol, il n'était pas sûr de pouvoir les lever.
-Demi-tour ! » tonna Mikasa.
L'éclair traversa ses nerfs, expulsa le sang des vaisseaux pour y enfourner le vent. Eren fit volte-face et bondit à la suite de sa sœur, un pas, deux pas, trois pas au sol et il s'éleva dans les airs.
Il savait ce qui les attendait devant. Un terrain dégagé. Autant dire un gouffre sans fin. Ils devaient prendre toute l'avance qu'ils pouvaient et courir.
Les bruits s'estompèrent, masqués par le sifflement débridé du gaz, les grincements des câbles, le rugissement de l'air à ses oreilles. Il filait aussi vite que possible, le visage fouetté par le vent, le regard à peine fixé sur la prochaine cible de ses grappins et déjà loin devant lui.
Il renoua le contact avec le sol avec plus de réluctance que jamais, trébuchant sur la terre inébranlable. Mikasa courait juste à côté de lui, et si jamais elle prenait un centimètre d'avance, la panique qui bouillonnait avec impatience contre son plexus se déchaînerait. La bande de terre s'étalait devant eux et Eren plongea en avant, les poumons en feu, lames rengainées.
Les grognements résonnèrent à nouveau. Le son traversa la nuit, gonfla, se boursoufla contre ses oreilles. Ils gagnaient en ampleur, ils se rapprochaient, la terre tremblait déjà sous ses pieds. Deux jappements retentirent, juste derrière, à l'orée.
Les piétinements crevèrent la couche de silence, éclatant derrière eux, le son frappa sa nuque déjà hérissée. Ils étaient derrière. Eren voyait devant lui mais il regardait derrière, tous ses sens tournés vers la fuite. Du coin de l'œil, il en vit qui prenaient de la distance, pour leur couper toute retraite, il vit les pattes qui talonnaient, les corps qui ondulait, les babines retroussées. Ils étaient plus gros que dans ses pires cauchemars et ses plus extravagants souvenirs.
Il ne pouvait pas accélérer. Ses muscles hurlaient à la débandade, ses poumons pressaient contre eux-même, il ne pouvait pas aller plus vite, ils étaient juste derrière, il entendait…
-Eren ! »
Il avait entendu aussi. Le bruit de la cavalcade qui s'était arrêté un millième de seconde juste derrière lui, l'appel de vide, et il avait déjà porter l'étui à la gaine, et à l'appel de Mikasa, il tailladait derrière lui, tranchant la chair. Il n'avait même pas regardé, il savait seulement qu'il avait ouvert la mâchoire, que l'ombre avait manqué de fondre sur lui, et que la griffe lui avait brûlé le bras.
La seconde suivante, il ne courait plus, il roulait sur le côté, le vent avait cessé de lui faire obstacle mais tout lui paraissait brutalement froid, brutalement lent, vide, trop grand, il empoigna une touffe d'herbe, se hissa debout, posa le genou au sol, les muscles de sa cuisse protestèrent, il courut à nouveau, trop lent, TROP LENT !
Mikasa était derrière lui, il entendait des bruit de lames, de chair, le choc sourd contre la terre, mais un seul, ils étaient plus...
Trop tard, il était à portée. Il l'avait senti, il avait vu le tunnel de lumière qui s'était dégagé, ses mains agirent par instinct, et le câble fusa vers les arbres, crocheta le bois, il s'envola. Arracha son bassin à la gravité, les ligaments distordus par la pression, secoué comme une marionnette.
-Mikasa ! » appela-t-il.
Il n'entendait pas l'écho, celui qui devait suivre, qui devait être juste derrière !
Il l'entendit. Il atterrit contre le tronc, se hissa en hauteur. Il eut à peine baisser les yeux que les bêtes se massaient au pied, une mer agitée de fourrure et de griffes qui lacérèrent le tronc, les plaintes grinçantes du bois de plus en plus dénudé. Des jappements puissants, non, des grognements, quelque chose entre les deux, un tonnerre de colère qui déchirait.
-Eren, viens ! »
La voix de Mikasa le tira de sa contemplation morbide, il s'arracha à l'arbre, suivi par les aimants qui ne les lâchaient pas d'une semelle, glapissaient après eux, les devançaient, grognaient, vibraient sauvages. Ils le regardaient droit dans les yeux, le toisaient du haut de leur puissance.
Ils s'arrêtèrent. Comme retenus par une laisse invisible, ils glissèrent sur le sol, libérèrent l'espace, relâchèrent l'étau de leur présence. Eren sursauta et se bouscula pour s'arrêter sur une branche, les bonbonnes presque vides, ils ne survivraient pas à un autre assaut, mais ils n'allaient pas plus loin, ils se contentaient de grogner, les poils hérissés et les babines humides, les muscles fumants.
Eren n'eut pas besoin de l'appel de Mikasa pour reprendre la course, cette fois.
(Avancer, S'arrêter, Reprendre)
Ils atterrirent au sommet qu'ils avaient quitté plus tôt, l'étendue de l'arène plus terrifiante que jamais. Le plat de ses pieds fourmillait, comme si un fil invisible le reliait à derrière, et qu'ils pouvaient sentir qu'ils étaient de retour au sol, qu'ils pouvaient se ruer sur eux.
-Ils ne nous laisseront pas aller plus loin.
-C'était la frontière, on peut pas faire demi-tour. »
Ils échangèrent un regard, le sourire habituel coincé sous des gravats de terreur.
-On a pas le choix, reprit Mikasa. Il va falloir redescendre.
-Tout ça pour rien...
-Eren, ton bras ! »
Elle pouvait parler, elle. Sa cape était déchirée, elle avait le visage couverts d'écorchures, sa main avait probablement raclé contre le sol pendant qu'elle empêchait le deuxième de lui sauter à la gorge. Il la laissa saisir son poignet et remonter la manche déchirée pour examiner la plaie qui suintait de sang, le faire asseoir pour que la tête ne lui tourne pas.
Le tambour résonnait toujours dans ses tempes, la peur refluait lentement, très lentement, aidé par la vague de colère qui enserrait ses boyaux de plus en plus fort, le ressac rouge qui rongeait.
Des bêtes pareils ? Un terrain aussi dégagé juste avant de les lâcher ? Juste pour ne pas pouvoir utiliser la tridimensionnalité ?! Pour qu'ils se retrouvent coincés comme des chiens ? Ou pour qu'ils rebroussent chemin, la queue entre les jambes, penauds, prêts à tout, dégoûtés par le fait de savoir que tout autour de leur terrain de jeu, ce n'était que ces traquenards impitoyables ?
Le cri crépitait dans sa gorge, avide d'éruption, poussé par la pression du magma qui comprimait son corps, la rage qui brûlait, qui...
-AARrrgh ! »
Pas assez puissant, si pitoyable, insuffisant. Mikasa tressaillit à peine en l'entendant, occupée à saucissonner son avant-bras dans un bandage après avoir dégainé la trousse de soin et pansé la plaie.
-MAIS MERDE ! »
Il mourait d'envie de frapper la pierre sur laquelle il était assis, et qu'elle se fende en deux sous la puissance de sa colère. Qu'elle cède ! QU'ELLE CÈDE ! Ses ongles s'enfonçaient dans ses paumes, tous ses muscles se contractaient, c'était son corps qui était sur le point de céder, pas la pierre, il était épuisé, les fibres de son être se détachaient une à une.
Ces couillons ! Ces sales... Tous aussi putrides les uns que les autres ! Ce foutu Capitole ! Ces foutus sponsors ! Avec le monde qui tournait autour de leur petit nombril ! Avec leurs idées de merde, leurs traditions de merde, de merde !
-Mikasa. »
Sa voix était tranchante, dure comme il ne l'avait jamais entendue et comme il ne l'espérait plus. Il voulait croire qu'elle arrivait à canaliser la frustration qui bouillonnait. À l'exprimer. Sa sœur se tourna vers lui, le bandage terminé. Elle aussi était tendue comme un arc, tout son visage plissé par des émotions peut-être aussi intenses que les siennes.
-J'en ai vu assez, gronda-t-il. Ça peut plus durer. J'en ai marre d'être leur petit jouet, il faut qu'un fasse quelque chose, avant qu'il soit trop tard. »
Le sentiment y était, mais quoi faire pour y parvenir ? Les rouages de son cerveau étaient enrayés par ses tremblements de rage. Il récupéra un galet et le serra de toutes ses forces, s'arc-bouta dessus.
-Il faut qu'on trouve les survivants, commença-t-il, de plus en plus certain au fur et à mesure qu'il parlait. Qu'on leur propose une alliance. Si tout le monde s'y met, on peut boycotter les jeux.
-Et comment tu comptes t'y prendre ? »
Le doute qui pointait dans la voix de la jeune fille fit dérailler son fil de pensée. Il bondit sur ses pieds et projeta le galet droit sur le sol avec rancœur, à peine satisfait de le voir voler en éclat, et se tourna vif vers sa sœur, qui était déjà debout à côté de lui.
-On peut refuser de continuer les jeux ! Je suis quand même pas le seul à en avoir marre de leur foutaises ! Tu vas pas me dire que y en a qui iraient joyeusement faire demi-tour s'ils étaient comme nous ?!
-Je veux juste dire que certains ont déjà tué, expliqua Mikasa, le ton soigneusement dur. Ça peut tout changer s'ils ont déjà franchi le pas.
-Comme TOI ?! » cracha Eren.
Il se pétrifia sec, recula d'un pas tremblant et ferma les yeux. Le coup partit aussitôt après, son propre poing s'abattant sur sa mâchoire, pour le faire taire, le faire taire à tout prix, c'était la phrase, la connerie de trop.
-Oublie ! s'écria-t-il en s'accroupissant, les mains enserrant son crâne. Oublie, oublie, c'est pas ce que je veux dire, c'est pas...
-Je sais. » rétorqua Mikasa, toujours aussi neutre, toujours aussi contenue, un mur inébranlable.
Elle ne bougea pas, il resta immobile. Le temps d'une respiration. De deux. De trois. Il se releva après, serra les poings le long de son corps, fixa l'horizon, les arbres géants qui perforaient le ciel, la mort qui planait au-dessus d'eux.
-Il faut qu'on redescende vers le Sud, admit Mikasa. On peut essayer de trouver du monde, voir où les choses en sont. »
Mikasa n'était pas un mur. C'était un filet souple et solide qui absorbaient tous les chocs.
…
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CRIiiSH!
Sa torpeur se fracassa d'un coup, d'un seul, éclata en mille morceaux. Un son au cristal tranchant qui réveilla Reiner. Il se redressa aussitôt (il ne traînait jamais au lit) et scanna les alentours, alerte. Pas de débris en vue.
La pénombre résidait encore dans la pièce qui sentait le bois mais, en plissant les yeux vers la fenêtre, il remarqua que le bleu opaque du ciel se délavait : le soleil ne tarderait pas à poindre et, avec lui, la chaleur suffocante de l'été repartirait à la charge. Reiner prit une grande inspiration, désireux de profiter des dernières fraîcheurs de la nuit. Bertholt dormait à côté de lui, à même le sol. Il avait tellement bougé durant son sommeil que son corps avait délaissé la couchette. Au risque de le réveiller, Reiner étouffa un ricanement.
Satisfait de constater qu'il avait conservé son rythme très matinal, le blond massif s'étira, savourant chaque craquement qui s'échappait de ses épaules, de son cou, de ses poignets et de ses jointures. Après quoi, il reporta son attention sur son voisin de couchette, qui se reposait dans une toute autre position que la veille. C'était la première fois qu'il voyait quelqu'un dormir de la sorte : ses bras formaient une sorte de Z, tandis que ses jambes traçaient plutôt une espèce de P. Fidèle à lui-même, Bertholt ne cessait de l'étonner. Apparemment, dormir sans gêne dans des positions incongrues figurait dans la longue liste de ses talents cachés. Reiner s'efforça de ne pas pouffer trop fort, en imaginant à quelles genres de brillantes explications le jeune homme aurait recours quand il mentionnerait le sujet. En tout cas, il ne s'abstiendrait pas de le charrier.
Des claquements clairs ricochèrent dans ses oreilles. Un battement inquiétant qui s'approchait, se joignant aux vocalisations anticipées des oiseaux. Avant même qu'il ne puisse cerner la nature du son, les muscles de Reiner s'exécutèrent et il se raidit, un genou à terre, la main sur le second, prêt à bondir et attaquer. Du coin de l'œil, il voyait le torse de Bertholt se soulever et s'affaisser, alors qu'il demeurait dans un sommeil profond.
Une silhouette se dessina derrière le mur. À la taille, Reiner reconnut Ymir. Il concentra sa force dans ses hanches, pour se ruer sur elle si nécessaire. La jeune femme passa au travers des feuilles et s'arrêta net en croisant son regard, le dévisageant comme il la jaugeait.
Elle fronçait les sourcils et plissait le nez, montrant par là qu'elle n'appréciait pas l'accueil. Elle venait aux premières lueurs de l'aube, pendant qu'ils dormaient, après la soirée tendue de la veille, il la considérait comme une ennemie et elle le savait… elle ne s'attendait tout de même pas à ce qu'il lui propose du thé et des biscuits ? Elle leva la main de manière suspecte, il se crispa.
-Oulah, pas d'panique, baron des biscotos ! Je viens en paix ! » se récria-t-elle d'un ton mordant.
Elle se foutait encore de lui. Il préférait toujours cela aux menaces, mais cela pouvait très bien être une stratégie développée pour l'amadouer, l'amener à la considérer comme une sympathique camarade ! La veille, pour dissiper la tension, il l'avait toléré, mais désormais elle devait comprendre qu'elle finirait par se brûler.
-Prouve-le-moi et mets les mains en l'air pour voir. »
Son sourire sournois vacilla et elle claqua sa langue contre ses dents. Le spectacle de sa mine déconfite réjouit le blond il l'autorisait à faire rire Christa mais lorsqu'ils se retrouvaient face-à-face, Reiner lui ferait passer l'envie de plaisanter. Elle haussa les épaules, puis soupira avant de lancer :
-Gare à l'intrus ! »
Et sur ces mots, elle s'avança d'un pas, sa main qu'elle avait dissimulée derrière la porte apparut. Et Annie avec.
Reiner avait beau s'être levé en un éclair à l'arrivée d'Ymir, la foudre de la stupéfaction s'abattit sur lui à celle d'Annie. Il resta figé, perplexe, alors que la martialiste se frottait les paupières en grognant de mécontentement. Elle n'avait pas besoin de beaucoup de sommeil car elle le régulait de sorte à dormir suffisamment pour être efficace, mais en la réveillant, Ymir avait rompu son habitude, ramenant la tribut encapuchonnée à un statut primaire proche du marmot somnolent. Et Bertholt dormait toujours comme s'il ne sentait rien d'anormal.
Pourquoi les deux tributs du District Deux se laissaient-ils faire de la sorte par Ymir ?
Annie titubait vers la couchette de Bertholt quand la jeune femme au teint mat s'expliqua :
-Désolée du dérangement mais ça pouvait plus durer. La tigresse grogne dans son sommeil, en plus elle donne des coups de pied, c'est infernal ! Fallait un changement au plus tôt, sinon la princesse va manquer de sommeil. (Prononcer le mot « sommeil » lui arracha un bâillement.) Bon, j'vous laisse vous battre pour les couchettes, et moi j'retourne pioncer. »
Reiner ignorait où donner de la tête entre Bertholt, Annie et Ymir qui tirait sa révérence dans le plus grand des calmes en s'éclipsant derrière les feuilles.
Elle repartait aussi vite qu'elle était arrivée. Aucun dégât à déplorer.
Reiner hésitait à lui souhaiter une bonne nuit malgré l'aube qui se levait mais, la jeune femme ayant disparu, il n'avait plus vraiment à se poser la question.
À l'entente d'un ronflement distinctif, il baissa les yeux vers Annie. Dormant sur la couchette de son partenaire, l'expression résolue comme si bien se reposer était une mission de la plus haute importance, elle s'était lovée près de Bertholt et sa joue frôlait le coude du jeune homme. Reiner s'inquiéta pour le visage de la martialiste : si le grand brun venait à pirouetter encore dans son sommeil, il risquerait de la cogner… Mais ils avaient probablement eu plus d'une occasion de dormir côte à côte dans leur enfance, alors cela ne devait pas la déranger. Une fois de plus, il trouva une raison d'admirer la symbiose entre les deux et un gloussement attendri germa en lui.
Lui, par exemple, il ne se remémorait plus la dernière fois qu'il avait dormi près de Christa. Ç'avait sans doute été une de ces siestes estivales dans le jardin luxuriant des Lenz, peut-être à l'ombre de la roseraie puisqu'elle adorait cet endroit, où il ne s'autorisait à dormir que sur une oreille car, même dans l'enceinte de la demeure familiale, il devait toujours rester sur ses gardes pour la protéger.
Et maintenant il venait de la laisser sans défense, seule avec Ymir, dans la pièce voisine qui lui prendrait sept longues secondes à atteindre au maximum de ses forces.
Il détestait cette sensation de doute oppressant, qui remettait en question le moindre pas qu'il effectuait. Elle l'essoufflait si bien qu'il avait l'impression d'être un animal acculé, elle envahissait le calme de son esprit alors que deux voix contradictoires tonnaient, se disputant sur la marche à suivre. Ces moments où il voyait moins net, où il entendait moins clair, où il pensait moins vif alors qu'une part de lui le pressait de rattraper Ymir pour défendre Christa, tandis qu'une autre lui rappelait que même Bertholt et Annie faisaient confiance à la jeune femme.
Pourquoi était-il le seul à douter d'elle ?
Parce qu'elle passait trop de temps avec Christa sans qu'il puisse les surveiller, parce qu'elle le contraignait à enfreindre son devoir, parce que ce remplacement convenait à Christa : une raison toute puérile. Il avait honte de lui-même.
Les respirations de ses deux alliés s'éclaircissaient, à mesure qu'ils s'approchaient de l'éveil et que la canicule envahissait la pièce. Christa et Ymir non plus ne devraient pas tarder à se réveiller.
Il espérait que le déplacement d'Annie avait permis à la jeune fille de mieux dormir, elle avait un sommeil très fragile après tout. Sans compter toute l'angoisse de la période des entraînements qui l'avait drainée de son énergie. Chaque minute de sommeil comptait pour elle, et Ymir avait l'air de s'en être aperçue… au point d'employer les grands moyens pour lui garantir un meilleur repos.
Le bien-être de Christa semblait présider en elle, et Reiner pourrait peut-être s'appuyer dessus pour mener sa mission à bien. S'il assouplissait ses méthodes habituelles, il pourrait peut-être se servir du dévouement d'Ymir pour la demoiselle. Elle veillerait sur elle et, lui, il bénéficierait de précieuses minutes de répit pour élaborer une stratégie plus fine, aux côtés de Bertholt et Annie. Il s'assurerait qu'il avait toujours le dernier mot concernant la sécurité de Christa, mais il déléguerait un peu de sa responsabilité à Ymir.
Bertholt, Annie et Christa faisaient confiance à Ymir, s'il s'obstinait à continuellement douter d'elle, ce serait bien lui qui freinerait la cohésion de leur alliance !
Il se décida enfin à bouger et franchit le rideau de feuilles. Le soleil avait entamé son lever et Reiner n'avait pas anticipé une clarté aussi éblouissante. Il plissa les yeux, puis reprit sa route, traversa la passerelle, se retint de jeter un coup d'œil dans la chambre d'Ymir et de Christa (il entendit des gloussements en passant devant, ce qui lui affirma que la jeune fille allait bien et qu'elle était réveillée) car il respecterait leur intimité, récupéra un harnais tridimensionnel dans le maigre entrepôt et entama sa première patrouille de la journée.
S'activer pour le bien de ses alliés dès le matin le revigorait. Il prit la direction du Sud, afin de s'assurer que les intrus de la veille avaient bel et bien quitté leur territoire. Le cinquième jour commençait, ce n'était pas le moment de se reposer sur ses lauriers.
Il se passa la main sur le front pour dégager des gouttes de sueur. L'atmosphère était encore plus lourde qu'au début des Jeux ! Une pluie diluvienne ne tarderait pas à s'abattre et il faudrait alors se déplacer avec précaution sur les branches des arbres géants, au risque de glisser.
Même ses mains étaient moites. Des perles glacés suintaient de sa nuque. À ce stade, quelque chose ne tournait pas rond autour de lui…
Il voulait bien faire d'Ymir son atout, pourtant une vicieuse sensation d'échec poissait en lui.
…
Il arrivait enfin à ce moment précieux où la hache s'abattait d'elle-même sur la bûche comme un faucon fondait sur sa proie, emporté par la gravité et son instinct de chasseur, indépendant de la volonté de Jean. Il pouvait compter sur ses muscles pour jeter les bases et saisir une autre bûche, la placer sur le socle, l'ajuster, lever l'arme. Chaque fibre obéissait docilement à ses ordres sans plus protester, dans une cadence calibrée à la seconde près et conférée par la force de l'habitude. Il orchestrait sa Fugue en Chtak favorite, dont le thème dominant de la brisure dialoguait avec l'ostinato des ondes de choc qui se répandaient dans ses épaules.
Ainsi concentré sur le bois, la hache, sa tâche, le décor autour de lui se confondait avec celui des forêts du District Sept. Même chair claire au cœur du bois fendu, même odeur fraîche (qu'il associait au travail bien fait), même corne sur les mains... qui se confondait aussi avec celle générées par les manœuvres tridimensionnelles.
La seule dissonance : l'écho décalé de Marco qui coupait également du bois à côté de lui. Jean s'était habitué à un mouvement et une résonance unis, en cœur avec Holzfäller et le reste de ses collègues. La discordance le maintenait dans la réalité : il était toujours aux Jeux.
Il tourna le regard vers le jeune homme, qui plaçait sa cinquième bûche sur le socle avec soin et sourcils froncés, et sourit. Lui en était à sa dixième. Marco n'était pas lent, mais l'efficacité de Jean était propulsée par ses années de pratique. Marco se débattait personnellement avec chaque bûche, au lieu de leur régler leur compte à la chaîne.
La canicule n'aidait pas à la besogne, pesant sur eux de tout son poids depuis cinq jours déjà. Ils avaient tous les deux délaissé leurs vestes, et Marco la chemise en plus. Le pauvre cumulait tous les défauts du débutant : le torse baigné de sueur, et la respiration lourde qui ne se calait pas sur ses gestes. Traçant une ligne familière avec ses yeux, il étudia le mouvement de son partenaire alors qu'il levait la hache : les muscles du bras qui se dépliaient souplement sous la peau, puis se contractaient pour garder l'arme prisonnière.
Grâce à sa position ferme, Marco encaissa plutôt bien les ondes de choc qui remontèrent jusqu'à ses épaules une fois la bûche fendue.
Ils avaient largement assez pour satisfaire les exigences de Ruth en matière de bois pour le feu, et s'ils continuaient sur cette lancée, ils en auraient un joli stock pour au moins trois jours. Fusse qui que ce soit d'autre, il n'aurait pas cillé. Mais c'était Ruth, qui grommelait parce qu'ils ne s'activaient pas et restaient passifs et n'en foutaient pas une pour faire avancer les Jeux. Certes, l'exercice le bordait dans des eaux familières, mais il n'ignorait pas la pointe de suspicion qui se nichait dans sa poitrine. Et la participation de Marco l'empêchait de mettre le doigt sur ses véritables intentions.
Il n'aurait pas dû songer à elle. Comme invoquée par ses pensées, Ruth revint de sa patrouille, annoncée par le claquement des sabots de Buchwald.
-Ça s'est bien passé la patrouille ? s'enquit aussitôt Marco.
-Rien à signaler. »
Elle scruta leur travail d'un œil critique, probablement très jouasse de les toiser depuis son perchoir équin, fièrement dressée et rênes en main.
-Jean, tu feras celle de ce soir. »
Il retint de justesse un reniflement lassé et se contenta d'un regard noir, qu'elle lui rendit avec défi. Il commençait à en avoir marre d'accepter de jouer au bon petit soldat pour le bien de l'alliance. Ou plutôt, pour respecter les efforts de Marco.
-Compris. »
Les sourcils de Ruth se froncèrent derechef, mais elle ne pouvait rien redire à son attitude sans le risque que Marco n'intervienne pour calmer le jeu, comme il le faisait toujours. Elle hocha le menton comme un commandant et tira sur les rênes de Buchwald pour le faire virer. Le cheval était particulièrement docile... Nerveux ?
Dès qu'elle disparut de leur champ de vision, il chercha de quoi décharger sa frustration. D'un geste brusque, il empoigna une bûche, la planta sur la souche et la foudroya de sa hache. Il redirigeait les éclairs qu'il avait braqués sur Ruth et qui firent voler le bois en éclat. Si la foudre continuait à s'abattre sur le bois, il provoquerait un incendie. Il n'avait pas le cœur de s'en inquiéter.
-Wow, t'as encore doublé de vitesse ! T'es vraiment rapide. »
Interloqué, Jean se tourna vers Marco, qui s'était accoudé sur le manche de sa hache, en équilibre sur sa future victime. Il était verrouillé des pieds à la tête, la tension de l'instant précédent lui collait encore à la peau.
« Venant du District Sept, je ne m'attendais pas à moins, ajouta-t-il pour dissiper le malaise.
-C'est sûr que c'est pas aux Jeux qu'on va faire pousser des céréales. » rétorqua Jean.
Le jeune homme pouffa à la boutade, achevant d'inscrire un rictus fier sur le visage de l'ancien apprenti bûcheron. Marco ne manquait jamais de le désarçonner, à lui trouver une ribambelle de compliments. S'il le mettait sur un tel piédestal, il risquait d'être sacrément déçu dans les jours à venir : il y a quelques temps encore, c'était à peine si Jean s'effondrait dans ses bras comme un anémique en manque d'attention. Puisque Marco avait décidé d'être plus réceptif qu'après leur baignade, Jean planta sa hache dans le sol d'un geste sec, déterminé à adresser la situation. Alliance obligeait...
-Encore une de mes super qualités de ''partenaire idéal'', je suppose ? »
Marco cligna des yeux, hébété, avant de reprendre contenance. Il se redressa, récupéra au vol la hache qui commençait à tomber, donna un coup de pied pour dégager sa bûche et s'assit sur la souche, regardant Jean droit dans les yeux un bref instant avant de fixer un arbre quelconque.
-Je t'ai déjà dit que j'étais sérieux là-dessus. À l'instant encore, tu m'as donné raison.
-Comment ça ? demanda Jean en s'asseyant à son tour.
-Le Jean que j'ai rencontré à la bibliothèque n'aurait pas coopéré aussi volontairement avec Ruth. Vous vous seriez jetés à la gorge l'un de l'autre depuis belle lurette. Tu fais vraiment des efforts pour que les choses fonctionnent. »
Jean renifla, amusé, et haussa les épaules, touché. Il ne s'attendait pas à ce que Marco lui donne des exemples concrets et directs, auxquels il ne trouvait rien à redire. Il avait passé tout le mois d'entraînement à faire des efforts, à s'entraîner, apprendre aux côtés de Minha et de Hansi. C'était naturel qu'ils portent leurs fruits. Mais autant Minha et Hansi étaient ses partenaires d'apprentissage, donc il comprenait qu'elles... ils l'aient poussé jusqu'au bout, autant Marco... il ne comprenait pas.
Comment un parfait inconnu avait pu lire en lui comme dans un livre ouvert, et déceler si tôt ses lacunes et son potentiel ?
-Comment ? »
Il pivota la tête vers Marco, qui se frotta l'arrière de la tête. Normal qu'il cherchait ses mots, Jean ne s'exprimait pas très clairement. Il avait l'impression de lui avoir posé une énigme. Pour lui laisser le temps, Jean débarrassa son visage de la couche suffocante de sueur d'un revers de manche. Peut-être que Marco ne répondrait pas, qu'ils oublieraient sa question et reprendraient le travail après un silence maladroit...
-Je t'ai vu... commença Marco, les yeux dans le vague, en le prenant de court. Je t'ai vu t'entraîner à la tridimensionnalité dans la forêt. Et tu n'avais pas du tout l'air de quelqu'un de cynique et provocateur comme tu l'étais à la bibliothèque...
-Et tu as changé d'avis juste comme ça ? Malgré la sale première impression que je t'avais laissé ?
-Justement, contra Marco en rougissant. C'est dans la forêt que je t'ai vu pour la première fois... Et la deuxième fois d'ailleurs. » rajouta-t-il à la volée.
Oh. Donc il comptait la fois du rase-motte comme une impression, aussi fugace qu'elle avait été ? Marco lui jeta un regard en coin et se détourna aussitôt, juste le temps de déchiffrer son expression.
-On s'est croisés trois fois dans la forêt, élabora-t-il. Deux fois avant la bibliothèque et une après, pendant l'exercice général. On avait même parlé un peu, tu te rappelles ?
-Ouais, bien sûr. » éluda-t-il.
Il s'en était douté. Il s'en doutait depuis un moment. Mais c'était certain à présent.
Il avait compris ce qu'il se passait avec Marco. Comme avec Minha. Et comme avec elle, il en craignait les conséquences aux Jeux.
Il n'en penserait pas un mot. Ça fausserait trop ses calculs, il ne devait pas y penser. La priorité allait à la survie.
Il s'appuya sur ses genoux pour se relever et remarqua que Marco évitait soigneusement de le suivre du regard, probablement en train de penser à la même chose que lui. Refroidi par l'inaction, il alla récupérer sa veste abandonnée sur le côté. Il la dépoussiéra en quelques coups, et avec les copeaux de bois, le carnet de Hansi chuta de sa poche. Il plongea la main pour le réceptionner, en vain, et l'objet tomba dans le soupir des froissements de feuilles. Frustré qu'un objet qu'il affectionnait particulièrement lui échappe, il se pencha pour le ramasser.
-Un carnet ? On t'a autorisé à emporter des notes ?
-Nan, il est vierge, répondit Jean en feuilletant ostensiblement les pages dudit carnet. Un cadeau de Hansi.
-Aah... et tu dessines ? » devina Marco.
La compréhension éclairait son visage, mais Jean n'en connaissait pas la source.
-Ouais... se risqua Jean. Un peu... parfois.
-T'as pas encore eu le temps d'inaugurer celui-là ? compatit Marco.
-Je crois surtout que je ne dessinerai jamais dedans. »
Le jeune homme baissa les yeux, même Jean détourna le regard en rangeant le petit journal dans sa poche intérieure, où il ne risquait plus de s'échapper. Il préférait ne pas lui faire de belles promesses, ne pas lui mentir, mais il se sentait tout de même fautif. Fautif de quoi ?
-Pourquoi tu le gardes ? s'enquit Marco en relevant la tête.
-Comme ça. C'est tout. » esquiva-t-il en haussant les épaules, le ton grave.
Il enfila sa veste, rassuré par la pression du carnet à travers le tissu. Interrompre leur activité avait allégé la pression de la chaleur, et il était franchement réticent à l'idée d'y retourner. À l'évidence, Marco également, car le jeune homme tourna complètement le buste vers lui comme pour réengager la discussion.
-Qu'est-ce que tu aimes dessiner, d'habitude ? demanda-t-il, sa bonhomie retrouvée.
-Bof, c'est plus une occupation qu'autre chose, donc rien de grandiose, juste ce qu'il y avait autour de moi quand je savais pas quoi faire.
-Donc des décors, beaucoup de forêts ?
-C'est ça, et quelques personnes. Tout ce que j'observais, quoi. »
Et il en avait observé, des choses, pendant son mois d'entraînement... Il balaya la pensée au loin en se massant la nuque avant que l'embarras ne se manifeste sur son visage, et se rassit. La seule preuve était sur le bureau de Hansi, et il comptait sur sa discrétion. Un pari ambitieux, il en convenait. De toute façon, il n'était pas sûr d'être là pour le savoir.
-J'ai appris la perspective et tout le barda sur le tas. Les règles, les conventions, les idées... Même si je fais qu'au crayon. Je ne sais même pas encrer ni colorier. »
Mince, voilà que l'embarras triomphait et qu'il cherchait à s'expliquer. Il devait le tenir en laisse.
-En gros, j'fais des croquis. »
Et merde.
-Mais avec un crayon, on peut appuyer plus ou moins fort, tu peux varier les couleurs comme ça, non ? »
Et il ne m'aide pas, le bougre.
-Ouais, c'est juste des échelles de gris. Avec un bon crayon, tu peux tenter quelque chose.
-Vu que tu as été ton propre professeur, qu'est-ce que tu travaillais, dans tes récents dessins ?
-L'ombre et la lumière. »
Et certainement pas l'anatomie. Dans tous les cas, Marco lui dédiait toute son attention, aussi bien dans son regard que dans son langage corporel. Jean avait pris l'habitude de le côtoyer ainsi, un peu trop curieux, mais avide de faire connaissance et d'apprendre. Et excessivement empathique. Et poli à s'en tirer une balle dans le pied. Et toujours à le prendre à revers... C'était rassurant de le revoir comme ça plutôt que fuyant et soucieux.
-Bon ! s'exclama bruyamment Marco en frappant ses genoux, probablement pour le ramener sur terre. On y retourne ? »
Jean acquiesça et ils se relevèrent tous deux, les muscles engourdis mais de la volonté à revendre. Marco avait sûrement vu qu'il était parti en tangente dans sa propre tête. Peut-être même qu'il avait manqué le dernier morceau de la conversation. Il hésita une seconde avant de céder à son envie de vérifier.
-J'étais distrait deux secondes, tu disais quelque chose ? » demanda-t-il en reprenant sa hache en main.
Marco l'imita et replaça une bûche sur son socle.
-Je me disais juste, répondit-il en levant l'arme au-dessus de sa tête, que c'est dommage. J'aurais vraiment aimé voir un de tes dessins. »
Chtak.
La fugue reprit.
