Laissez-moi juste une dernière fois croire en moi !
!TRIGGER WARNING! GORE et Body Horror
OST SNK qui se prêtent bien à l'ambiance =
Counter Attack-Mankind –
- Call Your Name (Gv) -
- Tooth-I: -
- Shingeki Pf 20130218 Kyojin -
- Nowhere to go -
- Guilty Hero -
… ( ) …
Encastré dans son recoin de cabane, Bertholt aurait pu se sentir acculé, épinglé par les sourcils anguleux d'Ymir et les grands yeux de Christ
a. Mais le bois était solide dans son dos, l'éclat du regard d'Ymir était émoussé quand il se posait sur lui, et il avait fini par déterrer quelques unes des ombres dans les iris de Christa.
Et puis, c'était ses mains qu'elles fixaient avec intensité, et celles-là étaient bien moites d'une nervosité modérée, absorbant l'humidité ambiante.
-Vous voyez la vanne juste là ? Celle que l'on connecte normalement aux recharges et à l'équipement pour faire circuler le gaz ? » pointa-t-il.
Ymir et Christa hochèrent la tête en cœur, accentuant l'effet miroir que leur position en tailleur avait initié.
-On peut l'ouvrir telle quelle. Le gaz jaillit dans toutes les directions, donc ça ira moins vite qu'avec un harnais, mais il devrait donner une bonne poussée au deltaplane quand même, si jamais vous en avez besoin.
-Et comment on va tenir ce truc sans qu'il nous échappe des mains avec la pression, en plus de l'orienter ? demanda Ymir, les sourcils froncés.
-On est pas très sûr, admit Bertholt avec un soupir. Il faut qu'on trouve un moyen de le fixer au deltaplane et d'orienter l'ouverture de la vanne pour que ça vous serve, mais encore faut-il que vous puissiez le manipuler.
-C'est déjà pas mal, approuva Christa. Et puis, nous ne sommes pas sûres d'en avoir besoin. Merci pour les explications, Bertholt.
-Bon, je suppose qu'on a plus qu'à attendre le prochain éclair de génie de notre grand maître bricoleur ! » sourit Ymir en se relevant pour s'étaler à la verticale, libérant le champ de vision du jeune homme.
Au centre de la pièce, Reiner et Annie s'étiraient. Assis au sol, les jambes les plus écartées possibles, Reiner apposait ses talons sur les chevilles d'Annie et la tirait par les bras pour l'aider à étirer ses cuisses. Bertholt vit son amie respirer avec intention, déterminée à garder le contrôle sur ses poumons qui ressortaient de leur épreuve. Ils avaient passé quelques dizaines de minutes à s'affronter pendant que Bertholt expliquait les tenants et aboutissants du deltaplane aux deux autres.
Ils échangèrent leur place et cette fois Annie posa ses pieds sur les chevilles de Reiner, saisit ses bras et tira, forcée de partir beaucoup plus en arrière pour l'aider, à cause de sa petite taille. Le jeune blond souffla avec effort, beaucoup moins souple qu'Annie, la grimace dissimulée par son bras. Mais Bertholt avait eu le temps de la voir, de même que les gouttes de sueurs qui perlaient à la base de sa nuque et témoignaient de l'intensité de leur entraînement.
Les omoplates de Reiner jaillissaient de son dos, comme si sa largesse ne pouvait être contenue dans le seul diamètre de ses épaules. Elles tremblotaient légèrement sous l'effort, et l'intuition de Bertholt lui chuchota pourquoi : il essayait à la fois de détendre ses muscles et de lutter contre la pression qu'il recevait, et ses épaules ne pouvaient que rouler misérablement pour alterner entre les deux forces. Une impulsion lui donna envie de se lever pour le rejoindre et presser ses pouces sur les muscles, pour l'aider à en prendre conscience et les détendre...
-Oy, Asperge, j'te cause.
-O-Oui ?! »
Il fit volte-face vers Ymir, qui venait de claquer dans ses mains juste devant son visage pour attirer son attention. Elle le scrutait. Les orbites de Bertholt s'élargirent en même temps que les commissures de la jeune femme s'étiraient narquoisement, plissant tout son visage comme celui d'un renard ou d'un loup.
-Qu'est-ce qu'il y a Ymir ? s'empressa-t-il de demander. Tu as d'autres questions ? »
Il attendit en retenant son souffle, les mains toujours plus moites, serrant sa précieuse bonbonne comme unique barrière entre lui et la sagacité de la jeune femme. Elle le dévisagea longuement et il respira plus librement, presque sûr qu'elle le laisserait tranquille pour cette fois.
-Non, rien. » confirma-t-elle avec un petit ricanement.
Il n'osait jeter un œil du côté de Christa pour savoir quelle expression elle arborait de son côté. Mais son seul point de fuite était leurs deux camarades dans le fond, et son regard s'aimanta inexorablement alors qu'Annie et Reiner se relevaient.
-Aide-moi à étirer le dos, demanda Annie.
-Vous avez bientôt fini ? interrogea Christa alors que Reiner acquiesçait et se plaçait dos à dos avec Annie.
-Quasiment, confirma-t-il en se verrouillant bras dessus, bras dessous avec la jeune femme. Vous devriez vous échauffer aussi avant. »
Il acheva sa réponse par un léger souffle d'effort alors qu'il se penchait en avant. Annie se retrouva soulevée, les jambes pendantes dans le vide et le dos courbé. Bertholt crut entendre sa colonne vertébrale craquer et sourit. La vision d'une Annie toute petite juchée sur le dos lui était familière.
Il se hissa sur ses genoux en tandem avec Christa, et il dodelina la tête soigneusement, d'un côté et de l'autre.
-Mon tour, déclara Annie en se campant sur ses appuis.
-Quoi ?! Non, pas la peine, Annie ! » protesta Reiner aussitôt, relâchant sa prise.
Il aurait du savoir qu'un refus aussi véhément ne ferait que renforcer la détermination de la jeune fille ! Son regard de glace se braqua sur Reiner alors qu'elle serrait les bras pour l'empêcher de s'échapper, et aussitôt elle commença à le charger sur son dos.
-Ouah ! » s'écria Reiner.
Son propre poids l'emmena en arrière et il s'allongea de mauvais gré sur le dos d'Annie, les yeux écarquillés, sous les éclats de rires à peine étouffés de Christa et Ymir.
-A-Annie...
-Quoi ? grogna la jeune femme, dont seule la respiration un peu sèche indiquait sa lutte.
-...Mes pieds touchent encore le sol. »
Le rire d'Ymir redoubla de volume quand Annie relâcha brutalement Reiner, l'envoyant presque bouler à terre, et même Bertholt sentit de petites bulles de rire gonfler dans sa bouche et éclater à l'air libre.
-Tche. »
Malgré sa rudesse, Annie se retourna pour tendre la main à Reiner. Il la saisit, la serra. Elle l'aida à se relever. Et il n'y avait rien dedans que Bertholt n'ait déjà vu. Mais il ne put empêcher le fourmillement dans son plexus en voyant cette poignée de main, franche et spontanée, pure. La petite main d'Annie et la large paume de Reiner, toutes les deux truffées de corne.
-Bertholt, finis de t'échauffer. » lui murmura Christa.
Il descendit le regard vers elle, surpris de son intervention pendant qu'Ymir allait railler le blond de plus près. Il pointa du menton vers son poignet, qu'il tenait dans son autre main sans y toucher.
-Oui, c'est vrai, merci. »
Il fit craquer ses phalanges avec hâte, juste à temps pour qu'Annie se plante devant eux et déclare fermement :
-On peut y aller ? »
Le tonnerre lui répondit en chœur avec les hochements de tête approbateurs. Ils virèrent la tête vers le hublot, mais rien n'était venu foudroyer leur abri. Bertholt s'attarda pour surveiller le hublot et l'extérieur.
Depuis tout à l'heure, on entendait la pluie tambouriner contre le bois et ruisseler le long des feuilles, les gouttes frappaient la surface des arbres dans le même tapage débridé qu'un indésirable déterminé à signaler sa présence jusqu'à ce qu'on le laisse entrer, quand bien même la porte devrait céder sous ses assauts. Bertholt savait bien que la pluie n'était qu'une simple conséquence naturelle de toutes les particules aquatiques concentrées dans les nuages, qui crevaient enfin et relâchaient toute la pression, il craignait malgré tout que leur refuge de fortune ne succombât aux sévices de la météo.
De temps à autres, il avait jaugé l'évolution des choses, guetté les discrets tangages des murs contre lesquels ils avaient calé les couchettes, scrutait le claquement des feuilles – leur porte ne remplissait plus qu'à moitié son rôle car quelques gouttes éparses et épaisses s'introduisaient dans leur abri.
Impossible de circuler d'une cabane à l'autre : le bois glissait trop, le vent soufflait trop fort, la pluie les malmènerait trop. Mais ils n'étaient pas là pour gambader de cabane en cabane de toute façon, ils étaient là pour s'entraîner à se battre dans un lieu exigu. À la perspective d'une attaque, qu'il se trouvait forcé d'envisager par cet exercice, un grumeau d'appréhension se forma dans sa gorge, et il peina à déglutir.
Toutes leurs armes dormaient dans le petit entrepôt. S'ils arrivaient maintenant, ils seraient démunis.
Il n'eut pas à secouer la tête pour chasser ses sombres calculs de son esprit, il avait foi en ses compagnons : le flair d'Ymir, la volition de Christa, le recul d'Annie, et la décision de Reiner. Ils avaient jugé que la situation ne nécessitait pas d'intervention, même Ymir avait fini par se ranger de leur côté, il n'y avait donc aucun souci à se faire.
S'il devinait les silhouettes des couteaux d'Annie et d'Ymir derrière leurs uniformes, c'était uniquement parce qu'elles avaient l'habitude d'être toujours armées.
-Puisqu'on n'a pas été habitués à vous affronter, entama Annie dont la voix l'arracha à ses pensées, on va commencer par se familiariser à vos styles de combat, Ymir et Christa. Pour commencer, Christa, tu vas m'affronter et Bertholt, tu te mesureras à Ymir.
La tête du jeune homme vira sec vers son futur adversaire. Ymir !? Cela ne lui disait rien qui valût… Il la savait redoutable et s'était toujours félicité d'avoir échappé à la moindre confrontation avec elle. Même dans le cadre d'un entraînement entre alliés, il avait un mauvais pressentiment. D'autant plus que la jeune femme ne prit pas la peine de croiser son regard, et se contenta d'esquisser un sourire mesquin.
« Pendant ce temps, Reiner surveillera. Une fois les deux combats achevés, on changera les duos. Des questions ?
-À quoi ça sert de faire ça exactement ? demanda Ymir en levant la main, son ton nettement moins innocent que son geste écolier. On serait pas assez bouffons pour s'attaquer en mêlée là. »
Bertholt ne rata rien du plissement de sourcil de la martialiste, ni de comment Reiner bloqua son souffle.
-Il reste assez d'alliances adverses pour l'envisager, rétorqua Annie du tac-au-tac. On ne sait pas comment ils pourraient s'y prendre alors il faut être prêt à tout.
-Fallait peut-être y songer tout à l'heure à tout ça ! répartit Ymir. Si t'avais eu le cran de fumer les deux autres pauvres tâches, on en s'rait pas là ! »
La brune fit un pas en avant. Avant qu'elle ne puisse en entreprendre un deuxième, Annie réduisit elle aussi la distance entre elles. Un orage venait de s'introduire dans leur repère et Bertholt frissonna.
-Calme-toi Ymir ! s'interposa Christa. Annie n'a pas tort : rappelle-toi de Franz et Sasha, il reste d'autres groupes dont on ne mesure pas encore pleinement l'ampleur. Voilà pourquoi nous devons rester vigilants ! »
La plus petite des guerrières se tenait de pied ferme entre les regards estomaqués d'Annie et Ymir. Cette dernière troqua vite son air menaçant pour une moue conciliante, presque attendrie, et grommela qu'elle voulait bien laisser couler. À peine Christa avait-elle fini de lui chuchoter un remerciement, que la tribut au teint mat recula. Elle surprit Bertholt en train de la fixer et lui adressa un clin d'œil, le brun s'empressa alors de pivoter la tête vers Christa qui reprenait place à côté d'Ymir.
Entre le sourire de la demoiselle blonde, et le relâchement des épaules de Reiner, Bertholt savoura le retour de la sérénité. Jusqu'à repérer un effritement, une faille dans l'expression de son amie d'enfance. Annie affichait son air sérieux et sévère habituel, qu'une singulière pointe d'ombre entachait. Ses yeux semblaient fixer le sol, égarés dans une réflexion troublante.
Bertholt saisit alors le sens des mots d'Ymir et se demanda si, au fond, Annie n'éprouvait pas une grande difficulté à concevoir que des tributs continueraient à mourir autour d'eux… elle ne s'était pas faite au sang sur ses mains et, depuis le premier tour, c'était comme si elle avait préféré chasser l'éventualité plutôt que de s'adonner encore à une lugubre récitation de ''Désolée''.
Comme si elle avait arrêté de jouer.
Et quelque chose en Bertholt – peut-être un simple mécanisme mimétique de leur enfance – le poussait à faire comme elle malgré le danger. Pourtant l'incertitude, une fois de plus, freina son idée, l'étouffa avant même qu'elle ne devienne une résolution.
Pour le moment, il s'estimerait heureux de ne plus la voir dans le même état qu'au premier jour des Jeux. S'il y avait au moins une chose dont il était sûr, c'était de son soulagement… aussi égoïste s'avérait-il.
-Bon, tu t'amènes ? »
Le ton perçant d'Ymir harponna sa conscience et le ramena à la réalité : Annie et Christa s'étaient mises à l'entrée de la cabane, là où le plafond était le plus bas, et Ymir l'attendait de l'autre côté, un peu plus spacieux, pour commencer. Reiner s'adossa au mur, pile entre les deux groupes. L'exercice allait débuter Bertholt s'empressa de rejoindre la jeune femme en une seule grande foulée.
-Pardon, j'étais per- »
La jambe d'Ymir trancha l'air et son débit de parole. Bertholt freina net : le pied fonçait droit sur son entrejambe ! Il se dépêtra avec ses gestes et bloqua la cheville d'Ymir de ses mains, soufflé comme si elle avait atteint sa cible. Qu'est-ce que c'était que cette entrée en matière ? Il leva la tête vers la jeune femme, vers des réponses.
Ymir haussa les sourcils dans un rictus mesquin puis tira sa jambe hors de la timide prison. Affolé à l'idée d'un nouveau coup fourbe, Bertholt recula. Ymir était vive, elle tourbillonnait, très à l'aise sur ses appuis, et mobile : il devait prendre de la distance pour l'obser-…
Trop tard, le coude d'Ymir chargeait sur son visage ! Il esquiva de justesse en tournant la tête, sentit le rasoir de l'air courir sur sa joue, et l'impact du bois sur son crâne !
Il avait oublié qu'il devait constamment se baisser dans cette pièce… Il voulut porter une main à sa tête et estimer les dégâts, mais la paume d'Ymir prenait le relais pour une collision directe avec son plexus. Elle voulait l'essouffler ! Vite, il saisit le boulet de canon à deux mains et tourna le poignet d'Ymir d'un coup sec.
Un jappement échappa à la combattante alors qu'il s'avançait pour achever de déverrouiller toute sa position et la faire tomber. Ses pieds paraissaient si vissés au sol que Bertholt tira plus fort pour qu'elle ploie.
Le jappement devint alors une plainte et il vit l'expression d'Ymir se tordre sous la douleur.
-NNngh… ! »
Avait-il halluciné ce bruit sec et creux ? Avec horreur, il constata que la bouche d'Ymir s'ouvrait, déchirée par la violence d'un cri qui ne demandait qu'à s'échapper.
-Ymir ! » s'alarma-t-il.
Il lui relâcha le poignet avant que les choses n'empirent et Ymir trottina en arrière, loin de lui, enveloppant son poignet meurtri de la main. Elle fermait les yeux pour contenir la douleur, mais elle ne contrôlait pas ses gémissements. Leurs échos transpercèrent les tympans de Bertholt.
-Ymir, je suis désolé, je sais pas ce qui m'a pris, je… »
Il ne savait pas non plus où il allait avec ses excuses. Il se rapprocha de la jeune femme – dire qu'elle venait tout juste de se rétablir ! Reiner ne scrutait plus qu'eux désormais, il interviendrait bientôt pour comprendre ce qui se passait. La culpabilité de Bertholt n'en enflait que plus…
Il regardait encore le blond quand Ymir se redressa en un éclair et bondit, toutes griffes dehors ! Il n'eut pas le temps de pousser un cri de stupeur, la foudre s'abattit sur lui. Une secousse le prit d'assaut et tout son corps pencha sur le côté alors qu'Ymir prenait appui contre le mur, hors de son champ de vision.
Trop vite, le torse de Bertholt bascula sous le poids et il tituba pour garder son équilibre. La tornade l'emprisonna en serrant sa gorge. Agile et vive, Ymir bloqua ses bras en les enserrant de ses cuisses et incarcéra sa tête de ses coudes.
Il lutta pour s'extirper de son emprise et réussir à bouger la tête elle n'avait aucun mal à se servir de son poignet, avait-elle simulé la douleur ? À cette pensée, il retrouva la force de se débattre et parvint à saisir la cheville d'Ymir pour dégager le parasite. Il jubilait d'avoir un moyen de renverser la situation, mais la seconde suivante, Ymir appuya son autre jambe contre le mur et poussa de toutes ses forces !
Bertholt relâcha sa cheville et utilisa son bras libre comme balancier mais il avait été trop lent : Ymir porta tout son poids en avant et le jeune homme n'eut d'autre choix que de succomber au manège impitoyable de la tempête. Elle l'envoya se vautrer contre le sol dans un BOUM sourd.
Le parquet irrégulier accueillit sa chute sans le ménager : il se prit un véritable coup de massue sur la tempe, avant que la douleur ne cascade de ses cervicales à ses hanches ! La vigueur de l'enchaînement lui coupa la respiration et il se démena avec ses bras pour se hisser sur pieds… mais Ymir l'avait attaché au sol de son poids. Elle tenait le bras de Bertholt sèchement replié derrière lui, et pressait sur son épaule pour l'empêcher de bouger.
La tempe toujours collée au bois comme s'il voulait se fondre dans la matière, Bertholt ne pouvait plus que lever les yeux derrière son épaule – vers Ymir qui l'épinglait encore plus au sol de son regard dominant – et essayer d'ignorer la douleur dans son bras qu'elle tordait.
Il avait beau avoir résisté de son mieux, il s'était fait terrassé en un temps record… Non loin d'eux, Reiner lâcha un sifflement impressionné, aussi estomaqué que lui.
-Mollo Ymir, (l'entendit-il gronder) mollo… »
La jeune femme ne libéra pas Bertholt pour autant. Au contraire, elle garda sa ferme prise sur lui et se pencha pour lui susurrer à l'oreille :
-Fallait pas me relâcher tout à l'heure… Pourquoi avoir appris toutes ces techniques si c'est pour avoir pitié de l'ennemi après ? (Sa main broyait son poignet.) Tu sais c'qu'on dit : trop bon, trop con… Alors réfléchis-y si tu veux rester en vie demain. »
Il ouvrit la bouche pour répliquer, sans riposte, mais un autre son vola la vedette à sa réplique gonflée d'inspirations sèches et de balbutiements. Ses yeux virèrent vers la collision sourde de la tempe de Christa avec le tranchant de la main d'Annie. Les orbites grandes ouvertes, il vit la plus petite des deux flotter un instant dans sa surprise avant de tomber en arrière, rattrapée de justesse par la plus grande.
-Oh wow, j'ai la tête qui tourne ! gloussa-t-elle un peu trop fort, s'agrippant aux bras d'Annie pour conserver son équilibre. C'était rapide, comme hors-jeu !
-Désolée. » dit Annie en l'aidant à s'asseoir dos au mur.
Mais le ton était infiniment plus mordant, et Bertholt comprit pourquoi lorsqu'elle fit volte-face pour mitrailler Ymir des éclats de glaces qui logeaient dans ses iris. Sa respiration se bloqua dans sa poitrine.
Elles se toisaient mutuellement, Ymir toujours juchée sur lui, et Annie la main sur l'épaule de Christa. Une goutte de sueur dégringola le long de son front, comme pour s'enfuir avant que la tempête ne l'emporte.
Un haussement de menton infime d'Annie, un léger mouvement d'Ymir. La douleur sourde qui houlait dans son poignet zébra le long de son avant-bras. Il serra sèchement les dents et contint le soubresaut qui aurait achevé de lui tordre. Sa paume s'écrasa répétitivement sur le bois avec vigueur.
-Ow ! Ymir, s'il te plaît... »
La douleur reflua avec la prise de la jeune femme qui se redressait. Il n'osa regarder du côté des deux jeunes femmes et roula sur le côté pour s'asseoir au sol et masser son poignet endolori.
-Scuze... »
Il hocha la tête au marmonnement d'Ymir à sa droite, sa voix accompagnée par le froissement de tissu de Christa qu'on aidait à se relever, la pluie qui battait toujours contre le toit, ses propres battements de cœur, et le grincement du bois sous les pas de...
-Ça va, t'es toujours entier ? demanda Reiner en posant un genou à terre.
-Oui, ça va, jeee... »
La dernière voyelle dérapa et traîna sur sa langue, dépouillée de l'impulsion de son cerveau. Ce dernier s'était entièrement focalisé sur son poignet, que Reiner venait de saisir. Son pouce se déposa sur le pouls avec une très légère pression, puis l'index et le majeur s'enroulèrent autour avec un bref effleurement, pour glisser l'articulation de Bertholt dans sa paume, jusqu'à ce que sa peau repose contre la sienne.
-Je vais bien. » parvint-il à déglutir.
Il laissa le jeune homme passer la pulpe de son pouce sur l'épiderme, qui frémit au toucher. La chaleur ondoyait du dos de sa main jusqu'à ses joues. Qu'est-ce qu'il lui prenait ? Il aurait dû déjà être auprès de Christa, non ?
Un regard furtif sur le côté lui indiqua que la jeune femme était déjà prise, emmitouflée dans l'affection d'Ymir. Qui fixait toujours Annie. Et cette dernière le lui rendait bien.
-Ça l'air d'aller, de l'extérieur. » déclara Reiner en hochant la tête.
Il recula légèrement, et ce fut seulement à cet instant que Bertholt réalisa à quel point il s'était recroquevillé sur sa douleur, et à quel point Reiner avait dû creuser dans son espace vital. Il n'en pensa pas plus, car une deuxième main s'enroula autour de son poignet, toute aussi chaude, toute aussi large, s'étendant sur son avant-bras par manque de place.
-Allez, ho hisse, Bert ! »
Il se laissa élever de bon gré et retrouva sa stature habituelle, trop grande pour la pièce. Reiner le relâcha et son bras retomba mollement contre son flanc, insoutenu.
-Merci, Rein... »
BOUM.
-Qu'est-ce que c'était ?! s'écria Christa. Un-Un mort…? »
L'écho de la déflagration résonna en chœur avec les brefs tambours de leurs pas qui se précipitaient vers la fenêtre. L'écho de la déflagration mit le feu aux grains de glaces qui reliaient les regards d'Annie et d'Ymir. Bertholt ne sut s'ils fondirent ou s'éparpillèrent au sol, couverts par le bref tambour de leurs pas qui se précipitaient vers la fenêtre. Annie, Christa et Bertholt collèrent le nez au hublot de fortune, orientés pour leur permettre de voir le ciel dégagé.
Bertholt enserra son propre cœur de sa respiration inéchappée. Il ferma les paupières un bref instant, et les rouvrit en expirant lorsqu'il se sentit prêt.
-C'est Ruth ! » tonna-t-il en se tournant vers Reiner et Ymir, qui étaient restés derrière.
Ymir poussa un profond soupir, qui siffla en s'éjectant de ses narines.
-Plus la peine de chercher à s'en débarrasser j'imagine, renifla-t-elle en croisant les bras. Y a pas moyen que l'autre type ait survécu, avec tous les Titans qu'ils se sont pris dans la tronche… »
Les yeux de Bertholt glissèrent de Reiner qui acquiesçait, les prunelles rivées au ciel et la main autour du menton, à Christa qui baissait la tête, à Annie qui restait de marbre. Elle écarquillait les yeux à les sortir de leurs orbites. Personne ne trouva quelque chose à redire à Ymir. Ils guettaient tous la venue du second signal.
Pourtant le ciel demeura d'un gris oppressant, assiégé certes par une armée de nuages noirs mais aucune autre projection, hormis les tressaillements d'éclairs épars.
Quand Christa se détourna de la fenêtre, ils détendirent leurs épaules et reprirent leur souffle.
-Bizarre. » commenta Ymir en haussant les épaules avant de suivre la blonde.
Bertholt lança une œillade confuse à Reiner. Le jeune homme lui rendit un regard appuyé, de sévérité et de soulagement, une main sur son épaule.
-Marco était avec elle d'après vous ? »
À ces paroles, ils se tournèrent tous les deux vers Annie qui n'avait pas bougé d'un millimètre. Après une inspiration précautionneuse, Reiner répondit d'une voix lourde :
-J'en sais rien… mais ce qui est certain, c'est qu'il est toujours vivant. »
Annie opina avant d'enfin décoller ses yeux de la fenêtre, et le trio retourna se poster au centre de la pièce où les attendaient Ymir et Christa. Loin de songer à reprendre l'entraînement, Bertholt se ressassait déjà en boucle les expressions de ses camarades… le rayon de joie qui avait transparu du sérieux de Reiner quand il avait compris que seule Ruth avait été éliminée. Et comment Bertholt avait senti ce même rayon de lumière se nicher dans sa poitrine… comment il en avait vu le reflet briller dans les iris myrtille d'Annie.
Ruth était la camarade districtuelle de Marco, bien qu'ils ne fussent jamais proches durant les Entraînements. Ymir et Annie ne l'avaient pas vu mais il y avait fort à parier qu'il se soit allié à Ruth, et de fait à Jean qui avait aussi été repéré. Ruth était morte mais Marco avait survécu. Le tribut qui les avait accueillis comme des amis à la bibliothèque alors qu'ils se voyaient tous comme des assassins, il était encore en vie.
Et Bertholt se prit à remercier l'orage de ne lui avoir rien montré d'autre que Ruth et des éclairs.
Pourtant, il faudrait bien que le moment où le visage d'un ami s'afficherait survienne… C'était la raison de leur présence dans cette forêt : chaque adversaire en moins, c'était un pas de plus vers la victoire. Chaque tribut en moins, un pas de plus vers la maison.
Pour l'instant, ils observaient, à l'écart et en sécurité. Mais s'il y avait une chose que les remarques d'Ymir prouvaient bien, c'était qu'il leur faudrait bientôt changer de tactique et commencer à se battre. Bientôt, ils rejoindraient tous la mêlée.
Bientôt, ils ne se contenteraient plus de regarder les annonces des morts dans le ciel, ils les provoqueraient.
-On y retourne. »
La voix d'Annie résonna claire dans la pièce alors qu'elle se remettait en place au centre, et un concert d'étonnement s'y opposa.
-Quoi, maintenant ?
-Eh bah, t'es pas longue à la digestion, toi.
-Tu es sûre, Annie ? »
Elle y répondit par un hochement de tête sec et un froncement de sourcils. Il n'en fallut pas plus pour que les autres obtempèrent, même si Ymir traînait derrière et qu'ils étaient encore en état de choc.
Bertholt passa le regard sur leur visage. Ils ne comprenaient pas tout à fait, pas consciemment. Dans sa tête à lui, les phrases s'enfilaient avec netteté et fluidité. Elle ne veut pas y penser. Elle veut penser à autre chose qu'aux morts autour de nous.
-Christa, appela Annie, confirmant ses soupçons. Pourquoi est-ce que tu as porté la main à ton dos quand j'ai commencé à te faire une prise ? »
Elle veut penser au combat, dans son essence. Au mouvement plutôt qu'aux conséquences.
Les joues rouges et penaude, Christa sourit.
-C'est là que je range mes couteaux de lancer d'habitude, expliqua-t-elle en remettant une mèche. J'ai eu le réflexe de les sortir alors que je ne les avais pas avec moi, c'est bête...
-C'est bien. »
La petite moue fière d'Ymir montrait qui avait le plus contribué à cette nouvelle habitude.
-Notre princesse commence enfin à avoir quelques réflexes de survie. » approuva Reiner le menton relevé.
Reiner se tourna vers Ymir avec une légère hésitation, mais celle-ci l'accueillit d'un sourire de connivence amusé, qu'il lui rendit aussitôt. Princesse... ce n'est pas Ymir qui l'appelle comme ça d'habitude ? songea Bertholt, un sourcil haussé. Une tape sur son coude le fit baisser les yeux vers Annie.
-On change de partenaire. » déclara-t-elle fermement.
…
Sous la pluie battante, deux fantômes avançaient, titubaient, trempés comme tout droit échappés des profondeurs de l'océan et étrangers à la terre, à sa boue sur laquelle ils trébuchaient et qui se fixait à leurs bottes pour les alourdir d'un poids discret mais accablant. Le même que celui de la fatigue. Eren ne prêtait plus attention à ses os trempés, mais bien aux tissus flasques de son uniforme qui lui collaient désormais à la peau, serraient chaque pore. Plancton saucissonné dans le filet.
Voilà plus de trois heures qu'il marchait, les yeux rivés sur les ailes dans le dos de Mikasa, maintenant il les confondait avec le décor répétitif du Sud : des arbres aux troncs riches et épais, hêtres, chênes et châtaigniers, espacés et plus accueillants qu'au Nord, plus de terriers aussi. Plat, régulier, enfin. En somme, une zone plus facile à vivre que le Nord, là où les tributs les moins avertis se concentraient au début des Jeux, suivis de près par les Titans et la mort. La pluie rengorgeait le lieu d'une nouvelle générosité naturelle, générosité trompeuse car le sol se dérobait sous leurs pieds.
Seul l'espoir d'atteindre un refuge délivré des Titans et des tributs poussait encore Mikasa en avant. Il se contentait de ne pas perdre la sensation de ses dix doigts.
Malgré tout, Mikasa le trouvait trop lent car elle marquait de fréquentes haltes. Deux secondes le temps de vérifier qu'il la suivait toujours. Un coup d'œil en arrière pour s'assurer qu'il n'avait pas été happé par les ténèbres de l'après-midi qui agonisait. Puis elle reprenait la route sur une centaine de mètres, puis elle freinait, puis recommençait.
À force, il avait cessé de la rassurer qu'il allait bien, qu'elle pouvait continuer, pas la peine de faire une pause : elle n'en faisait qu'à sa tête (ou plutôt elle savait pertinemment qu'il n'avouerait jamais avoir besoin d'aide, alors elle montait la garde). À chaque fois qu'elle se retournait et qu'il croisait son regard, la vision de ses mèches de cheveux imbibés d'eau, striant ses joues, le frappait. Il reconnaissait à peine ses yeux.
Plaisanterie de la pluie que de s'abattre pile une fois leurs capes éplorées !
Face à un déluge pareil, il ne pouvait que piétiner dans la boue et rêver de s'emmitoufler dans une couette, une décoction aromatisée dans la main, à écouter la fanfare du tonnerre. Mais les orages ne résonnaient pas de la même façon dans l'arène, comme désaccordés. Et il y avait bien longtemps qu'il avait perdu les dernières traces de sa maison, jusqu'à l'odeur.
À ces pensées, le lointain souvenir olfactif du chèvrefeuille vint hanter ses narines. Des murmures d'outre-tombe s'évanouissaient dans ses oreilles, ne laissant que des échos distants qui rebondissaient contre les parois de son crâne : tous les "Tu t'es bien lavé les mains ?", les "À table !", les "Bonne journée, à ce soir" et les "Ne rentrez pas trop tard", et même les "Pas de coude sur la table", et les "Va ranger votre chambre" qui lui manquaient désormais.
Le couvert des arbres disparut alors qu'ils atteignaient une large clairière dégagée, à l'herbe écrasée par le poids de l'averse diluvienne. Les gouttes cinglèrent le visage d'Eren, qui relevait la tête au même moment où Mikasa tournait la sienne dans sa direction. Non, les chênes ne l'avaient pas englouti, il tenait le coup… mais c'est en voyant l'eau de pluie stagner sous les yeux de la jeune femme, dans les puits creusés par ses cernes, qu'il réfléchit à deux fois avant de planter ses pieds dans les sols mouvants.
-Faut qu'on se pose là. »
Il pointa du doigt la tour de pierre qui trônait au milieu de la plaine. Mikasa n'y accorda pas l'ombre d'un clin d'oeil et continua de fixer son partenaire.
-Pas question, rétorqua-t-elle en haussant le ton pour que la tempête ne le recouvre pas. C'est beaucoup trop risqué. N'importe qui pourrait se cacher dedans.
-Comme qui ? insista-t-il du même ton en s'approchant d'elle. Ça fait des plombes qu'on a pas vu de Titans, il y a moins de monde ici !
-La nuit commence à tomber donc les Titans sont moins actifs. Voilà pourquoi on en a pas vu. Il faut qu'on continue sur encore quelques kilomètres pour être sûrs.
-Et prendre le risque de dépasser la limite officieuse du Sud cette fois-ci ?! Tu veux qu'on se retrouve encore nez-à-nez avec des loups ?! »
Ce dernier mot agit comme un sortilège sur les prunelles de la jeune femme, qui chutèrent au sol durant un cillement de trouble apparent. Après quoi elle les rebraqua sur Eren, empreinte d'une nouvelle résolution. Malgré toute l'affection qu'elle portait à la routine, Mikasa savait s'adapter à l'imprévu, c'était là une de ses plus grandes qualités.
-C'est d'accord. Mais juste pour cette nuit ! se récria-t-elle avant de dégainer ses lames. À condition que tu te reposes. »
Voyez qui dit ça… Le spectre de sa propre main manqua de se poser sur l'épaule qui le lançait encore : il devait admettre qu'ils étaient tous les deux à bout de force.
-Merci, ça me met carrément en confiance, que tu me sortes ça avec tes épées dans les mains ! » trouva-t-il la vigueur de plaisanter.
Pour toute réponse, elle roula les yeux au ciel, puis haussa les épaules en lui faisant signe de la suivre. Pour changer… Il y avait des principes auxquels elle ne manquait jamais de répondre. Au moins, il avait reconnu l'esquisse d'un sourire sur ses lèvres.
-Reste derrière moi pendant qu'on vérifie qu'il n'y a personne. »
Elle avait repris une voix grave et concentrée. Eren déglutit avant de lui emboîter le pas. Il porta les mains à ses manettes, sans dégainer pour autant.
La tour dépassait la hauteur de celle des plus grands Titans, elle atteignait une vingtaine de mètres et réussissait à les impressionner malgré son immobilité. Lorsque la foudre s'abattait, le flash des éclairs illuminait les traces laissées par la pluie et les années sur la pierre, les pustules de mousse, les infections de lierre, le pue qui s'écoulait goutte à goutte et qui ne demandait qu'à ce qu'on crève son abcès de champignon, pour s'abreuver du jus maudit.
La porte gémit mille supplices sous la poussée de Mikasa. La jeune femme fit entrer un premier pas prudent dans la bâtisse, avant d'enfouir son nez dans sa manche. Eren déboucha à sa suite et l'imita : l'odeur frappa ses narines de plein fouet. Une odeur de renfermé comme si les nombreuses meurtrières de la tour ne faisaient pas assez circuler l'air.
Pourtant le vent s'engouffrait à merveille dedans, poussant des hurlements lugubres qui ricochaient contre la pierre, glissaient sur le vieux bois, et qui réveillaient de récents cauchemars lupins en Eren. Dehors, la foudre grondait comme un chien de garde montrant les crocs. Eren referma la porte avec la même précaution que l'intrus honteux.
Il arracha son nez à la pitoyable protection du tissu mouillé, et respira la senteur à plein odorat. Le bois humidifié par la pluie relâchait de désagréables notes de moisissure, mais il s'y ferait vite. Dans la pénombre du début de soirée, il lui fallut plusieurs secondes d'ajustement avant de discerner les silhouettes environnantes avec exactitude. Un délai dont les yeux de lynx de Mikasa n'avaient pas eu besoin.
Des commodes de bois flanquaient les murs de l'entrée et, les lames toujours à l'affût, Mikasa en fouillait les placards du bout du coude. Elle veillait à ne jamais laisser plus de cinq secondes s'écouler avant de relever la tête pour scanner une énième fois les alentours. Elle agita la tête d'un geste vif pour inciter Eren à la rejoindre.
-Elles sont vides, lui chuchota-t-elle une fois qu'il fut assez proche. Je ne sais pas si elles étaient censées contenir quelque chose. Mais quelqu'un est sûrement passé pour piller les stocks. Et il est peut-être toujours là. »
Elle tira sur sa manche pour donner plus de poids à ses paroles. Un appel de l'air tempétueux sifflait dans le bois des larges escaliers colimaçon, celui des étages qui leur restaient à explorer et de tous les secrets qu'ils renfermaient. Eren en avait assez de se sentir comme le pion sur l'échiquier, dorénavant il saurait.
Mikasa freina son pas en avant en tirant encore.
-Lâche-moi ! peina-t-il à chuchoter. Il faut qu'on aille en haut. S'il y avait vraiment quelqu'un, il nous aurait attaqué depuis belle lurette en nous entendant arriver. »
Il retint le ''pas vrai ?'' qui se désespérait d'obtenir l'approbation de Mikasa. On ne leur tendrait pas un piège, on ne les appâterait pas droit dans une embuscade aux étages ? On leur ferait pas un truc aussi vicieux alors qu'ils avaient traversé un bout d'enfer ensemble, pas vrai ? Le regard de la jeune femme en disait long sur ce qu'elle pensait véritablement, mais Eren choisit de l'ignorer.
Il s'aventura sur la première marche de l'escalier, le cœur plus lourd que la pierre. Mikasa n'ajouta rien de plus et se contenta de le suivre. Pour quelques secondes, après quoi elle le dépassa. Il la laissa faire. Il savait bien qu'il y avait des points qu'il ne pourrait jamais négocier.
Ils comprimèrent leur souffle en deux filets d'haleine, réprimèrent jusqu'à leur battement de cœur dont les échos angoissés pourraient les trahir. Le bois se tordait sous leur poids. Des grincements longs et stridents, qui s'entortillaient sur eux-même pour couiner de plus belle et révéler leur position au monde entier.
Eren se serait volontiers trancher le talon pour offrir son sang en tribut, et supplier le bois de la fermer.
Ils n'osaient pas effleurer la pierre de leurs paumes égarées, pour s'y appuyer et se laisser guider par les murs circulaires. Celle-ci se ferait un malin plaisir de chuchoter, au contact de leur peau, des messes basses qui les condamneraient.
Ils soulevèrent la planche qui retenait la porte fermée, s'échangèrent un regard tendu avant de la pousser sans même un soupir et se glissèrent à pas de loups dans la pièce du premier étage.
Les yeux d'Eren s'étaient accommodés à l'obscurité (il parvenait à repérer les courbes des cheveux de Mikasa plaqués sur le visage de sa partenaire), il n'eut donc pas de mal à repérer ce qui l'entourait. Circulaire, la pièce s'apparentait à une sorte de salle de séjour, apprêtée pour les convivialités avec ses quelques tables en pierre, et l'escalier qui reprenait dans le fond, menant à l'étage suivant. Il attendit que Mikasa ait fait deux, trois pas dans le périmètre, avant de s'engager à sa suite pour étudier les lieux. Sa main caressa les galets polis et glacés des meubles. Le frisson lui échappa, mais pas à Mikasa qui fit volte-face dans sa direction, les sens en alerte.
D'un signe de main, il balaya son inquiétude et l'encouragea à poursuivre sa patrouille en pointant le bout de la pièce du menton. Une petite porte, à peine plus grande que la jeune femme, se tenait sous les marches de l'escalier. Un passage secret ? Peut-être un escalier dérobé qui emmenait… où ?
Au pas de charge, il la rattrapa mais elle le poussa en arrière avec son bras. Excédé, il la fusilla du regard pour lui faire voir sa colère, mais elle le contra avec la lueur sévère de ses yeux noirs. La décision irrévocable illumina la pièce et, ébloui, Eren ne pouvait plus que céder et la laisser s'en occuper. Il recula.
Le pathétique tapotement des gouttes d'eau, qui chutaient de ses vêtements trempés pour venir misérablement s'écraser sur le sol, l'irritait tout particulièrement. Cette sale odeur, c'était lui qui empestait le chien mouillé.
Mikasa rangea une lame, puis porta la main au loquet. Prit une inspiration de concentration. Brandit l'épée qui lui restait face à l'adversaire encore invisible. La tint en position. Expiration de détermination.
Pendant un tremblement, Eren oublia pourquoi il était là.
Elle ouvrit le loquet, se projeta au son du couinement, à nouveau deux lames à la main, balaya la zone d'un regard vif, assassin.
Rien.
Ils firent aisément le tour de la pièce exiguë et remarquèrent vite la pléthore de conserves qui jonchaient le sol. Œillades interloquées qui se croisèrent. Une déglutition plus tard, ils s'accroupirent pour s'emparer des précieuses denrées.
La pulpe des doigts d'Eren célébra le contact familier avec la surface rigide et fraîche, soupesa avec émotion son poids synonyme de mets qui seraient délicieux et raffinés au goût de son palais éreinté, formaté, à l'image du reste de son corps.
Un soubresaut. Une anomalie. Une bosse. Du bout des doigts, il continua de palper la conserve cabossée, la jeta en étouffant un râle frustré sans se préoccuper du bruit de chute métallique qui résonna, et du coup d'œil accusateur que Mikasa lui lança, en ramassa une autre. Même rengaine. Cabossée. Toutes cabossées. Périmées. Empoisonnées. Piège du Capitole.
Avec horreur, il vit les épaules de Mikasa s'affaisser de dépit dans la pénombre. Un goût de ferraille s'introduit dans sa bouche. Mikasa se redressa et reprit la route, sans jeter un regard derrière elle, certaine qu'il la suivrait. Il n'y avait pas le choix de toute façon. Eren laissa les conserves qu'il serrait contre lui piquer au sol, et ses propre dents relâcher la langue qu'elles sciaient, avec rien d'autre que du dégoût dans la bouche, et ce fichu parfum de ferraille collé au palais.
Même sa rage rouillait sous l'averse. Ça le foutait hors de lui.
Leurs pieds frôlaient à peine les marches de l'escalier vers le deuxième étage, plus occupés à piétiner leur frustration. Deuxième porte qu'ils poussèrent, deuxième pièce qui les encercla, identique à la première, si ce n'était qu'elle était vide. Tant mieux, cela ferait moins de plaisanterie qui n'amuserait personne.
Cependant, la sale odeur persistait, tant et si bien qu'Eren avait presque l'impression de pouvoir la toucher, de pouvoir mettre le doigt, ou plutôt un mot, une idée dessus. De l'œuf brûlé, qui ne cessait toujours pas de cramer, qui intoxiquait encore ses narines. Et celles de Mikasa.
-On dirait du gaz, chuchota-t-elle, le nez dans le coude. Attention à ne pas faire d'étincelle. »
Il hocha la tête et ils se dispersèrent dans la pièce pour la fouiller de fond en comble. De l'autre côté de la fenêtre, Eren voyait le soleil mourir dans l'horizon, la foudre triomphale. Il espérait de tout cœur que les Titans ne puisaient pas de l'énergie dans les éclairs : ils avaient grand besoin d'une nuit sans anthropophages gigantesques à leurs trousses. Mais Mike n'avait jamais mentionné une telle éventualité, alors il plaça sa foi en son mentor et se rassura. La nuit tombait, tout irait bien.
Des caisses garnissaient les murs de l'étage, toutes pleines à craquer de popotes, cuillères et bols en bois, de savons, de réchauds. À côté de lui, Mikasa inspectait d'un œil critique les divers ustensiles. Au moins, il n'y avait pas de piège sur ceux-là. Alors pourquoi cramponnait-elle à ce point les poignées de ses épées ? Eren risqua la plongée d'un œil dans une des caisses et constata ce qui alarmait son alliée.
La poussière. Ou plutôt son absence.
C'était comme si celui qui était passé avant eux avait tracé au doigt, sur le fond poussiéreux de la caisse, tout ce qu'il avait fait et comptait faire, pour les narguer, pour les inquiéter, pour les enrager. Surtout quand les formes dessinées esquissaient toutes les contours de couteaux dérobés.
Eren ne pouvait plus que deviner le tranchant de l'acier disparu. S'il ne le trouvait plus devant lui, il se le prendrait peut-être par derrière et cette pensée le poignarda d'une secousse d'effroi. La sueur froide coula le long de sa colonne vertébrale, comme un breuvage chaud et poisseux. Dont les murs gardaient encore les traces des premières saignées, encre séchée au carmin indélébile sur les pierres pâles. Le sceau qui les emprisonnait, la signature de ce putain de Capitole.
-Quelqu'un est venu, ça ne fait aucun doute. » souffla Mikasa tout près.
Le Capitole. Le Capitole était venu, voilà pourquoi ils se retrouvaient là en ce jour.
Voilà pourquoi ils regonflaient leurs poumons à bloc en montant les marches du dernier étage, pendant que leurs nez les suppliaient de les abandonner derrière, étouffés par l'odeur de gaz qui abondait dans l'air.
Mikasa marqua une halte, Eren freina à son interruption soudaine. Les marches étaient mouillées. La jeune femme se pencha, fit courir le bout d'un doigt sur la surface et huma. Le dégoût transpirait de tous les pores de son visage. Du gaz. Il ne pouvait s'agir que de gaz. La source à toutes leurs interrogations, au parfum qui les étranglait depuis qu'ils étaient entrés et qui ne faisait que s'intensifier.
Ils croisèrent leurs respirations et leurs regards, avant de reprendre leur ascension d'un pas lent, douteux, craintif. Mikasa ressortit sa lame au ralenti, le chuintement s'étala de toute sa longueur lancinante sur les parois de la forteresse. Eren déglutit avant de l'imiter, plus vif, moins sûr. Mikasa veillait à tenir son coude en arrière. Un barrage entre Eren et le danger. Il ne trouvait plus la force de s'en désoler, tant ses pensées cherchaient à dépasser le temps pour obtenir tout de suite toutes les réponses, la certitude à laquelle il aspirait.
Une fois de plus, pousser la porte, infiltrer la pièce sans plus attendre, Mikasa sur la gauche, Eren sur sa droite, ils atteignirent le dernier étage. Une pièce circulaire, de dimensions plus réduites que les deux précédentes, les accueillit dans un silence glacial, morbide. L'endroit faisait un excellent point d'observation car les fenêtres étaient plus larges, les meurtrières encore plus nombreuses. Juste au-dessus d'eux, Eren devinait encore la charpente dans l'obscurité : une échelle en bois donnait accès au grenier par une trappe. Et après se dressaient les combles, arc-boutées sous la tempête, dernier rempart avant le toit, la trappe qui y menait, ses mâchicoulis, le point culminant du déluge en ce soir où l'orage découpait le ciel.
La sensation du dos de Mikasa près du sien, la symétrie que leurs lames dressées de chaque côté devaient former, le rasséréna. Avant qu'elle ne s'éloigne pour roder auprès des murs, une fois de plus, vérifier qu'aucun risque ne planait.
Il secoua la tête pour se reprendre. Déjà qu'ils peinaient à identifier leurs alentours dans cette obscurité, la puanteur n'arrangeait pas les choses. Il devait imiter sa partenaire, longer les murs droits, se sortir ces idées macabres de la tête et ce fumet qui intoxiquait ses trous de nez, ignorer les grouillements d'invisibles fourmis qui escaladaient les murs en panique, remontaient le courant de ses veines.
Il se prit les pieds dans une malle que les ténèbres avaient englouti et tomb-… non, ce n'était pas une malle.
C'était mou. Et visqueux. Et cette odeur… !
Il manqua s'empêtrer dans ses propres membres en se relevant à la hâte, trop conscient de ses mains trempées d'une substance tiède et collante. Les notes de la ferraille se mêlèrent au parfum d'œuf brûlé qui cramait dans sa gorge.
L'odeur était sur lui à présent, son nez n'avait plus à y prêter autant d'attention. Ses yeux reçurent alors toute l'énergie nécessaire pour détailler la cause de sa chute. Il apercevait Mikasa fondre dans sa direction pour lui prêter assistance, puis il put se focaliser sur le centre, sur ce qui se trouvait à ses pieds, sur qui se trouvait à ses pieds.
Ses yeux trébuchèrent sur le front baigné du sang séché de Marlow.
Il reconnut ses cheveux qui, trempés, reluisaient lorsque la foudre s'abattait de l'autre côté de la fenêtre, graissés par la sueur et la crasse. Nouvel éclair. L'orage pratiquait d'abondantes saignées dans les nuages, l'hémorragie ne s'arrêtait pas.
Il avait encore les yeux ouverts. Mais ils ne ressemblaient pas à des yeux. Ils étaient déformés, comme s'ils avaient vu quelque chose qu'ils n'auraient pas dû et en payaient désormais le prix.
-Eren… » murmura Mikasa, qui s'approchait de lui.
Son ton feutré cherchait à l'apaiser, l'attirer ailleurs, mais il ne pouvait plus bouger. Pas même ses yeux. Ils étaient collés au sinistre tableau, par crainte de s'écrouler comme une statue de sel s'ils venaient à détourner le regard, par crainte de la malédiction.
Il fixa la nuée de mouches qui butinaient autour de la fleur au parfum nauséabond.
Le bruit. Les bourdonnements épais. Ils s'infiltrèrent par houles ravageuses dans ses oreilles et il porta les mains à sa bouche pour se retenir de vomir les insectes.
Trop tard. Il lui échappa, le cri. Le hurlement.
Même l'orage s'arrêta de tonner. Eren ploya sous son propre rugissement ses boyaux ne tiendraient pas la note. Ses mains frottaient frénétiquement contre ses genoux, mais il avait beau faire, la tache ne s'estompait pas, alors il frotta encore, et encore. Frotta jusqu'à tailler la chair sur la surface trop flasque, trop lisse, trop propre. Ses yeux obstinément fermés car il n'avait pas besoin de voir. Il savait, bordel ! Pas la peine de constamment lui rappeler, il savait !
Sa voix éruptait encore, cognait contre tous ses os, réveillant les blessures de son bras et de son épaule, avant de s'échapper pour détonner à travers toute la tour. Risible comparé à l'écho des coups de canon, que le Capitole tirait pour les noyer un peu plus en enfer tous les jours. Il n'avait même plus envie d'exploser, ni de pleurer, ni de hurler.
Il avait juste envie de pouvoir faire quelque chose. N'importe quoi.
Il fallait qu'il purge ses narines du poison qu'elles avaient humé, il lui fallait de l'air pur, boire l'air frais à pleins poumons. Mais pouvait-il en trouver dans cette arène ? Il se précipitait vers la fenêtre la plus proche quand Mikasa s'interposa, saisit son poignet et le corps d'Eren se plia sous sa prise. Elle l'enserra si fort qu'elle pinçait ses os mais, entre la pluie, la foudre et le volcan, Eren ignorait à quoi il devait l'humidité de ses joues.
-Dépêche-toi ! Le tueur doit être encore dans le coin ! »
Elle tira autant qu'il le fallait pour les faire avancer tous les deux. Heureusement pour elle, le corps d'Eren se laissa happer par la force de la descente. Il roulait-boulait sur ses propres pieds, sans la croire. Le cadavre datait d'au moins deux jours, de quoi laisser tout le temps à l'assassin de déguerpir. Elle voulait les éloigner de cette foutue tour, et rien de plus. Ou l'éloigner, juste lui, mais il en doutait au son apeuré de sa respiration d'habitude si composée.
Le rideau de pluie tomba sur eux quand Mikasa ouvrit grand la porte d'un puissant coup d'épaule. Le nez d'Eren acclama la fraîcheur du vent, bien que trop conscient du mensonge qu'elle dissimulait. Une pureté artificielle. Tout pourrissait autour d'eux, tout empestait la pourriture. Même eux n'étaient que des cadavres ambulants. Ils finiraient tous comme Marlow, festin juteux d'un nuage vrombissant de mouches et d'une colonie grouillante d'asticots. Carcasses de craintes et de rêves, victimes des mensonges avec lesquels on les avait engraissés.
Un soubresaut d'écœurement s'empara de lui et repoussa Mikasa de toutes ses forces, mais la jeune femme le tenait fermement, soutenue par la vigueur de l'inquiétude et continuait de le conduire vers les arbres d'où ils étaient venus.
-Lâche-moi !
-Eren, je t'en prie, calme-toi ! Je suis là ! Tout va-
-Bas les pattes !
-Eren, écoute-moi !
-DÉGAGE ! »
De toutes ses forces, il poussa : Mikasa tituba en arrière.
-Je viens de voir un corps ! La dernière chose que je veux, c'est qu'un meurtrier me touche ! »
De toutes ses forces, il brisa son expression en mille éclats bouleversés. Ses sourcils se froissèrent, les gouttes inondèrent les yeux de Mikasa il y avait de quoi se couper avec tous ces morceaux de chagrin, mais Eren n'avait plus la patience de mettre des gants.
« C'est pas possible ! Je suis vraiment le seul qui pense à autre chose qu'à ce qu'on s'entre-tue ?! Bandes de salopards ! Vous êtes vraiment tous pareils, sales assassins ! »
Elle relâcha un grognement désespéré qui donna tout l'élan nécessaire à son poing pour se propulser dans le visage d'Eren !
Les phalanges le heurtèrent de plein fouet, sur la joue, à une pincée de millimètres de casser son nez. Chacune se chargea de le frapper de gifles osseuses. Les jointures le mordirent, les crocs similaires à ceux des masses d'armes. Rompu, le corps d'Eren se laissa porté par le courant de force, et se fracassa sur le sol.
L'impact cogna si fort qu'il se grava dans ses pommettes. Le dos étendu sur la boue, Eren sentait la marque du poing comme s'il le frappait toujours, inlassablement, et qu'il le maintenait au sol. Au poids de la douleur s'ajoutait l'appel las de la terre.
Il se contenta de relever le menton vers Mikasa, en passant une main absente sur sa joue, à dévisager sa partenaire qui haletait devant lui, le poing encore tendu. Elle rabaissa son bras, mais ses deux poings demeurèrent fermés, prêts à repartir à l'assaut.
-J'ai jamais voulu tuer ! »
La souffrance avait bel et bien fissuré son visage à elle aussi, même sa voix se craquelait dans le cri strident du verre qui éclatait :
-J'ai jamais voulu tuer Samuel… je voulais juste te protéger !… Tu étais inconscient sur mon dos, j'ai eu peur qu'il te fasse du mal alors je-j'ai… (Son inspiration sifflante la fit tressaillir.) J'ai eu peur de te perdre…
« Tu es tout ce qu'il me reste, soupira-t-elle. Je ne veux pas que tu me vois comme une tueuse, parce que je me suis perdue, et que tu es le seul qui peut encore me trouver… Je… »
Elle ne s'encombra pas plus d'une quête désespérée de mots, elle se jeta sur lui. L'entoura de ses genoux, le serra contre elle, pressant ses épaules d'un bras tandis que l'autre maintenait son dos. Il percevait les battements affolés de son cœur tambouriner contre sa poitrine, et le chaleureux flot de ses larmes ruisseler sur son épaule alors qu'elle enfouissait son visage dans l'uniforme abîmé.
Eren avait beau se trouver entre deux averses, un refuge s'était offert à lui.
-Je suis désolée de t'avoir frappé, Eren, pardon… Pardon, pardon… »
Malgré la pluie sur les vêtements de Mikasa, malgré le poison dans les narines d'Eren, il la retrouva. Une bribe, rien qu'une infime partie, mais bel et bien une trace. Non pas un souvenir qu'il avait reconstruit de toutes poussières, mais bien un fragment de l'odeur de la maison.
Juste là, chez sa sœur.
Et il venait de la traiter de monstre, elle qui essayait de le protéger, elle qui était tout ce qui lui restait, elle dont il avait cruellement besoin malgré toutes les excuses qu'il s'était dégoté.
-Pardon… pardon, pardon, pardon… Je te demande pardon… Pardon… »
Cette fois, c'était lui qui s'excusait.
« Chuis désolé… pardon…
-Tout va bien, Eren. Tout va bien, c'est fini. » murmura-t-elle en lui caressant les cheveux.
Elle mentait, mais il voulait qu'elle lui mente.
« On va trouver un endroit où se reposer pour cette nuit et tout ira bien… Tu verras, Eren, ça va s'arranger… »
Sous la pluie battante, deux fantômes s'enlaçaient, retournaient à la maison.
« Ça va s'arranger. »
