Hello !

Ce texte a été écrit pour le discord Festumsempra (n'hésitez pas à me demander le lien ! on n'a pas de cookies, mais on est très sympa) à l'occasion du Fest de la St Valentin.

Prompt :"Il y a souvent plus de choses naufragées au fond d'une âme qu'au fond de la mer." Victor Hugo

Stade de la relation : Réconciliation

Fleur: Jacinthe, fidélité absolue

Bonne lecture !


Trois heures du matin

.

Il est trois du matin et je ne dors pas.

Assise sur le rebord de la fenêtre, la tempe collée contre la vitre gelée, je cherche dans les étoiles le secret d'un sommeil qui me fuit.

Dans deux heures, je retournerai dans mon lit, encore trempé de mes larmes. Immobile et droite, j'attendrai que mes camarades se réveillent enfin. Feignant de ne pas remarquer mes yeux rougis et cerclés de noir, elles me demanderont si j'ai bien dormi ; je répondrai oui, évidemment, comme s'il était possible de nier l'évidence. Voilà des mois que je n'ai pas bien dormi.

Voilà des mois qu'en me regardant dans le miroir, je n'ai pas réussi à discerner autre chose qu'une fille pathétique.

Je te vois protester, mais je maintiens mon jugement.

Pathétique.

Risible.

Lamentable.

Ce sont, sans hésitation, les mots les plus appropriés pour me décrire, et je te défie de trouver quelqu'un qui désapprouverait.

Pathétique parce que je ne me souviens plus même plus de l'époque où mes yeux n'étaient pas douloureux, gonflés de larmes trop nombreuses pour qu'ils parviennent à toutes les verser.

Risible parce qu'il est trois heures du matin, que je ne dors pas et que je fixe le ciel, m'attendant à tout instant à recevoir une réponse aux lettres silencieuses que mon esprit t'envoie.

Lamentable parce que je tente de me persuader que ce que je mène s'appelle une vie, quand je ne fais qu'empiler des pierres sur une ruine.

Et pour quelles raisons ? Parce que je me suis perdue sur un chemin inexistant, à la poursuite de chimères irrattrapables, refusant de vivre sans toi, incapable de t'oublier.

.

.

.

J'ai essayé pourtant.

Personne ne m'a cru, mais toi, tu le sais, j'ai vraiment essayé.

J'ai écouté ceux qui me disaient de tourner la page et puisque cela me paraissait insuffisant, j'ai choisi de l'arracher. J'ai banni ton nom de mes lèvres, déchiré nos photos et piétiné tes poèmes. Je suis passée devant la statue contre laquelle nous avions échangé notre premier baiser et lui ai craché au visage. Abandonnée sur ma table de nuit, la jacinthe que tu m'avais offerte a fané doucement et j'ai prétendu ne pas m'en soucier.

Mais mes larmes ne se sont pas taries, le sommeil n'est pas revenu. La fleur et le parfum s'étaient évaporés mais la tige desséchée restait, comme l'image de ton corps exsangue, imprimée dans mes rétines.

J'ai compris que tous ces efforts n'étaient qu'une goutte d'eau arrachée à l'océan, car rien, pas même le temps, n'aurait pu faire disparaître le fantôme de tes lèvres pressées contre les miennes, de tes mots murmurés à mon oreille et accélérant mon cœur. Car tu es bien plus qu'un prénom que plus personne dans cette école n'ose prononcer, car mon âme est marquée de ton empreinte, indélébile.

J'ai rêvé qu'on arrachait de ma peau chaque millimètre encore brûlant d'avoir été effleuré par ton regard. Il ne restait plus rien de moi.

J'aurais voulu enlever du château toutes les pierres que tu avais foulées, rayer de la carte tous les pays que tu rêvais de visiter, faire disparaître la moindre personne que tu avais un jour regardée. J'aurais voulu tout réduire à néant, ne laisser que poussière et cendres dans mon sillage.

Il aurait fallu brûler le monde pour que je t'oublie.

.

.

.

Et puisque tu refusais de disparaître, il ne me restait plus qu'à te haïr.

.

.

.

Je n'ai jamais osé te l'avouer, mais j'ai toujours détesté les jacinthes et leur parfum entêtant. Une fleur qui te correspondait bien finalement.

Je ne t'avais rien demandé Cédric. Je menais une vie paisible avant que tu ne viennes la renverser. Je ne rêvais même pas de ton amour et me passais très bien de toi. Et puis tu es arrivé, avec ton sourire, tes poèmes, tes yeux et tes lèvres brûlantes. Tu m'as étourdie d'attentions et de caresses, tu t'es immiscé dans ma tête, bousculant mes repères, te taillant une place inébranlable dans mon âme. Et pourtant, j'étais si bien lorsque j'ignorais encore que tu m'étais plus indispensable que l'oxygène.

Entêtant. C'est ce que tu étais Cédric, et je t'en ai tant voulu pour cela. Tu n'avais pas le droit de devenir le centre de mon existence pour ensuite en disparaître.

Entêté également. T'es-tu souvenu, juste avant de mourir, que je t'avais supplié de ne pas t'inscrire à ce tournoi et que tu m'avais ris au nez, balayant mes inquiétudes d'un geste ? As-tu pensé à mes mains tremblantes autour de ton visage juste avant que tu ne partes pour la dernière tâche ?

As-tu regretté ?

Sûrement pas car tu n'étais pas du genre à regarder en arrière…

J'en t'en ai voulu Cédric, car ce rêve était le tien mais tu en avais fait le nôtre. Et je croyais tant en toi, plus qu'en n'importe qui d'autre au monde. Je croyais vraiment que tu en étais capable, que tu reviendrai auréolé de gloire, brandissant ce trophée et cherchant mon regard dans la foule.

Tu avais le pouvoir de conquérir le monde Cédric et tu t'es effondré, me laissant seule avec ton corps à ramasser.

.

.

.

Je t'ai méprisé Cédric.

Alors j'ai fait la seule chose qui semblait possible à cet instant, j'ai décidé de te remplacer et par la personne te blessant le plus.

Mais Cédric, j'ai simplement pris celui qui est revenu. Quel autre choix avais-je ?

Il ne m'a jamais offert de fleurs, ne m'a pas écrit le moindre poème, ne m'a pas incitée à transgresser le couvre-feu pour regarder les étoiles ensemble. Il ne m'a pas dit qu'il préférerait être enfermé à vie dans le salon de Mme Pieddodu plutôt que de passer la moindre seconde sans pouvoir tenir ma main.

Il ne te ressemble en rien et je n'ai jamais réussi à l'aimer autant que toi… je croyais pourtant qu'il suffirait de reproduire les mêmes gestes, de répéter les mêmes promesses, d'aller dans les mêmes lieux.

J'espérais que l'illusion suffirait à me guérir.

Parfois j'ai vraiment cru l'apprécier, mais cet embryon de relation était voué à l'échec car je n'ai jamais réussi à le voir tel qu'il est. Certains pensent qu'il est un héro, d'autres un adolescent perdu, d'aucuns un fou. Moi, quand je pose mes yeux sur lui, je te vois uniquement toi, cadavre livide dans ses bras.

Je crois que je lui en veux d'avoir été là cette nuit-là. D'avoir été le dernier à te tenir la main, à entendre le son de ta voix, à te voir respirer. D'avoir été le témoin du dernier battement de ton cœur.

Je lui en veux tout simplement de savoir ce que j'ignore et qui me ronge. Que s'est-il passé à la seconde même où tu es mort Cédric ? L'univers a-t-il hoqueté ? Les étoiles ont-elles pâli ? Le ciel a-t-il rougi de cette vie injustement volée, ou s'est-il ouvert pour t'accueillir immédiatement ?

Quelle pensée a traversé ton regard au moment où la mort a fondu sur toi ?

Harry n'a pu me donner la réponse à aucune de ces questions et j'ai doucement commencé à comprendre que mon amour pour lui n'était qu'un mirage, tentant vainement de remplir le manque que tu as creusé en moi.

Aurais-je préféré que vos rôles soient inversés ? J'ai mis du temps à accepter la réponse, pourtant évidente : oui, bien sûr. J'aurais sacrifié le monde entier pour que tu reviennes.

Chaque instant passé avec lui n'a fait que renforcer cette conviction. Toujours, je me répétais, dans un coin refoulé de mon esprit, que j'aurais voulu que tu sois là, à sa place. J'ai seulement aimé en lui ce qu'il me rappelait de nous. Quand je l'ai embrassé, je n'ai trouvé que des miettes de toi sur ses lèvres.

.

.

.

J'ai enfin réalisé que je ne pourrais jamais te remplacer et que j'avais autant échoué à te haïr qu'à t'oublier.

Je suis repassée devant la statue où tu m'avais embrassée et je l'ai trouvée belle.

.

.

.

Et puisqu'il m'était impossible de te détester, j'ai fait de toi une obsession.

J'ai repris la jacinthe, taillé la tige et replanté le bulbe. Je la prie chaque soir de grandir et de fleurir à nouveau, attendant patiemment le retour du parfum envoûtant.

J'ai retrouvé les photos et les poèmes que j'avais déchirés pour recoller patiemment les morceaux, renonçant à guérir mon cœur en même temps. J'ai enfin compris Cédric : j'ai compris que tu étais une plaie béante qui n'a jamais été destinée à cicatriser.

J'ai relu tes vers, inlassablement, lors de mes nuits sans sommeil, usant les parchemins de mes yeux. Je les connais par cœur et je viens chaque nuit te les réciter, les confiant aux étoiles. Dans mes rares instants de sommeil, je retrouve ta voix, tes mains et ta bouche.

J'occupe mes nuits à scruter le ciel. Je me rappelle les heures que nous passions en haut de la Tour d'Astronomie à veiller sur les étoiles. Tu voyais en elle le symbole de tous les possibles, moi je les chéris car elles sont devenues les dépositaires de notre amour.

Je cherche en elles ton visage, cherchant la constellation que tu es devenue.

Souvent je rêve de te rejoindre, de tendre les mains, de sauter de cette fenêtre et que tu tendes les bras pour m'accueillir. Mais je me rappelle ensuite la douleur de ton père, dont les pleurs résonnent encore certains soirs dans le stade. Je ne peux pas infliger cette peine à mes parents Cédric, même pour toi.

J'ai accepté que tu restes un astre lointain.

Je l'ai accepté car j'ai compris que cela ne m'empêchait pas de t'aimer. Bien au contraire.

Tu m'aimais Cédric, je le sais, tu me l'as dit et prouvé bien souvent, mais je me demande : est-ce que moi je t'aimais, ne serait-ce qu'un peu ? Etait-ce vraiment de l'amour que j'éprouvais quand tout était si simple, quand il me suffisait de te le dire pour que tu le croies, de t'embrasser pour te le prouver, de te sourire pour tout me faire pardonner ?

Ce n'était rien cela Cédric ! Rien qu'un feu de paille que la moindre goutte de pluie aurait pu éteindre ! Cédric, tu mérites un brasier implacable, capable de résister aux orages les plus violents et seule ta mort a pu l'allumer.

Ton prénom est une litanie que mes lèvres égrènent sans cesse, ton souvenir une plaie chérie que je fleuris de mes larmes. Tu es le spectre hantant mes nuits sans relâche, l'ombre planant sur chacun de mes mouvements.

J'ai fait de ma respiration, des battements de mon cœur, une ode à ta mémoire.

Tu es le couteau que je remue en moi, ravivant inlassablement mes blessures.

Je commence seulement à t'aimer.

.

.

.

Il est bientôt quatre heures du matin et je ne dors toujours pas.

Frissonnante, je n'ose pas rompre le contact de mon front avec la fenêtre gelée. Les étoiles ne m'ont pas livré le secret du sommeil pesant sur mes camarades mais qui tourne autour de moi sans me trouver. Je n'en veux pas aux étoiles, qu'elles gardent leur mystère, tant qu'elles peuvent recevoir ma peine.

Je me perds dans la contemplation de leur chatoiement et je leur confie ces mots que j'ai enfin assez de courage pour t'envoyer.

.

.

.

Pardonne-moi Cédric. Pardonne-moi d'avoir été injuste et inconstante, faible et égoïste.

On m'avait dit que la mort n'était qu'un commencement et j'avais reniflé de dédain. Pardonne-moi d'avoir mis tant de temps à accepter la vérité. Effectivement, ce n'est que le début. Cédric, je te l'ai dit, mon amour est désormais un brasier et j'embraserai le monde entier plutôt que de l'éteindre.

.

.

.

Merci Cédric car tu m'as appris que le mot toujours est illusoire sur cette terre. Rien, ici, n'est fait pour durer, nos passions même les plus ardentes sont aussi éphémères que le dessin des dunes dans le désert. Rien ne nous attend, sauf la poussière.

Il n'y a qu'en mourant que notre amour pouvait durer. Merci Cédric, merci de nous offrir l'éternité.

.

.

.

La jacinthe que tu m'avais offerte n'a jamais refleuri. Les feuilles ont poussé autour de la tige frêle, abritant précieusement un embryon de fleur qui ne reviendra jamais.