Auteur : Nat, pour vous servir… sur un plateau des textes que personne n'avait envie de lire. Si vous n'avez besoin de rien, je suis là pour vous !

Disclaimer : Les elfes ne m'appartiennent pas. Oui, je sais, c'est un scoop. Prévenez les médias.

Warnings : A priori, y'aurait rien de trop choquant dans ce texte, c'est juste un truc bizarre sans être drôle, pour une fois. Et je crois pas que ça soit triste non plus. Au pire, vous me direz ce que vous en pensez. Donc voilà : Attention, euh… truc bizarre en approche.

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Adel et Medin

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Adel et Medin se pointaient rarement en avance à la Tasse Vide, mais c'était bien la première fois qu'ils étaient autant en retard. Les parents avaient dû décaler la rentrée des récoltes à cause des pluies des derniers jours, et il leur avait bien fallu donner un coup de main à la ferme : deux paires de bras en plus, ce n'était pas négligeable. Seulement, les gamins en étaient à présent réduits à galoper à travers champs pour espérer arriver à l'auberge à temps pour préparer le coup de feu du soir. Enfin, la silhouette familière de la grande bâtisse se détacha sur le ciel bleu et les enfants ralentirent un peu l'allure. Medin, le souffle court, se plaignait d'un point de côté et sa sœur boitillait : elle s'était tordue le pied sur un caillou mesquin. Ronchonnant pour la forme, tous deux pénétrèrent dans la grande cour pavée en s'attendant à y trouver Anya, les poings sur les hanches et les sourcils froncés, aussi prête à leur distribuer leurs tâches de la journée qu'à les tancer vertement sur leur ponctualité hasardeuse.

Ils ne s'attendaient pas exactement à y trouver toute une compagnie montée d'Elfes en armes, leurs bannières brodées claquant au vent et leurs plaques d'armures polies rutilant sous le soleil qui déclinait.

Le frère et la sœur en restèrent bouche bée une bonne minute avant de réaliser que les cavaliers Elfes n'étaient pas les seuls dans la cour. Quelques badauds observaient la scène avec des yeux ronds et, agrippé à sa fourche, le garçon d'écurie surveillait les nouveaux venus d'un air soucieux. Presque toute la famille des aubergistes était sortie assister au spectacle, et le petit Tibo signifiait discrètement à ses deux amis de les rejoindre. Ce qu'ils s'empressèrent de faire, peu désireux de rester seuls face à cette impressionnante troupe armée jusqu'aux dents. Ils contournèrent les hauts chevaux qui mâchonnaient leur mors couvert d'écume et quelques uns des soldats, les remarquant, leur adressèrent des sourires vaguement las. L'un d'entre eux décala sa monture pour leur faciliter le passage, mais la plupart les ignorèrent superbement –pour ceux, du moins, qui ne les observèrent pas avec dédain.

« C'qui se passe ? souffla Adel en arrivant au niveau du garçonnet.

-C'est des Elfes ! crut nécessaire d'indiquer Tibo, l'excitation pointant dans sa voix aigue. »

Adel et Medin échangèrent un regard atterré et ce fut Anya qui se chargea de leur répondre.

« C'est des soldats du roi des Elfes, Gilalad ou quequ'chose comme ça. 'Y cherchent les Elfes d'la semaine passée, vous savez, ceux d'la grange et les autres.

-'Sont d'sus depuis un moment, vu leur état, grommela le garçon d'écurie dans le duvet blond qui peinait à lui tapisser le menton. 'Y vont crever leurs bêtes s'y continuent…

-Ah ouais, se rappela Medin, les Elfes d'la grange ! 'Y m'avaient aidé à rouler l'foin pour faire d'la place.

-Y'avait des petiot aussi. 'Y parlaient tout drôle, j'me souviens, ajouta Adel.

-Elrrross et Elrrronde, précisa Tibo. J'ai dit qu'y z'avaient joué avec moi et qu'on était copains, mais personne m'écoute…

-Shhhh ! fit Liset, impérieuse, et les gamins se turent. »

Un des elfes, doté d'une armure plus ornée de dorures et d'entrelacs que celles de ses semblables et bénéficiant d'un casque garni à foison de plumes jaunes et blanches, mit pied à terre pour s'entretenir avec l'aubergiste. Ce devait être un personnage important pour les siens, et il posait ses questions avec autorité.

« Pour sûr qu'il était grand, c'rouquin, balbutiait en réponse un Mohor quelque peu décontenancé. Même qu'il a dû s'baisser pour passer la porte, le gaillard, et 'voyez comme elle est haute ! J'saurais pas vous dire si l'autre était mén'strel, par contre, mais 'y avait une voix comme j'en ai jamais connu d'pareille.

-Leur blason, une étoile à huit branches ? s'enquit l'Elfe au casque emplumé, péremptoire. »

Mohor s'accorda une seconde de réflexion.

« 'Y z'avaient des étoiles partout sur leurs vêtements, mais d'là à compter les branches… J'avais autre chose à faire, 'pensez donc. Mais l'rouquin, 'y lui manquait une main, si ç'peut vous aider. Sa main d'épée, j'ai pas perdu ça. »

Un murmure furieux parcourut les rangs des cavaliers aux oreilles pointues, enflant à mesure qu'il en gagnait l'arrière. Certains s'apprêtaient déjà à tourner bride, n'attendant qu'un signe de leur capitaine.

« Nar ti, Hestim ! s'écria l'un d'eux. Nar i Fëanorian ! »

Le capitaine à plumes lui imposa le silence d'un geste de la main et poursuivit son interrogatoire. Une lueur s'était allumée dans ses yeux, comme un espoir éteint que l'inattendu ravive.

« Et vous dites que deux enfants les accompagnaient ?

-Des jumeaux, confirma l'aubergiste. 'Tous cas, y s'ressemblaient comme deux gouttes d'eau, ces petiots-là. On a pensé qu'c'étaient les leurs. Une famille en voyage pour la foire, quoi, comme on en voit des dizaines à cet' période de l'année.

-Une famille ? »

Le visage altier de l'officier se para d'un sourire acide.

« Non pas une famille en voyage, monsieur, mais de dangereux criminels en cavale, susurra-t-il d'une voix où perlait le plus subtil dédain. Ces deux hommes sont des assassins doublés de voleurs d'enfants; et les jumeaux que vous avez rencontrés sont en réalité les princes de sang Elros et Elrond Peredhil, cousins de Gilgalad, notre roi, héritiers des maisons royales de Thingol Gris-Manteau et de Turgon de Gondolin, et derniers descendants de l'illustre lignée de Beren Une-main et de Lúthien Tinúviel, qui ont été pris en otage il y a plusieurs années suite au massacre de leur famille par leurs ravisseurs. »

Un silence lourd tomba sur les hôteliers médusés. Adel et Medin s'entreregardèrent, mal à l'aise et un peu perdus au milieu de tous ces grands noms qui leurs étaient parfaitement inconnus. Anya et le garçon d'écurie ne semblaient pas beaucoup plus avancés qu'eux, mais Liset avait pâli et se couvrait la bouche, l'air choqué. Mohor se gratta le crâne, éberlué.

« Alors ça, s'exclama l'aubergiste avec franchise, on s'en s'rait jamais douté.

-Moi, fit le petit Tibo d'un ton docte, j'savais qu'c'était des princes, d'abord. »

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J'ai trop facilement tendance à oublier que mes Fils de Fëanor préférés sont aussi des fratricides kidnappeurs. Des fois, j'ai besoin d'une petite piqûre de rappel et ceci en est une.

Et on en a maintenant terminé avec cette petite historiette de passage à l'auberge ! Merci d'avoir pris le temps de lire cette histoire et/ou cet épilogue ! :D