Hello tout le monde ! Aujourd'hui, suite et fin du chapitre 8 en diptyque. J'espère qu'il vous plaira ! Comme d'habitude, n'hésitez pas à me le faire savoir en review !


Dimanche 17 décembre 2023

CHAPITRE NEUF: I LOVED HER FIRST – HEARTLAND (partie 2)

Look at the two of you dancing that way

Lost in the moment and in each other's face

So much in love, you're alone in this place

Like there's nobody else in the world

Dean hésita une seconde avant de s'avancer jusqu'à la tente de Castiel. Il n'était pas certain de comment seraient les choses maintenant qu'il avait remporté la main de Cass – c'était toujours aussi étrange de penser cela, même si ce n'était qu'un jeu – et il avait un peu peur de revoir son petit ami. Dean prit une longue inspiration et passa la tête à travers l'ouverture qu'il y'avait dans la tente.

Castiel se tourna vers lui en l'entendant et son visage s'illumina, calmant un peu l'appréhension de Dean qui lui rendit son sourire.

– Je peux entrer?

Cass acquiesça et Dean ne se fit pas prier pour le rejoindre au centre de la tente. Dans le fond il y'avait un lit – un matelas recouvert de draps aux motifs floraux – et une table sur laquelle livres et papiers avaient été entreposés. Sam et Charlie s'étaient donné du mal – beaucoup de mal – pour mener leur plan à bien.

Pendant un moment, Dean ne fit qu'admirer la silhouette de Castiel, toujours drapé dans son costume médiéval. Il le trouvait beau en toutes circonstances mais les atours que lui avait choisis Charlie le rendaient encore plus époustouflant. Castiel fit un pas vers lui, plongeant son regard dans le sien et Dean sentit que son cœur ratait un battement parce que l'expression incertaine de son petit ami était bien trop adorable pour son propre bien.

– Vous êtes un combattant admirable, souffla-t-il et Dean sourit.

Sam voulait qu'il joue? Il jouerait. Il adressa un sourire charmeur à Cass et fut ravi de le voir rougir.

– Le prix en valait la peine, si j'ose le dire, Altesse.

– Vous venez de le faire, fit remarquer Castiel en s'approchant encore.

Seuls quelques centimètres les séparaient et Dean se retenait du mieux qu'il pouvait de fondre sur les lèvres de Cass. À la place, il prit sa main dans la sienne et entrelaça leurs doigts. Il vit que Cass retenait son souffle et sourit avant de laisser ses prunelles rencontrer les iris céruléennes de Cass. Dean sourit encore, de ce sourire aguicheur qui faisait si irrésistiblement rougir le doctorant.

– Pardonnez mon audace, Emrys, mais j'ai su que je vous désirais à l'instant où mes yeux se sont posés sur vous.

Ce qui était aussi vrai pour le personnage qu'il avait décidé de jouer aujourd'hui que pour lui. Les joues de Castiel se colorèrent plus encore et il baissa les yeux, incapable de soutenir plus longtemps le regard brûlant de Dean qui doucement, posa deux doigts sous le menton du doctorant pour le contraindre à le regarder de nouveau. Quelques secondes plus tard, sa main venait effleurer la peau de sa joue.

– Je… je pourrais dire la même chose, balbutia Cass et Dean sourit, mais cette fois, c'était tendrement.

Avant que Dean n'ait pu répondre, Castiel posait délicatement ses lèvres sur les siennes. Dean abandonna sa joue pour l'enlacer fermement, ses deux bras serrant la taille du doctorant avec force tandis que Cass jetait les siens autour de son cou, s'accrochant à sa nuque. Impérieux, Dean demanda l'accès à la bouche de Castiel qui le lui offrit. Leurs langues se mirent à danser tandis que Cass reculait pour tirer Dean en arrière, soudain beaucoup plus entreprenant.

Leurs bouches se séparaient à peine qu'ils tombaient à la renverse sur le matelas et s'embrassaient de nouveau, passionnément. Dean eut à peine le temps de comprendre ce qui lui arrivait que Castiel l'avait plaqué sur le matelas dans un geste sauvage. Dean sourit, son cœur battant la chamade tandis que le doctorant lui adressait un regard brûlant.

Dean déglutit, soudain rendu muet par l'intensité de ce regard.

Un sourire conquérant étira les lèvres de son compagnon qui s'assit à califourchon sur lui et se débarrassa de la cape sur ses épaules qui gênait ses mouvements. Dean étouffa un grognement alors que tout son sang migrait vers une partie précise de son anatomie. Il n'eut pas vraiment le temps d'y penser que Castiel capturait de nouveau ses lèvres, impétueux et il se laissa aller contre celles-ci tandis que les mains de son petit ami fourrageaient dans ses cheveux encore humides de sueur, descendaient dans sa nuque, le long de son torse.

Dean ne put contenir son gémissement quand elle se glissèrent sous sa chemise. Les mains de Castiel étaient brûlantes et elles réveillaient un véritable incendie dans son bas-ventre, faisaient pulser le désir entre ses jambes.

– Oh putain, Cass…

Pour toute réponse, et sans cesser ses caresses, Castiel s'allongea contre lui et apposa ses lèvres contre la gorge de Dean qui mordit la sienne pour ne pas laisser entendre le plaisir que lui procurait le geste. Et Castiel qui continuait d'explorer sa peau, remontant lentement le long de ses abdominaux…

– Dans quel état tu veux me mettre? souffla-t-il et Castiel redressa la tête pour le contempler, un sourire joueur aux lèvres.

– Ca veut dire que je dois m'arrêter?

– Non! Non, surtout pas!

Castiel rit et l'embrassa avec douceur avant de reprendre ses explorations. Entre deux baisers, il lui murmura:

– La façon dont tu as combattu pour moi cet après-midi…

Dean l'embrassa sauvagement et en profita pour reprendre le contrôle de la situation en roulant sur le matelas. Cette fois, c'était lui qui surplombait Cass. Et Dieu que la vue était agréable…

– Je ne pouvais pas laisser qui que ce soit d'autre te remporter.

Il déposa un autre baiser furtif sur ses lèvres.

– Imaginer quelqu'un d'autre dans cette tente… ici… avec toi…

Dean lui vola un autre baiser tout en rapprochant son corps de celui de Cass. Leurs torses se touchaient presque, leurs jambes étaient emmêlées sur le matelas, son genou effleurant en douceur la cuisse de Castiel.

– Serait-ce de la jalousie? le taquina ce dernier alors que Dean glissait ses mains contre les hanches de son petit ami qui se contorsionna sous la caresse. Il le vit se mordre la lèvre alors qu'il lui prodiguait les mêmes attentions qu'il avait reçues un peu plus tôt.

Leurs lèvres se rencontrèrent encore et encore.

– Serait-ce mal, votre Altesse? murmura Dean sur un ton bas, rauque et il fut satisfait de sentir Castiel trembler contre lui.

– La jalousie est un vilain défaut, paraît-il, lui répondit-il avant de tirer sur le col de son costume pour attirer sa bouche vers la sienne. Dean ne se fit pas prier et laissa son genou dessiner les contours de la jambe de Cass.

– Je m'en fiche. Je ne compte pas te partager.

– Possessif en plus de ça, souffla Castiel sur un ton si suave que Dean grogna, son excitation enflant encore et encore.

Cass attrapa une poignée de cheveux pour l'attirer à lui dans un baiser langoureux, ce qui eut pour effet de le faire s'effondrer tout contre lui et visiblement, Cass le désirait tout autant qu'il le désirait.

– Tu m'en vois ravi, murmura le doctorant tout contre ses lèvres au moment même où quelqu'un entrait dans la tente avec brusquerie.

Dean et Castiel tournèrent la tête d'un même mouvement vers Charlie qui les observait, visiblement très étonnée de les découvrir dans cette position. Mais Dean jugea plus sûr de rester ainsi allongé contre Cass parce qu'elle ne manquerait pas de voir quelque chose qu'il ne voulait pas partager avec elle s'il bougeait.

– Oh hum… désolée.

Quelques secondes plus tard, un sourire barrait son visage.

– Vous ne perdez pas de temps. Ravie de voir que ton futur compagnon te plaît, cousin.

Dean baissa la tête, rougissant. Castiel était tout aussi écarlate que lui mais il prit la peine de répondre à Charlie:

– Euh… oui. Ce tournoi était… une excellente idée… pour le royaume et hum…

Dean ne put s'empêcher de glousser aux paroles aussi peu convaincantes que leurs joues, leurs lèvres rougies par le désir et les baisers et sans doute que cette réaction était un peu due à son corps déjà saturé d'endorphines. Cass lui renvoya un regard noir et Dean ne put s'empêcher d'embrasser sa tempe avec tendresse.

– Oh, fit soudain Charlie et Dean se souvint qu'ils n'étaient pas seuls.

Soudain, un immense sourire barra son visage.

– CA A MARCHÉ ! s'exclama-t-elle soudain tout en levant les bras en signe de victoire.

Castiel fronça les sourcils et Dean se retint de frotter le pli qui s'était formé sur son visage du bout des doigts.

– Qu'est-ce qui a marché ? demanda-t-il finalement tandis que Dean se dégageait de son corps, certain que plus rien ne le trahirait à présent.

Le sourire de Charlie s'agrandit plus encore si c'était possible.

– Son plan foireux avec Sam pour se foutre de ma gueule, répondit Dean à la place de son amie qui gloussa.

– Je reconnais que c'était l'un des objectifs mais clairement pas le principal.

Dean haussa un sourcil.

– Le but, à la base, c'était de vous sortir tous les deux la tête de vos fesses et vous faire comprendre que vous êtes juste raides dingues l'un de l'autre.

Dean et Castiel baissèrent la tête d'un même mouvement et si Dean pouvait voir la brusque rougeur sur les joues de son petit ami, il devinait qu'il n'en menait pas plus large rien qu'à la chaleur cuisante qui envahissait les siennes.

– On avait pas besoin que vous jouiez les agences matrimoniales, grommela-t-il entre ses dents. Charlie n'eut cependant aucun mal à l'entendre et son sourire se changea en une moue dubitative.

– Han-han ?

Dean haussa un sourcil.

– Sam t'a pas dit ?

– Qu'est-ce qu'il aurait dû m… oh. Oh !

Elle le foudroya du regard.

– Dean Winchester. Tu as deux secondes pour me donner une excellente raison à ton silence.

Dean secoua la tête, désabusé tandis que Cass avait plongé son visage dans sa nuque, sans doute pour cacher ses joues à nouveau rougissantes.

– Hum... Disons que ça ne fait même pas vingt-quatre heures?

Dean se mordit la lèvre, priant silencieusement pour que Charlie ne décide pas de lui faire passer l'interrogatoire auquel il savait qu'il n'échapperait pas. Il espérait juste qu'elle préserverait Castiel de sa trop grande curiosité quand il s'agissait des relations de Dean.

– Tu t'en sors bien, dit-elle finalement. Mais je te préviens, je veux TOUT savoir. Tu m'as assez parlé des «magnifiques yeux océan de Castiel» pour que j'y ai droit.

Dean piqua un fard et il vit que Cass avait redressé la tête pour lui lancer un regard intrigué et il rougit de plus belle. Parfois il détestait Charlie. Autant qu'il l'adorait le reste du temps mais elle était intenable. Mettez-la avec Sam et sortir vivant d'une journée en leur compagnie relevait de l'exploit.

– Bon. Je vais vous laisser, vous m'aviez l'air très occupés.

Dean et Castiel devinrent cramoisis en même temps ce qui fit rire Charlie.

– Ce n'est pas ce que tu croies, répliqua Dean au bout d'un moment, sans la regarder.

A en juger par l'œillade dubitative qu'elle lui lançait, elle n'était déjà pas très convaincue de ses paroles.

– Je ne te crois pas. Tu ne me feras pas gober un truc pareil.

– C'est la vérité, Charlie.

C'était Cass qui venait d'intervenir. Il ne regardait pas Charlie et se contentait de caresser le dos de Dean distraitement. Dean lui adressa un sourire désolé auquel il répondit par un hochement de tête signifiant que ce n'était pas grave. Quand ils reportèrent leur attention sur Charlie, elle les observait, encore plus ahurie que lorsqu'elle les avait découverts.

Si tout avait été comme d'habitude, Charlie les aurait sans doute surpris dans une position encore plus compromettante. Et Dean n'aurait certainement pas attendu le stupide jeu de rôle pour ne faire qu'un avec Cass. Et même si le facteur Sam entrait dans l'équation – ce qui en soit n'était pas un problème car il n'aurait qu'à recycler leurs vieux codes (à savoir les cravates accrochées aux portes) qui dataient de l'époque où ils partageaient un appartement près de Stanford – pour que Sam comprenne qu'il serait mieux d'aller faire un tour. Bien entendu, Dean en entendrait parler pendant des mois et ce serait de bonne guerre car il n'avait pas manqué une occasion de faire des sous-entendus salaces quand il savait que Jessica venait à leur appartement. Cela ne le gênait pas. Ce n'était pas la véritable raison de son inhabituelle abstinence quand bien même tout son corps hurlait son désir de celui de Cass.

Finalement, Charlie cessa de le regarder d'un air suspicieux et lui fit comprendre sans un mot qu'elle n'en avait pas fini avec lui, même si elle laissait couler pour le moment. Elle s'en retourna vers l'entrée de la tente.

– Je vais faire savoir que le prince ne veut pas être dérangé avant un looooong moment.

Ses mots n'eurent pour effet que de renforcer plus encore la gêne de Dean et Castiel. Quand Charlie fut partie, Dean se tourna vers son petit ami. Ce dernier lui sourit, les joues encore rougies par le malaise. Dean se pencha vers lui pour l'embrasser avec tendresse. Puis il roula un peu pour s'installer plus confortablement contre Cass qui quelques secondes plus tard, vint se blottir contre lui. Dean ferma les yeux avec un soupir d'aise tout en entourant la taille de Cass de son bras.

– Charlie n'a pas que des mauvaises idées finalement.

Dean embrassa la tempe de Castiel, dégagea une de ses mèches de cheveux et referma les yeux. Il sut que Castiel l'imitait peu de temps après quand il sentit la tête de son compagnon s'enfoncer un peu mieux dans sa poitrine. Il sentit son cœur s'affoler dans sa poitrine à cause de ce simple geste.

Et c'était simplement ça qui l'empêchait de franchir cette étape. Il voulait que ce moment soit parfait. La meilleure partie de jambes en l'air de sa vie. Parce que Cass n'était pas tous ces mecs qu'il avait dragués dans les bars avant lui, il n'était pas une conquête de plus sans importance qui lui permettait de satisfaire sa libido. Cass n'était pas une énième quête de plaisir.

Il était plus, bien plus que ça parce que pour la première fois de sa vie, les sentiments entraient en jeu. Et Dean ne voulait pas que cela ressemble à toutes ces autres fois qui avaient jalonné son existence. Il voulait que cela soit mémorable et il voulait apprendre par cœur son corps avant de se lancer. Et surtout, surtout, il voulait montrer à Cass combien il l'aimait à travers ses gestes, à travers cette union de leurs corps, à travers un acte qui pour la première fois de sa vie, lui apparaissait avec bien plus d'importance, de solennité qu'avant.

– Dean?

Il sentit la voix de Cass vibrer dans sa poitrine tant ils étaient fermement enlacés.

– Je… je peux te poser une question?

Dean approcha sa main du visage de Castiel et glissa ses doigts dans les mèches qui lui tombaient sur le front. Il acquiesça quand les iris céruléennes rencontrèrent les siennes.

– Pourquoi Charlie pense-t-elle qu'on a déjà… hum…

Castiel baissa les yeux, une délicate rougeur envahissant ses joues mais ne termina pas sa phrase. C'était inutile parce que Dean avait compris. Il se mordit la lèvre. Il s'attendait à la question évidemment, et il savait qu'il devrait choisir ses mots avec soin pour ne pas risquer de vexer son petit ami.

– Je t'avais dit que c'était mon mode opératoire habituel. Voilà pourquoi.

Dean s'interrompit une seconde pour prendre une longue inspiration. Il n'était pas à l'aise avec les discussions aussi sincères, encore plus quand c'était lui qui devait parler. Il plongea son regard dans celui de Cass.

– Je suppose que… tu as remarqué que j'en avais très envie. Mais… je veux pas te donner l'impression que tu es juste… un plan cul. Parce que tu es bien plus que ça pour moi, Cass.

Castiel ne l'avait pas quitté des yeux. Dean fit de son mieux pour ne pas détourner les siens. Mais c'était extrêmement difficile quand Cass le fixait ainsi, pendu à ses lèvres, quand il devait mettre des mots sur ce qu'il ressentait – et sans trop en dire parce qu'il ne se sentait pas encore capable d'avouer la portée de ses sentiments à Cass. Des sentiments, qui plus est, qu'il n'était même pas certain de saisir entièrement.

– Je ne veux pas te brusquer non plus. On n'en a pas encore discuté toi et moi et je ne sais pas comment tu te sens par rapport à ça. Je ne veux pas que ça se passe dans la précipitation. Je veux qu'on prenne notre temps et je veux que ça soit…

Dean se tut de nouveau, sans trop savoir s'il devait achever son discours. Parce que tout cela lui semblait tellement niais maintenant qu'il fallait le dire. Il se trouvait ridicule et il avait peur que Cass... Il fut brusquement interrompu dans ses cogitations par les lèvres de Castiel qui se posèrent sur les siennes avec une précipitation presque brutale et Dean oublia aussitôt ses tourments et ses questions existentielles pour se concentrer uniquement sur ce baiser qui lui disait sans besoin de mots que Cass avait compris et qu'il n'en était pas le moins du monde vexé. Ce dernier l'attrapa par la taille et le fit basculer légèrement pour qu'ils se retrouvent face à face. Quand Castiel rompit le baiser, il posa son front contre le sien, sa main caressa la joue de Dean et ses yeux ne quittaient plus les siens. Il lui sourit.

– Moi aussi, j'aimerai que ça soit comme ça, chuchota-t-il et son souffle s'échoua sur les lèvres de Dean.

Ses doigts glissaient sur la peau de son visage, de son cou, le long du tissu qui couvrait son bras tandis que des frissons irrépressibles naissaient sur leur passage.

– Je ne veux pas… reproduire des erreurs que j'ai faites il y'a longtemps. Regretter.

Cass s'interrompit une seconde avant qu'un autre sourire ne fleurisse sur ses lèvres.

– Même si j'imagine mal regretter l'amour avec toi, Dean…

Et le cœur de Dean fit une embardée, oublia comment battre pendant plusieurs secondes alors qu'il fixait son petit ami, abasourdi, complètement sonné par ses paroles, avant de repartir de plus belle dans un tonnerre de tous les diables et Dean était certain que même Cass pouvait l'entendre cogner fort contre sa cage thoracique. Quand il eut repris ses esprits, Dean se pressa de tout son être contre Castiel et lui donna le baiser le plus passionné de toute son existence. Cass grogna contre ses lèvres, entrouvrit la bouche pour se lancer à l'assaut de la langue de Dean. Elles entrèrent en collision avec violence avant de s'enrouler sensuellement l'une autour de l'autre. Les mains de Dean avaient pris le visage de Castiel en coupe tandis que ce dernier entreprenait de décoiffer avec sauvagerie les mèches châtaines du premier. Quand ils se séparèrent, ce fut essoufflés, encore étourdis par l'intensité de l'échange.

Dean se redressa légèrement pour embrasser une à une chaque parcelle du visage de Cass, tout en murmurant entre chaque baiser:

– Un jour… Cass, un jour… je te ferai l'amour… et tu oublieras ces autres avant moi… j'oublierai ces autres avant toi… nos corps enlacés… ça sera le seul souvenir qu'on aura de ce qu'est l'amour…

Castiel tourna la tête et lui vola un baiser fiévreux. Dean sentait un feu infernal courir dans ses veines. Castiel agrippa son épaule avec brusquerie, le contraint à s'étaler de tout son long contre lui. Il sentit les ongles de Cass s'enfoncer dans sa peau, comme s'il voulait le marquer comme sien, et Dean frémit.

Ils se regardèrent pendant un long moment, la même fièvre dans les yeux, la même intensité et peut-être même les mêmes pensées. Dean avait le souffle court. Ce qui venait de se passer avait été… intense. Et alors que ses propres mots lui revenaient en tête, il sentit son cœur accélérer ses battements. Ses mots l'effrayaient. Et il était incapable de les regretter. Ce qui l'effrayait encore plus. Dean les chassa au fond de son esprit. Il se laissa aller contre Cass, son front rencontra la fermeté de sa poitrine et il inspira à pleins poumons l'odeur de son compagnon. Castiel n'avait pas lâché son épaule et l'enlaçait avec fermeté.

– Tu sais, pendant un moment, j'ai cru que tu ne me désirais pas… de cette façon.

– Comment est-ce que tu as pu te mettre ça en tête?

– Les réactions de ton corps pourraient très bien être une simple réponse à un stimulus, Dean. Je veux dire… Quand j'ai commencé à m'interroger sur ma sexualité, j'ai fait quelques recherches et j'ai d'abord cru que j'étais asexuel. Parce que je ne ressentais rien de ce que ressentaient mes camarades pour les filles. J'étais indifférent au charme qu'elles exerçaient sur eux. Et puis finalement, j'ai accepté l'idée que ce n'était pas elles qui m'attiraient… Tout ça pour dire, Dean, que ton corps peut exprimer des désirs que toi-même tu ne ressens pas. Et donc que ça peut ne rien avoir avec moi.

Dean embrassa la naissance de son torse ce qui fit naître quelques frissons sur la peau de son compagnon.

– Je t'assure que tu y es vraiment pour quelque chose.

Cass rit doucement et sa main trouva rapidement son chemin jusqu'aux cheveux de Dean qu'il se mit à caresser avec douceur. Dean se détendit complètement, allongé de tout son long sur Castiel, ses bras entourant son corps, et il ferma les yeux.

– Dean?

– Mmh?

– Charlie et Sam ont vraiment inventé toute cette histoire pour nous ?

– Faut croire. Tu apprendras vite qu'il n'y a pas plus motivé que Sam quand il s'agit de m'emmerder. Et quand Charlie s'y met… autant dire que je suis dans la merde.

Il marqua une pause.

– Charlie n'a pas plus de cousin dans la vie que dans Moondoor. Le royaume d'Eden n'existe pas et celui de Darkdoor encore moins. Ce tournoi, c'était juste un prétexte débile pour me faire chier. Sam savait que je ne pourrais pas ne pas participer alors il a enrôlé Charlie là-dedans. Depuis qu'il sait pour toi et moi, il a décidé de se venger de toutes les fois où je l'ai emmerdé par rapport à sa copine. Je suis presque sûr qu'ils avaient préparé ça pour nous mettre face à nos…

Dean s'éclaircit la gorge, sentant le rouge lui monter aux joues tandis qu'il retenait de justesse le mot «sentiments» de s'échapper de ses lèvres.

– Je veux dire que je pense qu'ils voulaient juste nous donner un coup de pouce. Mais on a pas eu besoin d'eux.

Castiel resta interdit quelques secondes.

– Ils ont monté toute cette histoire pour qu'on finisse ensemble ?

Dean hocha la tête avec son expression la plus désabusée.

– Sam était déjà insupportable ce matin, il n'allait pas s'arrêter en si bon chemin. Et puis il a un humour de merde, alors il doit trouver ça drôle.

Castiel sourit, amusé.

– Ou bien c'est sa façon à lui de te dire qu'il nous approuve… tous les deux. Ensemble, je veux dire.

– Peut-être.»

Ils se blottirent un peu mieux l'un contre l'autre avant de laisser échapper un même soupir d'aise qui les fit rire. Dean se redressa un peu pour embrasser doucement les lèvres de Castiel, attrapa le drap qui gisait au fond du matelas et le rabattit sur leurs corps enlacés et quand il eut terminé, il glissa son nez dans le creux de la nuque de Cass et ne bougea plus.


Ils rejoignirent la tente où se déroulerait le repas du soir en leur honneur quelques heures plus tard. Castiel songea qu'il avait dû s'endormir car il ne se souvenait de rien de ce qu'il avait fait durant ce temps-là.

Il y'eut un murmure quand Dean et Castiel pénétrèrent dans la tente côte à côte et Castiel sentit le regard des joueurs les suivre jusqu'à la table d'honneur, tous deux placés à droite de Charlie qui leur adressa un grand sourire goguenard. Et Castiel fut presque certain de la voir tendre une main en direction de Sam, placé derrière elle comme à son habitude, comme si elle voulait qu'il la lui frappe en guise de victoire.

«Alors, on s'est bien amusé ? leur lança Charlie quand ils s'installèrent.

Dean et Castiel piquèrent un fard avant de baisser les yeux. Leurs regards se croisèrent dans le processus et pendant quelques secondes, ils ne purent s'empêcher de se contempler. Cependant, Sam finit par s'éclaircir la gorge et, rougissant de plus belle, Castiel s'installa à côté de Charlie, rapidement imité par Dean.

Charlie se pencha soudain vers lui et glissa à son oreille:

– Tu sais, c'est le moment où tu es censé faire un discours…

Il tourna un regard affolé vers elle tandis que son cœur se mettait à battre la chamade. Il aurait voulu lui demander pourquoi et ce qu'il fallait dire – ou mieux lui confier la mission, après tout, elle avait l'habitude et semblait bien plus à l'aise que lui dans ce jeu – mais la seule chose qui sortit fut un«Quoi?» étranglé.

Il vit du coin de l'œil que Dean avait froncé les sourcils, alerté par sa voix un peu trop haut perchée pour être naturelle.

– Ce dîner, Emrys, fit Charlie en accentuant bien son nom de LARPer histoire de lui faire comprendre de quoi elle parlait, est donné en ton honneur et celui de Sire Dean, le valeureux chevalier qui a remporté ta main. Mais surtout, il est le symbole de l'union de nos deux royaumes contre la guerre qui se profile. Il est de ton devoir de prince que de prononcer un discours pour mes sujets.

Castiel déglutit. Une main se posa sur sa cuisse et il tourna brusquement la tête vers Dean qui plongea aussitôt son regard dans le sien. Le contact entre leurs peaux incendia Castiel qui eut du mal à soutenir l'œillade de Dean.

–Est-ce vraiment nécessaire, Majesté? demanda-t-il sans quitter Castiel des yeux. Je crains que votre cousin ne soit très à l'aise avec ce genre de convenances.

Et il gratifia son amie d'un roulement d'yeux qui en disait long sur le fond de sa pensée. Castiel l'observa pendant une fraction de secondes avant de poser sa main sur la sienne, sous la table, à l'abri des regards.

– Ca va aller, Dean. Puisqu'il le faut.

Et après lui avoir adressé un sourire encourageant, Castiel se leva. Il déglutit une nouvelle fois tandis qu'il voyait tous les regards se tourner vers lui. Pendant un instant, il laissa ses yeux balayer l'immense tente du regard tandis que son cerveau tournait à plein régime pour trouver quelque chose de convaincant à dire. Il prit une grande inspiration et jeta un coup d'œil sur sa droite. Dean croisa son regard et fit un signe de tête. Castiel se tourna à nouveau vers les sujets de sa cousine d'un jour.

– Hmm… tout d'abord… tout d'abord je voulais remercier l'ensemble des participants à ce tournoi pour l'enthousiasme dont ils ont fait preuve. Je ne doute pas qu'avec l'aide du royaume de Moondoor nous ayons de grandes chances de repousser l'ennemi qui de jour en jour se rapproche de mes terres.

De nouveau, il jeta un œil en direction de Dean et se mordit la lèvre. Ce dernier lui sourit et hocha la tête. Il avait compris. Et au vu de la lueur malicieuse dans ses yeux, Dean approuvait l'idée qu'il avait eue.

Sam et Charlie avaient voulu jouer? Eh bien ils seraient servis.

– Il y'a cependant quelques petites choses que vous devez savoir à propos des soldats de Darkwood. Ils obéissent à un ennemi qui, je pense, vous est encore inconnu. Leur roi est un très grand mage noir qui manipule un type de sorcellerie aussi puissant que dangereux. Contrôle d'esprit, télékinésie, téléportation… Il s'agit d'autant de capacités dont sont dotés les soldats de Darkwood. Lorsque vous serez sur le champ de bataille, il vous faudra redoubler de vigilance car ceux qui se prétendaient vos amis pourraient tout aussi bien vous parler avec les mots des sorciers de Darkwood.

Castiel marqua une pause et jeta à nouveau un regard en arrière. Dean souriait et trépignait sur son siège, fier. Le voir ainsi galvanisa l'inspiration dont il était soudain l'hôte et Castiel reprit son discours, un peu moins nerveux.

– Mes propres hommes savent comment faire face à cette magie noire et dès demain, j'enverrai nombre d'entre eux pour vous former. Je resterai également à vos côtés pour en faire de même. Tout ce que vous avez besoin de savoir pour l'instant, c'est qu'ils ont parfois les yeux noirs.

Castiel se tut de nouveau et se tourna vers Dean une quatrième fois, le cœur battant à se rompre parce qu'il venait d'avoir une idée qui à coup sûr, pourrait annihiler tous les efforts de Sam et Charlie pour les mettre mal à l'aise, si c'était leur but. Mais il lui fallait l'accord de Dean.

Parce que malgré tout, parce qu'ils étaient ce qu'ils étaient l'un pour l'autre, ce moment serait solennel.

Un grand sourire se dessina sur les lèvres de son petit ami et il eut un nouveau hochement de tête imperceptible. Castiel se retourna vers les autres LARPers et, souriant à son tour, il acheva son discours:

– Il devient donc urgent de faire de nos deux royaumes un seul et même bloc. Si votre reine, ma très chère cousine, le veut bien, je voudrais que nous célébrions mon… mon union avec Sire Dean dès ce soir.

Il y'eut un grand silence après ses paroles. Charlie faillit s'étouffer avec la boisson qu'elle venait d'avaler. Il entendit Sam tousser bruyamment dans son dos. Même Dean, qui avait pourtant approuvé son idée, semblait quelque peu soufflé par l'annonce. Castiel voulut le regarder pour s'assurer que tout allait bien mais il n'en eut pas le temps.

Une grande clameur venait de se déclencher devant lui. L'ensemble des LARPers rassemblés dans la tente s'étaient levés et applaudissaient à tout rompre. Certains émettaient même des sifflements stridents, balançaient les bras vers le ciel pour témoigner de leur enthousiasme. Ils se turent aussitôt que Charlie se fut levée pour à son tour prendre la parole.

– Je serai évidemment ravie de voir si vite nos deux royaumes s'unir!

Castiel sentit qu'une main se refermait sur sa taille et il tourna la tête pour apercevoir Dean qui souriait, indéchiffrable. Il lui rendit son sourire et se perdit dans ses yeux, le discours de Charlie ayant perdu tout intérêt aux yeux de Castiel maintenant que le regard de son petit ami était sur lui. Dean se pencha pour glisser quelques mots à son oreille.

– Tu es machiavélique.

Un autre sourire, mi-amusé, mi-taquin se dessina sur ses lèvres et Castiel sentit son estomac faire un looping rien qu'à la vision de cette incurvation de sa bouche.

– Ce n'est pas très digne d'un ange… ajouta Dean en l'embrassant chastement sur le front.

Après cela, il se recula et il fallut quelques secondes à Castiel pour reprendre ses esprits. Dean avait-il la moindre idée de ce que lui faisaient ces petites marques d'affection? Il finit par le rattraper et se pencha vers lui pour murmurer à son tour, sur un ton bas, joueur:

– Un certain Chasseur me corrompt, je le crains...

– Un jeu de rôle dans le jeu de rôle, Cass?

– Peut-être.

Il se recula sans cesser de regarder Dean alors même que Charlie venait de terminer son propre discours. Il se rendit soudain compte que celle-ci s'était tournée vers eux et les observait d'un air sévère. Castiel échangea un regard avec Dean mais il semblait aussi perdu que lui.

– Eh bien? Vous attendez quoi? Allez vous préparer pour ce satané mariage! s'exclama-t-elle sur un ton ennuyé et Dean éclata de rire.

– Est-ce que ça veut dire qu'on a gagné?

Charlie le foudroya du regard, imitée de Sam qui venait de se glisser derrière elle.

– Une bataille, Dean, pas la guerre, dit-il avec un rictus carnassier.

– C'est ce que tu croies!

Le cadet lança un regard peu crédule à son frère avant de s'avancer d'autorité vers Dean qu'il saisit par un bras et tira vers l'ouverture dans la tente juste derrière eux. Avant de les forcer à disparaître, il lança d'une voix tonitruante:

– Je m'occupe de mon frère!

Charlie et Castiel les observèrent partir avant que la première ne se tourne vers le second avec un sourire que Castiel n'était pas sûr de vraiment apprécier.

– Cass, je vais te trouver un costume qui va faire s'évanouir Dean quand il te verra!

Castiel fronça les sourcils parce que Charlie n'usait jamais du surnom que lui avait donné Dean et parce que sa voix avait sonné très étrange quand soudain, une autre voix l'appela, comme semblant provenir d'un endroit très lointain, étouffée par des brumes épaisses, impénétrables:

Cass.

Pourquoi avait-il l'impression qu'on secouait son épaule? Il porta une main à celle-ci alors que Charlie semblait disparaître par intermittences, telle le fantôme d'un mauvais film d'horreur, alors que la tente autour devenait floue.

Cass, réveille-toi.

Castiel ouvrit les yeux. Son regard tomba aussitôt dans les émeraudes de Dean et il secoua la tête, comme pour reprendre ses esprits. Il se rendit compte que les doigts de son petit ami étaient serrés sur son épaule et il fronça les sourcils tout en essayant de remettre de l'ordre dans ses idées. Tout ce qu'il venait de voir… ça n'était qu'un rêve?

– Cass, ça va?

Il reporta son attention sur Dean, força ses yeux à faire la mise au point sur le visage de son compagnon et hocha la tête, encore un peu perdu dans les limbes de son songe – hautement réaliste, il devait le reconnaître. Il se redressa et s'assit en face de Dean sur le matelas.

– J'ai juste… fait un rêve… hmm… bizarre.

Les lèvres de Dean s'incurvèrent en un sourire qu'il aurait pu qualifier de lubrique s'il ne semblait pas si amusé.

– Ah et quoi donc?

Castiel détourna les yeux. Il n'était pas certain de vouloir en parler. Comment réagirait-il s'il lui disait qu'il venait de les imaginer planifiant leur mariage – certes fictif et dans le cadre du jeu de rôle, mais un mariage quand même?

– J'étais dedans? interrogea encore Dean et Castiel se sentit piquer un fard.

Deux doigts se posèrent sous son menton et y firent une légère pression. Ses iris rencontrèrent celles de Dean dont la couleur le fascinait. Castiel aurait voulu s'en échapper mais chaque fois que Dean le regardait, il avait l'impression d'être pris en otage par ses prunelles envoûtantes.

– Je fais beaucoup de rêves pas très sages en ce moment… et tu en es la tête d'affiche, souffla Dean d'un ton bas et sa voix grondait presque ce qui fit courir de nombreux frissons sur sa peau.

L'instant d'après, il avait réduit à néant la distance de leurs visages pour l'embrasser du bout des lèvres. Castiel fondit contre lui tandis que sa bouche se pressait avec plus de fermeté contre celle de Dean. Il ne s'éloigna pas quand ils rompirent le baiser, son visage appuyé contre la joue de son petit ami.

– Je suis flatté mais il ne s'agissait pas de ce genre de rêve, Dean.

L'intéressé tourna un peu la tête et embrassa chastement sa joue. L'estomac de Castiel se tordit agréablement, tout comme dans son rêve. Parce qu'ici aussi, Dean ne savait pas l'effet de ses petites marques d'affection sur lui.

– Et qu'est-ce qu'on faisait alors?

Castiel le fit taire d'un baiser. Dean accepta la défaite de bonne grâce et se serra contre lui. Ses bras s'enroulèrent autour des épaules de Castiel et quand leurs lèvres se furent séparées, Dean glissa sa tête contre son torse. Le cœur de Castiel s'emballa.

– On se vengeait de ton frère. Et de Charlie.

C'était la réponse la plus honnête et la plus évasive qu'il pouvait donner. Il espérait que l'explication suffirait à Dean. Ce qui sembla être le cas puisque son petit ami se contenta d'un «Mmh» en guise de réponse avant de le serrer plus fort encore dans ses bras. Castiel l'entendit inspirer son odeur à pleins poumons et sourit, attendri.

– Pourquoi m'as-tu réveillé?

Dean se redressa un peu pour le regarder.

– Parce que quelqu'un est passé pour dire que le dîner en ton honneur allait commencer.

Castiel acquiesça. Dean se pencha pour lui voler un baiser avant de se lever avec célérité pour récupérer sa cape, échouée sur le sol. Castiel l'imita quelques secondes plus tard et bientôt ils se dirigeaient vers la tente d'honneur.


Sam avait observé Dean et Castiel interagir toute la soirée. Il était installé non loin de Charlie – en tant que garde royal, il se devait de répondre rapidement aux moindres désirs de la reine qui ne ratait jamais une occasion d'en profiter en temps normal – et avait ainsi une visibilité de choix sur son frère et son petit ami.

S'ils étaient de temps à autres entrés dans la conversation de Charlie ou de leurs voisins, régulièrement, c'était seulement entre eux qu'ils discutaient, leurs têtes penchées l'une vers l'autre, plus proches sans doute que nécessaire, alors qu'ils échangeaient quelques mots. Et quand ils ne parlaient pas, ils se contentaient de se jeter des petits regards en coin ou se perdaient simplement dans la contemplation des yeux de l'autre.

Sam n'avait jamais vu Dean ainsi. Son frère n'avait jamais été un grand romantique pour ce qu'il en savait – et il ne ratait pas une occasion de se moquer de lui qui avait toujours eu un cœur d'artichaud, à son grand damne – et il lui avait répété assez souvent que la vie domestique, l'amour, ça n'était pas pour lui. Sam avait toujours pensé que c'était à cause de la séparation de leurs parents – qui avait affecté Dean bien plus qu'il ne le montrait – à cause des mots de leur père à son égard que Dean avait réagi de la sorte. Son aîné avait enfermé les sentiments au plus profond de lui-même en se jurant de ne jamais y toucher. Sam savait que c'était par peur de souffrir.

Cela n'empêchait pas qu'il se sente triste pour son frère. Triste quand il le voyait se jeter dans les bras d'inconnus pour une histoire d'un soir. Triste quand il surprenait ses regards envieux – qu'il cachait moins bien qu'il ne le pensait – sur ces couples se promenant main dans la main. Triste le jour où il lui avait annoncé qu'il s'installait avec Jessica. Il n'avait pu manquer la lueur blessée dans les yeux de Dean et Sam s'était longtemps répété que ce serait pour le mieux, qu'ainsi, Dean pourrait enfin vivre pour lui-même et plus pour son cadet comme il avait compris que Dean l'avait toujours fait depuis la séparation de John et Mary. Triste parce qu'il savait que son frère pensait ne pas mériter d'être aimé par qui que ce soit.

Quand Dean lui avait écrit pour parler de Castiel et de ses sentiments, il s'était montré sceptique et en toute honnêteté, Sam pensait qu'on ne pouvait pas vraiment lui en vouloir. Cela faisait des années qu'il attendait que Dean lui dise quelque chose dans ce genre-là. Malgré lui, Sam avait fini par perdre espoir et cela le minait. Alors quand Dean avait mentionné son coup de foudre – c'en était un, Sam en était persuadé – il s'était d'abord demandé si son frère ne s'emballait pas. Après tout, Dean était un homme intense. Quand quelque chose – quelqu'un – lui plaisait, il se jetait à corps perdu, sans protection, sans barrière au risque d'en ressortir brisé et couvert de cicatrices. Mais si cette chose tournait mal, Dean arrêtait aussi sec et n'en parlait plus jamais, barricadant cette passion au fond de son être. Et son évident béguin pour Castiel aurait pu être une énième manifestation de son caractère impulsif.

À présent, Sam savait avec certitude que ce n'était pas le cas. Parce qu'il avait observé Dean et Cass toute la soirée. Et la façon dont ils se regardaient l'un l'autre, le naturel avec lequel ils interagissaient, presque comme s'ils avaient fait ça toute leur vie, cette façon qu'ils avaient d'avoir l'air de se comprendre sans avoir besoin de parler – Sam n'avait pas manqué la prévenance de Dean à l'égard de la réserve de son petit ami en public – toutes ces choses qui venaient habituellement avec le temps dans un couple, elles étaient déjà là entre Dean et Castiel.

Ils ne se connaissaient que depuis un mois, avaient franchi le pas depuis seulement quelques heures et pourtant, leur relation reflétait une évidence qui crevait l'écran. L'affection qu'ils avaient l'un pour l'autre n'aurait pu être plus éclatante, si ce n'était un sentiment encore plus fort. Sam n'était pas certain de croire aux âmes sœurs, mais en cet instant, il avait la certitude que son frère avait trouvé la sienne.

D'après, Dean, ça avait commencé par un regard. Un seul regard posé à travers la vitre d'un restaurant. Un peu comme dans ces histoires d'amour cliché qu'on voyait passer à la télé pendant les fêtes de Noël. Pourtant, Sam était persuadé que ce simple regard avait changé leurs vies à jamais. Parce que ce soir-là, ils s'étaient trouvés sans même savoir qu'ils s'étaient cherchés toute leur vie.

Un coup dans ses côtes le tira brusquement de ses pensées un peu trop émotionnelles pour lui, comme pour le lieu et le moment et il reporta son attention sur Charlie qui lui souriait d'un air conspirateur.

«Prêt pour enclencher la phase deux?

Sam acquiesça avec un petit sourire carnassier. Dean n'était pas au bout de ses peines bien que le cadet doutât que la suite du programme ne soit pas au goût de son aîné. Il regarda Charlie se lever alors que le reste des LARPers terminaient leur dessert et esquissa un rictus moqueur quand il vit que ni Dean, ni Castiel ne semblait avoir remarqué le soudain silence dans la salle. Quand ceux-ci quittèrent leur bulle, Sam ne put s'empêcher d'émettre un rire étranglé ce qui lui valut une œillade noire de son aîné.

– Quoi? lui demanda ce dernier et Sam ricana de plus belle.

– Rien du tout.

Dean le foudroya un peu plus du regard avant de reporter son attention sur Charlie. Sam préféra garder un œil sur son amie et sur son frère qui observait la jeune femme avec une expression suspicieuse. Charlie s'éclaircit la gorge et adressa un immense sourire à la foule rassemblée devant elle.

– Que diriez-vous d'un bal pour célébrer l'union prochaine de nos royaumes?

Aussitôt, les LARPers explosèrent en une immense clameur qui résonna partout dans la tente pendant de longues minutes. Sam n'avait pas quitté Dean des yeux. Ce dernier s'était figé, un sourcil haussé. Quand Sam et Charlie avaient prévu ce bal, c'était au cas où le reste de leur plan pour rapprocher Castiel et Dean n'aient pas fonctionné. Maintenant qu'ils avaient franchi le pas, c'était juste un autre moyen de se venger des moqueries de Dean quand il avait rencontré Jess.

Castiel se pencha vers son frère pour lui poser une question que Sam ne put entendre, trop loin pour percevoir les murmures du jeune homme et quand Dean se tourna légèrement pour lui répondre, il vit l'expression quelque peu préoccupée dans ses yeux. Sam se demanda si toute cette histoire en valait vraiment la peine mais c'était trop tard pour arrêter. Charlie avait déjà repris la parole, une main levée pour réduire l'assistance au silence.

– Évidemment, ce sont nos protagonistes du jour, mon cousin le prince Emrys et Sire Ewen, son futur compagnon, qui ouvriront ce bal!

Cette fois, Dean était raide comme la justice, mais pas par la surprise. Il se doutait probablement que Sam et Charlie avaient prévu autre chose. Il semblait perdu à mi-chemin entre l'inquiétude et la colère. Sam entendit à peine les sifflements enthousiastes dans la foule, trop occupé à guetter les réactions de son frère. Ce dernier avait glissé une main sous la table et après l'avoir gratifié d'un regard noir, se tourna vers Castiel. Lui avait-il pris la main? Ce dernier l'observait, une expression indécise, entre l'inquiétude et un autre sentiment que Sam était incapable d'identifier, sur le visage. Sam se leva discrètement pour rejoindre Dean et Castiel.

– … déjà fait de toutes façons. Ça ira, Dean, je te le promets, assurait ce dernier.

Castiel leva la tête vers lui quand il l'aperçut et lui adressa un timide sourire. Dean se tourna vers son cadet et le foudroya une nouvelle fois du regard.

– Tu t'amuses bien?

Sam ricana de nouveau.

– Beaucoup. Je t'avais dit que je me vengerai.

La main de Dean était toujours sous la table. Celle de Cass aussi. Sam était certain qu'ils avaient entrelacé leurs doigts à présent. Il retint un sourire attendri de fleurir sur son visage.

– Je n'ai jamais impliqué Jess dans cette guerre, Sam.

Oh, c'était donc ça. Dean n'était pas furieux à cause des blagues de Sam mais plutôt parce que Castiel en était une victime collatérale. Sam s'excusa d'un regard envers Castiel qui posa son autre main sur le bras de Dean pour attirer son attention. Il tourna la tête vers son petit ami et aussitôt, ses yeux plongèrent dans ceux de Cass. Cette fois, Sam ne retint pas son sourire, mi-moqueur, mi-attendri.

– On trouvera bien un moyen de se venger, murmura Castiel. Je suis plutôt bon à ça. Mes frères m'ont entraîné.

Dean lui sourit avant de tourner un regard de défi vers son frère.

– Tu vois, Sammy, tu es loin d'avoir gagné.

Quand Dean reporta de nouveau son attention sur Cass, Sam songea qu'il aurait fallu être aveugle pour ne pas voir qu'il mourrait d'envie de l'embrasser. Il étouffa son rire dans une toux bruyante, s'accordant un second regard noir de la part de Dean. Regard noir qui s'adoucit instantanément quand Castiel, après un instant d'hésitation, pressa un rapide baiser sur sa tempe. Dean rougit furieusement et Sam ne put s'empêcher d'éclater de rire.

– Oh, Castiel, merci! Tu viens de nous offrir un moment d'anthologie!

L'intéressé lui adressa un sourire timide pour toute réponse et Dean le regarda comme s'il espérait pouvoir le désintégrer. Ce qui était encore plus comique quand on voyait la rougeur de son visage. Sam regretta de ne pas avoir son portable avec lui pour pouvoir immortaliser l'instant.

– Bon cette danse c'est pour aujourd'hui ou pour demain?s'impatienta Charlie entre ses dents. Je peux les tenir occupés un moment mais mon imagination a des limites.

Dean et Castiel échangèrent un rapide regard. Le second hocha une nouvelle fois la tête, comme si Dean lui avait posé une question et après avoir bien pris le soin de fusiller Charlie et Sam du regard, Dean se leva, imité de Cass. Dans le fond de la tente, les quelques LARPers qui étaient musiciens déguisés en troubadours, attendaient qu'ils se positionnent sur la piste de danse. Doucement, Dean tira Castiel vers celle-ci – dessinée au centre de la tente, Charlie avait décidément tout prévu – sous les regards curieux de tous les LARPers. Cass regardait ses pieds, presque mal à l'aise. Dean prit discrètement sa main dans la sienne ce qui lui fit relever la tête et sourit d'un air encourageant. Sam ne put s'empêcher de sourire aussi parce que le regard que renvoya Cass à Dean quand il croisa le sien était bien trop adorable. Dean lui murmura quelque chose. Sam arriva à distinguer à peu près ce qu'il disait en lisant sur ses lèvres.

– Ils ne seront probablement concentrés que sur moi de toutes façons. Je ne sais pas du tout valser.

Castiel esquissa un sourire, ce qui était sans doute le but de Dean. Il essayait de détendre son petit ami. Du coin de l'œil, Sam aperçut que les musiciens s'apprêtaient à jouer. Le jeune homme songea qu'effectivement, faire danser la valse à Dean constituerait en un second moment d'anthologie dans cette journée et il se mit à rire intérieurement.

Devant lui, Castiel avait pris la main de Dean dans la sienne et la positionnait dans son dos tout en murmurant quelques mots. Il avait la tête baissée et Sam n'était pas capable de deviner ses paroles mais il était presque sûr qu'il était en train d'expliquer à Dean comment danser. Un sourire lui échappa. Castiel positionna ensuite leur cadre tout en continuant de parler et enfin, sa propre main vint se glisser autour de la taille de Dean.

Presque aussitôt, les musiciens entamèrent leur morceau. Et Dean et Castiel commencèrent à tourner. Régulièrement, Sam pouvait voir le second guider le premier et si les pas de Dean étaient d'abord incertains et brouillons, Cass devait être un excellent professeur car bientôt, Dean devint plus assuré et plus précis. Les autres LARPers les regardaient en silence, attendant que Charlie donne l'autorisation à d'autres danseurs de les rejoindre sur la piste. Dean et Castiel ne se quittaient pas des yeux. Le second semblait se sentir un peu moins nerveux car il souriait presque. Ou bien avait-il oublié – tout comme cela semblait être le cas de Dean – que le monde autour de lui existait.

Au fur et à mesure que la valse avançait, ils semblaient se rapprocher un peu plus l'un de l'autre. Finalement, un accord des musiciens donna un léger changement de rythme et Charlie se leva, annonçant que l'on pouvait rejoindre la piste de danse. Elle tendit une main à Sam qui s'en saisit avec une révérence et l'entraîna sur la piste.

– Ca a l'air de plutôt bien fonctionner, lui glissa-t-elle alors qu'ils s'installaient non loin de Dean et Castiel, dans l'optique on ne pouvait moins subtile de les observer.

Sam acquiesça alors qu'ils se mettaient à valser.

– Ils sont trop mignons, continua Charlie en jetant un œil derrière elle.

Sam suivit son regard et sourit. Dean avait rejeté la tête en arrière et riait à gorge déployée à Dieu seul savait ce qu'avait dit Castiel. Ils avaient perdu le rythme un instant – et leur cadre laissait à désirer – mais son frère semblait s'amuser et c'était tout ce qui comptait pour Sam. Ça et la lueur dans les yeux de son aîné qui ne faiblissait jamais quand il regardait Castiel.

– C'est vraiment dommage que je ne puisse pas le prendre en photo.

– De quoi parles-tu, Elyan?

Charlie était très à cheval sur la crédibilité de Moondoor.

– Je veux dire… Dean s'est toujours vanté de ne pas être un romantique et regarde-le.

Il fit un geste vague en direction de son frère qui tournoyait toujours avec un Castiel fermement enserré entre ses bras.

– Tu ne l'as pas vu devant une comédie romantique! Ou devant Dr Sexy. C'est dégoulinant de mièvrerie ces trucs-là et il est pa-ssio-nné.

– Peut-être mais il… il n'a jamais été comme ça.

Charlie observa un instant ses paroles tandis que Sam la faisait tournoyer sur elle-même, les pans de la robe qu'elle avait revêtue pour la fête de ce soir s'envolant avec grâce autour de son corps.

– Peut-être qu'il n'avait juste pas rencontré la bonne personne.

Et les paroles de Charlie reflétaient exactement ses propres pensées. Sam sourit à son amie.

– Tu as sûrement raison.»

Quand il reporta son attention sur Dean et Castiel, ils continuaient de tournoyer tout en discutant à voix basse de choses que eux seuls connaissaient. Sam sentit la main de Charlie lui échapper et une demi-seconde plus tard, il fut certain d'avoir entendu le déclic d'un appareil photo. Mais avant qu'il n'ait pu se retourner vers sa partenaire de danse, elle avait récupéré sa main et lui souriait d'un air innocent. Sam ne dit rien. Sans doute que les règles ne s'appliquaient pas vraiment à la reine. Mais qui était-il pour s'en plaindre?


AN: Alors, j'avoue que la chanson ne correspond pas tout à fait au chapitre (des «elle» qui devraient être des «il», la relation décrite rappelle plus un rapport père/fille) mais c'est tout de même celle qui faisait le plus sens pour ce chapitre en diptyque suite aux recherches que j'ai faites pour la trouver (il s'agit de l'une des rares chansons qui ne provient pas de ma playlist).

Comme annoncé dans le chapitre précédent, exceptionnellement, le premier chapitre de cette semaine sera mardi et il y'aura un chapitre par jour jusqu'à Noël.

On se retrouve donc dans deux jours pour lz chapitre 10, intitulé Share your adress.