Jeunes filles modèles au piano
Défi écriture : Inventer une intrigue autour d'une œuvre d'art
"Jeunes filles au piano" – auguste Renoir (1892)
En hommage aux petites filles modèles de la Comtesse de Ségur, qui ont bercé mes lectures d'enfance…
- Mais non Camille, ici c'est un sol, tu te trompes à chaque fois, réprimanda doucement Madeleine.
- Oh, zut ! s'écria Camille, c'est trop difficile, se lamenta-t-elle, s'impatientant.
Camille de Fleurville, vingt-et-un ans, un nœud bleu dans ses longs cheveux blonds comme les blés, assorti au nœud de sa robe blanche et au bleu de ses yeux rieurs et malicieux étaient assise sur la chaise molletonnée d'un coussin de velours rouge en face d'un piano droit du petit salon qui jouxtait sa chambre et que l'on pouvait isoler par un lourd rideau de brocard vert. Elle tenait de la main gauche la page de la partition et sa main droite arrondie au-dessus des touches du piano semblait suspendue, comme en attente de reprendre…
- Mais si, à force d'entrainement, tu y parviendras sans peine.
Madeleine de Fleurville, d'un an sa cadette, aux cheveux châtains, n'ayant hérité de la blondeur de sa sœur que quelques reflets illuminés par le soleil, soutenait pourtant la comparaison : ses grands yeux noisette et le teint pâle de sa peau lui apportaient de la douceur et son caractère sage et raisonnable forçaient l'admiration de tous. Elle se tenait debout, vêtue d'une robe rouge à col blanc, près de sa sœur, la main droite sur le dossier de laiton doré et le bras gauche appuyé sur le haut du piano pour mieux lire la partition ainsi penchée au-dessus.
- Quand je pense que je me suis engagée à jouer cette marche nuptiale à l'église pour le mariage de Sophie et Jean… Jamais je ne serai prête !
- Ne désespère pas, ma bonne Camille, la rassura Madeleine, toujours patiente avec sa sœur, reprenons veux-tu ? Plus lentement, conseille-t-elle.
- Sophie de Rugès… Cela sonne mieux que Sophie de Réan, non ? Je me demande quel nom je porterai lorsque je me marierai à mon tour, s'interrogea-t-elle pensive…
- Je ne sais pas, mais j'espère juste une chose : que ton époux et toi n'habiterez pas trop loin de chez moi pour que tu puisses régulièrement me visiter et que je puisse te rendre la pareille. Je souffrirais trop d'être séparée longtemps de toi, ma chère sœur…
- Oh ! Madeleine !
Et Camille se tournant, serra sa sœur dans ses bras : jamais elle ne consentirait à vivre loin d'elle. Elles resteraient inséparables, "deux petites filles modèles", deux "jeunes filles au piano" à tout jamais…
Camille reprit alors position devant le piano et décider à surmonter la difficulté, posa ses doigts sur les touches et joua…
FIN
