Bonsoir bonsoir ! :D
La dernière fois, nous laissions Aomine et Kagami avec les derniers préparatifs pour leur week-end à la montagne. Vous l'attendiez, la voici. En espérant que ce chapitre vous plaise.

Enjoy !


Après leur soirée, Aomine s'est senti flotté sur un nuage. Retrouver sa complicité avec Kagami et pouvoir discuter comme avant lui a fait du bien. Rire et flirter avec lui l'a conforté sur sa décision. C'est ce qu'il veut, et pour une première il trouve que ça s'est bien passé. Il ne se souvient pas des rêves qui l'ont bercé cette nuit-là, mais ils ont été doux. Assez pour qu'il prolonge sa nuit jusque tard dans la matinée. Ce après quoi il s'est attelé à la préparation des derniers préparatifs, vérifier leur itinéraire, terminer son paquetage le tout ponctué par l'échange de quelques messages avec Kagami.

Lorsque le réveil sonne à l'heure convenu avec son ami la veille, Aomine grogne. Il est tôt, beaucoup trop tôt pour lui. Il lui faut quelques secondes pour réaliser pourquoi la sonnerie le harcèle, mais lorsque sa conscience émerge il sort du lit quasiment d'un bond. Enfin, aussi vite que son corps ensommeillé le lui permet.

Méticuleusement, il se prépare et bois un café bien corsé avant de quitter son appartement pour quelques jours. Par acquis de conscience il vérifie une dernière fois que tout ce dont il a besoin est à sa place, puis envoie en message à Kagami pour le prévenir qu'il part. L'excitation de la journée prend peu à peu le dessus, le sortant des brouillards de la nuit alors que les premiers rayons du soleil ne l'ont pas encore percé.

[Aomine- 5h30]

Ready ?

Ce matin, Kagami s'est réveillé sur le pied de guerre. Il a eu du mal à s'endormir, et pourtant dès que l'alarme le tire du sommeil, il est sur le pont, plein d'énergie et prêt à s'activer. Quand il reçoit le message d'Aomine, il tourne en rond depuis dix minutes déjà.

[Kagami - 5h31]

Super prêt ! Je te rejoins à la gare.

Sourire aux lèvres, il rempoche son téléphone, vérifie son paquetage et surtout ses précieux sandwichs, puis il enfile sa veste et attrape ses clés, jetant un dernier regard circulaire sur son appartement pour s'assurer qu'il n'a rien oublié. Satisfait par son inspection, il referme la porte derrière lui et dévale les escaliers avant de sortir dans l'air vif et pur de la fin de la nuit. Tout est encore silencieux et endormi, et ça rend ce moment encore plus spécial, comme si ce début de journée n'était encore qu'à lui, libre d'influences et de bruits parasites. La ville lui appartient, et tout à l'heure, il verra le lever de soleil à travers la vitre du train. Un sourire étire ses lèvres à cette idée, et il presse le pas vers la gare.

Aomine laisse sa voiture sur le parking de la gare presque désert à cette heure-ci. Le premier train de la journée les attend. Son sac sur le dos, il se hâte de rejoindre le quai. Comme le laissait présager le reste des lieux, il est quasiment vide. Il n'a donc aucun mal à repérer Kagami qui l'y attend déjà, visiblement bien équipé. S'il ne le savait pas, il ne se douterait pas que c'est la première fois qu'il part en randonnée. Sauf peut-être grâce à l'aspect neuf de son équipement, quand le sien a son lot d'accros et traces d'usure. Son cœur frémit dans sa poitrine en réalisant qu'ils y sont. Sur le départ de l'excursion dont ils parlent depuis des jours. Un sourire serein sur le visage, il le rejoint.

Quand il aperçoit la haute silhouette d'Aomine se déplacer sur le quai désert dans la lumière rare de ces quelques instants qui précèdent l'aube, un sentiment déstabilisant d'euphorie le prend aux tripes. D'un coup, il a du mal à réaliser que c'est bien réel, que ça va se passer maintenant. Il part en week-end avec Aomine. Cependant dès qu'il s'approche, même si l'impression onirique s'accroche à lui, il éprouve aussi sa présence toute proche, son sourire réchauffe son cœur. Suivant son impulsion, il tend le bras et le passe dans le dos d'Aomine, le poussant vers lui pour une brève étreinte. Il ferme les yeux un instant et sourit dans la pénombre du quai.

« Je suis content de te voir », dit-il simplement.

Agréablement surpris par son accueil, Aomine lui rend son étreinte. Ce simple contact accélère son pouls et élargit son sourire. Si Kagami commence à être tactile avec lui, il s'inquiète un peu de pouvoir se contrôler à l'avenir. En effet, Aomine réalise qu'il aime un peu trop sa proximité pour son propre bien.

« Moi aussi. T'es en forme j'espère ?

— Yeah... En quelques sortes ! J'ai eu du mal à dormir... j'avais hâte de partir. »

Sans se départir de son sourire, Kagami observe le brun, qui lui a l'air plutôt bien réveillé vu l'heure extrêmement matinale.

« Toi, t'as l'air en forme, en tout cas. »

Aomine hausse les épaules. Le sommeil le fuit rarement, et la perspective de ce week-end a su tenir les cauchemars de ces dernières semaines à distance.

« J'ai bien dormi. On a deux heures de train si tu veux te reposer un peu avant le gros de la journée », rappelle Aomine.

Kagami acquiesce en souriant, frissonnant dans l'air frais du petit matin. Une petite lueur par-delà le brouillard urbain laisse deviner l'aurore qui pointe. Il a toujours sa main posée entre les omoplates d'Aomine et la laisse là, éprouvant le besoin dans ce silence et ce froid matinal de maintenir un contact physique.

« J'essaierai... Mais tu connais le train : c'est pas conçu pour des grands gaillards comme nous ! »

Le brun sourit et ricane, visualisant parfaitement le problème.

« Vu le monde qu'il y a, je pense pas que ça dérange si tu prends deux sièges... » Propose Aomine avec un air de conspirateur.

Il sent les vibrations du béton sous ses pieds avant de voir le train. À regret, il se penche pour récupérer son sac, laissant glisser la main de Kagami de son dos. L'anticipation et l'impatience circulent dans ses veines, le faisant trépigner. Il se fait l'effet d'un gosse à qui on a promis une journée au parc d'attraction. Quand le train approche, il lance un regard à Kagami, les yeux brillants d'exaltation.

Le train finit par s'immobiliser dans un vacarme aigu désagréable brisant la tranquillité du quai, mais Kagami bouillonne d'impatience. Ils montent dès que la porte de la rame s'ouvre pour laisser passer un homme pressé, mallette à la main. Sa journée ne pourra sans doute pas être plus différente de la leur, et Kagami s'en félicite. Ils montent dans le wagon et se placent dans un coin tranquille, il y a peu de passagers et la moitié d'entre eux finit sa nuit ou la commence. Il cale son gros sac dans l'espace au-dessus des sièges puis s'installe à côté d'Aomine qui a pris la place près de la fenêtre. Pour le petit somme, il avisera, mais pour l'instant il a envie de rester près d'Aomine... Et regarder l'aube avec lui.

La grosse machine se met rapidement en branle pour les emmener vers d'autres horizons. Daïki a toujours aimé voyager, en train particulièrement. Il invite à la rêverie, à la réflexion et à la contemplation. Pourtant il n'est pas d'humeur à méditer, trop conscient de la proximité de Kagami. Il se colle au fond de son siège pour lui permettre de voir au mieux à travers la fenêtre le jour qui tente de poindre.

« Tu veux échanger de place ? » propose-t-il en se rappelant qu'il aime observer les levers de soleil.

Kagami secoue la tête en souriant.

« Non, ça ira. »

Il observe le paysage qui devient plus défini et plus clair avec le jour qui augmente, il a conscience de son bras qui touche celui d'Aomine alors que le train les emporte vers leur aventure. Ce matin, il se sent libre d'attaches et heureux. Ça ne lui fait plus peur de ne pas savoir ce qui l'attend pour ces deux prochains jours. Il a déjà tout retourné dans sa tête de multiples fois cette nuit, et alors que le jour vient les cueillir, il a oublié ses angoisses. L'excitation de l'aventure clarifie tout, comme le soleil qui se lève. Il a juste envie d'observer, et de vivre chaque instant.

« Même si je me lève souvent tôt... Ça fait longtemps que j'ai pas regardé un lever de soleil... » murmure-t-il, le regard perdu par la vitre.

Le menton posé dans sa main, Aomine sourit. Lui ne se lève jamais tôt, et pourtant c'est le second qu'il voit en peu de temps. Bien que les deux fois se produisent dans des circonstances totalement différentes. Il préfère de loin celui-ci, avec Kagami assez près de lui pour apprécier sa chaleur irradier, que celui qui l'a surpris sur le toit de son immeuble lors de sa nuit d'insomnie.

« C'est bizarre d'être levé avant lui… Confesse-t-il sur le même ton rêveur.

— C'est plutôt cool… On a l'impression que tout nous appartient... Ou en tout cas que tout le monde sera levé trop tard pour nous empêcher de nous échapper ! » Il rigole un peu et ajoute en lui donnant un petit coup de coude : « Oh en parlant de ça, t'as dit à Momoi où t'allais cette fois ?! »

Échapper… le mot choisi par Kagami lui fait penser qu'ils prennent la fuite. Et quelque part, il y a sûrement un peu de vrai. Il se tourne brièvement pour lui répondre, amusé par la question.

« Ouais t'inquiète pas, elle sait que je ne serai pas facilement joignable. Et je crois qu'elle était un peu jalouse d'apprendre que je t'emmenais.

— Oh non... D'abord tu disparais et tu réapparais chez moi, ensuite tu t'enfuis avec moi... Elle va finir par me détester, et je peux pas me le permettre : c'est ma community manager ! » Kagami fixe Aomine en roulant les yeux mais il fait de gros efforts pour s'empêcher de rire, et finit par craquer. « Désolé... faut croire que le voyage de si bon matin, ça me rend taquin. »

Cette fois il abandonne le paysage pour observer Kagami qui rit de sa bêtise. Le voir plaisanter lui réchauffe le cœur. Il se fend d'un sourire malicieux, partageant l'amusement de son voisin.

« Je vois ça... j'ai bien fait de te proposer cette aventure alors ! » Il se penche un peu pour lui confier, clin d'œil à l'appui : « Si jamais tu veux remonter dans ses bonnes grâces, elle se damnerait pour des cookies.

— D'accord, mais comme c'est ta faute aussi, tu les fais avec moi ! Ça paraît un bon deal ? »

Kagami garde son sourire alors que son cœur bat fort. Sa bonne humeur le rend plus audacieux mais il semble qu'Aomine soit réceptif... Et ça fait du bien de retrouver cette légèreté, parfaite pour un départ pour l'aventure... Il se sent plus jeune ce matin, retrouvant des émotions qui lui ont manquées. Et puis... il a bien envie d'initier le brun à l'art de concocter de bons cookies aussi croquants que moelleux.

Aomine est séduit par l'idée. Il se voit déjà plus recouvert de farine que sa cuisine, Kagami hilare à ses côtés. Et puis ça fera plaisir à Satsuki de savoir qu'il a mis la main à la pâte. Même si elle ne lui a jamais demandé frontalement, il sait qu'elle aurait aimé venir, alors quelque part il se sent un peu coupable. Et de toute façon, il a déjà demandé à Kagami de lui apprendre à cuisiner.

« Ok deal, ça n'aura qu'à être ma première leçon de cuisine.

— Ta première ? répète Kagami en haussant un sourcil. Tu as pour projet de me préparer toi-même à manger pour quand tu perdras au basket ?

— Non, ce serait pas juste. Tu perdrais peut-être même l'envie de gagner si tu goutais ma cuisine ! » Explique Aomine en étouffant un rire. « Je me disais qu'il en faudrait plusieurs, c'est tout.

— Je vois, sourit Kagami. Ok pour les leçons de cuisine, alors. »

Alors qu'il finit sa phrase, son regard dérive de nouveau sur le paysage, baigné de lumière dorée perçant dans les intervalles entre les immeubles et éclaboussant la vitre. Son sourire s'adoucit et se fait plus rêveur, tandis qu'il anticipe la sortie de la ville, quand le paysage s'ouvrira sous leurs yeux pour laisser place à des étendues plus sauvages.

Le temps sera avec eux ce week-end. Le ciel s'éclaircit à vue d'œil pour laisser place à un bleu encore profond, mais sans nuage. Ça changera sûrement en prenant de l'altitude, pense Aomine, mais il a promis une vue magique à Kagami, ce serait dommage que la météo gâche ses plans. Alors que la grande ville laisse place aux plus petites, son esprit divague déjà sur le chemin de montagne, se remémorant le trajet qu'il préfère emprunter. Mais Kagami est si proche qu'il peut sentir son souffle effleurer sa nuque, ce qui l'empêche de sombrer pleinement dans ses souvenirs, invitant même d'autres images derrière ses rétines.

À mesure qu'ils approchent, Kagami sent son impatience grandir. Aomine et lui ne parlent plus beaucoup, observant attentivement le paysage, essayant de deviner leur destination loin devant eux. Kagami jette de fréquents coups d'œil à son téléphone pour estimer le temps de voyage restant, et malgré sa courte nuit, à aucun moment le roulis régulier du train ne parvient à induire une quelconque somnolence. Son esprit est trop occupé à imaginer les paysages qui les attendent, la sensation de l'air pur et frais dans ses poumons, l'isolement parfois effrayant mais également grisant dans lequel ils se trouveront sur le chemin de randonnée.

La campagne s'installe sous leurs yeux, le relief environnant découpe à présent l'horizon dans une dentelle crénelée de pics et de vallées, floutée par le brouillard matinal. La végétation plus dense et plus sombre lui indique qu'ils sont bientôt arrivés. Aomine compte mettre ce temps à profit pour parler des quelques règles de sécurité qu'il n'a pas encore abordé jusque-là.

« On y est presque. J'ai quelques petites choses à te dire avant de monter si tu veux bien. »

Kagami s'arrache à sa contemplation, intrigué par le ton sérieux, presque professionnel d'Aomine. Il sourit et croise les bras sur sa poitrine :

« Je vous écoute, monsieur l'agent. »

Le brun l'observe du coin de l'œil et retient son sourire. On ne plaisante pas avec la sécurité...

« Bien ! Au début ce sera facile, une simple balade. Mais tu verras le dénivelé va devenir moins progressif. Ça va se corser. À partir de là, j'aimerais que tu fasses vraiment attention à la moindre gêne. Que ce soit respiratoire, des nausées, des maux de tête... Tu joues pas les warriors, faut me le dire. Pour ce qui est du terrain, normalement les sentiers sont clairs et dégagés, mais regarde toujours où tu poses les pieds quand on sera sur de la caillasse. Et sinon, chacun son rythme, c'est pas une course. Tant que je peux garder un œil sur toi et t'entendre, tu fais comme tu le sens. »

Kagami écoute ses recommandations en hochant la tête, attentif mais toujours souriant.

« C'est noté. Et tu crois qu'on risque de tomber sur des ours ? »

Il demande ça en plaisantant, mais se dit qu'en fait c'est tout à fait possible, et espère qu'Aomine a prévu du spray anti-ours.

Aomine fronce un peu les sourcils, soucieux. Il réfléchit un instant avant de répondre.

« C'est pas exclu. Mais en général ils préfèrent se planquer dès qu'il y a du bruit.

— Ok. On fera attention alors. »

Le train ralentit alors qu'ils approchent de la gare, et ils se lèvent aussitôt pour attraper leurs sacs. Enfin, ils vont pouvoir se dégourdir les jambes et commencer la balade. Ils rejoignent la porte, regardant le quai défiler de plus en plus lentement, et enfin le train s'immobilise et la porte s'ouvre. Kagami pousse un soupir de soulagement tandis qu'il retrouve la terre ferme et lève la tête vers un ciel ensoleillé.

« On va avoir une super journée. »

Aomine a des fourmis dans les jambes. Autant d'avoir été immobilisé que d'impatience. L'empressement évident de Kagami le fait sourire tandis qu'il le suit de près. En sortant de la modeste gare, il ajuste la sangle de son énorme sac et en décroche sa casquette qu'il se visse à l'envers sur le crâne, comme pour répondre à l'affirmation de son compagnon. Il check rapidement son téléphone avant de le sécuriser dans une des poches de son treillis puis ouvre la marche.

« Let's go ? Première étape, la traversée du village. »

Kagami acquiesce et le suit à travers la localité, un lieu tranquille comme figé dans le temps. En s'y déplaçant, il peine à croire que deux heures encore auparavant, il se trouvait en plein Tokyo, loin des montagnes. Il se sent déjà ragaillardi, le sentiment d'aventure l'appelant vers les sommets qui se dévoilent droit devant eux.

Le regard d'Aomine erre de droite à gauche en contemplant les vieilles bâtisses. Il les connaît comme on connait le village de ses aïeules. Il sait quels jardins sont fleuris, lesquels sont laissés à l'abandon. Les quelques visages qu'ils croisent sont ceux des commerçants, presque familiers. Après le petit bureau de poste, il bifurque à droite pour grimper en direction du temple qui surplombe le village.

En levant la tête, Kagami commence à saisir vraiment à quel genre de montées ils vont avoir affaire, et comprend les recommandations d'Aomine. La randonnée ne sera certainement pas de tout repos, mais ça ne lui fait pas peur. Tandis qu'ils montent vers le temple, il commence déjà à avoir chaud, alors que le soleil caresse sa nuque avec une insistance grandissante.

Aomine emprunte le chemin dallé traversant le jardin de l'édifice spirituel où reposent des tas de figurines en tous genres, censées porter bonheur. Il y en a de partout, jusque dans les arbres qui bordent les allées du lieu. C'est un paysage pour le moins atypique et quelque peu oppressant, avec autant de paires d'yeux tournées vers eux. Il jette un regard en arrière pour voir la réaction de Kagami. Comme il s'y attendait, il peut lire la surprise sur son visage alors qu'il ne sait plus où donner de la tête.

« On aurait dû apporter quelque chose ? Genre une offrande pour nous porter chance ? » demande Kagami avec un rire qui dissimule une pointe d'appréhension.

Il connaît mal les traditions mystiques et religieuses du Japon. Ça lui semble quasi exotique et il trouve ce sentiment dérangeant, comme s'il était un étranger ou un mauvais élève, car il aurait dû savoir toutes ces choses.

« Non, pas obligé, répond Aomine. Depuis que j'ai découvert cet endroit, je l'ai fait qu'une fois. C'est juste qu'on voit pas ça de partout. En dehors des boutiques souvenirs je veux dire.

— Yeah... C'est plutôt étrange... »

Il frissonne légèrement et ils poursuivent leur chemin, laissant derrière eux le temple et ses mystères pour cette fois commencer réellement à s'enfoncer dans la nature sauvage.

La forêt n'est pas encore dense et le chemin est large. De temps à autre, ils ressortent du couvert des arbres pour longer un champ, traverser une ferme. Pourtant ils ne croisent pas âme qui vive, accentuant le sentiment d'être seul au monde. Le silence est loin de régner entre le bruissement des branches et le chant des oiseaux, pourtant la différence avec le tumulte assourdissant de la ville laisse cette impression de calme et de tranquillité qu'ils sont venus chercher.

Kagami s'imprègne des lieux, tous ses sens aux aguets. Il respire à pleins poumons l'air empreint de senteurs boisées, aiguilles de pin et résine, tandis que son regard enregistre les nuances de vert, de brun et de gris que la lumière décline dans les sous-bois. Il écoute le moindre craquement, et bien qu'il n'y ait personne, tout semble tellement vivant autour d'eux. Il a la sensation tenace que la forêt, emplie de présences invisibles, les observe. La sensation est plus intrigante qu'effrayante, en tout cas elle attise sa soif d'aventure. Et alors qu'il prête l'oreille, non loin devant lui, lui servant de guide, il perçoit le souffle régulier d'Aomine et le froissement de son treillis tandis qu'il avance avec assurance sur ce chemin qui lui est de toute évidence familier.

Aomine lève les yeux sur la canopée. Il prend un instant pour se gorger des rayons du soleil qui percent entre les feuilles, marbrant le sol de trouées de lumières au gré de la légère brise. Gamin, il adorait garder le nez en l'air face à ce kaléidoscope naturel, accroché au sac de son père. Il ferme les yeux pour profiter quelques secondes de ce souvenir, le temps que Kagami arrive à sa hauteur. Lorsqu'il l'entend s'arrêter il demande :

« Droite ou gauche ? »

Kagami lui lance un regard interrogatif et éclate de rire :

« Quoi, t'es déjà perdu ?! Pourtant tu sais que je peux pas t'aider dans ce cas-là ! »

Aomine ricane puis délaisse sa contemplation pour le regarder.

« Mais non Baka ! Le sentier se sépare. Les deux branches rejoignent le principal un peu plus loin, c'est le seul endroit où tu pourras choisir. »

Kagami regarde alternativement l'un et l'autre sentier.

« Hm... Gauche ? propose-t-il. Ça a l'air plus joli.

— Excellent choix ! » se réjouit Aomine.

Le chemin de droite est plus court et plus plat aussi. Il n'a pris le sentier de gauche qu'une fois avec son père, attendant qu'il soit assez grand pour passer la difficulté qui les attend. Ils ont une bonne allure, donc largement le temps pour ce chemin-là.

Kagami réalise rapidement la difficulté du chemin, mais il a de l'énergie à revendre et se concentre, tâchant de trouver son rythme de croisière alors qu'il navigue entre les gros rochers qui empiètent sur le sentier et gravit des dénivelés courts mais raides qui tirent sur les muscles de ses cuisses. C'est un effort très différent de ses activités habituelles, quelque chose qui demande davantage d'endurance que de pure puissance, tout en restant attentif à son environnement. Il se fait l'effet d'un explorateur, et sourit en se rappelant leur conversation sur les aventuriers et autres paléontologues.

Les vieux réflexes regagnent Aomine sans qu'il ne s'en aperçoive. Parfois, au lieu de passer entre deux rocs, il en escalade un, saute sur le suivant puis atterrit d'un saut mesuré sur le sentier devant Kagami. Il lui adresse un sourire conquérant en reprenant sa route. Ici, loin de tout, ses pensées se décousent. Ils les laissent dériver entre passé et présent, jouant avec un brin d'herbe entre ses doigts. Il se serait attendu à être triste à ce stade, mais il y a trop longtemps qu'il ne s'est pas adonné à ce plaisir pour laisser la nostalgie gâcher son aventure. Tout simplement heureux et détendu, il se surprend à siffler un air qu'il a en tête, se joignant au concert des oiseaux qui les observent, curieux.

Kagami voit se révéler un nouvel aspect d'Aomine, qui cavale en tête, à l'aise dans un territoire qu'il maîtrise. Comme au basket, mais sans la fibre compétitive, et dans une activité plus portée sur la contemplation. Il sent son compagnon serein, et il le suit tant bien que mal sur le sentier accidenté qui ne cesse de grimper. Il ne perd pas sa concentration et détache son regard d'Aomine pour faire plus attention où il met les pieds, trouvant un plaisir simple et gratifiant dans l'effort. Cette marche sportive a le don de purifier son esprit, de l'ancrer dans le moment présent, et il se sent plus léger à chaque pas qu'il fait vers les hauteurs. Il a hâte de parvenir à un lieu plus dégagé d'où ils pourront observer le panorama.

Bientôt, un tas d'éboulis leur barre la route. La première fois qu'il s'est retrouvé devant, Aomine l'avait trouvé immense. Aujourd'hui pas tant que ça, et puis il connait l'endroit le plus simple pour l'escalader. Il profite d'être bloqué pour faire une pause et boire un coup tandis que Kagami arrive à sa hauteur.

« Ça va ? »

Kagami hoche la tête et s'essuie le front dans son t-shirt.

« Ouais... Effectivement c'est pas du tout repos. » Le rouge observe l'éboulis avec une certaine indécision et ajoute : « Wow, c'était prévu, ça ? »

Aomine suit son regard et opine du chef.

« Yep, c'est plus facile que ça en a l'air. Et juste après on retrouve le chemin initial, plus de terre que de caillasse. Un peu plus loin, il y a une clairière sympa où on pourra manger et faire une pause. C'est ok pour toi, tu te sens de faire un peu d'escalade ? s'assure Aomine qui n'avait pas imaginé le contraire possible jusqu'ici.

— Ouais, ça va le faire », acquiesce Kagami qui prend sa gourde à son tour pour en descendre quelques gorgées avant de s'attaquer à l'ascension. « Je te suis ! » lance-t-il ensuite en rangeant sa gourde.

Le brun l'observe en quête d'un quelconque signe de fatigue, puis lui sourit en réponse, satisfait. Il ajuste son sac à dos et prend soin d'attacher la sangle autour de sa taille pour éviter tout déséquilibre puis longe les gravas jusqu'au flanc de la falaise qui borde le chemin. Les rochers sont massifs et les prises nombreuses par ici. Assez larges pour s'y arrêter sans soucis. Après quelques pas, il regarde par-dessus son épaule pour voir Kagami débuter son ascension. Le savoir derrière lui l'emplit d'allégresse, un sentiment qui lui confère une énergie nouvelle et rend cette randonnée plus facile qu'il ne l'aurait cru, même si physiquement ses cuisses commencent à le tirailler.

Kagami avance dans les pas du brun, faisant bien attention à ses prises. Il n'a pas peur, mais s'il aime les sensations extrêmes, il n'en est pas moins de nature prudente, et ce serait vraiment idiot de se blesser au début de leur randonnée. Cependant, il prend rapidement ses aises et progresse à bon rythme à la suite du brun.

Il ne faut pas longtemps à Aomine pour arriver au sommet du monticule de pierres, mais cette petite étape est toujours grisante à passer. Il se souvient comme il était fier la première fois... Alors qu'il n'était pas vraiment serein, il n'en avait rien montré pour ne pas décevoir son père. Avant de se satisfaire de la vue au-dessus des arbres sous lesquels ils étaient plus tôt qu'offre ce promontoire naturel, il ne lâche pas son compagnon du regard, s'assurant qu'il trouve les bonnes prises. Lorsque ce dernier s'approche de la fin, il lui tend le bras pour le hisser à sa hauteur.

Kagami attrape son bras et atteint son niveau, où il s'arrête et contemple le chemin parcouru en poussant un léger soupir de soulagement. Puis il se redresse et sourit au brun.

« Et tu faisais déjà ça gamin ? »

— Jusqu'à mes 13 ans, on prenait le chemin de droite. Mon père aimait bien me tester mais il a quand même attendu que je puisse atteindre les prises », explique-t-il, le regard perdu sur l'horizon qui s'étend à perte de vue sous leurs pieds.

Kagami suit son regard et se plonge dans cette vision somptueuse, embrassant d'abord le tableau dans son ensemble avant de s'attarder sur les détails, le dessin des crêtes embrumées dans le lointain, les nuances de couleur dans les arbres habillant les pentes escarpées, les nuages épars s'étirant rêveusement dans le ciel bleu...

« C'est magnifique », souffle-t-il.

Aomine sourit. C'est vrai que ça fait quelque chose. Quand il est en hauteur, ici plus particulièrement, il se sent minuscule et paradoxalement tout puissant, au-dessus de tout. Il se penche un peu sur son voisin et pose une main sur son épaule pour le faire pivoter légèrement sur sa gauche. En contre bas, il pointe le temple qu'il devine dans la végétation.

« Tu vois la petite tâche rouge là-bas ? C'est de là qu'on vient. »

Kagami écarquille les yeux et siffle entre ses dents.

« Ah ouais quand même ! Je vais pas dire que j'ai pas senti passer la montée, mais quand même, on se rend pas compte qu'on prend autant d'altitude...

— Et c'est pas fini ! » fait-il remarqué enjoué. « Mais on a bientôt fait le plus gros », le rassure-t-il en pressant un peu son épaule avant de s'écarter.

Kagami sourit, son cœur se réchauffant à ce simple contact. Son estomac gargouille soudain de façon sonore, et il tressaille en se tenant le ventre, embarrassé.

« On arrive bientôt à cette clairière ? J'crois que je suis affamé... »

Aomine ricane tandis qu'il range son téléphone. Satsuki sera contente de voir au moins quelques photos.

« D'ici un quart d'heure. Tu vas pouvoir tenir ?

— Yeah... Let's go. »

Des images de sandwichs dansant la ronde plein la tête, Kagami reprend la marche d'un bon pas, indifférent tout à coup à l'effort exigé par l'ascension.

Aomine s'amuse de cette motivation par la bouffe, mais il mentirait s'il disait ne pas avoir faim. Il guide Kagami à travers les derniers rochers pour retomber sur le chemin promis. Ils se retrouvent de nouveau sous les arbres, avec un sentier moins dégagé qu'au départ et plus étroit. Il faut lever les jambes plus haut pour éviter les ronces et se baisser parfois pour passer sous une branche. La végétation a changé, laissant plus de place aux conifères, plus résistants au froid. Malgré les obstacles, il garde le regard haut pour ne pas manquer le repère gravé sur un tronc qui ne devrait plus être très loin.

Kagami regarde les arbres autour d'eux, savourant le parfum résineux qui embaume l'atmosphère, et quand il trébuche sur une ronce, il attrape par réflexe le sac d'Aomine et parvient à ne pas se casser la figure. Il lâche un petit rire.

« Désolé... Voilà ce qu'on gagne à avoir le nez en l'air... »

Aomine s'immobilise d'instinct, avant de se retourner pour s'assurer que Kagami va bien.

« Ça va ? Tu t'es fait mal ?

— Yeah... Pas de soucis. »

Le rouge lui adresse un sourire rassurant, ne pouvant s'empêcher d'être touché par son inquiétude. Depuis le début, il apprécie ce côté attentionné d'Aomine, mais ces temps-ci, il a tendance à trouver ça de plus en plus craquant...

Rassuré, Daïki reprend la traversée du bois jusqu'à ce fameux tronc marqué. De là, il s'écarte de la piste qui ne fait que longer la clairière sans y passer. Beaucoup de randonneurs passent à côté sans en profiter. Ce qui est dommage et en même temps, tant mieux. Ainsi elle reste préservée et complètement sauvage. Encore quelques mètres et ils débouchent sur un espace dégagé, une prairie d'herbes hautes parsemée des dernières fleurs de l'été mourant. Aomine laisse Kagami passer devant lui pour qu'il découvre les lieux, profitant par la même occasion d'admirer son profil séduit.

Kagami admire les alentours, sauvages et préservés, une beauté simple qui lui procure une profonde sérénité. Il sourit et s'avance de quelques pas avant de se laisser tomber dans l'herbe en poussant un soupir heureux.

« Alors ? Ça vaut le pique-nique sur la plage ? demande Aomine en se délestant de son sac près de lui.

— Ouais, c'est différent mais tout aussi bien, acquiesce Kagami. C'était ton spot de pique-nique aussi avec ton père ?

— Ouais, sous le gros chêne là-bas. Ça nous est même arrivé de croiser des daims une fois ou deux. Y a un ruisseau de l'autre côté, du coup c'est pas rare qu'ils passent par ici.

— Super ! Figure-toi que j'ai déjà vu un ours noir en randonnée à Yellowstone... Mais un daim, jamais ! »

Kagami rigole et s'attaque aux fermetures de son sac pour en extraire la panoplie de sandwichs qu'il a prévue.

« Sérieux un ours ? La chance ! s'exclame Aomine, envieux.

— Il était loin ! Mais c'est vrai que c'était un coup de chance... Je suis allé qu'une fois à Yellowstone. Mais j'avoue qu'avec cette petite randonnée... ça me donne envie d'y retourner !

— C'est pas la réserve où il y a des geysers ?

— Si, c'est ça. Les paysages sont super impressionnants là-bas. »

Il donne la moitié de ses sandwichs à Aomine.

« Voilà pour toi ! Je t'en ai refait au poulet teriyaki puisque t'avais l'air d'aimer ça ! »

Aomine sent son estomac rugir de satisfaction. Il salive déjà, rien qu'à l'énoncé de ce qui l'attend. À présent affamé, il défait l'emballage méticuleux de Kagami et inspire avec gourmandise le parfum de son repas avant de mordre dans le premier sandwich sans aucune retenue. La bouche pleine, il tente un sourire et grogne un merci de contentement, tellement que c'est bon.

Ravi de voir cette expression de bonheur sur le visage du brun, Kagami s'attaque à son propre sandwich de bel appétit. Tandis qu'il mastique une solide bouchée, relève le nez pour contempler le ciel, écoute le vent chuchoter dans les épines des pins, et trouve que l'instant est absolument parfait.

Alors qu'ils sont cachés dans cet écrin herbeux, Aomine profite du silence et de la sérénité de l'endroit, savourant son repas. Non loin, il peut apercevoir les branches tortueuses de l'arbre qui l'a vu grandir et souvent accueilli entre ses bras noueux. Il lui fait l'impression d'une sentinelle silencieuse qui veille sur eux, un peu comme si son père était là, faisant sa sieste au-dessous.

Après son deuxième sandwich, Kagami retrouve sa langue :

« Jusqu'ici, j'adore cette randonnée. Ça fait du bien de prendre de la hauteur... Et puis on dirait qu'on est seuls au monde... C'est plutôt grisant. Merci de m'avoir emmené », ajoute-t-il en adressant un sourire chaud au brun.

Perdu dans ses souvenirs, Aomine est presque surpris d'entendre son ami s'adresser à lui. Il lui sourit doucement à son tour.

« Content que ça te plaise. C'est en partie pour ça que j'adore venir ici, et la rando en général. Quand j'ai besoin d'être tout seul, y a pas mieux.

— J'espère que je trouble pas ta sérénité alors ! » plaisante Kagami en achevant son sandwich qu'il arrose d'une bonne rasade d'eau.

Le sourire du brun se fait plus franc. Évidemment que ça lui fait bizarre de ne pas être seul. Et en même temps, ça a aussi quelque chose de réconfortant. Depuis la mort de son père il ne s'était pas autorisé à partager ce passe-temps, comme si quelque part il avait l'impression de le trahir, de le remplacer. Pourtant l'envie de le vivre avec Kagami a été plus forte que la culpabilité. C'était même plus de l'ordre du besoin que de l'envie.

« Non t'inquiète, je t'aurais pas proposé sinon.

— Yeah, je me doute. Et ça me fait plaisir que tu l'aies fait. »

Kagami le contemple, et tandis que son cœur se remplit de tendresse, il cesse de se poser des questions et se penche pour poser un baiser sur sa joue.

Aomine s'était attendu à recevoir un nouveau baiser. Il se surprend même à être déçu que Kagami n'ait pas visé ses lèvres. Ce qui a le don d'accélérer son rythme cardiaque, autant que le geste en lui-même. Il se sent rougir et se cache derrière sa gourde pour retrouver une contenance. Faire languir Kagami pour le prendre par surprise devient difficile, une part de lui aimerait l'embrasser ici, maintenant. Surtout s'il continue à le regarder comme ça. Mais il a tellement pensé à ce moment qu'il ne veut pas le gâcher. Et au fond, même s'il ne veut pas l'admettre, c'est aussi une façon de gagner du temps, de se préparer mentalement à franchir ce pas qu'il voit plus haut que le mur de rocs qu'ils ont escaladé pour venir ici. Grisant, attirant mais terrifiant.

Kagami observe encore quelques instants le brun visiblement troublé, puis détourne le regard et s'intéresse à son prochain sandwich, en demandant d'un ton nonchalant :

« On sera où à peu près ce soir à ton avis ? Où on va dormir ? »

Aomine regagne son entrain en pensant à leur bivouac, quoique toujours un peu nerveux. En déballant le sandwich suivant il explique la suite de ce qui les attend.

« Un peu plus haut. Je veux pas gâcher la surprise mais on a plus que deux heures de grimpette environ avant d'arriver sur un plateau. De là on aura une vue imprenable sur la vallée.

— Cool ! J'ai hâte d'y être. »

Kagami a les yeux qui brillent à cette perspective, enchanté de découvrir de nouveaux paysages. Et pas fâché non plus à l'idée d'un terrain plus plat pour terminer la journée. Et aussi... il ne peut s'empêcher de penser à leur nuit... partageant la même tente... Ses joues s'embrasent à cette évocation qu'il tente de balayer rapidement en se reconcentrant sur son repas.

Aomine remarque le changement chez Kagami qui évite presque son regard. Il se demande vaguement à quoi il pense mais ravale sa question en poursuivant son repas. Il sent le terrain glissant, et les idées qui lui traversent maintenant l'esprit ont tendance à lui donner chaud.

Une fois sa pile de sandwichs terminée, Kagami s'allonge dans l'herbe, les mains croisées derrière la tête, contemplant le ciel. Son estomac apaisé, il se sent légèrement engourdi, d'autant plus avec le soleil qui le réchauffe, et il laisse ses pensées dériver. Elles lui semblent plus légères maintenant, se détachant pour flotter dans le ciel, et il ne s'inquiète plus de rien, n'anticipe même plus leur soirée... Chaque chose en son temps, et pour l'instant il est juste bien.

Aomine ne sait pas exactement combien de temps il reste là à l'observer avant de l'imiter. Mais il s'allonge sagement dès qu'il surprend son regard parcourir le corps alangui de Kagami. Résistant une nouvelle fois à l'envie de gouter ses lèvres sans défense. Il se cache sous sa casquette pour se protéger du soleil autant que pour se maudire en silence de sa lâcheté. Il se console en imaginant qu'il arrive à rendre son baiser à Kagami, et c'est avec ces images en tête qu'il s'endort sans même s'en apercevoir, bercé par la brise faisant onduler l'herbe autour d'eux et caressant sa peau.

C'est un papillon curieux qui vient troubler son repos, mais il se sent requinqué. En se redressant sur ses coudes il s'aperçoit que Kagami n'est plus là mais il suppose qu'il ne doit pas être bien loin. Il en profite pour aller remplir leurs gourdes au ruisseau qu'il sait pur, alimenté par une source souterraine un peu plus en amont. Il a toujours aimé cet endroit, presque secret et caché des Hommes. Il fait le moins de bruit possible lorsqu'il s'enfonce entre les arbres, au cas où il aurait la chance de croiser un animal venu se désaltérer comme lui.

En rejoignant la clairière, Kagami aperçoit la silhouette d'Aomine accroupie entre les arbres et s'approche pour découvrir un ruisseau qui serpente dans un murmure rafraîchissant. Il ne dit pas un mot mais ne cherche pas à dissimuler sa présence, et s'accroupit aux côtés du brun, prenant un peu d'eau entre ses mains pour s'asperger le visage.

« Goute. » Propose Aomine en lui tendant sa gourde.

Au bord de l'eau il récupère quelque brins d'une plante qu'il connait et qui serviront pour le repas de ce soir. Il aimerait bien trouver des oignons sauvages sur le plateau, ou des champignons avant de quitter les bois pour accompagner les poissons qu'il compte attraper.

Kagami boit quelques gorgées d'eau pure et s'essuie les lèvres d'un revers de main.

« Elle est meilleure que celle du robinet ! » s'exclame-t-il en riant.

Aomine lui sourit avant d'en prendre une lampée.

« Elle peut, elle vient directement de la source.

Kagami le regarde sans se départir de son sourire, captivé par l'aura que dégage Aomine dans cet environnement. Il est autant chez lui ici que sur un terrain de basket, et Kagami découvre une facette plus posée de sa personnalité dans la nature à laquelle le brun semble être si attentif, l'appréciant dans ses petits détails.

Se détachant de sa contemplation, il se relève et rend sa gourde à Aomine avant d'épousseter son pantalon.

« Bon, on s'y remet ? J'ai complètement récupéré, je suis prêt pour une autre ascension ! »

Aomine l'observe par en dessous un instant, heureux de le voir si motivé. Il se doutait que l'activité en plein air lui plairait, mais il ne s'attendait pas à ce que ça lui réchauffe autant le cœur. Son air déterminé et volontaire, c'est un des traits de caractère du jeune homme qui ne le laisse pas indifférent. À présent il est en mesure de le comprendre un peu mieux. Ce feu en lui l'attire comme un aimant, comme un papillon de nuit attiré par la lumière. Il se redresse souplement et sans réfléchir il saisit la main de Kagami pour le guider au centre de la clairière où leurs sacs les attendent.

Surpris par ce geste, Kagami a l'impression qu'un courant électrique se transmet directement entre leurs paumes. Après un instant où il reste saisi, il presse doucement la main du brun dans la sienne, son sourire s'élargissant tandis qu'ils regagnent trop vite la clairière où il doit le lâcher à regret pour remettre son sac à dos.

Il réalise son audace une fois que la chaleur de Kagami quitte sa prise. Il préfère ne pas s'y attarder, ni se poser de questions. Il l'a fait parce que ça lui semblait naturel, et son ami ne s'est pas dérobé. C'était plus facile et plus spontané que lorsqu'il avait passé son bras autour de ses épaules l'autre soir, et ce simple constat suffit à lui redonner un peu confiance. Suivre son instinct... Ça fonctionne toujours.

Ils se dirigent d'un bon pas vers la sortie de la clairière, regagnant le chemin de randonnée qui se remet presque aussitôt à grimper assez raide. Kagami reprend son rythme doucement, sans forcer tandis que son corps se réchauffe peu à peu. Même si cette activité physique est différente de celles dont il a l'habitude, en tant que sportif il sait comment doser son effort et connaît ses propres ressources. Et son côté raisonnable s'occupe du reste. Mais cela n'empêche pas son côté moins raisonnable de s'enthousiasmer à l'idée de ce qui l'attend là-haut, et inexorablement il commence à accélérer le pas.

Aomine retrouve les sensations de l'effort constant qui sollicite absolument tous ses muscles. S'il préfère ce genre d'activité plutôt que la musculation qui cible une zone précise, c'est justement parce qu'il est entièrement focalisé à sa tâche, dans le contrôle et attentif à tout son corps. À la différence du basket où il doit rester concentré sur le jeu et ses adversaires, s'adonner à cet exercice en plein air, loin de tout le reste lui offre l'occasion d'entrer dans un état quasi méditatif qui s'étend à son esprit, l'obligeant à être présent et ancré, en privé avec lui-même. Et c'est libérateur.

Mais il n'est pas seul aujourd'hui, alors il garde une partie de sa conscience en veille sur Kagami. À l'affut du rythme de ses pas et de son souffle de plus en plus proche derrière lui. Il jette un regard en arrière pour constater qu'il le talonne et il n'en faut pas moins pour réveiller son esprit de compétition. Sans se lancer dans une course, il pousse plus fort sur ses appuis pour se caler sur sa cadence. À cette allure, ils arriveront plus tôt que prévu à destination, mais ça ne laissera que plus de temps pour en profiter.

Kagami ne relâche pas ses efforts quand il constate qu'Aomine a également accéléré le rythme. Il le suit de près, se synchronisant sur lui. Il lui sert de repère dans son environnement accidenté et imprévisible, lui facilitant la progression. Bientôt, une certaine harmonie s'établit entre eux et ils avancent à bonne allure. À part quelques bruissements d'insectes et trilles d'oiseaux, dans le silence de la montagne, on n'entend que leurs respirations concentrées.

Aomine s'essuie le front en avisant le virage devant lui, la dernière ligne droite et la dernière pente. Pas des moindres... Il inspire profondément pour reprendre un peu son souffle. Son regard luit de fierté et de défis lorsqu'il se pose sur Kagami qui a suivi sans broncher et avec plus d'aisance que celle à laquelle il s'était attendu. Pour une première, il doit dire qu'il l'impressionne.

« J'espère que t'en as encore dans les mollets, ça se corse devant. » prévient-il.

Kagami lève les yeux pour contempler la pente qui les attend, prenant la mesure de l'effort qui lui reste à fournir. Imitant Aomine, il prend une grande inspiration et hoche la tête d'un geste ferme, déterminé.

« Ça va le faire, assure-t-il.

— J'en étais sûr... » souffle Daïki plus pour lui-même.

Cet aspect téméraire et qui ne refuse jamais un challenge. Jamais encore il n'avait rencontré quelqu'un prêt à le suivre dans sa quête d'adrénaline. En entamant l'ascension il prend conscience qu'il avait besoin de tester Kagami, de s'assurer que ce qu'il pressentait était réel et non pas le fruit de son imagination ou de sa propre volonté. Exactement comme il l'a fait en le défiant au basket dès leur rencontre.

Le rouge croit sentir l'approbation d'Aomine dans ce murmure, et il sourit, content de lui. Il ne savait pas vraiment à quoi s'attendre en venant ici, mais il était sûr qu'il voulait suivre le brun jusqu'au bout, et partager l'aventure avec lui sans se laisser distancer. Et il est heureux d'être en capacité de le faire. Son enthousiasme renouvelé, il se lance à la suite du brun tandis qu'ils gravissent la pente. Ses muscles s'échauffent et le tiraillent, mais il a encore de la réserve et ignore la douleur alors qu'il poursuit son ascension.

Un caillou se dérobe sous le pied d'Aomine et le contraint à étirer sa jambe en une fente douloureuse. La glissade lui arrache un grognement sourd, son muscle proteste violement lorsqu'il le sollicite au pas suivant mais il serre les dents tandis qu'il poursuit, non sans prévenir son compagnon.

« Attention, caillou ! »

Kagami a sursauté quand il a vu Aomine perdre ses appuis, et il s'assure de rester stable tandis qu'il reprend son ascension.

« Thanks ! Tu t'es pas fait mal ? »

Le brun espère que non, mais à chaud la douleur s'estompe déjà.

« Nan t'inquiètes, ça va. »

Kagami acquiesce et ils continuent la montée sans autres obstacles majeurs, et c'est pantelants qu'ils parviennent au sommet, sur le plateau dont avait parlé Aomine. Kagami pose les mains sur ses genoux pour reprendre son souffle, et jette un coup d'œil derrière son épaule pour jauger le chemin parcouru.

« Pfiou ! Sacrée montée ! »

Aomine a beau la connaître, la vue lui coupe toujours le souffle. C'est vrai qu'ils en ont bavé mais face à l'immensité qui se déploie face à eux, il se souvient pourquoi. La récompense vaut mille fois l'effort... D'ici on ne peut pas encore voir le mont Fuji, mais la tâche turquoise miroitante au creux de la vallée laisse deviner le lac qu'ils vont longer et surplomber pour le reste de la randonnée. Sans parler du panorama sur la chaîne de montagnes se prélassant au soleil, dans leur tranquillité sereine et silencieuse.

« Une vue pareille ça se mérite... » Souligne-t-il sans parvenir à détacher son regard de l'horizon, le souffle encore court.

Kagami relève la tête pour regarder autour de lui et il marque un temps d'arrêt, frappé d'émerveillement devant le paysage qui se déploie devant lui. Il s'avance à la hauteur d'Aomine et passe un bras autour de ses épaules, un immense sourire sur les lèvres.

« C'est magnifique. Ça valait bien l'effort. »

Aomine sent le poids sur ses épaules et il frémit presque à ce contact inattendu alors qu'il s'imprègne de la majesté des lieux. Absorbé par sa contemplation, son cœur s'emballe malgré tout, rendant ce moment encore un peu plus magique que d'habitude. En silence, il récupère son portable dans la poche de son treillis et invite Kagami à se tourner en glissant son bras dans son dos. Un immense sourire aux lèvres, il prend un selfie d'eux sur le sommet du monde.

Kagami, qui déteste d'ordinaire être pris en photo, ne fait pas sa mauvaise tête cette fois – au contraire, il offre un beau sourire à l'objectif. C'est... leur premier souvenir ensemble immortalisé. Ce constat accélère son rythme cardiaque déjà emballé par l'effort, et il lâche un petit rire euphorique. Ce n'est pas si fou et pourtant il a l'impression d'être un explorateur qui aurait battu un record d'escalade.

« Tu m'enverras la photo ! » dit-il en pressant le brun contre lui un instant avant de le relâcher et d'avancer sur l'étendue plus ou moins plane, tournant la tête dans toutes les directions en tentant de graver la configuration des lieux dans sa mémoire, pour ne jamais oublier ce premier souvenir... Car il compte bien revenir randonner ici dès qu'il en aura l'occasion.

Aomine observe le cliché de longues secondes avant de ranger précieusement son butin. La brise plus fraîche et plus prononcée ici vient ébouriffer les cheveux déjà fous de Kagami qui se gorge de la vue, tandis qu'il se délecte de lui. Minuscule face à la puissance de la nature, et pourtant fier et droit, se détachant nettement dans le paysage gigantesque. Son cœur bat toujours vite et fort dans sa poitrine lorsque Kagami lève le visage vers le soleil pour en apprécier la douce chaleur. Dans l'euphorie post effort, l'esprit libre et saturé d'endorphine, cette fois il ne résiste pas. Ses pas le guident vers lui, ses membres semblant guidés par leur volonté propre. Il profite de ce moment de vulnérabilité avant que son courage ne disparaisse, emporté par le vent. D'une main ferme, Daïki saisit la nuque de Kagami et vient doucement poser ses lèvres sur celles qui le hantent depuis qu'elles lui ont dérobé leur premier baiser. Dès qu'elles entrent en contact, il sent sa poitrine sur le point d'exploser, réalisant pleinement ce qu'il est en train de vivre.

Kagami se fige sous ce baiser si inattendu qu'il provoque un choc profond. Il met quelques instants à comprendre qu'Aomine l'embrasse, puis relève les bras pour l'enlacer, pressant ses lèvres entre les siennes tandis qu'il peut sentir battre son cœur dans sa gorge, dans son ventre, pulser dans tout son corps. Des frémissements électriques parcourent ses nerfs tendus, lui donnant l'impression que sa peau s'épanouit, devenant une vaste surface sensible et réceptive au moindre souffle de vent. Il relâche ses lèvres pour mieux les happer de nouveau, il lui semble que le vent les rapproche encore et se noue autour de leurs corps enlacés, les rendant plus légers, comme prêts à s'envoler.

Finalement, Kagami se recule légèrement, se plongeant dans les yeux du brun. Il ne dit rien, se contentant de le serrer dans ses bras, réalisant doucement ce qui vient de se passer. Et dans son étreinte ferme, sa main plus légère se promenant entre ses omoplates, il tente de lui faire sentir à quel point il tient à lui.

Aomine a la tête qui tourne. Ce baiser lui a donné le vertige et il se sent fébrile, comme si lutter contre cette envie vorace et y céder enfin l'avait laissé sans force. Il s'agrippe à la taille de Kagami autant pour lui rendre son étreinte que pour se stabiliser. Son pouls faisant palpiter son cou et martelant ses tempes, il lui faut un moment pour atterrir. Perdu dans le regard de Kagami, un sourire presque incrédule fleurit sur ses lèvres. Il se demande vaguement ce qui lui avait tant fait peur alors qu'il n'a qu'une envie, recommencer. Son pouce caresse sa nuque dorée et s'égare sur la ligne de sa mâchoire si bien dessinée tandis qu'il plante un nouveau baiser plus léger sur sa bouche offerte. Puis il finit par le lâcher, empli d'un sentiment d'accomplissement, de fierté et d'allégresse, heureux de laisser ce secret aux montagnes.

Kagami n'entend plus le silence qui enveloppe le plateau, seulement son cœur qui pulse sourdement dans ses oreilles. Il inspire un grand coup pour retrouver son calme, mais est-ce qu'il a vraiment envie de se calmer ? Ce sentiment d'euphorie qui le gagne est grisant, étourdissant. Il ne se souvient plus de quoi il avait si peur il y a quelques jours, tout s'est évanoui dans l'évidence de ce baiser.

Il ne laisse pas Aomine s'éloigner trop et attrape sa main tandis qu'ils reprennent la route. Il a l'impression que son sac ne pèse plus rien et même le sol lui semble différent, comme s'il marchait sur un nuage. Il laisse son regard dériver de nouveau autour de lui sur les paysages majestueux, avant de retourner sur Aomine qui lui apparaît encore plus beau dans cette lumière.

La paume de Kagami dans la sienne le garde sur terre, dans la réalité où il a embrassé un homme, et aimé ça plus que de raison. La marche quant à elle l'aide à se concentrer, à ne pas céder à ce qui bouillonne en lui et qu'il a un peu de mal à identifier. L'air est moins riche en oxygène en altitude, ce qui l'oblige à prendre de plus grandes inspirations. Quoique ... il n'est pas certain de devoir son souffle court uniquement à la hauteur. Malgré sa beauté, il voit le panorama sans le voir, revivant la scène en boucle dans son esprit. Il a enfin osé... Comme pour s'en persuader, il sert un peu les doigts de Kagami dans les siens alors qu'ils arpentent le sentier accidenté.

Kagami sourit en sentant la main d'Aomine se presser sur la sienne. Il l'a surpris, à initier le baiser à ce moment-là... Mais il en est ravi. Jusqu'à maintenant, il craignait de le brusquer ou le braquer. Mais de toute évidence, le contact passe bien entre eux... et ce rapprochement physique semble les satisfaire autant l'un que l'autre. À cette pensée, son cœur se remplit de bonheur. Il n'aurait jamais osé y croire... Même quand il avait un peu d'espoir, jamais il ne s'est projeté à ce point. Il savait au fond de lui que cette fois, c'était particulièrement important. Aomine est spécial.

Kagami sourit à cette pensée, il sent son compagnon troublé, un peu essoufflé, mais ils prennent leur temps cette fois, avançant à une allure plus réduite que ce matin. Et ça lui va bien, ce rythme de promenade lui permet de rêvasser de tout son soûl et de profiter de cette randonnée, d'Aomine, de ce moment qu'il veut graver dans sa mémoire.