Hé bien le bonsoir !
Le chapitre précédent vous a plu on dirait :D. Le cadre a l'air de libérer un peu nos fauves. On vous laisse découvrir la suite de cette journée de randonnée.
Bonne lecture !
Shadow: Oui, Kagami est aux anges. Ils avaient besoin de cette escapade ! Merci pour tes retours :)
Tandis qu'ils avancent en silence sur le chemin qu'il connait par cœur, Aomine s'égare dans ses souvenirs. Jamais en arpentant son parcours fétiche ces dernières années il ne s'était imaginé le faire de nouveau en duo, et encore moins tomber sous le charme d'un homme. Il fouille dans sa mémoire les moments de partage et les rares discussions importantes qu'il a eu ici même avec son père. Cherchant parmi elles un indice, un mot, une phrase qui pourrait lui indiquer ce que son père en penserait...
Il sait parfaitement que c'est le genre de questions qui pourrait l'empêcher d'avancer avec Kagami. Parce qu'elles son vaines et resteront sans doute sans réponses. Et puis même s'il en avait, Daïki n'est pas certain de vouloir les découvrir. C'est seulement qu'ici, plus que nulle part ailleurs elles s'imposent à lui et le tourmentent. Et si son père n'approuvait pas ? Le voyait d'où il est et lui en voulait ? Il s'arrête presque de marcher à cette dernière pensée qu'il préfère refouler. Il lève le regard sur le paysage qui s'étend devant lui, immuable et chargé de cette aura de puissance qui l'encre de nouveau dans le présent. Il se calme un peu grâce aux montagnes et à la chaleur de la main toujours dans la sienne, qui semble le retenir alors qu'une infime part de lui a envie de fuir.
Quand il sent Aomine ralentir le pas, le rouge tourne la tête dans sa direction et s'exclame :
« Me dis pas que c'est toi qui es fatigué en premier ! La sieste a pas été assez longue ? » le nargue-t-il, mais son sourire reste doux.
La voix de Kagami l'a tiré de ses pensées devenues moroses sans prévenir. Il met un instant à comprendre qu'il se moque de lui puis lui sourit en retour.
« Nan je suis en pleine forme ! J'étais juste ailleurs », admet-il sans s'étaler.
Kagami hoche la tête dans un sourire, et n'insiste pas. Il a bien assez à penser de son côté pour ne pas trouver le silence pesant, et il ne lâche pas la main du brun tandis qu'ils reprennent une allure un peu plus rapide, progressant à travers le plateau alors que le soleil se dirige lui aussi avec constance vers l'horizon. Kagami se demande s'il fera très froid cette nuit... Il a prévu de quoi se protéger, mais tout de même. Il n'a jamais dormi en altitude. Il espère que le temps restera clair... On doit voir plein d'étoiles d'ici, et il a hâte de contempler ce spectacle.
Au fur et à mesure qu'ils avancent, le chemin commence à descendre en direction des berges du lac miroitant dans le creux de la vallée. Après un grand virage qui les fait virer de cap, la vue qu'il avait promise à Kagami se dévoile. Plus haut que les autres, la tête dans les nuages, le mont Fuji les accueille. Un sourire vient illuminer le visage du brun, comme s'il revoyait un vieil ami après une longue absence.
« On est bientôt arrivés, regarde... »
Kagami s'arrête pour observer le paysage, admirant la beauté du lac qui reflète le ciel et les montagnes environnantes. Il relève les yeux vers le mont Fuji, trônant dans une légère brume.
« C'est vraiment sublime. Et donc c'est dans ce lac-là que tu comptes pêcher ? »
Aomine acquiesce fièrement, soudain impatient de s'y mettre.
« Lui-même ! Tu voudras essayer ?
— Pourquoi pas, répond Kagami avec un sourire. Et du coup on campe au bord du lac ?
— C'est ça. Tu vois jusqu'où descend le sentier ? Vers le bois là-bas, il y a un spot parfait.
— Ok. Let's go ! »
Enthousiaste, Kagami reprend la route à bon pas, traînant presque Aomine derrière lui dans son impatience de découvrir l'endroit où ils vont se poser.
Amusé par son regain d'énergie, Aomine se laisse embarquer, profitant d'être un peu en retrait derrière lui pour l'observer. Son regard suit ses mouvements assurés, le balancier régulier de ses hanches et vient caresser leurs mains toujours liées. Une bouffé de chaleur s'épanouit eu creux de son ventre à cette vision pourtant anodine.
À cette allure, il ne leur faut pas longtemps pour atteindre le terrain plus plat qui borde le point d'eau. Il laisse un instant à Kagami pour en admirer la pureté et son nuancier de couleurs tirant du bleu au vert avant de l'inviter doucement vers le bosquet.
Kagami découvre un bois paisible donnant sur les berges du lac. S'il n'avait pas peur que l'eau soit glacée, il irait bien piquer une tête. Il peine à croire que c'est ici qu'il va passer la nuit, ça a un côté si... romantique. La pensée le fait sourire. En tout cas, ils seront seuls au monde... Partir ici en solo, ça doit être plutôt impressionnant. Mais avec Aomine il n'a peur de rien, et puis, il se fie entièrement à l'expertise du brun.
Il se rappelle ce que son père lui a expliqué la toute première fois qu'ils sont venus camper ici. Il lui a appris à s'orienter pour connaître le sens des vents, où serait le soleil au matin, et comment choisir l'emplacement le plus à l'abri possible. Il évite donc la petite plage de gravier et se rapproche du couvert des arbres. Rapidement il trouve le foyer qui leur servira pour le feu, vestige de ses dernières visites.
Dans un soupir, il dépose son fardeau au sol et s'étire le dos en grognant de contentement. Il est encore tôt, ils ont le temps d'installer le campement avant la nuit. En saisissant sa gourde il lance :
« On a bien mérité une petite pause non ?
— Ouais... Je suis d'accord. » Kagami pose son sac et inspecte les alentours avec curiosité, avant de se tourner de nouveau vers le brun. « Je sens qu'on va super bien dormir ici !
— Si la météo change pas, y a de grandes chances », confirme-t-il en s'approchant de l'eau frémissante sous la brise.
Le rouge le suit et s'assoit au bord de l'eau, soupirant d'aise tandis qu'il laisse son regard dériver sur la surface translucide.
« T'es déjà allé te baigner dans ce lac ou c'est vraiment trop froid ? » demande-t-il.
Aomine adresse un sourire taquin à Kagami avant de délasser ses chaussures.
« Ça m'est arrivé... pourquoi t'es du genre frileux ?
— Un peu... » Il se penche pour tremper ses doigts dans l'eau et un frisson le parcourt. « C'est glacé ! »
Aomine s'esclaffe en voyant la mine effarée de son voisin, puis il ôte ses chaussettes. Doucement, il étend ses jambes et remonte son treillis sur ses mollets pour ne pas le mouiller. Il sert les dents à la morsure du froid mais se détend rapidement. Rien de mieux après une longue marche. C'est son petit rituel, peu importe la période de l'année. Et puis c'est connu de tous les sportifs de haut niveau, le froid aide à récupérer plus vite.
« Essaie, ça fait du bien tu verras. »
Kagami fixe ses pieds nus dans l'eau froide, doutant très sérieusement du bien-fondé de cette affirmation. Puis, avec une certaine réticence, il finit par retirer chaussures et chaussettes et plonge un orteil dans l'eau, peu convaincu.
« Ça pique au début mais tu seras vite anesthésié. Le mieux c'est quand on en sort, ça donne la sensation de flotter et de pouvoir repartir sans problème », explique Aomine en barbotant tranquillement.
Kagami réplique par un grognement et consent finalement à plonger ses pieds dans ce bain glacé. Il serre les dents quelques instants, puis commence à se détendre doucement.
« Je sais pas comment ils font, les poissons... » marmonne-t-il.
Aomine ricane. Ne sachant trop quoi répondre à ça. Ce n'est pas comme s'ils pouvaient comparer avec les températures du Pacifique... Les poissons d'ici sont acclimatés eux, contrairement au tigre californien. Il change de sujet pour tenter de détourner son attention.
« T'as géré aujourd'hui. Pour une première tu peux être fier de toi. C'était pas la plus facile des randos... »
Kagami relève la tête et s'illumine au compliment qui lui fait chaud au cœur. Il se passe une main dans les cheveux, souriant avec une certaine timidité.
« Thanks... Je savais pas trop comment j'allais réagir, mais finalement ça s'est super bien passé. Je suis content. T'as même pas eu à m'attendre ! »
Aomine lui sourit, sincèrement content que ça lui ait plu.
« Oui j'ai vu. T'avais raison, le fait d'être sportif t'a aidé, mais les courbatures sont pas exclues...
— Dans ce cas, tu me feras un massage ! » lance-t-il spontanément avant de sentir la chaleur lui monter au visage.
Le brun se tourne vers lui, surpris par la demande. Mais quand il voit l'air gêné de Kagami il ne peut s'empêcher de rire.
« Si ça peut m'éviter de te porter au retour... » se moque-t-il en lui donnant un petit coup d'épaule.
Kagami grimace.
« Bah, j'ai l'habitude des courbatures. Et puis... j'ai essayé de me restreindre dans mes achats mais j'ai quand même pris du gel d'arnica ! Je me suis dit que ça pourrait nous être utile. »
Aomine secoue la tête sans se défaire de son sourire. Il s'en serait douté.
Il resterait bien là jusqu'au départ, mais il se dit que le campement ne va pas se monter tout seul. À regret il se redresse et s'étire encore en sortant de l'eau. Il se sent revitalisé, assez pour faire ce qui doit être fait. Mais la fatigue ne va pas tarder à tomber sur eux, comme la nuit.
« Tu viens ? On va monter la tente », dit-il en proposant son bras à Kagami pour l'aider à se lever.
Le rouge s'agrippe au bras tendu et se hisse sur ses jambes, puis le suit direction le campement.
Tandis qu'il déballe le nécessaire, il se concentre pour être méthodique. Les activités manuelles vont l'aider à se canaliser, car la perspective de passer la nuit ici avec Aomine l'enchante, mais le rend fébrile également. Après tout, la seule fois où ils ont dormi ensemble, il était dans le canapé et Aomine totalement pinté dans son lit. Là, ils vont être seuls tous les deux dans l'espace étroit de la tente... Non, définitivement, il ne vaut mieux pas trop s'attarder sur cette pensée.
En quelques indications ils parviennent à se coordonner, si bien que la tente est sur pied en quelques minutes. Le brun enfonce la dernière sardine dans la terre meuble puis vérifie les cordages avant d'installer les tapis qui feront office de matelas. Pas assez épais pour assurer un confort digne de son lit adoré mais au moins, ça les isolera du froid et atténuera les inégalités du sol. Satisfait de leur travail il sourit à Kagami, poings sur les hanches.
« T'es prêt pour la mission suivante ?
— Ouais ! C'est quoi ? Préparer le feu ? demande Kagami, masquant mal son impatience.
— Bingo. Il nous faut du petit bois et des grosses buches pour cette nuit. »
D'un geste de la main il invite son compagnon à le suivre dans le sous-bois qui leur sert d'arrière-cour. Il ramasse rapidement deux branches pour lui montrer celles qui conviendront le mieux à allumer le feu. Puis ils partent chacun en quête, sans trop s'éloigner de la lisière.
Kagami sélectionne avec soin les branches lui paraissant fournir le meilleur carburant, assidu à la tâche mais perdant un peu de temps en tergiversations. Il garde un œil prudent sur le brun, il n'a aucune envie de se perdre bêtement et de mourir d'hypothermie dans les bois alors qu'il pourrait être au chaud dans cette tente avec Aomine, et... Il se secoue, se rabrouant pour ses nouvelles divagations, puis finit par revenir au campement où Aomine a déjà rapporté sa part.
Aomine inspecte brièvement les rameaux rapportés par son ami en lui indiquant le tas qu'il a commencé puis repart à la recherche de plus gros morceaux qui leur assureront une nuit douillette. Il préfère avoir le stock, puisque Kagami lui a avoué être frileux. Il craint que les températures viennent gâcher son expérience qui jusque-là, a l'air de beaucoup lui plaire.
Pendant qu'Aomine repart dans les bois, Kagami commence à organiser l'intérieur de la tente, disposant les sacs de couchage, accrochant une lampe, posant des gourdes et tout le nécessaire pour passer une nuit confortable et tranquille. Il sait que ce ne sera pas le grand luxe, mais ça lui est bien égal. Il a hâte de découvrir le silence des nuits en montagne.
Dans ses aller-retour, Aomine récupère des branches qui pourraient convenir à la création d'un support de fortune à la marmite. Lorsqu'il est content de son tas de bois, il s'attèle à disposer savamment quelques branches fines et de l'écorce dans le foyer. Puis il tâte ses poches à la recherche de sa pierre à feu, sans succès. Il passe alors la tête dans l'ouverture de la tente et s'arrête en constatant que Kagami a su en faire un endroit confortable avec peu, alors que d'ordinaire, il s'accommode de moins.
« Elle fait plus grande rangée comme ça, remarque-t-il dans un sourire appréciateur. Tu peux m'attraper mon sac s'te plait ? »
Kagami attrape son sac et le lui tend, ravi du compliment.
« Thanks. On sera aussi confortables que possible en dormant dehors ! » s'exclame-t-il avant de se détourner pour terminer son petit aménagement.
Aomine apprécie le geste. Il se surprend même à penser ce que Kagami pourrait inventer en plein été pour améliorer sa couchette, s'il devait dormir sans tente à la belle étoile. Peut-être qu'il aura l'occasion de le découvrir s'ils reviennent ici lorsque les températures seront plus propices.
En attendant ce jour prochain, il trouve son silex dans l'une des multiples poches de son sac. Il doit s'y prendre à trois ou quatre reprises pour obtenir des étincelles qu'il transforme rapidement en flamme. Avec délicatesse, il nourrit son départ de feu en prenant garde à ne pas l'étouffer. Lorsqu'il entend le crépitement caractéristique des branches sèches qui se consument, il s'autorise une petite pause. Le sourire aux lèvres, il admire son œuvre, fasciné par les mouvements hypnotiques des flammes grandissantes.
Kagami le rejoint en entendant le crépitement des flammes, et passe un bras autour de ses épaules, contemplant son œuvre.
« Quelle maîtrise du feu ! » siffle-t-il sans même se moquer, admiratif du joli petit brasier.
Le brun ne bronche pas sous le contact, il se fige seulement une demi seconde de surprise avant de se détendre. Le compliment lui fait plaisir mais il se doit de rétablir la vérité. Il présente son outil à Kagami et lui montre que ce qu'il a fait n'est en rien un exploit.
« Un coup de main à prendre, dit-il simplement en haussant les épaules toujours enveloppées d'un bras puissant.
— Quand même, faut avoir la technique ! sourit Kagami. Et dis-moi... Tu pêches ce soir ? On a encore un peu de temps avant le coucher du soleil.
— Ouais j'allais m'y mettre. Je le sens bien, répond-il en souriant, les yeux rivés sur le lac. Tu peux venir essayer ou profiter du campement, comme tu veux.
— Je vais au moins regarder comment tu t'y prends ! »
Kagami pose un baiser dans ses cheveux puis s'écarte pour le laisser prendre ses affaires, impatient de le voir pêcher.
Le brun reste un instant interdit face à cette nouvelle marque d'affection. Un frisson lui coule dans la nuque à la sensation des lèvres chaudes de Kagami sur le haut de sa tempe. Troublé, il se baisse et fouille dans son sac à la recherche de son étui et la boite d'appâts qu'il a préparé avant de venir. Ensuite il rejoint la berge, la longe en direction de l'Ouest jusqu'à son spot favori. Un énorme rocher fait office de promontoire et plonge directement dans une zone du lac un peu plus profonde. Il y grimpe en quelques enjambés, vérifiant par-dessus son épaule que Kagami le suit toujours sur son perchoir. Un fois en haut, il ouvre l'étui contenant sa canne à pêche. Heureusement, la ligne est déjà montée, il n'a plus qu'à tout assembler.
Kagami escalade le rocher puis contemple le lac qui s'étend à leurs pieds, prenant une grande bouffée d'air pur. Affichant un sourire heureux, il s'assoit au bord en laissant ses pieds se balancer dans le vide.
« C'est super, ici, constate-t-il. J'ai vu que t'as pas hésité un instant... C'est toujours là que tu viens pêcher ? »
Aomine se concentre et lance sa ligne le plus loin possible d'un geste ample et vif. Il s'assure que son bouchon flotte correctement avant de s'assoir aux côtés de Kagami pour lui répondre.
« En fin de journée oui. J'ai le soleil dans le dos et d'ici j'ai une vue sur le campement et le sentier. Et c'est aussi un super plongeoir, ajoute-t-il avec un sourire taquin.
— Tu sautes d'ici ?! s'étonne Kagami, se penchant pour regarder vers le vide. C'est haut quand même !
— Pas tant que ça », avoue le brun en reportant son attention sur son bouchon.
Le petit flotteur est facilement repérable pour l'instant, l'eau d'un bleu azur tranchant avec ses couleurs vives. D'ici une heure, avec le coucher du soleil, les reflets et scintillements dorés rendront sa tâche plus ardue. Alors autant être efficace dès à présent.
Kagami se détend, laissant son regard dériver sur les eaux translucides. Puis, il renverse la tête pour se plonger dans le ciel d'un bleu plus clair, bien qu'il commence à s'assombrir à mesure que le soleil décline. Et en tendant l'oreille, il n'entend absolument rien d'autre que le vent qui frissonne dans les bois et un clapotis occasionnel. Toutes les perspectives sont ouvertes autour d'eux, rien n'arrête le regard, lui procurant un sentiment enivrant de liberté.
Le silence s'installe entre eux, mais ça ne le dérange pas. En plus, il ne veut pas troubler la séance de pêche d'Aomine – il paraît que les poissons s'effraient facilement. Alors il se contente de balancer ses pieds dans le vide, jetant de temps en temps un œil en direction de leur campement pour vérifier que tout est bien en place.
Focalisé sur sa cible, Aomine en oublie un peu le reste. Comme si le fait de se concentrer intensément allait faire mordre plus sûrement les poissons. C'est un vol d'oiseaux qui le distrait et attire son regard. Il suit les deux volatiles dans leur course qui ressemble à s'y méprendre à un jeu. Alors qu'ils deviennent deux points noirs indistincts, il reprend conscience de son environnement. De la présence à ses côtés. Les montagnes dressées entre eux et le reste du monde, la pureté du lac qui ne saurait mentir, la nature dans sa plus grande quiétude, immense et vierge. Il inspire une grande bouffée d'air qu'il exhale lentement. Chez lui... lui murmure la brise.
De son côté, Kagami reste silencieux, se contentant d'apprécier le calme des lieux. Aomine l'observe du coin de l'œil tandis qu'il reporte son attention sur le bouchon au bout de sa ligne. Le sourire heureux de son voisin est contagieux, contaminant son visage du même bonheur simple.
Kagami émerge de sa rêverie alors qu'il entend un clapotis plus sonore et tourne la tête en direction de l'appât, et pousse une exclamation étouffée :
« On dirait que t'en tiens un ! »
Aomine acquiesce d'un hochement de tête, déjà affairé à ramener sa prise. Il laisse le poisson partir pour être sûr que l'hameçon ne se décroche pas puis tire sa canne en arrière en moulinant vivement. Il réitère le geste jusqu'à ce que le poisson émerge de la surface de l'eau. Une prise correcte d'une vingtaine de centimètres et peu coopérative. Il se bat encore un instant, puis finit par attraper l'animal qui se balance au bout de sa ligne, frétillant d'indignation. Dans un sourire victorieux, il le présente à Kagami.
« Et d'un ! »
Le rouge l'examine d'un œil critique, visualisant déjà la découpe et la cuisson.
« Hm ouais ça m'a l'air plutôt pas mal ! Mais j'ai faim, il nous en faut d'autres ! »
Aomine ricane tandis qu'il décroche sa proie pour installer un nouvel appât. Il s'apprête à lancer la ligne lorsqu'une idée lui vient. Il ne se laisse pas le temps de réfléchir ni d'être déstabilisé par son envie. Cette fois il agit sans tergiverser, rassuré par l'écrin familier et emporté par sa joie d'être ici. Il se place derrière Kagami, se rassoit en glissant ses cuisses de part et d'autre des siennes puis lui met sa canne entre les mains sans la lâcher pour autant.
« J'te montre ? » souffle-t-il à l'oreille du tigre.
Kagami frissonne, il peut presque sentir la chaleur d'Aomine irradier dans son dos. Son cœur se met à battre fort dans sa poitrine tandis qu'il s'agrippe à la canne à pêche pour ne pas que ses mains tremblent. Il déglutit et acquiesce en balbutiant un peu :
« OK... Montre-moi. »
D'un mouvement de balancier, Aomine montre le geste du jeté à Kagami. Il l'incite à prendre le bout de la ligne de son autre main pour essayer, l'accompagnant en douceur sans influencer son lancer quelque peu hésitant. Il observe la courbe qu'emprunte l'hameçon avant de plonger dans l'eau avec entrain.
« Pas mal ! assure-t-il, fier de son élève. Plus qu'à attendre et surveiller maintenant. »
Kagami hoche la tête, le regard rivé sur le flotteur, un peu tendu dans cette proximité physique inattendue. Aomine est décidément imprévisible, le prenant chaque fois au dépourvu dans la manière dont il initie les rapprochements, alors qu'il semble intimidé chaque fois que c'est lui qui tente. En y pensant, un sourire se dessine sur ses lèvres. Ils se tournent autour comme s'ils vivaient leur premier crush, tour à tour confus, joueurs, entreprenants ou hésitants.
Kagami entre ses bras, sans rien d'autre à faire que d'observer le même point que lui à la surface de l'eau en inspirant son parfum chaud et musqué, Aomine a tout le temps à présent de penser à son geste impulsif. Il se dit que ce n'est pas plus mal que Kagami ne puisse pas voir son visage, car il n'en mène pas large. Son cœur bat la chamade et il doit lutter de toutes ses forces pour ne pas enfouir son nez dans le creux de son cou qui semble prêt à l'accueillir. Il s'évertue à reprendre contenance en donnant des explications au rouge, attentif.
« Si tu le vois bouger, attend un peu. Parfois ce sont juste des petits curieux. Laisse-le couler entièrement avant de réagir. »
Kagami hoche la tête. Le souffle du brun dans son cou le déconcentre, mais il n'a pas vraiment envie de l'ignorer non plus... Cette caresse légère lui donne des frissons. Il se prend à rêver de sentir ses lèvres se poser sur sa peau et peine à repousser cette pensée envoûtante. Heureusement, le flotteur s'enfonce sous la surface, lui fournissant une diversion idéale. Il se redresse un peu, tâchant de ne pas faire de geste inconsidéré, peu désireux de perdre sa prise.
« J'en ai un ! Qu'est-ce que je fais ?! »
Aomine lui intime de ne pas bouger. Il peut le sentir se tendre contre lui, prêt à réagir. Lorsque le bouchon plonge une seconde fois, il guide Kagami en plaçant ses mains sur les siennes.
« Reste calme, il est bien ferré, tu as le temps. Mouline, et tire doucement pour le rapprocher. Voilà comme ça, encore. »
Kagami suit avec application les instructions d'Aomine, qui s'avère étonnamment pédagogue. Il arrive donc du premier coup à sortir le poisson de l'eau, et le remonte prestement de peur qu'il ne lui échappe. Tenant sa prise à bout de bras, il se tourne vers le brun avec un sourire radieux :
« Mon premier poisson ! »
Aomine ne peut s'empêcher de rire, enchanté par cet immense sourire auquel il répond. Dans un élan de tendresse, il dépose un baiser sur sa joue pour le féliciter.
« Bravo, belle bataille ! »
Kagami sourit, s'empourprant devant ce compliment et ce baiser fugace. Il dépose le poisson dans le seau avec le premier et tend de nouveau la canne à Aomine :
« Je laisse la suite aux experts... Je vais jeter un coup d'œil au feu et rapporter de quoi préparer les poissons. »
Aomine hoche la tête en approbation, change l'appât et se reconcentre pour pêcher le reste de leur dîner. Maintenant qu'il se retrouve seul, il reprend contenance, réalisant ce qu'il a réussi à faire. Quand il ne se met pas de bâtons dans les roues tout seul avec ses interrogations et ses doutes, la frontière qui semble encore parfois l'empêcher d'agir comme il aimerait avec Kagami s'estompe. Laissant place à une proximité nouvelle qu'il apprécie de plus en plus, car elle est loin de le laisser indifférent. Ce qui en soit est une très bonne chose, puisque s'apercevoir qu'il est aussi physiquement attiré par Kagami lève quelques-uns de ces fameux troubles. Perdu dans son raisonnement, il observe son flotteur sans vraiment le voir. Il se dit alors qu'il n'y a qu'en dépassant ses peurs qu'il pourra les comprendre et les faire disparaître. Un cercle vertueux en quelque sorte...
Kagami revient près du feu et l'entretient, surveillant les petites branches pour qu'elles prennent bien, et guette aussi les étincelles. Il ne voudrait pas mettre le feu à leur beau campement ! Puis, il prend son matériel dans son sac et revient auprès d'Aomine.
« Je pense que je vais faire des brochettes », annonce-t-il en s'approchant pour récupérer leurs prises.
Aomine qui ne l'a pas entendu arriver sursaute un peu puis il se retourne pour lui passer le seau.
« Bonne idée. Je te préviens dès que j'en ai d'autres. T'as tout ce qu'il te faut ?
— Ouaip, t'inquiète. Côté cuisine, je gère. »
Kagami lui adresse un clin d'œil et emporte les poissons. Il ne s'éloigne pas, restant au bord de l'eau pour vider les poissons en se servant d'une pierre comme plan de travail. Il lève les filets, puis découpe la chair en petits morceaux, concentré sur sa tâche.
Le brun ne peut s'empêcher de noter une fois de plus les gestes experts du tigre et un sourire taquine ses lèvres. Voir que Kagami ne semble pas perdu le moins du monde en dehors du confort d'une cuisine toute équipée le rend étonnement heureux. Des images de prochaines randonnées plus longues et autre road trip viennent effleurer son esprit. La vie d'aventurier, les dinosaures en moins.
Ses premières brochettes prêtes, Kagami retourne auprès du brun : la cuisson sera probablement rapide, mieux vaut qu'ils aient tous les poissons dont ils ont besoin avant de se lancer. Il se sent d'humeur particulièrement légère, d'autant qu'il sent Aomine plus confiant et détendu, et ça lui fait très plaisir. Ils avaient vraiment besoin de ça. S'évader juste tous les deux, sans pression.
Il observe le flotteur, puis le pêcheur concentré, et remarque :
« Ça mord bien dans le coin ! On a pas mis beaucoup de temps à avoir deux poissons ! Heureusement que tout le monde connaît pas cet endroit ! »
Alors qu'il entame la lutte contre le troisième poisson, plus vif que les premiers, Aomine ne quitte pas sa ligne du regard. Il profite d'un instant où il laisse la truite s'épuiser pour répondre.
« Oui, c'est encore la bonne période. En hiver vaut mieux monter avec des conserves. Ici on est un peu hors-piste, l'accès au lac est pas indiqué sur les guides touristiques, ça aide à préserver l'endroit. »
D'un coup sec il tire sur sa canne et mouline rapidement pour réduire le leste de la ligne. Il sent plus de résistance, ça doit être une belle prise.
Kagami observe le duel, captivé, d'autant que son estomac commence à grogner.
« T'as vraiment tous les bons plans sur cet endroit. J'aurais pas pu rêver meilleur guide ! »
Il est admiratif, et heureux aussi de partager ça avec le brun, d'entrer sur son territoire, un peu dans son passé aussi. Et encore plus qu'Aomine ait envie de partager ça avec lui.
Aomine lui lance un sourire par-dessus son épaule, acceptant le compliment sans broncher. Puis il termine de sortir sa prise qui se débat encore furieusement. Il en viendrait presque à culpabiliser de le manger. Mais il sait d'expérience que l'effort rend le repas meilleur.
« Tiens, tu peux m'attraper l'épuisette ? Il serait capable de se décrocher ou de casser ma ligne celui-là ! » demande-t-il en grognant.
Kagami lui tend l'objet demandé, un peu inquiet à l'idée de voir leur nourriture leur échapper. Ils parviennent avec succès à maîtriser le poisson, et il s'exclame avec enthousiasme :
« Il est gros celui-là ! »
Aomine s'essuie le front d'un revers de main et étudie son poisson, plutôt fier. Il ne se souvient pas d'en avoir déjà pêché un si gros. Enfin si, mais avec une canne appropriée.
« Ouais, belle bête ! J'ai presque envie de le relâcher tellement qu'il s'est bien battu, admet-il en le décrochant avec précaution.
— Mais la bouffe... murmure Kagami, effrayé à l'idée qu'Aomine laisse filer leur proie.
— T'inquiète baka ! J'ai dit presque. Moi aussi j'ai la dalle... » le rassure-t-il en riant.
Kagami souffle de soulagement. Après cette journée et malgré le déjeuner conséquent qu'il a prévu, il meurt de faim ce soir.
« Ok, alors avec ce qu'on a apporté, ça devrait suffire ! On peut aller manger ! » affirme-t-il davantage qu'il ne pose la question.
Un sourire amusé étire ses lèvres. Aomine en aurait bien pêché plus, mais plus pour le sport que par besoin. Il se résigne donc à ranger sa canne et son matériel tandis que Kagami emporte son butin, visiblement impatient de le cuisiner.
Kagami s'empresse de préparer le nouveau poisson et compose des brochettes comme avec les autres, puis s'assoit devant le feu pour les faire griller. Ils n'entendent presque que le crépitement du feu, les craquements occasionnels des branches dans la brise, et le clapotement étouffé de l'eau. Il n'a jamais cuisiné au feu de bois mais la façon dont la chair grésille, en tout cas, lui donne l'eau à la bouche.
« Je pense que ça va être tendre et juteux... » commente-t-il rêveusement en contemplant sa cuisson.
Le brun l'a rejoint une fois tout son matériel rangé à sa place. Il salive d'anticipation à ces mots, les yeux braqués dans les flammes léchant paresseusement les brochettes. Une odeur délicieuse de poisson fumé envahi le campement, ne faisant qu'accentuer sa faim. Un grondement sonore perturbe d'ailleurs le silence relatif. Par réflexe il pose une main sur son estomac pour calmer son impatience.
« Je crois que je vais les dégommer... »
Kagami lâche un petit rire en entendant ce grognement qui répond à ceux de son propre estomac. Heureusement, les brochettes ne tardent pas à être prêtes, et il en tend une à Aomine avant de mordre à belles dents dans la sienne. Il sourit aussitôt, le goût fumé vient envelopper la chair légèrement fade... Et de toute façon, même si c'était mauvais, il aurait probablement savouré de la même manière, grisé par les circonstances et le plaisir de manger au grand air quelque chose qu'ils ont pêché eux-mêmes.
Aomine se force à mâcher lentement, savourant chaque bouchée. C'est vrai qu'en terme de saveur il y a mieux, mais Kagami a su rendre son traditionnel poisson au feu de bois encore meilleur. Ou alors c'est le simple fait de le partager avec lui. En tout cas la satisfaction donne un assaisonnement supplémentaire inégalable. Il se régale de son repas autant que de la vue, maintenant colorée des rouges et oranges du soleil qui glisse derrière les montagnes où s'installent les ombres. Il a beau être venu des dizaines de fois ici, ce n'est jamais pareil. Et ce soir il lui semble que le spectacle est encore plus beau que dans ses souvenirs.
« Je suis content que tu sois là... » Souffle-t-il avant de reprendre une brochette.
Kagami lève les yeux vers le brun et souffle, sourire aux lèvres :
« Moi aussi. »
Le rouge aimerait pouvoir exprimer à quel point c'est important pour lui, mais c'est difficile à faire avec des mots, c'est difficile à faire tout court. Cependant, il ne s'en formalise pas. L'important, c'est de profiter de leur moment... Une part de lui est redevenue très optimiste et il a repris confiance : ils trouveront leur chemin... Il le sait car ils ont déjà commencé à arpenter celui qui leur convient.
« Je sais que cet endroit compte pour toi, reprend-il. Et je suis très content de le découvrir et de t'accompagner. Des fois... j'aime bien randonner en solo. Mais ce week-end... je suis heureux de pas être seul. »
Aomine s'interrompt et croise le regard de Kagami. À la lueur des flammes, il lui paraît encore plus intense, plus brillant. À moins que ce ne soit l'émotion qu'il décèle dans sa voix. Celle-là même qui lui étreint la gorge à cet instant. Il tente un sourire, mais la vague de nostalgie qui l'envahit doit sûrement le déformer. Il ressent la même chose. Il était temps qu'il ramène quelqu'un ici. Pour faire de cet endroit et d'un de ses loisirs favoris autre chose qu'un pèlerinage de souvenirs ou une pénitence funeste qu'il s'infligeait parfois.
Son père lui manque de façon plus pernicieuse ici. Sa voix, son image, sa mémoire imprégnant les lieux. Comme s'il avait décidé de venir reposer là. Il n'a jamais demandé si cet endroit comptait pour lui, il le regrette... Mais il aime aussi l'idée de partager avec quelqu'un ce que son père lui a transmis à l'époque. Une façon différente de lui faire honneur. Lui rendre hommage en transmettant son savoir. Le faire revivre un peu à travers eux. Les mots de Kagami lui confirment qu'il a fait le bon choix. Inconsciemment, il tenait à ce que ce soit quelqu'un partageant son gout de l'aventure, quelqu'un capable d'en apprécier chaque aspect même les plus difficiles, et surtout quelqu'un capable de le comprendre.
Soudain trop ému pour parler il prend simplement la main de Kagami dans la sienne. Il presse doucement ses doigts sans le lâcher du regard, espérant lui faire passer ce qu'il éprouve.
Aomine ne dit rien, mais Kagami n'en a pas besoin. Cette fois, son silence et sa main qui presse la sienne lui en apprennent bien plus que ses mots n'auraient pu le faire. Il lui rend cette légère étreinte, contemplant son visage à la lueur des flammes, et après quelques instants, il s'approche doucement, jusqu'à pouvoir cueillir ses lèvres entre les siennes. Il noue aussitôt sa main sur sa nuque, comme pour l'empêcher de s'écarter, le retenant contre lui, avec lui.
Ce baiser est telle une caresse sur son âme ébréchée. Il est doux et d'une tendresse qui le bouleverse un peu plus. Son cœur cogne vite contre ses côtes. La main chaude et presque autoritaire sur sa nuque contraste avec la douceur des lèvres jouant avec les siennes. Elle le sécurise, lui intime de rester dans l'instant et de ne pas se laisser happer par la tristesse qui menace. Alors docilement il obéit, se focalise sur Kagami et les sensations qu'il fait naître en lui. Doucement il entrouvre les lèvres pour accueillir la langue du tigre. Sa main venant naturellement se poser sur sa hanche pour se rapprocher de lui et approfondir l'échange qui l'enivre, le maintien à la surface.
Kagami est enivré par ce baiser, de sentir Aomine céder à sa tendresse et se livrer un peu à lui. Il enlace le brun et savoure ses lèvres et sa langue, massant doucement sa nuque sous ses doigts, le cœur battant d'émotion. Il veut prolonger ce baiser, ne plus lâcher Aomine, il éprouve encore ce besoin viscéral de le protéger et peut-être de lui montrer qu'il n'a pas à lutter tout le temps.
Pendant un long moment, Kagami l'embrasse, puis doucement se détache de ses lèvres et le regarde à la lueur des flammes. Il lui adresse un doux sourire tandis qu'il suit le dessin de sa pommette du bout des doigts, descendant au creux de sa joue avant de souligner ses lèvres. Il a envie de lui dire qu'il l'aime, mais il retient encore les mots et se contente de vivre pleinement l'instant, son cœur pulsant sourdement dans ses oreilles et couvrant presque le crépitement des flammes qui les réchauffent.
Aomine reste immobile, frissonnant sous la caresse. Les gestes de Kagami et son regard perdu sur ses lèvres l'hypnotisent. Jamais personne ne l'a regardé de la sorte. Avec autant de tendresse, de profondeur et d'autre chose qui reste en suspens, comme un secret dont il n'a pas encore la clé. Ce baiser, comme celui qu'ils ont échangé plus tôt le laisse un peu étourdi. Une nuée de papillons lui dévore le ventre tandis que son cœur essaie de ralentir. Si le feu les étreint d'une douce aura de chaleur, celle qui prend place dans sa poitrine et le creux de ses reins est plus vive.
Sa main remonte lentement, se mouvant grâce à une volonté qui lui est propre le long du flan de Kagami. Il sent sa chaleur à travers ses vêtements, le réveillant de sa transe. Il est troublé par ce qu'il ressent, mais il n'a pas peur. Plus confiant, rassuré par l'énergie que dégage le tigre il glisse ses doigts dans sa chevelure flamboyante. Un geste qui lui procure une satisfaction si intense, qu'il réalise avoir longtemps rêvé de se l'autoriser. La douceur des mèches folles glissant entre ses phalanges l'électrise. La main de Kagami se resserre sur sa nuque en réponse et il cède. Dans un soupir de soulagement et d'abandon, il pose son front sur celui de Kagami, savourant leur proximité et son souffle chaud sur sa peau.
Les yeux clos, Kagami sourit, de délicieux frissons courant dans sa nuque à la caresse de la main d'Aomine dans ses cheveux. Il a l'impression que ça fait une éternité qu'on ne l'a pas touché ainsi, et quoi qu'il en soit, ça n'avait pas fait le même effet, il n'en avait pas éprouvé la même satisfaction, le même émoi teinté de désir. Il écoute le silence qui règne autour d'eux, comme si le monde se retirait dans les ombres pour ne pas les déranger.
Ils restent ainsi presque immobiles un temps indéterminé, puis il se détache du brun avec douceur, tout en restant près de lui, et sans rien dire lui tend le plat de brochettes, après tout, ils ont à peine commencé à manger.
Les joues rosissant lorsqu'ils se détachent l'un de l'autre, Aomine se sert une nouvelle brochette, la faim se rappelant à lui. Ils sont toujours proches mais à présent qu'ils ne se touchent plus, il a presque froid. Une sensation étrange alors qu'il ne s'est jamais vraiment autorisé à être tactile avec lui. À présent qu'il y a gouté, il ne pense pas pouvoir y renoncer. C'est trop grisant...
Sans rien dire, il poursuit son repas, glissant de temps à autre un regard envieux sur son voisin. Quand il le surprend, Kagami lui sourit et il sent son visage s'échauffer à nouveaux. Aomine se réprimande mentalement d'être dans cet état de fébrilité. Il n'est pourtant pas novice aux jeux de regards...
Kagami s'étonne de la quasi-timidité du brun, mais c'est presque rassurant de lui découvrir un côté moins sûr de lui. Et puis, il aime ces regards à la dérobée, tout cet échange muet qui établit peu à peu la complicité entre eux. Lui qui avait si faim, il mange bien mais n'est plus très concentré sur la nourriture, bien plus absorbé par son voisin.
Quand ils terminent finalement leur repas, il en profite pour passer un bras autour des épaules du brun et le serrer contre lui, le sentant un peu frissonnant près de lui. Tout en ranimant le feu en le remuant avec un bout de bois, il lève les yeux et voit quelques étoiles apparaître entre les arbres.
« T'as jamais peur quand tu viens camper tout seul ? demande-t-il. Et quand t'étais enfant, même avec ton père, ça devait être impressionnant... »
Sans se défaire de l'emprise de Kagami il se penche pour récupérer une buche, l'aidant ainsi à raviver le feu. Il se recale près de lui avant de suivre son regard.
« Nan, pas vraiment. Je me sens bien ici. Sur d'autres parcours par contre ça m'est arrivé. Et gamin aussi évidemment. Tout est tellement immense ici... je me sentais pas le bienvenue.
— Ouais... La nature a un côté hostile, et on s'y sent minuscule. Mais je vais pas avoir peur, avec un randonneur aguerri et futur membre des forces spéciales en plus ! » Kagami rigole, mais c'est vrai que tout seul ici, il n'aurait pas fait le malin.
Aomine esquisse un rictus, le rire ne franchissant pourtant pas sa gorge.
« C'est pour ça que j'aime autant ça aujourd'hui. Ça remet les choses en perspective. D'ici les problèmes paraissent insignifiants. Tu trouves pas ? »
Kagami considère la question, levant de nouveau les yeux vers les étoiles.
« Hm... Ouais, comme s'ils étaient plus lointains... Ou plutôt qu'on les avait laissés en bas de la montagne ! »
Soudain, il semble se rappeler quelque chose et se lève pour aller chercher son sac. Il regarde Aomine, l'air content de lui, et lance :
« Tu sais ce que font tous les campeurs américains ? »
Intrigué, Aomine le suit du regard puis lève un sourcil dans une interrogation silencieuse. Il allait hocher négativement la tête quand une image furtive traverse son esprit. Soudain intéressé il tente :
« Ils font griller des guimauves au-dessus des flammes ? »
Kagami se rassoit en souriant, sortant de son sac d'autres piques à brochettes, un paquet de chamallows, une tablette de chocolat et un paquet de biscuits.
« Yeah... Mais encore mieux, t'en fais un sandwich en calant la guimauve grillée entre deux biscuits et un carré de chocolat. C'est tellement bon qu'on appelle ça des "s'more", la contraction de "some more". »
Tout en parlant, il prépare ses brochettes. Ça lui rappelle de rares souvenirs de vacances au camping avec ses parents et une douce nostalgie baigne son cœur.
Les yeux de Daïki brillent de gourmandise en le regardant faire. Il saisit sans se faire prier le pique que Kagami lui tend et le laisse rôtir au-dessus du feu. L'odeur de sucre fondu vient rapidement chatouiller ses narines et lorsque la coloration lui plait il goute son dessert.
« Oh fuck... lâche-t-il avant d'engloutir le reste.
— T'as vu ?! s'exclame Kagami en riant. Tout simple, mais super efficace. J'en avais pas mangé depuis gamin... Et c'est aussi bon que dans mon souvenir !
— Encore ! » S'exclame Aomine en se léchant les doigts.
Autant de sucre en une bouchée devrait être interdit mais ce n'est pas comme s'ils avaient mangé le plus calorique des dîners non plus. Il enregistre les gestes de Kagami lorsqu'il prépare sa prochaine portion en se moquant de lui. Il lui tire la langue pour la forme mais ne s'en offusque pas, il sait qu'à cet instant il a l'air d'un gosse mais il y a aussi tout le contexte à prendre en compte, se rassure-t-il intérieurement.
Kagami est heureux de la réaction du brun. Le voir aussi détendu et souriant lui réchauffe le cœur, et puis, lui aussi ça lui fait du bien de s'empiffrer d'un dessert si régressif et sucré. Il est ravi d'avoir eu cette idée, et ils se font une petite orgie sucrée au coin du feu en échangeant de légères railleries et plaisanteries.
Le brun se régale, préparant ses propres munitions à présent. Il se surprend à rire en imaginant ce qui pourrait rendre ce moment plus parfait. Il ne voit pas grand-chose, si ce n'est...
« Si tu me dis que tu as une guitare dans ton sac pour parfaire le tableau, je veux bien plonger dans le lac ! »
Kagami secoue la tête en riant.
« Désolé... Je suis pas vraiment musicien. Toi si ? »
Aomine lui sourit, taquin.
« Non... j'ai de nombreux talents mais pas celui-là. La musique je me contente de l'écouter et de la vivre.
— Ouais... Pareil pour moi. Mais même si j'adore écouter de la musique... J'avoue que j'apprécie le silence ici. On n'a jamais ce genre de silence en ville.
— C'est clair. La nature a ses propres mélodies. Je trouve ça apaisant. »
Kagami écoute ce silence, empli de petits bruissements, la brise légère dans les feuillages, des branches qui craquent dans la forêt, une chouette ululant dans la pénombre... Ça pourrait être une atmosphère inquiétante, mais pas ce soir. Il se sent bien ici avec le brun, et rien ne vient troubler cet instant.
« Ouais... Définitivement apaisant », approuve-t-il.
Ils ont dévoré la plus grosse partie du paquet de chamallows, mais finalement ils ne peuvent plus rien avaler, et il range le reste de leurs victuailles dans son sac.
Aomine s'étire, rassasié puis se laisse tomber en arrière. Une main sur son ventre plein, il passe son autre bras sous sa nuque pour contempler les étoiles qui ont pris place dans la toile noire du ciel. D'un regard il invite Kagami à l'imiter. Tout près de lui, il peu sentir son parfum chaud, mélange de l'effort, de la fumée, des shamallows et du feu irradiant sa peau. Cette fois il accueille son émotion plus sereinement et n'essaie pas de s'en cacher, ni de détourner le regard. Kagami lui fait de l'effet et ce soir la lune pourra en témoigner.
Étendu aux côtés du brun, Kagami sent son cœur battre sourdement. Cette première journée de randonnée les aura indéniablement rapprochés, gommant la gêne et l'incertitude qui auraient pu s'accrocher à eux tandis qu'ils avancent maladroitement l'un vers l'autre. Il pose une main sur celle d'Aomine et mêle ses doigts aux siens alors qu'il se perd avec lui dans la contemplation des étoiles qui palpitent en sourdine entre les branches.
« C'était une super journée, commente-t-il avec un sourire. Et j'ai déjà hâte de voir ce que demain nous réserve... C'est quoi le programme d'ailleurs ? »
Aomine acquiesce en silence. Pour lui aussi cette journée a compté. Il réfléchit en caressant distraitement la main de Kagami de son pouce avant de répondre.
« Demain on n'est pas pressés. La descente se fait plus rapidement. Après on pourra profiter des sources chaudes à l'onsen et y rester dormir si tu veux, ou rentrer à Tokyo. »
Kagami est déjà sûr qu'il aimera passer une autre soirée et une autre nuit avec Aomine, mais il musèle son enthousiasme.
« Ça fait une éternité que je suis pas allé à l'onsen... J'avoue que c'est plutôt tentant. »
Aomine lui adresse un regard en coin.
« Moi non plus, confesse-t-il. De toute façon on n'a pas le choix de le traverser, c'est la fin du circuit. On décidera demain... » conclut-il dans un haussement d'épaule.
Kagami acquiesce, heureux d'avoir encore toute une journée à passer avec le brun, à profiter sans se presser ni chercher à atteindre un objectif. Maintenant qu'ils sont posés et qu'ils ont dîné, il commence à sentir la fatigue de la journée lui tomber dessus et il bâille plusieurs fois. Il faut dire que la randonnée n'a pas été de tout repos, et la journée riche en émotions.
Kagami réussit à lui arracher un bâillement alors qu'il se perdait dans sa contemplation astrale. Il faut dire que toute la journée, et même celles qui ont précédé le départ, il a préféré occulter le fait qu'ils allaient partager un couchage. Plutôt exigu... S'attarder sur ce détail n'aurait fait qu'augmenter l'angoisse et l'appréhension. Quant à aujourd'hui, il était trop occupé à se remémorer le passé et à profiter du présent pour anticiper la nuit. C'est pourquoi il a retardé ce moment le plus longtemps possible. Il le savait inévitable, mais il ne se sent pas prêt. Comme lors d'un examen qu'il n'aurait évidemment pas révisé malgré les injonctions de Satsuki. Cependant, il se contraint au calme en profitant des derniers instants au clair de lune qui semble l'encourager de son sourie bienveillant et lumineux. Il ne passe pas un examen, ni un test. Même si Kagami attend quelque chose de lui, il sait aussi qu'ils ont parlé d'aller à leur rythme. Il lui fait confiance.
Malgré tout, il est un brin nerveux lorsqu'il se tourne vers lui.
« On va se coucher ? La journée a été longue...
— Yeah... Je suis claqué. »
Kagami se relève et s'étire, et tend la main au brun pour l'aider à se hisser sur ses pieds. Toute la journée, il a été fébrile à l'idée de partager une tente avec lui, mais à présent il est étrangement calme. Certes, son cœur continue de cogner dans sa poitrine et il est à la fois impatient et intimidé, mais l'inquiétude qui s'accrochait à lui s'est évanouie. Il sait ce qu'il veut... Et ce qu'il veut, c'est la personne face à lui. Il est prêt à investir le temps et la patience nécessaire tant qu'il sentira qu'Aomine a aussi envie d'être avec lui.
Kagami ne lâche pas sa main alors qu'il le guide jusqu'à la tente. Aomine se faufile alors à sa suite et rejoint son couchage tant bien que mal. Leur amplitude de mouvement est limitée, ce qui les oblige à bouger chacun leur tour. La situation plus comique qu'embarrassante a le mérite de le détendre un peu et de le faire rire. Une fois son compagnon assis, il se glisse dans son sac puis entreprend d'ôter quelques couches. Sa veste et son tee-shirt rejoignent le fond de son paquetage d'où il tire un débardeur pour la nuit. Ensuite, il se contorsionne pour retirer son treillis sous la lumière vacillante de la lampe qui remue au gré de son imitation involontaire d'une chenille empotée.
« Te moque pas ! Ce machin a rétréci depuis la dernière fois, j'en suis sûr ! » grommèle-t-il en tanguant dangereusement.
Kagami rigole à la vue de cet effeuillage maladroit et ne fait rien pour l'aider, profitant du spectacle. Quoique lui-même ne s'en sort pas beaucoup mieux, et après avoir bataillé en grognant aussi, il se retrouve finalement en t-shirt et en caleçon, et peut enfin s'allonger sereinement dans son sac de couchage. Il éteint la lampe qu'il a suspendue au-dessus d'eux et soupire légèrement, très conscient de la présence d'Aomine presque collé à lui à travers la trop grande épaisseur des sacs de couchage. Après quelques instants, il se tourne sur le côté et sort un bras de son sac pour enlacer le brun, fourrant son nez dans ses cheveux qui sentent bon.
Aomine se fige un peu la première seconde mais se détend aussitôt. Il ne s'attendait pas à l'attitude possessive et protectrice de Kagami. Ça lui plait de le sentir aussi demandeur que lui de contact. Alors à la faveur de l'obscurité, dans l'un de ses endroits préférés au monde il ne musèle plus ce besoin et se blottit avec délice contre Kagami. Il glisse une main entre eux pour la déposer au creux de son épaule, le cœur affolé, hésitant entre excitation et panique.
Kagami peut sentir la fébrilité du brun, sa légère hésitation. Il pose de légers baisers dans ses cheveux et sa main caresse son dos avec lenteur. C'est si bon de pouvoir enfin le toucher, lui exprimer ce qu'il ressent par ce contact physique auquel il n'a pas osé rêver, auquel il s'est même si longtemps interdit de penser, mais qui paraît tellement naturel ici, tellement plus facile. Son corps réagit fortement à la présence du brun mais il ignore son propre désir, il veut juste le rassurer, lui montrer qu'il n'y a rien à craindre.
Sous ces attentions, Aomine essaie de se détendre. Son esprit turbine à toute allure, contrant leurs effets positifs. Il mène un combat intérieur quelques minutes pour reprendre le dessus de ses émotions et le contrôle de ses pensées. Tout va bien. Il inspire profondément, se concentre sur la présence de Kagami qui continue de le rassurer. Il se demande vaguement si s'éloigner de lui l'aiderait mais il voit plus cette solution comme une défaite. Un aveu de faiblesse, une forme de renoncement. Battre en retraite ne servira à rien. S'il est si nerveux, c'est aussi parce qu'une part de lui qu'il découvre encore a très envie de cette proximité. Il lui faut juste un peu de temps pour s'y habituer et apprendre à la gérer. Et comme il n'est pas du genre à reculer devant un obstacle, il décide plutôt de foncer. Doucement, il redresse le visage à la recherche des lèvres de Kagami. Lorsqu'il les trouve, il l'embrasse avec toute l'affection qu'il lui porte. Comme si par ce moyen il pouvait lui faire comprendre qu'il est bien là, une excuse silencieuse et peut-être aussi une promesse.
Ce baiser spontané fait faire un bond au cœur de Kagami, qui resserre son étreinte tandis qu'il happe ses lèvres et mêle sa langue à la sienne. Cette fois la caresse lui paraît d'autant plus intime, dans l'étroitesse de leur tente, dans la pénombre, sur le seuil du sommeil. Il sent le désir se soulever telle une lame de fond dans son ventre, le faisant frissonner tout entier. Il redécouvre cette sensation pourtant familière, qui ce soir lui paraît éclatante et pure, terriblement addictive. Il l'accepte dans son intensité, même s'il sait qu'il ne peut pas pousser trop loin sa chance ce soir et qu'il doit museler ses ardeurs. Même si cela crée de la frustration, ça ne le contrarie pas... il est trop heureux pour ça.
Ainsi collés l'un à l'autre, Aomine ne peut ignorer le désir de Kagami. Une pointe de culpabilité serre sa poitrine déjà lourde de trop d'émotions. Il note dans un coin de son esprit que ça ne le repousse pas. Psychologiquement, il n'est pas prêt à y répondre, pourtant, il peut sentir son sang s'épaissir et aiguiser ses sens, réchauffer son bas ventre et lui tourner la tête. Il préfère tout de même calmer le jeu et ralentit la valse de sa langue avant qu'elle ne devienne trop fougueuse. Il s'écarte doucement, pose un baiser qu'il veut chaste sur la bouche du tigre avant de murmurer tout contre :
« Je pourrais devenir accro ... »
Il réalise en l'avouant combien c'est vrai. Jamais il n'a pris un tel plaisir à embrasser quelqu'un. Il a toujours vécu ça comme une contrainte, une attente de ses partenaires à combler, un prémisse à ce qu'il aspirait vraiment. Mais les baisers de Kagami ont une saveur particulière, un gout d'évidence… terriblement addictif.
Kagami prend quelques instants pour se ressaisir, observant Aomine dans la pénombre, distinguant à peine les traits de son visage. Il laisse glisser ses doigts dans ses cheveux, le souffle court, les derniers mots du brun résonnant dans son esprit. Accro ? Clairement, lui aussi... Il sent son corps vibrer en réaction à la présence d'Aomine, son cœur bouillonner d'émotions.
Quand il est assez calme, il sourit et pose à son tour un baiser plus chaste sur ses lèvres.
« T'en auras d'autres demain alors, promis. »
Aomine fixe la lueur dans les prunelles de Kagami, reflet de la faible lumière du feu qui filtre dans leur tente. Il s'y perd, un doux sourire collé aux lèvres avant de se blottir de nouveaux contre lui sans gêne. La fatigue a raison de lui, elle lui arrache un bâillement incontrôlable.
« Bonne nuit Kagami... »
Le tigre resserre son étreinte, heureux de le sentir proche physiquement, n'hésitant pas à lui prodiguer de la tendresse. Il murmure un "bonne nuit" en retour et ferme les yeux, écoutant la nuit bruisser autour d'eux. Il fait frais mais Aomine est si chaud contre lui. Son parfum, légèrement épicé, l'enivre et le fait rêver. Il pense à la journée qui les attend le lendemain, à d'autres baisers qu'ils pourront échanger, il pense à tout ce qui leur reste à découvrir l'un de l'autre et tout le chemin qui leur reste à parcourir, et la chaleur de l'optimisme réchauffe sa poitrine après ces semaines de doutes et de tergiversations. Oui, ce soir l'espoir est définitivement de retour. De toute façon, il est bien trop tard pour reculer. À présent, il a accepté la possibilité d'avoir le cœur brisé. Il l'aura de toute façon s'il renonce à Aomine... Alors il va suive la voie qu'il a choisie jusqu'au bout.
