Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour la nuit du FoF sur le thème "sultan"


L'instrument de musique était magnifique. La caisse triangulaire lui offrait un aspect étonnant et original qui lui plaisait. Le long manche était raffiné, subtilement décoré de-ci de-là de feuillages travaillés. Objectivement, il s'agissait d'une merveille.

Pourtant, à cet instant précis, Osman aurait bien aimé le brûler.

Il fallait dire qu'il s'était rarement senti aussi idiot. Tout était parti d'une discussion avec Meleksima la semaine précédente. Quand il lui avait demandé si quelque chose lui manquait de sa Russie natale, elle avait soupiré en évoquant la douce mélodie de la balalaïka. Osman aurait alors dû lui offrir sa sympathie, l'interroger sur cet instrument, chercher à poursuivre le dialogue. Malheureusement, tout ce qu'il trouva à dire, fut :

- La balalaïka ? Oh, mais j'adore cet instrument !

Là, Meleksima avait levé un sourcil.

- Vraiment ?

Il aurait été encore temps de se reprendre. Néanmoins, tout sultan qu'il était, Osman n'en restait pas moins un adolescent de quinze ans désireux d'impressionner sa douce. Ce fut ainsi qu'il avait répondu :

- Oui, vraiment, je sais même en jouer !

Ce qui était bien évidemment faux. Il n'avait jamais tenu une balalaïka, à vrai dire, il en ignorait jusqu'à son aspect. Mais comme Meleksima avait sourit d'une joie immense, il n'avait pu que s'enfoncer dans son mensonge et lui promettre de lui donner un récital particulier sitôt qu'il aurait pu commander un nouvelle instrument – il avait malheureusement cassé son ancien, ce qui était l'unique raison du fait qu'il ne pouvait jouer immédiatement devant elle.

Une semaine après, il se retrouvait donc de nouveau face à Meleksima, le fameux instrument entre les mains. Et il n'avait vraiment, mais alors vraiment aucune idée de la marche à suivre. En désespoir de cause, il tenta de gratter une corde, sans grand succès.

- Je dois avouer quelque chose, finit-il donc par dire, vaincu comme il l'était.

- Laissez-moi deviner..., sourit Meleksima. Vous ne savez pas jouer ?

- Non... Je... je suis désolé, j'ai mentit. Je crois que je voulais me faire bien voir de vous.

- Ne soyez pas désolé. Je suis plutôt heureuse que vous ayez proféré ce mensonge. Cela témoigne de votre affection, ce qui me transporte de joie.

Osman sentit son cœur rater un battement à l'idée que Meleksima puisse être ainsi flattée.

- Quant à savoir jouer, reprit-elle, ne vous inquiétez pas. Je peux vous apprendre. Le temps est de notre côté, après tout.

Quand elle s'approcha de lui pour repositionner ses doigts, Osman songea qu'il n'avait jamais rien connu d'aussi doux.