La mairesse de la petite ville de StoryBrooke s'ennuyait profondément dans son bureau à la mairie, la discussion était si redondante qu'elle n'eut aucun scrupule à soupirer bruyamment. Elle était fatiguée de devoir répéter, encore et encore, la même chose, elle essayait de faire entendre raison à ce vieux sorcier depuis près d'une heure, en vain.
S'accoudant à son bureau, elle posa sa tête au creux de sa main en se demandant comment elle allait bien pouvoir se débarrasser de cette vermine. Ce n'était pourtant pas faute de lui avoir demandé – au moins une dizaine de fois – de quitter la pièce pour la laisser travailler. Sous son costume un peu trop grand pour sa carrure d'adolescent prépubère se cachait une véritable sangsue, il était venu avec un objectif bien précis et il ne comptait absolument pas laisser la brune en paix avant d'avoir obtenue gain de cause.
« Combien de fois vais-je devoir vous le répéter ? Je ne sais pas de quel livre vous me parlez, Monsieur Gold. » Marmonna-t-elle, une fois de plus.
« Nous sommes les deux seuls à avoir accès à la bibliothèque, êtes-vous certaine de ne pas l'avoir emporté par inadvertance ? » Questionna l'antiquaire qui n'en démordait pas.
« Pourquoi irais-je emprunter des livres à la bibliothèque de la ville alors que je possède un panel de choix chez moi ? »
« Vous pourriez au moins faire l'effort de vérifier. »
« Bon sang… N'avez-vous pas passé l'âge de lire des contes de fée ? » Attaqua-t-elle, agacée.
« Ce ne sont pas de simple conte, très chère. » Assura l'homme.
« Quand bien même, il n'y en a sans doute pas d'exemplaire à StoryBrooke. »
Regina, d'un simple signe de la main, lui désigna la porte pour lui faire comprendre qu'il était grand temps pour lui d'aller retrouver ces babioles poussiéreuses et, sans lui porter plus d'intérêt, elle s'empara d'un des dossiers dont elle devait s'occuper. Lisant distraitement le contenu des documents, elle leva les yeux au ciel en constatant que le tracassin n'était pas décidé à bouger de son canapé.
Qu'importe, elle continua de travailler en oubliant totalement sa présence. Monsieur Gold n'était pas connu en ville pour sa patience alors, avec un peu de chance, se serait suffisant pour se débarrasser de lui.
Mettant – grâce à son stylo – de la couleur un peu partout sur les différentes fiches qu'elle tenait en main, elle pivota jusqu'à son ordinateur sur lequel elle afficha plusieurs documents dont elle avait besoin pour résoudre cet énième problème en ville. Pianotant bruyamment, elle garda tout de même un œil sur le vieil homme qui sondait – de haut en bas – son bureau.
Que faisait-il ? Que cherchait-il ? Pourquoi semblait-il avoir douloureusement besoin de ce livre ? Elle n'avait pas la moindre idée de ce dont il parlait mais ce n'était certainement pas dans cette pièce qu'il pourrait trouver des contes pour enfant.
« Je comprends bien que les fauteuils de la mairie sont particulièrement confortables mais si vous n'avez rien d'autre à me demander alors vous pouvez vous y aller. Vous connaissez le chemin, je ne vous raccompagne donc pas. » Marmonna-t-elle finalement en sentant son regard noir scanner son lieu de travail.
Monsieur Gold tourna enfin la tête dans sa direction et lui lança un sourire mesquin comme il en avait le secret, ce simple rictus fut suffisant pour la faire frissonner d'inconfort. Avant qu'il n'ait le temps de dire quoi que ce soit, la porte s'ouvrit à la volée sur Sabine – la secrétaire – qui semblait totalement guidée par la panique.
« Les urgences viennent d'appeler pour Emma. » Lança-t-elle de but en blanc.
Le sang ne fit qu'un tour dans les veines de la mairesse, elle se leva précipitamment de sa chaise en fermant, inconsciemment, son ordinateur. L'inquiétude menait à la baguette – comme un petit chef d'orchestre – les battements de son cœur si bien qu'elle avait l'impression que son organe vital était sur le point de bondir hors de sa cage thoracique. La journée n'était pas encore terminée, sa fille était donc censée se trouver – en totale sécurité – à l'école. Que diable s'était-il donc passé ?
Sans prendre le temps de dire quoi que ce soit, elle agrippa sa veste et se précipita vers la porte de son bureau. Elle descendit les escaliers en courant – chose qu'elle reprochait constamment à sa petite tête blonde – puis elle s'engouffra dans la Mercedes de collection, oubliant momentanément l'existence de sa ceinture de sécurité, elle détala à tout vitesse. Elle traversa les rues de StoryBrooke en ignorant royalement le code de la route, par chance, il n'y avait personne à l'extérieur donc il y avait très peu de risque quant à un potentiel accident.
Une fois qu'elle arriva sur le parking de l'hôpital, elle stationna sa voiture sur la première place de libre qu'elle trouva – une place handicapée. Grimaçant, elle haussa finalement des épaules en se disant qu'il y avait bien pire comme crime et puis, ce n'était pas comme si qui que ce soit avait réellement besoin de cet emplacement à StoryBrooke. Elle courut ensuite jusqu'à l'entrée des urgences où elle n'eut d'autre chois que de hurler sur une infirmière – mécontente de devoir interrompre sa lecture – pour savoir dans quelle direction elle devait se tourner pour trouver sa fille.
Elle traversa les couloirs de l'hôpital à la hâte jusqu'au service pédiatrique où la fillette avait, selon les dires, été conduite. De peu, elle manqua de tomber dans les escaliers à cause de ses hauts talons qui lui compliquaient considérablement la tâche mais, lorsqu'elle atteignit l'étage, elle bouillonna de rage en y trouvant Mary-Margaret, le t-shirt couvert de sang.
« Bon sang, que s'est-il passé ! » Cria-t-elle en approchant.
« Madame le maire… Ecoutez… C'est moins grave que ça n'en à l'air… » Affirma l'institutrice qui ne savait déjà plus où se mettre.
« Ne me faites pas répéter ma question. » Grogna la brune qui se retenait pour ne pas lui tordre le cou.
« Nous avons fait une activité vélo sans les petites roues. J'ai détourné les yeux quelques secondes et les enfants se sont lancés dans une course, Emma s'est blessée en voulant se réceptionner sur la barre d'un panneau de signalisation. »
« Comment pouvez-vous être inconsciente à ce point ? »
« Je n'en avais que pour quelques secondes, je leur avais pourtant demandé de se tenir tranquille. » Souffla-t-elle doucement, la voix tremblante.
« Je vous le jure Mademoiselle Blanchard, vous me le payerez amèrement si elle garde une cicatrice. » Assura Regina, à quelques centimètres de son visage.
Une infirmière s'approcha et se racla la gorge, leur demandant silencieusement d'arrêter leur scène de ménage qui avait attiré l'attention de toutes les personnes – adultes comme enfants – présents dans le couloir. Dans le silence, elle conduisit ensuite la mairesse jusqu'à la petite salle où sa fille était en train de recevoir les soins nécessaires.
Tirant les rideaux d'un coup, elle ne put retenir le soupir de soulagement qui s'échappa de ses lèvres. Emma était bel et bien là, assise sur le bord de ce lit d'hôpital, elle discutait joyeusement avec l'homme qui terminait de lui faire des points de suture. Malgré le sourire qui illuminait son visage, le reste de son corps était dans un piteux états. Deux points de fil venaient rattachés sa lèvre inférieure, elle avait également une blessure qui partait de la paume de sa main gauche jusqu'au milieu de son avant-bras, la peau de sa paume droite n'était sincèrement pas en meilleur état et ses genoux étaient totalement éraflés. Elle donnait l'impression d'avoir fait la guerre plutôt qu'une journée d'école.
« Maman ! Vous avez vu, c'est ma maman. » Lâcha-t-elle en tournant la tête dans sa direction.
« Si tu continues de bouger, je vais avoir du mal à finir et tu garderas une trace vraiment très moche. » Prévint l'homme avec un sourire rassurant.
« Pardon. » Fit la petite blonde en se repositionnant face à lui, le dos bien droit.
« Mais qu'est-ce qui t'est arrivé mon bébé ? » Marmonna la brune, les larmes aux yeux.
« On a fait du vélo aujourd'hui ! J'ai été la première à réussir à en faire sans les petites roues ! Lucas était jaloux alors il a voulu qu'on fasse la course mais il a donné un coup de pied dans ma roue arrière, j'ai perdu le contrôle et je suis tombé sur le panneau. » Expliqua-t-elle, mine de rien.
« Heureusement, ils portaient des casques, les blessures auraient pu être bien pire sans. » Confia l'homme sans relever le visage de l'avant-bras.
« Mais j'ai été une grande fille, je n'ai pas pleuré une seule fois ! » Informa-t-elle fièrement.
L'infirmier termina le dernier point de suture et désinfecta le tout avant de protéger la plaie à l'aide d'un bandage. Il lui déposa une douce caresse sur le haut de la tête puis il lui offrit une sucette pour la féliciter d'avoir été une grande fille très calme. Il laissa ensuite mère et fille seules dans la pièce en leur disant que le docteur Whale n'allait pas tarder à venir les voir. Regina soupira et se laissa pratiquement tomber sur la chaise, elle observa le visage boursouflé de son enfant et les larmes lui vinrent aux yeux.
« J'espère que ça laissera une cicatrice ! » Annonça la blonde en fixant son avant-bras.
« Tu es tombée sur la tête ? » Marmonna l'adulte.
« J'aurais des cicatrices de guerre, comme les plus grandes guerrières ! » Dit-elle, les yeux pétillants.
« Tu es encore un peu jeune pour être une guerrière, contente toi d'être mon bébé pour le moment. »
« Ah non, je suis une grande fille maintenant ! »
« Tu seras toujours mon bébé, même quand tu auras mon âge. » Assura la brune.
« Tu as quel âge déjà ? »
La mairesse de la ville écarquilla des yeux à cette question. Elle avait mis un point d'honneur à ne pas célébrer son anniversaire, le jour de sa naissance était loin d'être une date festive à ces yeux. Sa fille en connaissait la date mais, alors qu'elle était d'une nature bien trop curieuse, elle ne s'était jamais étendue sur le sujet, elle se contentait d'un baiser et la journée suivait son cours.
La question, posée en toute innocence, eut pour effet de l'étonner. Effectivement, quel âge pouvait-elle bien avoir ? Au moment de lancer la malédiction, elle avait pratiquement la quarantaine alors, devait-elle simplement ajouter les cinq années qu'elle venait de passer à StoryBrooke au compteur ? Elle aurait ainsi quarante trois ans, seulement, physiquement, elle était bien loin de les faire. Elle avait toujours eu l'air plus jeune que son âge réel mais depuis son arrivé dans cette ville maudite, elle paraissait mais surtout, elle se sentait plus jeune.
Durant l'année qui avait suivi le sort noir, elle avait fait énormément de recherche pour devenir la mère qu'Emma méritait d'avoir. Elle avait notamment lu une recherche selon laquelle, il était préférable de tomber enceinte à vingt-trois ans si les enfants désirés étaient aux nombres de trois, à vingt-sept ans s'ils n'étaient que deux et à trente-deux ans s'il n'y en avait qu'un.
Actuellement, elle n'avait qu'un seul enfant à qui elle consacrait tout son temps alors elle n'avait ni l'envie, ni la patience pour en avoir un deuxième. Elle qui n'avait jamais voulu élever de bambin, elle qui était allé jusqu'à boire une potion de stérilité dans le seul but de ne pas offrir de descendance à sa mère, elle ne pouvait décemment pas affirmer que cette éventualité d'une vie avec deux enfants n'existerait jamais.
« J'ai… 25 ans. » Annonça-t-elle finalement sans pour autant être certaine de son choix.
« 25 ans ? C'est dans super longtemps ! Ça veut dire que tu as connu les dinosaures ! » Fit la blonde avec beaucoup de sérieux.
« Tu es en train de me traiter d'objet préhistorique ? » S'étonna Regina.
« Ce n'est pas moi qui l'ai dit ! » Lança la fillette pour seule défense.
« Continue et je t'envoie rejoindre les dinosaures. »
Se regardant fixement dans les blancs des yeux, l'une comme l'autre faisait tout son possible pour ne pas craquer la première. La petite blonde céda finalement et tira la langue avec une grimace amusante, provoquant ainsi un éclat de rire chez la brune. Elles eurent toutes les deux du mal à retrouver leur calme et ce fut, les larmes aux yeux, qu'elles accueillirent le docteur Whale venu leur communiquer les résultats.
Celui-ci eut un mouvement de recul dût à la surprise. Aussi loin qu'il puisse se souvenir, il n'avait jamais assisté à une telle scène. La mairesse de la ville semblait si détendue, elle riait même au point d'en pleurer. Y avait-il finalement un cœur humain derrière ce masque de pierre ?
« Tout va bien alors je n'ai pas de raison de garder Emma plus longtemps. Elle devra cependant faire attention à ne pas chuter trop souvent, l'examen a révélé une certaine fragilité dans ces os. » Annonça-t-il après s'être raclé la gorge.
« Qu'est-ce que cela signifie ? Elle manque de quelque chose ? » S'étonna Regina qui retrouva sa froideur habituelle.
« Je pense que c'est dû à sa croissance, elle est très grande pour son âge alors ces os ont favorisé la grandeur plutôt que la solidité. »
« Dites docteur, est-ce que je vais garder une cicatrice ? » Questionna Emma en se penchant vers l'avant.
« Je le crains, la blessure était tout de même profonde. » Répondit l'homme avec une grimace.
« C'est génial ! » Cria-t-elle en levant les bras au ciel.
La brune regarda sa fille et ne put s'empêcher de soupirer, sa fille était décidément un cas bien particulier.
Alors qu'elles rejoignaient la Mercedes qui attendait bien sagement sur le parking, elle attrapa son téléphone pour prévenir qu'elle ne comptait pas revenir. Avant qu'elle n'ait le temps de composer le numéro, elle reçu un message qui lui coupa le souffle.
Comment se porte Emma ? Ne revenez pas au bureau aujourd'hui, Monsieur Gold nous a fait une scène et a tout détruit. Je vous demande pardon, je m'occupe du rangement. Sabine.
Une grimace de colère se dessina alors sur le visage de l'adulte. Le vieux signe avait donc réellement besoin de se livre, au point de ne même pas s'en cacher. Elle n'avait pas la moindre idée de ce dont pouvait parler ledit livre mais elle comptait bien mettre la main dessus avant lui.
